Ce samedi, à Londres, ce sont au moins cent-cinquante mille personnes qui se sont rassemblées, qui se sont unies pour manifester leur opposition à la politique migratoire de leurs gouvernements successifs. Saura-t-on entendre ici le message envoyé de là-bas ? À quand chez nous semblable démonstration d’unité et de force ?
Déferlante humaine
La mobilisation a d’abord surpris par son ampleur. Fédérer autant de personnes osant braver les insultes, les accusations de dérives fascisantes, de compromission avec le pire du pire de la xénophobie et du racisme en dit long sur le degré d’exaspération où sont arrivées ces populations.
Seconde surprise : contrairement à ce à quoi nous pouvons assister chez nous, en France, lors de manifestations comme celle du 10 de ce mois, là-bas, de l’autre côté de la Manche, il n’est pas permis d’hésiter une seule seconde. C’est bien en Angleterre que nous nous trouvons et ce sont bien des Britanniques qui font entendre leur voix. On s’en rend compte immédiatement au vu des drapeaux flottant au vent. De l’Union Jack à perte de vue… Alors que chez nous, n’est-ce pas, un observateur plus ou moins pressé pourrait se méprendre et croire que les images transmises lui viennent de certaines douces contrées d’outre Méditerranée.
Déferlante humaine donc dans les rues de la capitale de Sa Majesté. Et, ici, dans nos journaux et médias, autre profusion, celle du label extrême droite méticuleusement, consciencieusement accolé à l’événement. Histoire qu’on ne se méprenne pas, qu’on sache bien que cette foule brandissant son drapeau ne saurait être que quelque chose comme la lie du genre humain.
La palme dans ce registre revient probablement au quotidien Ouest-France dans sa livraison de ce lundi : « Avec sa manifestation géante à Londres, l’extrême droite britannique impose son récit anti-migrants » titre le journal.
On peut difficilement faire plus et mieux dans l’expression journalistique du mépris des peuples. Ainsi, selon ce titre, les dizaines de milliers de manifestants, venus de tout le pays, ne seraient au fond qu’un conglomérat de minus habens, de connards profonds, d’attardés mentaux à qui une improbable engeance diabolico-fasciste d’extrême droite aurait réussi à imposer – non pas la prise de conscience d’une réalité vécue et objectivement observable – mais un récit. Une fiction, une fable, un délire.
Philippe de Villiers à la manœuvre de ce côté de la Manche
De plus, il ne semble pas que le mot « migrants » dans anti-migrants ait été choisi par hasard. Il s’agit probablement de laisser entendre que la protestation, le combat de ces gens est dirigé non pas contre un fait de société, l’immigration, mais contre des êtres humains, contre l’infortuné migrant de chair et d’os. Cela présente l’insigne avantage, dans la vision du politiquement correct, de transformer une expression collective d’exaspération en un abject soulèvement de haine. Beau boulot…
Par chance, nous avons quand même droit dans ce titre à un accent de vérité. À contre-cœur sans doute, la manifestation y est qualifiée de géante. Ce qu’elle a été.
D’où cette question : à partir de quel seuil de mobilisation populaire ce que clame une foule unie, rassemblée, solidaire, mérite d’être qualifié de vox populi ? On aimerait avoir quelques précisions là-dessus.
Or, en fait, la meilleure façon de liquider la question – en même temps que le problème, peut-être bien – serait d’appeler les populations à exprimer leur opinion par référendum. Ce que propose ces jours-ci, chez nous, une pétition initiée notamment par Philippe de Villiers. Avec quelque succès, croit-on savoir, encore que les médias de référence se fassent des plus discrets sur ce point…
Depuis trente ans, la France vit sous un double mensonge: celui des mots et celui de la facture. Les mots, soigneusement choisis, servent à masquer la réalité des violences. La facture, elle, est toujours présentée au contribuable français, sommé de réparer les dégâts, de financer la paix sociale, et, plus récemment, de payer même pour sa propre criminalisation lorsqu’il ose nommer ce qu’il voit.
Sur les réseaux sociaux, deux slogans très populaires à droite résument cette impasse depuis quelques jours : « Tout le monde sait », quand les élites parlent de « jeunes » ou de « déséquilibrés ». « C’est Nicolas qui paye », quand le contribuable règle la note de ce déni collectif.
La fabrique du « jeune »
En 1997, un rapport des Renseignements Généraux recense 724 meneurs de violences urbaines. Officiellement, 406 sont « Français ». Mais seuls 48 portent un prénom et un nom de consonance européenne. La grande majorité est issue de l’immigration récente. Plutôt que de parler d’assimilation, on gomme les origines et on invente un mot magique : « les jeunes ». D’un coup, tout se confond : le délinquant devient adolescent ordinaire, l’émeute se réduit à un « malaise social ». Face à ce tour de passe-passe, la réaction populaire est immédiate : Tout le monde sait.
Les quartiers à l’épreuve des faits
Cette surreprésentation ne date pas d’hier. Entre 1991 et 2000, Lucienne Bui-Trong, spécialiste des violences urbaines au ministère de l’Intérieur, a étudié en détail les « quartiers difficiles ». Ses constats sont implacables. En 1993, sur 244 quartiers très difficiles analysés : • Trois seulement abritaient moins de 10 % d’étrangers, • 42 en comptaient entre 10 et 15 %, • 62 en comptaient entre 16 et 25 %, • et 137 dépassaient 26 %. À l’inverse, beaucoup de quartiers défavorisés de la « France profonde », marqués par un chômage massif et des conditions de vie plus dramatiques qu’en banlieue parisienne ou lyonnaise, mais sans forte présence étrangère, ne présentent aucune violence urbaine. Même la petite délinquance y est faible. Dans le Pas-de-Calais, 18 quartiers pourtant classés DSQ (Développement social des quartiers) ne connaissent aucun phénomène d’émeutes. La différence saute aux yeux : la pauvreté seule n’explique rien. La jeunesse française de souche est bien présente dans certains phénomènes de bandes, mais reste très nettement minoritaire (5 à 10 %), et surtout cantonnée au hooliganisme dans les stades, pas aux violences de quartier.
Quinze ans plus tard, la clinique pédopsychiatrique vient confirmer ce que les chiffres de police laissaient deviner. En 2012, Maurice Berger, pédopsychiatre reconnu, observe que près de 60 % des enfants pris en charge dans son unité d’hospitalisation à temps complet pour comportements extrêmement violents sont d’origine maghrébine. Dans un Centre Éducatif Renforcé avec lequel il collabore, dirigé par un Franco-Maghrébin, la proportion atteint même 88 %. Et ce n’était pas une découverte isolée. Dès 2001, Patrick Huerre, autre pédopsychiatre, avait étudié 52 jeunes reçus en expertise pour viol ou agression sexuelle en réunion : plus de la moitié étaient d’origine maghrébine, la plupart nés en France. Ces constats, répétés et convergents, dessinent une même constante. Mais le discours officiel continue de s’abriter derrière l’euphémisme.
Kevin, Matteo et les supporters anglais
En 2023, après la mort de Nahel, la France connaît une vague d’émeutes d’une ampleur inédite. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, insiste alors sur la présence de « Kevin » et de « Matteo » parmi les interpellés. Message implicite : la violence serait universelle, elle n’aurait pas d’origine particulière. Un an plus tôt, il avait déjà usé de la même méthode lors du chaos du Stade de France : il accusa les supporters anglais d’avoir provoqué les incidents. Les images et témoignages ont vite démontré le contraire. Plus tard, M. Darmanin dut admettre son erreur, provoquant une crise diplomatique avec le Royaume-Uni. Toujours la même logique : désigner des coupables neutres, effacer la question de l’origine, maintenir la fiction républicaine. Mais face aux vidéos, aux récits, aux réalités vécues, la réaction reste la même : Tout le monde sait.
Les politiques de l’aveuglement
Pendant ce temps, les gouvernements multiplient les dispositifs : ZEP, emplois-jeunes, politique de la ville. Des milliards d’euros sont investis pour acheter la paix sociale. Mais les causes culturelles ne sont jamais nommées. Résultat : les symptômes s’aggravent. Les émeutes reviennent, plus violentes, plus destructrices. Ce ne sont pas les émeutiers qui payent. Ni leurs familles. Ni leurs quartiers. C’est toujours le contribuable.
Du tribalisme au double pouvoir : imam et caïd
Dans ce terreau prospère une logique importée : le tribalisme, où prévaut la loi du clan. De là naissent deux dynamiques complémentaires : • l’islam politique, qui transforme le clan en communauté religieuse, • les narco-caïds, qui assoient leur pouvoir sur cette base familiale et communautaire. Le caïd n’est pas seulement un trafiquant. Il agit comme le chef d’un réseau social parallèle : il finance des commerces communautaires, prête de l’argent, offre des fournitures scolaires, installe l’été de grandes piscines pour les enfants. Il apparaît comme un « grand frère » protecteur, mais en réalité il achète loyautés et dettes, verrouille le quartier par la peur. Face à lui, l’imam militant prêche la rigueur religieuse, recrée la communauté autour de la mosquée. Rivaux en apparence, ils se rejoignent souvent : l’un blanchit son image en finançant, l’autre ferme les yeux sur le trafic. Et l’État ? Absent. Ou présent seulement pour arroser d’argent les associations, rénover les barres d’immeubles, fermer les yeux sur l’islamisme et sur les trafics. Encore une fois : C’est Nicolas qui paye.
Le pouvoir républicain croit incarner la tolérance et la pédagogie. Mais pour ceux qui viennent de sociétés marquées par le rapport de force, cette douceur n’est pas perçue comme de la générosité : elle est perçue comme de la faiblesse. Là où seule la fermeté impose le respect, la République déroule un tapis rouge victimaire : subventions, excuses, compassion. Là où il faudrait une réponse judiciaire et pénale claire, elle oppose le laxisme. Résultat : loin d’apaiser, ce climat incite les islamistes et les caïds à aller toujours plus loin.
La boucle est bouclée : médias, justice, politiques
Mais le système ne se contente pas d’acheter la paix sociale. Il criminalise ceux qui osent parler. Les médias publics — France Télévisions, France Inter, Arte — traquent la parole jugée « déviante ». Les associations antiracistes, subventionnées, se portent partie civile. Et la 17ᵉ chambre correctionnelle condamne le citoyen qui n’a fait que dire ce que tout le monde voit. Pendant ce temps, les caïds et les islamistes prospèrent. Ils sont présentés comme des victimes, par une partie de la justice, par certains médias, et même par des politiques. De la France Insoumise à une partie de la Macronie, le récit est identique : le délinquant serait avant tout la victime d’une France raciste et coloniale. Tout fonctionne à l’envers : Les violents deviennent victimes. Les victimes deviennent coupables. Et c’est encore Nicolas qui paie.
Conclusion : la double formule populaire
Le système tourne en boucle sur lui-même : L’État masque. Les médias relaient. Les associations dénoncent. La justice condamne. Les politiques excusent. Et Nicolas paie — pour tout. Tout le monde sait. C’est toujours Nicolas qui paye.
Plus de trente ans après son dévoilement, la pièce de Yasmina Reza fait un triomphe en ce moment au Théâtre Montparnasse (depuis le 27 août) avec un trio d’acteurs convaincants et désenchantés, lui apportant une nouvelle once d’humanité…
« Art » est un œuf. Rond. Plein. Blanc en apparence, zébré d’un jaune amer et d’une grisaille granuleuse. Au dialogue coruscant. À la mécanique pernicieuse qui s’infiltre et qui jubile. Derviche tourneur des planches. Mais surtout, une déclaration d’amour au plaisir du jeu. Peut-être n’avions-nous pas vu, il y a 31 ans, en 1994, ce plaisir méchant et gamin des réparties, ce chahut de cour de récréation ? Nous avions à cette époque sentencieuse disserté sur les vertus de la vérité, sur la ligne de flottaison d’une amitié qui vacille au fil des années, sur les caractères enchâssés, sur l’incommunicabilité entre l’être profond et son entourage le plus proche. Nous étions sérieux et bavards, en ce temps-là. Plus élitistes qu’instinctifs. Nous croyions alors aux idées générales. La distribution étincelante, Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini, presque trop sophistiquée, à l’efficacité éprouvée, nous avait laissé, en mémoire, une impression de brio. Une guerre des égos. Une cavalcade où chaque acteur pouvait tirer sur la corde de son talent sans se faire prier, ruer dans les strapontins avec rage. Quelle fantasia ! Ces trois-là mettaient le paquet. Ils ne connaissaient pas la demi-mesure et ne ménagèrent pas leur peine. « Art » fut leur meilleure carte de visite en cette fin de siècle.
Nous n’avions vu que le ping-pong verbal presque trop aristocratique pour être vrai, la joute assurément destructrice, moins la misère de l’Homme, moins les silences, moins les fêlures. Nous étions fascinés par leurs accélérations, leur éclat et leur virtuosité, moins par la détresse de leurs personnages. En 2025, le texte de Yasmina Reza est toujours-là. Le même séquençage cabot et diabolique. Le texte n’a pas bougé. Perfide, implacable, gorgé de railleries et de pauses ridicules, on le savoure, on le roule dans nos bouches, on lui reconnaît sa force anticipatrice. Car Yasmine Reza avait tout lu et vu de nos débords contemporains. Elle aura été notre sismographe et notre vulcanologue. « Art » annonçait les chaos mentaux à venir. Les réactions et les illuminations. Dans ces années molles où la mondialisation heureuse devait régler tous nos problèmes, la pièce fracturait nos mensonges. C’est pourquoi elle fut jouée et traduite dans le monde entier. Elle demeure une borne du théâtre français. Constamment mise en scène, elle a accompagné les interrogations du public. Elle fut notre miroir à peine déformé des trente dernières années. Avec « Art », on fait le point avec soi-même, avec sa fatuité et ses illusions perdues. L’annonce d’une nouvelle distribution a rempli le Théâtre Montparnasse dès l’été. Rarement, on a vu un tel attroupement joyeux, rue de la Gaîté, une telle envie de théâtre « populaire », de sortir un samedi soir et d’oublier nos lamentations permanentes. « Art » est un classique comme « Le Corniaud ».
On croit en avoir fait le tour, et la pièce nous cueille par ses strates empilées, son écho intérieur, sa musique brisée. Le tableau n’a pas bougé, il est presque blanc. Serge (Olivier Broche), dermatologue accompli, en est toujours l’heureux propriétaire. Marc (François Morel), l’ingénieur aéronautique au dogmatisme incorrect, n’admet toujours pas cet achat inconsidéré et Yvan (Olivier Saladin), homme lige du textile passé à la papeterie, est l’élément neutre, « fluide », souffre-douleur et donc central de cette algarade amicale. Le public se lève à la fin de bon cœur pour applaudir à tout rompre. Ce soir-là, Bruno Lochet et Philippe Duquesne, les vieux camarades du petit écran, les inséparables de Jérôme Deschamps, n’ont pas raté la prestation de leurs trois copains. Il faut avouer que ces trois-là ont du mordant et du métier. Morel excelle dans la misanthropie, lui qui joue souvent les bonnes pâtes, il a la brutalité du rôle, son absolutisme délirant. Broche est royal en marquis pédant et raisonneur. Tandis que les deux amis s’affrontent, se mesurent, se repoussent, Saladin lunaire, tendre, remporte le morceau par son numéro à la Bourvil. Le vilain petit canard a toujours les faveurs de la majorité. Ces trois-là, vu le succès des premières représentations, vont jouer longtemps. Tant mieux, l’hiver sera plus doux.
Alors que les Qataris ont investi des fortunes dans le PSG depuis 2010, le Paris FC est sponsorisé par le Bahreïn. Les deux équipes s’affronteront en Ligue 1 début janvier.
« Derby », anglicisme pour un match de foot qui oppose deux clubs d’une même ville. À Paris, telle confrontation remonte au siècle dernier avec un PSG-Racing disputé le 25 février 1990. Depuis, que dalle, le PSG étant la seule équipe de la capitale à évoluer en Ligue 1, l’élite française… La nouvelle saison (qui a débuté le 15 août) va pourtant ressusciter le passé : le Paris FC ayant accédé à l’élite, il y aura derby (avec un match aller programmé le 4 janvier) !
Mais sous le pont Mirabeau la Seine a beaucoup coulé, et si Paris fluctuat nec mergitur, c’est dans le Golfe persique. Si un spectateur de février 1990 avait été plongé dans le coma, il serait surpris aujourd’hui de se réveiller au pays des mille et une nuits…
En 1990, le Racing s’appelait Matra-Racing, référence à son propriétaire, le capitaine d’industrie Jean-Luc Lagardère ; et le PSG, dirigé par le publicitaire Francis Borelli, qui succédait à son ami le couturier Daniel Hechter, était soutenu par RTL.
35 ans plus tard, le PSG appartient au Qatar et si le Paris FC a été récemment racheté par le groupe Arnault, son sponsor principal demeure le… Bahreïn, État insulaire qui fait face au Qatar, géographiquement et diplomatiquement, car dans le Golfe on se jalouse beaucoup. Les joueurs du PSG portent ainsi un maillot « Qatar Airways » et ceux du Paris FC, un maillot « Bahrain Victorious ». Seul point commun, les deux clubs arborent un écusson avec la tour Eiffel, à ne pas confondre avec un minaret.
Depuis une vingtaine d’années, ces pays investissent dans le sport pour donner une image moderne et dynamique de l’islam mais développée, la photo est souvent voilée. À Paris, on retrouve donc l’émir Al Thani, boss du PSG, avec pour lui donner la réplique le roi Al Khalifa, parrain du Paris FC, les deux ayant choisi la Ville lumière pour briller. Ils songent même à racheter le stade de la porte de Saint-Cloud (propriété de la mairie) qui deviendrait ainsi le Parc des princes arabes…
La réforme Affelnet, qui a injecté quelques centaines d’élèves méritants issus de classes et de lycées non privilégiés dans le haut du panier scolaire parisien, n’est décidément pas passée. Ses contempteurs, usent de n’importe quel prétexte pour la discréditer — et réserver aux classes bourgeoises résidant dans les beaux quartiers de la capitale les places qui leur sont dues par droit de naissance. Notre chroniqueur s’en amuse et s’en attriste à la fois.
Un illustrissimo fachino, comme on disait à l’époque de Mazarin, un certain Jean-Yves Chevalier, prof de maths à la retraite, vient de bondir, dans les colonnes de Marianne, sur les derniers résultats du Concours général pour fustiger à nouveau le système Affelnet, selon lui responsable de la dégringolade du lycée Henri-IV.
Jean-Yves Chevalier, au tableau !
C’est un multi-récidiviste : comme disait Audiard, non seulement ça ose tout, mais ça persévère.
Evaluons le scandâââle : cette année le lycée favori des bobos du Ve arrondissement n’a eu aucun reçu au Concours général. Preuve, selon ce Monsieur Chevalier, de l’effet pervers de la réforme Affelnet, qui a modulé le vieux privilège de ce lycée consistant à choisir ses élèves à l’entrée en Seconde, en lui imposant quelques élèves venus d’ailleurs — comprenez : de lycées périphériques où les parents ne sont décidément pas des CSP++. Tout le monde sait que les pauvres, ça pue. Et c’est nul.
Quelques poignées de banlieusards suffisent-elles à faire vaciller l’empire de l’élitisme républicain ?
Permettez-moi de rappeler ce que j’écrivais il y a deux ans au tout début de L’Ecole à deux vitesses :
« Si vous pensez que les riches sont plus intelligents que les pauvres, ce livre n’est pas pour vous. « Si vous croyez que le fait d’être logé dans un appartement à 13 000 € le m2 conforte votre intellect, ce livre n’est pas pour vous non plus — ni pour l’agent immobilier qui vous a vendu votre trois-pièces surpayé sous prétexte que vous aviez l’eau sur l’évier et Henri-IV sous vos fenêtres. « Si vous pensez sérieusement que quelques « fils et filles de » pourris-gâtés, scolarisés dans telle ou telle école privée à la réputation surfaite, suffiront pour sauver la France de la décadence dans un premier temps, et de l’asservissement bientôt, en laissant dans le fossé 90% du potentiel intellectuel du pays, ce livre n’est vraiment pas pour vous. « Et si vous estimez que votre progéniture a hérité de vos capacités, et que le fait qu’elle soit insupportable en classe et récolte des notes exécrables est la preuve qu’elle dispose d’un Haut Potentiel Intellectuel, passez votre chemin. Ou offrez-vous, sur la pile à côté, l’intégrale des œuvres de Philippe Meirieu. »
Qu’un mathématicien s’appuie sur les chiffres du Concours général (créé sous l’Ancien Régime, il concerne chaque année quelques poignées d’élèves sur 20 000 candidats pour toute la France) est confondant. Comme ce concours est accessible aux élèves de Première et de Terminale, ce sont 450 lauréats (en comptant les prix et les accessits) sur 1,4 million d’élèves qui seront reçus par le président de la République — apte, comme chacun sait, à distinguer l’excellence.
N’importe qui — sauf les matheux, apparemment — comprendra qu’un tel échantillon n’est en rien représentatif de l’excellence scolaire. Une si faible « cohorte », pour parler comme les statisticiens, qui n’a d’autre unité que de sortir globalement de la cuisse de Jupiter, n’a aucune représentativité.
Parce que l’excellence n’est pas dans cet osmazôme scolaire (l’osmazôme, pour ceux qui ne s’intéressent pas à la cuisine, est le nom donné par le chimiste Louis-Jacques Thénard, au XIXe siècle, à l’extrait ultime de viande, ce concentré sublime dont un Allemand tirera le bouillon Liebig). L’élitisme républicain consiste à donner à tous la même formation initiale (en Primaire), puis à décanter lentement, par un système de filières et de sélection, les meilleurs élèves, en poussant chacun au plus haut de ses capacités. Quelles qu’elles soient, et pas forcément dans les disciplines classiques.
C’est ce mécanisme vertueux que le collège unique du duo infernal Haby / Giscard a mis à mal. La gauche, qui à l’époque avait encore le souci de l’école, s’y était fermement opposée. Aujourd’hui, elle hurle si l’on parle de reconstituer des classes de niveau — autre preuve du fait qu’elle a viré de 180° sur toutes les questions souveraines. Afin d’accueillir au plus mal des dizaines de milliers d’enfants étrangers baragouinant un français approximatif, elle a sacrifié nos propres enfants. On veillera à ne pas le lui pardonner.
Tartuffes
D’autant que ces grandes intelligences n’oublient pas leurs enfants, et à force de dérogations et d’arguments péremptoires (« Moi, c’est pas pareil »), ou tout simplement parce qu’ils sont de gauche mais logent dans des quartiers et des villes de riches, les inscrivent dans les « bons » lycées. Privés ou publics, leur sens de la laïcité, déjà très menacé par leurs partis-pris idéologiques, s’effrite complètement devant leurs intérêts familiaux bien compris. Demandez à tous les gens de gauche, surtout ceux qui sont des institutionnels du boboïsme, dans quel établissement ils ont inscrit leur progéniture. Raphaël Glucksmann, par exemple, est passé du collège-lycée Lamartine, dans le IXe, aux prépas du lycée Henri-IV. Et non, il n’est pas allé s’encanailler à Paul-Valéry…
C’est ainsi qu’un fils à papa (André Glucksmann, « nouveau philosophe, sort du prestigieux lycée du Parc à Lyon) devient une grande conscience de gauche.
L’élitisme républicain, n’en déplaise à ces tartuffes, consiste à aller chercher dans toutes les strates de la société toutes les intelligences en devenir. J’ai expliqué cent fois qu’il faudrait opérer des détections précoces et au besoin instruire ces enfants loin de leurs familles, dans des internats d’excellence dont la multiplication est une nécessité. Mais en 2012, l’équipe de François Hollande (pur produit, ma chère, du pensionnat privé Jean-Baptiste de la Salle à Rouen, puis du lycée Pasteur à Neuilly) n’a eu d’autre urgence que d’annihiler les établissements que les équipes de Xavier Darcos et Luc Chatel avaient mis en place : là aussi, il est significatif que ce soient des ministres de droite qui aient conçu la nécessité de restaurer l’élitisme républicain, pendant que la gauche se vautrait dans l’universalisme de la racaille et l’intersectionnalité des luttes.
Ce n’est pas parce que Henri-IV, l’année dernière, n’a pas eu d’élèves primés, et que Stanislas a caracolé en tête des résultats au Concours général, qu’un système scolaire s’effondre. C’est parce que des enseignants, paupérisés mais obnubilés par la volonté de servir leurs maîtres de grande bourgeoisie, ont négligé des enfants qui pouvaient emprunter l’escalier scolaire pour sortir de leur condition. Et écrivent au besoin des insanités sur la chance que l’on a donnée à ces va-nu-pieds et qu’ils n’ont pas voulu exploiter.
« La Grande-Bretagne s’est enfin réveillée. Le patriotisme et les frontières sont l’avenir » a déclaré le militant controversé Tommy Robinson, lors du raz de marée nationaliste de Londres samedi dernier. Alors que les spéculations sur le profil du suspect du meurtre de Charlie Kirk vont bon train en Amérique, sa veuve a déclaré « Vous n’avez aucune idée du feu que vous avez allumé ». Partout en Occident, les auto-proclamés humanistes et antiracistes perdent du terrain.
Tyler Robinson, suspecté du meurtre de l’influenceur Charlie Kirk. DR.
Panique à gauche ! Les rappels à l’ordre des « humanistes » et des « antiracistes » n’intimident plus. La nazification des nationaux connait son effet boomerang. Derrière les postures progressistes, apparaissent les débordements de haines, d’intolérances. Les « antifas » sont les fascistes. C’est un antifasciste revendiqué, qui vivait en couple avec un transsexuel, qui a tué par balle l’Américain Charlie Kirk, 31 ans, le 10 septembre. L’influenceur conservateur et soutien de Donald Trump débattait devant 3000 personnes sur le campus universitaire de l’Utah. Présenté en France, par les médias de gauche et les dénonciateurs sur X, comme « influenceur conspi d’extrême droite », Kirk avait construit sa renommée sur le dialogue avec ses contradicteurs. « Prove me wrong » (« Prouvez-moi que j’ai tort ») était son slogan. Mais le système a décrété la victime indéfendable. Au parlement européen, la minute de silence n’a été respectée ni par la gauche ni par le centre. Pour la bien-pensance mondialiste, Kirk aurait récolté ce qu’il avait semé, en défendant son pays et la liberté de débattre. Après son assassinat, Le Monde a titré : « Les trumpistes crient vengeance ». En réalité, Kirk était non-violent. En revanche, en février 2017, l’animateur Laurent Ruquier avait appelé à « abattre » Trump, ce « gros blanc ». En janvier 2025, l’acteur Jacques Weber, parlant du même Trump, justifiait de « supprimer littéralement » l’ « ordure absolue ». Le 10 septembre, l’extrême gauche a montré son basculement totalitaire en faisant de « Bloquons tout ! » une démonstration de violences sous drapeaux palestiniens.
Le monde des faux gentils, dénoncé par votre serviteur il y a 20 ans[1], s’effondre. Les corruptions morales du camp du Bien s’étalent, y compris à travers le militantisme de l’audiovisuel public confirmé par l’affaire Legrand-Cohen. Les accusations en « racisme », « populisme », « xénophobie », « islamophobie » n’ont servi, depuis 40 ans, qu’à interdire la critique de l’immigration de masse et de l’islam colonisateur. Les antiracistes, bouleversés en 2020 par la mort de George Floyd, Noir étouffé par un policier blanc, n’ont toujours rien dit de l’insoutenable meurtre, filmé, de la jeune Ukrainienne Iryna Zarutska, égorgée dans un tramway en Caroline du nord (États-Unis) par un Afro-américain qui a proclamé : « J’ai eu la fille blanche ! ». Ce crime, commis le 22 août, n’a été révélé que le 7 septembre.
Les faux humanistes défendent un monde qu’ils ont rendu invivable. Hier, à Londres, des centaines de milliers de personnes ont répondu à l’appel du pestiféré Tommy Robinson. Leur mot d’ordre : « Retrouver notre pays ». La pétition de Philippe de Villiers, lancée le 6 septembre pour réclamer un référendum sur l’immigration, a déjà récolté près de 850.000 signatures. Les mobilisations de Florian Philippot (Les Patriotes) mobilisent à chaque fois un noyau dur de résistants. La colère se libère. Elle ne se laissera plus calomnier par les charlatans du moralisme.
Le romancier Julien Aime (né en 1983, il est notamment l’auteur de Les chats ont neuf vies, moi j’en aurai deux, et d’autres livres qui ont connu un vif succès) ne manque pas d’aplomb : dans son dernier roman, Le jeu du bonheur a commencé comme ça, il se met dans la peau de trois femmes. Et pas n’importe quelles femmes : de beaux tempéraments, de sacrées espiègles, indépendantes, libres et audacieuses. Elles se prénomment Sarah, Marie et Karine. Pour fêter le divorce de la première, les deux autres l’entraînent au Pays basque, à Bayonne, au même endroit où, vingt ans plus tôt, elles ont arrosé leur baccalauréat. Tout ça pourrait sembler banal, sauf que nos trois filles décident de s’adonner à un jeu : ne rien retenir, ne dire aux gens que la vérité, rien que la vérité, même si celle-ci peut blesser. En un mot : elles seront elles-mêmes quoi qu’il en coûtera. « Ça passe ou ça casse… » Elles ne réfrèneront rien, aucune idée, aucune pulsion, aucun désir. Elles diront ce qu’elles pensent à leur mari, leur amant, leurs voisins, leur famille, leur patron… Ça va chauffer !
« Pas un utérus sur pattes ! »
Et nos trois adolescentes-quadragénaires font ce qu’elles ont prévu. Ce n’est pas triste. Ainsi, elles appliquent cette citation de Gisèle Halimi: « Soyez égoïstes ! Ce mot vous surprend ? Tant pis. Les femmes ont trop souvent le sentiment que leur bien-être doit passer après celui des autres, les parents, les enfants, les compagnons. Pensez enfin à vous. Devenez prioritaires. »
Elles se révoltent, luttent contre le patriarcat et ses conséquences. Karine fait référence à une autre citation de Gisèle Halimi : « Un homme se définit, existe, se réalise par son travail, par sa création, par l’insertion qu’il a dans le monde social. Une femme, elle, ne se définit que par l’homme qu’elle a épousé et les enfants qu’elle a eus. » Ce à quoi, elle répond : « Je ne suis pas un utérus sur pattes. Je tiens trop à mes grasses mat’ le week-end. Et je veux pouvoir sortir, voyager quand je veux, sur un coup de tête, quand ça me chante. »
Sarah ne se remet pas de la rupture avec son mari Alexandre. D’autant que son fils Gabriel, cinq ans, ressemble à son père comme deux larmes de fiel : « Je ne suis pas une mère, je suis une photocopieuse. J’ai enfanté la copie conforme d’un enfoiré de première. L’enfer ! »
Marie, la narratrice, en a assez d’être la bonniche du foyer ; elle le fait savoir à Guillaume, son époux qui ne comprend pas, s’étonne. Dans son emploi, il en va de même. Son patron, Philippe, ne cesse de l’humilier, de la charger de tâches insurmontables. Elle l’interpelle quand celui-ci s’est trompé au cours d’une importante réunion où se trouvent des décideurs tout aussi importants. D’abord, il nie. Puis finit par reconnaître son erreur. Marie a rompu le silence ; elle a refusé d’être une potiche. Une belle victoire ! Le féminisme concret comme on l’aime.
Ce livre, très ancré dans la société actuelle, fait sourire, fait rire, mais il fait surtout réfléchir. En cela, il est réussi.
Le jeu du bonheur a commencé comme ça, Julien Aime ; Eyrolles ; 390 pages.
Composition du nouveau gouvernement. Notre chroniqueur s’inquiète de l’éventuelle reconduite de M. Barrot aux Affaires étrangères.
Il y a tellement de spécialistes de la politique profonde, de politologues distingués et compétents, de pronostiqueurs infaillibles jusqu’au prochain démenti, que je n’ai aucun scrupule à me livrer à une analyse de bas niveau : espérer un changement dans la composition du gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Je devine déjà les reproches qui me seront faits. Celui, d’abord, de privilégier une personnalisation vulgaire au détriment d’une politique de fond. Ma naïveté sera moquée : s’imaginer qu’avoir des ministres compétents et courageux est utile, et que rien ne sert d’élaborer un excellent projet si ceux chargés de le mettre en œuvre ne sont pas à la hauteur !
Mon inquiétude a surgi le 14 septembre en lisant La Tribune Dimanche, qui laissait entendre que, si Bruno Retailleau et Gérald Darmanin seraient reconduits pour le meilleur — une annonce qui, si elle devait être démentie, reviendrait à décourager le citoyen privé d’un exceptionnel duo régalien, seule véritable embellie de ces derniers mois -, Jean-Noël Barrot, notre ministre des Affaires étrangères, lui, le serait également, mais pour le pire.
La personnalité très estimable de ce dernier, dont j’ai bien connu le père, n’est pas en cause. On peut avoir, sur le plan humain, d’indéniables qualités mais n’être absolument pas fait pour une fonction à la fois prestigieuse et redoutable, même si le président de la République donne toujours le « la » en la matière. Qu’on le veuille ou non, ce ministre n’a cessé d’incarner une image dégradante de la faiblesse et du déclin de la France, à cause de propos semblant toujours en décalage avec les réalités internationales et d’une action apparemment frileuse là où le pays attendrait de la résolution, des gestes forts, en tout cas un vigoureux soutien aux collègues ministres usant d’une volonté de résistance plus affirmée.
Jean-Noël Barrot est le parfait exemple, si j’ose dire, de la caricature du monde diplomatique plus soucieux de litotes et de mesure que d’énergie pour défendre la cause nationale. Les rapports avec l’Algérie, notamment au sujet du sort tragique de Boualem Sansal, constituent l’exemple calamiteux de cette dénaturation de la diplomatie en soumission.
Il serait contre-productif, dans la crise profonde et inédite que subit la France, de ne pas modifier radicalement la composition du gouvernement : certains ministres n’ont jamais franchi le mur du son et d’autres ont démérité.
Je suis prêt à accueillir l’ironie avec laquelle on traitera mes propositions. Il convient évidemment de remplacer Élisabeth Borne : nous avons eu, durant six mois, un ministre de l’Éducation nationale qui avait fait bouger les lignes, pas seulement avec la suppression de l’abaya. Pourquoi ne pas laisser Gabriel Attal compléter et achever ce travail ?
À la Défense, un Républicain de haut niveau, Jean-Louis Thiériot, serait irréprochable. À la Santé, ce n’est pas parce que Philippe Juvin serait évidemment le meilleur à ce poste qu’il faudrait s’en priver !
Il serait pertinent de remettre au côté de Bruno Retailleau « un ministre du quotidien » : c’était une initiative intelligente. Il y a le global, le structurel, la politique d’ensemble mais aussi l’immédiateté et les mille soucis, traumatismes et offenses engendrés par une insécurité qui empoisonne des existences n’aspirant qu’à la tranquillité, désireuses de la protection de leurs personnes et de leurs biens.
Le gouvernement de Sébastien Lecornu est attendu avec impatience : s’il y a un lieu où la radicalité est possible, c’est bien celui-là.
Être ministre ne peut pas être la seule activité vous laissant à l’abri de tout, bon ou mauvais.
Et, coup de chance, on a enfin trouvé ce qui a longtemps manqué : une porte-parole exemplaire pour le fond comme pour la forme, Sophie Primas.
Quel bonheur d’être Premier ministre, pour consacrer les meilleurs et exclure les pires !
Le multirécidiviste Didier Laroche, 59 ans, n’aurait pas du être remis en liberté par la justice, estiment hallucinés les habitants de la ville de Vivonne où résidait la malheureuse Agathe Hilairet.
Le 12 septembre, sur BFM TV, dans une émission de débat intitulée « La Dispute », deux avocats ont dialogué au sujet de l’affaire criminelle dont a été victime Agathe Hilairet le 10 avril dernier, de l’auteur présumé de cet enlèvement puis du meurtrier Didier Laroche et, plus généralement, « du difficile suivi des condamnés pour viol » (Le Parisien).
Tragique récidive
Même s’il n’y a pas de preuve, pour l’instant, de la présence ou de l’absence de violences sexuelles, le parcours judiciaire de Bruno Laroche et l’exécution des sanctions qui ont été édictées à son encontre ne peuvent que conduire à s’interroger sur la pertinence des échanges entre ces deux conseils à peu près accordés sur le fait que la justice n’est pas responsable, que les crimes sexuels sont imprévisibles et qu’en définitive, les polémiques au sujet de la trajectoire de Didier Laroche seraient inutiles.
Je crois exactement l’inverse.
En 2003, l’avocat général qui avait requis contre Didier Laroche, pour une double agression sexuelle, devant la cour d’assises de Riom (63), avait déclaré à son sujet « qu’il est un homme dangereux, qu’il recommencerait ». Ce qui s’est tragiquement avéré.
En 2004, en appel, pour viol avec arme, il est condamné à trente ans de réclusion criminelle dont vingt ans de sûreté.
Vingt ans plus tard, Laroche se retrouve à Casabianda (Corse) – ce centre de détention sans murs – où le régime pénitentiaire est souple. En avril 2024, il a été libéré sur décision du juge de l’application des peines de Bastia, malgré l’opposition formelle des parties civiles et les conclusions d’un expert psychiatre qui jugeait « incertaine sa curabilité ». On connaît la suite.
Si on remonte en amont, à l’âge de 29 ans, il a été condamné à douze ans de réclusion pour le viol d’une joggeuse. En 1999, il a bénéficié d’une permission de sortie durant laquelle il a agressé à nouveau une joggeuse.
Sorti de prison en 2000, il a été à nouveau arrêté en 2001 pour viol avec arme sur une jeune femme de 24 ans.
Calamité
De cette histoire criminelle répétitive et rendue confuse par une exécution des peines calamiteuse, inspirée par l’optimisme à l’égard d’un Laroche « récupérable » et « réinsérable », comment ne pas s’indigner d’abord du fait qu’aucune des sanctions n’a été purgée intégralement ?
Contrairement à ce qui avait pu être affirmé dans « La Dispute », il était non seulement facile mais élémentaire, en raison de l’histoire criminelle de Laroche gangrenée par d’atroces similitudes, de prévoir que cet homme était enfermé dans un système où il serait inéluctablement coupable de crimes sexuels et victime de ses pulsions terrifiantes. La conclusion à en tirer était de récuser un humanisme béat et de refuser une générosité et un laxisme dont la société allait payer le prix.
C’est ce qui s’est produit. Il est essentiel, pour conforter cette argumentation, de souligner que, soumis à une surveillance judiciaire à Vivonne (86), après sa sortie de Casabianda, moins d’un an après, il a commis le pire sur la malheureuse Agathe Hilairet.
Non seulement la criminalité sexuelle est singulière parce que, sauf miracle, le condamné récidive, mais dans les intervalles du contrôle qu’il peut apparemment respecter, il s’abandonne au pire de ses pulsions.
Il me semble que ce n’est pas instrumentaliser l’horreur que de considérer que, pour la faire cesser et éviter qu’elle se reproduise jour après jour, il faudra radicalement changer notre logiciel : l’État de droit n’est pas destiné à nous faire plaisir mais à protéger la société des Laroche réels ou à venir.
Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux présente « Sage comme une image ?L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) », une émouvante galerie de bambins qui ont grandi sans activités péri-, para- et extrascolaires, loin des angoisses de l’État et des parents sur « les temps de l’enfance » et sur la « santé mentale » de leur progéniture
L’enfance est un naufrage
Au royaume du vivre-ensemble, les enfants vont mal. Surprenant, car tout est fait pour qu’ils aillent bien. Après des vacances conviviales-et-festives où ils se sont vu proposer des stages de « savoir nager », des « escape games » archéologiques, des « spectacles végétaux », des « ateliers sonores », des initiations au bien-être animal et des olympiades intergénérationnelles de hockey adapté, les voici revenus à l’école, acteurs de leur propre savoir en classe, prêts à être évalués sur leurs compétences socio-affectives, rassurés sur leurs lacunes en français et sensibilisés au lombricompostage. Des enfants gâtés, à coup sûr, ayant à cœur de mener, dans le cadre bienveillant de leur parcours citoyen, la lutte contre toutes les formes de discriminations et le combat pour une seule forme de développement.
Outre ces activités ludiques et pédagogiques, toutes créatrices de lien social, les enfants ont la chance d’être initiés, à la plage comme à l’école ou au zoo, aux risques de la vie. Risque de la pêche à pied en famille (noyade), risque de l’extraction de l’huile de palme sur les gibbons (espèce menacée d’extinction), risque des écrans (troubles de l’attention, insomnie, obésité, harcèlement) : on leur explique tout, ils n’ont donc rien à craindre. Félicitons au passage l’école qui n’aura pas manqué, dans ses discours de rentrée, de mettre en garde contre l’usage abusif des écrans avant de se servir elle-même du support vidéo dès les premiers jours de classe pour expliquer une règle de grammaire, les étapes de la photosynthèse ou un événement de l’histoire de France.
Convention citoyenne sur les temps de l’enfant…
Pourtant, malgré les ateliers inclusifs, la résonance avec le vivant et la prévention à tout-va, les parents, le-personnel-éducatif-et-les-professionnels-de-l’enfance s’inquiètent : les enfants ne vont pas bien. L’État s’interroge, lance le dernier-né de son lexique officiel – « santé mentale » – et mandate le Conseil économique, social et environnemental (CESE) pour s’intéresser aux jeunes. Ce n’est pas parce que le chef de l’État « ne comprend pas les adolescents » que l’État doit renoncer à comprendre les enfants : depuis juin dernier, 140 « citoyennes et citoyens » sont ainsi chargés de réfléchir aux « différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ». Cette Convention citoyenne sur les temps de l’enfant est appelée à formuler en novembre prochain des « propositions réalistes » nourries des différents « ateliers territoriaux multipartites » organisés à travers tout le pays.
Enfant endormi dans un berceau sous la garde d’un chien courageux qui vient de tuer près de lui une énorme vipère, Jeanne Élisabeth Chaudet-Husson, 1801.L’Enfance, François Séraphin Delpech (d’après Louis Léopold Boilly), 1823-1828.Louvre, RMN-GP/Adrien Didierjean / MBA de la Rochelle/Max Roy
Notons qu’au traditionnel « temps de l’enfance », celui de nos paradis ou de nos douloureux souvenirs, se substituent aujourd’hui « les temps de l’enfant ». Le temps de l’enfance, c’est « un temps long de 2 000 ans de solitude, à attendre dans l’enclos des dimanches, attaché au piquet des visites en famille, à boire du silence et à manger du ciel bleu depuis la fenêtre de sa chambre » (Christian Bobin, Prisonnier au berceau, 2005). Les temps de l’enfant, eux, sentent l’agenda, le semainier, la boîte à pilules pour vieux, lundi, mardi, mercredi, combien d’heures à rester devant les écrans à 3, 6, 9 et 12 ans, combien d’heures d’école sur combien de jours, combien d’activités péri-, para- et extrascolaires, combien de temps passé dans les transports, à jouer dans sa chambre ou dehors, à s’ennuyer dans son coin, à parler à ses parents, à prendre ses repas, à aider aux tâches domestiques et à rêver. En attendant de découvrir les « propositions réalistes » du CESE pour que les enfants aillent mieux à l’école et à la maison, quittons les ateliers territoriaux multipartites pour rejoindre les ateliers des peintres, ceux qui ont représenté les enfants aux temps troublés de révolutions qui n’étaient pas encore numériques, actuellement à l’honneur au musée des Beaux-Arts de Bordeaux dans l’exposition « Sage comme une image ? L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) ».
Avant Harry Potter et Greta Thunberg…
En partenariat avec le Louvre et le musée de Tessé du Mans, l’exposition regroupe des œuvres provenant de la grande moitié ouest de la France. Anne-Louis Girodet, Horace Vernet, Théodore Géricault, Camille Corot, Paul Delaroche, Eugène Delacroix, Marie-Amélie Cogniet, Louis Boulanger, Auguste de Châtillon : tous ces artistes ont peint l’enfant, qui n’est plus l’angelot potelé ou l’Enfant Jésus des œuvres religieuses, ni le portrait solennel du Prince dont la maturité perce sous les très jeunes années. En cette fin du xviiie siècle et première moitié du xixe, le regard porté sur les enfants s’est adouci, la tendresse et la complicité font s’attendrir les visages à l’heure où les drames de la sensibilité empiètent sur la tragédie des grands sentiments. Les philosophes des Lumières sont passés par là, à commencer par Jean-Jacques Rousseau qui, surmontant sa répugnance pour les livres (« je hais les livres, ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas »), publia en 1762 plusieurs centaines de pages de traité d’éducation – Émile, ou De l’éducation – et put ainsi parler de ce qu’il connaissait mieux que quiconque puisque ses cinq enfants furent placés à l’assistance publique : « Aimez l’enfance, favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable instinct. » Rappelons qu’à l’époque, à sa décharge, les enfants étaient encore bien peu assurés d’atteindre l’âge adulte, et que sa fameuse méthode « d’éducation inactive » (sic), autrement dit, n’avoir pas d’autre maître que l’expérience et le sentiment pour grandir, valait pour des êtres dont l’enfance était souvent le dernier âge de la vie.
Portrait du duc de Bordeaux, Alexandre Jean Dubois-Drahonet, 1828. (C) Musée des Beaux-Arts de Bordeaux/F. Deval.
Enfant bourgeois, enfant des rues, enfant martyr, jeune mendiant, petit Savoyard, enfant prodige : l’exposition montre un xixe siècle gourmand en représentations d’enfants typiques, pittoresques, pathétiques ou porteurs d’espoir pour la société, et nous invite à nous interroger sur notre rapport contemporain à ces images. Interrogeons-nous, en effet. À la nudité de Paul et Virginie (Charles-Paul Landon) s’est substituée celle de ces pères torse nu serrant contre eux de fragiles nouveau-nés dans des publicités pour gels douche hydratants ; l’enfant des rues de la Monarchie de Juillet (Philippe-Auguste Jeanron) a été remplacé par les images pathétiques de gamins du 9-3, petits anges victimes de la société (thèse rousseauiste) car abandonnés par nos institutions (thèse pas franchement rousseauiste) ; quant à Montaigne et Pic de la Mirandole enfants, ils ont laissé place à Harry Potter et Greta Thunberg, enfants prodiges s’il en est, munis de superpouvoirs au moins aussi enviables que leurs illustres prédécesseurs. Le monde n’a pas tellement changé.
Quelques différences à noter, tout de même. Entre 1790 et 1850, les fameux « temps de l’enfant » étaient principalement le temps des champs, de la pêche, du travail à l’usine ou à la mine, pas vraiment les temps péri, para- et extrascolaires. Le Duc de Chartres tenant un cerceau d’Horace Vernet et la Jeune paysanne à la poupée d’Anne-Louis Girodet n’ont pas grand-chose en commun avec le gamer de 11 ans qui passe trois heures par jour sur les jeux vidéo à contrôler sa barre de vie. Victor Hugo, posant pour Auguste de Châtillon (1836) avec son fils François-Victor qu’il tient fièrement par le bras et l’épaule, ainsi que le peintre Jean-Baptiste Isabey, tenant sa fille Alexandrine par la main (François Gérard, 1795), sont des pères et non des parents. Il n’y a aujourd’hui ni hommes, ni femmes, ni pères, ni mères mais des « parents hélicoptères » (Bret Easton Ellis) formés à la parentalité positive et qui survolent la zone de l’enfance en la sécurisant à distance comme ils peuvent, l’essentiel étant de gérer les gosses et de tout faire, via les montres connectées, les applications de géolocalisation et les rendez-vous chez le pédopsychiatre, pour qu’ils soient heureux.
Car c’est ce que l’on veut, qu’ils soient heureux. Après l’enfant-roi, voici l’enfant-heureux malgré tout : malgré la violence, malgré les prédateurs, malgré les inégalités, malgré le contexte familial, malgré l’actualité et malgré le stress climatique. Quand on parle de bonheur, en général, la tristesse n’est jamais loin. « C’est que du bonheur » est d’ailleurs l’une de ces premières expressions ineptes inventées par les médias à l’intention d’une société de névrosés et de personnes malheureuses.
Aujourd’hui, la vieillesse n’est plus un naufrage et, si l’on ne se fait pas tabasser à son domicile pour quelques cuillères en argent, on pourra toujours faire un tour en ULM à 95 ans au-dessus du Mont-Saint-Michel avant de partir dans la dignité, sur la pointe de ses sneakers de senior, grâce à la piquouze magique. L’enfance, en revanche, est devenue notre naufrage collectif. Aucune convention citoyenne, aucun « atelier parent-enfant » ne rendra aux plus jeunes leur joie de vivre. Pour cela, il faudrait qu’ils grandissent dans un monde où le bonheur n’est pas une injonction, ni le malheur une projection. « Proposition réaliste » ?
À voir
« Sage comme une image ? L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) », musée des Beaux-Arts de Bordeaux, 20, Cour d’Albret. Jusqu’au 3 novembre 2025.
Ce samedi, à Londres, ce sont au moins cent-cinquante mille personnes qui se sont rassemblées, qui se sont unies pour manifester leur opposition à la politique migratoire de leurs gouvernements successifs. Saura-t-on entendre ici le message envoyé de là-bas ? À quand chez nous semblable démonstration d’unité et de force ?
Déferlante humaine
La mobilisation a d’abord surpris par son ampleur. Fédérer autant de personnes osant braver les insultes, les accusations de dérives fascisantes, de compromission avec le pire du pire de la xénophobie et du racisme en dit long sur le degré d’exaspération où sont arrivées ces populations.
Seconde surprise : contrairement à ce à quoi nous pouvons assister chez nous, en France, lors de manifestations comme celle du 10 de ce mois, là-bas, de l’autre côté de la Manche, il n’est pas permis d’hésiter une seule seconde. C’est bien en Angleterre que nous nous trouvons et ce sont bien des Britanniques qui font entendre leur voix. On s’en rend compte immédiatement au vu des drapeaux flottant au vent. De l’Union Jack à perte de vue… Alors que chez nous, n’est-ce pas, un observateur plus ou moins pressé pourrait se méprendre et croire que les images transmises lui viennent de certaines douces contrées d’outre Méditerranée.
Déferlante humaine donc dans les rues de la capitale de Sa Majesté. Et, ici, dans nos journaux et médias, autre profusion, celle du label extrême droite méticuleusement, consciencieusement accolé à l’événement. Histoire qu’on ne se méprenne pas, qu’on sache bien que cette foule brandissant son drapeau ne saurait être que quelque chose comme la lie du genre humain.
La palme dans ce registre revient probablement au quotidien Ouest-France dans sa livraison de ce lundi : « Avec sa manifestation géante à Londres, l’extrême droite britannique impose son récit anti-migrants » titre le journal.
On peut difficilement faire plus et mieux dans l’expression journalistique du mépris des peuples. Ainsi, selon ce titre, les dizaines de milliers de manifestants, venus de tout le pays, ne seraient au fond qu’un conglomérat de minus habens, de connards profonds, d’attardés mentaux à qui une improbable engeance diabolico-fasciste d’extrême droite aurait réussi à imposer – non pas la prise de conscience d’une réalité vécue et objectivement observable – mais un récit. Une fiction, une fable, un délire.
Philippe de Villiers à la manœuvre de ce côté de la Manche
De plus, il ne semble pas que le mot « migrants » dans anti-migrants ait été choisi par hasard. Il s’agit probablement de laisser entendre que la protestation, le combat de ces gens est dirigé non pas contre un fait de société, l’immigration, mais contre des êtres humains, contre l’infortuné migrant de chair et d’os. Cela présente l’insigne avantage, dans la vision du politiquement correct, de transformer une expression collective d’exaspération en un abject soulèvement de haine. Beau boulot…
Par chance, nous avons quand même droit dans ce titre à un accent de vérité. À contre-cœur sans doute, la manifestation y est qualifiée de géante. Ce qu’elle a été.
D’où cette question : à partir de quel seuil de mobilisation populaire ce que clame une foule unie, rassemblée, solidaire, mérite d’être qualifié de vox populi ? On aimerait avoir quelques précisions là-dessus.
Or, en fait, la meilleure façon de liquider la question – en même temps que le problème, peut-être bien – serait d’appeler les populations à exprimer leur opinion par référendum. Ce que propose ces jours-ci, chez nous, une pétition initiée notamment par Philippe de Villiers. Avec quelque succès, croit-on savoir, encore que les médias de référence se fassent des plus discrets sur ce point…
Depuis trente ans, la France vit sous un double mensonge: celui des mots et celui de la facture. Les mots, soigneusement choisis, servent à masquer la réalité des violences. La facture, elle, est toujours présentée au contribuable français, sommé de réparer les dégâts, de financer la paix sociale, et, plus récemment, de payer même pour sa propre criminalisation lorsqu’il ose nommer ce qu’il voit.
Sur les réseaux sociaux, deux slogans très populaires à droite résument cette impasse depuis quelques jours : « Tout le monde sait », quand les élites parlent de « jeunes » ou de « déséquilibrés ». « C’est Nicolas qui paye », quand le contribuable règle la note de ce déni collectif.
La fabrique du « jeune »
En 1997, un rapport des Renseignements Généraux recense 724 meneurs de violences urbaines. Officiellement, 406 sont « Français ». Mais seuls 48 portent un prénom et un nom de consonance européenne. La grande majorité est issue de l’immigration récente. Plutôt que de parler d’assimilation, on gomme les origines et on invente un mot magique : « les jeunes ». D’un coup, tout se confond : le délinquant devient adolescent ordinaire, l’émeute se réduit à un « malaise social ». Face à ce tour de passe-passe, la réaction populaire est immédiate : Tout le monde sait.
Les quartiers à l’épreuve des faits
Cette surreprésentation ne date pas d’hier. Entre 1991 et 2000, Lucienne Bui-Trong, spécialiste des violences urbaines au ministère de l’Intérieur, a étudié en détail les « quartiers difficiles ». Ses constats sont implacables. En 1993, sur 244 quartiers très difficiles analysés : • Trois seulement abritaient moins de 10 % d’étrangers, • 42 en comptaient entre 10 et 15 %, • 62 en comptaient entre 16 et 25 %, • et 137 dépassaient 26 %. À l’inverse, beaucoup de quartiers défavorisés de la « France profonde », marqués par un chômage massif et des conditions de vie plus dramatiques qu’en banlieue parisienne ou lyonnaise, mais sans forte présence étrangère, ne présentent aucune violence urbaine. Même la petite délinquance y est faible. Dans le Pas-de-Calais, 18 quartiers pourtant classés DSQ (Développement social des quartiers) ne connaissent aucun phénomène d’émeutes. La différence saute aux yeux : la pauvreté seule n’explique rien. La jeunesse française de souche est bien présente dans certains phénomènes de bandes, mais reste très nettement minoritaire (5 à 10 %), et surtout cantonnée au hooliganisme dans les stades, pas aux violences de quartier.
Quinze ans plus tard, la clinique pédopsychiatrique vient confirmer ce que les chiffres de police laissaient deviner. En 2012, Maurice Berger, pédopsychiatre reconnu, observe que près de 60 % des enfants pris en charge dans son unité d’hospitalisation à temps complet pour comportements extrêmement violents sont d’origine maghrébine. Dans un Centre Éducatif Renforcé avec lequel il collabore, dirigé par un Franco-Maghrébin, la proportion atteint même 88 %. Et ce n’était pas une découverte isolée. Dès 2001, Patrick Huerre, autre pédopsychiatre, avait étudié 52 jeunes reçus en expertise pour viol ou agression sexuelle en réunion : plus de la moitié étaient d’origine maghrébine, la plupart nés en France. Ces constats, répétés et convergents, dessinent une même constante. Mais le discours officiel continue de s’abriter derrière l’euphémisme.
Kevin, Matteo et les supporters anglais
En 2023, après la mort de Nahel, la France connaît une vague d’émeutes d’une ampleur inédite. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, insiste alors sur la présence de « Kevin » et de « Matteo » parmi les interpellés. Message implicite : la violence serait universelle, elle n’aurait pas d’origine particulière. Un an plus tôt, il avait déjà usé de la même méthode lors du chaos du Stade de France : il accusa les supporters anglais d’avoir provoqué les incidents. Les images et témoignages ont vite démontré le contraire. Plus tard, M. Darmanin dut admettre son erreur, provoquant une crise diplomatique avec le Royaume-Uni. Toujours la même logique : désigner des coupables neutres, effacer la question de l’origine, maintenir la fiction républicaine. Mais face aux vidéos, aux récits, aux réalités vécues, la réaction reste la même : Tout le monde sait.
Les politiques de l’aveuglement
Pendant ce temps, les gouvernements multiplient les dispositifs : ZEP, emplois-jeunes, politique de la ville. Des milliards d’euros sont investis pour acheter la paix sociale. Mais les causes culturelles ne sont jamais nommées. Résultat : les symptômes s’aggravent. Les émeutes reviennent, plus violentes, plus destructrices. Ce ne sont pas les émeutiers qui payent. Ni leurs familles. Ni leurs quartiers. C’est toujours le contribuable.
Du tribalisme au double pouvoir : imam et caïd
Dans ce terreau prospère une logique importée : le tribalisme, où prévaut la loi du clan. De là naissent deux dynamiques complémentaires : • l’islam politique, qui transforme le clan en communauté religieuse, • les narco-caïds, qui assoient leur pouvoir sur cette base familiale et communautaire. Le caïd n’est pas seulement un trafiquant. Il agit comme le chef d’un réseau social parallèle : il finance des commerces communautaires, prête de l’argent, offre des fournitures scolaires, installe l’été de grandes piscines pour les enfants. Il apparaît comme un « grand frère » protecteur, mais en réalité il achète loyautés et dettes, verrouille le quartier par la peur. Face à lui, l’imam militant prêche la rigueur religieuse, recrée la communauté autour de la mosquée. Rivaux en apparence, ils se rejoignent souvent : l’un blanchit son image en finançant, l’autre ferme les yeux sur le trafic. Et l’État ? Absent. Ou présent seulement pour arroser d’argent les associations, rénover les barres d’immeubles, fermer les yeux sur l’islamisme et sur les trafics. Encore une fois : C’est Nicolas qui paye.
Le pouvoir républicain croit incarner la tolérance et la pédagogie. Mais pour ceux qui viennent de sociétés marquées par le rapport de force, cette douceur n’est pas perçue comme de la générosité : elle est perçue comme de la faiblesse. Là où seule la fermeté impose le respect, la République déroule un tapis rouge victimaire : subventions, excuses, compassion. Là où il faudrait une réponse judiciaire et pénale claire, elle oppose le laxisme. Résultat : loin d’apaiser, ce climat incite les islamistes et les caïds à aller toujours plus loin.
La boucle est bouclée : médias, justice, politiques
Mais le système ne se contente pas d’acheter la paix sociale. Il criminalise ceux qui osent parler. Les médias publics — France Télévisions, France Inter, Arte — traquent la parole jugée « déviante ». Les associations antiracistes, subventionnées, se portent partie civile. Et la 17ᵉ chambre correctionnelle condamne le citoyen qui n’a fait que dire ce que tout le monde voit. Pendant ce temps, les caïds et les islamistes prospèrent. Ils sont présentés comme des victimes, par une partie de la justice, par certains médias, et même par des politiques. De la France Insoumise à une partie de la Macronie, le récit est identique : le délinquant serait avant tout la victime d’une France raciste et coloniale. Tout fonctionne à l’envers : Les violents deviennent victimes. Les victimes deviennent coupables. Et c’est encore Nicolas qui paie.
Conclusion : la double formule populaire
Le système tourne en boucle sur lui-même : L’État masque. Les médias relaient. Les associations dénoncent. La justice condamne. Les politiques excusent. Et Nicolas paie — pour tout. Tout le monde sait. C’est toujours Nicolas qui paye.
Plus de trente ans après son dévoilement, la pièce de Yasmina Reza fait un triomphe en ce moment au Théâtre Montparnasse (depuis le 27 août) avec un trio d’acteurs convaincants et désenchantés, lui apportant une nouvelle once d’humanité…
« Art » est un œuf. Rond. Plein. Blanc en apparence, zébré d’un jaune amer et d’une grisaille granuleuse. Au dialogue coruscant. À la mécanique pernicieuse qui s’infiltre et qui jubile. Derviche tourneur des planches. Mais surtout, une déclaration d’amour au plaisir du jeu. Peut-être n’avions-nous pas vu, il y a 31 ans, en 1994, ce plaisir méchant et gamin des réparties, ce chahut de cour de récréation ? Nous avions à cette époque sentencieuse disserté sur les vertus de la vérité, sur la ligne de flottaison d’une amitié qui vacille au fil des années, sur les caractères enchâssés, sur l’incommunicabilité entre l’être profond et son entourage le plus proche. Nous étions sérieux et bavards, en ce temps-là. Plus élitistes qu’instinctifs. Nous croyions alors aux idées générales. La distribution étincelante, Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini, presque trop sophistiquée, à l’efficacité éprouvée, nous avait laissé, en mémoire, une impression de brio. Une guerre des égos. Une cavalcade où chaque acteur pouvait tirer sur la corde de son talent sans se faire prier, ruer dans les strapontins avec rage. Quelle fantasia ! Ces trois-là mettaient le paquet. Ils ne connaissaient pas la demi-mesure et ne ménagèrent pas leur peine. « Art » fut leur meilleure carte de visite en cette fin de siècle.
Nous n’avions vu que le ping-pong verbal presque trop aristocratique pour être vrai, la joute assurément destructrice, moins la misère de l’Homme, moins les silences, moins les fêlures. Nous étions fascinés par leurs accélérations, leur éclat et leur virtuosité, moins par la détresse de leurs personnages. En 2025, le texte de Yasmina Reza est toujours-là. Le même séquençage cabot et diabolique. Le texte n’a pas bougé. Perfide, implacable, gorgé de railleries et de pauses ridicules, on le savoure, on le roule dans nos bouches, on lui reconnaît sa force anticipatrice. Car Yasmine Reza avait tout lu et vu de nos débords contemporains. Elle aura été notre sismographe et notre vulcanologue. « Art » annonçait les chaos mentaux à venir. Les réactions et les illuminations. Dans ces années molles où la mondialisation heureuse devait régler tous nos problèmes, la pièce fracturait nos mensonges. C’est pourquoi elle fut jouée et traduite dans le monde entier. Elle demeure une borne du théâtre français. Constamment mise en scène, elle a accompagné les interrogations du public. Elle fut notre miroir à peine déformé des trente dernières années. Avec « Art », on fait le point avec soi-même, avec sa fatuité et ses illusions perdues. L’annonce d’une nouvelle distribution a rempli le Théâtre Montparnasse dès l’été. Rarement, on a vu un tel attroupement joyeux, rue de la Gaîté, une telle envie de théâtre « populaire », de sortir un samedi soir et d’oublier nos lamentations permanentes. « Art » est un classique comme « Le Corniaud ».
On croit en avoir fait le tour, et la pièce nous cueille par ses strates empilées, son écho intérieur, sa musique brisée. Le tableau n’a pas bougé, il est presque blanc. Serge (Olivier Broche), dermatologue accompli, en est toujours l’heureux propriétaire. Marc (François Morel), l’ingénieur aéronautique au dogmatisme incorrect, n’admet toujours pas cet achat inconsidéré et Yvan (Olivier Saladin), homme lige du textile passé à la papeterie, est l’élément neutre, « fluide », souffre-douleur et donc central de cette algarade amicale. Le public se lève à la fin de bon cœur pour applaudir à tout rompre. Ce soir-là, Bruno Lochet et Philippe Duquesne, les vieux camarades du petit écran, les inséparables de Jérôme Deschamps, n’ont pas raté la prestation de leurs trois copains. Il faut avouer que ces trois-là ont du mordant et du métier. Morel excelle dans la misanthropie, lui qui joue souvent les bonnes pâtes, il a la brutalité du rôle, son absolutisme délirant. Broche est royal en marquis pédant et raisonneur. Tandis que les deux amis s’affrontent, se mesurent, se repoussent, Saladin lunaire, tendre, remporte le morceau par son numéro à la Bourvil. Le vilain petit canard a toujours les faveurs de la majorité. Ces trois-là, vu le succès des premières représentations, vont jouer longtemps. Tant mieux, l’hiver sera plus doux.
Alors que les Qataris ont investi des fortunes dans le PSG depuis 2010, le Paris FC est sponsorisé par le Bahreïn. Les deux équipes s’affronteront en Ligue 1 début janvier.
« Derby », anglicisme pour un match de foot qui oppose deux clubs d’une même ville. À Paris, telle confrontation remonte au siècle dernier avec un PSG-Racing disputé le 25 février 1990. Depuis, que dalle, le PSG étant la seule équipe de la capitale à évoluer en Ligue 1, l’élite française… La nouvelle saison (qui a débuté le 15 août) va pourtant ressusciter le passé : le Paris FC ayant accédé à l’élite, il y aura derby (avec un match aller programmé le 4 janvier) !
Mais sous le pont Mirabeau la Seine a beaucoup coulé, et si Paris fluctuat nec mergitur, c’est dans le Golfe persique. Si un spectateur de février 1990 avait été plongé dans le coma, il serait surpris aujourd’hui de se réveiller au pays des mille et une nuits…
En 1990, le Racing s’appelait Matra-Racing, référence à son propriétaire, le capitaine d’industrie Jean-Luc Lagardère ; et le PSG, dirigé par le publicitaire Francis Borelli, qui succédait à son ami le couturier Daniel Hechter, était soutenu par RTL.
35 ans plus tard, le PSG appartient au Qatar et si le Paris FC a été récemment racheté par le groupe Arnault, son sponsor principal demeure le… Bahreïn, État insulaire qui fait face au Qatar, géographiquement et diplomatiquement, car dans le Golfe on se jalouse beaucoup. Les joueurs du PSG portent ainsi un maillot « Qatar Airways » et ceux du Paris FC, un maillot « Bahrain Victorious ». Seul point commun, les deux clubs arborent un écusson avec la tour Eiffel, à ne pas confondre avec un minaret.
Depuis une vingtaine d’années, ces pays investissent dans le sport pour donner une image moderne et dynamique de l’islam mais développée, la photo est souvent voilée. À Paris, on retrouve donc l’émir Al Thani, boss du PSG, avec pour lui donner la réplique le roi Al Khalifa, parrain du Paris FC, les deux ayant choisi la Ville lumière pour briller. Ils songent même à racheter le stade de la porte de Saint-Cloud (propriété de la mairie) qui deviendrait ainsi le Parc des princes arabes…
La réforme Affelnet, qui a injecté quelques centaines d’élèves méritants issus de classes et de lycées non privilégiés dans le haut du panier scolaire parisien, n’est décidément pas passée. Ses contempteurs, usent de n’importe quel prétexte pour la discréditer — et réserver aux classes bourgeoises résidant dans les beaux quartiers de la capitale les places qui leur sont dues par droit de naissance. Notre chroniqueur s’en amuse et s’en attriste à la fois.
Un illustrissimo fachino, comme on disait à l’époque de Mazarin, un certain Jean-Yves Chevalier, prof de maths à la retraite, vient de bondir, dans les colonnes de Marianne, sur les derniers résultats du Concours général pour fustiger à nouveau le système Affelnet, selon lui responsable de la dégringolade du lycée Henri-IV.
Jean-Yves Chevalier, au tableau !
C’est un multi-récidiviste : comme disait Audiard, non seulement ça ose tout, mais ça persévère.
Evaluons le scandâââle : cette année le lycée favori des bobos du Ve arrondissement n’a eu aucun reçu au Concours général. Preuve, selon ce Monsieur Chevalier, de l’effet pervers de la réforme Affelnet, qui a modulé le vieux privilège de ce lycée consistant à choisir ses élèves à l’entrée en Seconde, en lui imposant quelques élèves venus d’ailleurs — comprenez : de lycées périphériques où les parents ne sont décidément pas des CSP++. Tout le monde sait que les pauvres, ça pue. Et c’est nul.
Quelques poignées de banlieusards suffisent-elles à faire vaciller l’empire de l’élitisme républicain ?
Permettez-moi de rappeler ce que j’écrivais il y a deux ans au tout début de L’Ecole à deux vitesses :
« Si vous pensez que les riches sont plus intelligents que les pauvres, ce livre n’est pas pour vous. « Si vous croyez que le fait d’être logé dans un appartement à 13 000 € le m2 conforte votre intellect, ce livre n’est pas pour vous non plus — ni pour l’agent immobilier qui vous a vendu votre trois-pièces surpayé sous prétexte que vous aviez l’eau sur l’évier et Henri-IV sous vos fenêtres. « Si vous pensez sérieusement que quelques « fils et filles de » pourris-gâtés, scolarisés dans telle ou telle école privée à la réputation surfaite, suffiront pour sauver la France de la décadence dans un premier temps, et de l’asservissement bientôt, en laissant dans le fossé 90% du potentiel intellectuel du pays, ce livre n’est vraiment pas pour vous. « Et si vous estimez que votre progéniture a hérité de vos capacités, et que le fait qu’elle soit insupportable en classe et récolte des notes exécrables est la preuve qu’elle dispose d’un Haut Potentiel Intellectuel, passez votre chemin. Ou offrez-vous, sur la pile à côté, l’intégrale des œuvres de Philippe Meirieu. »
Qu’un mathématicien s’appuie sur les chiffres du Concours général (créé sous l’Ancien Régime, il concerne chaque année quelques poignées d’élèves sur 20 000 candidats pour toute la France) est confondant. Comme ce concours est accessible aux élèves de Première et de Terminale, ce sont 450 lauréats (en comptant les prix et les accessits) sur 1,4 million d’élèves qui seront reçus par le président de la République — apte, comme chacun sait, à distinguer l’excellence.
N’importe qui — sauf les matheux, apparemment — comprendra qu’un tel échantillon n’est en rien représentatif de l’excellence scolaire. Une si faible « cohorte », pour parler comme les statisticiens, qui n’a d’autre unité que de sortir globalement de la cuisse de Jupiter, n’a aucune représentativité.
Parce que l’excellence n’est pas dans cet osmazôme scolaire (l’osmazôme, pour ceux qui ne s’intéressent pas à la cuisine, est le nom donné par le chimiste Louis-Jacques Thénard, au XIXe siècle, à l’extrait ultime de viande, ce concentré sublime dont un Allemand tirera le bouillon Liebig). L’élitisme républicain consiste à donner à tous la même formation initiale (en Primaire), puis à décanter lentement, par un système de filières et de sélection, les meilleurs élèves, en poussant chacun au plus haut de ses capacités. Quelles qu’elles soient, et pas forcément dans les disciplines classiques.
C’est ce mécanisme vertueux que le collège unique du duo infernal Haby / Giscard a mis à mal. La gauche, qui à l’époque avait encore le souci de l’école, s’y était fermement opposée. Aujourd’hui, elle hurle si l’on parle de reconstituer des classes de niveau — autre preuve du fait qu’elle a viré de 180° sur toutes les questions souveraines. Afin d’accueillir au plus mal des dizaines de milliers d’enfants étrangers baragouinant un français approximatif, elle a sacrifié nos propres enfants. On veillera à ne pas le lui pardonner.
Tartuffes
D’autant que ces grandes intelligences n’oublient pas leurs enfants, et à force de dérogations et d’arguments péremptoires (« Moi, c’est pas pareil »), ou tout simplement parce qu’ils sont de gauche mais logent dans des quartiers et des villes de riches, les inscrivent dans les « bons » lycées. Privés ou publics, leur sens de la laïcité, déjà très menacé par leurs partis-pris idéologiques, s’effrite complètement devant leurs intérêts familiaux bien compris. Demandez à tous les gens de gauche, surtout ceux qui sont des institutionnels du boboïsme, dans quel établissement ils ont inscrit leur progéniture. Raphaël Glucksmann, par exemple, est passé du collège-lycée Lamartine, dans le IXe, aux prépas du lycée Henri-IV. Et non, il n’est pas allé s’encanailler à Paul-Valéry…
C’est ainsi qu’un fils à papa (André Glucksmann, « nouveau philosophe, sort du prestigieux lycée du Parc à Lyon) devient une grande conscience de gauche.
L’élitisme républicain, n’en déplaise à ces tartuffes, consiste à aller chercher dans toutes les strates de la société toutes les intelligences en devenir. J’ai expliqué cent fois qu’il faudrait opérer des détections précoces et au besoin instruire ces enfants loin de leurs familles, dans des internats d’excellence dont la multiplication est une nécessité. Mais en 2012, l’équipe de François Hollande (pur produit, ma chère, du pensionnat privé Jean-Baptiste de la Salle à Rouen, puis du lycée Pasteur à Neuilly) n’a eu d’autre urgence que d’annihiler les établissements que les équipes de Xavier Darcos et Luc Chatel avaient mis en place : là aussi, il est significatif que ce soient des ministres de droite qui aient conçu la nécessité de restaurer l’élitisme républicain, pendant que la gauche se vautrait dans l’universalisme de la racaille et l’intersectionnalité des luttes.
Ce n’est pas parce que Henri-IV, l’année dernière, n’a pas eu d’élèves primés, et que Stanislas a caracolé en tête des résultats au Concours général, qu’un système scolaire s’effondre. C’est parce que des enseignants, paupérisés mais obnubilés par la volonté de servir leurs maîtres de grande bourgeoisie, ont négligé des enfants qui pouvaient emprunter l’escalier scolaire pour sortir de leur condition. Et écrivent au besoin des insanités sur la chance que l’on a donnée à ces va-nu-pieds et qu’ils n’ont pas voulu exploiter.
« La Grande-Bretagne s’est enfin réveillée. Le patriotisme et les frontières sont l’avenir » a déclaré le militant controversé Tommy Robinson, lors du raz de marée nationaliste de Londres samedi dernier. Alors que les spéculations sur le profil du suspect du meurtre de Charlie Kirk vont bon train en Amérique, sa veuve a déclaré « Vous n’avez aucune idée du feu que vous avez allumé ». Partout en Occident, les auto-proclamés humanistes et antiracistes perdent du terrain.
Tyler Robinson, suspecté du meurtre de l’influenceur Charlie Kirk. DR.
Panique à gauche ! Les rappels à l’ordre des « humanistes » et des « antiracistes » n’intimident plus. La nazification des nationaux connait son effet boomerang. Derrière les postures progressistes, apparaissent les débordements de haines, d’intolérances. Les « antifas » sont les fascistes. C’est un antifasciste revendiqué, qui vivait en couple avec un transsexuel, qui a tué par balle l’Américain Charlie Kirk, 31 ans, le 10 septembre. L’influenceur conservateur et soutien de Donald Trump débattait devant 3000 personnes sur le campus universitaire de l’Utah. Présenté en France, par les médias de gauche et les dénonciateurs sur X, comme « influenceur conspi d’extrême droite », Kirk avait construit sa renommée sur le dialogue avec ses contradicteurs. « Prove me wrong » (« Prouvez-moi que j’ai tort ») était son slogan. Mais le système a décrété la victime indéfendable. Au parlement européen, la minute de silence n’a été respectée ni par la gauche ni par le centre. Pour la bien-pensance mondialiste, Kirk aurait récolté ce qu’il avait semé, en défendant son pays et la liberté de débattre. Après son assassinat, Le Monde a titré : « Les trumpistes crient vengeance ». En réalité, Kirk était non-violent. En revanche, en février 2017, l’animateur Laurent Ruquier avait appelé à « abattre » Trump, ce « gros blanc ». En janvier 2025, l’acteur Jacques Weber, parlant du même Trump, justifiait de « supprimer littéralement » l’ « ordure absolue ». Le 10 septembre, l’extrême gauche a montré son basculement totalitaire en faisant de « Bloquons tout ! » une démonstration de violences sous drapeaux palestiniens.
Le monde des faux gentils, dénoncé par votre serviteur il y a 20 ans[1], s’effondre. Les corruptions morales du camp du Bien s’étalent, y compris à travers le militantisme de l’audiovisuel public confirmé par l’affaire Legrand-Cohen. Les accusations en « racisme », « populisme », « xénophobie », « islamophobie » n’ont servi, depuis 40 ans, qu’à interdire la critique de l’immigration de masse et de l’islam colonisateur. Les antiracistes, bouleversés en 2020 par la mort de George Floyd, Noir étouffé par un policier blanc, n’ont toujours rien dit de l’insoutenable meurtre, filmé, de la jeune Ukrainienne Iryna Zarutska, égorgée dans un tramway en Caroline du nord (États-Unis) par un Afro-américain qui a proclamé : « J’ai eu la fille blanche ! ». Ce crime, commis le 22 août, n’a été révélé que le 7 septembre.
Les faux humanistes défendent un monde qu’ils ont rendu invivable. Hier, à Londres, des centaines de milliers de personnes ont répondu à l’appel du pestiféré Tommy Robinson. Leur mot d’ordre : « Retrouver notre pays ». La pétition de Philippe de Villiers, lancée le 6 septembre pour réclamer un référendum sur l’immigration, a déjà récolté près de 850.000 signatures. Les mobilisations de Florian Philippot (Les Patriotes) mobilisent à chaque fois un noyau dur de résistants. La colère se libère. Elle ne se laissera plus calomnier par les charlatans du moralisme.
Le romancier Julien Aime photographié en 2025. DR.
Le romancier Julien Aime (né en 1983, il est notamment l’auteur de Les chats ont neuf vies, moi j’en aurai deux, et d’autres livres qui ont connu un vif succès) ne manque pas d’aplomb : dans son dernier roman, Le jeu du bonheur a commencé comme ça, il se met dans la peau de trois femmes. Et pas n’importe quelles femmes : de beaux tempéraments, de sacrées espiègles, indépendantes, libres et audacieuses. Elles se prénomment Sarah, Marie et Karine. Pour fêter le divorce de la première, les deux autres l’entraînent au Pays basque, à Bayonne, au même endroit où, vingt ans plus tôt, elles ont arrosé leur baccalauréat. Tout ça pourrait sembler banal, sauf que nos trois filles décident de s’adonner à un jeu : ne rien retenir, ne dire aux gens que la vérité, rien que la vérité, même si celle-ci peut blesser. En un mot : elles seront elles-mêmes quoi qu’il en coûtera. « Ça passe ou ça casse… » Elles ne réfrèneront rien, aucune idée, aucune pulsion, aucun désir. Elles diront ce qu’elles pensent à leur mari, leur amant, leurs voisins, leur famille, leur patron… Ça va chauffer !
« Pas un utérus sur pattes ! »
Et nos trois adolescentes-quadragénaires font ce qu’elles ont prévu. Ce n’est pas triste. Ainsi, elles appliquent cette citation de Gisèle Halimi: « Soyez égoïstes ! Ce mot vous surprend ? Tant pis. Les femmes ont trop souvent le sentiment que leur bien-être doit passer après celui des autres, les parents, les enfants, les compagnons. Pensez enfin à vous. Devenez prioritaires. »
Elles se révoltent, luttent contre le patriarcat et ses conséquences. Karine fait référence à une autre citation de Gisèle Halimi : « Un homme se définit, existe, se réalise par son travail, par sa création, par l’insertion qu’il a dans le monde social. Une femme, elle, ne se définit que par l’homme qu’elle a épousé et les enfants qu’elle a eus. » Ce à quoi, elle répond : « Je ne suis pas un utérus sur pattes. Je tiens trop à mes grasses mat’ le week-end. Et je veux pouvoir sortir, voyager quand je veux, sur un coup de tête, quand ça me chante. »
Sarah ne se remet pas de la rupture avec son mari Alexandre. D’autant que son fils Gabriel, cinq ans, ressemble à son père comme deux larmes de fiel : « Je ne suis pas une mère, je suis une photocopieuse. J’ai enfanté la copie conforme d’un enfoiré de première. L’enfer ! »
Marie, la narratrice, en a assez d’être la bonniche du foyer ; elle le fait savoir à Guillaume, son époux qui ne comprend pas, s’étonne. Dans son emploi, il en va de même. Son patron, Philippe, ne cesse de l’humilier, de la charger de tâches insurmontables. Elle l’interpelle quand celui-ci s’est trompé au cours d’une importante réunion où se trouvent des décideurs tout aussi importants. D’abord, il nie. Puis finit par reconnaître son erreur. Marie a rompu le silence ; elle a refusé d’être une potiche. Une belle victoire ! Le féminisme concret comme on l’aime.
Ce livre, très ancré dans la société actuelle, fait sourire, fait rire, mais il fait surtout réfléchir. En cela, il est réussi.
Le jeu du bonheur a commencé comme ça, Julien Aime ; Eyrolles ; 390 pages.
Composition du nouveau gouvernement. Notre chroniqueur s’inquiète de l’éventuelle reconduite de M. Barrot aux Affaires étrangères.
Il y a tellement de spécialistes de la politique profonde, de politologues distingués et compétents, de pronostiqueurs infaillibles jusqu’au prochain démenti, que je n’ai aucun scrupule à me livrer à une analyse de bas niveau : espérer un changement dans la composition du gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Je devine déjà les reproches qui me seront faits. Celui, d’abord, de privilégier une personnalisation vulgaire au détriment d’une politique de fond. Ma naïveté sera moquée : s’imaginer qu’avoir des ministres compétents et courageux est utile, et que rien ne sert d’élaborer un excellent projet si ceux chargés de le mettre en œuvre ne sont pas à la hauteur !
Mon inquiétude a surgi le 14 septembre en lisant La Tribune Dimanche, qui laissait entendre que, si Bruno Retailleau et Gérald Darmanin seraient reconduits pour le meilleur — une annonce qui, si elle devait être démentie, reviendrait à décourager le citoyen privé d’un exceptionnel duo régalien, seule véritable embellie de ces derniers mois -, Jean-Noël Barrot, notre ministre des Affaires étrangères, lui, le serait également, mais pour le pire.
La personnalité très estimable de ce dernier, dont j’ai bien connu le père, n’est pas en cause. On peut avoir, sur le plan humain, d’indéniables qualités mais n’être absolument pas fait pour une fonction à la fois prestigieuse et redoutable, même si le président de la République donne toujours le « la » en la matière. Qu’on le veuille ou non, ce ministre n’a cessé d’incarner une image dégradante de la faiblesse et du déclin de la France, à cause de propos semblant toujours en décalage avec les réalités internationales et d’une action apparemment frileuse là où le pays attendrait de la résolution, des gestes forts, en tout cas un vigoureux soutien aux collègues ministres usant d’une volonté de résistance plus affirmée.
Jean-Noël Barrot est le parfait exemple, si j’ose dire, de la caricature du monde diplomatique plus soucieux de litotes et de mesure que d’énergie pour défendre la cause nationale. Les rapports avec l’Algérie, notamment au sujet du sort tragique de Boualem Sansal, constituent l’exemple calamiteux de cette dénaturation de la diplomatie en soumission.
Il serait contre-productif, dans la crise profonde et inédite que subit la France, de ne pas modifier radicalement la composition du gouvernement : certains ministres n’ont jamais franchi le mur du son et d’autres ont démérité.
Je suis prêt à accueillir l’ironie avec laquelle on traitera mes propositions. Il convient évidemment de remplacer Élisabeth Borne : nous avons eu, durant six mois, un ministre de l’Éducation nationale qui avait fait bouger les lignes, pas seulement avec la suppression de l’abaya. Pourquoi ne pas laisser Gabriel Attal compléter et achever ce travail ?
À la Défense, un Républicain de haut niveau, Jean-Louis Thiériot, serait irréprochable. À la Santé, ce n’est pas parce que Philippe Juvin serait évidemment le meilleur à ce poste qu’il faudrait s’en priver !
Il serait pertinent de remettre au côté de Bruno Retailleau « un ministre du quotidien » : c’était une initiative intelligente. Il y a le global, le structurel, la politique d’ensemble mais aussi l’immédiateté et les mille soucis, traumatismes et offenses engendrés par une insécurité qui empoisonne des existences n’aspirant qu’à la tranquillité, désireuses de la protection de leurs personnes et de leurs biens.
Le gouvernement de Sébastien Lecornu est attendu avec impatience : s’il y a un lieu où la radicalité est possible, c’est bien celui-là.
Être ministre ne peut pas être la seule activité vous laissant à l’abri de tout, bon ou mauvais.
Et, coup de chance, on a enfin trouvé ce qui a longtemps manqué : une porte-parole exemplaire pour le fond comme pour la forme, Sophie Primas.
Quel bonheur d’être Premier ministre, pour consacrer les meilleurs et exclure les pires !
Le 10 avril, Agathe Hilairet n'est jamais rentrée de son jogging. Son corps a été retrouvé le 17 mai. Le suspect Didier Laroche dit "Rambo" habitait également à Vivonne et a été arrêté la semaine dernière. DR.
Le multirécidiviste Didier Laroche, 59 ans, n’aurait pas du être remis en liberté par la justice, estiment hallucinés les habitants de la ville de Vivonne où résidait la malheureuse Agathe Hilairet.
Le 12 septembre, sur BFM TV, dans une émission de débat intitulée « La Dispute », deux avocats ont dialogué au sujet de l’affaire criminelle dont a été victime Agathe Hilairet le 10 avril dernier, de l’auteur présumé de cet enlèvement puis du meurtrier Didier Laroche et, plus généralement, « du difficile suivi des condamnés pour viol » (Le Parisien).
Tragique récidive
Même s’il n’y a pas de preuve, pour l’instant, de la présence ou de l’absence de violences sexuelles, le parcours judiciaire de Bruno Laroche et l’exécution des sanctions qui ont été édictées à son encontre ne peuvent que conduire à s’interroger sur la pertinence des échanges entre ces deux conseils à peu près accordés sur le fait que la justice n’est pas responsable, que les crimes sexuels sont imprévisibles et qu’en définitive, les polémiques au sujet de la trajectoire de Didier Laroche seraient inutiles.
Je crois exactement l’inverse.
En 2003, l’avocat général qui avait requis contre Didier Laroche, pour une double agression sexuelle, devant la cour d’assises de Riom (63), avait déclaré à son sujet « qu’il est un homme dangereux, qu’il recommencerait ». Ce qui s’est tragiquement avéré.
En 2004, en appel, pour viol avec arme, il est condamné à trente ans de réclusion criminelle dont vingt ans de sûreté.
Vingt ans plus tard, Laroche se retrouve à Casabianda (Corse) – ce centre de détention sans murs – où le régime pénitentiaire est souple. En avril 2024, il a été libéré sur décision du juge de l’application des peines de Bastia, malgré l’opposition formelle des parties civiles et les conclusions d’un expert psychiatre qui jugeait « incertaine sa curabilité ». On connaît la suite.
Si on remonte en amont, à l’âge de 29 ans, il a été condamné à douze ans de réclusion pour le viol d’une joggeuse. En 1999, il a bénéficié d’une permission de sortie durant laquelle il a agressé à nouveau une joggeuse.
Sorti de prison en 2000, il a été à nouveau arrêté en 2001 pour viol avec arme sur une jeune femme de 24 ans.
Calamité
De cette histoire criminelle répétitive et rendue confuse par une exécution des peines calamiteuse, inspirée par l’optimisme à l’égard d’un Laroche « récupérable » et « réinsérable », comment ne pas s’indigner d’abord du fait qu’aucune des sanctions n’a été purgée intégralement ?
Contrairement à ce qui avait pu être affirmé dans « La Dispute », il était non seulement facile mais élémentaire, en raison de l’histoire criminelle de Laroche gangrenée par d’atroces similitudes, de prévoir que cet homme était enfermé dans un système où il serait inéluctablement coupable de crimes sexuels et victime de ses pulsions terrifiantes. La conclusion à en tirer était de récuser un humanisme béat et de refuser une générosité et un laxisme dont la société allait payer le prix.
C’est ce qui s’est produit. Il est essentiel, pour conforter cette argumentation, de souligner que, soumis à une surveillance judiciaire à Vivonne (86), après sa sortie de Casabianda, moins d’un an après, il a commis le pire sur la malheureuse Agathe Hilairet.
Non seulement la criminalité sexuelle est singulière parce que, sauf miracle, le condamné récidive, mais dans les intervalles du contrôle qu’il peut apparemment respecter, il s’abandonne au pire de ses pulsions.
Il me semble que ce n’est pas instrumentaliser l’horreur que de considérer que, pour la faire cesser et éviter qu’elle se reproduise jour après jour, il faudra radicalement changer notre logiciel : l’État de droit n’est pas destiné à nous faire plaisir mais à protéger la société des Laroche réels ou à venir.
Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux présente « Sage comme une image ?L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) », une émouvante galerie de bambins qui ont grandi sans activités péri-, para- et extrascolaires, loin des angoisses de l’État et des parents sur « les temps de l’enfance » et sur la « santé mentale » de leur progéniture
L’enfance est un naufrage
Au royaume du vivre-ensemble, les enfants vont mal. Surprenant, car tout est fait pour qu’ils aillent bien. Après des vacances conviviales-et-festives où ils se sont vu proposer des stages de « savoir nager », des « escape games » archéologiques, des « spectacles végétaux », des « ateliers sonores », des initiations au bien-être animal et des olympiades intergénérationnelles de hockey adapté, les voici revenus à l’école, acteurs de leur propre savoir en classe, prêts à être évalués sur leurs compétences socio-affectives, rassurés sur leurs lacunes en français et sensibilisés au lombricompostage. Des enfants gâtés, à coup sûr, ayant à cœur de mener, dans le cadre bienveillant de leur parcours citoyen, la lutte contre toutes les formes de discriminations et le combat pour une seule forme de développement.
Outre ces activités ludiques et pédagogiques, toutes créatrices de lien social, les enfants ont la chance d’être initiés, à la plage comme à l’école ou au zoo, aux risques de la vie. Risque de la pêche à pied en famille (noyade), risque de l’extraction de l’huile de palme sur les gibbons (espèce menacée d’extinction), risque des écrans (troubles de l’attention, insomnie, obésité, harcèlement) : on leur explique tout, ils n’ont donc rien à craindre. Félicitons au passage l’école qui n’aura pas manqué, dans ses discours de rentrée, de mettre en garde contre l’usage abusif des écrans avant de se servir elle-même du support vidéo dès les premiers jours de classe pour expliquer une règle de grammaire, les étapes de la photosynthèse ou un événement de l’histoire de France.
Convention citoyenne sur les temps de l’enfant…
Pourtant, malgré les ateliers inclusifs, la résonance avec le vivant et la prévention à tout-va, les parents, le-personnel-éducatif-et-les-professionnels-de-l’enfance s’inquiètent : les enfants ne vont pas bien. L’État s’interroge, lance le dernier-né de son lexique officiel – « santé mentale » – et mandate le Conseil économique, social et environnemental (CESE) pour s’intéresser aux jeunes. Ce n’est pas parce que le chef de l’État « ne comprend pas les adolescents » que l’État doit renoncer à comprendre les enfants : depuis juin dernier, 140 « citoyennes et citoyens » sont ainsi chargés de réfléchir aux « différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ». Cette Convention citoyenne sur les temps de l’enfant est appelée à formuler en novembre prochain des « propositions réalistes » nourries des différents « ateliers territoriaux multipartites » organisés à travers tout le pays.
Enfant endormi dans un berceau sous la garde d’un chien courageux qui vient de tuer près de lui une énorme vipère, Jeanne Élisabeth Chaudet-Husson, 1801.L’Enfance, François Séraphin Delpech (d’après Louis Léopold Boilly), 1823-1828.Louvre, RMN-GP/Adrien Didierjean / MBA de la Rochelle/Max Roy
Notons qu’au traditionnel « temps de l’enfance », celui de nos paradis ou de nos douloureux souvenirs, se substituent aujourd’hui « les temps de l’enfant ». Le temps de l’enfance, c’est « un temps long de 2 000 ans de solitude, à attendre dans l’enclos des dimanches, attaché au piquet des visites en famille, à boire du silence et à manger du ciel bleu depuis la fenêtre de sa chambre » (Christian Bobin, Prisonnier au berceau, 2005). Les temps de l’enfant, eux, sentent l’agenda, le semainier, la boîte à pilules pour vieux, lundi, mardi, mercredi, combien d’heures à rester devant les écrans à 3, 6, 9 et 12 ans, combien d’heures d’école sur combien de jours, combien d’activités péri-, para- et extrascolaires, combien de temps passé dans les transports, à jouer dans sa chambre ou dehors, à s’ennuyer dans son coin, à parler à ses parents, à prendre ses repas, à aider aux tâches domestiques et à rêver. En attendant de découvrir les « propositions réalistes » du CESE pour que les enfants aillent mieux à l’école et à la maison, quittons les ateliers territoriaux multipartites pour rejoindre les ateliers des peintres, ceux qui ont représenté les enfants aux temps troublés de révolutions qui n’étaient pas encore numériques, actuellement à l’honneur au musée des Beaux-Arts de Bordeaux dans l’exposition « Sage comme une image ? L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) ».
Avant Harry Potter et Greta Thunberg…
En partenariat avec le Louvre et le musée de Tessé du Mans, l’exposition regroupe des œuvres provenant de la grande moitié ouest de la France. Anne-Louis Girodet, Horace Vernet, Théodore Géricault, Camille Corot, Paul Delaroche, Eugène Delacroix, Marie-Amélie Cogniet, Louis Boulanger, Auguste de Châtillon : tous ces artistes ont peint l’enfant, qui n’est plus l’angelot potelé ou l’Enfant Jésus des œuvres religieuses, ni le portrait solennel du Prince dont la maturité perce sous les très jeunes années. En cette fin du xviiie siècle et première moitié du xixe, le regard porté sur les enfants s’est adouci, la tendresse et la complicité font s’attendrir les visages à l’heure où les drames de la sensibilité empiètent sur la tragédie des grands sentiments. Les philosophes des Lumières sont passés par là, à commencer par Jean-Jacques Rousseau qui, surmontant sa répugnance pour les livres (« je hais les livres, ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas »), publia en 1762 plusieurs centaines de pages de traité d’éducation – Émile, ou De l’éducation – et put ainsi parler de ce qu’il connaissait mieux que quiconque puisque ses cinq enfants furent placés à l’assistance publique : « Aimez l’enfance, favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable instinct. » Rappelons qu’à l’époque, à sa décharge, les enfants étaient encore bien peu assurés d’atteindre l’âge adulte, et que sa fameuse méthode « d’éducation inactive » (sic), autrement dit, n’avoir pas d’autre maître que l’expérience et le sentiment pour grandir, valait pour des êtres dont l’enfance était souvent le dernier âge de la vie.
Portrait du duc de Bordeaux, Alexandre Jean Dubois-Drahonet, 1828. (C) Musée des Beaux-Arts de Bordeaux/F. Deval.
Enfant bourgeois, enfant des rues, enfant martyr, jeune mendiant, petit Savoyard, enfant prodige : l’exposition montre un xixe siècle gourmand en représentations d’enfants typiques, pittoresques, pathétiques ou porteurs d’espoir pour la société, et nous invite à nous interroger sur notre rapport contemporain à ces images. Interrogeons-nous, en effet. À la nudité de Paul et Virginie (Charles-Paul Landon) s’est substituée celle de ces pères torse nu serrant contre eux de fragiles nouveau-nés dans des publicités pour gels douche hydratants ; l’enfant des rues de la Monarchie de Juillet (Philippe-Auguste Jeanron) a été remplacé par les images pathétiques de gamins du 9-3, petits anges victimes de la société (thèse rousseauiste) car abandonnés par nos institutions (thèse pas franchement rousseauiste) ; quant à Montaigne et Pic de la Mirandole enfants, ils ont laissé place à Harry Potter et Greta Thunberg, enfants prodiges s’il en est, munis de superpouvoirs au moins aussi enviables que leurs illustres prédécesseurs. Le monde n’a pas tellement changé.
Quelques différences à noter, tout de même. Entre 1790 et 1850, les fameux « temps de l’enfant » étaient principalement le temps des champs, de la pêche, du travail à l’usine ou à la mine, pas vraiment les temps péri, para- et extrascolaires. Le Duc de Chartres tenant un cerceau d’Horace Vernet et la Jeune paysanne à la poupée d’Anne-Louis Girodet n’ont pas grand-chose en commun avec le gamer de 11 ans qui passe trois heures par jour sur les jeux vidéo à contrôler sa barre de vie. Victor Hugo, posant pour Auguste de Châtillon (1836) avec son fils François-Victor qu’il tient fièrement par le bras et l’épaule, ainsi que le peintre Jean-Baptiste Isabey, tenant sa fille Alexandrine par la main (François Gérard, 1795), sont des pères et non des parents. Il n’y a aujourd’hui ni hommes, ni femmes, ni pères, ni mères mais des « parents hélicoptères » (Bret Easton Ellis) formés à la parentalité positive et qui survolent la zone de l’enfance en la sécurisant à distance comme ils peuvent, l’essentiel étant de gérer les gosses et de tout faire, via les montres connectées, les applications de géolocalisation et les rendez-vous chez le pédopsychiatre, pour qu’ils soient heureux.
Car c’est ce que l’on veut, qu’ils soient heureux. Après l’enfant-roi, voici l’enfant-heureux malgré tout : malgré la violence, malgré les prédateurs, malgré les inégalités, malgré le contexte familial, malgré l’actualité et malgré le stress climatique. Quand on parle de bonheur, en général, la tristesse n’est jamais loin. « C’est que du bonheur » est d’ailleurs l’une de ces premières expressions ineptes inventées par les médias à l’intention d’une société de névrosés et de personnes malheureuses.
Aujourd’hui, la vieillesse n’est plus un naufrage et, si l’on ne se fait pas tabasser à son domicile pour quelques cuillères en argent, on pourra toujours faire un tour en ULM à 95 ans au-dessus du Mont-Saint-Michel avant de partir dans la dignité, sur la pointe de ses sneakers de senior, grâce à la piquouze magique. L’enfance, en revanche, est devenue notre naufrage collectif. Aucune convention citoyenne, aucun « atelier parent-enfant » ne rendra aux plus jeunes leur joie de vivre. Pour cela, il faudrait qu’ils grandissent dans un monde où le bonheur n’est pas une injonction, ni le malheur une projection. « Proposition réaliste » ?
À voir
« Sage comme une image ? L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) », musée des Beaux-Arts de Bordeaux, 20, Cour d’Albret. Jusqu’au 3 novembre 2025.