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Sortis de l’auberge

Cauchemar en cuisine. Les Français ont déserté les restaurants cet été. La cause de ce désamour n’est pas seulement leurs additions salées. C’est aussi un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.


La restauration traditionnelle française, celle qui prépare amoureusement en cuisine le triptyque entrée-plat-fromage-ou-dessert a du souci à se faire. Concurrencée par des chaînes industrielles mieux à même de respecter les normes sanitaires tout en dégradant la qualité de nos assiettes, elle se fait également tailler des croupières par l’inexorable américanisation de l’Hexagone. McDo, KFC, bien sûr, mais aussi le « All you can eat » – le buffet à volonté – séduisent cette jeune et sympathique génération d’obèses qui peut continuer, sur place, à scroller sur TikTok tout en s’empiffrant ad libitum (oui, le trait est un peu forcé, mais c’est de leur faute).

Dégastronomisation de la France

Résultat, Thierry Marx, président de l’UMIH (syndicat moins marxiste qu’il n’y paraît), s’inquiète de la baisse de fréquentation des restaurants enregistrée cet été – 15 à 20 % de clients manquants sur les terrasses. Il s’alarme de ce qu’il nomme « la dégastronomisation de la France » – et sa maîtrise des arts martiaux nous impose la pudeur de ne pas avoir à l’interroger sur sa gamme « Feed », une espèce de Yop bio, promesse de faire un repas liquide en deux minutes. Le chef étoilé avance des explications pertinentes au peu d’appétit de nos compatriotes – les restaurateurs doivent intégrer au prix des menus l’envolée du coût des matières premières, des loyers, de l’énergie, tandis que la clientèle compte ses sous et redoute les hausses de la ponction fiscale promises par le budget Bayrou. À ce sujet, il serait sans doute judicieux de réserver aux artisans du « fait maison » les taux réduits de TVA dont bénéficie l’ensemble de la profession (McDo compris) – et qui coûtent près de 3 milliards à notre impécunieux État.

Malgré ce dispositif onéreux, les clients constatent depuis des années une folle envolée des additions glissées sur les nappes à carreaux (+12 % rien qu’en 2022 avec une inflation à seulement 5 %). Et la politique énergétique ubuesque que semble vouloir imposer le gouvernement n’arrangera rien – rappel : 300 milliards d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques pour produire une électricité dont nous n’avons (détail) absolument pas besoin. Ce coût de bambou idéologique a vocation à faire doubler la note d’électricité des Français en général et celle des restaurateurs en particulier, entrepreneurs condamnés à disparaître ou à rogner leurs faibles marges : seulement 8 à 10 %. Il leur reste donc 10 euros sur votre note à 100 euros, c’est assez mal payé l’heure de travail décalée. Tout concourt donc à saler plus que de raison l’addition que le serveur nous présente en fin de repas (et même si c’est à la fleur de sel de bambou coréen, ça passe de moins en moins crème).

Crise des vocations

Le SMIC hôtelier a en effet connu une revalorisation notable, car il faut désormais des rémunérations plus élevées pour tenter d’attirer une main-d’œuvre qui a, depuis le Covid, massivement déserté la salle, la cuisine, les sanitaires (côté sanitaires, il y aurait d’ailleurs à redire, mais c’est un autre sujet). Travailler lorsque les autres se reposent, « servir » dans un pays obsédé par l’égalité et constater la diminution drastique des pourliches à mesure que les règlements en cash disparaissent au profit du paiement sans contact (quelle horreur le contact !), tout cela ne facilite pas les vocations. Des pourboires qu’une administration schizophrène et avide de se refaire sur cette histoire de TVA souhaite ardemment fiscaliser, alors que c’est un des rares avantages de ces métiers. Propriétaire d’un restaurant en zone touristique, il vous restera à loger vos saisonniers dans une zone où le moindre garno – sans route à traverser pour aller aux toilettes – se loue à prix d’or sur Airbnb. Bon courage.

De plus, le développement des locations saisonnières incite les vacanciers à cuisiner chez eux. Plus globalement, les restaurateurs subissent plus que d’autres la digitalisation de nos vies. Ce ne sont plus les étoiles Michelin qu’une poignée guette, mais celles de Google ou Tripadvisor que tous redoutent. L’infernal trio Amazon, Netflix, Uber Eats fait aussi partie de l’équation dont le président de l’UMIH déplore le résultat. Car les prix et les autres éléments mis en avant par Thierry Marx n’expliquent que partiellement la désertion des auberges. Depuis 2020, les Français semblent avoir moins envie de flâner, de se fréquenter, non seulement parce que Netflix leur offre dans leur canapé (999 euros sur Amazon avec enceintes surround Bluetooth intégrées et nombreux voyants lumineux) ce que les salles de cinéma leur procuraient jadis – d’ailleurs, elles se vident aussi, tiens, tiens. Plus de resto avant ou après la séance ; plus de séance du tout ! Il est enfin sans doute interdit de penser (attention, discours de haine) qu’ils se méfient plus qu’avant de leurs rues et de leurs terrasses. L’autre apparaît comme dangereux depuis qu’il est potentiellement porteur d’un virus ou d’un couteau.

Résumons-nous : qui a envie d’un dîner à 75 euros par tête, cuisiné à 30 bornes, avec une voisine qui tousse et un voisin irascible – le tout bien sûr, à Crépol et même avec une sangria de bienvenue offerte ? On ne se ferait pas plutôt livrer dans notre Airbnb un hamburger tiède, par un serf à scooter exploité trois euros de l’heure ? On dînerait en dénonçant les conditions humiliantes des serveurs dans la restauration et le travail au noir (dans tous les sens du terme) dans les cuisines de nos tavernes.

La restauration se situe ainsi au confluent de plusieurs maux français : désocialisation, ubérisation, déculturation, crise immobilière, coût du travail élevé, mais faibles rémunérations nettes, excès de normes, fiscalisme désordonné, politique énergétique inflationniste. Résultat, il est possible de manger à Venise ou Lisbonne pour moins cher qu’à Châteauroux. Ce ne serait pas idiot de se demander pourquoi et de s’inspirer de la recette. Les Français ne casseront pas leur PEL pour payer des additions trop salées. J’oubliais, le sel de bambou coréen, c’est le plus cher du monde.

Pourquoi tant de haine?

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Avec Oui, en salles ce mercredi, le réalisateur israélien Nadav Lapid signe un nouveau réquisitoire contre son pays


Quelle rage masochiste anime Nadav Lapid ? Quatre ans après Le genou d’Ahed (l’affrontement  entre un réalisateur israélien et une fonctionnaire du ministère de la Culture, dans un hameau de l’État hébreu) nous revient l’«exilé » volontaire d’Israël, cinéaste désormais cinquantenaire, installé à Paris depuis 2022, plus remonté que jamais contre sa patrie d’origine. Déjà, en 2011, Le Policier, premier film remarquable et remarqué, d’une facture encore assez classique, peignait la rébellion improbable d’un jeune terroriste… israélien ; en 2019, Synonymes portraiturait un paumé en rupture de ban avec Israël, tentant à ses risques et périls de s’inventer une nouvelle vie en France… Avec Oui, Lapid poursuit dans une forme d’acidité triviale son véhément, infatigable règlement de compte, cette fois sous l’aspect totalement déstructuré d’une comédie trash plutôt cauchemardesque qui ne dure pas moins de deux heures et demie –  difficile à avaler.

Le scénario se décline en trois chapitres consécutivement intitulés « La belle vie », « Le chemin », et «La nuit ». A Tel Aviv, Y. (Ariel Bonz), pianiste compositeur de son état, en couple avec une danseuse de bordel, Jasmine (Efrat Dor), prostitués d’occasion l’un et l’autre tout en élevant leur nourrisson, se déchaîne jusqu’à l’orgie chez les ultra-riches. Suite à l’attaque du Hamas le 7 octobre, Y., cheveux désormais teints en blond platine, pense voir sa carrière décoller grâce à la commande qui lui est faite d’un hymne patriotique – réécriture confinant à l’abjection, d’une chanson fameuse de Haïm Gouri baptisée « La Fraternité ». Il a quitté Jasmine pour faire route avec son ancienne compagne, échappée qui le conduira, dans une séquence mémorable, devant l’horizon tonnant et fumant de Gaza sous les bombes.

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Exubérant, chaotique, outrancier, saturé de musiques envahissantes jusqu’à la nausée qui coiffent un dialogue inexistant (hormis une violente logorrhée contre le carnage de Gaza), Oui exprime, dans le paradoxe même de son titre, le consentement à la vilénie rampante dont Y., anti-héros veule et cynique, jouisseur antipathique adepte du léchage de bottes (au sens propre), voire du coït dans le tympan (hé oui !), incarne la logique obscène – projection en chair et en os, dans l’esprit du cinéaste, des mœurs délétères qu’il attribue au pays honni.

Par quel surcroît d’ironie scabreuse Nadav Lapid a-t-il confié le rôle pervers du « milliardaire » au grand acteur russe Alexey Serebryakov, dont on se souvient que dans Leviathan, le chef-d’œuvre d’Andrei Zviaguintsev, il incarnait ce pêcheur boréal dépouillé de sa maison ancestrale par un apparatchik mafieux, de connivence avec le clergé orthodoxe ?    


Oui. Film de Nadav Lapid. Avec Ariel Bonz, Efrat Dor, Naomi Preis, Alexey Serbryakov. France, Israël, Chypre, Allemagne, couleur, 2025. Durée : 2h29.

Pourquoi «Downton Abbey» nous fascine tant?

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Un monde d’avant le monde…


Downton Abbey III : Le Grand Final, sorti le 10 septembre, est le dernier volet de cette saga britannique qui a passionné le monde entier. C’est le troisième film, et probablement l’ultime. Il s’agit d’un chef-d’œuvre que j’oserais qualifier d’absolu tant mon esprit critique généralement prompt à s’exercer est resté sans la moindre réaction négative face à ce spectacle dont je craignais pourtant qu’il ne fût pas à la hauteur des deux précédents.

Une réussite

C’est, en effet, une merveille d’intelligence, de finesse et de délicatesse. Une conclusion parfaitement à la hauteur de cette remarquable réussite, tant à la télévision qu’au cinéma, avec ce sentiment de tendre et réjouissante familiarité qui nous conduit à suivre le destin de plusieurs personnages et à nouer une relation presque fidèle avec les acteurs qui les incarnent. J’ai ressenti ce film comme un régal, une œuvre qui nous purifie des grossièretés parfois surabondantes du cinéma français – trop souvent marqué par une pauvreté d’invention – et plus largement des vulgarités ordinaires, qu’elles soient politiques, sociales, culturelles ou autres.

Non que Downton Abbey soit dépourvu, grâce à l’imagination profuse et variée de Julian Fellowes, de tout ce que la modernité peut charrier de tromperies, d’infidélités ou de trahisons, quels que soient les milieux. Mais sa représentation évite tout ce qui, ailleurs, deviendrait insupportable : la lourdeur, l’insistance, l’exhibition constante de nudités qui satisfont moins l’intérêt que le simple voyeurisme. Comme l’a écrit Marcel Proust, ce n’est pas la matière qui fait la différence, mais le regard que l’on porte sur elle.

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Je voulais justement m’interroger sur les raisons de l’exceptionnelle attraction qu’a suscitée chez beaucoup Downton Abbey, ce monde d’avant le monde que nous connaissons, dans sa crudité comme dans ses rares grandeurs.

D’où vient cette fascination qui existe même chez les esprits les plus républicains ? Il s’agit bien plus que de la nostalgie, puisque la plupart des admirateurs n’ont jamais connu cet univers singulier, fait de politesse, de hiérarchie courtoise et de privilèges acceptés sans la moindre révolte. Au contraire, la parfaite cohabitation de deux mondes, chacun satisfait du rôle qui lui revenait, s’accordant harmonieusement avec l’autre. Sans que la dépendance et le service que l’un assumait avec un dévouement consenti et libre ne portent atteinte à l’atmosphère générale inspirée et dirigée par l’autre.

Étrange concorde

C’est sans doute ce sentiment, pour chacun – société comme individus – d’être à sa place, qui, dans ce microcosme à la fois somptuaire et raffiné, suscite cette étrange concorde : nul mépris d’un côté, nulle servilité de l’autre, mais un ordre social légitimé par l’assurance qu’aucune mauvaise surprise ne surviendrait ni d’un côté ni de l’autre. Une harmonie où la spontanéité n’est pas étouffée par les rites, où les tensions venues de l’extérieur se brisent sur le bloc d’une inaltérable conscience de durée et d’éternité.

Dans la société, tout bouge, on peut continuer à croire à la lutte des classes, aux affrontements, la révolte n’est pas morte, on peut même détester ce paradis lointain des riches, des privilégiés et être cependant fasciné par lui. Car c’est un monde à part, protégé, avec ses règles, ses principes, son harmonie, ses récompenses, sa familiarité discrète, ses connexions douces et gratifiantes entre ceux qui servent et ceux qui sont servis, une halte dans la fureur, une oasis contre la contestation, un ordre qui ne brime pas. Downton Abbey comme un royaume sûr et bienheureux.

2h04

Redford, la classe américaine

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La plus belle gueule d’amour d’Hollywood s’est éteinte à l’âge de 89 ans. Acteur bien sous tous rapports, image glabre d’une Amérique tentatrice, homme de tous les combats « justes », écologiste sincère, promoteur d’un cinéma indépendant, il avait toutes les qualités progressistes de son époque. Il n’en demeurait pas moins une icône au charisme ravageur…


Robert Redford avait tout pour nous agacer, nous humilier. Il cumulait. Il exagérait même. Quel salaud ! Ce beau mec de Santa Monica était béni des dieux, un visage à fendre les ménages les plus solides et le calme d’un technocrate bruxellois vous exposant la règle des 3%. Une retenue olympienne. Presque suspecte. La voix suggestive. Le verbe rare. Aucune modulation disgracieuse. Et le cheveu plus que soyeux, une texture inhumaine ; la mèche à la fois aérienne et consistante, le volume et la légèreté. Apollinien serait le terme exact. Et vous avez vu ses reflets dorés d’une blondeur assassine ? Marylin était battue. Les horreurs du monde coulaient sur la peau lustrée de Redford. Il était l’élu parmi les élus. Voilà tout. Reconnaissons son emprise ! Ne mégottons pas sur son pouvoir de séduction. Il était infini. Nous y avons succombé avec volupté et délice. Les excités du Nouvel Hollywood, les énergumènes, névrosés, cabossés, violentés, souillons, les Dustin, Woody, Al Pacino, De Niro et compagnie qui voulaient casser les codes dans les années 1970, faire dérailler l’establishment, secouer cette apathique Amérique, n’ont pas réussi à le déloger. Car Redford était ce classique qui vieillissait si bien, au-delà des modes, au-delà des présidents. Il n’était pas le plus musclé, le plus révolté, le plus possédé par son art, il était LA star. Le mètre-étalon. Notre bonne conscience. Robert était du côté des gentils et des opprimés. Il ne se vautrait pas dans les combats inutiles. Pour les autres, les suiveurs et les jaloux, les écorchés et les paranos, quelle cruelle injustice ! On se trémousse, on se déshabille, on profère des paroles disruptives, on tente d’exister maladroitement sur l’écran et, à la fin, c’est Robert qui emporte la mise. Banco ! Notre imaginaire lui appartient.

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Chez d’autres acteurs, cette image trop brossée à la pâleur d’un dentifrice aurait pu être fatale sur une longue carrière. Chez lui, il y a bien sûr le talent, la vista, la classe naturelle, l’intelligence des rôles, des partenaires à sa hauteur, mais surtout la marque d’une qualité « Made in USA » qui ne s’est pas démentie au fil des années. On revient toujours à l’original. Ce type-là était déjà une star avant d’en avoir pleinement conscience. Il devait bien se douter que sa gueule brûlait la rétine de ses petits camarades. Tous sexes confondus, il coupait le souffle. Un mec de ce calibre dans un lycée de province foutait votre année scolaire en l’air. Il matait toute concurrence. Les filles, le proviseur, les profs, le personnel administratif, les cantinières et les jardiniers, tous succombèrent. On était captif de cette onde californienne. Pour des petits Berrichons, c’était les US en intraveineuse: Venice Beach, une Corvette Stingray split window, un flight jacket et Robert en nonce apostolique. Croiser une telle beauté, du même genre que celle de Paul Newman, fut un choc visuel et émotionnel. Aujourd’hui, mémoriel. On pourra dire que l’on a rencontré ce phénomène de notre vivant, qu’on l’a vu à la séance du mercredi à 14h00 en majesté. C’était peut-être pour vous rien que du cinéma, du chiqué, du grossissant, moi je crois que c’était une forme de vie augmentée. Le cinéma ne peut agir durablement sur notre psychisme que s’il est véhiculé par des géants comme Redford. Nous avons cru en lui. Meryl et Barbra aussi, qu’elles viennent nous dire dans les yeux que la présence de Robert n’était pas sismique. Je lui faisais entièrement confiance. J’ai suivi à la lettre ses préceptes. Quand j’ai vu « Nos plus belles années », j’ai opté pour le trench-coat au col relevé à défaut d’être officier de marine. Après « Les Trois Jours du Condor », je n’ai pas quitté mon caban et mes lunettes d’aviateur pendant six mois. L’été fut chaud. « Out of Africa » coïncida avec une période trouble de mon existence, je portais un gilet près du corps, l’effet était désastreux et involontairement comique. « L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » me réconcilia avec les chemises en jean. Une star, une vraie, produit cette transposition-là.

Monsieur Nostalgie

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De Londres à la Vendée, cette Europe qui dit «stop»

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La pétition lancée par Philippe de Villiers le 7 septembre dépasse le million de signataires. Une majorité silencieuse veut en finir avec l’immigration massive.


La pétition contre l’immigration lancée par Philippe de Villiers dépasse désormais le million de signatures. Le texte réclame un référendum sur la question et parle d’urgence vitale. « L’immigration est la question qui commande toutes les autres. Nous sommes en train de changer de peuplement. Nous sommes en train de changer d’art de vivre. Nous sommes en train de changer de civilisation. Si nous ne faisons rien, c’est la fin de la France » peut-on lire. Juristes et macronistes comme Yaël Braun-Pivet brandissent la Constitution. En effet, il faudrait la réviser ou la torturer pour organiser une telle consultation.

Médias et État de droit contre le vicomte

Les médias progressistes, qui suivaient la pétition contre la loi Duplomb comme le lait sur le feu, n’en ont parlé qu’hier, quand Laurent Wauquiez a annoncé à son tour l’avoir signée. Ils nous expliquent que faute de contrôle, le chiffre n’est pas fiable. 

Peu importent le chiffre exact et ces passionnantes questions constitutionnelles. Pour Villiers, qui reste sur le terrain politique, le référendum est le seul moyen de forcer la main du pouvoir exécutif et du Conseil constitutionnel. Ou alors, peut-être faudrait-il élire des gouvernants capables de défier ce fameux Conseil constitutionnel…

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Quel que soit le nombre réel des signataires, il y a une certitude : une majorité silencieuse (y compris de gauche) veut en finir avec l’immigration massive – un sujet qui échappe depuis des décennies à la délibération démocratique. Pas par racisme. Parce qu’elle ne veut pas devenir culturellement minoritaire chez elle. Elle ne veut pas voir son cher et vieux pays disparaître. C’est un refus de l’effacement, et aussi un refus de l’islamisation qui fait peur à beaucoup de gens.

Ce phénomène n’est pas seulement français. En effet, on observe un refus européen. C’est le même message qu’ont adressé samedi les 150000 Britanniques qui ont manifesté à Londres dans une marée d’Union Jacks. Un défilé pacifique. Et sans haine. Ceux qui veulent s’intégrer, s’assimiler et aussi travailler sont toujours les bienvenus.

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Nous vivons peut-être un point de bascule. Les peuples ne se laissent plus intimider. Ces majorités silencieuses exigent de pouvoir dire la vérité, par exemple que l’immigration incontrôlée a des conséquences en termes de délinquance ou de niveau scolaire. En Grande-Bretagne, des médias et des élus ont caché les viols en masse commis par des gangs pakistanais. Ça, c’est fini. Le camp du bien a perdu la main. Traiter les gens de racistes ne sert plus à rien.

Dans de nombreux pays d’Europe, comme le Danemark, la Suède ou l’Allemagne, les gouvernements, y compris parfois de gauche, ont adopté des politiques restrictives. Pour les autres, le choix est clair : soit ils entendent la colère des électeurs qui ne veulent pas de ces sociétés multiculturelles et multiconflictuelles, soit ils seront balayés. Espérons que ce sera par les urnes.

Populicide

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Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger.

Araki: la loi du désir


Devenue si pudibonde, notre époque est-elle encore capable de se rafraîchir les méninges avec le cinéma faussement ingénu, si trash et décoiffant de Gregg Araki ? Non, ce n’est pas un caprice du bien nommé Capricci, distributeur exigeant, que de ressortir en version restaurée la trilogie culte du cinéaste nippo-américain aujourd’hui âgé de 65 ans, réalisée juste après The Living end, son premier long métrage, entre 1993 et 1997, sans beaucoup d’argent, et sans manifester encore tout à fait la pleine maîtrise de son outil de travail.

Va te faire fourrer ta grosse moule barbue 

Totally F***ed up, tourné en 16mm, mais alors vraiment avec les moyens du bord, met en scène une bande de teenagers de Los Angeles, hédonistes et désœuvrés, dans l’angoisse térébrante du Sida. Autant dire que nous voilà transportés dans ce moyen-âge antérieur au siècle du smartphone, des applis et des sites de rencontre. James Duval, promis à devenir l’acteur fétiche d’Araki, s’y découvre sous les traits du bel Andy, garçon de 18 ans au cœur d’artichaud, désespérément en quête de l’âme sœur, dans des idylles trompeuses qui le renvoient à sa solitude immature.

Prénommé cette fois Jordan, on retrouve James Duval en immortel éphèbe fleur bleue, dans le vortex de The Doom Generation (littéralement « la génération damnée ») dont le générique annonce plaisamment « un film hétérosexuel de Gregg Araki » : comédie gore parfaitement déjantée virant au cauchemar, d’une crudité sans borne, où l’argot se débonde dans des répliques qui, en 2025, franchirait difficilement la censure du wokisme (« va te faire fourrer ta grosse moule barbue »). L’on y rote, pisse, sans craindre même de baver sa semence en gros plan dans une main – et toujours dans le dos des parents bien sûr, instance modératrice astucieusement laissée hors champ… Provocations moins attentatoires qu’il n’y paraît à la décence, car toujours pétries d’une espèce de candeur, et mâtinées de cet humour potache qui sait mêler l’acidité la plus corrosive («- maman se shootait, elle a viré scientologiste ; mon père est mort. – sorry. – laisse tomber. C’était un vieux con alcoolique ») à une fantaisie presque enfantine, sur un fond de sensualité débridée dont le septième art n’est décidément plus accoutumé.

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Arrachement de piercing à la pince-crocodile

Outre l’apparition surprise de Chiara Mastroianni dans Nowhere, ultime volet luciférien du triptyque basé dans « la capitale du monde de l’isolement », à savoir L.A, l’on verra un séducteur bellâtre se transformer soudain en violeur enragé. Entre prises d’ecstasy et hypnose, rêve d’apocalypse et gang de drag queens, évangélistes et aliens, voire arrachement de piercing à la pince-crocodile, y étincelle encore le ravissant Duval. La poétique ouvertement gay d’Araki annonce ici la forme hallucinée qui s’épanouira dans les films de la maturité, en particulier à travers la captivante ambiguïté de Mysterious Skin (2004) puis dans le délirant Kaboom (2010), petit chef-d’œuvre de drôlerie survoltée où l’obsession extraterrestre se fait insistante. Pour l’heure, Nowhere a été remixé, remasterisé et agrémenté des scènes coupées lors de sa sortie aux États-Unis.

I Want Your Sex, le dernier opus de Gregg Araki, attend encore sa date de sortie sur les écrans français. En guise d’apéritif, goutez- moi un peu de ce Teenage Apocalypse, vous m’en direz des nouvelles. Et pour bientôt, en Blu-ray.          


Trilogie Teenage Apocalypse, de Gregg Araki.
Totally F***ed up. Etats-Unis, couleur, 1993 (restauration 2K). Durée : 1h19
The Doom Generation. Etats-Unis, France, couleur, 1995 (restauration 4K). Durée : 1h23
Nowhere. Etats-Unis, France, couleur, 1997 (restauration 4K). Durée : 1h24

En salles le 17 septembre.

En Blu-ray, édition Capricci, disponible à partir du 2 décembre 2025.

Quand Francis Lalanne invente le pacte Mélenchon-Bardella

Francis Lalanne, ménestrel national en cuissardes bien connu, est parti de Léo Ferré pour finir en clown triste de nos émissions TV les plus bas de gamme. Récemment, il s’est transformé en prophète prorusse, et tente de marier MM. Mélenchon et Bardella dans une épopée géopolitique plus rock’n’roll que ses chansons. Récit.


Enfance dun ménestrel

La carrière de Francis Lalanne commence bien. Très tôt, il se fait remarquer pour son talent d’auteur-compositeur-interprète. À 21 ans, il est disque d’or. Il a une belle tête, un léger accent étrange, un air romantique, il parle d’amour et de fragilité, on le compare à Léo Ferré. Si les loups du show-biz ne le mangent pas, il peut espérer, qui sait, accéder à la cour des grands, des Brassens et des Brel. Mais les loups du show-biz vont le dévorer tout cru. Car, tout précoce et doué qu’il soit, Francis a un énorme talon d’Achille : son égo, que la célébrité va démultiplier sur scène.

Dans les années 80, les concerts de Lalanne prennent une dimension énorme. Au Palais de Sports de Paris, il se produit seul devant une foule hystérique, et force de constater qu’il sait y faire. Son public, essentiellement composé de filles enamourées, impressionne par sa ferveur. Le charisme de Lalanne fera même peur à Pierre Desproges qui le comparera, excusez du peu, sans rire, à Hitler. Tout est en place pour une carrière de haut niveau. Mais Lalanne, comme tant d’autres avant lui, va ignorer une règle d’or de la célébrité : il ne faut jamais croire sur parole les gens qui vous idolâtrent. Et un mal irréversible s’immisce dans les failles du personnage échevelé qu’il s’est créé : le ridicule.

Le vol plané dIcare

Alors qu’il faudrait se faire rare pour rester cher, Lalanne devient un bon client des émissions bas de gamme et hautes en audimat. Chez Patrick Sabatier, il se lance dans une tirade affligeante où il fait semblant de sangloter. Ses fans sont émues, mais le reste du public détecte en lui un clown. Lalanne amuse, et il est imprudent pour un poète de déclencher l’hilarité. Inexorablement, il devient celui que l’on ne regarde plus que pour s’esclaffer, dans des talk-shows de plus en plus cruels. On ne s’intéresse déjà plus à ce qu’il chante. Addict à la médiatisation plus encore qu’aux alexandrins, Icare tombe à pic.

Alors, comme les ventes de disques sont en berne, il tente de se rétablir, mais fait le pire des choix possible : la politique. Lalanne passe en mode « Je suis Victor Hugo » et se cherche des Napoléon III à rapetisser. Il appelle le peuple à se révolter contre les politiciens au pouvoir. Sur les plateaux, il pérore, gesticule, menace, donne de la voix qu’il a toujours belle, et exagère. Son outrance est, comme on dit de nos jours, malaisante. Chez Ruquier, il se lance dans un duel verbal contre Éric Naulleau et le public se gondole. Le pauvre Francis se veut héroïque, sacrificiel, soljénitsynien, mais l’effet produit est invariablement burlesque. Ne s’avouant jamais vaincu, Lalanne double sans cesse la dose de lalannisme. Chez Hanouna – qui, avec la ruse qu’on lui connaît, lui dit l’adorer pour mieux l’assassiner -, il atteint des sommets de grotesque. Plus personne ne le prend au sérieux. Le monde de la musique lui tourne le dos avec le premier mépris. Il ne se produit que dans de petites salles, pour un dernier carré d’admiratrices. La rumeur, crédible, annonce qu’il est ruiné. Il a toujours sa dégaine, ses cuissardes, sa chevelure de pirate : la panoplie est intacte, mais les muses envolées, la gloire disparue, et la dégaine ne nourrit pas.

Francis moscovite

Puis, récemment, soudainement, Lalanne part à Moscou. Dans une vidéo en duplex avec Oliv Oliv, un des principaux agitateurs online des gilets Jaunes sur les réseaux sociaux, il déclare un amour immodéré pour le régime de Poutine et, par rebond, une exécration intégrale pour Macron, présenté comme « le tyran » qui va nous précipiter dans la guerre nucléaire mondiale. Avec son camarade de jeu, ils supplient leurs followers de signer la pétition pour la destitution du président français – seule solution, selon eux, pour sauver à temps l’humanité. Et, comme chez Sabatier autrefois sur le sort des jeunes musiciens, il sanglote désormais en évoquant les souffrances du peuple russe. Il émeut les haters, si nombreux sur YouTube etpeu regardants quant à la qualité de leurs prophètes, du moment qu’il y a de la rage à revendre. Il se trouve que, sans doute grâce à cette opération de relations publiques multicartes (Lalanne sera accueilli à son arrivée à Moscou par un diplomate russe), ladite pétition rencontre un franc succès. Cerise sur le gâteau, Francis lance en Russie (avec l’aide de qui, on se le demande) un clip très professionnel en duo avec Elena Maximova, chanteuse locale liée, ô surprise, aux chœurs de l’armée russe.

L’aventure ne s’arrête pas là, loin s’en faut. Car Lalanne retourne à Moscou où il donne, dit-il, une série de concerts fort bien accueillis par un public russe friand de chansons françaises. On le pense recasé là-bas. Et voici qu’il revient à Paris la semaine dernière, et livre un grand interview d’une heure et demie au site Géopolitique Profonde, prétendument « dissident » et friand d’invités étranges (Soral, Dieudonné, Douguine, idéologue du poutinisme, Soloviev, propagandiste en chef de la télévision d’État russe, Philippot, Asselineau, Pierre Hillard, qui assure que tout le mal du monde vient des loubavitch, et j’en passe). Et là, devant un décor hi-tech digne d’un BFM qui serait tout entier voué à dénoncer les Protocoles des sages de Sion, Lalanne sort le grand jeu. On a beau s’attendre à tout, il réussit à nous surprendre.

Lalanne fout le bardel

Face caméra, il interpelle très longuement, avec théâtralité, Jordan Bardella et le somme de rejoindre Jean-Luc Mélenchon, qui vient de signer la pétition exigeant la destitution. C’est bien filmé et bien interprété. Son discours est impeccablement structuré et extrêmement offensif, insolent et menaçant : il dit à « Monsieur Bardella » que, s’il refuse d’apposer sa signature, il sera considéré par le peuple français comme « un traître », car il aura ainsi démontré que son désir de voir Macron quitter l’Élysée était une pitoyable comédie. Bardella fera alors officiellement partie de « l’opposition contrôlée » et perdra toute crédibilité, et l’honneur avec. En effet, Macron n’ayant aucunement l’intention de démissionner, la seule solution pacifique encore à la disposition du la rue est de le destituer, puisqu’elle est constitutionnelle, donc républicaine. Indiscutablement, l’argumentation tient. Lalanne félicite Mélenchon d’avoir pris la bonne décision et somme Bardella de lui emboîter le pas le plus vite possible. Un peu plus tard, il proposera aux militaires français de refuser d’obéir à notre belliqueux chef État. Lalanne s’était politisé pour sauver sa carrière, il se géopolitise pour sauver son sauvetage.

On pourrait rigoler une fois de plus. Une foucade lalalienne de plus ou de moins, quelle importance ? Mais la vérité n’est pas si simple. D’une part, parce qu’en inventant le pacte Mélenchon-Bardella, Lalanne lance un défi à toutes les oppositions de droite. N’a-t-il pas raison, après tout, d’affirmer qu’une fort improbable démission de Macron n’est qu’une ombre, quand la vraie proie est sa destitution nette et sans négociation ? Et, puisque le RN attend son départ avec la première énergie, de manière quasiment obsessionnelle, ce serait trahir sa propre exigence que de ne pas peser de tout son poids en faveur de la pétition destituante. Enfin, la démarche fait de LFI le seul parti à vouloir sincèrement la fin prématurée du mandat présidentiel en cours. La balle explosive est dans le camp du RN. S’il y a une réelle intelligence stratégique dans l’idée de Lalanne, elle est là : au nom de la macronophobie, oui, LFI et RN peuvent s’allier et prendre en tenaille la macronie comme jamais ces deux partis n’ont osé le faire. Broyer le centrisme entre ses deux pires ennemis aurait bien plus d’efficacité que de se regarder le loin en chiens de faïence. Reconnaissons à Lalanne d’avoir tendu un piège efficace au RN. Accepter son offre est impossible : ce serait se soumettre à l’inspiration Mélenchon quand on prétend le combattre. La refuser est toutefois problématique. Voulez-vous que Macron s’en aille tout de suite ? Tendez la main au camarade Jean-Luc, et l’affaire est entendue ! Sans quoi il pourra dire que l’antimacronien, le vrai, c’est lui et lui seul, et que le RN est un simulacre de courage politique.

Ce nest pas drôle

Ah, il serait si simple de s’en amuser, et de considérer que Lalanne dit n’importe quoi ! Hélas, les idéologies ont une histoire, une logique de gravitation, des affinités secrètes contre lesquelles le bon sens bourgeois s’est souvent montré impuissant. Nous voyons, à travers le bavassage d’un mirliton en perte de notoriété, se mettre en place un schéma aux perspectives inquiétantes. Car, nous le savons, la France est entrée dans une phase pré-révolutionnaire et, dans ce contexte, il faut savoir être alerté à temps par des signes discrets. Parmi eux, il y a l’éventualité d’une collusion entre colère communiste et colère nationaliste. Si d’aventure elle prenait forme et consistance, elle pourrait nous coûter horriblement cher. Nous en sommes encore loin, direz-vous. En êtes-vous si sûrs ? Hier matin même, Sébastien Chenu, vice-président du RN, déclarait sur Twitter  « Nous voulons taxer l’argent qui dort : spéculation, dividendes, rachats d’actions. » Un mot doit nous faire fait bondir : « dividendes ». Quiconque connaît un peu l’économie sait que, sans dividendes, pas de capitalisme, pas de bourse, pas de marché, pas de croissance. L’étranglement des dividendes a un nom : le socialisme. On n’est même plus, alors, en social-démocratie. On plonge dans la gueule du mitterandisme le plus dentu. Pour mémoire, dans les heures qui suivent l’élection de Mitterrand, près de quarante valeurs chutent de plus de 30% sur la place de Paris. Bis, Ecco, Matra, Compagnie Bancaire, Cetelem, perdent même plus de la moitié de leur valeur. À l’époque, l’économie se porte encore correctement et encaisse tant bien que mal le choc. Elle est même florissante, comparée à celle de 2025. Aujourd’hui, que resterait-il de nous, si un schéma semblable se reproduisait ?

Tout le monde sait que le RN s’est gauchisé à la fin du règne de Jean-Marie Le Pen, afin de phagocyter l’électorat du PCF. La manœuvre a brillamment réussi, mais elle a eu un prix : lentement mais sûrement, le lepénisme est devenu un demi-socialisme. En accusant sans complexes les dividendes, il devient un vrai socialisme, comparable à celui François Hollande voire, pire encore, de Pierre Mauroy. Un pas de plus à gauche et, s’il prend le pouvoir, il rencontre LFI sur la ligne de démarcation. Le pacte devient réalité. Et ceux qui taxent cette thèse de folie en constateront aussitôt le résultat sur leurs relevés bancaires. On leur souhaite bien du plaisir.

« Jamais Marine Le Pen ne jouera à ce point avec le feu ! » Voire. Elle a une grosse boîte pleine d’allumettes à la main et craque celle du peu qui nous reste de capitalisme. Elle veut siphonner une part de LFI en aspirant ses non-musulmans  Rien n’indique qu’elle ne va pas provoquer un incendie idéologique où l’on verra la droite dite patriote se jeter dans les bras du collectivisme pour punir les riches. Quand les vases électoraux communiquent dans la détestation de la prospérité, tout devient possible, surtout le pire.

Dostoïevski nous a prévenus

Nous voilà parvenus au terme de cette curieuse fable où tout est vrai, et qui fait d’un jeune chansonnier innocent un énervé idéologique, rêvant éveillé de voir s’accoupler gauche rouge et droite tricolore. Le concept était dans l’air depuis un moment, mais le pamphlet de Francis à l’adresse de Jordan Bardella lui confère une consistance particulière, à laquelle on devrait s’intéresser. Les idéologies sont virales, elles se reproduisent par mutations successives et imitations réciproques. Certains, dont Lalanne, voudraient accélérer la mutation du RN en copié-collé le LFI, fusion aux conséquences encore incalculables, et peu ragoûtantes. Si cette mutation continuait, puisqu’elle se produit déjà dans les alambics de la crise, nul doute que MM. Mélenchon, Soral, Dieudonné, Douguine, se frotteraient les mains.

Pour Lalanne ce serait une bien belle revanche sur le pays qui a cessé de le prendre au sérieux. « Et si la mort me programme / Sur son grand ordinateur », fredonnait-il autrefois. Il essaie désormais de faire bugger le logiciel de la France, tel le prince Stravguine faisant perdre tous ses repères à une petite ville de province, dans Les Possédés de Dostoïevski. Un livre dont le plus grand génie est d’avoir pris très au sérieux une petite bande de clochards illuminés, orgueilleux et malfaisants. 1917 s’ensuivit.

Les Démons

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Question juive à la piscine

En vacances au bord de la piscine, dans un coin de France pas remplacé et qui entend le rester, on finit par oublier qu’ailleurs l’antisémitisme se lâche. Alors quand des juifs mal élevés prennent leurs aises chez les gentils, on s’agace.


À la piscine du camping, une famille sépharade, trois femmes, la grand-mère, une tante et la mère, et deux gosses, teint basané et prénoms pas vraiment français. Pas des Arabes, mais presque. Impossible de l’ignorer parce que depuis le milieu du bassin ça braille. « Maman, dis à tata qu’elle m’apporte les anneaux ! » Là où les enfants de vieille souche sortent de l’eau et vont eux-mêmes chercher leurs jouets discrètement sans le faire savoir à tout le monde. Je pense à je ne sais plus quel membre de ma famille un peu plus distingué que les autres et agacé par leurs manières très la vérité si je mens qui disait « Tas d’ordinaires que vous êtes » au reste de la tribu. On essaie de lire, on souffre en silence. Après tout, on n’est pas à la bibliothèque alors on la ferme, mais on n’en pense pas moins.

Privatisation abusive

À midi, les familles se rhabillent et ramassent leurs gosses et leurs affaires pour aller déjeuner sur les terrasses des mobil homes, sauf la famille Hernandez qui étale ses serviettes sur quatre transats avant d’aller remplir Noam et l’autre, menacés d’obésité, de plats huileux qui n’étouffent que les chrétiens et de sodas pour faire passer. Je les regarde partir. Bientôt les familles reviendront occuper les chaises longues autour du bassin et très vite, il n’en restera plus une seule de libre, sauf ces quatre-là privatisées contre tout usage par les sans-gêne. Je ne peux plus lire, mon attention est captée par les transats monopolisés. Dans une heure, une famille passera son chemin devant les quatre serviettes sur les quatre transats vides et s’installera comme elle peut sur des chaises inconfortables pendant que les autres prendront le temps de finir de manger leurs merguez ou de faire la sieste.

Le soleil brûle mais c’est le démon de l’antisémitisme qui vient me chatouiller les pieds et je me monte le bourrichon. On est au bord de la mer mais en Vendée, pas à Marseille et pas en Espagne. Loin de ces contrées du gauchisme et du remplacisme, loin des graffitis pro-Gaza, des drapeaux palestiniens, des insultes et des agressions, on peut être juif, même mal élevé, sans risquer l’agression. Et on peut mépriser des Juifs sans risquer l’amalgame avec la racaille.

Acte vengeur

Putain de sépharades de merde et sans vergogne ! Je pense aux efforts combinés d’Alain Finkielkraut, d’Éric Zemmour et de quelques autres, par le discours et par l’exemple, pour aider les autres Français à se débarrasser de leurs préjugés sur le Juif fraîchement débarqué d’Afrique du Nord, efforts ruinés par les mauvaises manières de ceux-là. Il me vient à l’esprit que les mal élevés ont laissé leurs serviettes sans surveillance et sans crainte parce que, sans même y penser, elles savent que personne ne viendra les leur voler dans ce camping vendéen aux vacanciers très majoritairement catholiques.

La colère monte et excédé, je me lève, me dirige vers les serviettes sûres d’elles et dominatrices qui se pavanent au soleil, je les ramasse une par une, en fais une boule que je jette sur une chaise vide et ombragée et je quitte la piscine. Je ne suis pas mécontent d’avoir libéré les quatre transats qui serviront bientôt à une famille polie qui n’aura pas eu l’outrecuidance de monopoliser d’avance un espace public. Sans mon acte vengeur, les serviettes auraient pu régner sans partage sur des chaises vides et au soleil pendant des heures. Qui aurait eu l’audace dans cette France-là, chrétienne et réservée, cette France qui s’empêche, de s’affranchir des règles élémentaires de politesse et de respect du bien d’autrui en dégageant sans ménagement des affaires qui ne lui appartiennent pas ? Qui d’autre que moi, un Juif – sépharade de surcroît ?

L'affranchi

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Le paradoxe Charlie Kirk

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L’assassinat de Charlie Kirk dépasse sa personne: en le tuant pour avoir osé parler et contredire, c’est le dialogue démocratique lui-même qu’on a visé, faisant de ce polémiste droitier un martyr du débat malgré lui.


Charlie Kirk, martyr du dialogue ?

On assassine parfois des hommes pour ce qu’ils incarnent plus que pour ce qu’ils disent. Charlie Kirk n’était pas un prophète, ni un saint, mais il portait sur la scène publique un geste devenu insupportable : celui de parler encore, de répondre, de contredire, de tenir debout dans le tumulte. Il n’a pas été tué pour une idée, mais pour un acte : celui d’ouvrir la bouche et d’accepter que d’autres la lui ferment par la parole plutôt que par la violence.

C’est là que réside la dimension tragique de son meurtre : il ne s’agit pas seulement d’une disparition individuelle, mais d’un signe funeste. On n’a pas seulement abattu un homme ; on a voulu supprimer le dialogue lui-même. Le sang de Kirk a coulé comme un encrier renversé sur la table de la démocratie : une tentative de noyer la parole dans la terreur.

Introduction : l’aveu nécessaire

Cet assassinat m’oblige à un aveu que je n’aurais pas pensé formuler. Mon « coming out » politique est né de cette évidence : nous ne vivons plus dans un monde où le dialogue est présupposé ; nous vivons dans un monde où le dialogue est devenu une faute. Toute ma vie, j’ai parié sur la force civilisatrice de la confrontation maîtrisée, sur la capacité des ennemis à se parler. Mais il faut désormais reconnaître que ce pari se heurte à une vérité crue : il existe des forces qui ne cherchent pas à discuter, mais à abolir la possibilité même de discuter.

C’est pourquoi je ne change pas de camp, mais de stratégie. Je reste fidèle à l’idéal démocratique, mais j’ai compris que, pour sauver le dialogue, il faut combattre ceux qui l’assassinent. Comme Kirk, nous devons accepter que notre fidélité à la parole nous expose au glaive.

Les fondations : là où le dialogue devient chair

J’ai vu au Rwanda des survivants parler à des génocidaires. J’ai vu des Israéliens clandestins s’asseoir avec des Palestiniens qui risquaient leur vie en osant leur répondre. J’ai vu des ennemis, les yeux rouges de haine, découvrir soudain, en se parlant, qu’ils avaient en commun une même peur, une même perte, un même deuil.

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Ces instants disent l’essence du dialogue : non pas l’accord, mais la reconnaissance mutuelle dans la douleur. C’est ce que j’ai toujours appelé la « thérapie du conflit ». Mais j’ai aussi vu ces expériences menacées, interdites par les groupes armés qui considèrent la parole comme une trahison. Ce que Kirk a subi sur une scène américaine, d’autres l’ont vécu dans les ruelles de Ramallah ou de Kigali : la menace de mort pour avoir osé normaliser l’ennemi par la discussion.

Les nouveaux totalitarismes : la guerre contre la parole

L’époque a basculé. Le totalitarisme n’est plus seulement un régime : c’est une dynamique planétaire qui vise à abolir l’espace commun. L’islamisme radical en est la forme la plus redoutable : il promet la pureté et la vérité révélée, il désigne ses victimes expiatoires — le Juif, l’Occidental, l’apostat. Comme le nazisme jadis, il n’accepte pas la contradiction : il n’a d’autre horizon que l’élimination.

Croire encore que le dialogue suffit, c’est répéter l’illusion de 1940 : on ne réconciliait pas les nazis et les Juifs autour d’une table, il a fallu d’abord vaincre le nazisme. Ce n’est qu’après la défaite qu’un dialogue a pu renaître sur les ruines. De même aujourd’hui : avant d’abattre la logique totalitaire, le dialogue est réduit au silence par la peur. La balle qui a tué Kirk nous le rappelle : la parole est désormais une cible.

L’aveu politique : nommer l’ennemi

C’est ici que mon aveu prend toute sa portée. Les seules forces qui osent nommer ce danger, ce sont celles qu’on range, commodément, sous l’étiquette d’« extrême-droite ». Trump, Orban, Zemmour, Farage : tous diabolisés, accusés d’incarner les heures les plus sombres, mais tous refusant le mensonge rassurant qui nie le danger.

Je n’idéalise pas ces hommes ; ils sont traversés de contradictions. Mais eux seuls posent la question vitale : la démocratie peut-elle survivre à des ennemis qui nient le dialogue ? Et eux seuls affirment que le réalisme n’est pas un crime. Pendant ce temps, les « modérés » s’abandonnent à la douceur suicidaire que Tocqueville redoutait.

Kirk, en osant parler dans ce climat, a incarné ce paradoxe : c’est le camp qui se croit progressiste qui tue la parole, et c’est le camp honni qui la défend, maladroitement mais résolument.

L’homme contre l’idéologie

Et pourtant, je sais qu’il reste toujours des failles dans la muraille. J’ai rencontré des anciens tueurs capables de tendresse, des musulmans rigoristes d’une hospitalité bouleversante. L’homme n’est jamais totalement perdu ; c’est l’idéologie qui le déforme.

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Arendt l’avait compris : ce sont des hommes ordinaires qui deviennent les rouages du totalitarisme. Charlie Kirk n’a pas été abattu par un démon, mais par un homme que l’idéologie avait transformé en instrument. C’est pourquoi il faut distinguer l’individu, toujours sauvé par un geste possible, et la logique qui l’enferme. Mais pour briser cette logique, il faut d’abord la nommer et l’affronter.

Conclusion : Kirk, témoin d’un paradoxe

Deux tâches s’imposent à nous :

1. Créer partout des lieux où le conflit peut être assumé sans devenir meurtre, où la haine peut être transformée en parole.

2. Refuser l’angélisme, et combattre ceux qui veulent abolir la pluralité et transformer le conflit en guerre totale.

Car le conflit est la respiration même de la démocratie. Mais lorsque le conflit est interdit, la démocratie s’asphyxie. Tocqueville l’avait annoncé : les sociétés démocratiques peuvent mourir de leur douceur.

Charlie Kirk est mort de cette douceur devenue aveugle, de cette complaisance qui préfère la censure au risque de l’affrontement. Sa mort fait de lui, malgré lui, un martyr du dialogue. Non pas parce qu’il portait la vérité absolue, mais parce qu’il incarnait le geste essentiel : parler, risquer sa voix, croire encore que la dispute vaut mieux que le silence des tombeaux.

C’est à nous, désormais, de comprendre sa leçon : le dialogue n’est pas un acquis paisible, c’est un combat. Un combat à mener avec des mots quand on le peut, avec des armes quand on n’a plus le choix. Dialoguer partout où c’est possible, combattre partout où c’est nécessaire : voilà l’unique fidélité qui nous reste envers ceux qui, comme Charlie Kirk, sont tombés pour avoir parlé.

Fast-fashion: des fake news pour justifier un projet de loi controversé?

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Pour justifier l’adoption d’une loi anti-fast fashion largement édulcorée, plusieurs ministres, aujourd’hui démissionnaires, avancent des chiffres extravagants afin de culpabiliser les clients des plateformes chinoises comme Shein et Temu. Une stratégie de diversion grossière et hasardeuse.


Six fois plus vite : à l’ère de la post-vérité, c’est la vitesse à laquelle une fake news se propage par rapport à une information vérifiée. L’étude sur laquelle est fondée cette affirmation ayant été menée par le très prestigieux MIT en 2018, et mondialement relayée depuis, on aurait pu attendre du gouvernement et des journalistes français qu’ils fassent preuve de la plus élémentaire prudence avant de relayer certains chiffres pour le moins fantaisistes.

Une stratégie de diversion pour faire oublier une loi vidée de sa substance ?

Le 30 août dernier, Véronique Louwagie, ministre démissionnaire déléguée au Commerce et à l’Artisanat, affirmait ainsi dans les pages du Nouvel Obs que « certains sites asiatiques d’e-commerce » – Shein et Temu, pour ne pas les nommer – seraient responsables de l’arrivée de « 600 avions provenant chaque jour de Chine vers l’Europe ». 600 avions, pleins à craquer d’habits bon marché, saturant l’espace aérien, vraiment ?

« D’où parles-tu, camarade ? », demandaient fort à propos nos soixante-huitards dans les amphis du Quartier latin sentant bon la marijuana et la lessive en retard. Si l’hygiène personnelle de Véronique Louwagie n’est pas en doute, nous ne savons que trop bien d’où la ministre parle dans les colonnes de l’organe officiel de la gauche caviar : de la position, qu’on lui concédera inconfortable, de celle dont la proposition de loi anti-fast fashion a été vidée de sa substance, et qui rêve de se maintenir en poste après la chute du gouvernement Bayrou.

Quand un avion vole dans le ciel, la ministre en voit trente

Sauvées par le gong – ou un habile travail de lobbying ? –, nos marques « européennes » comme Kiabi, Decathlon ou Zara. Et qu’importe si celles-ci faisaient, bien avant les plateformes chinoises, fabriquer l’essentiel de leurs produits dans de douteuses conditions en Asie. Ne reste plus qu’à taper sur leurs concurrentes asiatiques. Quitte à forcer le trait.

Ainsi du chiffre, pour le moins incongru, de 600 avions avancé par Véronique Louwagie. Une estimation trente fois supérieure à celle réalisée en 2023 par l’ONG suisse Public Eye, selon laquelle « chaque jour, l’équivalent de vingt avions remplis d’articles de fast-fashion serait transporté à travers l’Union européenne » (UE). Les chiffres avancés par la ministre démissionnaire ne sont pas davantage alignés avec ceux de la société de conseil en logistique aérienne Cargo Facts Consulting, qui estime quant à elle que Shein et Temu expédient conjointement l’équivalent de 108 Boeing 777 – mais dans le monde entier, et non vers la seule UE.

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Loin donc, très loin même, des 600 avions de Véronique Louwagie. Pas de quoi défriser notre gouvernement cependant, qui a d’autres chiffres dans son chapeau. Ainsi de celui brandi par la collègue de Mme Louwagie chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, elle aussi démissionnaire : selon elle, 94 % des produits de Shein et Temu seraient « jugés non conformes, et parmi eux 66 % (…) considérés comme dangereux ». « Jugés » par qui, « considérés » par quelle instance, on ne saura pas. On est prié de croire qu’une pandémie d’accidents aussi gravissimes que silencieux se déroule sous nos yeux sans que personne ne s’en rende compte.

Le mépris social derrière la croisade écolo

D’autres chiffres, incontestables ceux-là, pourraient pourtant être avancés. Si c’est bien l’écologie qui guide, comme elles le prétendent, nos deux ministres démissionnaires en croisade contre Shein et Temu, pourquoi ne pas communiquer sur ceux des propres services du gouvernement, selon lesquels le fret aérien ne représente que 3,8% des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur aérien ? Sachant que le secteur aérien représente, dans son ensemble, 2% des émissions mondiales de GES, le secteur du fret par avion ne pèse donc que… 0,076% des émissions de GES.

C’est sans doute déjà trop, répondront les plus verts des écolos ; sûrement. Mais cela justifie-t-il de sonner la charge contre les seules plateformes chinoises de fast-fashion ? A moins que ne se cache derrière ce suspect empressement gouvernemental une raison moins avouable – en deux mots : le mépris social. Car qui achète des tops à 2 euros ou des robes à 7 euros ? Les jeunes et les catégories populaires, à qui Shein et Temu offrent ce que le gouvernement leur refuse obstinément : « le droit », comme l’écrivait très justement en mai dernier Zohra Bitan dans les pages du Point, « de se sentir beaux, dignes, regardés ».

Culpabilisation écologique et grogne sociale : l’étincelle ?

En somme, nous disent en cœur Véronique Louwagie et Amélie de Montchalin, non seulement les pauvres s’habillent mal, mais ils ont le culot de s’habiller non-éthique, non-local, non-écolo. C’est de leur faute, encore et toujours de leur faute, si des centaines, des milliers, et pourquoi pas des millions, d’avions dégueulant de vêtements à bas prix polluent notre atmosphère ; et surtout pas celle des footballeurs et stars de téléréalité qui sillonnent le ciel en jets privés. Alors que le climat social est explosif, nos deux ministres voudraient craquer une allumette au-dessus du brasier social qu’elles ne s’y prendraient pas autrement. Chapeau – et au-revoir ? – les artistes.

Sortis de l’auberge

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Bordeaux, 22 juillet 2025. Capture d’écran d’un reportage de TF1 sur la baisse de fréquentation des restaurants. Capture d’écran TF1

Cauchemar en cuisine. Les Français ont déserté les restaurants cet été. La cause de ce désamour n’est pas seulement leurs additions salées. C’est aussi un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.


La restauration traditionnelle française, celle qui prépare amoureusement en cuisine le triptyque entrée-plat-fromage-ou-dessert a du souci à se faire. Concurrencée par des chaînes industrielles mieux à même de respecter les normes sanitaires tout en dégradant la qualité de nos assiettes, elle se fait également tailler des croupières par l’inexorable américanisation de l’Hexagone. McDo, KFC, bien sûr, mais aussi le « All you can eat » – le buffet à volonté – séduisent cette jeune et sympathique génération d’obèses qui peut continuer, sur place, à scroller sur TikTok tout en s’empiffrant ad libitum (oui, le trait est un peu forcé, mais c’est de leur faute).

Dégastronomisation de la France

Résultat, Thierry Marx, président de l’UMIH (syndicat moins marxiste qu’il n’y paraît), s’inquiète de la baisse de fréquentation des restaurants enregistrée cet été – 15 à 20 % de clients manquants sur les terrasses. Il s’alarme de ce qu’il nomme « la dégastronomisation de la France » – et sa maîtrise des arts martiaux nous impose la pudeur de ne pas avoir à l’interroger sur sa gamme « Feed », une espèce de Yop bio, promesse de faire un repas liquide en deux minutes. Le chef étoilé avance des explications pertinentes au peu d’appétit de nos compatriotes – les restaurateurs doivent intégrer au prix des menus l’envolée du coût des matières premières, des loyers, de l’énergie, tandis que la clientèle compte ses sous et redoute les hausses de la ponction fiscale promises par le budget Bayrou. À ce sujet, il serait sans doute judicieux de réserver aux artisans du « fait maison » les taux réduits de TVA dont bénéficie l’ensemble de la profession (McDo compris) – et qui coûtent près de 3 milliards à notre impécunieux État.

Malgré ce dispositif onéreux, les clients constatent depuis des années une folle envolée des additions glissées sur les nappes à carreaux (+12 % rien qu’en 2022 avec une inflation à seulement 5 %). Et la politique énergétique ubuesque que semble vouloir imposer le gouvernement n’arrangera rien – rappel : 300 milliards d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques pour produire une électricité dont nous n’avons (détail) absolument pas besoin. Ce coût de bambou idéologique a vocation à faire doubler la note d’électricité des Français en général et celle des restaurateurs en particulier, entrepreneurs condamnés à disparaître ou à rogner leurs faibles marges : seulement 8 à 10 %. Il leur reste donc 10 euros sur votre note à 100 euros, c’est assez mal payé l’heure de travail décalée. Tout concourt donc à saler plus que de raison l’addition que le serveur nous présente en fin de repas (et même si c’est à la fleur de sel de bambou coréen, ça passe de moins en moins crème).

Crise des vocations

Le SMIC hôtelier a en effet connu une revalorisation notable, car il faut désormais des rémunérations plus élevées pour tenter d’attirer une main-d’œuvre qui a, depuis le Covid, massivement déserté la salle, la cuisine, les sanitaires (côté sanitaires, il y aurait d’ailleurs à redire, mais c’est un autre sujet). Travailler lorsque les autres se reposent, « servir » dans un pays obsédé par l’égalité et constater la diminution drastique des pourliches à mesure que les règlements en cash disparaissent au profit du paiement sans contact (quelle horreur le contact !), tout cela ne facilite pas les vocations. Des pourboires qu’une administration schizophrène et avide de se refaire sur cette histoire de TVA souhaite ardemment fiscaliser, alors que c’est un des rares avantages de ces métiers. Propriétaire d’un restaurant en zone touristique, il vous restera à loger vos saisonniers dans une zone où le moindre garno – sans route à traverser pour aller aux toilettes – se loue à prix d’or sur Airbnb. Bon courage.

De plus, le développement des locations saisonnières incite les vacanciers à cuisiner chez eux. Plus globalement, les restaurateurs subissent plus que d’autres la digitalisation de nos vies. Ce ne sont plus les étoiles Michelin qu’une poignée guette, mais celles de Google ou Tripadvisor que tous redoutent. L’infernal trio Amazon, Netflix, Uber Eats fait aussi partie de l’équation dont le président de l’UMIH déplore le résultat. Car les prix et les autres éléments mis en avant par Thierry Marx n’expliquent que partiellement la désertion des auberges. Depuis 2020, les Français semblent avoir moins envie de flâner, de se fréquenter, non seulement parce que Netflix leur offre dans leur canapé (999 euros sur Amazon avec enceintes surround Bluetooth intégrées et nombreux voyants lumineux) ce que les salles de cinéma leur procuraient jadis – d’ailleurs, elles se vident aussi, tiens, tiens. Plus de resto avant ou après la séance ; plus de séance du tout ! Il est enfin sans doute interdit de penser (attention, discours de haine) qu’ils se méfient plus qu’avant de leurs rues et de leurs terrasses. L’autre apparaît comme dangereux depuis qu’il est potentiellement porteur d’un virus ou d’un couteau.

Résumons-nous : qui a envie d’un dîner à 75 euros par tête, cuisiné à 30 bornes, avec une voisine qui tousse et un voisin irascible – le tout bien sûr, à Crépol et même avec une sangria de bienvenue offerte ? On ne se ferait pas plutôt livrer dans notre Airbnb un hamburger tiède, par un serf à scooter exploité trois euros de l’heure ? On dînerait en dénonçant les conditions humiliantes des serveurs dans la restauration et le travail au noir (dans tous les sens du terme) dans les cuisines de nos tavernes.

La restauration se situe ainsi au confluent de plusieurs maux français : désocialisation, ubérisation, déculturation, crise immobilière, coût du travail élevé, mais faibles rémunérations nettes, excès de normes, fiscalisme désordonné, politique énergétique inflationniste. Résultat, il est possible de manger à Venise ou Lisbonne pour moins cher qu’à Châteauroux. Ce ne serait pas idiot de se demander pourquoi et de s’inspirer de la recette. Les Français ne casseront pas leur PEL pour payer des additions trop salées. J’oubliais, le sel de bambou coréen, c’est le plus cher du monde.

Pourquoi tant de haine?

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© Les films du Losange

Avec Oui, en salles ce mercredi, le réalisateur israélien Nadav Lapid signe un nouveau réquisitoire contre son pays


Quelle rage masochiste anime Nadav Lapid ? Quatre ans après Le genou d’Ahed (l’affrontement  entre un réalisateur israélien et une fonctionnaire du ministère de la Culture, dans un hameau de l’État hébreu) nous revient l’«exilé » volontaire d’Israël, cinéaste désormais cinquantenaire, installé à Paris depuis 2022, plus remonté que jamais contre sa patrie d’origine. Déjà, en 2011, Le Policier, premier film remarquable et remarqué, d’une facture encore assez classique, peignait la rébellion improbable d’un jeune terroriste… israélien ; en 2019, Synonymes portraiturait un paumé en rupture de ban avec Israël, tentant à ses risques et périls de s’inventer une nouvelle vie en France… Avec Oui, Lapid poursuit dans une forme d’acidité triviale son véhément, infatigable règlement de compte, cette fois sous l’aspect totalement déstructuré d’une comédie trash plutôt cauchemardesque qui ne dure pas moins de deux heures et demie –  difficile à avaler.

Le scénario se décline en trois chapitres consécutivement intitulés « La belle vie », « Le chemin », et «La nuit ». A Tel Aviv, Y. (Ariel Bonz), pianiste compositeur de son état, en couple avec une danseuse de bordel, Jasmine (Efrat Dor), prostitués d’occasion l’un et l’autre tout en élevant leur nourrisson, se déchaîne jusqu’à l’orgie chez les ultra-riches. Suite à l’attaque du Hamas le 7 octobre, Y., cheveux désormais teints en blond platine, pense voir sa carrière décoller grâce à la commande qui lui est faite d’un hymne patriotique – réécriture confinant à l’abjection, d’une chanson fameuse de Haïm Gouri baptisée « La Fraternité ». Il a quitté Jasmine pour faire route avec son ancienne compagne, échappée qui le conduira, dans une séquence mémorable, devant l’horizon tonnant et fumant de Gaza sous les bombes.

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Exubérant, chaotique, outrancier, saturé de musiques envahissantes jusqu’à la nausée qui coiffent un dialogue inexistant (hormis une violente logorrhée contre le carnage de Gaza), Oui exprime, dans le paradoxe même de son titre, le consentement à la vilénie rampante dont Y., anti-héros veule et cynique, jouisseur antipathique adepte du léchage de bottes (au sens propre), voire du coït dans le tympan (hé oui !), incarne la logique obscène – projection en chair et en os, dans l’esprit du cinéaste, des mœurs délétères qu’il attribue au pays honni.

Par quel surcroît d’ironie scabreuse Nadav Lapid a-t-il confié le rôle pervers du « milliardaire » au grand acteur russe Alexey Serebryakov, dont on se souvient que dans Leviathan, le chef-d’œuvre d’Andrei Zviaguintsev, il incarnait ce pêcheur boréal dépouillé de sa maison ancestrale par un apparatchik mafieux, de connivence avec le clergé orthodoxe ?    


Oui. Film de Nadav Lapid. Avec Ariel Bonz, Efrat Dor, Naomi Preis, Alexey Serbryakov. France, Israël, Chypre, Allemagne, couleur, 2025. Durée : 2h29.

Pourquoi «Downton Abbey» nous fascine tant?

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"Downton Abbey III : Le Grand Final" de Simon Curtis (2025) © Rory Mulvey / Universal Pictures France

Un monde d’avant le monde…


Downton Abbey III : Le Grand Final, sorti le 10 septembre, est le dernier volet de cette saga britannique qui a passionné le monde entier. C’est le troisième film, et probablement l’ultime. Il s’agit d’un chef-d’œuvre que j’oserais qualifier d’absolu tant mon esprit critique généralement prompt à s’exercer est resté sans la moindre réaction négative face à ce spectacle dont je craignais pourtant qu’il ne fût pas à la hauteur des deux précédents.

Une réussite

C’est, en effet, une merveille d’intelligence, de finesse et de délicatesse. Une conclusion parfaitement à la hauteur de cette remarquable réussite, tant à la télévision qu’au cinéma, avec ce sentiment de tendre et réjouissante familiarité qui nous conduit à suivre le destin de plusieurs personnages et à nouer une relation presque fidèle avec les acteurs qui les incarnent. J’ai ressenti ce film comme un régal, une œuvre qui nous purifie des grossièretés parfois surabondantes du cinéma français – trop souvent marqué par une pauvreté d’invention – et plus largement des vulgarités ordinaires, qu’elles soient politiques, sociales, culturelles ou autres.

Non que Downton Abbey soit dépourvu, grâce à l’imagination profuse et variée de Julian Fellowes, de tout ce que la modernité peut charrier de tromperies, d’infidélités ou de trahisons, quels que soient les milieux. Mais sa représentation évite tout ce qui, ailleurs, deviendrait insupportable : la lourdeur, l’insistance, l’exhibition constante de nudités qui satisfont moins l’intérêt que le simple voyeurisme. Comme l’a écrit Marcel Proust, ce n’est pas la matière qui fait la différence, mais le regard que l’on porte sur elle.

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Je voulais justement m’interroger sur les raisons de l’exceptionnelle attraction qu’a suscitée chez beaucoup Downton Abbey, ce monde d’avant le monde que nous connaissons, dans sa crudité comme dans ses rares grandeurs.

D’où vient cette fascination qui existe même chez les esprits les plus républicains ? Il s’agit bien plus que de la nostalgie, puisque la plupart des admirateurs n’ont jamais connu cet univers singulier, fait de politesse, de hiérarchie courtoise et de privilèges acceptés sans la moindre révolte. Au contraire, la parfaite cohabitation de deux mondes, chacun satisfait du rôle qui lui revenait, s’accordant harmonieusement avec l’autre. Sans que la dépendance et le service que l’un assumait avec un dévouement consenti et libre ne portent atteinte à l’atmosphère générale inspirée et dirigée par l’autre.

Étrange concorde

C’est sans doute ce sentiment, pour chacun – société comme individus – d’être à sa place, qui, dans ce microcosme à la fois somptuaire et raffiné, suscite cette étrange concorde : nul mépris d’un côté, nulle servilité de l’autre, mais un ordre social légitimé par l’assurance qu’aucune mauvaise surprise ne surviendrait ni d’un côté ni de l’autre. Une harmonie où la spontanéité n’est pas étouffée par les rites, où les tensions venues de l’extérieur se brisent sur le bloc d’une inaltérable conscience de durée et d’éternité.

Dans la société, tout bouge, on peut continuer à croire à la lutte des classes, aux affrontements, la révolte n’est pas morte, on peut même détester ce paradis lointain des riches, des privilégiés et être cependant fasciné par lui. Car c’est un monde à part, protégé, avec ses règles, ses principes, son harmonie, ses récompenses, sa familiarité discrète, ses connexions douces et gratifiantes entre ceux qui servent et ceux qui sont servis, une halte dans la fureur, une oasis contre la contestation, un ordre qui ne brime pas. Downton Abbey comme un royaume sûr et bienheureux.

2h04

Redford, la classe américaine

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© RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

La plus belle gueule d’amour d’Hollywood s’est éteinte à l’âge de 89 ans. Acteur bien sous tous rapports, image glabre d’une Amérique tentatrice, homme de tous les combats « justes », écologiste sincère, promoteur d’un cinéma indépendant, il avait toutes les qualités progressistes de son époque. Il n’en demeurait pas moins une icône au charisme ravageur…


Robert Redford avait tout pour nous agacer, nous humilier. Il cumulait. Il exagérait même. Quel salaud ! Ce beau mec de Santa Monica était béni des dieux, un visage à fendre les ménages les plus solides et le calme d’un technocrate bruxellois vous exposant la règle des 3%. Une retenue olympienne. Presque suspecte. La voix suggestive. Le verbe rare. Aucune modulation disgracieuse. Et le cheveu plus que soyeux, une texture inhumaine ; la mèche à la fois aérienne et consistante, le volume et la légèreté. Apollinien serait le terme exact. Et vous avez vu ses reflets dorés d’une blondeur assassine ? Marylin était battue. Les horreurs du monde coulaient sur la peau lustrée de Redford. Il était l’élu parmi les élus. Voilà tout. Reconnaissons son emprise ! Ne mégottons pas sur son pouvoir de séduction. Il était infini. Nous y avons succombé avec volupté et délice. Les excités du Nouvel Hollywood, les énergumènes, névrosés, cabossés, violentés, souillons, les Dustin, Woody, Al Pacino, De Niro et compagnie qui voulaient casser les codes dans les années 1970, faire dérailler l’establishment, secouer cette apathique Amérique, n’ont pas réussi à le déloger. Car Redford était ce classique qui vieillissait si bien, au-delà des modes, au-delà des présidents. Il n’était pas le plus musclé, le plus révolté, le plus possédé par son art, il était LA star. Le mètre-étalon. Notre bonne conscience. Robert était du côté des gentils et des opprimés. Il ne se vautrait pas dans les combats inutiles. Pour les autres, les suiveurs et les jaloux, les écorchés et les paranos, quelle cruelle injustice ! On se trémousse, on se déshabille, on profère des paroles disruptives, on tente d’exister maladroitement sur l’écran et, à la fin, c’est Robert qui emporte la mise. Banco ! Notre imaginaire lui appartient.

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Chez d’autres acteurs, cette image trop brossée à la pâleur d’un dentifrice aurait pu être fatale sur une longue carrière. Chez lui, il y a bien sûr le talent, la vista, la classe naturelle, l’intelligence des rôles, des partenaires à sa hauteur, mais surtout la marque d’une qualité « Made in USA » qui ne s’est pas démentie au fil des années. On revient toujours à l’original. Ce type-là était déjà une star avant d’en avoir pleinement conscience. Il devait bien se douter que sa gueule brûlait la rétine de ses petits camarades. Tous sexes confondus, il coupait le souffle. Un mec de ce calibre dans un lycée de province foutait votre année scolaire en l’air. Il matait toute concurrence. Les filles, le proviseur, les profs, le personnel administratif, les cantinières et les jardiniers, tous succombèrent. On était captif de cette onde californienne. Pour des petits Berrichons, c’était les US en intraveineuse: Venice Beach, une Corvette Stingray split window, un flight jacket et Robert en nonce apostolique. Croiser une telle beauté, du même genre que celle de Paul Newman, fut un choc visuel et émotionnel. Aujourd’hui, mémoriel. On pourra dire que l’on a rencontré ce phénomène de notre vivant, qu’on l’a vu à la séance du mercredi à 14h00 en majesté. C’était peut-être pour vous rien que du cinéma, du chiqué, du grossissant, moi je crois que c’était une forme de vie augmentée. Le cinéma ne peut agir durablement sur notre psychisme que s’il est véhiculé par des géants comme Redford. Nous avons cru en lui. Meryl et Barbra aussi, qu’elles viennent nous dire dans les yeux que la présence de Robert n’était pas sismique. Je lui faisais entièrement confiance. J’ai suivi à la lettre ses préceptes. Quand j’ai vu « Nos plus belles années », j’ai opté pour le trench-coat au col relevé à défaut d’être officier de marine. Après « Les Trois Jours du Condor », je n’ai pas quitté mon caban et mes lunettes d’aviateur pendant six mois. L’été fut chaud. « Out of Africa » coïncida avec une période trouble de mon existence, je portais un gilet près du corps, l’effet était désastreux et involontairement comique. « L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » me réconcilia avec les chemises en jean. Une star, une vraie, produit cette transposition-là.

Monsieur Nostalgie

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De Londres à la Vendée, cette Europe qui dit «stop»

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L'ancien député Philippe de Villiers © BEBERT BRUNO/SIPA

La pétition lancée par Philippe de Villiers le 7 septembre dépasse le million de signataires. Une majorité silencieuse veut en finir avec l’immigration massive.


La pétition contre l’immigration lancée par Philippe de Villiers dépasse désormais le million de signatures. Le texte réclame un référendum sur la question et parle d’urgence vitale. « L’immigration est la question qui commande toutes les autres. Nous sommes en train de changer de peuplement. Nous sommes en train de changer d’art de vivre. Nous sommes en train de changer de civilisation. Si nous ne faisons rien, c’est la fin de la France » peut-on lire. Juristes et macronistes comme Yaël Braun-Pivet brandissent la Constitution. En effet, il faudrait la réviser ou la torturer pour organiser une telle consultation.

Médias et État de droit contre le vicomte

Les médias progressistes, qui suivaient la pétition contre la loi Duplomb comme le lait sur le feu, n’en ont parlé qu’hier, quand Laurent Wauquiez a annoncé à son tour l’avoir signée. Ils nous expliquent que faute de contrôle, le chiffre n’est pas fiable. 

Peu importent le chiffre exact et ces passionnantes questions constitutionnelles. Pour Villiers, qui reste sur le terrain politique, le référendum est le seul moyen de forcer la main du pouvoir exécutif et du Conseil constitutionnel. Ou alors, peut-être faudrait-il élire des gouvernants capables de défier ce fameux Conseil constitutionnel…

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Quel que soit le nombre réel des signataires, il y a une certitude : une majorité silencieuse (y compris de gauche) veut en finir avec l’immigration massive – un sujet qui échappe depuis des décennies à la délibération démocratique. Pas par racisme. Parce qu’elle ne veut pas devenir culturellement minoritaire chez elle. Elle ne veut pas voir son cher et vieux pays disparaître. C’est un refus de l’effacement, et aussi un refus de l’islamisation qui fait peur à beaucoup de gens.

Ce phénomène n’est pas seulement français. En effet, on observe un refus européen. C’est le même message qu’ont adressé samedi les 150000 Britanniques qui ont manifesté à Londres dans une marée d’Union Jacks. Un défilé pacifique. Et sans haine. Ceux qui veulent s’intégrer, s’assimiler et aussi travailler sont toujours les bienvenus.

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Nous vivons peut-être un point de bascule. Les peuples ne se laissent plus intimider. Ces majorités silencieuses exigent de pouvoir dire la vérité, par exemple que l’immigration incontrôlée a des conséquences en termes de délinquance ou de niveau scolaire. En Grande-Bretagne, des médias et des élus ont caché les viols en masse commis par des gangs pakistanais. Ça, c’est fini. Le camp du bien a perdu la main. Traiter les gens de racistes ne sert plus à rien.

Dans de nombreux pays d’Europe, comme le Danemark, la Suède ou l’Allemagne, les gouvernements, y compris parfois de gauche, ont adopté des politiques restrictives. Pour les autres, le choix est clair : soit ils entendent la colère des électeurs qui ne veulent pas de ces sociétés multiculturelles et multiconflictuelles, soit ils seront balayés. Espérons que ce sera par les urnes.

Populicide

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Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger.

Araki: la loi du désir

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© Capricci

Devenue si pudibonde, notre époque est-elle encore capable de se rafraîchir les méninges avec le cinéma faussement ingénu, si trash et décoiffant de Gregg Araki ? Non, ce n’est pas un caprice du bien nommé Capricci, distributeur exigeant, que de ressortir en version restaurée la trilogie culte du cinéaste nippo-américain aujourd’hui âgé de 65 ans, réalisée juste après The Living end, son premier long métrage, entre 1993 et 1997, sans beaucoup d’argent, et sans manifester encore tout à fait la pleine maîtrise de son outil de travail.

Va te faire fourrer ta grosse moule barbue 

Totally F***ed up, tourné en 16mm, mais alors vraiment avec les moyens du bord, met en scène une bande de teenagers de Los Angeles, hédonistes et désœuvrés, dans l’angoisse térébrante du Sida. Autant dire que nous voilà transportés dans ce moyen-âge antérieur au siècle du smartphone, des applis et des sites de rencontre. James Duval, promis à devenir l’acteur fétiche d’Araki, s’y découvre sous les traits du bel Andy, garçon de 18 ans au cœur d’artichaud, désespérément en quête de l’âme sœur, dans des idylles trompeuses qui le renvoient à sa solitude immature.

Prénommé cette fois Jordan, on retrouve James Duval en immortel éphèbe fleur bleue, dans le vortex de The Doom Generation (littéralement « la génération damnée ») dont le générique annonce plaisamment « un film hétérosexuel de Gregg Araki » : comédie gore parfaitement déjantée virant au cauchemar, d’une crudité sans borne, où l’argot se débonde dans des répliques qui, en 2025, franchirait difficilement la censure du wokisme (« va te faire fourrer ta grosse moule barbue »). L’on y rote, pisse, sans craindre même de baver sa semence en gros plan dans une main – et toujours dans le dos des parents bien sûr, instance modératrice astucieusement laissée hors champ… Provocations moins attentatoires qu’il n’y paraît à la décence, car toujours pétries d’une espèce de candeur, et mâtinées de cet humour potache qui sait mêler l’acidité la plus corrosive («- maman se shootait, elle a viré scientologiste ; mon père est mort. – sorry. – laisse tomber. C’était un vieux con alcoolique ») à une fantaisie presque enfantine, sur un fond de sensualité débridée dont le septième art n’est décidément plus accoutumé.

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Arrachement de piercing à la pince-crocodile

Outre l’apparition surprise de Chiara Mastroianni dans Nowhere, ultime volet luciférien du triptyque basé dans « la capitale du monde de l’isolement », à savoir L.A, l’on verra un séducteur bellâtre se transformer soudain en violeur enragé. Entre prises d’ecstasy et hypnose, rêve d’apocalypse et gang de drag queens, évangélistes et aliens, voire arrachement de piercing à la pince-crocodile, y étincelle encore le ravissant Duval. La poétique ouvertement gay d’Araki annonce ici la forme hallucinée qui s’épanouira dans les films de la maturité, en particulier à travers la captivante ambiguïté de Mysterious Skin (2004) puis dans le délirant Kaboom (2010), petit chef-d’œuvre de drôlerie survoltée où l’obsession extraterrestre se fait insistante. Pour l’heure, Nowhere a été remixé, remasterisé et agrémenté des scènes coupées lors de sa sortie aux États-Unis.

I Want Your Sex, le dernier opus de Gregg Araki, attend encore sa date de sortie sur les écrans français. En guise d’apéritif, goutez- moi un peu de ce Teenage Apocalypse, vous m’en direz des nouvelles. Et pour bientôt, en Blu-ray.          


Trilogie Teenage Apocalypse, de Gregg Araki.
Totally F***ed up. Etats-Unis, couleur, 1993 (restauration 2K). Durée : 1h19
The Doom Generation. Etats-Unis, France, couleur, 1995 (restauration 4K). Durée : 1h23
Nowhere. Etats-Unis, France, couleur, 1997 (restauration 4K). Durée : 1h24

En salles le 17 septembre.

En Blu-ray, édition Capricci, disponible à partir du 2 décembre 2025.

Quand Francis Lalanne invente le pacte Mélenchon-Bardella

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Le chanteur Francis Lalanne photographié à Paris en 2021 © SEVGI/SIPA

Francis Lalanne, ménestrel national en cuissardes bien connu, est parti de Léo Ferré pour finir en clown triste de nos émissions TV les plus bas de gamme. Récemment, il s’est transformé en prophète prorusse, et tente de marier MM. Mélenchon et Bardella dans une épopée géopolitique plus rock’n’roll que ses chansons. Récit.


Enfance dun ménestrel

La carrière de Francis Lalanne commence bien. Très tôt, il se fait remarquer pour son talent d’auteur-compositeur-interprète. À 21 ans, il est disque d’or. Il a une belle tête, un léger accent étrange, un air romantique, il parle d’amour et de fragilité, on le compare à Léo Ferré. Si les loups du show-biz ne le mangent pas, il peut espérer, qui sait, accéder à la cour des grands, des Brassens et des Brel. Mais les loups du show-biz vont le dévorer tout cru. Car, tout précoce et doué qu’il soit, Francis a un énorme talon d’Achille : son égo, que la célébrité va démultiplier sur scène.

Dans les années 80, les concerts de Lalanne prennent une dimension énorme. Au Palais de Sports de Paris, il se produit seul devant une foule hystérique, et force de constater qu’il sait y faire. Son public, essentiellement composé de filles enamourées, impressionne par sa ferveur. Le charisme de Lalanne fera même peur à Pierre Desproges qui le comparera, excusez du peu, sans rire, à Hitler. Tout est en place pour une carrière de haut niveau. Mais Lalanne, comme tant d’autres avant lui, va ignorer une règle d’or de la célébrité : il ne faut jamais croire sur parole les gens qui vous idolâtrent. Et un mal irréversible s’immisce dans les failles du personnage échevelé qu’il s’est créé : le ridicule.

Le vol plané dIcare

Alors qu’il faudrait se faire rare pour rester cher, Lalanne devient un bon client des émissions bas de gamme et hautes en audimat. Chez Patrick Sabatier, il se lance dans une tirade affligeante où il fait semblant de sangloter. Ses fans sont émues, mais le reste du public détecte en lui un clown. Lalanne amuse, et il est imprudent pour un poète de déclencher l’hilarité. Inexorablement, il devient celui que l’on ne regarde plus que pour s’esclaffer, dans des talk-shows de plus en plus cruels. On ne s’intéresse déjà plus à ce qu’il chante. Addict à la médiatisation plus encore qu’aux alexandrins, Icare tombe à pic.

Alors, comme les ventes de disques sont en berne, il tente de se rétablir, mais fait le pire des choix possible : la politique. Lalanne passe en mode « Je suis Victor Hugo » et se cherche des Napoléon III à rapetisser. Il appelle le peuple à se révolter contre les politiciens au pouvoir. Sur les plateaux, il pérore, gesticule, menace, donne de la voix qu’il a toujours belle, et exagère. Son outrance est, comme on dit de nos jours, malaisante. Chez Ruquier, il se lance dans un duel verbal contre Éric Naulleau et le public se gondole. Le pauvre Francis se veut héroïque, sacrificiel, soljénitsynien, mais l’effet produit est invariablement burlesque. Ne s’avouant jamais vaincu, Lalanne double sans cesse la dose de lalannisme. Chez Hanouna – qui, avec la ruse qu’on lui connaît, lui dit l’adorer pour mieux l’assassiner -, il atteint des sommets de grotesque. Plus personne ne le prend au sérieux. Le monde de la musique lui tourne le dos avec le premier mépris. Il ne se produit que dans de petites salles, pour un dernier carré d’admiratrices. La rumeur, crédible, annonce qu’il est ruiné. Il a toujours sa dégaine, ses cuissardes, sa chevelure de pirate : la panoplie est intacte, mais les muses envolées, la gloire disparue, et la dégaine ne nourrit pas.

Francis moscovite

Puis, récemment, soudainement, Lalanne part à Moscou. Dans une vidéo en duplex avec Oliv Oliv, un des principaux agitateurs online des gilets Jaunes sur les réseaux sociaux, il déclare un amour immodéré pour le régime de Poutine et, par rebond, une exécration intégrale pour Macron, présenté comme « le tyran » qui va nous précipiter dans la guerre nucléaire mondiale. Avec son camarade de jeu, ils supplient leurs followers de signer la pétition pour la destitution du président français – seule solution, selon eux, pour sauver à temps l’humanité. Et, comme chez Sabatier autrefois sur le sort des jeunes musiciens, il sanglote désormais en évoquant les souffrances du peuple russe. Il émeut les haters, si nombreux sur YouTube etpeu regardants quant à la qualité de leurs prophètes, du moment qu’il y a de la rage à revendre. Il se trouve que, sans doute grâce à cette opération de relations publiques multicartes (Lalanne sera accueilli à son arrivée à Moscou par un diplomate russe), ladite pétition rencontre un franc succès. Cerise sur le gâteau, Francis lance en Russie (avec l’aide de qui, on se le demande) un clip très professionnel en duo avec Elena Maximova, chanteuse locale liée, ô surprise, aux chœurs de l’armée russe.

L’aventure ne s’arrête pas là, loin s’en faut. Car Lalanne retourne à Moscou où il donne, dit-il, une série de concerts fort bien accueillis par un public russe friand de chansons françaises. On le pense recasé là-bas. Et voici qu’il revient à Paris la semaine dernière, et livre un grand interview d’une heure et demie au site Géopolitique Profonde, prétendument « dissident » et friand d’invités étranges (Soral, Dieudonné, Douguine, idéologue du poutinisme, Soloviev, propagandiste en chef de la télévision d’État russe, Philippot, Asselineau, Pierre Hillard, qui assure que tout le mal du monde vient des loubavitch, et j’en passe). Et là, devant un décor hi-tech digne d’un BFM qui serait tout entier voué à dénoncer les Protocoles des sages de Sion, Lalanne sort le grand jeu. On a beau s’attendre à tout, il réussit à nous surprendre.

Lalanne fout le bardel

Face caméra, il interpelle très longuement, avec théâtralité, Jordan Bardella et le somme de rejoindre Jean-Luc Mélenchon, qui vient de signer la pétition exigeant la destitution. C’est bien filmé et bien interprété. Son discours est impeccablement structuré et extrêmement offensif, insolent et menaçant : il dit à « Monsieur Bardella » que, s’il refuse d’apposer sa signature, il sera considéré par le peuple français comme « un traître », car il aura ainsi démontré que son désir de voir Macron quitter l’Élysée était une pitoyable comédie. Bardella fera alors officiellement partie de « l’opposition contrôlée » et perdra toute crédibilité, et l’honneur avec. En effet, Macron n’ayant aucunement l’intention de démissionner, la seule solution pacifique encore à la disposition du la rue est de le destituer, puisqu’elle est constitutionnelle, donc républicaine. Indiscutablement, l’argumentation tient. Lalanne félicite Mélenchon d’avoir pris la bonne décision et somme Bardella de lui emboîter le pas le plus vite possible. Un peu plus tard, il proposera aux militaires français de refuser d’obéir à notre belliqueux chef État. Lalanne s’était politisé pour sauver sa carrière, il se géopolitise pour sauver son sauvetage.

On pourrait rigoler une fois de plus. Une foucade lalalienne de plus ou de moins, quelle importance ? Mais la vérité n’est pas si simple. D’une part, parce qu’en inventant le pacte Mélenchon-Bardella, Lalanne lance un défi à toutes les oppositions de droite. N’a-t-il pas raison, après tout, d’affirmer qu’une fort improbable démission de Macron n’est qu’une ombre, quand la vraie proie est sa destitution nette et sans négociation ? Et, puisque le RN attend son départ avec la première énergie, de manière quasiment obsessionnelle, ce serait trahir sa propre exigence que de ne pas peser de tout son poids en faveur de la pétition destituante. Enfin, la démarche fait de LFI le seul parti à vouloir sincèrement la fin prématurée du mandat présidentiel en cours. La balle explosive est dans le camp du RN. S’il y a une réelle intelligence stratégique dans l’idée de Lalanne, elle est là : au nom de la macronophobie, oui, LFI et RN peuvent s’allier et prendre en tenaille la macronie comme jamais ces deux partis n’ont osé le faire. Broyer le centrisme entre ses deux pires ennemis aurait bien plus d’efficacité que de se regarder le loin en chiens de faïence. Reconnaissons à Lalanne d’avoir tendu un piège efficace au RN. Accepter son offre est impossible : ce serait se soumettre à l’inspiration Mélenchon quand on prétend le combattre. La refuser est toutefois problématique. Voulez-vous que Macron s’en aille tout de suite ? Tendez la main au camarade Jean-Luc, et l’affaire est entendue ! Sans quoi il pourra dire que l’antimacronien, le vrai, c’est lui et lui seul, et que le RN est un simulacre de courage politique.

Ce nest pas drôle

Ah, il serait si simple de s’en amuser, et de considérer que Lalanne dit n’importe quoi ! Hélas, les idéologies ont une histoire, une logique de gravitation, des affinités secrètes contre lesquelles le bon sens bourgeois s’est souvent montré impuissant. Nous voyons, à travers le bavassage d’un mirliton en perte de notoriété, se mettre en place un schéma aux perspectives inquiétantes. Car, nous le savons, la France est entrée dans une phase pré-révolutionnaire et, dans ce contexte, il faut savoir être alerté à temps par des signes discrets. Parmi eux, il y a l’éventualité d’une collusion entre colère communiste et colère nationaliste. Si d’aventure elle prenait forme et consistance, elle pourrait nous coûter horriblement cher. Nous en sommes encore loin, direz-vous. En êtes-vous si sûrs ? Hier matin même, Sébastien Chenu, vice-président du RN, déclarait sur Twitter  « Nous voulons taxer l’argent qui dort : spéculation, dividendes, rachats d’actions. » Un mot doit nous faire fait bondir : « dividendes ». Quiconque connaît un peu l’économie sait que, sans dividendes, pas de capitalisme, pas de bourse, pas de marché, pas de croissance. L’étranglement des dividendes a un nom : le socialisme. On n’est même plus, alors, en social-démocratie. On plonge dans la gueule du mitterandisme le plus dentu. Pour mémoire, dans les heures qui suivent l’élection de Mitterrand, près de quarante valeurs chutent de plus de 30% sur la place de Paris. Bis, Ecco, Matra, Compagnie Bancaire, Cetelem, perdent même plus de la moitié de leur valeur. À l’époque, l’économie se porte encore correctement et encaisse tant bien que mal le choc. Elle est même florissante, comparée à celle de 2025. Aujourd’hui, que resterait-il de nous, si un schéma semblable se reproduisait ?

Tout le monde sait que le RN s’est gauchisé à la fin du règne de Jean-Marie Le Pen, afin de phagocyter l’électorat du PCF. La manœuvre a brillamment réussi, mais elle a eu un prix : lentement mais sûrement, le lepénisme est devenu un demi-socialisme. En accusant sans complexes les dividendes, il devient un vrai socialisme, comparable à celui François Hollande voire, pire encore, de Pierre Mauroy. Un pas de plus à gauche et, s’il prend le pouvoir, il rencontre LFI sur la ligne de démarcation. Le pacte devient réalité. Et ceux qui taxent cette thèse de folie en constateront aussitôt le résultat sur leurs relevés bancaires. On leur souhaite bien du plaisir.

« Jamais Marine Le Pen ne jouera à ce point avec le feu ! » Voire. Elle a une grosse boîte pleine d’allumettes à la main et craque celle du peu qui nous reste de capitalisme. Elle veut siphonner une part de LFI en aspirant ses non-musulmans  Rien n’indique qu’elle ne va pas provoquer un incendie idéologique où l’on verra la droite dite patriote se jeter dans les bras du collectivisme pour punir les riches. Quand les vases électoraux communiquent dans la détestation de la prospérité, tout devient possible, surtout le pire.

Dostoïevski nous a prévenus

Nous voilà parvenus au terme de cette curieuse fable où tout est vrai, et qui fait d’un jeune chansonnier innocent un énervé idéologique, rêvant éveillé de voir s’accoupler gauche rouge et droite tricolore. Le concept était dans l’air depuis un moment, mais le pamphlet de Francis à l’adresse de Jordan Bardella lui confère une consistance particulière, à laquelle on devrait s’intéresser. Les idéologies sont virales, elles se reproduisent par mutations successives et imitations réciproques. Certains, dont Lalanne, voudraient accélérer la mutation du RN en copié-collé le LFI, fusion aux conséquences encore incalculables, et peu ragoûtantes. Si cette mutation continuait, puisqu’elle se produit déjà dans les alambics de la crise, nul doute que MM. Mélenchon, Soral, Dieudonné, Douguine, se frotteraient les mains.

Pour Lalanne ce serait une bien belle revanche sur le pays qui a cessé de le prendre au sérieux. « Et si la mort me programme / Sur son grand ordinateur », fredonnait-il autrefois. Il essaie désormais de faire bugger le logiciel de la France, tel le prince Stravguine faisant perdre tous ses repères à une petite ville de province, dans Les Possédés de Dostoïevski. Un livre dont le plus grand génie est d’avoir pris très au sérieux une petite bande de clochards illuminés, orgueilleux et malfaisants. 1917 s’ensuivit.

Les Démons

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Question juive à la piscine

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© OpenAI/Causeur

En vacances au bord de la piscine, dans un coin de France pas remplacé et qui entend le rester, on finit par oublier qu’ailleurs l’antisémitisme se lâche. Alors quand des juifs mal élevés prennent leurs aises chez les gentils, on s’agace.


À la piscine du camping, une famille sépharade, trois femmes, la grand-mère, une tante et la mère, et deux gosses, teint basané et prénoms pas vraiment français. Pas des Arabes, mais presque. Impossible de l’ignorer parce que depuis le milieu du bassin ça braille. « Maman, dis à tata qu’elle m’apporte les anneaux ! » Là où les enfants de vieille souche sortent de l’eau et vont eux-mêmes chercher leurs jouets discrètement sans le faire savoir à tout le monde. Je pense à je ne sais plus quel membre de ma famille un peu plus distingué que les autres et agacé par leurs manières très la vérité si je mens qui disait « Tas d’ordinaires que vous êtes » au reste de la tribu. On essaie de lire, on souffre en silence. Après tout, on n’est pas à la bibliothèque alors on la ferme, mais on n’en pense pas moins.

Privatisation abusive

À midi, les familles se rhabillent et ramassent leurs gosses et leurs affaires pour aller déjeuner sur les terrasses des mobil homes, sauf la famille Hernandez qui étale ses serviettes sur quatre transats avant d’aller remplir Noam et l’autre, menacés d’obésité, de plats huileux qui n’étouffent que les chrétiens et de sodas pour faire passer. Je les regarde partir. Bientôt les familles reviendront occuper les chaises longues autour du bassin et très vite, il n’en restera plus une seule de libre, sauf ces quatre-là privatisées contre tout usage par les sans-gêne. Je ne peux plus lire, mon attention est captée par les transats monopolisés. Dans une heure, une famille passera son chemin devant les quatre serviettes sur les quatre transats vides et s’installera comme elle peut sur des chaises inconfortables pendant que les autres prendront le temps de finir de manger leurs merguez ou de faire la sieste.

Le soleil brûle mais c’est le démon de l’antisémitisme qui vient me chatouiller les pieds et je me monte le bourrichon. On est au bord de la mer mais en Vendée, pas à Marseille et pas en Espagne. Loin de ces contrées du gauchisme et du remplacisme, loin des graffitis pro-Gaza, des drapeaux palestiniens, des insultes et des agressions, on peut être juif, même mal élevé, sans risquer l’agression. Et on peut mépriser des Juifs sans risquer l’amalgame avec la racaille.

Acte vengeur

Putain de sépharades de merde et sans vergogne ! Je pense aux efforts combinés d’Alain Finkielkraut, d’Éric Zemmour et de quelques autres, par le discours et par l’exemple, pour aider les autres Français à se débarrasser de leurs préjugés sur le Juif fraîchement débarqué d’Afrique du Nord, efforts ruinés par les mauvaises manières de ceux-là. Il me vient à l’esprit que les mal élevés ont laissé leurs serviettes sans surveillance et sans crainte parce que, sans même y penser, elles savent que personne ne viendra les leur voler dans ce camping vendéen aux vacanciers très majoritairement catholiques.

La colère monte et excédé, je me lève, me dirige vers les serviettes sûres d’elles et dominatrices qui se pavanent au soleil, je les ramasse une par une, en fais une boule que je jette sur une chaise vide et ombragée et je quitte la piscine. Je ne suis pas mécontent d’avoir libéré les quatre transats qui serviront bientôt à une famille polie qui n’aura pas eu l’outrecuidance de monopoliser d’avance un espace public. Sans mon acte vengeur, les serviettes auraient pu régner sans partage sur des chaises vides et au soleil pendant des heures. Qui aurait eu l’audace dans cette France-là, chrétienne et réservée, cette France qui s’empêche, de s’affranchir des règles élémentaires de politesse et de respect du bien d’autrui en dégageant sans ménagement des affaires qui ne lui appartiennent pas ? Qui d’autre que moi, un Juif – sépharade de surcroît ?

L'affranchi

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Le paradoxe Charlie Kirk

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Mémorial pour Charlie Kirk devant "Turning Point USA", Phoenix, Arizona, 11 septembre 2025 © Gage Skidmore/ZUMA/SIPA

L’assassinat de Charlie Kirk dépasse sa personne: en le tuant pour avoir osé parler et contredire, c’est le dialogue démocratique lui-même qu’on a visé, faisant de ce polémiste droitier un martyr du débat malgré lui.


Charlie Kirk, martyr du dialogue ?

On assassine parfois des hommes pour ce qu’ils incarnent plus que pour ce qu’ils disent. Charlie Kirk n’était pas un prophète, ni un saint, mais il portait sur la scène publique un geste devenu insupportable : celui de parler encore, de répondre, de contredire, de tenir debout dans le tumulte. Il n’a pas été tué pour une idée, mais pour un acte : celui d’ouvrir la bouche et d’accepter que d’autres la lui ferment par la parole plutôt que par la violence.

C’est là que réside la dimension tragique de son meurtre : il ne s’agit pas seulement d’une disparition individuelle, mais d’un signe funeste. On n’a pas seulement abattu un homme ; on a voulu supprimer le dialogue lui-même. Le sang de Kirk a coulé comme un encrier renversé sur la table de la démocratie : une tentative de noyer la parole dans la terreur.

Introduction : l’aveu nécessaire

Cet assassinat m’oblige à un aveu que je n’aurais pas pensé formuler. Mon « coming out » politique est né de cette évidence : nous ne vivons plus dans un monde où le dialogue est présupposé ; nous vivons dans un monde où le dialogue est devenu une faute. Toute ma vie, j’ai parié sur la force civilisatrice de la confrontation maîtrisée, sur la capacité des ennemis à se parler. Mais il faut désormais reconnaître que ce pari se heurte à une vérité crue : il existe des forces qui ne cherchent pas à discuter, mais à abolir la possibilité même de discuter.

C’est pourquoi je ne change pas de camp, mais de stratégie. Je reste fidèle à l’idéal démocratique, mais j’ai compris que, pour sauver le dialogue, il faut combattre ceux qui l’assassinent. Comme Kirk, nous devons accepter que notre fidélité à la parole nous expose au glaive.

Les fondations : là où le dialogue devient chair

J’ai vu au Rwanda des survivants parler à des génocidaires. J’ai vu des Israéliens clandestins s’asseoir avec des Palestiniens qui risquaient leur vie en osant leur répondre. J’ai vu des ennemis, les yeux rouges de haine, découvrir soudain, en se parlant, qu’ils avaient en commun une même peur, une même perte, un même deuil.

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Ces instants disent l’essence du dialogue : non pas l’accord, mais la reconnaissance mutuelle dans la douleur. C’est ce que j’ai toujours appelé la « thérapie du conflit ». Mais j’ai aussi vu ces expériences menacées, interdites par les groupes armés qui considèrent la parole comme une trahison. Ce que Kirk a subi sur une scène américaine, d’autres l’ont vécu dans les ruelles de Ramallah ou de Kigali : la menace de mort pour avoir osé normaliser l’ennemi par la discussion.

Les nouveaux totalitarismes : la guerre contre la parole

L’époque a basculé. Le totalitarisme n’est plus seulement un régime : c’est une dynamique planétaire qui vise à abolir l’espace commun. L’islamisme radical en est la forme la plus redoutable : il promet la pureté et la vérité révélée, il désigne ses victimes expiatoires — le Juif, l’Occidental, l’apostat. Comme le nazisme jadis, il n’accepte pas la contradiction : il n’a d’autre horizon que l’élimination.

Croire encore que le dialogue suffit, c’est répéter l’illusion de 1940 : on ne réconciliait pas les nazis et les Juifs autour d’une table, il a fallu d’abord vaincre le nazisme. Ce n’est qu’après la défaite qu’un dialogue a pu renaître sur les ruines. De même aujourd’hui : avant d’abattre la logique totalitaire, le dialogue est réduit au silence par la peur. La balle qui a tué Kirk nous le rappelle : la parole est désormais une cible.

L’aveu politique : nommer l’ennemi

C’est ici que mon aveu prend toute sa portée. Les seules forces qui osent nommer ce danger, ce sont celles qu’on range, commodément, sous l’étiquette d’« extrême-droite ». Trump, Orban, Zemmour, Farage : tous diabolisés, accusés d’incarner les heures les plus sombres, mais tous refusant le mensonge rassurant qui nie le danger.

Je n’idéalise pas ces hommes ; ils sont traversés de contradictions. Mais eux seuls posent la question vitale : la démocratie peut-elle survivre à des ennemis qui nient le dialogue ? Et eux seuls affirment que le réalisme n’est pas un crime. Pendant ce temps, les « modérés » s’abandonnent à la douceur suicidaire que Tocqueville redoutait.

Kirk, en osant parler dans ce climat, a incarné ce paradoxe : c’est le camp qui se croit progressiste qui tue la parole, et c’est le camp honni qui la défend, maladroitement mais résolument.

L’homme contre l’idéologie

Et pourtant, je sais qu’il reste toujours des failles dans la muraille. J’ai rencontré des anciens tueurs capables de tendresse, des musulmans rigoristes d’une hospitalité bouleversante. L’homme n’est jamais totalement perdu ; c’est l’idéologie qui le déforme.

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Arendt l’avait compris : ce sont des hommes ordinaires qui deviennent les rouages du totalitarisme. Charlie Kirk n’a pas été abattu par un démon, mais par un homme que l’idéologie avait transformé en instrument. C’est pourquoi il faut distinguer l’individu, toujours sauvé par un geste possible, et la logique qui l’enferme. Mais pour briser cette logique, il faut d’abord la nommer et l’affronter.

Conclusion : Kirk, témoin d’un paradoxe

Deux tâches s’imposent à nous :

1. Créer partout des lieux où le conflit peut être assumé sans devenir meurtre, où la haine peut être transformée en parole.

2. Refuser l’angélisme, et combattre ceux qui veulent abolir la pluralité et transformer le conflit en guerre totale.

Car le conflit est la respiration même de la démocratie. Mais lorsque le conflit est interdit, la démocratie s’asphyxie. Tocqueville l’avait annoncé : les sociétés démocratiques peuvent mourir de leur douceur.

Charlie Kirk est mort de cette douceur devenue aveugle, de cette complaisance qui préfère la censure au risque de l’affrontement. Sa mort fait de lui, malgré lui, un martyr du dialogue. Non pas parce qu’il portait la vérité absolue, mais parce qu’il incarnait le geste essentiel : parler, risquer sa voix, croire encore que la dispute vaut mieux que le silence des tombeaux.

C’est à nous, désormais, de comprendre sa leçon : le dialogue n’est pas un acquis paisible, c’est un combat. Un combat à mener avec des mots quand on le peut, avec des armes quand on n’a plus le choix. Dialoguer partout où c’est possible, combattre partout où c’est nécessaire : voilà l’unique fidélité qui nous reste envers ceux qui, comme Charlie Kirk, sont tombés pour avoir parlé.

Fast-fashion: des fake news pour justifier un projet de loi controversé?

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© Thomas Trutschel/DPA/SIPA

Pour justifier l’adoption d’une loi anti-fast fashion largement édulcorée, plusieurs ministres, aujourd’hui démissionnaires, avancent des chiffres extravagants afin de culpabiliser les clients des plateformes chinoises comme Shein et Temu. Une stratégie de diversion grossière et hasardeuse.


Six fois plus vite : à l’ère de la post-vérité, c’est la vitesse à laquelle une fake news se propage par rapport à une information vérifiée. L’étude sur laquelle est fondée cette affirmation ayant été menée par le très prestigieux MIT en 2018, et mondialement relayée depuis, on aurait pu attendre du gouvernement et des journalistes français qu’ils fassent preuve de la plus élémentaire prudence avant de relayer certains chiffres pour le moins fantaisistes.

Une stratégie de diversion pour faire oublier une loi vidée de sa substance ?

Le 30 août dernier, Véronique Louwagie, ministre démissionnaire déléguée au Commerce et à l’Artisanat, affirmait ainsi dans les pages du Nouvel Obs que « certains sites asiatiques d’e-commerce » – Shein et Temu, pour ne pas les nommer – seraient responsables de l’arrivée de « 600 avions provenant chaque jour de Chine vers l’Europe ». 600 avions, pleins à craquer d’habits bon marché, saturant l’espace aérien, vraiment ?

« D’où parles-tu, camarade ? », demandaient fort à propos nos soixante-huitards dans les amphis du Quartier latin sentant bon la marijuana et la lessive en retard. Si l’hygiène personnelle de Véronique Louwagie n’est pas en doute, nous ne savons que trop bien d’où la ministre parle dans les colonnes de l’organe officiel de la gauche caviar : de la position, qu’on lui concédera inconfortable, de celle dont la proposition de loi anti-fast fashion a été vidée de sa substance, et qui rêve de se maintenir en poste après la chute du gouvernement Bayrou.

Quand un avion vole dans le ciel, la ministre en voit trente

Sauvées par le gong – ou un habile travail de lobbying ? –, nos marques « européennes » comme Kiabi, Decathlon ou Zara. Et qu’importe si celles-ci faisaient, bien avant les plateformes chinoises, fabriquer l’essentiel de leurs produits dans de douteuses conditions en Asie. Ne reste plus qu’à taper sur leurs concurrentes asiatiques. Quitte à forcer le trait.

Ainsi du chiffre, pour le moins incongru, de 600 avions avancé par Véronique Louwagie. Une estimation trente fois supérieure à celle réalisée en 2023 par l’ONG suisse Public Eye, selon laquelle « chaque jour, l’équivalent de vingt avions remplis d’articles de fast-fashion serait transporté à travers l’Union européenne » (UE). Les chiffres avancés par la ministre démissionnaire ne sont pas davantage alignés avec ceux de la société de conseil en logistique aérienne Cargo Facts Consulting, qui estime quant à elle que Shein et Temu expédient conjointement l’équivalent de 108 Boeing 777 – mais dans le monde entier, et non vers la seule UE.

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Loin donc, très loin même, des 600 avions de Véronique Louwagie. Pas de quoi défriser notre gouvernement cependant, qui a d’autres chiffres dans son chapeau. Ainsi de celui brandi par la collègue de Mme Louwagie chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, elle aussi démissionnaire : selon elle, 94 % des produits de Shein et Temu seraient « jugés non conformes, et parmi eux 66 % (…) considérés comme dangereux ». « Jugés » par qui, « considérés » par quelle instance, on ne saura pas. On est prié de croire qu’une pandémie d’accidents aussi gravissimes que silencieux se déroule sous nos yeux sans que personne ne s’en rende compte.

Le mépris social derrière la croisade écolo

D’autres chiffres, incontestables ceux-là, pourraient pourtant être avancés. Si c’est bien l’écologie qui guide, comme elles le prétendent, nos deux ministres démissionnaires en croisade contre Shein et Temu, pourquoi ne pas communiquer sur ceux des propres services du gouvernement, selon lesquels le fret aérien ne représente que 3,8% des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur aérien ? Sachant que le secteur aérien représente, dans son ensemble, 2% des émissions mondiales de GES, le secteur du fret par avion ne pèse donc que… 0,076% des émissions de GES.

C’est sans doute déjà trop, répondront les plus verts des écolos ; sûrement. Mais cela justifie-t-il de sonner la charge contre les seules plateformes chinoises de fast-fashion ? A moins que ne se cache derrière ce suspect empressement gouvernemental une raison moins avouable – en deux mots : le mépris social. Car qui achète des tops à 2 euros ou des robes à 7 euros ? Les jeunes et les catégories populaires, à qui Shein et Temu offrent ce que le gouvernement leur refuse obstinément : « le droit », comme l’écrivait très justement en mai dernier Zohra Bitan dans les pages du Point, « de se sentir beaux, dignes, regardés ».

Culpabilisation écologique et grogne sociale : l’étincelle ?

En somme, nous disent en cœur Véronique Louwagie et Amélie de Montchalin, non seulement les pauvres s’habillent mal, mais ils ont le culot de s’habiller non-éthique, non-local, non-écolo. C’est de leur faute, encore et toujours de leur faute, si des centaines, des milliers, et pourquoi pas des millions, d’avions dégueulant de vêtements à bas prix polluent notre atmosphère ; et surtout pas celle des footballeurs et stars de téléréalité qui sillonnent le ciel en jets privés. Alors que le climat social est explosif, nos deux ministres voudraient craquer une allumette au-dessus du brasier social qu’elles ne s’y prendraient pas autrement. Chapeau – et au-revoir ? – les artistes.