Quatre, c’est la quatrième crise boursière que nous subissons en un peu plus de trente ans, après celle de 1987 provoquée par des ordinateurs mal réglés, celle de 2001 liée à la falsification des comptes des grands groupes américains, et celle de 2008 découlant de la faillite bancaire en Occident.

Covid-19 ne fait qu’éclater la bulle?

Le coronavirus serait cause de l’effondrement en cours. La chose est hors de doute mais elle n’est pas la seule à considérer. Au moment où il se produit, les cours des bourses, un peu partout dans le monde ont touché un sommet. Le S & P 500, indice le plus représentatif qui recense les 500 plus grandes sociétés américaines, évidemment toutes mondialisées, s’était accru de moitié en l’espace de trois ans ! Les indices européens avaient aussi flambé, malgré une très faible croissance du Vieux Continent. Coronavirus ou pas, on peut penser qu’un sévère réajustement aurait eu lieu plus ou moins tard, vraisemblablement lors de faillites d’entreprises américaines et chinoises qui affichent des taux d’endettement record.

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Mais l’épisode en cours est des plus instructifs. Car il montre les artifices qui ont permis aux bourses de connaître une montée au ciel durant ces vingt dernières années. Ces artifices sont au nombre de deux : les rachats d’actions et les dividendes non gagés sur des profits par lesquels les entreprises cotées ont subventionné leurs actionnaires.

L’économie réelle malade des boursicoteurs

Boeing est le point focal du problème ainsi posé. Ses dirigeants ont versé quelque 60 milliards de dollars aux actionnaires entre 2013 et 2020. Ils ont versé encore près de 4 milliards de dollars en début d’année malgré un exercice 2019 déficitaire. Ils appellent maintenant le Trésor Public américain à leur secours. 

Si le cercle de la raison cher à Alain Minc existait, que nous dirait-il ? Interdire les rachats d’actions et les versements de dividendes sans objet serait la toute première de ses recommandations. Conditionner l’exercice des droits de vote à un engagement de fidélité vis-à-vis de l’entreprise serait la deuxième. Il serait ainsi mis fin au racket des actionnaires sur les entreprises cotées.

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Mais il pourrait aller au-delà en préconisant la fermeture des bourses dès lors que, de toute manière, elles ont cessé de financer l’investissement et la recherche des entreprises concernées. L’évaluation des actions serait confiée à ces experts spécialisés qui déterminent le prix des entreprises non cotées à partir des bilans et des comptes d’exploitation. 

Alors, l’opinion échapperait au leurre financier que sont devenues les bourses. Alors encore, elle sortirait de l’état hypnotique dans laquelle elle est plongée par leurs annonces quotidiennes. Alors enfin, nous serions délivrés de cette caste parasitaire d’analystes et de traders spécialisés qui vit du leurre boursier.

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