À l’occasion de la crise sanitaire du coronavirus, le « fin connaisseur » du système éducatif perd de sa superbe.


Vous vous souvenez, ils étaient jeunes, beaux, un peu arrogants: c’étaient les macronistes. Ils avaient été élus parce qu’ils étaient nouveaux. Ils avaient été élus parce qu’ils étaient compétents, on craignait juste que cette compétence les rende trop sûrs d’eux. Mais non, parce qu’en plus ils étaient lucides et formidables: ils savaient communiquer et surtout ils allaient faire preuve de pédagogie. Leur maître-mot.

Pédagogogie

La pédagogie, déjà, en politique, c’est assez discutable. Ce mot appartient au champ de l’école, pas de la vie de la Cité. Étymologiquement (l’étymologie, comme la terre, ne ment pas), elle renvoie à l’enfance. Faire de la pédagogie aux citoyens, c’est donc les considérer comme des enfants. Quand on considère des adultes comme des enfants, c’est en fait qu’on les prend pour des cons. Il a fallu, par exemple, avec pédagogie, expliquer que la retraite par points qui allait faire travailler dans des proportions variables tout le monde plus longtemps pour des revenus moindres était un grand progrès social. On a vu ce que ça a donné. Le macroniste n’est pas seulement un obsédé de la régression sociale pour tenter d’empêcher la baisse tendancielle du taux de profit de ses commanditaires patronaux, il est aussi une grosse nullité pédagogique. Parce que nous ne sommes pas des enfants mais aussi parce qu’il n’arrive pas à cacher, à chaque instant, son mépris de classe.

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À l’occasion de cette pandémie, ce recours à la communication et à la pédagogie pour masquer l’incompétence, l’impréparation et une certaine nullité intellectuelle, atteint des sommets. Ce n’est pas un hasard si cette nullité se voit comme le nez au milieu de la figure chez Blanquer, ministre de la Continuité Pédagogique qui a la fascinante particularité de détester ses fonctionnaires et de mépriser les élèves. Il a fallu qu’on lui indique vertement que les profs futurs retraités par points allaient crever la dalle pour qu’il parle d’une revalorisation mais cela le chagrinait tellement qu’il était fermement décidé à repenser le métier dans sa globalité, ce qui veut dire en gros : « Votre statut de feignasses, c’est terminé ». Il n’aime pas non plus les lycéens. Qu’est-ce qu’un lycéen à l’ère Blanquer? En décembre, il se fait matraquer pendant le mouvement social. En janvier-février, il a vécu dans le stress permanent de l’évaluation avec les E3C(1), cette usine à gaz typique du communicant qui prétend contre toute évidence qu’une chose est bonne alors qu’elle merdoie totalement. En mars, il est confiné, loin de sa petite copine et il doit se la mettre sous le bras alors que les beaux jours arrivent sans compter qu’il flippe pour le bac, en écoutant les déclarations hâtives, hasardeuses et contradictoires de Blanquer. Je ne laisserai jamais personne dire que 17 ans est le plus bel âge de la vie.

Blanquer a perdu la baraka

Mais nous n’avions rien vu. Blanquer, « fin connaisseur du système » comme disent les médiatiques complaisants résume l’incompétence potentiellement meurtrière de la Macronie face au Covid-19. C’est le roi de l’injonction contradictoire, c’est-à-dire ce qu’il faut surtout éviter en pédagogie. Le prof de ZEP que j’ai été dans une autre vie se serait comporté dans sa classe comme il s’est comporté avec les profs, il serait ressorti avec le slip sur tête et « bouffon » tatoué au marqueur sur le front. Et il l’aurait bien cherché.

Quand il dit le matin que les écoles ne fermeront jamais, elles ferment le soir même. Que les concours de recrutement auront lieu, ils sont repoussés. Les profs doivent rester à la maison et, comme les écoles sont fermées, s’ils pouvaient se déplacer jusqu’à un magasin pour échanger des cours et des documents avec les parents, ce serait bien.

Pour Blanquer, le virus est une offense personnelle qui sape son autorité et son génial projet de transformer l’éducation en préparation à l’économie de marché grâce aux neurosciences. Sauf que pour nous, le virus, ce n’est pas une offense, c’est une blessure dont il faudra se remettre. 

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