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Et si on fermait les bourses?

Quatre, c’est la quatrième crise boursière que nous subissons en un peu plus de trente ans, après celle de 1987 provoquée par des ordinateurs mal réglés, celle de 2001 liée à la falsification des comptes des grands groupes américains, et celle de 2008 découlant de la faillite bancaire en Occident.

Covid-19 ne fait qu’éclater la bulle?

Le coronavirus serait cause de l’effondrement en cours. La chose est hors de doute mais elle n’est pas la seule à considérer. Au moment où il se produit, les cours des bourses, un peu partout dans le monde ont touché un sommet. Le S & P 500, indice le plus représentatif qui recense les 500 plus grandes sociétés américaines, évidemment toutes mondialisées, s’était accru de moitié en l’espace de trois ans ! Les indices européens avaient aussi flambé, malgré une très faible croissance du Vieux Continent. Coronavirus ou pas, on peut penser qu’un sévère réajustement aurait eu lieu plus ou moins tard, vraisemblablement lors de faillites d’entreprises américaines et chinoises qui affichent des taux d’endettement record.

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Mais l’épisode en cours est des plus instructifs. Car il montre les artifices qui ont permis aux bourses de connaître une montée au ciel durant ces vingt dernières années. Ces artifices sont au nombre de deux : les rachats d’actions et les dividendes non gagés sur des profits par lesquels les entreprises cotées ont subventionné leurs actionnaires.

L’économie réelle malade des boursicoteurs

Boeing est le point focal du problème ainsi posé. Ses dirigeants ont versé quelque 60 milliards de dollars aux actionnaires entre 2013 et 2020. Ils ont versé encore près de 4 milliards de dollars en début d’année malgré un exercice 2019 déficitaire. Ils appellent maintenant le Trésor Public américain à leur secours. 

Si le cercle de la raison cher à Alain Minc existait, que nous dirait-il ? Interdire les rachats d’actions et les versements de dividendes sans objet serait la toute première de ses recommandations. Conditionner l’exercice des droits de vote à un engagement de fidélité vis-à-vis de l’entreprise serait la deuxième. Il serait ainsi mis fin au racket des actionnaires sur les entreprises cotées.

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Mais il pourrait aller au-delà en préconisant la fermeture des bourses dès lors que, de toute manière, elles ont cessé de financer l’investissement et la recherche des entreprises concernées. L’évaluation des actions serait confiée à ces experts spécialisés qui déterminent le prix des entreprises non cotées à partir des bilans et des comptes d’exploitation. 

Alors, l’opinion échapperait au leurre financier que sont devenues les bourses. Alors encore, elle sortirait de l’état hypnotique dans laquelle elle est plongée par leurs annonces quotidiennes. Alors enfin, nous serions délivrés de cette caste parasitaire d’analystes et de traders spécialisés qui vit du leurre boursier.

Grand corps malade

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Le coronavirus nous a montré quelles sont nos vraies priorités. Combattre l’islamisme ne semble pas en faire partie.


C’est peu glorieux. La seule chose qui semble réellement nous importer ces jours-ci est la survie de notre corps, et non la perpétuation de notre civilisation. 

La France est à l’arrêt. L’économie est paralysée. À cause d’un virus certes très dangereux, mais dont la létalité demeure faible. À l’inverse, nous ne faisons rien ou presque face aux dangers réels et sérieux qui menacent de tuer notre mode de vie, et d’enterrer pour toujours notre civilisation. Si nous avions consacré ne serait-ce que 20% de l’effort actuel à lutter contre l’infection islamiste en France, nous aurions peut-être déjà réduit le communautarisme et le terrorisme à un phénomène résiduel. Nos démissions et nos égarements sont en train de transformer l’islamisme en un cancer dont les métastases circulent allègrement dans nos milieux universitaires, nos élites intellectuelles et économiques sans oublier nos forces de l’ordre. Oui, j’aurais souhaité que nous nous affolions, comme nous le faisons maintenant avec le coronavirus, à chaque attentat contre nos civils, à chaque atteinte à la laïcité, à chaque quartier qui tombe sous l’escarcelle des militants de la haine.

Ce n’est pas Covid-19 qui menace l’identité française

Le choix a été fait il y a longtemps et le « mérite » du coronavirus est d’en avoir fait une vérité éclatante : nous avons renoncé à notre civilisation c’est-à-dire à l’essentiel de notre identité. Nous nous résignons à vivre une vie diminuée où nous baissons la tête devant les lobbies qui nous haïssent et veulent éradiquer notre mode de vie. Nous admettons volontiers que nous allons disparaître en tant que peuple pourvu que nos petites vies soient préservées c’est-à-dire notre droit à consommer, à poser nos RTT et à partir en vacances en Thaïlande ou à Punta Cana. Le nombril l’a emporté sur l’esprit. L’individu et son petit confort, telles sont les vraies priorités de notre époque. Le collectif, la solidarité, la permanence ne sont plus que des vains mots.

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Macron dit que nous sommes en guerre, je le crois car lui se bat pour la seule chose qui intéresse cette génération :  la poursuite de la jouissance matérielle quitte à vivre une vie médiocre, sans aspiration à la gloire en tant que nation et à la grandeur en tant que peuple. Une existence limitée dans une époque absurde où les chefs naturels sont castrés de peur de les voir montrer le chemin de la renaissance alors que les joueurs de foot et les humoristes sont appelés à prêcher la bonne parole. Notre passage sur terre risque d’être inutile pour la bonne et simple raison que nous sommes, selon notre président, un peuple sans culture (« il n’y a pas une culture française »). Un peuple sans culture ne mérite pas de vivre et cette conclusion semble habiter tant nos élites que nos concitoyens. C’est peut-être ça la vérité de notre époque.

Tant qu’on a la santé…

Soyez-en assurés, le coronavirus va passer, le remède sera trouvé mais les autres maladies qui vont nous tuer en tant que peuple, culture et société continueront leur œuvre maléfique. Islamisme, épidémie des drogues et des suicides, crime organisé… autant d’affections opportunistes qui prospèrent sur un grand corps malade nommé Occident.

Aux gardiens de la vertu qui vont, sans aucun doute, s’indigner en lisant ce propos, je confirme que je suis bien confiné chez moi au Maroc, que je prends la pandémie au sérieux. Il s’avère tout simplement que l’homme ne se réduit pas à des fonctions vitales et à des organes en activité. Non, l’homme a toujours aspiré à vivre libre, la tête haute et fier de sa civilisation. Vivre en esclave confine à la mort la plus honteuse, que Dieu nous en préserve !

Perpignan: le Covid-19 achève bien les gitans


A Perpignan, toutes les victimes du coronavirus sont jusqu’à présent issues de la communauté gitane. Habitant notamment le quartier Saint-Jacques, l’un des plus pauvres de France, insalubre, vétuste et peu hygiénique, cette population fréquemment obèse et non-alphabétisée vit en famille dans des appartements confinés. L’ancien adjoint à la rénovation urbaine Olivier Amiel (LR), artisan d’un projet avorté de refonte du quartier, dénonce la ghettoïsation de cette communauté maintenue en marge de la société à des fins électoralistes. Entretien. 


Daoud Boughezala. Il y a quelques jours, la ville de Perpignan a décrété un couvre-feu pour faire respecter le confinement. Quelle est la situation sanitaire locale vis-à-vis du coronavirus ?

Olivier Amiel. La ville de Perpignan a été qualifiée de « cluster », c’est-à-dire de foyer où l’épidémie est significative dans un périmètre restreint. Le couvre-feu a été rendu nécessaire par le non-respect des règles de confinement dans certains quartiers, on a même vu la police devoir utiliser des gaz lacrymogènes pour faire rentrer les trafiquants de drogue qui restaient devant le plus important point de deal de Perpignan ! La situation est particulièrement grave dans la communauté gitane de la ville : les cinq premiers morts et les principaux hospitalisés à Perpignan sont issus de celle-ci.

Si la population gitane est particulièrement infectée par le Covid-19, est-ce dû à son mode de vie, à son type d’habitat insalubre, au non-respect du confinement ?

Oui. Il faut également ajouter une comorbidité favorisant le terrain aux infections virales liée aux nombreuses pathologies médicales de cette communauté (obésité, asthme, diabète…).

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Mais la raison première, c’est l’abandon électoraliste de cette communauté. Les responsables politiques de tous bords ont depuis des années à Perpignan sciemment traité la population gitane du quartier comme une « réserve d’indiens » qu’on fait voter pour soi. Abandon économique, social, scolaire et hélas aussi sanitaire. Tout ça pour quelques voix…

Pour justifier cet abandon, les pouvoirs publics se sont cachés derrière le relativisme culturel : « C’est dans leur culture de vivre ainsi ». La déscolarisation ? La maltraitance des femmes ? Les ordures dans la rue ? Les nuisances toute la nuit ? Les prédispositions aux maladies ? Tout ce que nous n’aurions jamais accepté ailleurs, nous l’avons accepté dans ce quartier au nom d’une tradition et d’une culture gitanes. C’est un manque de respect pour ce qu’est vraiment la culture gitane, une manière facile aussi de se défausser et de ne pas faire appliquer les règles républicaines de droit commun.

En tant qu’adjoint au maire, vous aviez piloté un projet de rénovation urbaine aujourd’hui suspendu, dans le quartier gitan Saint-Jacques. Sa mise en œuvre aurait-elle freiné la propagation du virus ?

Oui. Il s’agissait d’un projet global qui répondait à l’urgence urbaine et humaine dans un des deux cents quartiers de renouvellement urbain « d’intérêt national » qui est souvent considéré comme « le » quartier le plus pauvre de France avec des risques d’effondrements d’immeubles et 50% de logements potentiellement indignes, mais aussi des difficultés économiques et sociales hors normes : 60% des ménages sous le seuil de pauvreté, 90% de taux de chômage chez les 16-25 ans, plus des deux tiers des enfants non scolarisés, et de nombreuses pathologies médicales favorisant les infections virales… Le programme devait permettre un investissement public de cent millions d’euros pour agir sur l’habitat certes (réhabilitations quand c’était possible ou démolitions/reconstructions), mais aussi sur le retour du droit commun en matière de sécurité, d’emploi, de scolarisation et… de santé publique ! Cette population cumulant des pathologies spécifiques, elle représente un cocktail virologique mortel en cas d’épidémie.

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Pourquoi ce chantier n’a-t-il pas été mené à son terme ?

Le projet a été suspendu par manque de courage des pouvoirs publics (Ville et État). Ces derniers ont cédé face à la pression de responsables associatifs plus politiciens que les politiciens qui, sous couvert de défense du patrimoine ou d’un prétendu manque de concertation des habitants, ont mené une guérilla contre le projet de renouvellement urbain de Saint Jacques. Ils ont été largement aidés par un député En Marche qui a même organisé des troubles à l’ordre public pour, je le cite « faire bloquer la machine par l’État ».

Des médias nationaux et même internationaux trouvant cette misère pittoresque, se sont emparés des faits pour raconter l’histoire si belle et si fausse des gentils habitants et des méchants élus voulant détruire leurs logements et leur mode de vie… Comment dorment aujourd’hui ceux qui ont bloqué ce projet et continué à abandonner cette population ?

Au XIVe siècle, en Italie, les juifs habitant des ghettos insalubres furent accusés de répandre délibérément la peste noire. À Perpignan, les gitans souffrent-ils des mêmes préjugés racistes ?

Il y a effectivement beaucoup de commentaires racistes les concernant, notamment sur les réseaux sociaux ces derniers jours… Même si le mode de vie et les choix de cette communauté ont favorisé ce risque sanitaire particulièrement élevé, la responsabilité première est celle des élus qui ont abandonné cette population pour acheter la paix sociale et parfois leurs voix aux élections. Il y a eu aussi un manque de courage d’imposer le retour du droit commun et le respect des règles républicaines de base. Résultat ? De réservoir de voix électorales et à misère, la communauté gitane du cœur de Perpignan est devenue un réservoir virologique et de morts.

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Ces Parisiens chez les ploucs

 


Les bobos des villes se sont carapatés chez les ploucs des champs. Une satire signée Isabelle Marchandier.


Ils ont eu une journée top chrono pour fuir Paris et les grandes villes avant que l’épée de Damoclès du confinement ne les oblige à rester confinés chez eux. On les a vu prendre d’assaut les gares, les aéroports, les loueurs de voitures et faire la queue aux stations-services. Une sorte d’exode qui n’était pas sans rappeler celui de Juin 40.

La grande évasion

Les bobos des villes se sont carapatés chez les ploucs des champs. Ils ont trouvé refuge chez ceux dont ils méprisaient le mode de vie anti-écolo. Mais quelle ne fut pas leur galère pour quitter la capitale. Voyons concrètement ce qui s’est passé pour l’un d’entre eux. Prenons l’archétype de ce col blanc, écolo dans l’âme, filant à toute allure chaque matin sur sa trottinette électrique pour se rendre à la station F, le Q.G de la Tech made in France et des élites mondialisées. Mais voilà, ne connaissant pas les frontières, le virus made in China s’est exporté en Europe. Faisant fi des classes sociales et des tranches d’âges, il touche tout le monde. Devant l’ampleur de la crise sanitaire et l’impréparation des pouvoirs publics à la gérer, le citoyen de la start-up nation applique les injonctions du management agile : il s’adapte… et se barre.

Mais la grande évasion ne va pas sans sacrifice. Car pour assurer sa fuite et sa survie, il a dû renier ses convictions écologistes, pourtant bien mûres et récemment nourries par le prêchi-prêcha de sa nouvelle idole, Greta Thunberg. Imaginez la tempête Greta se déchaînant sous son crane lorsqu’il du se résoudre à louer une voiture, lui qui avait l’habitude de se déplacer en covoiturage.

Polluer ou être infecté, il faut choisir

Tant pis : face aux nouvelles normes de sécurité à adopter et à la distanciation sociale à respecter, Dame Nature passe en second. Il se dit qu’il boira de l’eau de pluie en guise de pénitence. Après tout, nous sommes en guerre. Mais au moment de louer la voiture, notre bobo tombe de nouveau des nues. La seule voiture encore disponible roule au diesel. Polluer ou être infecté, il faut choisir. Devant ce dilemme, notre start-uper se décide pour la première option. Une fois son diesel loué, direction sa maison de campagne située dans les terres en Touraine. Enfin arrivé dans le petit village tourangeau, il se gare pour aller faire les courses. Mais voilà qu’une inquiétude le gagne : où va-t-il se ravitailler en graines de chia, de pavot, de lin ou de courges, lui qui en saupoudre tous ses plats ? Comment tenir sans ses steaks de soja, son pain sans gluten et son lait d’amande ?

Alors qu’il essaye de résoudre ses terribles problèmes alimentaires, il arrive sur la place du marché et entend le boucher l’alpaguer en lui proposant des côtes de bœufs bien fermes : « C’est pas le moment d’avoir son système immunitaire en sous-régime, mon bon monsieur » lui lance le boucher. Mais rien n’y fait, il se rabat sur un jus de pruneau 100% naturel. Se purger en guise de pénitence, c’est bien aussi. Une fois installé dans sa résidence secondaire, lui vient alors l’idée de faire une petite séance de Tai-chi dans son jardin. Après tout, le temps s’y prête et puis c’est le moment idéal pour se reconnecter avec son être vrai, communier avec la nature et évacuer toutes les mauvaises ondes. Mais à peine a t-il commencé à s’étirer et à déployer lentement les membres de son corps, que sa concentration est troublée par un festival de caquètements et de meuglements et qu’une odeur extrêmement forte de fumier vient lui irriter les narines. Exaspéré par tous ces désagréments naturels, il décide de remettre sa séance à plus tard.

On a souvent besoin d’un plus petit que soi 

Heureusement qu’il a apporté son iPad Pro. Il va pouvoir enfin se délasser en matant Netflix. Affalé dans son canapé, il se croit enfin en sécurité. Il décide alors de se faire une petite frayeur et de regarder le film Contagion. Manque de chance, tous les ploucs de la région se sont connectés à Facebook pour lancer une cagnotte de soutien au corps médical. Le réseau est donc saturé et il est impossible de démarrer le film. Entre les photos de famille qu’il prenait le temps de développer avant l’arrivée du numérique et des rangées entières de VHS hors d’usage, trône un seul livre : Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez!

Et pendant ce temps-là, alors que les « anywhere », les bobos hors-sol, ont trouvé refuge en province, les « somewhere », ceux qui roulent en diesel et fument des clopes, se dévouent chaque jour à leurs risques et périls, hélas sans masques, pour ravitailler le pays, le soigner, le nettoyer, le protéger, l’approvisionner en essence et en fioul, bref le faire survivre. Belle revanche pour cette France trop souvent oubliée, raillée, méprisée et mise sur le banc des accusés pour son attachement à un mode de vie non-conforme au dogme du mondialisme écolo-responsable.

Et comme toute histoire se finit par une morale, relisons la célèbre fable de La Fontaine Le lion et le rat qui se conclut ainsi : « On a souvent besoin d’un plus petit que soi ».

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Ma guerre confinée

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Il y a la France d’aujourd’hui et celle de demain. Dans cette chronique, Alexis Brunet décrit son combat quotidien, ses attentes et ses rêves…


Lundi 23 mars, j’ouvre les yeux, il est 5h30 et pas un bruit. Déjà deux jours terré dans ma tranchée. J’ai passé les 48 dernières heures confiné à l’écoute du gazouillis des oiseaux printaniers mêlé aux sirènes du Samu. Voilà qui mérite bien une trêve! En mettant le nez dehors, embaume comme un parfum de libération. Mais très vite, la réalité de l’occupation me saute au visage : il est 6h30 du matin et pourtant ils sont déjà là, à croire qu’ils m’épiaient. Ces derniers jours, l’épidémie de jogging a contaminé tout mon quartier.

Qu’ils ne s’imaginent pas me contaminer, je suis un dur à cuire, je fais partie des résistants. Pas ceux qui ont fui sur l’Île d’Yeu mais les vrais, ceux qui arpentent leur huit clos en pantoufles, et qui ont la larme à l’œil en songeant aux soignants, policiers, pompiers et caissières qui échangent des coups de glaive au front contre le virus conquérant. Comme de nombreux Français, je me suis laissé prendre au jeu des applaudissements à 20h sur mon balcon. L’initiative est peut-être infantile, inefficace, bébête, au service du pouvoir et tout ce qu’on veut mais la jolie vendeuse de journaux m’a soufflé « merci pour vos applaudissements ».

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La bienveillance du gouvernement

Déjà vingt minutes de marche en changeant de trottoir pour éviter les joggeurs. Il est bon de se dégourdir les pattes mais que voilà? Je viens de me rendre compte que j’ai oublié le précieux sésame. Je ne voudrais tout de même pas risquer jusqu’à 3700 euros d’amende et 6 mois de prison. Ah, si seulement notre chère ministre de la Justice avait mis autant de zèle à traquer les cons finis qui ont menacé de mort la jeune Mila qu’à traquer les confinés réfractaires… Et le bout de mon nez me gratte à présent, combien de temps vais-je résister? « Restez à la maison », « ne touchez pas votre visage », « lavez-vous très régulièrement les mains », les injonctions bienveillantes de notre gouvernement me résonnent en tête jusqu’à m’en donner le tournis.

Trente minutes d’évasion passées dehors, cela n’a que trop duré. Il est temps de retourner dans ma tranchée. Comme 60 millions de Français, je suis une sorte de « Poilu » confiné et mon devoir m’appelle. Jusqu’à quand allons-nous devoir être des soldats de réserve ultra sédentarisés ? À travers la devanture vitrée d’un hôtel Ibis, un titre de BFM TV : « La chloroquine bientôt testée à grande échelle ». La fin du tunnel en vue pour les confinés bientôt atrophiés que nous sommes ? « Tout le monde l’utilisera », assure le nouveau Messie Didier Raoult dans les pages du Parisien. « Jamais aucun pays au monde n’a accordé une autorisation de traitement sur la base d’une étude comme celle-ci », tempère notre ministre de la santé Olivier Véran dans Le Figaro. Évidemment, où avais-je donc la tête ? Si ce provocateur de Trump s’enflamme autant pour un médicament, ce ne peut qu’être une mauvaise idée…

De nouveau à mon poste dans ma tranchée, je ne baisse pas la garde : à force de me laver les mains une cinquantaine de fois par jour, j’ai les mains fripées comme celles d’une grand-mère. « Utilisez donc un gel hydroalcoolique », me souffle une voix dans ma tête. Sans doute celle de notre bon Ministre de la Santé. Mais ça fait deux semaines qu’il est introuvable, le fameux « gel hydroalcoolique »! Aurais-je dû emmener Olivier Véran faire le tour des pharmacies parisiennes avec moi pour qu’il se rende compte de la pénurie pharmaceutique en cours dans la 7ème puissance économique mondiale ?

Le champ de bataille depuis ma fenêtre

Une petite ronde pour vérifier si tout le monde respecte bien les consignes. Depuis ma fenêtre, j’aperçois un jeune avec un gros masque blanc. Pauvre naïf, il n’a donc pas compris que porter un masque ne servait à rien ? À rien, le Ministère de la Santé nous le répète bien. Quelle idée saugrenue que celle de porter un masque, voilà bien un truc d’Asiatiques. D’ailleurs, si Hongkong ne déplore que quatre victimes de cette saleté de Covid-19, ce n’est sûrement pas parce qu’ils sortent tous masqués, mais parce qu’ils sont dociles et plus disciplinés, eux. Non, qu’on se le dise, avec un peuple latin et fier comme le nôtre, le remède le plus pragmatique, c’est le fameux confinement… Comme au XIXème siècle avec le choléra, comme en Italie avec les brillants résultats que l’on voit ; l’Italie qui, devant l’inertie de l’Union Européenne, a fini par se tourner vers Cuba.

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Il paraît que dans cette résistance face au microbe, notre courbe suit justement celle de l’Italie. C’est effrayant mais c’est ce que soutiennent certains « experts ». On sait donc maintenant ce qui nous attend. Ça tombe bien, j’ai toujours rêvé d’arpenter le Malecón en bonne compagnie. Sitôt que sonnera le glas des hostilités, je quitterai ma tranchée confinée pour un repos bien mérité! La Havane vaut bien une nouvelle quarantaine. Puis pourquoi ne pas rejoindre ensuite « l’armée de l’agriculture », comme nous le suggère le ministre Didier Guillaume? Ce n’est pas parce qu’on doit rester calfeutré qu’on doit s’interdire de rêver.

Qu’en pensent les personnes les plus vulnérables?


Un billet qui en fera tousser plus d’un


Le gouvernement, sans doute bien intentionné, prend des mesures de plus en plus drastiques en vue de protéger les personnes les plus vulnérables – celles souffrant de pathologies sévères et celles qui ont atteint la limite au-delà de laquelle leur ticket n’est plus valable. Un beau geste de solidarité, apprécié par les âmes charitables. Encore faut-il que ces mesures soient efficaces. Ne préjugeons de rien. À la fin du match, on aura tout loisir de commenter les stratégies mises en œuvre.

Il est pourtant une question que personne ne se pose vraiment : les vieillards et les handicapés souhaitent-ils vraiment tous qu’on prolonge leur calvaire ? À titre personnel (je précise que j’ai près de quatre-vingt ans), je réponds : non. Et je sais que je ne suis pas le seul. Entre la réanimation et le cocktail létal, je choisis sans hésitation la mixture qui m’enverra ad patres. En accord avec Sènèque, je dirais que « ce qui est un bien, ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien. » « Faut-il quitter la vie ? », s’interrogeait l’empereur philosophe Marc-Aurèle. Il importe de se poser la question avant que la vieillesse n’obscurcisse la pensée, répondait-il… À quoi bon allonger une vie qui doit de toute manière aboutir à une triste fin, alors que l’on a compris, pour paraphraser l’Écclésiate, que tout ne passe que pour revenir. Vivre n’est pas seulement douloureux, c’est vain. Certes, chacun se fuit toujours… mais à quoi bon, si l’on n’échappe pas à soi ?

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Une intégrité physique et mentale nous donne un élan vital susceptible de nous procurer bien des plaisirs et de nous éviter ce genre de questions. Mais l’heure sonne vite où il n’est plus possible de les esquiver. Et dans des situations d’urgence comme celle que
nous vivons – il y en eut de bien pires dans le passé -, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que les sacrifices auxquels consentent les citoyens et le corps médical n’ont de sens que si celles et ceux qui sont pris en charge le veulent vraiment. Leur offrir la possibilité de mourir en douceur, sans prolonger leur agonie, me semble tout aussi charitable. Sinon plus. Et raisonnable pour chacun, de surcroît.

C’est quoi exactement ce virus qui fait peur à tout le monde?

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De quoi parle-t-on exactement ? De la « soupe » au pangolin aux cellules pulmonaires des malades, comment ça marche un virus ? Voici la réponse scientifique.


Ainsi donc ce n’est pas le ciel qui nous est tombé sur la tête mais… un virus ! En l’occurrence un virus de la famille corona, depuis baptisé SARS-CoV-2 pour Coronavirus du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère 2. Un virus, qu’est-ce à dire ?

Un virus est un agent infectieux nécessitant un hôte, en général une cellule d’un organisme supérieur, dont il utilise le métabolisme et les constituants pour se répliquer. Selon les espèces, il est constitué d’un brin d’ADN ou d’ARN, molécules polymériques faites de l’assemblage de nombreuses « briques » moléculaires, les nucléotides. C’est la succession des 4 nucléotides fondamentaux (adénine, guanine, cytosine, thymine pour l’Acide DésoxyriboNucléique ou ADN ; adénine, guanine, cytosine, uracile pour l’Acide RiboNucléique ou ARN) qui constitue le code génétique de l’organisme. Chaque assemblage de 3 nucléotides est transcrit en un acide aminé qui lui correspond. Ces acides aminés sont à leur tour les briques constitutives des protéines, le support structurel de l’organisme. L’ARN ou l’ADN du virus code donc pour la synthèse des protéines qui le constituent in fine. Ces protéines vont constituer le « corps » du virus, doté d’une coque nommée « caspside » et souvent d’une enveloppe, ou peplos, de nature lipidique.

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Contrairement aux cellules eucaryotes et procaryotes (sans ou avec noyaux), comme les cellules des animaux, plantes, algues, champignons et bactéries, le virus ne dispose pas de la machinerie qui lui permettrait de se répliquer, c’est-à-dire de dupliquer son génome (ADN ou ARN) et de le traduire pour produire de nouvelles protéines qui constitueront de nouveaux virus. Il est notamment dépourvu de ribosomes, ces petites usines qui se collent sur le génome pour en transcrire des grands fragments (les « gènes ») en protéines constitutives.

C’est pourquoi le virus est donc nécessairement… un parasite. Il va utiliser les organites des cellules hôtes pour sa propre multiplication. Sa première caractéristique est donc une capacité invasive, qui gouverne son destin de prédateur. Puis, une fois que son matériel génétique s’est abondamment dupliqué et s’est entouré de son enveloppe, il fait éclater la cellule envahie et peut s’attaquer aux voisines.

Chaque virus a ses spécificités

Notons que chaque virus est très spécifique d’une cellule à envahir : spécificité d’espèce (un virus donné ne s’attaque qu’à certaines espèces données, parfois une seule), et spécificité d’organe (un virus donné ne s’attaque qu’à certains organes, parfois un seul). La spécificité d’espèce peut être absolue ou relative. Quand le virus touche des animaux, on parle de « zoonose ». Le passage d’une espèce à l’autre se fait au hasard des mutations, qui affectent le virus de manière aléatoire, et des recombinaisons par échange de matériel génétique entre souches voisines. Ces événements sont d’autant plus fréquents que le virus se multiplie en grande quantité. L’augmentation ou la diminution de la virulence (l’agressivité du virus vis-à-vis de son hôte) est aussi le fait de ces mutations et ces recombinaisons.

Tout virus parasite donc nécessairement une cellule hôte… Avec plus ou moins de conséquences pour celle-ci ! Souvent en fait, la cohabitation se passe assez bien. Le virus utilise la machinerie de son hôte pour se multiplier, sans la mettre trop en péril. Il peut même contribuer de la sorte à son évolution. Mais parfois la coexistence est plus dramatique. Le métabolisme de la cellule peut être gravement perturbé, allant jusqu’à la mort cellulaire. Le virus de la rage, par exemple, attaque spécifiquement les cellules du système nerveux central et les détruit inéluctablement, provoquant une encéphalite nécrosante toujours mortelle au stade d’état. Mais la cellule attaquée se défend aussi. Le corps réagit notamment par une réaction immunitaire, avec la prolifération de cellules chargées de neutraliser l’agresseur (comme les lymphocytes). Ces cellules s’arment aussi en prévision des futurs contacts. Ce sera le rôle des anticorps, qui auront vocation à repousser de façon spécifique les futures agressions.

Les consignes à tenir face à un virus

Comment se prémunir des maladies liées aux virus ? Tout d’abord, en évitant d’entrer en contact ! C’est ici le rôle de l’hygiène générale, hygiène des mains, nettoyage des surfaces (les agents tensioactifs, par exemple, détruisent le virus en désorganisant son peplos lipidique), éviction des contacts avec les porteurs… On peut aussi se prémunir contre la maladie par l’immunité, soit naturelle (acquise après une précédente invasion virale qui a guéri), soit artificielle, ce qu’on appelle la vaccination. Pour faire vite, disons que la vaccination mime l’invasion par le virus pour faire produire des anticorps, sans exposer aux effets pathologiques gênants. Elle joue en fait sur une immunité croisée entre le virus natif, pathogène, et un virus « leurre », soit original inactivé, soit voisin non pathogène, soit même une des molécules de son enveloppe. Quant aux médicaments antiviraux, ils sont d’une efficacité inconstante. Les antibiotiques, si efficaces pour tuer les bactéries, ne donnent rien contre ces organismes « infra-vivants » que sont les virus. Le virus n’étant pas à proprement parler « vivant », on ne peut pas le tuer comme on tue une cellule (qu’elle soit bactérienne, parasitaire ou mycotique) en paralysant son métabolisme, puisque lui n’en a pas ! Cependant certains produits peuvent bloquer la réplication virale et améliorer la maladie (par exemple les trithérapies contre le SIDA). Ainsi le traitement de la maladie virale est-il avant tout « symptomatique » (on traite les symptômes) ou préventif (éviction, vaccination). Nous en reparlerons.

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Présentons maintenant rapidement notre ami, SARS-CoV-2. Tout comme le virus de la grippe, le SARS-CoV-2 est un virus à ARN. C’est même le virus dont l’ARN est le plus long (30 kilobases). Son diamètre externe est de 125 nanomètres. Son ancêtre est probablement un virus de chauve-souris, qui pourrait avoir muté chez le pangolin.

SIPA Numéro de reportage: AP22429523_000001
SIPA Numéro de reportage: AP22429523_000001

Ce petit mammifère à écaille, connu aussi sous le nom de fourmilier écailleux, peuple les forêts et les savanes des régions tropicales et équatoriales d’Afrique et d’Asie du Sud-Est. Bien que protégé, ce mignon animal fait l’objet d’un intense braconnage à destination du marché asiatique, où il alimente la pharmacopée traditionnelle chinoise. Ses écailles notamment sont présentées comme une véritable panacée… pour son malheur (il est au bord de l’extinction), et le nôtre, dans le cas présent.

Ayant sauté de la chauve-souris au pangolin, l’ancêtre du SARS-CoV-2 a sans doute muté pour devenir infectant pour l’homme, avec lequel il était en contact dans un de ces marchés à animaux sauvages, plus ou moins légaux, que l’on trouve un peu partout en Chine. L’intensité des échanges entre hommes et animaux a favorisé cette évolution, qui résulte peut-être de la recombinaison entre deux virus différents.

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Ainsi vous avez fait connaissance avec l’invité, plutôt indésirable, qui s’est imposé chez nous depuis plusieurs semaines. Dans notre prochain billet, nous vous présenterons la maladie dont il est responsable, maladie qui répond au doux nom de Covid-19 (pour coronavirus disease 2019).

À tous, je souhaite bonne santé et bon courage… Dans une période comme celle que nous vivons, les formules de salutation se réduisent à l’essentiel, n’est-ce pas ?

Astérix et Obélix orphelins

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Le dessinateur Albert Uderzo est décédé


Nos disparus méritent mieux qu’une comptabilité obscène, à l’éclairage souffreteux d’un point presse. Chaque soir, la colère monte d’un cran. L’entendez-vous mugir, à la tombée du jour ? Elle vient du Grand Est, des côteaux d’Ottrott, de l’atelier d’Ettore Bugatti, des flacons de vin rouge aux bolides bleutés, de la table à l’asphalte, ces terres à l’ombre dorée tremblent. Nous pensons à eux. Ce vent d’angoisse souffle jusqu’à l’intérieur de nos foyers. Rien ne l’arrêtera désormais. Notre pays gronde. Quand le chagrin et le désespoir se font la courte-échelle, c’est tout un peuple qui s’interroge sur le sens de l’État. Même dans la mort, nos élites ne savent pas garder la bonne distance. Ces gens-là sont dépassés. Il leur reste la communication, cette vieille baderne, comme seule arme de défense. Les guerriers nus de l’hôpital se souviendront de leur incurie. La faillite managériale et la culture de l’économat, autrement dit la poursuite effrénée du petit sou se paye comptant… en nombre de vies. Nous passons à la caisse enregistreuse. À l’inconséquence budgétaire qui étrangle notre système depuis vingt ans, s’ajoutent les impardonnables leçons de morale. Après la crise, après le deuil, dans plusieurs semaines, peut-être, des résolutions de l’An 01, de l’ère post-Covid-19, devront être envisagées. En ce moment, nos combattants de l’impossible, premiers de cordée de la réanimation, encaissent les coups, parent au plus pressé, bricolent avec les moyens du bord, font preuve d’une conscience professionnelle qui redonne fierté à toute une Nation. Il existe encore des citoyens debout qui ne chouinent pas et qui agissent au péril de leur existence. Nous autres, gens de lettres et commentateurs assis, sommes démunis et admiratifs. Nous les remercions humblement. Car, nous l’avons bien compris, nous manquons de tout, de masques, de tests, de respirateurs et de sens des responsabilités. Face au chaos en marche, nos gouvernants ont enfilé l’uniforme du garde-champêtre. Ils ont la manie de la contravention, la tique des impuissants. 

Manu Dibango et Albert Uderzo sont tombés dans la marmite quand ils étaient petits

Dans cette actualité désolante, nous apprenons la disparition de deux figures populaires : un dessinateur et un musicien. Un fils d’immigrés italiens de 92 ans au nez gascon et un géant camerounais de 86 ans au crâne lustré, deux serviteurs de la francophonie. Au crayon ou au saxo, ils auront œuvré, sans relâche, au rayonnement de leur art respectif. Albert Uderzo et Manu Dibango, deux destins, deux talents hors du commun, par l’entremise des cases et des notes, avec cette même tendresse en héritage qui rassure petits et grands. « La mort, c’est trop bête » titrait Jean Cau dans sa nécrologie de Coco Chanel, en 1971. 

Par réflexe sanitaire et besoin de réconfort, je me suis plongé dans ma collection d’Astérix. Et j’ai relu ce midi Le bouclier Arverne. Mon album datant de 1968, ses pages s’effeuillent comme une marguerite. Malgré sa décomposition avancée due à de trop nombreuses manipulations, il garde toute sa fraîcheur juvénile. Le dessin d’Uderzo, d’une permanence exemplaire, d’une rondeur dynamique qui n’était pas sans relation avec sa passion exclusive pour les Ferrari, se moque des majorités soumises. Ces images-là, m’auront accompagné, tout au long de ma vie, d’une rougeole barbaresque au confinement actuel. Qui peut en dire autant ? Sur qui, pouvons-nous nous appuyer pendant près de quarante ans ? Sans une trahison, sans une défaillance, sans un coup fourré, avec toujours l’assurance de ce rire innocent qui apaise au creux de la nuit. Je ne me lasse pas de cette introduction mythologique : « Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur ». Où êtes-vous, aujourd’hui, Astérix, Obélix et même toi, Idéfix ? Nous aurions tant besoin de votre potion magique. J’ai remis la main sur un numéro de Paris Match de l’année 1966 et cette photo montrant le couple « Goscinny et Uderzo » déguisé en Gaulois, avec casques, tresses et belles bacchantes, trinquant gaiement à la cervoise. Et cette légende : « René Goscinny, 39 ans et Albert Uderzo, 38 ans, tous deux passionnés d’histoire. Le premier écrit, l’autre dessine. Et un million d’Astérix a déjà été vendu en cinq ans ». Vous n’étiez qu’au début de votre conquête mondiale. 

Quant à toi, Manu, grâce à ton son mêlé, ton souffle salvateur et cette énergie qui fédère les peuples, tu auras traversé toutes les mers et bravé tant de tempêtes. Tu as ensorcelé la planète par ta soul unique, tu en avais le secret. On a bien essayé de piller tes harmonies, mais tu as résisté. Alors longtemps après vous, soyez-en convaincus, « Soul Makossa » et « Astérix » viendront calmer l’angoisse des Hommes. 

Un monde affolé qui bascule dans l’inconnu


La pandémie du coronavirus met en évidence les fragilités d’un monde interconnecté. Au vrai, ce géosystème chaotique est au bord d’un abîme que de vastes plans keynésiens élaborés en toute hâte auront du mal à combler.


La doxa anti-libérale dénonce l’austérité mais l’impécuniosité des dernières décennies limite les possibilités d’agir d’États lestés par le social-fiscalisme. Surtout, il n’y aura pas de Sainte-Alliance sanitaire faisant passer à l’arrière-plan les rivalités géopolitiques qui s’aggravent. Avec plusieurs foyers conflictuels sur ses frontières, l’Europe est particulièrement concernée. En toile de fond, la possible convergence de lignes dramaturgiques nous conduisant à une « singularité ». Au-delà des mesures de circonstance, il importe de comprendre ce qui advient.

L’expansion géographique du coronavirus bouleverse les nombreux pays atteints par ce qui l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie officiellement de « pandémie ». Nonobstant son redoutable pouvoir de contamination et les conséquences de ce virus sur des systèmes de santé menacés de thrombose, la disproportion entre le nombre des personnes atteintes et ses effets multiformes sont frappants. Le phénomène démontre que l’interconnexion des espaces géographiques et la densité des interdépendances font du monde un vaste géosystème chaotique. Est qualifié de chaotique un système sensible aux conditions initiales dans lequel les causes provoquent des effets hors de proportion. Il serait pourtant erroné de croire possible le retour à une fantasmatique autarcie primitive. D’une certaine manière, « nous sommes embarqués ».

Par ailleurs, le satisfecit français sur les vertus de l’État-providence et la possibilité d’une grande relance keynésienne laissent dubitatifs. Depuis 2008, nous n’avons pas su ou voulu reconstituer des marges de manœuvre financière. Enfin, il serait vain d’espérer la formation d’une Sainte-Alliance sanitaire faisant passer la lutte contre le virus avant les rivalités de puissance. Bref, les périls s’accumulent à l’horizon, ce qui fait redouter la possible convergence de différentes lignes dramaturgiques. Dès lors, ce pourrait être une descente aux enfers.

Si les conséquences du coronavirus ont alimenté les anticipations négatives à l’origine du krach boursier, celui-ci résulte de multiples causes dont les effets se cumulent. L’effondrement des cours du pétrole et l’incapacité des dirigeants occidentaux à agir de concert ont aussi leur part. Le sempiternel procès de « la finance » ou de la « mondialisation » ne sera pas à la hauteur des défis

En vérité, bien des observateurs redoutaient l’imminence d’un krach boursier. D’une part, nous étions à la fin d’une longue période de croissance et, si l’on en croit la théorie des cycles (le cycle Juglar en l’occurrence), la conjoncture finit inévitablement par se retourner. Dès avant le coronavirus, le FMI pointait les tendances à la récession. Aux États-Unis, première économie au monde, la perpétuation de la croissance reposait sur un important déficit provoquant une surchauffe économique, ce qui est toujours de mauvais augure. Par ailleurs, les batailles commerciales sur fond de rivalités géopolitiques, de part et d’autre du Pacifique comme au Moyen-Orient, laissaient craindre un choc exogène, irréductible à des facteurs économiques. Las ! C’est un virus qui fit office de déclencheur : « Petite cause, grands effets ». Comme de coutume, les demi-habiles incrimineront la finance. D’une part, le mécanisme de transmission est l’inverse de celui de 2008 : c’est le blocage de l’économie productive qui génère les anticipations négative des traders et fait plonger les marchés financiers. D’autre part, les soubresauts des grandes bourses mondiales puis leur premier plongeon ont été aggravés par le déclenchement entre la Russie et l’Arabie Saoudite d’une guerre des prix sur le marché du pétrole (krach pétrolier et boursier du lundi 9 mars 2020). Si l’attitude désinvolte et les maladresses de Donald Trump ont aggravé la crise, ce comportement erratique ne vient qu’ensuite. Au demeurant, bien des dirigeants européens ont aussi pratiqué le déni et n’ont guère manifesté d’esprit de concertation et de coordination. Il faut certes saluer l’intervention massive de la FED et de la BCE afin d’éviter l’effondrement total [tooltips content= »Au soir du mercredi 18 mars, la BCE a lancé un plan d’urgence baptisé « programme d’achat urgence pandémique » (ou PEPP) de 750 milliards d’euros, pour tenter de contenir les répercussions sur l’économie de la pandémie de coronavirus. Ce montant s’ajoute à un programme de rachat de 20 milliards d’euros par mois engagé depuis décembre 2019. Il faut aussi prendre en compte les 120 milliards d’euros déjà débloqués pour la crise du coronavirus, le 12 mars dernier. Trois jours avant le plan de la BCE, la Fed avait abaissé ses taux directeurs et annoncé l’achat de 500 milliards de dollars de bons du Trésor et de 200 milliards de dollars de titres hypothécaires (15 mars 2020). »](1)[/tooltips]. Cependant, les politiques d’expansion monétaire ne butent-elles pas sur leurs limites ?

La mondialisation est incriminée, encore faut-il savoir ce que l’on nomme ainsi. Ce processus séculaire est ramené à l’une des hypostases : la croissance du commerce, des échanges et de l’économie, à l’échelon global, au cours du dernier demi-siècle. Au vrai, la mondialisation commence avec les Grandes Découvertes, lorsque cette portion des terres émergées qu’est l’Europe partit à la conquête du monde. La mondialisation est d’abord ibérique. Très vite, Français, Anglais et Hollandais sont sur les talons des Portugais et des Espagnols. Au milieu du vingtième siècle, les États-Unis devinrent les dépositaires des pouvoirs historiques de l’Occident. Cela pour dire que ce processus est comparable à une dialectique hégélienne qui dépasse les individus. Elle ne relève pas d’une décision politique à un moment donné. Tels qu’ils sont décrits par Fernand Braudel, les mouvements de l’« économie-monde » enchaînent des cycles protectionnistes et libre-échangistes, voient se succéder guerres et hégémonies. Lorsque qu’après la crise de 1929, les dévaluations et les mesures protectionnistes firent dévier la mondialisation marchande, une guerre mondiale prit le relais. Dans une acception large, la mondialisation est l’un des noms donnés à l’Histoire universelle. La pensée-slogan peut bien dénoncer l’« ultra-libéralisme » ou « le règne de la marchandise », notre destinée est mondiale. A moins qu’il ne s’agisse d’une fatalité.

L’éloge de l’État-providence et des bienfaits de l’action publique dissimulent l’essentiel. Faute d’avoir su alléger la charge des dépenses, les hauts niveaux des déficits et d’endettement publics limiteront la latitude d’action des pays les plus impécunieux

A situation d’exception, pouvoirs et mesures d’exception : les pays développés à économie de marché doivent mobiliser des sommes colossales pour éviter le collapsus économique final. « Ce n’est pas le moment d’économiser », explique Jean-Pisani-Ferry[tooltips content= »Entretien publié dans Le Monde, 13 mars 2020. »](2)[/tooltips]. Au vu des déficits accumulés et de la montagne de dettes publiques dans la plupart des pays, il faudrait se demander si cela n’a jamais été le cas. D’aucuns parlent d’un « retour des États ». En prenant comme critère le poids des prélèvements obligatoires et de la dépense publique dans le PIB, les États n’ont pas brillé par leur absence. Ces chiffres sont très supérieurs à ceux des années 1960, cet âge d’or du keynésianisme, y compris dans les pays réputés les plus libéraux : 35% de prélèvements obligatoires aux États-Unis, près de 40% au Royaume-Uni. A la Belle Epoque, lorsque les États étaient centrés sur les fonctions régaliennes, ces taux s’étalaient sur une fourchette de 10 à 15% du PIB. Notons au passage que c’était l’âge d’or de la souveraineté nationale. En notre ère réputée « ultra-libérale », le montant sans équivalent historique des prélèvements obligatoires et de l’endettement public pèse sur l’économie et détermine pour partie son fonctionnement : c’est l’impécuniosité des États qui génère le marché de la dette, avec sa logistique financière. Ne mêlons pas causes et conséquences.

Peut-être n’y a-t-il pas d’alternative à une relance mondiale concertée. Il convient pourtant de s’inquiéter du fait que les banques centrales ont épuisé leurs réserves et les États surendettés n’ont plus guère de marge de manœuvre : comment financer ces plans de relance ? L’arithmétique serait-elle donc une simple convention qu’une décision politique pourrait modifier ? Une fois passé le gros de la crise de 2008, il eût fallu reconstituer réserves et marges de manœuvre. John Maynard Keynes ne disait pas autre chose : déficits en temps de crise, équilibre budgétaire en période de croissance (on recharge le fusil). Au-delà de la conjoncture, il semble urgent de s’interroger sur la thèse d’une stagnation séculaire, artificiellement et temporairement contrariée par la mise sous stéroïdes de l’économie mondiale[tooltips content= »L’hypothèse de la « stagnation séculaire » a été une première fois introduite par Alvin Hansen, dans un discours prononcé en 1938, et reprise dans un texte publié l’année suivante (A. Hansen, « Economic Progress and Declining Population Growth », American Economic Review, Vol. 29 (1), pp. 1-15). Elle renvoie à un régime économique de croissance faible et de sous-emploi, également caractérisé par une inflation faible, voire par un phénomène de désinflation. Après la crise de 2008, cette hypothèse a été reprise par Lawrence H. Summers (L. H. Summers, « U.S. Economic Prospects: Secular Stagnation, Hysteresis, and the Zero Lower Bound », Business Economics, Vol. 49, n°2), du fait de la relative faiblesse de la croissance économique, aux États-Unis comme dans la zone euro, elle nourrit le débat économique. »](3)[/tooltips]. Il est vrai qu’un tel avenir aurait des conséquences gravissimes sur des régimes politiques modernes dont la formule de légitimité, purement immanente, repose sur les seuls succès technico-économiques. Il ne faut pas mépriser les biens que l’on possède, et nous pourrions regretter un jour les aménités de cette civilisation marchande et technicienne. Il n’en importe pas moins de prendre la mesure de la catastrophe, de scruter l’horizon et d’anticiper l’avenir. Autant que faire se peut.

Dans le registre du « vivre ensemble », préciosités et mignardises sur la solidarité de « toutes et tous » et le « faire nation » ne sont plus de saison. Ils dissimulent mal l’état réel de sociétés post-modernes atomisées et épuisées. L’improbabilité d’une thérapeutique par le haut n’interdit pas de formuler un diagnostic sur notre modernité tardive

Dans leur adresse à la nation, on comprend certes la volonté des dirigeants de ne pas provoquer d’effet de panique et d’en appeler au respect d’un certain nombre de comportements civiques. Un paradoxe toutefois : la solidarité de « toutes et tous » consiste essentiellement à se barricader chez soi et à s’abstenir de tout contact extérieur : « moralia minimalia ». Par ailleurs, faut-il céder à la « câlinothérapie », segmenter la population pour remercier de manière particulière les agents publics et additionner les tics de langage ? Songeons à l’amiral Nelson lors de la bataille de Trafalgar : « L’Angleterre attend de chacun d’entre vous qu’il fasse son devoir ». Surtout, cette langue de coton ne saurait occulter l’état réel de notre « modernité tardive ». Sur ce point, la lecture du dernier ouvrage d’Hugues Lagrange, sur les « maladies du bonheur », s’impose[tooltips content= »Hugues Lagrange, Les maladies du bonheur, PUF, 2020″](4)[/tooltips]. Brassant et analysant de multiples données, le sociologue dresse un tableau clinique de l’humanité post-moderne (il parle d’« homme moderne »). Affectée de multiples troubles mentaux et comportementaux, cette humanité est victime de l’anxiété et de la dépression, de l’alcoolisme et de la drogue. Désinstitutionnalisé et privé de forme stable d’appartenance, l’« homme moderne » souffre de la solitude et de l’angoisse.

Comment ne pas songer au « dernier homme » de Nietzsche qui, clignant de l’œil, s’écrie : « Nous avons inventé le bonheur » ? Hélas, le philosophe de Sils-Maria nous a prophétisé deux siècles de nihilisme : le compte n’y est pas. Hugues Lagrange explique qu’il faudrait « réinstituer l’homme » et lui ouvrir un destin au sein d’une « société décente ». Gardons-nous de croire que le « retour des États » suffira à la tâche. En guise de réponse à des maux de civilisation, se donner pour but la construction d’un « kolkhoze fleuri » [tooltips content= »Voir Jean Gabin dans Le cave se rebiffe, film de Gilles Grangier (1961). »](5)[/tooltips] (fût-il peint en bleu, blanc, rouge), serait illusoire. Tout au plus faudrait-il exiger de l’État qu’il cesse d’entériner et de consacrer la tyrannie de minorités qui prétendent imposer leurs mœurs et les transformer en règles de droit.

On ne saurait pourtant ignorer que ces demandes viennent d’une partie de la société elle-même, le plus grand nombre manifestant l’indifférence pour autant que cela n’ait pas d’impact économique direct sur leur situation. L’idée d’un « bloc populaire » demeuré sain, futur « sujet historique » appelé à se dresser contre un « pôle élitaire » composé d’« anywhere » est illusoire. A moins que ce ne soit un mensonge manié par des gens qui se voient comme une « élite de remplacement » (Vilfredo Pareto) appelée à diriger les nations occidentales en s’appuyant sur les masses – selon la rengaine du « moment populiste » à venir.

Il serait erroné de penser que la situation sanitaire pourrait suspendre les rivalités de puissance. Le cas de la Chine populaire, dirigée par un parti-État aux ambitions totalitaires, en témoigne. Loin de battre sa coulpe et de reconnaître les fautes commises au départ de l’épidémie chinoise, Pékin passe à l’offensive

Certes, bien des gouvernements auront fait preuve d’une négligence fâcheuse, voire coupable : « Humain trop humain ». Dans le cas de la Chine populaire, il pourrait s’agir d’un mensonge éhonté et d’une dissimulation volontaire, jusqu’à ce que le phénomène dépasse les dirigeants néo-maoïstes et leurs exécutants. S’en étonnera-t-on ? La Chine est sous la coupe d’un régime idéologique qui, loin de s’adoucir au contact de la modernité occidentale, s’est durci. L’idéologie est fondée sur une parole fausse ; son nom métaphysique est le mensonge, comme l’a soutenu Alexandre Soljenitsyne. On ne saurait en effet ignorer le cas de ce médecin chinois de Wuhan qui a rapidement alerté les pouvoirs publics, a été persécuté pour mourir ensuite du virus. De façon éhontée, Pékin se pose désormais en parangon de vertu, arguant de sa politique de confinement et de lutte massive contre la propagation du virus. Après avoir reçu de l’étranger des millions de masques au plus fort de l’épidémie, dans la région de Wuhan et ailleurs, le régime chinois mène une « diplomatie du masque » au moyen de livraisons ostentatoires aux pays contaminés par la suite. Sans pudeur aucune ni sens de la vérité, il administre des leçons de « gestion de crise ». Le Département de la propagande du Parti annonce la publication prochaine d’un livre intitulé Da guo zhan yi, soit La grande puissance combat l’épidémie.

Pour détourner l’attention du « virus de Wuhan », le pouvoir local n’hésite pas à reprendre des mensonges sur l’origine américaine de cette épidémie depuis devenue pandémie. Signifiée le 18 mars 2020, l’expulsion de journalistes américains du New York Times, du Wall Street Journal et du Washington Post marque une nouvelle étape dans le conflit sino-américain. D’un point de vue européen, l’excessive dépendance à l’industrie chinoise ne pourra plus être ignorée. Mouvement long de l’histoire décrit par Fernand Braudel[tooltips content= »Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Flammarion, 1977. »](6)[/tooltips], et ce bien avant les représentants de l’histoire interconnectée, la mondialisation ne connaîtra pas d’arrêt durable : qu’est-elle d’autre sinon l’arraisonnement du monde par la technique ? En revanche, la sino-mondialisation n’est plus tenable[tooltips content= »Voir Emmanuel Dubois de Prisque et avec Sophie Boisseau du Rocher, La Chine e(s)t le monde. Essai sur la sino-mondialisation, Odile Jacob, 2019″](7)[/tooltips]. L’expérience des faits et la réponse spontanée des producteurs aux signaux du marché (pénuries, retards et surcoûts) devraient entraîner le redéploiement des activités afin d’assurer la sécurité des approvisionnements et donc des pays européens. Si besoin est, des incitations publiques devront aller en ce sens. Déjà, il appartient aux États de reconsidérer le dossier « Huawei » et les précautions à prendre en matière de 5G.

Les rivalités de puissance se renforcent et le sacrifice par la Russie de l’« OPEP+ » et de son entente avec l’Arabie Saoudite en matière de pétrole, en témoigne. La nouvelle guerre froide s’étend au domaine énergétique, quitte à saborder le niveau des prix et à mettre à mal les relations entre Moscou et Riyad

Il n’y aura donc pas de Sainte-Alliance sanitaire pour mettre entre parenthèses les conflits et rivalités de puissance entre les nations. Si besoin était, le conflit entre la Russie et l’Arabie Saoudite autour de la production de pétrole et la liquidation de l’« OPEP+ », sur fond de pandémie et de dégringolade des marchés, en sont la preuve. En 2016, la Russie et l’Arabie Saoudite, principal producteur pétrolier de l’OPEP, ont passé un accord visant à réduire la production et à faire remonter les cours. Cette alliance commerciale est désignée par le terme d’« OPEP+ ». Elle a volé en éclats. Pourquoi ? Le coronavirus paralysant l’activité économique, le prix du pétrole baissait depuis plusieurs semaines. Les discussions autour de nouveaux quotas ont échoué le vendredi 6 mars 2020, Riyad ne parvenant pas à convaincre Moscou du bien-fondé d’une telle décision.

Aussi l’Arabie Saoudite a-t-elle décidé d’augmenter sa production pétrolière et de baisser ses prix, un choc sans précédent depuis la guerre du Golfe (1991) suivant cet échec. Simple différend commercial ? Selon la presse russe, la décision du Kremlin aurait été prise à la demande d’Igor Setchine, président de Rosneft, qui depuis longtemps voit dans l’« OPEP+ » une « menace stratégique » (les autres compagnies pétrolières voulaient maintenir cette alliance commerciale).

Selon Alexandre Dynkine, président de l’IMEMO[tooltips content= »IMEMO : Institut de l’économie mondiale et des relations internationales. Fondé en 1956, l’IMEMO est situé à Moscou. Il est principalement dédié à l’étude des politiques menées par les États occidentaux et l’ensemble des pays développés. L’objectif est d’envisager et d’analyser les tendances mondiales à l’œuvre dans divers champs, du point de vue la Russie et de ses intérêts nationaux. L’IMEMO organise notamment les « Primakov Readings », une réunion d’experts, de diplomates et de « décideurs » mondiaux. »](8)[/tooltips], « le Kremlin a décidé de sacrifier l’accord OPEP + pour stopper la production de gaz de schiste aux États-Unis et les punir pour Nord Stream 2 ». La décision est politique et s’inscrit dans le contexte de nouvelle guerre froide. Au-delà de la rupture du lien spécial avec l’Arabie Saoudite, dont le rôle en Syrie n’est plus important, la cible visée par le Kremlin est donc américaine. Ce faisant, le brusque contre-choc pétrolier est venu aggraver la situation économique mondiale. Ajoutons que le profit que le consommateur pourra tirer d’une baisse des prix sera largement dépassé par les effets négatifs de ce marasme économique.

Schématiquement, la Russie compte sur le caractère frustre de son économie (une « économie de cafard », tendue vers la survie) et le contrôle social de la population pour traverser des difficultés économiques qui affecteraient principalement les pays libres et développés. Gageons qu’il se trouvera bien des idéologues en Occident pour vanter la performance et expliquer que la pénurie constituerait la réponse à la misère morale et spirituelle de l’« homme moderne ». Et l’« écologie fondamentale » a désormais son pendant droitier, une forme de national-bolchévisme mâtinée de survivalisme.

A l’avenir, les frontières est et sud-est de l’Europe demeureront sous tension. Sur l’axe Baltique-mer Noire, le conflit russo-ukrainien est toujours ouvert et sanglant. Le jour venu, ce « conflit de basse intensité » pourrait monter en puissance. Au sud-est, Ankara instrumentalise les flux migratoires pour exercer des pressions sur l’Europe. Un chantage inacceptable qui ne dissimulera pas le problème géopolitique de fond

Interrogée par Le Monde, le ministre suédois des Affaires étrangères, Ann Linde, rappelle que le conflit au Donbass demeure actif : « Sur les 420 kilomètres de ligne de contact, il n’existe seulement cinq points de passage […]. Rien qu’en janvier et février, 35 militaires ont été tués dans une zone où il y a eu un désengagement : c’est bien un théâtre militaire actif » [tooltips content= »Ann Linde, « Sur l’Ukraine, « la position russe n’a pas évolué d’un millimètre » », Le Monde, 11 mars 2019″](9)[/tooltips]. En Ukraine comme en Moldavie et en Géorgie, ce type de conflit installe dans les esprits l’idée d’un inéluctable démembrement de l’État qui en est la victime. Il constitue également un levier d’action qui, en usant du pseudo-État crée par l’occupant et ses « proxies », peut exercer des pressions sur Kiev, Chisinau ou Tbilissi. Surtout, c’est une base de départ pour une opération armée plus vaste, lorsque les circonstances seront jugées favorables. Aussi ne faut-il rien exclure. Dans l’immédiat, force est de constater que la doctrine russe d’Emmanuel Macron (le « dialogue sans naïveté ») n’a rien produit[tooltips content= »Jean-Sylvestre Mongrenier, « Trois mots sur la nouvelle doctrine russe d’Emmanuel Macron », Boulevard extérieur, 3 septembre 2019″](10)[/tooltips]. Les échanges de prisonniers entre Kiev et Moscou ont d’abord permis à la Russie de récupérer un personnage dont le témoignage aurait été fort utile à l’enquête sur les responsables du tir sur le vol MH-17, le 17 juillet 2014, au-dessus du Donbass (le procès est en cours, au tribunal de Schiphol, près d’Amsterdam)[tooltips content= »Le 17 juillet 2014, un Boeing 777 décolle de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol pour Kuala-Lumpur (Malaisie) avec 298 personnes à bord dont 196 Néerlandais. Le vol MH17 (Malaysian Airlines 17) est ensuite abattu par un Buk, missile anti-aérien de conception soviétique, au-dessus du Donbass où l’armée ukrainienne affronte les milices séparatistes pro-russes. Le drame est suivi d’une opération de désinformation avec force scenarii et fausses nouvelles visant à innocenter la Russie et ses forces par procuration. »](11)[/tooltips].

L’échec de la doctrine russe d’Emmanuel Macron est également patent en Syrie, plus particulièrement à Idlib. Depuis décembre 2019, l’action combinée de Damas et de ses alliés russo-iraniens ont jeté 900 000 personnes sur les routes, cette masse mettant en péril la frontière turco-syrienne. De fait, Recep T. Erdogan instrumentalise ces flux pour exercer un chantage à l’encontre de l’Europe. Au vrai, il ne s’agit pas seulement pour Ankara d’obtenir une aide financière plus importante [tooltips content= »Les responsables turcs reprochent aussi à l’Union européenne de ne pas avoir respecté plusieurs dispositions de l’accord migratoire signé en mars 2016 avec Bruxelles, notamment la promesse de libéralisation des visas à l’endroit des ressortissants turcs et la modernisation de l’accord d’Union douanière. Ces questions sont traitées par la Commission européenne, sous le contrôle des États membres de l’Union européenne. »](12)[/tooltips] mais d’avoir le soutien des autres pays membres de l’OTAN dans la mise en place d’une zone de sécurité en avant des frontières turques avec la Syrie. Alors que la Russie bloque au Conseil de sécurité l’ouverture de corridors humanitaires qui permettrait de soulager la population concentrée à Idlib, il y a bien des convergences turco-européennes sur cette question. Le constat fera hurler les poutinophiles, mais ces derniers sont beaucoup moins promptes à stigmatiser leur « homme fort » lorsque celui-ci parvient à s’entendre avec Recep T. Erdogan (S-400, Turkstream, cessez-le-feu, partage des mêmes éléments de langage anti-occidentaux). Cela dit et malgré l’importance géostratégique de la Turquie, il est évident que l’on ne saurait faire confiance à Recep T. Erdogan. L’alliance demeure mais elle devient transactionnelle, et les pays européens auront à utiliser leurs quelques cartes pour instaurer un rapport de force favorable à une future négociation. A défaut d’un accord solide sur les questions migratoires, l’accès des biens industriels turcs au marché unique pourrait être remis en cause[tooltips content= »Jean-Thomas Lesueur, « Migrants : répondre au chantage d’Erdogan », Institut Thomas More, 17 mars 2020″](13)[/tooltips].

Au Moyen-Orient et dans le golfe Arabo-Persique, rien n’est réglé ni même reporté. La population iranienne peut bien souffrir de la pandémie, le Guide suprême et les Gardiens de la Révolution resserrent leur emprise sur le pays, et les milices panchiites poussent les feux en Irak. Au péril d’une nouvelle escalade

Après les provocations iraniennes qui ont conduit à l’élimination par les États-Unis du général Soleimani, on eût voulu croire possible un retour au calme. Donald Trump a préféré ignorer les représailles iraniennes sur une base américaine en Irak qui ont pourtant fait de nombreux blessés (opération « Shahid Soleimani », 8 janvier 2020). Le même jour, un Boeing de l’Ukraine International Airlines aura été abattu par la défense anti-aérienne iranienne. Il se trouve certainement des partisans d’une politique de complaisance à l’égard du régime chiite-iranien pour espérer une « désescalade » durable. Une approche comptable des relations internationales et des rapports de puissance aime aussi à privilégier la comparaison des PIB américain et iranien ainsi que des dépenses militaires, l’idée directrice étant de montrer qu’un État aussi insignifiant ne saurait constituer une réelle menace. A ce compte, la gravité de l’épidémie de Coronavirus en Iran irait dans le sens de l’apaisement et de la stabilisation. Considérée comme « un complot de l’ennemi », elle s’est abattue sur la population. Plus qu’ailleurs, les autorités sanitaires sont débordées, d’autant plus que le fait a été nié par les plus hauts dirigeants du pays. Un médecin de Téhéran résume la situation : « Le message était clair : pas de coronavirus avant les élections » [tooltips content= »Ghazal Golshiri et Allan Kaval, « En Iran, l’épidémie de coronavirus révèle l’incurie des autorités », Le Monde, 4 mars 2020″](14)[/tooltips]. Depuis, le chaos sanitaire iranien s’accroît au péril des pays voisins et des territoires traversés par l’axe chiite. Quelles conséquences en Syrie où la moitié de la population a été déplacée ?

Pourtant, bien des éléments montrent que la volonté de puissance et l’agressivité du régime irano-chiite demeurent inentamés[tooltips content= »Jean-Sylvestre Mongrenier, « Sur l’Iran, l’escalade militaire et le désarroi européen », Boulevard extérieur, 7 janvier 2020″](15)[/tooltips]. Le 21 février 2020, les législatives iraniennes ont fait tomber le décor Potemkine qui prétend dissimuler la réalité politique et idéologique dudit régime. Déjà, le clivage entre « opportunistes » (les prétendus « modérés ») et « durs » (les « conservateurs ») reposait non pas sur les fins mais sur le rythme et les moyens, sans parler des rivalités portant sur l’accès aux rentes et ressources d’une économie sous contrôle politique. Désormais, ce sont les « trotskystes » de l’islamisme chiite qui contrôlent le Parlement. Au sommet, le Guide suprême, les Pasdarans tenant lieu de colonne vertébrale du régime. La résolution de 2015 sur la limitation du programme balistique est allègrement violée et il ne reste quasiment rien du dispositif d’encadrement du nucléaire iranien[tooltips content= »Le 3 mars 2020, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi, a confirmé au président français, Emmanuel Macron, l’irrespect par l’Iran de ses engagements nucléaires. Téhéran a multiplié par trois le stock d’uranium enrichi. Dès le 14 janvier, Paris, Londres et Berlin (l’E3) ont annoncé l’activation du mécanisme de règlement des différends »](16)[/tooltips].

En Irak, les milices panchiite au service de Téhéran harcèlent les troupes américaines avec pour objectif le départ des forces de la coalition, ce qui achèverait le phagocytage de ce pays et ouvrirait la possibilité d’évincer les Occidentaux de la région (objectif partagé avec la Russie). Le 11 mars, des roquettes Katioucha se sont abattues sur la base de Taji, tuant deux soldats américains et un soldat britannique. Quelques heures plus tard, l’aviation américaine bombardait la base d’une milice panchiite en Irak (une trentaine de morts). Le 14 mars, deux nouvelles roquettes visaient la base de la coalition internationale. Une certitude : le coronavirus ne nous préservera pas d’une nouvelle escalade entre Méditerranée et Golfe Arabo-Persique ou dans le détroit d’Ormuz[tooltips content= »Jean-Sylvestre Mongrenier, « La stratégie de déstabilisation menée par l’Iran qui pourrait conduire à la guerre », Huffpost, 5 août 2019″](17)[/tooltips].

En Libye, sur les rivages africains de la Méditerranée, la désunion occidentale, l’irrésolution européenne et l’incapacité à déployer des troupes, afin de disposer d’un levier sur ce théâtre, ont causé un vide géopolitique comblé par la Russie dans un premier temps, la Turquie ensuite. Le scénario d’une « nouvelle Syrie » aurait de graves conséquences en Europe

En Libye, sur le flanc sud de l’Europe, la situation s’aggrave. Malgré la conférence de Berlin du 19 janvier 2020, en appui à la médiation de l’ONU, la négociation d’un accord de cessez-le feu, préalable à une réconciliation politique nationale, a échoué. Envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé a démissionné le 3 mars dernier. Sur place, la Russie, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats-Unis soutiennent le maréchal Khalifa Haftar, chef de la Cyrénaïque qui tente depuis le printemps 2019 de prendre Tripoli. Des mercenaires russes de la compagnie Wagner sont à pied d’œuvre et matérialisent le soutien de Moscou. Khalifa Haftar recrute aussi sur le continent, notamment au Soudan. Depuis le Golfe et l’Égypte, matériels et équipements sont livrés à son armée. A la tête du seul gouvernement reconnu par l’ONU, Fayez el-Sarraj est soutenu par la Turquie et le Qatar. C’est bien après la Russie, il faut le concéder, que la Turquie s’est activement engagée. Le 27 novembre 2019, Ankara et Tripoli signent un accord de sécurité ainsi qu’un accord de délimitation des domaines maritimes respectifs en Méditerranée orientale, au grand dam des pays voisins (Grèce, Chypre et Egypte). Recep. T. Erdogan expédie ensuite des conseillers militaires turcs ainsi que des mercenaires recrutés parmi les milices syriennes que la Turquie finance et équipe. En retour, un axe Haftar-Assad se dessine, avec l’envoi d’une délégation du gouvernement de Benghazi en Syrie et l’ouverture d’une ambassade (3 mars 2020). Esquissé dès 2018, cet axe est soutenu par la Russie qui recrute également des mercenaires syriens destinés à se battre sur le front libyen. Aussi la Libye est-elle en passe de se transformer en « nouvelle Syrie », avec de graves conséquences pour l’Europe, tant sur le plan énergétique que migratoire. La Russie comme la Turquie pourraient user de ces moyens de pression.

L’impuissance européenne est frappante, la France et l’Italie ne parvenant pas à s’entendre, ce qui exclut toute action collective des Vingt-Sept (n’incriminons par l’Union européenne en tant que telle). L’Italie argue de son rôle historique en Libye et fait prévaloir l’objectif de contrôle des flux migratoires. Elle privilégie ses liens avec le gouvernement de Tripoli (Fayez el-Sarraj). Il faut y ajouter la forte présence du groupe ENI dans le pétrole libyen. Initialement, la France soutenait Khalifa Haftar dans son action contre diverses milices islamistes. L’anti-terrorisme et ses objectifs tactiques l’ont emporté sur une vision d’ensemble de la situation libyenne. Depuis, le Khalifa Haftar s’est autonomisé, en s’appuyant sur des alliés plus entreprenants, et il a lancé la « bataille de Tripoli ». Disons-le : Khalifa Haftar s’est joué de la France et n’a pas respecté les engagements pris à La Celle-Saint-Cloud (juillet 2017), puis à Paris (mai 2018). La rencontre du 9 mars dernier, à l’invitation d’Emmanuel Macron, n’a rien donné de plus. Du côté français, l’idée était qu’un « homme fort » de ce type pourrait contribuer à la stabilité du Sahel. Mais faut-il mettre en péril la situation en Méditerranée pour préserver l’hinterland africain ? Il est à craindre par ailleurs que le possible déplacement de l’épicentre du coronavirus vers l’Afrique, encore à l’écart semble-t-il, ne bouleverse la situation en Afrique subsaharienne. Cette pandémie devrait y trouver un nouveau terrain d’expansion.

En toile de fond de cette crise globale, la « précipitation », au sens chimique du terme, d’enjeux territoriaux, écologiques, démographiques et identitaires est plus inquiétante encore. La convergence de lignes dramaturgiques se précise avec en perspective une « singularité »

Il faut ici rendre hommage à un livre remarquable écrit en 2004 par Jacques Blamont, Introduction au siècle des menaces. Dans son prologue, il écrivait : « Dans tout système complexe, de très nombreux éléments interagissent les uns avec les autres. Souvent l’évolution crée une force qui s’oppose à elle-même ; la résultante est alors une oscillation ou un amortissement, c’est-à-dire un arrêt. Ce mécanisme, appelé contre-réaction ou boucle fermée, aboutit à un équilibre où les paramètres qui décrivent l’état des choses s’écartent peu des valeurs moyennes. Si au contraire l’évolution crée une force qui s’exerce dans son propre sens, il en résulte une croissance qui s’accélère dans le temps. Ce mécanisme-là, dite de réaction positive ou de boucle ouverte, cause la destruction du système, si un agent extérieur n’intervient pas » [tooltips content= »Jacques Blamont, Introduction au siècle des menaces, Odile Jacob, 2004″](18)[/tooltips]. Nous en serions là. Le moteur de l’Histoire de cette expansion réside dans le formidable progrès des sciences et de techniques, de l’électronique et de l’information, une force démesurée qui a bâti un « réseau de réseaux » dont la puissance de calcul de nos smartphones individuels nous donne une faible idée. L’humanité fonctionne en boucle ouverte, ce qui conduirait à une « divergence » : pour dire les choses plus concrètement, une possible grande catastrophe qui dépasserait l’ampleur de la Peste noire et d’événements comparables dans l’histoire de l’humanité.

Trois lignes dramaturgiques convergent formant ainsi une menace globale : la prolifération des armes balistiques et de destruction massive qui, en deux ou trois décennies, s’est accélérée (on pense notamment à l’Iran et à la Corée du Nord pour les armes nucléaires) ; les déséquilibres de la biosphère et les épidémies à venir qui en résulteront ; les désastres naturels. « La synergie des trois fléaux, les guerres, les épidémies et les désastres naturels, risque d’engendrer une singularité qui ne serait pas le triomphe d’une super-intelligence, mais constituerait au contraire le coup d’arrêt donné par la biosphère à son bourreau ». Et notre auteur de citer Pascal : « Chacun sait qu’il doit mourir mais il ne le croit pas ». Tout au plus s’agira-t-il de survivre un temps. A la différence des États-Unis, les pays européens ont préféré, individuellement et collectivement, conduire une politique de jouissance plutôt qu’une politique de puissance. Décrochée des États-Unis et, bientôt, de la Chine populaire, l’Europe l’est également des pays en développement sur le plan de la démographie. L’affolement à la seule vue de quelques milliers de réfugiés syriens ou autres qui s’entassent sur ses frontières n’est pas pure irrationalité. Il exprime la conscience des importants déséquilibres démographiques entre le « Vieux continent » et ses périphéries géopolitiques.

Le niveau des périls demande que l’on renoue avec une conception haute du politique, saisi dans son essence. Il ne s’agit pas seulement d’exercer le pouvoir mais de renouer avec l’idée de bien commun. Pourtant, cela ne suffira pas

Face aux périls et déséquilibres du monde, de nombreuses voies invoquent le principe de souveraineté, un plus petit nombre portant cette exigence à l’échelon européen. De fait, le redoutable avenir exigera que l’on prenne des décisions souveraines, au sens existentiel du terme. Il ne s’agirait plus du sage concept de droit public brandi par les « statolâtres » mais de la souveraineté telle qu’est est apparaît dans l’œuvre de Carl Schmitt : « Est souverain celui qui décide de l’exception » [tooltips content= »Carl Schmitt, Théologie politique, Gallimard, 1988. »](19)[/tooltips]. Encore faut-il comprendre que la souveraineté n’est pas une sorte de hochet magique que l’on agite sous l’effet de la peur ou par frénésie : tous les États membres de l’ONU sont souverains mais seul un petit nombre l’est effectivement. Nonobstant le nationalisme qui, sous différentes appellations, fait un retour en force dans l’opinion publique, il est difficile de voir en quoi le rôle d’État-brancardier, de fait mis en valeur par la pandémie en cours, signifierait le retour au premier plan de la nation. Dans ce monde de titans qui mobilise de fantastiques énergies, les États européens sont individuellement confrontés au problème de la masse critique. L’avenir, si tant ait qu’il y en ait un, pourrait appartenir à des États-civilisations et à de Grands Espaces (le Grossraum de Carl Schmitt). N’est-ce pas déjà le cas ? Privés de l’alliance américaine, les principaux États européens verraient leur puissance et leur influence se réduire comme peau de chagrin. Et le « chacun pour soi » pourrait très vite l’emporter. Sur un plan géopolitique, en faisant abstraction de la « singularité » évoquée plus haut, le péril qui menace l’Europe est de redevenir un « petit cap de l’Asie », objet de l’Histoire plus que sujet.

L’idée de souveraineté porte l’accent sur le seul exercice du pouvoir. Concept autoréférentiel, il ne nous dit rien de la vertu et des fins politiques à poursuivre. Le primat de la souveraineté sur toute autre considération, au nom de l’efficacité, résulte d’une inversion de la hiérarchie fonctionnelle entre les « oratores » et les « bellatores ». A la fin du Moyen Âge, la lutte au sommet entre le Pape et l’Empereur a épuisé ces pouvoirs à vocation universelle, ce qui a permis aux rois et aux principes territoriaux, ces chefs de l’aristocratie, de l’emporter. La voie était ouverte pour Machiavel et l’hypertrophie du pouvoir qui se prend pour fin, pour des guerres exponentielles sans commune mesure avec celles du Moyen Âge. Le juriste René-Jean Dupuy nomme « États libertaires » ces formations territoriales se voulant les seuls et uniques maîtres de leur politique [tooltips content= »René-Jean Dupuy, Le droit international, PUF, 2001″](20)[/tooltips].

Idéalement, une véritable communauté politique s’articule à l’idée de bien commun. Que l’on prenne garde toutefois à une forme illusoire de constructivisme qui prétendrait réaliser « le thomisme dans un seul pays » (une sorte de néo-salazarisme). Enfin, s’élever à la hauteur des défis de l’époque impose le sens de l’universel, voire l’idée d’« État universel ». Non pas comme réalité accomplie ou projet politique concret mais comme idée régulatrice. Tel était le sens qu’Ernst Jünger donnait à ce concept [tooltips content= »Ernst Jünger, L’État universel, Gallimard, 1962. »](21)[/tooltips]. En d’autres termes, le niveau des enjeux, leur caractère existentiel et l’échelon mondial requièrent une forme de cosmopolitique. Tout cela ne fait pas un programme politique mais il serait enfantin de croire qu’il existe une boîte à outils dans laquelle puiser. En revanche, la figure du Katechon s’impose à l’esprit [tooltips content= »Le Katechon est évoqué par saint Paul dans sa Deuxième Lettre aux Thessaloniciens. Dans la Bible de Luther, le terme est traduit par « Aufhalter ». »](22)[/tooltips]. Ainsi le Nouveau Testament désigne-t-il l’homme ou la force qui, par son action et son exemple moral, parviendra à conjurer le désastre. Sans base métaphysique solide, nous ne pourrons faire face à notre destin ou, selon une formule orientale, « chevaucher le tigre ».

Source: Institut Thomas More.

Mossad: l’histoire secrète des assassinats commandités par Israël


Dans Lève-toi et tue le premier (Grasset), Ronen Bergman raconte l’histoire secrète des assassinats commandités par Israël.


Lève-toi et tue le premier – le titre du livre de Ronen Bergman sur l’histoire du renseignement du foyer national juif et de l’État d’Israël est déjà tout un programme. Dans leur lutte pour la survie et la renaissance nationale, les sionistes n’ont même pas songé à s’inspirer du célèbre lieutenant de Grenadiers français, le Comte d’Antroche : pas question de crier « Messieurs les Arabes, tirez les premiers ». Dans cette guerre déclenchée dans les années 1920, les Juifs ont toujours suppléé leur faible nombre par les ruses, les stratagèmes et les coups secs rapides et ciblés. Ces derniers, et tout particulièrement les assassinats ciblés, sont au cœur de ce pavé de 759 pages très documenté que lecteur aura du mal à lâcher. Bref, une parfaite lecture de confinement.

Car ce roman vrai se lit d’une traite et on ne le referme qu’à la dernière page. À tout instant, le lecteur se pose la question de la réalité des faits. Est-ce un vrai travail d’enquête ou une opération de manipulation du Mossad ? Pourquoi les agents les plus secrets d’Israël ont-ils parlé ? Pour satisfaire leurs égos ? Pour soulager leurs consciences ? Pour faire peur à leurs ennemis ? Il est important parfois de montrer sa force pour être crédible ; au début des années 1970, la marine française n’a pas hésité à laisser les chalutiers espions soviétiques s’approcher de la rade de Brest pour voir la réalité de ses sous-marins nucléaires…

Deux faits méritent d’être relevés et analysés. 

Tout d’abord, l’auteur  raconte qu’en 2011, M. Gaby Ashkenazi[tooltips content= »Avec Moshe AYALON et Yaïr LAPID, il est aujourd’hui un des « trois mousquetaires » du mouvement de centre-gauche « Kakhol Lavan », « Blanc Bleu », dirigé par Benny GANTZ »](1)[/tooltips], le chef d’état-major de l’armée de défense d’Israël, Tsahal, n’aurait pas hésité à demander aux services de prendre des mesures contre lui. Comment alors expliquer que rien n’ait été fait pour empêcher ces agents actifs ou retraités de parler, de les contraindre à respecter l’obligation de réserve imposée à tout fonctionnaire, qui plus est à toute personne concernée par le « confidentiel défense » ? 

Une dent contre Netanyahou

La réponse se trouve peut-être dans le prologue et la conclusion du livre qui laissent à penser que l’auteur poursuit le combat de Meïr Dagan contre Benjamin Netanyahou. Les deux hommes ne se sont jamais appréciés et ont eu une divergence fondamentale en 2011; le Premier ministre et son ministre de la défense Ehoud Barak considéraient que, dans la guerre contre la nucléarisation de l’Iran, la tactique des assassinats ciblés avait atteint ses limites et qu’il fallait bombarder les installations nucléaires iraniennes. Au-delà de l’inimitié et de l’opposition stratégique vis-à-vis de l’Iran, l’opération contre l’officier de liaison du Hamas auprès de l’Iran Mahmoud Al-Mabhouh assassiné dans sa chambre d’hôtel de l’hôtel Rotana à Dubaï dans la soirée du 19 janvier 2010, est selon Bergman un véritable tournant stratégique. Mabhouh a bien été éliminé mais les hommes du Mossad et leur modus operandi ont été partiellement exposés, ce qui selon l’auteur constitue « une réussite tactique impressionnante, un échec stratégique désastreux ». Selon l’auteur, le bilan négatif de l’opération a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et convaincu les deux anciens commandos de Sayeret Matkal (unité d’élite de l’état-major et l’une des trois principales unités des forces spéciales israéliennes) que le rapport « qualité-prix » des assassinats ciblés les rendaient stratégiquement peu rentables. 

Le Premier ministre n’a pas renouvelé le mandat du chef du Mossad. Ce dernier n’a pas décoléré et a étalé à qui voulait l’entendre sa vérité. Pour se garder d’une telle filiation, l’auteur précise : « depuis une décennie entière, j’avais lancé de sévères critiques contre le Mossad, et en particulier contre Dagan, ce qui l’avait mis très en colère », et n’hésite pas à rapporter un commentaire que lui a adressé Meïr Dagan « vous êtes vraiment une espèce de bandit, vous ». Comme ses objets de recherche, Bergman aussi brouille les pistes… 

Ronen Begrman identifie au moins quatre éléments qui ont permis l’évolution de la pratique du recours à l’assassinat ciblé et de la justifier. Tout d’abord, une phrase du Talmud (traité Sanhédrin, page 73 verset 1) devenue le titre de l’ouvrage et connue par tout Israélien : « Face à celui qui vient te tuer, lève-toi et tue le premier ». Plus qu’une citation, c’est un état d’esprit. Ensuite les pratiques révolutionnaires russes qui ont marqué, dès le début du XXème siècle, nombre d’immigrants influencés par les idées et les pratiques des mouvements socialistes, anarchistes et marxistes. À cela s’ajoute plus tard le traumatisme de la Shoah, un choc collectif mais aussi personnel et enfin, après la création de l’État en 1948, l’équation géostratégique avec l’exiguïté territoriale et le faible nombre d’habitants impose de porter le combat chez l’ennemi et rendre les guerres aussi rares et courtes que possible.

David Ben Gourion rationalise la sécurité du pays

Tout aurait commencé le 29 septembre 1907 dans une pièce donnant sur une orangeraie à Jaffa. Yitshak Ben-Zvi, un jeune Juif originaire de Russie réunit chez lui sept autres personnes également originaires de Russie. Il deviendra le deuxième Président de l’État. En référence à la révolte contre l’Empire romain au IIème siècle, ils créent le groupe d’auto-défense Bar Guiora pour effacer l’image du Juif faible et persécuté, du dhimmi. Leur devise était « dans le sang et le feu la Judée est tombée. Dans le sang et le feu la Judée ressuscitera », faisant référence à la glorieuse défaite contre les Romains 18 siècles auparavant. En 1909, il s’est transformé en Hashomer (« la garde ») qui va défendre les nouvelles colonies agricoles fondées avant la guerre de 14-18 en Terre sainte, et en 1920 en Haganah (« la défense ») qui a été le précurseur de l’armée de défense d’Israël, Tsahal. En 1931, une scission est intervenue ; a été créée « l’organisation militaire nationale », ou Irgoun de Menahem Begin et d’Yitzhak Shamir.

Bergman raconte les attentats contre les personnages clés de la lutte arabe contre la présence juive en terre sainte, comme Tewfik bey, et les Britanniques comme Tom Wilkin ou Lord Moyne au Caire en 1944. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la Haganah met en place une unité spéciale dénommée « Gmul », la « récompense » dans le sens de revanche, pour traquer les nazis en cours de reconversion et de dissimulation.

En 1948, avec la renaissance de l’État d’Israël, David Ben Gourion met bon ordre et crée trois agences : la direction du renseignement militaire rattachée à l’état-major de l’armée, AMAN (« département de renseignements »), les services généraux de la sécurité intérieure, le Shin Bet (service de sécurité général, DGSI), et une structure rattachée au ministère des Affaires étrangères, le Mossad, chargé du renseignement et de l’espionnage extérieur.

S’ensuit une succession d’opérations qui démontrent, s’il en était besoin, le nombre d’adversités, au-delà de la dizaine de guerres[tooltips content= »La guerre d’indépendance, la guerre du Sinaï, la guerre d’usure, la guerre du Kippour, l’opération « Litani », la première guerre du Liban, la seconde guerre du Liban, l’opération « plomb durci », sans compter les deux intifadas »](2)[/tooltips], auxquelles Israël a dû faire face en plus de soixante-dix ans. Défilent alors sous vos yeux des événements qui vous permettent de découvrir les méthodes du Mossad, des hommes hors du commun, des circonstances… qui aiguiseront votre curiosité et votre envie d’en savoir plus…

La lutte contre les fédayins (« ceux qui sont prêts au sacrifice ») venant de Gaza dès la signature des armistices de 1949 ; la création en 1953 de l’unité 101 confiée à Ariel Sharon, ses opérations dont celle, controversée au sein même du gouvernement israélien, sur le village de Qibya ; les opérations lancées par les chefs des services de renseignement égyptien, Moustapha Hafez, et jordanien, Salah Moustapha, qui vont être victimes tous les deux du Mossad ; la mort de Roi Rotberg du village de Nahal Oz à la frontière de la bande de Gaza, qui a eu droit à une oraison funèbre de Moshe Dayan dont les habitants parlent encore aujourd’hui…

La description des événements est ponctuée des évolutions politiques en Égypte avec la prise du pouvoir par les militaires, et plus particulièrement Gamal Abdel Nasser, ou en Israël par le remplacement de David Ben Gourion par Moshe Sharett et le retour du « Vieux » … Chaque opération est marquée par des questionnements techniques, comme l’efficacité des enveloppes piégées, ou politiques, comme l’opportunité de tuer un officier supérieur d’un État souverain, le recours aux Juifs des pays arabes ou originaires de ceux-ci, l’embauche de Juifs occupant des postes sensibles dans des pays amis, avec le risque d’alimenter les soupçons de double allégeance.

Le légendaire Elie Cohen

Au détour des descriptions, on apprend que c’est le renseignement israélien qui a récupéré le rapport de Nikita Khrouchtchev au cours du XXème congrès du Parti communiste d’Union soviétique, présentant les crimes staliniens. La figure emblématique d’Isser Harel a eu l’intelligence de le transmettre à la CIA, ce qui a constitué le point de départ de la relation entre les deux agences. On comprend aussi « la stratégie de la périphérie » visant à établir des coopérations fortes avec des pays comme l’Iran ou la Turquie, et la constitution d’une alliance tripartite du renseignement, dénommée « Trident ». 

Le Mossad a acquis ses lettres de noblesse internationales avec l’enlèvement d’Adolf Eichmann, un des principaux architectes et protagonistes de la solution finale. L’opération « Dibbouk » a été supervisée par Isser Harel lui-même et exécutée par une équipe dirigée par Rafi Eitan, également impliqué dans la neutralisation des ingénieurs allemands intervenant dans le développement et la fabrication de missiles égyptiens. 

Mais la maison connait des soubresauts avec le départ d’Isser Harel et son remplacement par Meïr Amit, avant celui de David Ben Gourion qui a eu pour successeur Levi Eshkhol. On découvre l’implication de l’agence israélienne dans l’assassinat de Mehdi Ben Barka et l’intensité de la coopération avec le renseignement marocain ; cela a permis à Israël de poser des micros dans la salle qui a accueilli un sommet du monde arabe dont une des principales conclusions était la non-préparation des armées arabes à une guerre contre Israël. 

1965 a été une année noire pour le Mossad avec la capture d’Élie Cohen, et sa pendaison à Damas. Il a été le seul à se faire prendre. Un agent ne se considère pas être un espion ; il s’estime être un guerrier pour la défense du peuple juif. En Israël, la capture d’un agent est considérée comme un désastre national, et constitue une véritable obsession pour les responsables de l’agence. Ayant réussi à pénétrer les hautes sphères de l’État, à photographier toutes les installations militaires sur le Golan, à transmettre des informations dont les détails et précisions ont permis à Tsahal de conquérir le plateau en moins de 24h le 11 juin 1967, Élie Cohen restera un des plus grands espions de tous les temps.

Cette année constitue un autre repère avec la réapparition des attentats commis par les fédayins du Fatah de Yasser Arafat et d’autres groupes palestiniens. C’est le début du développement des actes terroristes, de par le monde et sur le territoire israélien (la ville de Maalot près de la frontière libanaise en 1974), des détournements d’avions (le vol El AL 426 en 1968, le vol TWA 840, les vols Pan AM Swissair TWA et BOAC vers la Jordanie) [tooltips content= »Le Roi Hussein de Jordanie va lancer son armée contre les Palestiniens sans aucune retenue, ce qui va entrainer la création du mouvement « septembre noir » »](3)[/tooltips], des relations des Palestiniens avec d’autres mouvements révolutionnaires (l’attentat de l’aéroport de Tel Aviv par trois Japonais). 

Les Israéliens vont de catastrophe en catastrophe découvrir la généralisation du mouvement national palestinien, et entrer dans un engrenage sans fin avec des représailles (Karameh, l’assassinat de dirigeants palestiniens dans leur domicile à Beyrouth) qui va contrarier des tentatives de négociations et empêcher l’émergence de toute solution politique.

La lutte sans merci entre Israéliens et Palestiniens atteint son paroxysme avec la mort des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich ; les Israéliens munis des « feuilles rouges » [tooltips content= »Chaque assassinat ciblé est l’objet d’un ordre écrit du Premier ministre qui peut décider seul ou après avoir consulté les membres d’un comité restreint. Les « feuilles rouges » n’ont pas une durée illimitée et doive nt être revalidées à l’occasion d’un changement de Premier ministre. Ce formalisme juridique a failli entrainer la suppression d’une opération au dernier moment parce que le Premier ministre faisait la sieste !« ](4)[/tooltips] du Premier ministre, Mme Golda Meir, vont conduire une traque sans fin pour éliminer un à un tous les auteurs de la prise d’otages.

Islam radical, Iran, intifadas…

Une fois passé l’exploit d’Entebbe qui remonte le moral de l’État juif au plus bas après les carences et les pertes de la guerre du Kippour, le pays retrouve l’engrenage de la lutte contre les Palestiniens. D’action terroriste en représailles, de représailles en vengeance terroriste, Israël va s’engager progressivement, mais inéluctablement, dans le piège libanais. De l’opération Litani à la première guerre du Liban, Israël a emporté une victoire sur les Palestiniens en les contraignant à s’exiler à Tunis. Mais ils vont attiser la résistance des Chiites libanais soutenus par les Gardiens de la Révolution, et les attentats entrainent de telles victimes qu’Israël finit par quitter le pays aux cèdres après avoir essayé de préserver une zone de sécurité avec l’aide d’une milice chrétienne ; un bourbier d’une quinzaine d’années. 

Dans le même temps, Israël doit faire face à l’Intifada qui va trouver une conclusion avec les Accords d’Oslo. Mais le processus de paix va vite dérailler avec la multiplication des attentats, la mort du Premier ministre Yitshak Rabin et la seconde intifada. 

Au cours des vingt dernières années, Israël a été confronté à de nombreux défis : l’islam radical ; la volonté iranienne de se doter de l’arme nucléaire, de propager sa révolution de par le Proche orient et le monde, et surtout de détruire Israël ; le renforcement du Hezbollah malgré une seconde guerre du Liban ; la prise du pouvoir à Gaza par le Hamas qui attaque régulièrement les civils israéliens… Vous découvrez le début de l’utilisation des drones pour réaliser ces attentats ciblés. Une lutte sans fin ? Une guerre de cent ans avec le monde islamique ?

Et si on fermait les bourses?

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Wall Street à new York © Mark Lennihan/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22439194_000002

Quatre, c’est la quatrième crise boursière que nous subissons en un peu plus de trente ans, après celle de 1987 provoquée par des ordinateurs mal réglés, celle de 2001 liée à la falsification des comptes des grands groupes américains, et celle de 2008 découlant de la faillite bancaire en Occident.

Covid-19 ne fait qu’éclater la bulle?

Le coronavirus serait cause de l’effondrement en cours. La chose est hors de doute mais elle n’est pas la seule à considérer. Au moment où il se produit, les cours des bourses, un peu partout dans le monde ont touché un sommet. Le S & P 500, indice le plus représentatif qui recense les 500 plus grandes sociétés américaines, évidemment toutes mondialisées, s’était accru de moitié en l’espace de trois ans ! Les indices européens avaient aussi flambé, malgré une très faible croissance du Vieux Continent. Coronavirus ou pas, on peut penser qu’un sévère réajustement aurait eu lieu plus ou moins tard, vraisemblablement lors de faillites d’entreprises américaines et chinoises qui affichent des taux d’endettement record.

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Mais l’épisode en cours est des plus instructifs. Car il montre les artifices qui ont permis aux bourses de connaître une montée au ciel durant ces vingt dernières années. Ces artifices sont au nombre de deux : les rachats d’actions et les dividendes non gagés sur des profits par lesquels les entreprises cotées ont subventionné leurs actionnaires.

L’économie réelle malade des boursicoteurs

Boeing est le point focal du problème ainsi posé. Ses dirigeants ont versé quelque 60 milliards de dollars aux actionnaires entre 2013 et 2020. Ils ont versé encore près de 4 milliards de dollars en début d’année malgré un exercice 2019 déficitaire. Ils appellent maintenant le Trésor Public américain à leur secours. 

Si le cercle de la raison cher à Alain Minc existait, que nous dirait-il ? Interdire les rachats d’actions et les versements de dividendes sans objet serait la toute première de ses recommandations. Conditionner l’exercice des droits de vote à un engagement de fidélité vis-à-vis de l’entreprise serait la deuxième. Il serait ainsi mis fin au racket des actionnaires sur les entreprises cotées.

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Mais il pourrait aller au-delà en préconisant la fermeture des bourses dès lors que, de toute manière, elles ont cessé de financer l’investissement et la recherche des entreprises concernées. L’évaluation des actions serait confiée à ces experts spécialisés qui déterminent le prix des entreprises non cotées à partir des bilans et des comptes d’exploitation. 

Alors, l’opinion échapperait au leurre financier que sont devenues les bourses. Alors encore, elle sortirait de l’état hypnotique dans laquelle elle est plongée par leurs annonces quotidiennes. Alors enfin, nous serions délivrés de cette caste parasitaire d’analystes et de traders spécialisés qui vit du leurre boursier.

Grand corps malade

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Emmanuel Macron reunit ses collaborateurs pour gérer la crise sanitaire le 20 mars 2020 © ERIC DESSONS/JDD/SIPA Numéro de reportage: 00951245_000041

Le coronavirus nous a montré quelles sont nos vraies priorités. Combattre l’islamisme ne semble pas en faire partie.


C’est peu glorieux. La seule chose qui semble réellement nous importer ces jours-ci est la survie de notre corps, et non la perpétuation de notre civilisation. 

La France est à l’arrêt. L’économie est paralysée. À cause d’un virus certes très dangereux, mais dont la létalité demeure faible. À l’inverse, nous ne faisons rien ou presque face aux dangers réels et sérieux qui menacent de tuer notre mode de vie, et d’enterrer pour toujours notre civilisation. Si nous avions consacré ne serait-ce que 20% de l’effort actuel à lutter contre l’infection islamiste en France, nous aurions peut-être déjà réduit le communautarisme et le terrorisme à un phénomène résiduel. Nos démissions et nos égarements sont en train de transformer l’islamisme en un cancer dont les métastases circulent allègrement dans nos milieux universitaires, nos élites intellectuelles et économiques sans oublier nos forces de l’ordre. Oui, j’aurais souhaité que nous nous affolions, comme nous le faisons maintenant avec le coronavirus, à chaque attentat contre nos civils, à chaque atteinte à la laïcité, à chaque quartier qui tombe sous l’escarcelle des militants de la haine.

Ce n’est pas Covid-19 qui menace l’identité française

Le choix a été fait il y a longtemps et le « mérite » du coronavirus est d’en avoir fait une vérité éclatante : nous avons renoncé à notre civilisation c’est-à-dire à l’essentiel de notre identité. Nous nous résignons à vivre une vie diminuée où nous baissons la tête devant les lobbies qui nous haïssent et veulent éradiquer notre mode de vie. Nous admettons volontiers que nous allons disparaître en tant que peuple pourvu que nos petites vies soient préservées c’est-à-dire notre droit à consommer, à poser nos RTT et à partir en vacances en Thaïlande ou à Punta Cana. Le nombril l’a emporté sur l’esprit. L’individu et son petit confort, telles sont les vraies priorités de notre époque. Le collectif, la solidarité, la permanence ne sont plus que des vains mots.

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Macron dit que nous sommes en guerre, je le crois car lui se bat pour la seule chose qui intéresse cette génération :  la poursuite de la jouissance matérielle quitte à vivre une vie médiocre, sans aspiration à la gloire en tant que nation et à la grandeur en tant que peuple. Une existence limitée dans une époque absurde où les chefs naturels sont castrés de peur de les voir montrer le chemin de la renaissance alors que les joueurs de foot et les humoristes sont appelés à prêcher la bonne parole. Notre passage sur terre risque d’être inutile pour la bonne et simple raison que nous sommes, selon notre président, un peuple sans culture (« il n’y a pas une culture française »). Un peuple sans culture ne mérite pas de vivre et cette conclusion semble habiter tant nos élites que nos concitoyens. C’est peut-être ça la vérité de notre époque.

Tant qu’on a la santé…

Soyez-en assurés, le coronavirus va passer, le remède sera trouvé mais les autres maladies qui vont nous tuer en tant que peuple, culture et société continueront leur œuvre maléfique. Islamisme, épidémie des drogues et des suicides, crime organisé… autant d’affections opportunistes qui prospèrent sur un grand corps malade nommé Occident.

Aux gardiens de la vertu qui vont, sans aucun doute, s’indigner en lisant ce propos, je confirme que je suis bien confiné chez moi au Maroc, que je prends la pandémie au sérieux. Il s’avère tout simplement que l’homme ne se réduit pas à des fonctions vitales et à des organes en activité. Non, l’homme a toujours aspiré à vivre libre, la tête haute et fier de sa civilisation. Vivre en esclave confine à la mort la plus honteuse, que Dieu nous en préserve !

Perpignan: le Covid-19 achève bien les gitans

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olivier amiel perpignan gitans
Olivier Amiel

A Perpignan, toutes les victimes du coronavirus sont jusqu’à présent issues de la communauté gitane. Habitant notamment le quartier Saint-Jacques, l’un des plus pauvres de France, insalubre, vétuste et peu hygiénique, cette population fréquemment obèse et non-alphabétisée vit en famille dans des appartements confinés. L’ancien adjoint à la rénovation urbaine Olivier Amiel (LR), artisan d’un projet avorté de refonte du quartier, dénonce la ghettoïsation de cette communauté maintenue en marge de la société à des fins électoralistes. Entretien. 


Daoud Boughezala. Il y a quelques jours, la ville de Perpignan a décrété un couvre-feu pour faire respecter le confinement. Quelle est la situation sanitaire locale vis-à-vis du coronavirus ?

Olivier Amiel. La ville de Perpignan a été qualifiée de « cluster », c’est-à-dire de foyer où l’épidémie est significative dans un périmètre restreint. Le couvre-feu a été rendu nécessaire par le non-respect des règles de confinement dans certains quartiers, on a même vu la police devoir utiliser des gaz lacrymogènes pour faire rentrer les trafiquants de drogue qui restaient devant le plus important point de deal de Perpignan ! La situation est particulièrement grave dans la communauté gitane de la ville : les cinq premiers morts et les principaux hospitalisés à Perpignan sont issus de celle-ci.

Si la population gitane est particulièrement infectée par le Covid-19, est-ce dû à son mode de vie, à son type d’habitat insalubre, au non-respect du confinement ?

Oui. Il faut également ajouter une comorbidité favorisant le terrain aux infections virales liée aux nombreuses pathologies médicales de cette communauté (obésité, asthme, diabète…).

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Mais la raison première, c’est l’abandon électoraliste de cette communauté. Les responsables politiques de tous bords ont depuis des années à Perpignan sciemment traité la population gitane du quartier comme une « réserve d’indiens » qu’on fait voter pour soi. Abandon économique, social, scolaire et hélas aussi sanitaire. Tout ça pour quelques voix…

Pour justifier cet abandon, les pouvoirs publics se sont cachés derrière le relativisme culturel : « C’est dans leur culture de vivre ainsi ». La déscolarisation ? La maltraitance des femmes ? Les ordures dans la rue ? Les nuisances toute la nuit ? Les prédispositions aux maladies ? Tout ce que nous n’aurions jamais accepté ailleurs, nous l’avons accepté dans ce quartier au nom d’une tradition et d’une culture gitanes. C’est un manque de respect pour ce qu’est vraiment la culture gitane, une manière facile aussi de se défausser et de ne pas faire appliquer les règles républicaines de droit commun.

En tant qu’adjoint au maire, vous aviez piloté un projet de rénovation urbaine aujourd’hui suspendu, dans le quartier gitan Saint-Jacques. Sa mise en œuvre aurait-elle freiné la propagation du virus ?

Oui. Il s’agissait d’un projet global qui répondait à l’urgence urbaine et humaine dans un des deux cents quartiers de renouvellement urbain « d’intérêt national » qui est souvent considéré comme « le » quartier le plus pauvre de France avec des risques d’effondrements d’immeubles et 50% de logements potentiellement indignes, mais aussi des difficultés économiques et sociales hors normes : 60% des ménages sous le seuil de pauvreté, 90% de taux de chômage chez les 16-25 ans, plus des deux tiers des enfants non scolarisés, et de nombreuses pathologies médicales favorisant les infections virales… Le programme devait permettre un investissement public de cent millions d’euros pour agir sur l’habitat certes (réhabilitations quand c’était possible ou démolitions/reconstructions), mais aussi sur le retour du droit commun en matière de sécurité, d’emploi, de scolarisation et… de santé publique ! Cette population cumulant des pathologies spécifiques, elle représente un cocktail virologique mortel en cas d’épidémie.

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Pourquoi ce chantier n’a-t-il pas été mené à son terme ?

Le projet a été suspendu par manque de courage des pouvoirs publics (Ville et État). Ces derniers ont cédé face à la pression de responsables associatifs plus politiciens que les politiciens qui, sous couvert de défense du patrimoine ou d’un prétendu manque de concertation des habitants, ont mené une guérilla contre le projet de renouvellement urbain de Saint Jacques. Ils ont été largement aidés par un député En Marche qui a même organisé des troubles à l’ordre public pour, je le cite « faire bloquer la machine par l’État ».

Des médias nationaux et même internationaux trouvant cette misère pittoresque, se sont emparés des faits pour raconter l’histoire si belle et si fausse des gentils habitants et des méchants élus voulant détruire leurs logements et leur mode de vie… Comment dorment aujourd’hui ceux qui ont bloqué ce projet et continué à abandonner cette population ?

Au XIVe siècle, en Italie, les juifs habitant des ghettos insalubres furent accusés de répandre délibérément la peste noire. À Perpignan, les gitans souffrent-ils des mêmes préjugés racistes ?

Il y a effectivement beaucoup de commentaires racistes les concernant, notamment sur les réseaux sociaux ces derniers jours… Même si le mode de vie et les choix de cette communauté ont favorisé ce risque sanitaire particulièrement élevé, la responsabilité première est celle des élus qui ont abandonné cette population pour acheter la paix sociale et parfois leurs voix aux élections. Il y a eu aussi un manque de courage d’imposer le retour du droit commun et le respect des règles républicaines de base. Résultat ? De réservoir de voix électorales et à misère, la communauté gitane du cœur de Perpignan est devenue un réservoir virologique et de morts.

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Ces Parisiens chez les ploucs

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corona covid paris province
Photo : "Problemos", un film d'Eric Judor.

 


Les bobos des villes se sont carapatés chez les ploucs des champs. Une satire signée Isabelle Marchandier.


Ils ont eu une journée top chrono pour fuir Paris et les grandes villes avant que l’épée de Damoclès du confinement ne les oblige à rester confinés chez eux. On les a vu prendre d’assaut les gares, les aéroports, les loueurs de voitures et faire la queue aux stations-services. Une sorte d’exode qui n’était pas sans rappeler celui de Juin 40.

La grande évasion

Les bobos des villes se sont carapatés chez les ploucs des champs. Ils ont trouvé refuge chez ceux dont ils méprisaient le mode de vie anti-écolo. Mais quelle ne fut pas leur galère pour quitter la capitale. Voyons concrètement ce qui s’est passé pour l’un d’entre eux. Prenons l’archétype de ce col blanc, écolo dans l’âme, filant à toute allure chaque matin sur sa trottinette électrique pour se rendre à la station F, le Q.G de la Tech made in France et des élites mondialisées. Mais voilà, ne connaissant pas les frontières, le virus made in China s’est exporté en Europe. Faisant fi des classes sociales et des tranches d’âges, il touche tout le monde. Devant l’ampleur de la crise sanitaire et l’impréparation des pouvoirs publics à la gérer, le citoyen de la start-up nation applique les injonctions du management agile : il s’adapte… et se barre.

Mais la grande évasion ne va pas sans sacrifice. Car pour assurer sa fuite et sa survie, il a dû renier ses convictions écologistes, pourtant bien mûres et récemment nourries par le prêchi-prêcha de sa nouvelle idole, Greta Thunberg. Imaginez la tempête Greta se déchaînant sous son crane lorsqu’il du se résoudre à louer une voiture, lui qui avait l’habitude de se déplacer en covoiturage.

Polluer ou être infecté, il faut choisir

Tant pis : face aux nouvelles normes de sécurité à adopter et à la distanciation sociale à respecter, Dame Nature passe en second. Il se dit qu’il boira de l’eau de pluie en guise de pénitence. Après tout, nous sommes en guerre. Mais au moment de louer la voiture, notre bobo tombe de nouveau des nues. La seule voiture encore disponible roule au diesel. Polluer ou être infecté, il faut choisir. Devant ce dilemme, notre start-uper se décide pour la première option. Une fois son diesel loué, direction sa maison de campagne située dans les terres en Touraine. Enfin arrivé dans le petit village tourangeau, il se gare pour aller faire les courses. Mais voilà qu’une inquiétude le gagne : où va-t-il se ravitailler en graines de chia, de pavot, de lin ou de courges, lui qui en saupoudre tous ses plats ? Comment tenir sans ses steaks de soja, son pain sans gluten et son lait d’amande ?

Alors qu’il essaye de résoudre ses terribles problèmes alimentaires, il arrive sur la place du marché et entend le boucher l’alpaguer en lui proposant des côtes de bœufs bien fermes : « C’est pas le moment d’avoir son système immunitaire en sous-régime, mon bon monsieur » lui lance le boucher. Mais rien n’y fait, il se rabat sur un jus de pruneau 100% naturel. Se purger en guise de pénitence, c’est bien aussi. Une fois installé dans sa résidence secondaire, lui vient alors l’idée de faire une petite séance de Tai-chi dans son jardin. Après tout, le temps s’y prête et puis c’est le moment idéal pour se reconnecter avec son être vrai, communier avec la nature et évacuer toutes les mauvaises ondes. Mais à peine a t-il commencé à s’étirer et à déployer lentement les membres de son corps, que sa concentration est troublée par un festival de caquètements et de meuglements et qu’une odeur extrêmement forte de fumier vient lui irriter les narines. Exaspéré par tous ces désagréments naturels, il décide de remettre sa séance à plus tard.

On a souvent besoin d’un plus petit que soi 

Heureusement qu’il a apporté son iPad Pro. Il va pouvoir enfin se délasser en matant Netflix. Affalé dans son canapé, il se croit enfin en sécurité. Il décide alors de se faire une petite frayeur et de regarder le film Contagion. Manque de chance, tous les ploucs de la région se sont connectés à Facebook pour lancer une cagnotte de soutien au corps médical. Le réseau est donc saturé et il est impossible de démarrer le film. Entre les photos de famille qu’il prenait le temps de développer avant l’arrivée du numérique et des rangées entières de VHS hors d’usage, trône un seul livre : Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez!

Et pendant ce temps-là, alors que les « anywhere », les bobos hors-sol, ont trouvé refuge en province, les « somewhere », ceux qui roulent en diesel et fument des clopes, se dévouent chaque jour à leurs risques et périls, hélas sans masques, pour ravitailler le pays, le soigner, le nettoyer, le protéger, l’approvisionner en essence et en fioul, bref le faire survivre. Belle revanche pour cette France trop souvent oubliée, raillée, méprisée et mise sur le banc des accusés pour son attachement à un mode de vie non-conforme au dogme du mondialisme écolo-responsable.

Et comme toute histoire se finit par une morale, relisons la célèbre fable de La Fontaine Le lion et le rat qui se conclut ainsi : « On a souvent besoin d’un plus petit que soi ».

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Ma guerre confinée

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Jogging dans un parc à Toulouse le 21 mars 2020. © Frédéric Scheiber/ SIPA

Il y a la France d’aujourd’hui et celle de demain. Dans cette chronique, Alexis Brunet décrit son combat quotidien, ses attentes et ses rêves…


Lundi 23 mars, j’ouvre les yeux, il est 5h30 et pas un bruit. Déjà deux jours terré dans ma tranchée. J’ai passé les 48 dernières heures confiné à l’écoute du gazouillis des oiseaux printaniers mêlé aux sirènes du Samu. Voilà qui mérite bien une trêve! En mettant le nez dehors, embaume comme un parfum de libération. Mais très vite, la réalité de l’occupation me saute au visage : il est 6h30 du matin et pourtant ils sont déjà là, à croire qu’ils m’épiaient. Ces derniers jours, l’épidémie de jogging a contaminé tout mon quartier.

Qu’ils ne s’imaginent pas me contaminer, je suis un dur à cuire, je fais partie des résistants. Pas ceux qui ont fui sur l’Île d’Yeu mais les vrais, ceux qui arpentent leur huit clos en pantoufles, et qui ont la larme à l’œil en songeant aux soignants, policiers, pompiers et caissières qui échangent des coups de glaive au front contre le virus conquérant. Comme de nombreux Français, je me suis laissé prendre au jeu des applaudissements à 20h sur mon balcon. L’initiative est peut-être infantile, inefficace, bébête, au service du pouvoir et tout ce qu’on veut mais la jolie vendeuse de journaux m’a soufflé « merci pour vos applaudissements ».

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La bienveillance du gouvernement

Déjà vingt minutes de marche en changeant de trottoir pour éviter les joggeurs. Il est bon de se dégourdir les pattes mais que voilà? Je viens de me rendre compte que j’ai oublié le précieux sésame. Je ne voudrais tout de même pas risquer jusqu’à 3700 euros d’amende et 6 mois de prison. Ah, si seulement notre chère ministre de la Justice avait mis autant de zèle à traquer les cons finis qui ont menacé de mort la jeune Mila qu’à traquer les confinés réfractaires… Et le bout de mon nez me gratte à présent, combien de temps vais-je résister? « Restez à la maison », « ne touchez pas votre visage », « lavez-vous très régulièrement les mains », les injonctions bienveillantes de notre gouvernement me résonnent en tête jusqu’à m’en donner le tournis.

Trente minutes d’évasion passées dehors, cela n’a que trop duré. Il est temps de retourner dans ma tranchée. Comme 60 millions de Français, je suis une sorte de « Poilu » confiné et mon devoir m’appelle. Jusqu’à quand allons-nous devoir être des soldats de réserve ultra sédentarisés ? À travers la devanture vitrée d’un hôtel Ibis, un titre de BFM TV : « La chloroquine bientôt testée à grande échelle ». La fin du tunnel en vue pour les confinés bientôt atrophiés que nous sommes ? « Tout le monde l’utilisera », assure le nouveau Messie Didier Raoult dans les pages du Parisien. « Jamais aucun pays au monde n’a accordé une autorisation de traitement sur la base d’une étude comme celle-ci », tempère notre ministre de la santé Olivier Véran dans Le Figaro. Évidemment, où avais-je donc la tête ? Si ce provocateur de Trump s’enflamme autant pour un médicament, ce ne peut qu’être une mauvaise idée…

De nouveau à mon poste dans ma tranchée, je ne baisse pas la garde : à force de me laver les mains une cinquantaine de fois par jour, j’ai les mains fripées comme celles d’une grand-mère. « Utilisez donc un gel hydroalcoolique », me souffle une voix dans ma tête. Sans doute celle de notre bon Ministre de la Santé. Mais ça fait deux semaines qu’il est introuvable, le fameux « gel hydroalcoolique »! Aurais-je dû emmener Olivier Véran faire le tour des pharmacies parisiennes avec moi pour qu’il se rende compte de la pénurie pharmaceutique en cours dans la 7ème puissance économique mondiale ?

Le champ de bataille depuis ma fenêtre

Une petite ronde pour vérifier si tout le monde respecte bien les consignes. Depuis ma fenêtre, j’aperçois un jeune avec un gros masque blanc. Pauvre naïf, il n’a donc pas compris que porter un masque ne servait à rien ? À rien, le Ministère de la Santé nous le répète bien. Quelle idée saugrenue que celle de porter un masque, voilà bien un truc d’Asiatiques. D’ailleurs, si Hongkong ne déplore que quatre victimes de cette saleté de Covid-19, ce n’est sûrement pas parce qu’ils sortent tous masqués, mais parce qu’ils sont dociles et plus disciplinés, eux. Non, qu’on se le dise, avec un peuple latin et fier comme le nôtre, le remède le plus pragmatique, c’est le fameux confinement… Comme au XIXème siècle avec le choléra, comme en Italie avec les brillants résultats que l’on voit ; l’Italie qui, devant l’inertie de l’Union Européenne, a fini par se tourner vers Cuba.

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Il paraît que dans cette résistance face au microbe, notre courbe suit justement celle de l’Italie. C’est effrayant mais c’est ce que soutiennent certains « experts ». On sait donc maintenant ce qui nous attend. Ça tombe bien, j’ai toujours rêvé d’arpenter le Malecón en bonne compagnie. Sitôt que sonnera le glas des hostilités, je quitterai ma tranchée confinée pour un repos bien mérité! La Havane vaut bien une nouvelle quarantaine. Puis pourquoi ne pas rejoindre ensuite « l’armée de l’agriculture », comme nous le suggère le ministre Didier Guillaume? Ce n’est pas parce qu’on doit rester calfeutré qu’on doit s’interdire de rêver.

Qu’en pensent les personnes les plus vulnérables?

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Le suicide de Sénèque de Manuel Domínguez Sánchez

Un billet qui en fera tousser plus d’un


Le gouvernement, sans doute bien intentionné, prend des mesures de plus en plus drastiques en vue de protéger les personnes les plus vulnérables – celles souffrant de pathologies sévères et celles qui ont atteint la limite au-delà de laquelle leur ticket n’est plus valable. Un beau geste de solidarité, apprécié par les âmes charitables. Encore faut-il que ces mesures soient efficaces. Ne préjugeons de rien. À la fin du match, on aura tout loisir de commenter les stratégies mises en œuvre.

Il est pourtant une question que personne ne se pose vraiment : les vieillards et les handicapés souhaitent-ils vraiment tous qu’on prolonge leur calvaire ? À titre personnel (je précise que j’ai près de quatre-vingt ans), je réponds : non. Et je sais que je ne suis pas le seul. Entre la réanimation et le cocktail létal, je choisis sans hésitation la mixture qui m’enverra ad patres. En accord avec Sènèque, je dirais que « ce qui est un bien, ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien. » « Faut-il quitter la vie ? », s’interrogeait l’empereur philosophe Marc-Aurèle. Il importe de se poser la question avant que la vieillesse n’obscurcisse la pensée, répondait-il… À quoi bon allonger une vie qui doit de toute manière aboutir à une triste fin, alors que l’on a compris, pour paraphraser l’Écclésiate, que tout ne passe que pour revenir. Vivre n’est pas seulement douloureux, c’est vain. Certes, chacun se fuit toujours… mais à quoi bon, si l’on n’échappe pas à soi ?

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Une intégrité physique et mentale nous donne un élan vital susceptible de nous procurer bien des plaisirs et de nous éviter ce genre de questions. Mais l’heure sonne vite où il n’est plus possible de les esquiver. Et dans des situations d’urgence comme celle que
nous vivons – il y en eut de bien pires dans le passé -, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que les sacrifices auxquels consentent les citoyens et le corps médical n’ont de sens que si celles et ceux qui sont pris en charge le veulent vraiment. Leur offrir la possibilité de mourir en douceur, sans prolonger leur agonie, me semble tout aussi charitable. Sinon plus. Et raisonnable pour chacun, de surcroît.

C’est quoi exactement ce virus qui fait peur à tout le monde?

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Jeune pangolin de Thaïlande. © Yingboon Chongsomchai/ ZSL/ Cover/ SIPA

De quoi parle-t-on exactement ? De la « soupe » au pangolin aux cellules pulmonaires des malades, comment ça marche un virus ? Voici la réponse scientifique.


Ainsi donc ce n’est pas le ciel qui nous est tombé sur la tête mais… un virus ! En l’occurrence un virus de la famille corona, depuis baptisé SARS-CoV-2 pour Coronavirus du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère 2. Un virus, qu’est-ce à dire ?

Un virus est un agent infectieux nécessitant un hôte, en général une cellule d’un organisme supérieur, dont il utilise le métabolisme et les constituants pour se répliquer. Selon les espèces, il est constitué d’un brin d’ADN ou d’ARN, molécules polymériques faites de l’assemblage de nombreuses « briques » moléculaires, les nucléotides. C’est la succession des 4 nucléotides fondamentaux (adénine, guanine, cytosine, thymine pour l’Acide DésoxyriboNucléique ou ADN ; adénine, guanine, cytosine, uracile pour l’Acide RiboNucléique ou ARN) qui constitue le code génétique de l’organisme. Chaque assemblage de 3 nucléotides est transcrit en un acide aminé qui lui correspond. Ces acides aminés sont à leur tour les briques constitutives des protéines, le support structurel de l’organisme. L’ARN ou l’ADN du virus code donc pour la synthèse des protéines qui le constituent in fine. Ces protéines vont constituer le « corps » du virus, doté d’une coque nommée « caspside » et souvent d’une enveloppe, ou peplos, de nature lipidique.

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Contrairement aux cellules eucaryotes et procaryotes (sans ou avec noyaux), comme les cellules des animaux, plantes, algues, champignons et bactéries, le virus ne dispose pas de la machinerie qui lui permettrait de se répliquer, c’est-à-dire de dupliquer son génome (ADN ou ARN) et de le traduire pour produire de nouvelles protéines qui constitueront de nouveaux virus. Il est notamment dépourvu de ribosomes, ces petites usines qui se collent sur le génome pour en transcrire des grands fragments (les « gènes ») en protéines constitutives.

C’est pourquoi le virus est donc nécessairement… un parasite. Il va utiliser les organites des cellules hôtes pour sa propre multiplication. Sa première caractéristique est donc une capacité invasive, qui gouverne son destin de prédateur. Puis, une fois que son matériel génétique s’est abondamment dupliqué et s’est entouré de son enveloppe, il fait éclater la cellule envahie et peut s’attaquer aux voisines.

Chaque virus a ses spécificités

Notons que chaque virus est très spécifique d’une cellule à envahir : spécificité d’espèce (un virus donné ne s’attaque qu’à certaines espèces données, parfois une seule), et spécificité d’organe (un virus donné ne s’attaque qu’à certains organes, parfois un seul). La spécificité d’espèce peut être absolue ou relative. Quand le virus touche des animaux, on parle de « zoonose ». Le passage d’une espèce à l’autre se fait au hasard des mutations, qui affectent le virus de manière aléatoire, et des recombinaisons par échange de matériel génétique entre souches voisines. Ces événements sont d’autant plus fréquents que le virus se multiplie en grande quantité. L’augmentation ou la diminution de la virulence (l’agressivité du virus vis-à-vis de son hôte) est aussi le fait de ces mutations et ces recombinaisons.

Tout virus parasite donc nécessairement une cellule hôte… Avec plus ou moins de conséquences pour celle-ci ! Souvent en fait, la cohabitation se passe assez bien. Le virus utilise la machinerie de son hôte pour se multiplier, sans la mettre trop en péril. Il peut même contribuer de la sorte à son évolution. Mais parfois la coexistence est plus dramatique. Le métabolisme de la cellule peut être gravement perturbé, allant jusqu’à la mort cellulaire. Le virus de la rage, par exemple, attaque spécifiquement les cellules du système nerveux central et les détruit inéluctablement, provoquant une encéphalite nécrosante toujours mortelle au stade d’état. Mais la cellule attaquée se défend aussi. Le corps réagit notamment par une réaction immunitaire, avec la prolifération de cellules chargées de neutraliser l’agresseur (comme les lymphocytes). Ces cellules s’arment aussi en prévision des futurs contacts. Ce sera le rôle des anticorps, qui auront vocation à repousser de façon spécifique les futures agressions.

Les consignes à tenir face à un virus

Comment se prémunir des maladies liées aux virus ? Tout d’abord, en évitant d’entrer en contact ! C’est ici le rôle de l’hygiène générale, hygiène des mains, nettoyage des surfaces (les agents tensioactifs, par exemple, détruisent le virus en désorganisant son peplos lipidique), éviction des contacts avec les porteurs… On peut aussi se prémunir contre la maladie par l’immunité, soit naturelle (acquise après une précédente invasion virale qui a guéri), soit artificielle, ce qu’on appelle la vaccination. Pour faire vite, disons que la vaccination mime l’invasion par le virus pour faire produire des anticorps, sans exposer aux effets pathologiques gênants. Elle joue en fait sur une immunité croisée entre le virus natif, pathogène, et un virus « leurre », soit original inactivé, soit voisin non pathogène, soit même une des molécules de son enveloppe. Quant aux médicaments antiviraux, ils sont d’une efficacité inconstante. Les antibiotiques, si efficaces pour tuer les bactéries, ne donnent rien contre ces organismes « infra-vivants » que sont les virus. Le virus n’étant pas à proprement parler « vivant », on ne peut pas le tuer comme on tue une cellule (qu’elle soit bactérienne, parasitaire ou mycotique) en paralysant son métabolisme, puisque lui n’en a pas ! Cependant certains produits peuvent bloquer la réplication virale et améliorer la maladie (par exemple les trithérapies contre le SIDA). Ainsi le traitement de la maladie virale est-il avant tout « symptomatique » (on traite les symptômes) ou préventif (éviction, vaccination). Nous en reparlerons.

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Présentons maintenant rapidement notre ami, SARS-CoV-2. Tout comme le virus de la grippe, le SARS-CoV-2 est un virus à ARN. C’est même le virus dont l’ARN est le plus long (30 kilobases). Son diamètre externe est de 125 nanomètres. Son ancêtre est probablement un virus de chauve-souris, qui pourrait avoir muté chez le pangolin.

SIPA Numéro de reportage: AP22429523_000001
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Ce petit mammifère à écaille, connu aussi sous le nom de fourmilier écailleux, peuple les forêts et les savanes des régions tropicales et équatoriales d’Afrique et d’Asie du Sud-Est. Bien que protégé, ce mignon animal fait l’objet d’un intense braconnage à destination du marché asiatique, où il alimente la pharmacopée traditionnelle chinoise. Ses écailles notamment sont présentées comme une véritable panacée… pour son malheur (il est au bord de l’extinction), et le nôtre, dans le cas présent.

Ayant sauté de la chauve-souris au pangolin, l’ancêtre du SARS-CoV-2 a sans doute muté pour devenir infectant pour l’homme, avec lequel il était en contact dans un de ces marchés à animaux sauvages, plus ou moins légaux, que l’on trouve un peu partout en Chine. L’intensité des échanges entre hommes et animaux a favorisé cette évolution, qui résulte peut-être de la recombinaison entre deux virus différents.

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Ainsi vous avez fait connaissance avec l’invité, plutôt indésirable, qui s’est imposé chez nous depuis plusieurs semaines. Dans notre prochain billet, nous vous présenterons la maladie dont il est responsable, maladie qui répond au doux nom de Covid-19 (pour coronavirus disease 2019).

À tous, je souhaite bonne santé et bon courage… Dans une période comme celle que nous vivons, les formules de salutation se réduisent à l’essentiel, n’est-ce pas ?

Astérix et Obélix orphelins

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Le dessinateur Albert Uderzo chez lui, en 2013 © VILA -VSD/SIPA Numéro de reportage: 00698782_000009

Le dessinateur Albert Uderzo est décédé


Nos disparus méritent mieux qu’une comptabilité obscène, à l’éclairage souffreteux d’un point presse. Chaque soir, la colère monte d’un cran. L’entendez-vous mugir, à la tombée du jour ? Elle vient du Grand Est, des côteaux d’Ottrott, de l’atelier d’Ettore Bugatti, des flacons de vin rouge aux bolides bleutés, de la table à l’asphalte, ces terres à l’ombre dorée tremblent. Nous pensons à eux. Ce vent d’angoisse souffle jusqu’à l’intérieur de nos foyers. Rien ne l’arrêtera désormais. Notre pays gronde. Quand le chagrin et le désespoir se font la courte-échelle, c’est tout un peuple qui s’interroge sur le sens de l’État. Même dans la mort, nos élites ne savent pas garder la bonne distance. Ces gens-là sont dépassés. Il leur reste la communication, cette vieille baderne, comme seule arme de défense. Les guerriers nus de l’hôpital se souviendront de leur incurie. La faillite managériale et la culture de l’économat, autrement dit la poursuite effrénée du petit sou se paye comptant… en nombre de vies. Nous passons à la caisse enregistreuse. À l’inconséquence budgétaire qui étrangle notre système depuis vingt ans, s’ajoutent les impardonnables leçons de morale. Après la crise, après le deuil, dans plusieurs semaines, peut-être, des résolutions de l’An 01, de l’ère post-Covid-19, devront être envisagées. En ce moment, nos combattants de l’impossible, premiers de cordée de la réanimation, encaissent les coups, parent au plus pressé, bricolent avec les moyens du bord, font preuve d’une conscience professionnelle qui redonne fierté à toute une Nation. Il existe encore des citoyens debout qui ne chouinent pas et qui agissent au péril de leur existence. Nous autres, gens de lettres et commentateurs assis, sommes démunis et admiratifs. Nous les remercions humblement. Car, nous l’avons bien compris, nous manquons de tout, de masques, de tests, de respirateurs et de sens des responsabilités. Face au chaos en marche, nos gouvernants ont enfilé l’uniforme du garde-champêtre. Ils ont la manie de la contravention, la tique des impuissants. 

Manu Dibango et Albert Uderzo sont tombés dans la marmite quand ils étaient petits

Dans cette actualité désolante, nous apprenons la disparition de deux figures populaires : un dessinateur et un musicien. Un fils d’immigrés italiens de 92 ans au nez gascon et un géant camerounais de 86 ans au crâne lustré, deux serviteurs de la francophonie. Au crayon ou au saxo, ils auront œuvré, sans relâche, au rayonnement de leur art respectif. Albert Uderzo et Manu Dibango, deux destins, deux talents hors du commun, par l’entremise des cases et des notes, avec cette même tendresse en héritage qui rassure petits et grands. « La mort, c’est trop bête » titrait Jean Cau dans sa nécrologie de Coco Chanel, en 1971. 

Par réflexe sanitaire et besoin de réconfort, je me suis plongé dans ma collection d’Astérix. Et j’ai relu ce midi Le bouclier Arverne. Mon album datant de 1968, ses pages s’effeuillent comme une marguerite. Malgré sa décomposition avancée due à de trop nombreuses manipulations, il garde toute sa fraîcheur juvénile. Le dessin d’Uderzo, d’une permanence exemplaire, d’une rondeur dynamique qui n’était pas sans relation avec sa passion exclusive pour les Ferrari, se moque des majorités soumises. Ces images-là, m’auront accompagné, tout au long de ma vie, d’une rougeole barbaresque au confinement actuel. Qui peut en dire autant ? Sur qui, pouvons-nous nous appuyer pendant près de quarante ans ? Sans une trahison, sans une défaillance, sans un coup fourré, avec toujours l’assurance de ce rire innocent qui apaise au creux de la nuit. Je ne me lasse pas de cette introduction mythologique : « Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur ». Où êtes-vous, aujourd’hui, Astérix, Obélix et même toi, Idéfix ? Nous aurions tant besoin de votre potion magique. J’ai remis la main sur un numéro de Paris Match de l’année 1966 et cette photo montrant le couple « Goscinny et Uderzo » déguisé en Gaulois, avec casques, tresses et belles bacchantes, trinquant gaiement à la cervoise. Et cette légende : « René Goscinny, 39 ans et Albert Uderzo, 38 ans, tous deux passionnés d’histoire. Le premier écrit, l’autre dessine. Et un million d’Astérix a déjà été vendu en cinq ans ». Vous n’étiez qu’au début de votre conquête mondiale. 

Quant à toi, Manu, grâce à ton son mêlé, ton souffle salvateur et cette énergie qui fédère les peuples, tu auras traversé toutes les mers et bravé tant de tempêtes. Tu as ensorcelé la planète par ta soul unique, tu en avais le secret. On a bien essayé de piller tes harmonies, mais tu as résisté. Alors longtemps après vous, soyez-en convaincus, « Soul Makossa » et « Astérix » viendront calmer l’angoisse des Hommes. 

Un monde affolé qui bascule dans l’inconnu

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Le 19 mars, des pompiers munis de protections nettoient les rues à Téhéran en Iran, pour lutter contre le coronavirus © MORTEZA NIKOUBAZL/SIPA Numéro de reportage : 00950838_000006

La pandémie du coronavirus met en évidence les fragilités d’un monde interconnecté. Au vrai, ce géosystème chaotique est au bord d’un abîme que de vastes plans keynésiens élaborés en toute hâte auront du mal à combler.


La doxa anti-libérale dénonce l’austérité mais l’impécuniosité des dernières décennies limite les possibilités d’agir d’États lestés par le social-fiscalisme. Surtout, il n’y aura pas de Sainte-Alliance sanitaire faisant passer à l’arrière-plan les rivalités géopolitiques qui s’aggravent. Avec plusieurs foyers conflictuels sur ses frontières, l’Europe est particulièrement concernée. En toile de fond, la possible convergence de lignes dramaturgiques nous conduisant à une « singularité ». Au-delà des mesures de circonstance, il importe de comprendre ce qui advient.

L’expansion géographique du coronavirus bouleverse les nombreux pays atteints par ce qui l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie officiellement de « pandémie ». Nonobstant son redoutable pouvoir de contamination et les conséquences de ce virus sur des systèmes de santé menacés de thrombose, la disproportion entre le nombre des personnes atteintes et ses effets multiformes sont frappants. Le phénomène démontre que l’interconnexion des espaces géographiques et la densité des interdépendances font du monde un vaste géosystème chaotique. Est qualifié de chaotique un système sensible aux conditions initiales dans lequel les causes provoquent des effets hors de proportion. Il serait pourtant erroné de croire possible le retour à une fantasmatique autarcie primitive. D’une certaine manière, « nous sommes embarqués ».

Par ailleurs, le satisfecit français sur les vertus de l’État-providence et la possibilité d’une grande relance keynésienne laissent dubitatifs. Depuis 2008, nous n’avons pas su ou voulu reconstituer des marges de manœuvre financière. Enfin, il serait vain d’espérer la formation d’une Sainte-Alliance sanitaire faisant passer la lutte contre le virus avant les rivalités de puissance. Bref, les périls s’accumulent à l’horizon, ce qui fait redouter la possible convergence de différentes lignes dramaturgiques. Dès lors, ce pourrait être une descente aux enfers.

Si les conséquences du coronavirus ont alimenté les anticipations négatives à l’origine du krach boursier, celui-ci résulte de multiples causes dont les effets se cumulent. L’effondrement des cours du pétrole et l’incapacité des dirigeants occidentaux à agir de concert ont aussi leur part. Le sempiternel procès de « la finance » ou de la « mondialisation » ne sera pas à la hauteur des défis

En vérité, bien des observateurs redoutaient l’imminence d’un krach boursier. D’une part, nous étions à la fin d’une longue période de croissance et, si l’on en croit la théorie des cycles (le cycle Juglar en l’occurrence), la conjoncture finit inévitablement par se retourner. Dès avant le coronavirus, le FMI pointait les tendances à la récession. Aux États-Unis, première économie au monde, la perpétuation de la croissance reposait sur un important déficit provoquant une surchauffe économique, ce qui est toujours de mauvais augure. Par ailleurs, les batailles commerciales sur fond de rivalités géopolitiques, de part et d’autre du Pacifique comme au Moyen-Orient, laissaient craindre un choc exogène, irréductible à des facteurs économiques. Las ! C’est un virus qui fit office de déclencheur : « Petite cause, grands effets ». Comme de coutume, les demi-habiles incrimineront la finance. D’une part, le mécanisme de transmission est l’inverse de celui de 2008 : c’est le blocage de l’économie productive qui génère les anticipations négative des traders et fait plonger les marchés financiers. D’autre part, les soubresauts des grandes bourses mondiales puis leur premier plongeon ont été aggravés par le déclenchement entre la Russie et l’Arabie Saoudite d’une guerre des prix sur le marché du pétrole (krach pétrolier et boursier du lundi 9 mars 2020). Si l’attitude désinvolte et les maladresses de Donald Trump ont aggravé la crise, ce comportement erratique ne vient qu’ensuite. Au demeurant, bien des dirigeants européens ont aussi pratiqué le déni et n’ont guère manifesté d’esprit de concertation et de coordination. Il faut certes saluer l’intervention massive de la FED et de la BCE afin d’éviter l’effondrement total [tooltips content= »Au soir du mercredi 18 mars, la BCE a lancé un plan d’urgence baptisé « programme d’achat urgence pandémique » (ou PEPP) de 750 milliards d’euros, pour tenter de contenir les répercussions sur l’économie de la pandémie de coronavirus. Ce montant s’ajoute à un programme de rachat de 20 milliards d’euros par mois engagé depuis décembre 2019. Il faut aussi prendre en compte les 120 milliards d’euros déjà débloqués pour la crise du coronavirus, le 12 mars dernier. Trois jours avant le plan de la BCE, la Fed avait abaissé ses taux directeurs et annoncé l’achat de 500 milliards de dollars de bons du Trésor et de 200 milliards de dollars de titres hypothécaires (15 mars 2020). »](1)[/tooltips]. Cependant, les politiques d’expansion monétaire ne butent-elles pas sur leurs limites ?

La mondialisation est incriminée, encore faut-il savoir ce que l’on nomme ainsi. Ce processus séculaire est ramené à l’une des hypostases : la croissance du commerce, des échanges et de l’économie, à l’échelon global, au cours du dernier demi-siècle. Au vrai, la mondialisation commence avec les Grandes Découvertes, lorsque cette portion des terres émergées qu’est l’Europe partit à la conquête du monde. La mondialisation est d’abord ibérique. Très vite, Français, Anglais et Hollandais sont sur les talons des Portugais et des Espagnols. Au milieu du vingtième siècle, les États-Unis devinrent les dépositaires des pouvoirs historiques de l’Occident. Cela pour dire que ce processus est comparable à une dialectique hégélienne qui dépasse les individus. Elle ne relève pas d’une décision politique à un moment donné. Tels qu’ils sont décrits par Fernand Braudel, les mouvements de l’« économie-monde » enchaînent des cycles protectionnistes et libre-échangistes, voient se succéder guerres et hégémonies. Lorsque qu’après la crise de 1929, les dévaluations et les mesures protectionnistes firent dévier la mondialisation marchande, une guerre mondiale prit le relais. Dans une acception large, la mondialisation est l’un des noms donnés à l’Histoire universelle. La pensée-slogan peut bien dénoncer l’« ultra-libéralisme » ou « le règne de la marchandise », notre destinée est mondiale. A moins qu’il ne s’agisse d’une fatalité.

L’éloge de l’État-providence et des bienfaits de l’action publique dissimulent l’essentiel. Faute d’avoir su alléger la charge des dépenses, les hauts niveaux des déficits et d’endettement publics limiteront la latitude d’action des pays les plus impécunieux

A situation d’exception, pouvoirs et mesures d’exception : les pays développés à économie de marché doivent mobiliser des sommes colossales pour éviter le collapsus économique final. « Ce n’est pas le moment d’économiser », explique Jean-Pisani-Ferry[tooltips content= »Entretien publié dans Le Monde, 13 mars 2020. »](2)[/tooltips]. Au vu des déficits accumulés et de la montagne de dettes publiques dans la plupart des pays, il faudrait se demander si cela n’a jamais été le cas. D’aucuns parlent d’un « retour des États ». En prenant comme critère le poids des prélèvements obligatoires et de la dépense publique dans le PIB, les États n’ont pas brillé par leur absence. Ces chiffres sont très supérieurs à ceux des années 1960, cet âge d’or du keynésianisme, y compris dans les pays réputés les plus libéraux : 35% de prélèvements obligatoires aux États-Unis, près de 40% au Royaume-Uni. A la Belle Epoque, lorsque les États étaient centrés sur les fonctions régaliennes, ces taux s’étalaient sur une fourchette de 10 à 15% du PIB. Notons au passage que c’était l’âge d’or de la souveraineté nationale. En notre ère réputée « ultra-libérale », le montant sans équivalent historique des prélèvements obligatoires et de l’endettement public pèse sur l’économie et détermine pour partie son fonctionnement : c’est l’impécuniosité des États qui génère le marché de la dette, avec sa logistique financière. Ne mêlons pas causes et conséquences.

Peut-être n’y a-t-il pas d’alternative à une relance mondiale concertée. Il convient pourtant de s’inquiéter du fait que les banques centrales ont épuisé leurs réserves et les États surendettés n’ont plus guère de marge de manœuvre : comment financer ces plans de relance ? L’arithmétique serait-elle donc une simple convention qu’une décision politique pourrait modifier ? Une fois passé le gros de la crise de 2008, il eût fallu reconstituer réserves et marges de manœuvre. John Maynard Keynes ne disait pas autre chose : déficits en temps de crise, équilibre budgétaire en période de croissance (on recharge le fusil). Au-delà de la conjoncture, il semble urgent de s’interroger sur la thèse d’une stagnation séculaire, artificiellement et temporairement contrariée par la mise sous stéroïdes de l’économie mondiale[tooltips content= »L’hypothèse de la « stagnation séculaire » a été une première fois introduite par Alvin Hansen, dans un discours prononcé en 1938, et reprise dans un texte publié l’année suivante (A. Hansen, « Economic Progress and Declining Population Growth », American Economic Review, Vol. 29 (1), pp. 1-15). Elle renvoie à un régime économique de croissance faible et de sous-emploi, également caractérisé par une inflation faible, voire par un phénomène de désinflation. Après la crise de 2008, cette hypothèse a été reprise par Lawrence H. Summers (L. H. Summers, « U.S. Economic Prospects: Secular Stagnation, Hysteresis, and the Zero Lower Bound », Business Economics, Vol. 49, n°2), du fait de la relative faiblesse de la croissance économique, aux États-Unis comme dans la zone euro, elle nourrit le débat économique. »](3)[/tooltips]. Il est vrai qu’un tel avenir aurait des conséquences gravissimes sur des régimes politiques modernes dont la formule de légitimité, purement immanente, repose sur les seuls succès technico-économiques. Il ne faut pas mépriser les biens que l’on possède, et nous pourrions regretter un jour les aménités de cette civilisation marchande et technicienne. Il n’en importe pas moins de prendre la mesure de la catastrophe, de scruter l’horizon et d’anticiper l’avenir. Autant que faire se peut.

Dans le registre du « vivre ensemble », préciosités et mignardises sur la solidarité de « toutes et tous » et le « faire nation » ne sont plus de saison. Ils dissimulent mal l’état réel de sociétés post-modernes atomisées et épuisées. L’improbabilité d’une thérapeutique par le haut n’interdit pas de formuler un diagnostic sur notre modernité tardive

Dans leur adresse à la nation, on comprend certes la volonté des dirigeants de ne pas provoquer d’effet de panique et d’en appeler au respect d’un certain nombre de comportements civiques. Un paradoxe toutefois : la solidarité de « toutes et tous » consiste essentiellement à se barricader chez soi et à s’abstenir de tout contact extérieur : « moralia minimalia ». Par ailleurs, faut-il céder à la « câlinothérapie », segmenter la population pour remercier de manière particulière les agents publics et additionner les tics de langage ? Songeons à l’amiral Nelson lors de la bataille de Trafalgar : « L’Angleterre attend de chacun d’entre vous qu’il fasse son devoir ». Surtout, cette langue de coton ne saurait occulter l’état réel de notre « modernité tardive ». Sur ce point, la lecture du dernier ouvrage d’Hugues Lagrange, sur les « maladies du bonheur », s’impose[tooltips content= »Hugues Lagrange, Les maladies du bonheur, PUF, 2020″](4)[/tooltips]. Brassant et analysant de multiples données, le sociologue dresse un tableau clinique de l’humanité post-moderne (il parle d’« homme moderne »). Affectée de multiples troubles mentaux et comportementaux, cette humanité est victime de l’anxiété et de la dépression, de l’alcoolisme et de la drogue. Désinstitutionnalisé et privé de forme stable d’appartenance, l’« homme moderne » souffre de la solitude et de l’angoisse.

Comment ne pas songer au « dernier homme » de Nietzsche qui, clignant de l’œil, s’écrie : « Nous avons inventé le bonheur » ? Hélas, le philosophe de Sils-Maria nous a prophétisé deux siècles de nihilisme : le compte n’y est pas. Hugues Lagrange explique qu’il faudrait « réinstituer l’homme » et lui ouvrir un destin au sein d’une « société décente ». Gardons-nous de croire que le « retour des États » suffira à la tâche. En guise de réponse à des maux de civilisation, se donner pour but la construction d’un « kolkhoze fleuri » [tooltips content= »Voir Jean Gabin dans Le cave se rebiffe, film de Gilles Grangier (1961). »](5)[/tooltips] (fût-il peint en bleu, blanc, rouge), serait illusoire. Tout au plus faudrait-il exiger de l’État qu’il cesse d’entériner et de consacrer la tyrannie de minorités qui prétendent imposer leurs mœurs et les transformer en règles de droit.

On ne saurait pourtant ignorer que ces demandes viennent d’une partie de la société elle-même, le plus grand nombre manifestant l’indifférence pour autant que cela n’ait pas d’impact économique direct sur leur situation. L’idée d’un « bloc populaire » demeuré sain, futur « sujet historique » appelé à se dresser contre un « pôle élitaire » composé d’« anywhere » est illusoire. A moins que ce ne soit un mensonge manié par des gens qui se voient comme une « élite de remplacement » (Vilfredo Pareto) appelée à diriger les nations occidentales en s’appuyant sur les masses – selon la rengaine du « moment populiste » à venir.

Il serait erroné de penser que la situation sanitaire pourrait suspendre les rivalités de puissance. Le cas de la Chine populaire, dirigée par un parti-État aux ambitions totalitaires, en témoigne. Loin de battre sa coulpe et de reconnaître les fautes commises au départ de l’épidémie chinoise, Pékin passe à l’offensive

Certes, bien des gouvernements auront fait preuve d’une négligence fâcheuse, voire coupable : « Humain trop humain ». Dans le cas de la Chine populaire, il pourrait s’agir d’un mensonge éhonté et d’une dissimulation volontaire, jusqu’à ce que le phénomène dépasse les dirigeants néo-maoïstes et leurs exécutants. S’en étonnera-t-on ? La Chine est sous la coupe d’un régime idéologique qui, loin de s’adoucir au contact de la modernité occidentale, s’est durci. L’idéologie est fondée sur une parole fausse ; son nom métaphysique est le mensonge, comme l’a soutenu Alexandre Soljenitsyne. On ne saurait en effet ignorer le cas de ce médecin chinois de Wuhan qui a rapidement alerté les pouvoirs publics, a été persécuté pour mourir ensuite du virus. De façon éhontée, Pékin se pose désormais en parangon de vertu, arguant de sa politique de confinement et de lutte massive contre la propagation du virus. Après avoir reçu de l’étranger des millions de masques au plus fort de l’épidémie, dans la région de Wuhan et ailleurs, le régime chinois mène une « diplomatie du masque » au moyen de livraisons ostentatoires aux pays contaminés par la suite. Sans pudeur aucune ni sens de la vérité, il administre des leçons de « gestion de crise ». Le Département de la propagande du Parti annonce la publication prochaine d’un livre intitulé Da guo zhan yi, soit La grande puissance combat l’épidémie.

Pour détourner l’attention du « virus de Wuhan », le pouvoir local n’hésite pas à reprendre des mensonges sur l’origine américaine de cette épidémie depuis devenue pandémie. Signifiée le 18 mars 2020, l’expulsion de journalistes américains du New York Times, du Wall Street Journal et du Washington Post marque une nouvelle étape dans le conflit sino-américain. D’un point de vue européen, l’excessive dépendance à l’industrie chinoise ne pourra plus être ignorée. Mouvement long de l’histoire décrit par Fernand Braudel[tooltips content= »Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Flammarion, 1977. »](6)[/tooltips], et ce bien avant les représentants de l’histoire interconnectée, la mondialisation ne connaîtra pas d’arrêt durable : qu’est-elle d’autre sinon l’arraisonnement du monde par la technique ? En revanche, la sino-mondialisation n’est plus tenable[tooltips content= »Voir Emmanuel Dubois de Prisque et avec Sophie Boisseau du Rocher, La Chine e(s)t le monde. Essai sur la sino-mondialisation, Odile Jacob, 2019″](7)[/tooltips]. L’expérience des faits et la réponse spontanée des producteurs aux signaux du marché (pénuries, retards et surcoûts) devraient entraîner le redéploiement des activités afin d’assurer la sécurité des approvisionnements et donc des pays européens. Si besoin est, des incitations publiques devront aller en ce sens. Déjà, il appartient aux États de reconsidérer le dossier « Huawei » et les précautions à prendre en matière de 5G.

Les rivalités de puissance se renforcent et le sacrifice par la Russie de l’« OPEP+ » et de son entente avec l’Arabie Saoudite en matière de pétrole, en témoigne. La nouvelle guerre froide s’étend au domaine énergétique, quitte à saborder le niveau des prix et à mettre à mal les relations entre Moscou et Riyad

Il n’y aura donc pas de Sainte-Alliance sanitaire pour mettre entre parenthèses les conflits et rivalités de puissance entre les nations. Si besoin était, le conflit entre la Russie et l’Arabie Saoudite autour de la production de pétrole et la liquidation de l’« OPEP+ », sur fond de pandémie et de dégringolade des marchés, en sont la preuve. En 2016, la Russie et l’Arabie Saoudite, principal producteur pétrolier de l’OPEP, ont passé un accord visant à réduire la production et à faire remonter les cours. Cette alliance commerciale est désignée par le terme d’« OPEP+ ». Elle a volé en éclats. Pourquoi ? Le coronavirus paralysant l’activité économique, le prix du pétrole baissait depuis plusieurs semaines. Les discussions autour de nouveaux quotas ont échoué le vendredi 6 mars 2020, Riyad ne parvenant pas à convaincre Moscou du bien-fondé d’une telle décision.

Aussi l’Arabie Saoudite a-t-elle décidé d’augmenter sa production pétrolière et de baisser ses prix, un choc sans précédent depuis la guerre du Golfe (1991) suivant cet échec. Simple différend commercial ? Selon la presse russe, la décision du Kremlin aurait été prise à la demande d’Igor Setchine, président de Rosneft, qui depuis longtemps voit dans l’« OPEP+ » une « menace stratégique » (les autres compagnies pétrolières voulaient maintenir cette alliance commerciale).

Selon Alexandre Dynkine, président de l’IMEMO[tooltips content= »IMEMO : Institut de l’économie mondiale et des relations internationales. Fondé en 1956, l’IMEMO est situé à Moscou. Il est principalement dédié à l’étude des politiques menées par les États occidentaux et l’ensemble des pays développés. L’objectif est d’envisager et d’analyser les tendances mondiales à l’œuvre dans divers champs, du point de vue la Russie et de ses intérêts nationaux. L’IMEMO organise notamment les « Primakov Readings », une réunion d’experts, de diplomates et de « décideurs » mondiaux. »](8)[/tooltips], « le Kremlin a décidé de sacrifier l’accord OPEP + pour stopper la production de gaz de schiste aux États-Unis et les punir pour Nord Stream 2 ». La décision est politique et s’inscrit dans le contexte de nouvelle guerre froide. Au-delà de la rupture du lien spécial avec l’Arabie Saoudite, dont le rôle en Syrie n’est plus important, la cible visée par le Kremlin est donc américaine. Ce faisant, le brusque contre-choc pétrolier est venu aggraver la situation économique mondiale. Ajoutons que le profit que le consommateur pourra tirer d’une baisse des prix sera largement dépassé par les effets négatifs de ce marasme économique.

Schématiquement, la Russie compte sur le caractère frustre de son économie (une « économie de cafard », tendue vers la survie) et le contrôle social de la population pour traverser des difficultés économiques qui affecteraient principalement les pays libres et développés. Gageons qu’il se trouvera bien des idéologues en Occident pour vanter la performance et expliquer que la pénurie constituerait la réponse à la misère morale et spirituelle de l’« homme moderne ». Et l’« écologie fondamentale » a désormais son pendant droitier, une forme de national-bolchévisme mâtinée de survivalisme.

A l’avenir, les frontières est et sud-est de l’Europe demeureront sous tension. Sur l’axe Baltique-mer Noire, le conflit russo-ukrainien est toujours ouvert et sanglant. Le jour venu, ce « conflit de basse intensité » pourrait monter en puissance. Au sud-est, Ankara instrumentalise les flux migratoires pour exercer des pressions sur l’Europe. Un chantage inacceptable qui ne dissimulera pas le problème géopolitique de fond

Interrogée par Le Monde, le ministre suédois des Affaires étrangères, Ann Linde, rappelle que le conflit au Donbass demeure actif : « Sur les 420 kilomètres de ligne de contact, il n’existe seulement cinq points de passage […]. Rien qu’en janvier et février, 35 militaires ont été tués dans une zone où il y a eu un désengagement : c’est bien un théâtre militaire actif » [tooltips content= »Ann Linde, « Sur l’Ukraine, « la position russe n’a pas évolué d’un millimètre » », Le Monde, 11 mars 2019″](9)[/tooltips]. En Ukraine comme en Moldavie et en Géorgie, ce type de conflit installe dans les esprits l’idée d’un inéluctable démembrement de l’État qui en est la victime. Il constitue également un levier d’action qui, en usant du pseudo-État crée par l’occupant et ses « proxies », peut exercer des pressions sur Kiev, Chisinau ou Tbilissi. Surtout, c’est une base de départ pour une opération armée plus vaste, lorsque les circonstances seront jugées favorables. Aussi ne faut-il rien exclure. Dans l’immédiat, force est de constater que la doctrine russe d’Emmanuel Macron (le « dialogue sans naïveté ») n’a rien produit[tooltips content= »Jean-Sylvestre Mongrenier, « Trois mots sur la nouvelle doctrine russe d’Emmanuel Macron », Boulevard extérieur, 3 septembre 2019″](10)[/tooltips]. Les échanges de prisonniers entre Kiev et Moscou ont d’abord permis à la Russie de récupérer un personnage dont le témoignage aurait été fort utile à l’enquête sur les responsables du tir sur le vol MH-17, le 17 juillet 2014, au-dessus du Donbass (le procès est en cours, au tribunal de Schiphol, près d’Amsterdam)[tooltips content= »Le 17 juillet 2014, un Boeing 777 décolle de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol pour Kuala-Lumpur (Malaisie) avec 298 personnes à bord dont 196 Néerlandais. Le vol MH17 (Malaysian Airlines 17) est ensuite abattu par un Buk, missile anti-aérien de conception soviétique, au-dessus du Donbass où l’armée ukrainienne affronte les milices séparatistes pro-russes. Le drame est suivi d’une opération de désinformation avec force scenarii et fausses nouvelles visant à innocenter la Russie et ses forces par procuration. »](11)[/tooltips].

L’échec de la doctrine russe d’Emmanuel Macron est également patent en Syrie, plus particulièrement à Idlib. Depuis décembre 2019, l’action combinée de Damas et de ses alliés russo-iraniens ont jeté 900 000 personnes sur les routes, cette masse mettant en péril la frontière turco-syrienne. De fait, Recep T. Erdogan instrumentalise ces flux pour exercer un chantage à l’encontre de l’Europe. Au vrai, il ne s’agit pas seulement pour Ankara d’obtenir une aide financière plus importante [tooltips content= »Les responsables turcs reprochent aussi à l’Union européenne de ne pas avoir respecté plusieurs dispositions de l’accord migratoire signé en mars 2016 avec Bruxelles, notamment la promesse de libéralisation des visas à l’endroit des ressortissants turcs et la modernisation de l’accord d’Union douanière. Ces questions sont traitées par la Commission européenne, sous le contrôle des États membres de l’Union européenne. »](12)[/tooltips] mais d’avoir le soutien des autres pays membres de l’OTAN dans la mise en place d’une zone de sécurité en avant des frontières turques avec la Syrie. Alors que la Russie bloque au Conseil de sécurité l’ouverture de corridors humanitaires qui permettrait de soulager la population concentrée à Idlib, il y a bien des convergences turco-européennes sur cette question. Le constat fera hurler les poutinophiles, mais ces derniers sont beaucoup moins promptes à stigmatiser leur « homme fort » lorsque celui-ci parvient à s’entendre avec Recep T. Erdogan (S-400, Turkstream, cessez-le-feu, partage des mêmes éléments de langage anti-occidentaux). Cela dit et malgré l’importance géostratégique de la Turquie, il est évident que l’on ne saurait faire confiance à Recep T. Erdogan. L’alliance demeure mais elle devient transactionnelle, et les pays européens auront à utiliser leurs quelques cartes pour instaurer un rapport de force favorable à une future négociation. A défaut d’un accord solide sur les questions migratoires, l’accès des biens industriels turcs au marché unique pourrait être remis en cause[tooltips content= »Jean-Thomas Lesueur, « Migrants : répondre au chantage d’Erdogan », Institut Thomas More, 17 mars 2020″](13)[/tooltips].

Au Moyen-Orient et dans le golfe Arabo-Persique, rien n’est réglé ni même reporté. La population iranienne peut bien souffrir de la pandémie, le Guide suprême et les Gardiens de la Révolution resserrent leur emprise sur le pays, et les milices panchiites poussent les feux en Irak. Au péril d’une nouvelle escalade

Après les provocations iraniennes qui ont conduit à l’élimination par les États-Unis du général Soleimani, on eût voulu croire possible un retour au calme. Donald Trump a préféré ignorer les représailles iraniennes sur une base américaine en Irak qui ont pourtant fait de nombreux blessés (opération « Shahid Soleimani », 8 janvier 2020). Le même jour, un Boeing de l’Ukraine International Airlines aura été abattu par la défense anti-aérienne iranienne. Il se trouve certainement des partisans d’une politique de complaisance à l’égard du régime chiite-iranien pour espérer une « désescalade » durable. Une approche comptable des relations internationales et des rapports de puissance aime aussi à privilégier la comparaison des PIB américain et iranien ainsi que des dépenses militaires, l’idée directrice étant de montrer qu’un État aussi insignifiant ne saurait constituer une réelle menace. A ce compte, la gravité de l’épidémie de Coronavirus en Iran irait dans le sens de l’apaisement et de la stabilisation. Considérée comme « un complot de l’ennemi », elle s’est abattue sur la population. Plus qu’ailleurs, les autorités sanitaires sont débordées, d’autant plus que le fait a été nié par les plus hauts dirigeants du pays. Un médecin de Téhéran résume la situation : « Le message était clair : pas de coronavirus avant les élections » [tooltips content= »Ghazal Golshiri et Allan Kaval, « En Iran, l’épidémie de coronavirus révèle l’incurie des autorités », Le Monde, 4 mars 2020″](14)[/tooltips]. Depuis, le chaos sanitaire iranien s’accroît au péril des pays voisins et des territoires traversés par l’axe chiite. Quelles conséquences en Syrie où la moitié de la population a été déplacée ?

Pourtant, bien des éléments montrent que la volonté de puissance et l’agressivité du régime irano-chiite demeurent inentamés[tooltips content= »Jean-Sylvestre Mongrenier, « Sur l’Iran, l’escalade militaire et le désarroi européen », Boulevard extérieur, 7 janvier 2020″](15)[/tooltips]. Le 21 février 2020, les législatives iraniennes ont fait tomber le décor Potemkine qui prétend dissimuler la réalité politique et idéologique dudit régime. Déjà, le clivage entre « opportunistes » (les prétendus « modérés ») et « durs » (les « conservateurs ») reposait non pas sur les fins mais sur le rythme et les moyens, sans parler des rivalités portant sur l’accès aux rentes et ressources d’une économie sous contrôle politique. Désormais, ce sont les « trotskystes » de l’islamisme chiite qui contrôlent le Parlement. Au sommet, le Guide suprême, les Pasdarans tenant lieu de colonne vertébrale du régime. La résolution de 2015 sur la limitation du programme balistique est allègrement violée et il ne reste quasiment rien du dispositif d’encadrement du nucléaire iranien[tooltips content= »Le 3 mars 2020, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi, a confirmé au président français, Emmanuel Macron, l’irrespect par l’Iran de ses engagements nucléaires. Téhéran a multiplié par trois le stock d’uranium enrichi. Dès le 14 janvier, Paris, Londres et Berlin (l’E3) ont annoncé l’activation du mécanisme de règlement des différends »](16)[/tooltips].

En Irak, les milices panchiite au service de Téhéran harcèlent les troupes américaines avec pour objectif le départ des forces de la coalition, ce qui achèverait le phagocytage de ce pays et ouvrirait la possibilité d’évincer les Occidentaux de la région (objectif partagé avec la Russie). Le 11 mars, des roquettes Katioucha se sont abattues sur la base de Taji, tuant deux soldats américains et un soldat britannique. Quelques heures plus tard, l’aviation américaine bombardait la base d’une milice panchiite en Irak (une trentaine de morts). Le 14 mars, deux nouvelles roquettes visaient la base de la coalition internationale. Une certitude : le coronavirus ne nous préservera pas d’une nouvelle escalade entre Méditerranée et Golfe Arabo-Persique ou dans le détroit d’Ormuz[tooltips content= »Jean-Sylvestre Mongrenier, « La stratégie de déstabilisation menée par l’Iran qui pourrait conduire à la guerre », Huffpost, 5 août 2019″](17)[/tooltips].

En Libye, sur les rivages africains de la Méditerranée, la désunion occidentale, l’irrésolution européenne et l’incapacité à déployer des troupes, afin de disposer d’un levier sur ce théâtre, ont causé un vide géopolitique comblé par la Russie dans un premier temps, la Turquie ensuite. Le scénario d’une « nouvelle Syrie » aurait de graves conséquences en Europe

En Libye, sur le flanc sud de l’Europe, la situation s’aggrave. Malgré la conférence de Berlin du 19 janvier 2020, en appui à la médiation de l’ONU, la négociation d’un accord de cessez-le feu, préalable à une réconciliation politique nationale, a échoué. Envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé a démissionné le 3 mars dernier. Sur place, la Russie, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats-Unis soutiennent le maréchal Khalifa Haftar, chef de la Cyrénaïque qui tente depuis le printemps 2019 de prendre Tripoli. Des mercenaires russes de la compagnie Wagner sont à pied d’œuvre et matérialisent le soutien de Moscou. Khalifa Haftar recrute aussi sur le continent, notamment au Soudan. Depuis le Golfe et l’Égypte, matériels et équipements sont livrés à son armée. A la tête du seul gouvernement reconnu par l’ONU, Fayez el-Sarraj est soutenu par la Turquie et le Qatar. C’est bien après la Russie, il faut le concéder, que la Turquie s’est activement engagée. Le 27 novembre 2019, Ankara et Tripoli signent un accord de sécurité ainsi qu’un accord de délimitation des domaines maritimes respectifs en Méditerranée orientale, au grand dam des pays voisins (Grèce, Chypre et Egypte). Recep. T. Erdogan expédie ensuite des conseillers militaires turcs ainsi que des mercenaires recrutés parmi les milices syriennes que la Turquie finance et équipe. En retour, un axe Haftar-Assad se dessine, avec l’envoi d’une délégation du gouvernement de Benghazi en Syrie et l’ouverture d’une ambassade (3 mars 2020). Esquissé dès 2018, cet axe est soutenu par la Russie qui recrute également des mercenaires syriens destinés à se battre sur le front libyen. Aussi la Libye est-elle en passe de se transformer en « nouvelle Syrie », avec de graves conséquences pour l’Europe, tant sur le plan énergétique que migratoire. La Russie comme la Turquie pourraient user de ces moyens de pression.

L’impuissance européenne est frappante, la France et l’Italie ne parvenant pas à s’entendre, ce qui exclut toute action collective des Vingt-Sept (n’incriminons par l’Union européenne en tant que telle). L’Italie argue de son rôle historique en Libye et fait prévaloir l’objectif de contrôle des flux migratoires. Elle privilégie ses liens avec le gouvernement de Tripoli (Fayez el-Sarraj). Il faut y ajouter la forte présence du groupe ENI dans le pétrole libyen. Initialement, la France soutenait Khalifa Haftar dans son action contre diverses milices islamistes. L’anti-terrorisme et ses objectifs tactiques l’ont emporté sur une vision d’ensemble de la situation libyenne. Depuis, le Khalifa Haftar s’est autonomisé, en s’appuyant sur des alliés plus entreprenants, et il a lancé la « bataille de Tripoli ». Disons-le : Khalifa Haftar s’est joué de la France et n’a pas respecté les engagements pris à La Celle-Saint-Cloud (juillet 2017), puis à Paris (mai 2018). La rencontre du 9 mars dernier, à l’invitation d’Emmanuel Macron, n’a rien donné de plus. Du côté français, l’idée était qu’un « homme fort » de ce type pourrait contribuer à la stabilité du Sahel. Mais faut-il mettre en péril la situation en Méditerranée pour préserver l’hinterland africain ? Il est à craindre par ailleurs que le possible déplacement de l’épicentre du coronavirus vers l’Afrique, encore à l’écart semble-t-il, ne bouleverse la situation en Afrique subsaharienne. Cette pandémie devrait y trouver un nouveau terrain d’expansion.

En toile de fond de cette crise globale, la « précipitation », au sens chimique du terme, d’enjeux territoriaux, écologiques, démographiques et identitaires est plus inquiétante encore. La convergence de lignes dramaturgiques se précise avec en perspective une « singularité »

Il faut ici rendre hommage à un livre remarquable écrit en 2004 par Jacques Blamont, Introduction au siècle des menaces. Dans son prologue, il écrivait : « Dans tout système complexe, de très nombreux éléments interagissent les uns avec les autres. Souvent l’évolution crée une force qui s’oppose à elle-même ; la résultante est alors une oscillation ou un amortissement, c’est-à-dire un arrêt. Ce mécanisme, appelé contre-réaction ou boucle fermée, aboutit à un équilibre où les paramètres qui décrivent l’état des choses s’écartent peu des valeurs moyennes. Si au contraire l’évolution crée une force qui s’exerce dans son propre sens, il en résulte une croissance qui s’accélère dans le temps. Ce mécanisme-là, dite de réaction positive ou de boucle ouverte, cause la destruction du système, si un agent extérieur n’intervient pas » [tooltips content= »Jacques Blamont, Introduction au siècle des menaces, Odile Jacob, 2004″](18)[/tooltips]. Nous en serions là. Le moteur de l’Histoire de cette expansion réside dans le formidable progrès des sciences et de techniques, de l’électronique et de l’information, une force démesurée qui a bâti un « réseau de réseaux » dont la puissance de calcul de nos smartphones individuels nous donne une faible idée. L’humanité fonctionne en boucle ouverte, ce qui conduirait à une « divergence » : pour dire les choses plus concrètement, une possible grande catastrophe qui dépasserait l’ampleur de la Peste noire et d’événements comparables dans l’histoire de l’humanité.

Trois lignes dramaturgiques convergent formant ainsi une menace globale : la prolifération des armes balistiques et de destruction massive qui, en deux ou trois décennies, s’est accélérée (on pense notamment à l’Iran et à la Corée du Nord pour les armes nucléaires) ; les déséquilibres de la biosphère et les épidémies à venir qui en résulteront ; les désastres naturels. « La synergie des trois fléaux, les guerres, les épidémies et les désastres naturels, risque d’engendrer une singularité qui ne serait pas le triomphe d’une super-intelligence, mais constituerait au contraire le coup d’arrêt donné par la biosphère à son bourreau ». Et notre auteur de citer Pascal : « Chacun sait qu’il doit mourir mais il ne le croit pas ». Tout au plus s’agira-t-il de survivre un temps. A la différence des États-Unis, les pays européens ont préféré, individuellement et collectivement, conduire une politique de jouissance plutôt qu’une politique de puissance. Décrochée des États-Unis et, bientôt, de la Chine populaire, l’Europe l’est également des pays en développement sur le plan de la démographie. L’affolement à la seule vue de quelques milliers de réfugiés syriens ou autres qui s’entassent sur ses frontières n’est pas pure irrationalité. Il exprime la conscience des importants déséquilibres démographiques entre le « Vieux continent » et ses périphéries géopolitiques.

Le niveau des périls demande que l’on renoue avec une conception haute du politique, saisi dans son essence. Il ne s’agit pas seulement d’exercer le pouvoir mais de renouer avec l’idée de bien commun. Pourtant, cela ne suffira pas

Face aux périls et déséquilibres du monde, de nombreuses voies invoquent le principe de souveraineté, un plus petit nombre portant cette exigence à l’échelon européen. De fait, le redoutable avenir exigera que l’on prenne des décisions souveraines, au sens existentiel du terme. Il ne s’agirait plus du sage concept de droit public brandi par les « statolâtres » mais de la souveraineté telle qu’est est apparaît dans l’œuvre de Carl Schmitt : « Est souverain celui qui décide de l’exception » [tooltips content= »Carl Schmitt, Théologie politique, Gallimard, 1988. »](19)[/tooltips]. Encore faut-il comprendre que la souveraineté n’est pas une sorte de hochet magique que l’on agite sous l’effet de la peur ou par frénésie : tous les États membres de l’ONU sont souverains mais seul un petit nombre l’est effectivement. Nonobstant le nationalisme qui, sous différentes appellations, fait un retour en force dans l’opinion publique, il est difficile de voir en quoi le rôle d’État-brancardier, de fait mis en valeur par la pandémie en cours, signifierait le retour au premier plan de la nation. Dans ce monde de titans qui mobilise de fantastiques énergies, les États européens sont individuellement confrontés au problème de la masse critique. L’avenir, si tant ait qu’il y en ait un, pourrait appartenir à des États-civilisations et à de Grands Espaces (le Grossraum de Carl Schmitt). N’est-ce pas déjà le cas ? Privés de l’alliance américaine, les principaux États européens verraient leur puissance et leur influence se réduire comme peau de chagrin. Et le « chacun pour soi » pourrait très vite l’emporter. Sur un plan géopolitique, en faisant abstraction de la « singularité » évoquée plus haut, le péril qui menace l’Europe est de redevenir un « petit cap de l’Asie », objet de l’Histoire plus que sujet.

L’idée de souveraineté porte l’accent sur le seul exercice du pouvoir. Concept autoréférentiel, il ne nous dit rien de la vertu et des fins politiques à poursuivre. Le primat de la souveraineté sur toute autre considération, au nom de l’efficacité, résulte d’une inversion de la hiérarchie fonctionnelle entre les « oratores » et les « bellatores ». A la fin du Moyen Âge, la lutte au sommet entre le Pape et l’Empereur a épuisé ces pouvoirs à vocation universelle, ce qui a permis aux rois et aux principes territoriaux, ces chefs de l’aristocratie, de l’emporter. La voie était ouverte pour Machiavel et l’hypertrophie du pouvoir qui se prend pour fin, pour des guerres exponentielles sans commune mesure avec celles du Moyen Âge. Le juriste René-Jean Dupuy nomme « États libertaires » ces formations territoriales se voulant les seuls et uniques maîtres de leur politique [tooltips content= »René-Jean Dupuy, Le droit international, PUF, 2001″](20)[/tooltips].

Idéalement, une véritable communauté politique s’articule à l’idée de bien commun. Que l’on prenne garde toutefois à une forme illusoire de constructivisme qui prétendrait réaliser « le thomisme dans un seul pays » (une sorte de néo-salazarisme). Enfin, s’élever à la hauteur des défis de l’époque impose le sens de l’universel, voire l’idée d’« État universel ». Non pas comme réalité accomplie ou projet politique concret mais comme idée régulatrice. Tel était le sens qu’Ernst Jünger donnait à ce concept [tooltips content= »Ernst Jünger, L’État universel, Gallimard, 1962. »](21)[/tooltips]. En d’autres termes, le niveau des enjeux, leur caractère existentiel et l’échelon mondial requièrent une forme de cosmopolitique. Tout cela ne fait pas un programme politique mais il serait enfantin de croire qu’il existe une boîte à outils dans laquelle puiser. En revanche, la figure du Katechon s’impose à l’esprit [tooltips content= »Le Katechon est évoqué par saint Paul dans sa Deuxième Lettre aux Thessaloniciens. Dans la Bible de Luther, le terme est traduit par « Aufhalter ». »](22)[/tooltips]. Ainsi le Nouveau Testament désigne-t-il l’homme ou la force qui, par son action et son exemple moral, parviendra à conjurer le désastre. Sans base métaphysique solide, nous ne pourrons faire face à notre destin ou, selon une formule orientale, « chevaucher le tigre ».

Source: Institut Thomas More.

Les maladies du bonheur

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Mossad: l’histoire secrète des assassinats commandités par Israël

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Otages du vol Air France libérés d'Entebbe par le Mossad et accueillis à Tel Aviv, juillet 1976. IPPA / AFP

Dans Lève-toi et tue le premier (Grasset), Ronen Bergman raconte l’histoire secrète des assassinats commandités par Israël.


Lève-toi et tue le premier – le titre du livre de Ronen Bergman sur l’histoire du renseignement du foyer national juif et de l’État d’Israël est déjà tout un programme. Dans leur lutte pour la survie et la renaissance nationale, les sionistes n’ont même pas songé à s’inspirer du célèbre lieutenant de Grenadiers français, le Comte d’Antroche : pas question de crier « Messieurs les Arabes, tirez les premiers ». Dans cette guerre déclenchée dans les années 1920, les Juifs ont toujours suppléé leur faible nombre par les ruses, les stratagèmes et les coups secs rapides et ciblés. Ces derniers, et tout particulièrement les assassinats ciblés, sont au cœur de ce pavé de 759 pages très documenté que lecteur aura du mal à lâcher. Bref, une parfaite lecture de confinement.

Car ce roman vrai se lit d’une traite et on ne le referme qu’à la dernière page. À tout instant, le lecteur se pose la question de la réalité des faits. Est-ce un vrai travail d’enquête ou une opération de manipulation du Mossad ? Pourquoi les agents les plus secrets d’Israël ont-ils parlé ? Pour satisfaire leurs égos ? Pour soulager leurs consciences ? Pour faire peur à leurs ennemis ? Il est important parfois de montrer sa force pour être crédible ; au début des années 1970, la marine française n’a pas hésité à laisser les chalutiers espions soviétiques s’approcher de la rade de Brest pour voir la réalité de ses sous-marins nucléaires…

Deux faits méritent d’être relevés et analysés. 

Tout d’abord, l’auteur  raconte qu’en 2011, M. Gaby Ashkenazi[tooltips content= »Avec Moshe AYALON et Yaïr LAPID, il est aujourd’hui un des « trois mousquetaires » du mouvement de centre-gauche « Kakhol Lavan », « Blanc Bleu », dirigé par Benny GANTZ »](1)[/tooltips], le chef d’état-major de l’armée de défense d’Israël, Tsahal, n’aurait pas hésité à demander aux services de prendre des mesures contre lui. Comment alors expliquer que rien n’ait été fait pour empêcher ces agents actifs ou retraités de parler, de les contraindre à respecter l’obligation de réserve imposée à tout fonctionnaire, qui plus est à toute personne concernée par le « confidentiel défense » ? 

Une dent contre Netanyahou

La réponse se trouve peut-être dans le prologue et la conclusion du livre qui laissent à penser que l’auteur poursuit le combat de Meïr Dagan contre Benjamin Netanyahou. Les deux hommes ne se sont jamais appréciés et ont eu une divergence fondamentale en 2011; le Premier ministre et son ministre de la défense Ehoud Barak considéraient que, dans la guerre contre la nucléarisation de l’Iran, la tactique des assassinats ciblés avait atteint ses limites et qu’il fallait bombarder les installations nucléaires iraniennes. Au-delà de l’inimitié et de l’opposition stratégique vis-à-vis de l’Iran, l’opération contre l’officier de liaison du Hamas auprès de l’Iran Mahmoud Al-Mabhouh assassiné dans sa chambre d’hôtel de l’hôtel Rotana à Dubaï dans la soirée du 19 janvier 2010, est selon Bergman un véritable tournant stratégique. Mabhouh a bien été éliminé mais les hommes du Mossad et leur modus operandi ont été partiellement exposés, ce qui selon l’auteur constitue « une réussite tactique impressionnante, un échec stratégique désastreux ». Selon l’auteur, le bilan négatif de l’opération a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et convaincu les deux anciens commandos de Sayeret Matkal (unité d’élite de l’état-major et l’une des trois principales unités des forces spéciales israéliennes) que le rapport « qualité-prix » des assassinats ciblés les rendaient stratégiquement peu rentables. 

Le Premier ministre n’a pas renouvelé le mandat du chef du Mossad. Ce dernier n’a pas décoléré et a étalé à qui voulait l’entendre sa vérité. Pour se garder d’une telle filiation, l’auteur précise : « depuis une décennie entière, j’avais lancé de sévères critiques contre le Mossad, et en particulier contre Dagan, ce qui l’avait mis très en colère », et n’hésite pas à rapporter un commentaire que lui a adressé Meïr Dagan « vous êtes vraiment une espèce de bandit, vous ». Comme ses objets de recherche, Bergman aussi brouille les pistes… 

Ronen Begrman identifie au moins quatre éléments qui ont permis l’évolution de la pratique du recours à l’assassinat ciblé et de la justifier. Tout d’abord, une phrase du Talmud (traité Sanhédrin, page 73 verset 1) devenue le titre de l’ouvrage et connue par tout Israélien : « Face à celui qui vient te tuer, lève-toi et tue le premier ». Plus qu’une citation, c’est un état d’esprit. Ensuite les pratiques révolutionnaires russes qui ont marqué, dès le début du XXème siècle, nombre d’immigrants influencés par les idées et les pratiques des mouvements socialistes, anarchistes et marxistes. À cela s’ajoute plus tard le traumatisme de la Shoah, un choc collectif mais aussi personnel et enfin, après la création de l’État en 1948, l’équation géostratégique avec l’exiguïté territoriale et le faible nombre d’habitants impose de porter le combat chez l’ennemi et rendre les guerres aussi rares et courtes que possible.

David Ben Gourion rationalise la sécurité du pays

Tout aurait commencé le 29 septembre 1907 dans une pièce donnant sur une orangeraie à Jaffa. Yitshak Ben-Zvi, un jeune Juif originaire de Russie réunit chez lui sept autres personnes également originaires de Russie. Il deviendra le deuxième Président de l’État. En référence à la révolte contre l’Empire romain au IIème siècle, ils créent le groupe d’auto-défense Bar Guiora pour effacer l’image du Juif faible et persécuté, du dhimmi. Leur devise était « dans le sang et le feu la Judée est tombée. Dans le sang et le feu la Judée ressuscitera », faisant référence à la glorieuse défaite contre les Romains 18 siècles auparavant. En 1909, il s’est transformé en Hashomer (« la garde ») qui va défendre les nouvelles colonies agricoles fondées avant la guerre de 14-18 en Terre sainte, et en 1920 en Haganah (« la défense ») qui a été le précurseur de l’armée de défense d’Israël, Tsahal. En 1931, une scission est intervenue ; a été créée « l’organisation militaire nationale », ou Irgoun de Menahem Begin et d’Yitzhak Shamir.

Bergman raconte les attentats contre les personnages clés de la lutte arabe contre la présence juive en terre sainte, comme Tewfik bey, et les Britanniques comme Tom Wilkin ou Lord Moyne au Caire en 1944. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la Haganah met en place une unité spéciale dénommée « Gmul », la « récompense » dans le sens de revanche, pour traquer les nazis en cours de reconversion et de dissimulation.

En 1948, avec la renaissance de l’État d’Israël, David Ben Gourion met bon ordre et crée trois agences : la direction du renseignement militaire rattachée à l’état-major de l’armée, AMAN (« département de renseignements »), les services généraux de la sécurité intérieure, le Shin Bet (service de sécurité général, DGSI), et une structure rattachée au ministère des Affaires étrangères, le Mossad, chargé du renseignement et de l’espionnage extérieur.

S’ensuit une succession d’opérations qui démontrent, s’il en était besoin, le nombre d’adversités, au-delà de la dizaine de guerres[tooltips content= »La guerre d’indépendance, la guerre du Sinaï, la guerre d’usure, la guerre du Kippour, l’opération « Litani », la première guerre du Liban, la seconde guerre du Liban, l’opération « plomb durci », sans compter les deux intifadas »](2)[/tooltips], auxquelles Israël a dû faire face en plus de soixante-dix ans. Défilent alors sous vos yeux des événements qui vous permettent de découvrir les méthodes du Mossad, des hommes hors du commun, des circonstances… qui aiguiseront votre curiosité et votre envie d’en savoir plus…

La lutte contre les fédayins (« ceux qui sont prêts au sacrifice ») venant de Gaza dès la signature des armistices de 1949 ; la création en 1953 de l’unité 101 confiée à Ariel Sharon, ses opérations dont celle, controversée au sein même du gouvernement israélien, sur le village de Qibya ; les opérations lancées par les chefs des services de renseignement égyptien, Moustapha Hafez, et jordanien, Salah Moustapha, qui vont être victimes tous les deux du Mossad ; la mort de Roi Rotberg du village de Nahal Oz à la frontière de la bande de Gaza, qui a eu droit à une oraison funèbre de Moshe Dayan dont les habitants parlent encore aujourd’hui…

La description des événements est ponctuée des évolutions politiques en Égypte avec la prise du pouvoir par les militaires, et plus particulièrement Gamal Abdel Nasser, ou en Israël par le remplacement de David Ben Gourion par Moshe Sharett et le retour du « Vieux » … Chaque opération est marquée par des questionnements techniques, comme l’efficacité des enveloppes piégées, ou politiques, comme l’opportunité de tuer un officier supérieur d’un État souverain, le recours aux Juifs des pays arabes ou originaires de ceux-ci, l’embauche de Juifs occupant des postes sensibles dans des pays amis, avec le risque d’alimenter les soupçons de double allégeance.

Le légendaire Elie Cohen

Au détour des descriptions, on apprend que c’est le renseignement israélien qui a récupéré le rapport de Nikita Khrouchtchev au cours du XXème congrès du Parti communiste d’Union soviétique, présentant les crimes staliniens. La figure emblématique d’Isser Harel a eu l’intelligence de le transmettre à la CIA, ce qui a constitué le point de départ de la relation entre les deux agences. On comprend aussi « la stratégie de la périphérie » visant à établir des coopérations fortes avec des pays comme l’Iran ou la Turquie, et la constitution d’une alliance tripartite du renseignement, dénommée « Trident ». 

Le Mossad a acquis ses lettres de noblesse internationales avec l’enlèvement d’Adolf Eichmann, un des principaux architectes et protagonistes de la solution finale. L’opération « Dibbouk » a été supervisée par Isser Harel lui-même et exécutée par une équipe dirigée par Rafi Eitan, également impliqué dans la neutralisation des ingénieurs allemands intervenant dans le développement et la fabrication de missiles égyptiens. 

Mais la maison connait des soubresauts avec le départ d’Isser Harel et son remplacement par Meïr Amit, avant celui de David Ben Gourion qui a eu pour successeur Levi Eshkhol. On découvre l’implication de l’agence israélienne dans l’assassinat de Mehdi Ben Barka et l’intensité de la coopération avec le renseignement marocain ; cela a permis à Israël de poser des micros dans la salle qui a accueilli un sommet du monde arabe dont une des principales conclusions était la non-préparation des armées arabes à une guerre contre Israël. 

1965 a été une année noire pour le Mossad avec la capture d’Élie Cohen, et sa pendaison à Damas. Il a été le seul à se faire prendre. Un agent ne se considère pas être un espion ; il s’estime être un guerrier pour la défense du peuple juif. En Israël, la capture d’un agent est considérée comme un désastre national, et constitue une véritable obsession pour les responsables de l’agence. Ayant réussi à pénétrer les hautes sphères de l’État, à photographier toutes les installations militaires sur le Golan, à transmettre des informations dont les détails et précisions ont permis à Tsahal de conquérir le plateau en moins de 24h le 11 juin 1967, Élie Cohen restera un des plus grands espions de tous les temps.

Cette année constitue un autre repère avec la réapparition des attentats commis par les fédayins du Fatah de Yasser Arafat et d’autres groupes palestiniens. C’est le début du développement des actes terroristes, de par le monde et sur le territoire israélien (la ville de Maalot près de la frontière libanaise en 1974), des détournements d’avions (le vol El AL 426 en 1968, le vol TWA 840, les vols Pan AM Swissair TWA et BOAC vers la Jordanie) [tooltips content= »Le Roi Hussein de Jordanie va lancer son armée contre les Palestiniens sans aucune retenue, ce qui va entrainer la création du mouvement « septembre noir » »](3)[/tooltips], des relations des Palestiniens avec d’autres mouvements révolutionnaires (l’attentat de l’aéroport de Tel Aviv par trois Japonais). 

Les Israéliens vont de catastrophe en catastrophe découvrir la généralisation du mouvement national palestinien, et entrer dans un engrenage sans fin avec des représailles (Karameh, l’assassinat de dirigeants palestiniens dans leur domicile à Beyrouth) qui va contrarier des tentatives de négociations et empêcher l’émergence de toute solution politique.

La lutte sans merci entre Israéliens et Palestiniens atteint son paroxysme avec la mort des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich ; les Israéliens munis des « feuilles rouges » [tooltips content= »Chaque assassinat ciblé est l’objet d’un ordre écrit du Premier ministre qui peut décider seul ou après avoir consulté les membres d’un comité restreint. Les « feuilles rouges » n’ont pas une durée illimitée et doive nt être revalidées à l’occasion d’un changement de Premier ministre. Ce formalisme juridique a failli entrainer la suppression d’une opération au dernier moment parce que le Premier ministre faisait la sieste !« ](4)[/tooltips] du Premier ministre, Mme Golda Meir, vont conduire une traque sans fin pour éliminer un à un tous les auteurs de la prise d’otages.

Islam radical, Iran, intifadas…

Une fois passé l’exploit d’Entebbe qui remonte le moral de l’État juif au plus bas après les carences et les pertes de la guerre du Kippour, le pays retrouve l’engrenage de la lutte contre les Palestiniens. D’action terroriste en représailles, de représailles en vengeance terroriste, Israël va s’engager progressivement, mais inéluctablement, dans le piège libanais. De l’opération Litani à la première guerre du Liban, Israël a emporté une victoire sur les Palestiniens en les contraignant à s’exiler à Tunis. Mais ils vont attiser la résistance des Chiites libanais soutenus par les Gardiens de la Révolution, et les attentats entrainent de telles victimes qu’Israël finit par quitter le pays aux cèdres après avoir essayé de préserver une zone de sécurité avec l’aide d’une milice chrétienne ; un bourbier d’une quinzaine d’années. 

Dans le même temps, Israël doit faire face à l’Intifada qui va trouver une conclusion avec les Accords d’Oslo. Mais le processus de paix va vite dérailler avec la multiplication des attentats, la mort du Premier ministre Yitshak Rabin et la seconde intifada. 

Au cours des vingt dernières années, Israël a été confronté à de nombreux défis : l’islam radical ; la volonté iranienne de se doter de l’arme nucléaire, de propager sa révolution de par le Proche orient et le monde, et surtout de détruire Israël ; le renforcement du Hezbollah malgré une seconde guerre du Liban ; la prise du pouvoir à Gaza par le Hamas qui attaque régulièrement les civils israéliens… Vous découvrez le début de l’utilisation des drones pour réaliser ces attentats ciblés. Une lutte sans fin ? Une guerre de cent ans avec le monde islamique ?