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Comment notre Etat s’est fait hara-kiri


Les Français croient encore qu’ils disposent d’une administration napoléonienne : verticale, avec des ministres et des préfets, bref des chefs. C’est faux : après quinze ans de « modernisation », il n’y a plus que des « managers administratifs » qui pratiquent la « transversalité », recherchent « la qualité » et la « performance ». C’est précisément pour cela que la France manque de masques, de tests et de stratégie sanitaire face au coronavirus.


La « mise sous tension » du secteur santé a d’abord conduit à supprimer les stocks de masques. Et les « bonnes pratiques » de passation des marchés publics ont débouché sur la passation de trois très gros marchés à la Chine. On aurait pu en commander à une centaine de producteurs différents ou bien relocaliser en France la production de masques, ou encore favoriser l’artisanat commercial ou familial.

Des masques… fin juin

Autant de solutions pragmatiques qui n’auraient pas su satisfaire les (trois !) bureaux différents du service des achats du ministère de la Santé : les bureaux du « contrôle », de la « procédure » et de la « performance (!) ». Seuls de très gros marchés pouvaient correspondre aux exigences de la Sainte Trinité managériale en termes de droit, de normes et de règles de gestion. Grâce à ce cahier des charges, les Français auront de beaux et bons masques aux normes Afnor et commandés selon des procédures ISO… fin juin !

Et il ne s’est trouvé personne, ni ministre, ni directeur, pour bousculer, au vu des circonstances exceptionnelles, ces règles nuisibles. Si pour De Gaulle « L’action est le jeu divin du héros », le respect de la procédure est le devoir mesquin du bureaucrate managérial.

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C’est un peu la même histoire pour les tests. Dans l’organisation traditionnelle de la France, le préfet coiffait les services départementaux de l’État, notamment la direction de l’Action sanitaire et sociale et les services vétérinaires. Trop simple. Au nom de la « modernisation » deux réformes ont été engagées : la « mutualisation » et la « régionalisation ». Résultat : nous disposons de douze agences régionales de santé (ARS) en métropole (après la fusion des régions voulues par François Hollande). Quant aux services vétérinaires, ils sont restés à la main des préfets dans le cadre des directions de la protection des populations ou des directions de la cohésion sociale.

Tests : trois semaines de perdues

Pour les tests, les labos publics des services vétérinaires disposaient des moyens les plus importants. Mais ils sont restés trois semaines l’arme au pied. Pas question pour la Santé de faire appel aux gueux de l’Agriculture. Ni pour les ARS de solliciter des services préfectoraux. D’autant qu’entre deux discours-fleuve, le Premier ministre a manqué de temps pour rendre des arbitrages…

Pour les traitements des malades symptomatiques, on a assisté aux mêmes délires : le lancement à grands sons de trompe d’une étude européenne (donc lourde par nature) sur les soins hospitaliers à privilégier en cas de forme d’expression grave de la maladie. Fantastique pour les « managers » de la Direction Générale de la Santé (DGS) et les grands laboratoires pharmaceutiques. Sauf que pour lutter contre l’épidémie, la vraie priorité aurait été de traiter dès l’origine les formes bénignes de la maladie pour limiter la contagion et essayer d’enrayer l’engorgement des services hospitaliers. Tout en laissant les médecins généralistes ou exerçant en Ehpad tester différentes pratiques. Au lieu de se borner à recommander (sans étude randomisée au demeurant)… la seule prise d’aspirine.

Des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables

Le déconfinement ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices. Le gouvernement a annoncé qu’il se ferait autour de deux pivots : les préfets et les maires. Ce qui pourrait passer pour un retour au bon sens territorial est aussi une entreprise de défausse. On vous explique : les administrations centrales de la Santé et de L’Éducation pondent des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables. Si les préfets et les maires veulent les mettre en œuvre, ils ne déconfinent pas. S’ils veulent déconfiner, ils en prennent leur aise avec les circulaires : mais en cas de poursuites pénales (pour mise en danger de la vie d’autrui), ce sont eux qui se retrouvent devant les tribunaux. Philippe, Blanquer, Véran, et les directeurs d’administration qui en dépendent ne gouvernent pas, ils se bornent à se protéger des suites judiciaires de leur mal gouvernance.

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C’est ainsi que le juge judiciaire va de facto imposer une poursuite du confinement au-delà des simples exigences sanitaires. Un juge judiciaire doublement irresponsable

– parce qu’il juge de ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire A POSTERIORI, ce qui est plutôt… commode,

– et que lui n’est en rien responsable, ni poursuivable, pour ce qu’il décide.

Ce qu’on appelle l’État de droit n’est rien d’autre qu’une dictature judiciaire.

Le déclin du courage

C’est le grand Soljenitsyne, dans son discours de Harvard en 1978, qui explique le mieux notre situation : « Le déclin du courage est ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son sens noble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis (…) Une société qui s’est installée sur le terrain de la loi sans vouloir aller plus haut n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l‘homme. Et face aux épreuves du siècle qui menacent, jamais les béquilles juridiques ne suffiront à maintenir les gens debout. »

Le Déclin du courage (Le Goût des idées t. 44)

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Rokhaya, sors de ce corps!


À propos d’une chronique d’Eric Le Boucher, dans laquelle le journaliste regrette que l’économie soit à l’arrêt (horreur!), tout ça pour des « vieux blancs malades »


Ce 3 mai, Eric Le Boucher a écrit pour le site L’Opinion une chronique dans laquelle il expose à nouveau son idée que le confinement a été une catastrophe, du point de vue économique, et que le pire est à venir. Mais aussi que le confinement était « obligatoire » parce qu’il était inenvisageable pour les gouvernements de laisser mourir potentiellement des centaines de milliers de personnes.

Le racialisme gagne l’opinion française

On peut bien sûr discuter nombre de points soulevés dans cette chronique, en particulier celui qui interroge nos sociétés occidentales qui « se débarrassent » de leurs aînés dans des Ehpad tout en versant « des larmes » sur leur sort au moment de cette crise sanitaire. Ou encore celui de faire de cette génération de « baby boomers » dans son ensemble LA génération insouciante qui aura ardemment et jalousement profité de ce temps béni de « l’emploi facile », du « sexe libre » et de la paix, sans jamais en éprouver le moindre remords (discours qui étaie généralement ceux des écologistes les plus durs, par exemple), et qui par conséquent peut bien, d’une certaine manière, céder la place, selon le journaliste.

Mais ce qui étonne et détonne surtout dans cet article, c’est l’utilisation d’une terminologie « racialiste » qui semble accréditer sournoisement l’idée que les Blancs sont, fondamentalement, des privilégiés qui tirent la couverture à eux jusqu’au seuil de leurs tombeaux.

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Le titre de la chronique est à la fois étrange, incongru, trivial et (volontairement ?) cynique et choquant : « Coronavirus : tout ça pour des vieux blancs malades ! » 

Plus loin, le journal fait un résumé de la première partie de sa chronique : « En l’état actuel de sa diffusion, la pandémie tue les vieux déjà malades et blancs. » Puis il explique : « Le monde a totalement arrêté l’économie pour sauver des vieux blancs déjà malades » ; ou écrit : « Reste notre sauvetage des vieux blancs de 84 ans. »

Avec sa « discrimination sanitaire », Le Boucher charcute l’universalisme bien de chez nous

Revenant à intervalles réguliers des États-Unis où elle se rend afin d’affiner son discours, Madame Rokhaya Diallo participe médiatiquement et activement à cette nouvelle obsession « racialiste » qui envenime de plus en plus souvent les débats en France. 

Nous avons pu la deviner jusque dans les propos d’une actrice ou d’une adolescente suédoise qui considéraient que les dégâts causés à la planète, ou que « la vision des films », étaient de nature patriarcale, raciste et… blanche.

C’est aujourd’hui Eric Le Boucher qui nous la ressert et on peine à comprendre le raisonnement logique qui l’a amené à souligner la couleur de peau de ceux de nos concitoyens que nous essayons de protéger du virus mortel. Le journaliste sous-entend-il que les vieux blancs sont parvenus à cet âge (84 ans et plus !) parce que blancs, donc ayant profité toute leur vie d’une discrimination sanitaire, alimentaire, etc. favorable aux blancs, ou qu’ils ont été mieux pris en charge, du fait d’une pâleur plus blanche que jamais à l’orée du grand âge, que des personnes d’une autre couleur de peau ? Sous-entend-il que si les vieux avaient été noirs ou jaunes, dans nos Ehpad, nous les aurions laissés plus facilement mourir ? Veut-il simplement souligner, par un détournement linguistique étrange, la forte mortalité dans des pays qui comptent plus de vieux à la peau banche qu’à la peau noire ou jaune, hémisphère Nord contre hémisphère Sud ? N’aurait-il pas été plus simple alors de parler en termes géographiques plutôt qu’en termes racialistes et épidermiques ? A-t-il voulu suggérer finalement que si les victimes du coronavirus avaient été majoritairement des Noirs ou des Jaunes, l’économie mondiale aurait continué de tourner comme avant ? Tout cela est possible. Et plus encore.

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Car il est possible aussi que Le Boucher ait fait, en toute conscience, le choix de ce syntagme discriminant et raciste en espérant qu’il résonne avec toutes les thèses en cours sur la domination des blancs, des occidentaux, sur le décolonialisme ou sur le « racisme d’État ». Lui qui prône depuis longtemps l’immigration massive (dont il croit qu’elle permettra l’augmentation des salaires !?), a peut-être voulu jeter un pavé dans la mare de ce vieux pays de blancs racistes qui ne voient pas du même œil amouraché que lui l’arrivée des « migrants » à la peau plus foncée.

Bande de fragiles!

Il est également possible qu’il ait lu, sur le site Slate.fr dont il est un des co-fondateurs, le très long article d’une universitaire américaine expliquant la notion de « fragilité blanche » développée par la sociologue Robin DiAngelo et qui fait le bonheur de tous les campus « progressistes » américains et de Rokhaya Diallo. En un mot : quoi qu’il fasse ou pas, quoi qu’il dise ou pas, le blanc est raciste. S’il se tait ou tente d’argumenter ou devient hystérique ou sort de la salle à la seule évocation de son racisme « inconscient », il aura fait la démonstration de sa « fragilité blanche », celle d’une personne qui « n’est pas habituée à remettre sa couleur de peau en question », qui ignore le racisme subi par d’autres, qui manque « d’endurance » pour discuter de racisme.

Eric Le Boucher a-t-il voulu mesurer le degré de notre « fragilité blanche » ? Pourquoi pas, après tout. Au vu des thèses les plus folles courant en ce moment sur les campus américains et nous revenant en pleine figure via certaines personnalités universitaires, artistiques ou médiatiques, nous devons donc nous attendre très prochainement à des articles évoquant toutes nos autres « fragilités », et à d’autres titres choc : « Coronavirus : Tout ça pour des vieux colonialistes malades ! » , « Coronavirus : Tout ça pour des vieux hétérosexuels malades ! » « Coronavirus : Tout ça pour des vieux mâles malades ! », etc.

Beethoven et son déconfinement


Le chant « O Welche Lust » de l’opéra Fidelio est devenu un véritable symbole de la résistance à l’oppression politique. 


Le génie de Ludwig van Beethoven, né voici précisément deux siècles et demi, repose sur sa volonté d’avoir su concilier musique et idéal éthique, ainsi qu’orage créateur et amour de l’humanité. Il est à la fois initiateur d’une œuvre intemporelle et figure de l’artiste habité par le désir de représenter son époque. Ce compositeur, qui a traversé un temps notamment marqué par la Révolution, les épopées napoléoniennes et le romantisme, est porteur d’une pulsion de liberté stupéfiante. Ses accords outrepassent les convenances autant que les grilles alors admises dans son siècle ; ils provoquent autant qu’ils annoncent lointainement des sonorités jazzy qui porteront plus tard l’espoir de la liberté et de l’égalité chez les anciens esclaves noirs. 

La subtile échappée de Beethoven vers le déconfinement est illustrée par son unique opéra, Fidelio, œuvre majeure dont la première est donnée à Vienne en 1805, et dont la version définitive a vocation à délivrer des enseignements politiques destinés à lutter contre tout abus de pouvoir. Ceux-là vont faire jaillir les larmes, un matin de 1983, du célèbre pianiste argentin Miguel Angel Estrella, précédemment libéré des geôles uruguayennes et fondateur de l’ONG Musique Espérance, tandis qu’il se trouve dans une salle de répétition attenante au studio de télévision où est présenté chaque jour le journal de 13 heures.

Les larmes de Miguel Angel Estrella

Estrella s’est fait, au sortir de la prison où il a été torturé, une promesse: il n’adressera plus jamais la parole à un militaire, ni même n’acceptera de se trouver en présence d’un soldat ou d’un officier en uniforme. Il a pour cela d’excellentes raisons. Les séances qu’il a subies après des interrogatoires répétés et incohérents ont laissé des séquelles qu’on devine intolérables. Son action en Amérique du sud pour la diffusion de la musique, conjuguée à la rencontre d’un ami jugé subversif, a entraîné son arrestation par la junte qui l’épie depuis plusieurs mois. Il a en effet pour habitude de partir dans les Andes avec un piano juché sur une camionnette, afin de faire connaître la beauté des partitions classiques aux paysans qui écoutent ces sons jusqu’à présent inouïs. 

Ses complices ? « Bach, Beethoven Mozart, Schubert », répond-il. Les bourreaux n’apprécient pas, et les interrogatoires se durcissent, conduisant à l’accentuation des souffrances, atroces, puis promises comme mutilantes. Son univers devient une solitude peuplée des pas terrifiants des gardiens qui viennent le chercher pour le conduire à la prochaine séance de torture. Le philosophe Jean Améry, lui-même victime des tortionnaires nazis à la cruauté alors insurpassable, émet sur le sujet des propos définitifs : celui qui a été torturé n’appartient plus au monde. Jorge Semprun lui conteste un tel jugement, d’abord parce qu’Améry n’a pas livré un seul nom sous la torture, ensuite parce que le supplicié qui s’est tu sous la douleur devient, au contraire, rattaché au monde par tous les fils de la vie de ceux qu’il a préservés.

Estrella, qui a demandé à faire des gammes sur un piano à queue avant de jouer en direct à la télévision, a ainsi été invité en même temps que…le chœur de l’armée française. L’artiste rescapé entre dans la salle de répétition et s’arrête net : il est, malgré lui, en présence de militaires. Mais il ne songe pas un seul instant à sortir. Ces gars en uniforme chantent, et plus précisément entament pianissimo, les premières notes du chœur des prisonniers de Fidélio. La mélodie écrite par Beethoven est splendide, aérienne et suspendue. Elle figure, et Estrella le sait, un rassemblement de prisonniers politiques en loques, tout juste sortis de leur cachot lugubre pour quelques instants, et qui goûtent la douce lumière de jour : « O Welche Lust. » Il s’agit d’une des plus belles pièces de la musique allemande, l’une des plus saisissantes aussi, parce qu’elle rend admirablement compte de la brève remontée diurne des victimes de la tyrannie vers la liberté. 

Estrella pleure, mais le chef de chœur qui lui tourne le dos continue à diriger et le pianiste à accompagner. Seuls les chanteurs voient les larmes couler sur le visage marqué du prodige argentin, célèbre dans le monde entier. Il vit intensément la musique qui devient un appel à la liberté, bouge les lèvres sans chanter tout en égrenant les notes, tandis que les paroles s’élèvent : « nos cachots sont des tombeaux. » Estrella est secoué de spasmes discrets, affolants pour ceux qui le voient, témoignant d’une noble détresse : « O liberté, nous reviens-tu ? » La joie du déconfinement temporaire des condamnés atteint son acmé sur ces mots : « Quel plaisir que d’être au grand air/ et d’y respirer fortement à son aise ! »

Beethoven contemporain de la Révolution française

L’accompagnement amplifie la valeur mélodique du chant, et les voix sont belles parce que l’écriture presque tendre de Beethoven atteint le sublime. Dans sa briéveté, ce chœur pour homme devient bouclier contre la profondeur de la détresse et de l’abandon. Natan Sharansky, qui sera placé plus de cent jours au mitard de la prison Vladimir au cours de ces années quatre-vingts, y effectuera une grève de la faim avec un livre de psaumes pour seul compagnon et tiendra tête au totalitarisme soviétique, comme Estrella a résisté aux criminels qui ont asservi des pays d’Amérique du sud. Leurs dictatures inexcusables se déploient à cette époque en violation agressive de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, fruit du refus des horreurs de la seconde guerre mondiale, tandis que les prisonniers de Fidelio sont incarcérés en dépit des dispositions de celle de 1789, issue de la Révolution française dont Beethoven chérit les idéaux. 

Lors de la dernière séance de torture, Estrella, les yeux bandés, sent la scie le bas de son avant-bras. Que peut faire sans poignet un pianiste, qui a de plus utilisé pendant sa détention un clavier muet le poussant à la quasi-folie, faute de coordination entre le geste et le son ? Et que doit-il dire pour que cesse le geste du bourreau ? Jean Améry a, dans la prison du fort de Breendonk en Belgique, su interrompre la déchirure absolue de l’écartèlement qu’il subissait avec une efficace modalité d’esquive : « parler », certes, mais à condition de raconter « n’importe quoi », par exemple s’accuser de « crimes imaginaires. » La torture arrache les mots et l’âme, viole les corps et le silence, constitue une insulte définitive à l’humanité de l’homme. En ces instants où la haine paraît sans limite, Estrella sent jaillir le flot d’une parole irrépressiblement christique et puissamment inattendue, qu’il prononce sobrement, comme l’évidence même de la vérité, à l’attention de ses bourreaux soudain médusés, dépassés et vaincus : « Je vous pardonne. » 

Le mouvement de la scie est aussitôt stoppé, la séance de torture s’interrompt, le supplicié est ramené dans son cachot. Quelques jours plus tard, Estrella est libéré sous la pression internationale menée habilement par ses amis. Il retrouve un clavier émettant des sons : sous le doigt naît enfin la note. La junte, en cherchant à lui confisquer son talent qu’elle imaginait producteur de bruits subversifs, a pensé découpler le triptyque formé par la main, le marteau du piano actionné par la touche et la musique qui déploie sa souveraineté. Mais les bourreaux ont oublié que la mélodie prend corps avant tout dans l’esprit, pour devenir réalité selon la conception que s’en fait l’artiste. Il en est de même pour l’être emprisonné, qu’il s’agisse d’Estrella ou de Sharansky, et de tous les autres injustement privés de liberté. Ils vivent leurs temps de réclusion avec les effets permanents de partitions intérieures, d’un livre de psaumes au mitard du Goulag ou d’un manuscrit écrit intérieurement au jour le jour, comme l’a fait Soljénitsyne, en un mot au sein du lieu infini de la liberté intérieure. 

Fidelio de nouveau prisonnier

Le déconfinement n’est pas uniquement le fruit de la seule désincarcération : il intervient comme l’expression d’une construction intérieure sui generis, s’élaborant en chacun de nous pendant le confinement. Beethoven, dont l’œuvre constitue une constante transposition de ses sentiments de fraternité et d’amour malgré une non-réception de la part d’un monde qu’il ne peut plus entendre, élève le personnage de Florestan, enchaîné dans son cachot assigné comme sépulcre, au paroxysme de la vitalité du chant. Dans le morceau de bravoure périlleux qui ouvre le second acte et constitue son entrée en scène se lisent aussi les combats menés depuis les oubliettes les plus sinistres par le philosophe autrichien Améry, le pianiste argentin Estrella et le refuznik soviétique Sharansky, pour ne parler que d’eux. En leur nom, Beethoven laisse éclater sa certitude de la liberté  : « J’osai crier la vérité/ et les fers sont ma récompense./ Je veux supporter les souffrances. (…) J’ai accompli tout mon devoir. » 

Estrella est aujourd’hui sur le point de fêter ses quatre-vingts ans ; puis nous commémorerons le deux-cent cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven. Ce compositeur, qui appartient au patrimoine de l’humanité pour avoir notamment créé trente-deux sonates pour piano dans lesquelles Estrella épouse le génie du maître, vit lui aussi le confinement, alors que les répétitions de Fidélio doivent débuter : Napoléon, dont les armées entrent triomphalement à Vienne, s’installe au palais de Schoenbrunn. Plus personne, dans la capitale autrichienne, ne peut ni ne veut aller au théâtre (déjà !), ce qui entraîne l’échec des premières représentations de Fidelio.

Cet opéra a figuré au répertoire des plus grandes scènes jusqu’au confinement qui est à présent pratiqué dans de nombreuses parties du monde. Voici l’œuvre à nouveau prisonnière des circonstances, ne pouvant délivrer le message de liberté lumineuse que Beethoven a inscrit dans la large expansion vocale du chœur d’hommes générant les larmes d’Estrella. Florestan sera sauvé par l’amour de son épouse inflexible dans sa détermination à extraire son mari du cachot sombre, comme ce fut le cas pour Sharansky. Près de vingt ans avant la création de la Neuvième symphonie, et autant d’années après l’écriture par Friedrich Schiller du poème Ode à la joie, Fidelio se situe à l’épicentre du déconfinement que Beethoven conçoit, dans le respect de l’étymologie du mot, comme l’harmonie de l’être humain avec ce qui est contigu et voisin, c’est-à-dire son prochain.

Quand la peste décimait Bagdad…


Le billet du vaurien


Une fable pour notre temps !

Faut-il rappeler l’histoire de cet homme qui se rend à Bagdad et qui, sur son chemin, rencontre la Peste ? Il lui demande où elle va. Elle répond : « Comme toi, à Bagdad. » Il veut savoir combien de morts elle compte laisser après son passage. Elle lui répond : « Dix mille. »

Arrivé à Bagdad, notre homme trouve une ville décimée par la Peste. Troublé, il lui dit : « Mais tu m’as menti. Tu m’avais parlé de dix mille morts… et j’en compte au moins cent mille. »

« Oui, lui répond la Peste, tu as raison. Mais je ne t’ai pas menti. J’en ai tué dix mille… et les autres sont morts de peur, qu’y puis-je ? »

Quiconque établirait un lien avec le Covid 19 sera immédiatement poursuivi et banni de la Cité.

A lire aussi, du même auteur: De l’utilité du taoïsme par temps de pandémie

PS. S’il y a bien un film à revoir aujourd’hui, c’est « Knock » avec l’incomparable Louis Jouvet dans le rôle d’un médecin qui inculque à tous ses patients bien portants qu’ils sont des malades qui s’ignorent… hilarant !

Transition énergétique: le trublion Moore s’attaque à l’escroquerie du siècle

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Le documentariste star de la gauche radicale rejoindrait-il le camp des adversaires de l’éolien ?


La plus formidable escroquerie scientifique et intellectuelle du 21e siècle. Et le plus grand gâchis d’argent public de tous les temps !

C’est ainsi, sans exagération aucune, que l’on peut qualifier les « énergies renouvelables », les fameuses EnR (éolien, solaire, biomasse) que les écologistes nous vendent comme la solution miracle depuis le début des années 2000. Les scientifiques sérieux et les spécialistes de l’énergie le savent depuis longtemps, et crient dans le vide, études et statistiques à l’appui : ces technologies ne sont pas vertes mais polluantes, et ne sont pas en mesure de produire autre chose que de l’énergie de complément, à petite échelle et dans des zones favorablement exposées. 

De l’argent jeté par les fenêtres

N’en déplaise aux lobbyistes et aux as de la com des EnR, le nucléaire et l’hydroélectrique demeurent à ce jour les seules solutions de masse dont nous disposons pour répondre à nos besoins en énergie, sans risques, et sans émission de CO2. Et aucune technologie dite « de rupture » ne  remplacera les ressources naturelles, gaz et pétrole, avant des décennies. Affirmer le contraire relève du négationnisme scientifique pur et simple. Mais les écologistes – dont les plus illuminés rejettent vaccins, avions, économie mondialisée, voir les libertés individuelles – n’ont jamais été avares de doctrines délirantes. Et les hommes d’affaires n’ont jamais tourné le dos à l’argent facile, même aux dépens de l’environnement. 

A lire aussi, Philippe Murer: Fermeture de 14 réacteurs: un gâchis financier, humain et climatique

En dépit de l’échec total de l’éolien (qui ne produit presque rien, de manière intermittente, et massacre les paysages), du solaire (idem) et des usines de « biomasse » (un mot chic pour dire « usine ultra-polluante qui produit peu d’énergie en brûlant des arbres et de l’énergie fossile »), la doctrine de la « transition énergétique » chère à Greta Thunberg est plus à la mode que jamais. Jugez plutôt : sous la pression électorale des verts, l’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires, et a dépensé à elle seule 500 milliards € en éoliennes et panneaux solaires… 

Résultat ? Un bide monstrueux qui l’a poussé à rouvrir ses centrales a charbon, et comble du ridicule à acheter de l’énergie nucléaire à la France. L’Allemagne, modèle d’EELV, produit ainsi 10 fois plus de CO2 par kilowattheure que l’hexagone ! Dans le monde, on estime que 3000 milliards d’euros ont été investis dans les « énergies vertes » depuis le fameux film effondriste d’Al Gore sur le réchauffement climatique. 3000 milliards littéralement jetés par la fenêtre, qui auraient pu servir par exemple à augmenter les salaires, à construire des écoles, à financer la recherche, le système de santé, etc… 

Le seul lobbying qui est bien vu

Les écologistes, et les industriels de l’énergie attirés par la formidable manne financière des EnR, ont conjugué leurs efforts pour convaincre l’opinion publique et les politiques du potentiel des « énergies vertes ». Ce lobbying a fonctionné au-delà de toutes leurs espérances. On connaît le discours concerné en vogue, repeint en vert, qui fait partie des éléments de langage de chaque politique en campagne. Pas un auteur de discours politique dans ce pays — ce fut mon métier — ne peut écrire autre chose que du bien de la « transition énergétique », de Greta, et se garde bien d’évoquer le nucléaire, si ce n’est pour promettre de démanteler cette vilaine filière industrielle aux 220 000 emplois hautement qualifiés, pourtant garante de notre indépendance énergétique, et dont l’excellence est reconnue à l’échelle planétaire. 

Convaincu par la question écologique, père de famille, amoureux de la nature, soucieux de préserver la planète et sa faune (oui, c’est possible sans militer chez EELV), je n’ai jamais compris, comme tant d’autres observateurs de la vie publique autour de moi, notre incapacité collective à mettre un terme à la formidable escroquerie des EnR. Sans oublier la scandaleuse gabegie financière qui l’accompagne, qui a engraissé les multinationales de l’énergie, et les hommes d’affaires comme Al Gore. La raison semble aux abonnés absents : il y a une semaine, dans l’indifférence générale, notre catastrophique Ministre Elisabeth Borne annonçait dans l’indifférence générale la fermeture de 14 de nos réacteurs nucléaires. L’objectif : suivre l’Allemagne sur la voie de l’échec, et réduire notre dépendance à la technologie la plus propre qui soit. Il y a donc urgence à détruire ce qui marche au profit de ce qui ne marche pas. Une bonne politique consiste à bien gérer le présent et surtout à anticiper l’avenir. La politique de l’émotion, du “green washing” électoraliste et de l’antiscience qu’incarne Madame Borne nous conduit tout droit dans le mur. 

Michael Moore, avec moi!

Si les articles scientifiques et les études n’ont aucun effet sur le scandale des EnR, on sait le pouvoir des images sur « l’opinion publique », ce nouveau pouvoir absolu, invisible et consensuel, dont les décideurs sondent les fluctuations en temps réel sur les réseaux sociaux et les médias. En regardant « Planet of the Humains », le nouveau documentaire produit par Michael Moore, et réalisé par son vieux compagnon de route Jeff Gibbs (militant écolo de longue date), j’ai repris espoir. 

A lire aussi: Éoliennes: Appel à Emmanuel Macron

Le film de Michael Moore, idole des bobos depuis trente ans, va peut-être réussir là où les spécialistes ont échoué. Spectaculaire, didactique et incisif, ce documentaire visible gratuitement sur YouTube fait vivre depuis quelques semaines un cauchemar aux écologistes, donne des sueurs froides aux industriels et promet des lendemains qui déchantent aux politiques qui ont soutenu les EnR à coups de centaines de milliards d’argent public. En 100 minutes chrono, le film démonte avec efficacité et pédagogie le mensonge des « énergies vertes ». Tout y passe : collusion entre capitalisme sauvage et écologie, mensonges des gourous de la transition énergétique, impact calamiteux des usines « biomasse » sur l’environnement, hystérie et aveuglement des militants, etc…  Si le film n’est pas parfait – rien sur le nucléaire, rien ou presque sur le stockage lithium-ion, rien sur les technologies de rupture en développement – il réussit néanmoins l’essentiel : convaincre le citoyen de base qu’on lui a menti depuis des années. Que des sommes astronomiques ont été dilapidées pour rien. Et c’est déjà beaucoup. 

La mascarade des EnR doit cesser. La mère de toutes les batailles est la lutte contre les rejets de CO2. Si la France est un pays exemplaire à cet égard, ce n’est pas grâce aux éoliennes qui défigurent ses crêtes et son littoral. Seul le progrès technique, nous permettra à terme de sortir des énergies fossiles. Pas la pensée magique des idéologues en sarouel, et des politiques sans convictions, inféodés à l’opinion et aux sondages.

Hydroxychloroquine contre le Covid-19: faut-il attendre une preuve?


La méthode de Didier Raoult n’est pas fantaisiste


La question de l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 a donné lieu à de bien âpres débats. Plusieurs semaines après les premières déclarations du Professeur Didier Raoult, le public n’a pas encore une réponse dans le sens d’une irruption claire et évidente d’une vérité qui met fin à la polémique et obligerait tout le monde à la reconnaître ! Autrement dit quelque chose comme une apparition de la vierge devant une foule. Or, cette « preuve scientifique » imaginée et fantasmée est une rare exception. Dans la réalité pour la plupart des médicaments mis sur le marché, elle n’est jamais été apportée et on se contente d’une simple corroboration de l’expérience clinique. 

Deux écoles

L’un des éléments qui a rendu ce débat difficilement compréhensible pour les non spécialistes est que du côté de la science médicale il y avait deux groupes : les tenants d’une recherche clinique lente basée sur des essais cliniques comparatifs d’un côté, ceux qui privilégient une observation pragmatique pour proposer une solution thérapeutique rapide aux patients de l’autre.

Si l’objectif des seconds est de soigner les patients, le but des premiers est de collecter des preuves scientifiques, ce qui n’est pas exactement la même chose. C’est que la preuve scientifique est une notion épistémologique difficile à cerner car la question posée n’est pas de savoir ce qui existe mais comment on peut le savoir et en être raisonnablement sûr. Or, pour le commun des mortels, la question de comment on sait et comment on peut savoir est escamotée au profit de la recherche d’une vérité absolue.

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Le philosophe de la science Karl Popper a abordé la démonstration de la validité d’une théorie en postulant que l’observation d’un seul fait expérimental qui la confirme ne peut pas la corroborer mais qu’en revanche, un seul fait contradictoire suffit pour la réfuter. Dans le cas des essais cliniques comparatifs d’un médicament ceux-ci ne pourront qu’établir si une différence d’efficacité observée entre un groupe traité et un groupe non traité est statistiquement significative avec un risque d’erreur de 5%. Une telle différence statistique peut-elle être considérée comme une preuve ? En tout cas, pas au sens de Popper puisqu’il reste 5% de chances de se tromper. Accepterait-on de considérer comme preuve de la résistance d’un nouveau pont autoroutier un risque d’effondrement de 5% ? Ce niveau d’erreur pour traiter une maladie, léthale ou non, est pourtant accepté couramment par les agences du médicament dans le monde entier! Il suffit alors aux laboratoires pharmaceutiques d’augmenter simplement le nombre de sujets dans l’étude pour que les différences statistiques observées deviennent significatives et ainsi plaire aux administrations de la santé. Mais la santé n’est pas le seul domaine où la preuve est reine. C’est probablement le droit qui utilise le plus la notion de preuve. En matière juridique, la preuve est la démonstration de la réalité d’un fait. Un risque d’erreur de 5% ne démontre aucunement un fait (exemple concret), mais n’est qu’une convention arbitraire de la présomption d’une réalité possible et l’évaluation de l’innovation en médecine semble s’en accommoder dans la plupart des cas.

La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001
La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus.
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001

Querelle sur les groupes témoin

Ce n’est pas tout. Les études sur des patients traités ne comportant pas de groupe témoin sont principalement critiquées pour ne pas être représentatives, soit parce qu’elles ont été réalisées sur un trop petit nombre de sujets, soit parce qu’elles ne sont pas comparatives et « randomisées » (deux groupes, l’un traité et l’autre non traité, les sujets composant les groupes tirés au hasard).

Or, un essai thérapeutique comparatif réalisé dans les règles de l’art de la recherche clinique ne génère que des résultats qui concernent les sujets de l’étude. Ces résultats sont-ils représentatifs, c’est-à-dire peuvent-ils être extrapolés au reste des patients de la population ? Pas vraiment, car pour ce faire il faudrait que les patients recrutés dans l’essai clinique soient un échantillon représentatif de la population de référence, c’est-à-dire qu’ils soient tirés au sort sur une liste de tous les patients, ce qui est impossible puisque de telles listes n’existent pas sauf parfois dans certaines maladies dites rares. Dans ce dernier cas, les essais cliniques randomisées sont de toute façon impossible à réaliser car détecter des différences d’efficacité imposerait presque toujours d’avoir à recruter un nombre de sujets d’étude plus élevé que le nombre de patients souffrant de la maladie rare… 

Un autre problème mis en lumière ces dernières années est que beaucoup d’essais cliniques sont conduits sur des hommes, ce qui fait que l’efficacité et la tolérance des produits testés peut être différente chez les femmes… Or il ne suffit pas dans ce cas d’adapter simplement les doses à la corpulence car la différence des systèmes physiologiques masculin et féminin explique des différences d’efficacité et de tolérance bien plus importantes. 

La méthode Raoult

Heureusement, il existe d’autres approches d’évaluation de l’efficacité des médicaments : citons notamment l’approche par probabilités en incertitude (modèle dit Bayésien) et l’approche pragmatique en situation réelle qui semble être la voie privilégiée par le Pr Didier Raoult pour établir l’efficacité du protocole thérapeutique hydroxychloroquine + azythromocyne. Dans ce dernier cas, une cohorte de patients diagnostiqués Covid-19 bénéficie du traitement et leur statut virologique et clinique est observé. Rappelons en premier lieu qu’une telle cohorte observationnelle n’est pas moins représentative que la population d’un essai clinique comparatif randomisé. 

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Enfin, cette approche pragmatique est méthodologiquement robuste quand il s’agit d’actions médicales dont les conséquences objectives sont dichotomiques (succès ou son absence), aisément observables et qu’il y a un degré d’urgence : arrêt d’un saignement, réduction d’une fracture ou la disparition d’un agent pathogène comme le coronavirus. L’expérience médicale acquise par cette cohorte de patients traités n’a donc pas moins de valeur que l’expérience acquise par un essai clinique comparatif. Il reste bien entendu la question de la tolérance. C’est bien évidement une question cruciale pour une nouvelle molécule dont le périmètre des effets secondaires est encore mal connu. En revanche dans le cas de molécules parfaitement connues et largement utilisées depuis des décennies (comme l’hydroxychloroquine et l’azythromycine) cette question ne se pose pas. Par ailleurs, le problème des effets secondaires ne semble d’ailleurs pas concerner le paracétamol qui est une molécule mise sur le marché en 1955, soit 6 années après la chloroquine, et recommandée actuellement par les autorités en automédication pendant la période de confinement, alors qu’une mauvaise utilisation pourrait détruire le foie.

Ainsi, quel que soit le niveau d’efficacité réel de l’association hydroxychloroquine + azythromycine, le rapport bénéfice/risque ne peut ainsi être que très bon puisque le dénominateur est très faible. C’est tout ce qu’est censé considérer un médecin et ce qu’attend un patient.

La médecine est une démarche au service des patients. Les théories dogmatiques ne sont que des catéchismes d’une science présentée comme une religion mais dont la réalité est loin des fantasmes des certitudes et vérités éclatantes. Le mélange insupportable des discours divergents entre médecins traitants, médecins chercheurs, épidémiologistes et administrateurs de la santé a créé une cacophonie, généré des tensions inutiles et peut être des espoirs déplacés.

Économie de la santé

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Comprendre la pharmacoéconomie

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La litanie des théories fumeuses de l’après-covid


L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes les théories de l’après-Covid. Une tribune de Jean Messiha (RN)


Le Covid–19, maladie respiratoire aiguë, ne se contente pas d’asphyxier ses victimes les plus graves. Il a également coupé le souffle de tout un ordre philosophico-économique qui sous-tend le mode d’organisation de nos sociétés. Celui-ci est, depuis des décennies, basé sur le productivisme, le consumérisme, le libre-échange, la course au profit, la dégradation environnementale et la globalisation. Ni la crise de 1929, ni celle de 2008, ne parviennent à la cheville des dégâts économiques, sociaux et psychologiques provoqués par le confinement de plus de la moitié de la planète depuis des semaines.

Macron veut se “réinventer”, mais bien sûr !

Tribune après tribune, discours après discours, apparait dans le discours politico-médiatique français la nécessité de « changer le monde ». En France, les néolibéraux, Emmanuel Macron en tête, promettent de se « réinventer ». Un peu comme les communistes occidentaux après la « découverte » des ravages du stalinisme et du maoïsme. La gauche affirme que le lourd bilan humain qui nous accable résulte des économies réalisées sur l’hôpital par les politiques « austéritaires », alors que notre niveau de dépenses publiques est himalayen. Les écologistes nous expliquent que ce coronavirus est le résultat de l’activité humaine et des agressions que nous infligeons à notre environnement. Formidable occasion de relancer la thématique de la transition écologique mise à mal par la « révolte jaune » de ceux qui doivent vivre tous les jours et n’ont pas les moyens de se sacrifier pour le bien de la planète dans 50 ans. De plus, dans la longue chaîne des choses qui nous ont attaqués, le coronavirus n’arrive pas forcément en premier!

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L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes ces théories. Il n’y avait aucune fatalité dans le développement de cette pandémie. Venue du laboratoire P4 de Wuhan ou de son marché d’animaux sauvages, la Chine a prévenu, certes tardivement, mais, en tout état de cause, avant que les cas ne se disséminent largement au-delà de ses frontières. Ce sont les chercheurs chinois qui ont déchiffré le génome du virus et communiqué très rapidement les données dont ils disposaient. Sévèrement mise en cause, l’OMS a globalement fait son boulot et alerté sur la contagiosité et la sévérité de cette maladie. En Asie, sans parler de l’Australie/Nouvelle Zélande quasi vierges de toute contagion, toute une série de pays a réussi à contenir la progression du virus : Chine, Japon, Corée, Singapour, Hong-Kong, Taïwan, Indonésie, etc. Outre-Atlantique, le Canada et le Mexique s’en sortent bien comme la plupart des pays de l’Amérique Latine, exception faite du Brésil, dirigée par une équipe ultra-libérale et corona-sceptique. En Europe, zone la plus touchée, la situation est extraordinairement contrastée : tout un espace à l’est du Rhin (Allemagne, Autriche et Europe centrale) ainsi qu’en Scandinavie (Finlande, Norvège, Danemark) est peu touché, alors que sa partie occidentale (France, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Irlande) comme méridionale (Italie et Espagne) est ravagée.

La crise de l’hopital français, vous êtes sûr?

D’une manière générale, on ne peut constater aucun lien entre l’effort national en matière de santé publique et la mortalité observée. Qui peut nier la qualité des systèmes de soins suisse, néerlandais ou belge ? Qui peut contester le fait que les hôpitaux du nord de l’Italie sont bien meilleurs que ceux que Sud ? Comment discuter la différence de qualité entre les grands hôpitaux publics de Madrid et ceux de Lisbonne ou d’Athènes ? À choisir, qui préfèrerait être soigné dans un CHU polonais plutôt qu’à Londres ou à Dublin ? Pourtant la carte de la mortalité européenne (nombre de morts par habitant) ne reflète absolument pas ces réalités. L’excuse du taux de vieillissement de la population, initialement utilisée pour expliquer le carnage italien, a été balayée par la flambée de l’épidémie dans des pays plus jeunes (Royaume-Uni, France, Etat de New York, etc.).

Allons sur le terrain des écologistes pour examiner cette théorie de Dame Nature se vengeant des humains qui l’agressent en lui refilant ses virus les plus létaux. Encore faut-il déjà être sûr que ce Covid–19 ne résulte pas d’une fuite accidentelle du laboratoire de Wuhan. Mais fut-il né dans les miasmes du « wetmarket » de ladite ville que cela ne prouverait rien pour autant. La Chine est déforestée depuis des siècles et ce virus proviendrait de chauves-souris tapies dans une grotte située à des centaines de kilomètres du foyer initial. Les zones où la forêt est la plus attaquée (Amazonie, Bornéo, Sumatra) n’ont pas à ce jour généré de virus aussi effroyable. Certes, Ebola provient de la forêt équatoriale africaine, aujourd’hui fortement exploitée, mais il est apparu en 1976 dans un trou perdu de l’ex-Zaïre, pays qui, à l’époque, comptait 23 millions d’habitants pour un territoire quatre fois grand comme la France.

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Les écolos peuvent revoir leur copie eux aussi

Il ne s’agit pas ici de justifier un seul instant la déforestation qui est, effectivement, un fléau inacceptable. Mais la vérité est que l’homme est depuis la nuit des temps victime de zoonoses. Elles ont toujours existé et existeront sans doute tant que hommes et animaux partagerons cette planète. Peste, choléra, variole, fièvre jaune, grippe, etc. autant de virus d’origine animale ont infligé à l’humanité au cours de son histoire des pertes gigantesques lors d’épidémies souvent sporadiques mais toujours dévastatrices. La dernière d’entre elle, la grippe « espagnole » de 1918-1919, a fait entre 50 et 100 millions de morts dans un monde bien moins peuplé (1.8 milliard), bien moins déforesté et bien moins carboné que le nôtre. Ce que le développement économique et son corollaire, le progrès scientifique et technique, nous ont apporté c’est la capacité de nous défendre contre ces fléaux, alors qu’à l’état de « bon sauvage » que vénèrent les écolos, l’homme devait compter sur son système immunitaire, des plantes improbables et des prières pour s’en sortir.

Ici encore il n’y a aucune volonté de nier les immenses défis écologiques auxquels nous devons faire face et que nous devons résoudre, mais de rétablir les faits. Écologie et zoonose ne sont pas interconnectées. L’urbanisation serait-elle un facteur de propagation ? On peut l’avancer quand on constate la forte diffusion du virus dans les métropoles de Londres, Paris, New-York, Sao-Paulo, etc. Mais les contre-exemples abondent. L’immense conurbation de Tokyo-Yokohama est peu atteinte. Idem pour la géante Los Angeles, la très dense Hong Kong, ou bien, plus près de nous, le très étendu Berlin. En Lombardie, c’est autant la campagne et le réseau de petites villes qui est dévasté que la capitale Milan.

Les modèles politiques tous faillibles

Ce serait une erreur de croire que le Covid–19 est le fruit de la mondialisation. Mais sa propagation mondiale ultra-rapide lui est clairement liée. L’explication se situerait-elle alors dans l’orientation politique des équipes gouvernantes ou la structure administrative du pays ? Il n’en est rien. Le Royaume-Uni, très à droite, et l’Espagne socialiste sont tous les deux assommés. La ville et l’État de New York, gérés par les Démocrates, est un cimetière. Mais pas la « progressiste » Californie. L’Allemagne fédérale, où les Landers ont de larges responsabilités en matière de santé, nous écrase de sa supériorité sanitaire. Mais l’Italie ou la Belgique, pays très déconcentrés, sont très durement frappés. La Pologne, pays aussi centralisé que le nôtre, regarde cette crise de loin avec ses 17 morts par million d’habitants (20 fois moins qu’en France).

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La véritable explication sur la concentration des décès dans quelques pays d’Europe tient à la qualité et à la célérité de la réponse étatique, à la primauté de l’intérêt national ainsi qu’à la capacité de l’industrie locale de faire face rapidement au besoin urgent de masques, de tests et de gel hydro-alcoolique. Et il y a, dans ce macabre classement, les « bons », les « moyens » les « mauvais » voire les « très mauvais ». En France, nous appartenons, avec le Royaume-Uni, à la deuxième catégorie, laissant au trio Belgique, Italie et Espagne le sinistre podium de la mort. 

Nous allons gagner cette guerre, non pas grâce à un état-major qui a montré sa lamentable déficience faite d’amateurisme et de mensonges, mais aux officiers et aux soldats de la santé qui ont tenu le front, ainsi qu’à la discipline de l’immense majorité des Français. Mais quid de l’après ? Ne nous illusionnons pas, tout ne va pas changer. Mais quelles orientations nouvelles voulons-nous donner à notre société ?

La « macronie » ne réinventera rien. Edouard Philippe sera sans doute remercié afin de lui faire implicitement porter le chapeau des atermoiements et des défaillances présidentielles. On va bricoler le « modèle » avec quelques leitmotivs creux comme la « souveraineté européenne » qui, dans un « en même temps » invraisemblable, est censée préserver la nôtre. C’est une forme de bigamie mais politique. On va essayer de « réindustrialiser », mais sans s’attaquer aux causes de la désindustrialisation. Donc l’effort sera vain. On va surtout devoir gérer l’effroyable trou qui se creuse dans nos finances publiques. 

Economie: faire le bonheur des Français d’abord

Macron II promet ainsi d’être la réécriture d’une mauvaise pièce dont l’acteur principal compte sur son talent oratoire pour nous faire applaudir un Feydeau vieilli, dont les coups de théâtres éculés ne nous font plus rire. La gauche proposera plus de « solidarité », le « partage du travail », plus d’immigrés et plus de communautarisme, le tout financé par une pression fiscale accrue sur les classes moyennes. Cette gauche se met, elle aussi, opportunément à prôner la réindustrialisation, alors qu’elle a trahi la classe ouvrière depuis 40 ans. Les écologistes attaquent de plus belle sur le thème de la transition écologique, en prétendant que c’est elle qui nous permettra de remettre le pays à flot. Nous vivons un épisode sanitaire qui a mis le monde à genoux et menace l’emploi, donc la survie au quotidien de millions des nôtres. Qu’à cela ne tienne : ce sont les émissions de carbone aux effets lointains qui les préoccupent au plus haut point ! Rappelons que sur la question migratoire et identitaire, ils sont alignés sur les positions de la gauche.

Après cette crise historique et phénoménale il est temps de se poser la question de la mission de ceux qui nous gouvernent. Assumons un choix simple : faire le bonheur des Français ou du moins créer les conditions de ce bonheur. Quelles sont-elles ? 

Tout d’abord, du boulot pour tous et payé au juste prix. Pour cela il faut de la croissance économique et une certaine tension sur le marché du travail favorable aux travailleurs grâce à l’arrêt de l’immigration et au renvoi des étrangers non-intégrés indésirables. Stratégie qui doit être assortie de la mise au ban du non-travail « choisi » financé par un RSA complaisant et un « black » non-sanctionné.  

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Il faut redresser la compétitivité de notre appareil productif industriel, agricole et tertiaire. Pour y arriver, il n’y a qu’une solution : la dévaluation. Cette dernière se décline en deux options : celle de la monnaie donc la sortie de l’euro ou celle des coûts par la baisse des prélèvements excessifs qui pèsent sur nos entreprises, mais assortie de conditionnalités qui faisaient fâcheusement défaut au CICE. Un protectionnisme ciblé sur les quelques prédateurs commerciaux comme la Chine doit compléter cette option.

La dévaluation monétaire est écartée. Longue et complexe par principe, elle nous précipiterait dans une longue et coûteuse période d’incertitude. La seconde nous obligera à faire des choix sociétaux, fiscaux et budgétaires clairs et assumés. Car non, décidément non, l’État ne peut pas tout et dans tous les domaines. Surtout s’il est accablé d’une dette monumentale, comme c’est notre cas. Il doit par contre pleinement assumer son rôle dans les autres conditions du bonheur collectif à savoir la sécurité, l’éducation, la santé, la solidarité pour les plus fragiles et l’égalité des territoires.

Nucléaire, je dis qu’on continue!

Ce dernier point, essentiel après la révolte des Gilets Jaunes, appelle à une vraie politique de « démétropolisation ». Car la concentration excessive de la richesse, de l’emploi et, par conséquence, de la population dans quelques métropoles, est une aberration socio-économique, démographique et écologique.  Il n’est évidemment pas question de coercition, mais de créer les conditions d’une bien meilleure attractivité pour la province.

La transition écologique est assurément capitale. Mais la réduction de l’empreinte carbone de la France, une des plus faibles d’Europe par tête d’habitant, ne peut pas absorber les ressources nécessaires au redressement productif qui conditionne la survie de notre modèle social. Priorité doit être donnée à la lutte contre la pollution automobile en milieu urbain facteur de pathologies graves, à l’éradication progressive de la chimie dans l’agriculture et la protection du bien-être animal. Mais c’est bien le renouvellement intégral et réindustrialisant de notre industrie nucléaire vieillissante mais productrice d’électricité décarbonée, ultra-sûre et indépendante, qui devra constituer le grand défi de notre génération.

Le gouvernement au service des charlatans


L’exécutif abuse de la vérité. Quand il se décide enfin à agir, il prend ses décisions chez des “experts” qui se contredisent, et leur fait porter la responsabilité de mauvais choix non assumés. La situation politique est beaucoup plus dégradée que ce que veut bien le concéder la plupart des journaux, journaux que la porte-parole du gouvernement cherche à dompter. Quand les Français seront autorisés à sortir de chez eux, ils demanderont des comptes. 


Le brouillard de la guerre étant ce qu’il est, il serait malvenu d’abuser des reproches à postériori envers celui qui décide dans l’urgence et dans l’incertitude. Encore faut-il que l’incertitude ne serve pas de paravent au déni manifeste du réel, à l’indécision, à l’inaction, à la lâcheté et à l’hypocrisie. 

Encore faut-il que le décideur assume.

En faisant du pouvoir non pas une responsabilité, mais une jubilation arrogante en même temps qu’un moyen de fuir ses responsabilités, notre gouvernement verse dans le mensonge systématique, bafoue l’idée même de politique, et décrédibilise la science. La crise du Covid-19 le met en lumière, par pure lâcheté il désarme notre pays face aux charlatans, aux gourous et aux fanatiques. 

Le ministère de la Vérité voulu par Sibeth Ndiaye

Crime contre la vérité, que ces tentatives répétées d’instaurer un « ministère de la vérité » orwellien, de la loi Avia aux déclarations surréalistes de Sibeth Ndiaye annonçant un site officiel « désinfox. » Ainsi les médias nous rapportent que le gouvernement affirme que les médias qui reprennent les éléments de langage du gouvernement sont considérés comme fiables par le gouvernement.

Belle désinfox que celle qui nous confirmera lundi que les masques sont utiles, mardi qu’ils ne servent à rien si on n’est pas malade (mais comment savoir si l’on est malade en l’absence de tests ? J’oubliais, Olivier Véran nous garantit que si nous en avions disposé dès le départ cela n’aurait rien changé), mercredi qu’ils sont réquisitionnés, jeudi que la grande distribution dispose de masques en stock mais bien sûr n’a pas fait de stocks pendant que les soignants, les pompiers, les forces de l’ordre et tant d’autres en manquaient, vendredi qu’ils sont obligatoires, samedi que la version du soir qui contredit celle du matin était en fait celle du matin et que ceux qui disent le contraire sont des menteurs, et dimanche que les questions gênantes sont le ferment de la division et que ce n’est pas le moment de les poser, mieux vaut attendre que tout le monde soit passé à autre chose.

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Incarnation grotesque de cette gouvernance à la fois risible et dangereuse, pitoyable et puérile, Sibeth Ndiaye. Caution clientéliste « progressiste » puisqu’elle est femme, « racisée », dotée d’un indéniable embonpoint et binationale ? Diversion, dont chaque intervention conduit, plutôt qu’à analyser la politique gouvernementale, à se demander sans fin : « mais ne le fait-elle pas exprès, Sibeth ? » La maintenir à son poste est pur mépris. Ce n’est pas elle – la pauvre ! -, le vrai visage du gouvernement. Non, le vrai visage de l’équipe d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe, c’est le ricanement méprisant qui consiste à l’avoir choisie et à dire chaque jour à la France : « Elle est ridicule, elle ment, et vous ne pouvez rien y faire : vous ne pouvez même pas nous obliger à admettre que nous vous prenons ouvertement pour des buses… »

Un chef ça décide

Crime contre la politique, que cette lâcheté, ce refus permanent d’assumer. « C’est pas moi, c’est les scientifiques ! » Non, mesdames et messieurs. Fut-il le plus grand des experts, un conseiller conseille, c’est le décideur qui décide. Un décideur qui ne fait qu’entériner les décisions de ses conseillers n’est pas un décideur, mais un prête-nom. Ce n’est pas un chef, c’est un pantin, un fantoche, un acteur de théâtre. Brigitte devrait décidément enseigner à son mari un nouveau rôle, celui du courage et de la décence. Qu’elle l’oblige à travailler Cyrano, « on n’abdique pas l’honneur d’être une cible », et qu’enfin notre chef de l’État fasse au moins semblant de se comporter en chef, et pas seulement pour nous faire des crises d’autoritarisme – je n’ai pas oublié le limogeage de De Villiers.

Crime contre la politique, rien de moins, car c’est toute l’espérance que porte le système démocratique qui est bafouée lorsque conjointement, le chef de l’État et le chef du gouvernement de l’une des dix premières puissances mondiales ne trouvent rien de mieux à dire que « c’est pas nous, c’est les experts, c’est eux qui décident. » Comment ne pas comprendre qu’une telle attitude ne peut que pousser le peuple dans la rue, et pas seulement pour se déconfiner ?

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Crime contre la science, que de vouloir la rendre responsable des mensonges, des tergiversations et des décisions absurdes. On peut se lamenter des fake-news autant que l’on voudra, lorsque le gouvernement s’ingénie à décrédibiliser la démarche scientifique elle-même, il ne faut pas s’étonner si le complotisme, l’irrationalité et l’obscurantisme progressent. Après tout, si la science est ce machin qui dit en quelques jours une chose et son contraire comme s’il s’agissait de certitudes, autant boire de l’urine de chameau ou se faire exorciser du Covid-19 par un télévangéliste américain !

La science mise en défaut laisse la place aux escrocs

Bien sûr, les scientifiques peuvent se tromper, c’est même souvent comme ça qu’ils apprennent et qu’ils progressent. Mais la science n’est pas un corpus de certitudes, c’est une détermination inflexible à être ancré dans le réel et la logique. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir le déficit de culture scientifique de notre pays : pas le déficit de connaissances, mais de méthode. Certes, tout le monde ne peut pas être un spécialiste de Karl Popper et Thomas Kuhn, mais un minimum d’éducation à la méthode expérimentale et à l’art de la démonstration est indispensable. Il n’y a aujourd’hui que trop de pseudo-sciences, de ces grandes théories infalsifiables et donc invérifiables qui prétendent tout expliquer, trop d’arguments d’autorité, trop d’arrogance et en même temps trop de relativisme, drapé dans des diplômes obtenus par complaisance idéologique.

Bien sûr, la pandémie a mis en évidence des nids de vipères dans le monde des laboratoires et des publications scientifiques, des conflits d’intérêts, des querelles d’égo, des histoires de gros sous. Mais que le premier à prétendre qu’il est surpris revienne rapidement sur Terre ! Les scientifiques sont des hommes et des femmes dotés de tous les travers de notre espèce. Et alors ? Il n’en demeure pas moins que la démarche scientifique, la vraie, celle d’Euclide et de Galilée, est et reste le meilleur outil jamais conçu par l’humanité pour observer, analyser et comprendre le réel (avec l’art, qui suggère et donne à ressentir ce qui ne peut être décrit, mais c’est un autre sujet).

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Pour fuir ses responsabilités, le gouvernement tente donc de rejeter sur la science la responsabilité de ses manquements. Les escrocs et les gourous l’en remercient.

Fini de jouer

Finalement, ces trois écueils ne constituent qu’une monstrueuse et colossale faute contre la Nation. Tout faire pour dresser le peuple à s’habituer au mépris, à perdre foi en la politique, à se détourner de la méthode logique qui lui permettrait de penser par lui-même à partir de ce qu’il observe, c’est le désarmer un peu plus face à ses ennemis, qu’ils soient spécialistes du marketing commercial et électoral, ou prédicateurs religieux fanatiques.

La Macronie n’est qu’un théâtre. Une pantomime moqueuse, grandiloquente et incohérente, qui voudrait nous obliger à prendre son verbe pour la réalité, et le réel pour un simple décor de carton-pâte. Réel : le démantèlement des services publics, l’effondrement de l’école depuis des décennies, l’incurie face à la pandémie, la remise en liberté anticipée de milliers de délinquants par un caprice de Nicole Belloubet et les récidives que bien évidemment la garde des Sceaux refusera d’assumer, la passivité face aux attentats et à l’islam théocratique, l’impuissance choisie face à la crise des banlieues, les migrants qui ont tenté d’envahir la Grèce, la crise économique qui vient. Il est grand temps de voir que le roi est nu, que le maquillage des acteurs craquèle, que même s’ils répètent « nous sommes en guerre » leurs fusils en plastique n’en font pas des guerriers, et de laisser retomber le rideau sur cette triste mascarade.

Prisons: les quatre impostures de Madame Belloubet


Miracle du coronavirus: les prisons françaises ne sont plus saturées. La Chancellerie voudrait nous faire avaler que cette situation sans précédent est une bonne nouvelle! 


Difficile d’y échapper : depuis quelques jours une communication appuyée de la garde des Sceaux s’enorgueillit d’une « régulation » de la population carcérale en ce temps de crise sanitaire. Avec 61 100 détenus pour 61 109 places, le taux d’occupation moyen des prisons s’établit tout juste à un taux de 100%. Brandi comme un trophée, encore récemment dans un entretien au Monde le 30 avril, ce triomphalisme de la chancellerie ne peut manquer d’étonner les différents acteurs de la sécurité intérieure, et au-delà tous ceux qui sont attachés de manière légitime aux droits et libertés, dont personne n’a le monopole. Car la réalité est bien différente des communications de Madame Belloubet : la libération de plus de 10 000 détenus depuis l’entrée en état d’urgence sanitaire, est le résultat d’une quadruple imposture. 

Imposture du mot, qui est d’abord celle de la chose

Comme toujours la sémantique est une manière de manipuler la réalité. Parler de « régulation » pour évoquer la situation de la population carcérale (qui se trouve en prison, rappelons-le, par décision judiciaire), en exécution de peines définitives ou à titre préjudiciel dans le cadre d’informations judiciaires (détention provisoire avant jugement) revient à renoncer définitivement aux concepts du droit et de la procédure pénale fondée sur l’exécution et l’application de la peine. Une peine d’emprisonnement est en première intention exécutée par le parquet, avant le cas échéant d’être individualisée, « appliquée » par un juge de l’application des peines.

La régulation est un concept issu de ce qu’il est convenu d’appeler le « droit mou » (« soft law », un ensemble de règles non obligatoires et dont la « juridicité » est discutée) et de l’univers managérial, pourtant assez éloigné de la gauche étatiste dont Madame Belloubet est issue. Il s’agit d’un mode d’intervention consistant à privilégier un traitement souple de certains contentieux dans certains secteurs, économiques notamment.

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On doit admettre que le marché ait besoin d’un droit et de procédures aussi souples que lui. Mais pour autant, peut-on admettre que l’exécution des peines de prison soit un marché, « régulé » par l’offre et la demande, et les capacités pénitentiaires ? Que les procureurs/prescripteurs, pire encore les présidents des cours d’assises et tribunaux correctionnels, les juges des libertés et de la détention aient l’œil rivé sur un tableau Excel dont les données l’emporteraient dans la décision sur les critères de gravité et d’atteinte à l’ordre public ou de lutte contre la récidive et de protection des victimes ? Renoncera-t-on demain à incarcérer un violeur ou un voleur de banque sous prétexte qu’un numérus clausus des places de prison risque d’être dépassé ? Que les magistrats deviennent des tenanciers d’hôtels en renonçant à leurs missions constitutionnelles ?

Qui a peur de parler d’exécution des peines ? La garde des Sceaux ? On attend avec impatience les instructions qu’elle voudra bien donner aux magistrats pour assurer leurs missions régulatrices à l’avenir… Avec à la clé, les éléments de langage à destination des services de police et des victimes. 

Imposture des missions

La communication du garde des Sceaux en période de confinement, comme précédemment d’ailleurs, a été réduite à cette seule question, celle de la population carcérale. Au prix d’un double déni : celui de sa mission principale qui est la lutte contre la criminalité et la délinquance, et celui de la protection des victimes. Sur ce point précis, Madame Belloubet n’aura pas dit un mot, ni diffusé la moindre circulaire de politique pénale qui aurait pu notamment appeler les procureurs à lutter particulièrement contre les violences aggravées sur les personnes dépositaires de l’autorité publique (policiers et gendarmes), les personnes vulnérables, les escroqueries aux services de première nécessité sur internet. Sans oublier les trafics de tous ordres qui se sont réadaptés en temps réel à la nouvelle donne dans le cadre de la criminalité en bande organisée (ubérisation des trafics, redéfinition des territoires, digitalisation du marché).

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Non, Madame la Garde des Sceaux, contrairement à ce que vos services laissent croire, la baisse de l’activité pénale n’est pas liée à la baisse de la délinquance. Quel déni ! La délinquance n’a pas disparu par l’effet du confinement. Malheureusement, seules les investigations ont été ralenties et les poursuites et condamnations au mieux différées par l’effet de la mise en œuvre des plans de continuation… Les services de police et de justice, parquet notamment, ne peuvent plus agir avec l’efficacité et la célérité qu’on leur connaît. On a confiné un thermomètre, mais on n’a pas fait disparaître la fièvre… La criminalité est toujours présente et active et ses acteurs vous ont bien entendue, Madame la Garde de Sceaux, claironner cette « régulation de la population carcérale ».  Et ils ont compris qu’ils avaient carte blanche. Vous avez été aidée et précédée par le ministre de l’Intérieur qui, évoquant des attaques contre des policiers dans les quartiers, avait parlé des « activités ludiques », des « petits groupes » – surtout pas des bandes ! – dont la dureté du confinement et la pauvreté seraient les principales responsables. Car au-delà des libérations sanitaires ou prétendues telles (qui a posé un diagnostic épidémiologique en détention ?), à qui fera-t-on croire que la détention, modèle de confinement chimiquement pur, serait un danger quand il est un bienfait pour les gens honnêtes ?). Qui n’a pas encore compris que les prisonniers qui se sont mutinés exerçaient un chantage (réussi) à leur libération et redoutaient que la fin des parloirs assèche l’approvisionnement des prisons en drogues et autres téléphones de contrebande ?

Imposture de l’ambition

Une Nation de 67 millions dont la structure démographique révèle tant de diversité et de fragilités doit pouvoir assumer la détention de 80 000 personnes, pour l’application de la loi par ses magistrats et la sécurité de ses citoyens et au regard de l’état de sa délinquance structurelle et permanente, aggravée par un contexte économique et social plus qu’instable. Renoncer à l’exécution des peines d’emprisonnement fermes est, comme en matière de masques de protection, une adaptation de la doctrine aux moyens. La prison serait donc aussi inadaptée à la lutte contre la délinquance que le port des masques était inutile contre le Covid-19 au temps où on en manquait ?

Mais qui n’a pas su se donner ces moyens si ce n’est une garde des Sceaux qui n’a pas défendu sa position – inscrite dans la loi de programmation ! – et a perdu, sans vraiment combattre, les arbitrages qui devaient conduire à la construction de 10 000 places nouvelles ? 

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« Ces événements nous dépassent feignons d’en être les organisateurs ». Jamais cette phrase de Jean Cocteau n’a résonné aussi juste depuis qu’on a fait de la fatalité des effets réels et supposés du Covid en détention, une nécessité vertueuse. Et on le théorise en nous expliquant que le niveau actuel de la détention correspondrait à une politique pénale douce, issue des effets de la loi du 23 Mars 2019 et de son « bloc peines. » En réalité : une loi qui vient blanchir une amnistie déguisée…

Imposture du droit enfin

Depuis trop longtemps, la qualité de la loi laisse à désirer mais avec l’état d’urgence, nous avons atteint un seuil d’illisibilité, d’incohérence et d’insécurité juridique sans précédent. En effet, quand la garde des Sceaux, ministre du droit et des libertés publiques, qui plus est juriste de profession, n’est plus capable de produire un texte ou une ordonnance qui permette de savoir clairement à quelles conditions il est ou non possible de prolonger la détention provisoire de prévenus, toute l’institution judiciaire est en insécurité. Et avec elle les droits fondamentaux des personnes à commencer par ceux des justiciables méconnus. 

La cour de cassation pourrait très prochainement dire ce qu’elle pense d’une ordonnance bâclée, rédigée par un obscur chef de bureau livré à lui-même. Une ordonnance qui élude tout contrôle par un juge d’une atteinte – même légitime – à la liberté individuelle, à l’heure où des nouvelles technologies, de la visioconférence ouvrent des possibilités intéressantes.

Certes, nous n’ignorons pas que derrière le doux vocable de « dialogue des juges » se cache une compétition des cours suprêmes qui conduit chaque haute cour à se montrer mieux-disante en matière de libertés publiques ou à la recherche de son arrêt Canal. Nous savons également que face aux critiques adressées par certains avocats même et surtout minoritaires, grande est la tentation de poser un arrêt de remontrances comme jadis le Parlement de Paris au roi de France. Mais, il appartenait à la garde des Sceaux de veiller à ne pas donner d’occasions trop faciles de se voir donner une leçon de droit.

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Face à tant d’impostures, tant de démissions, de lâchetés, de carences, un sursaut est nécessaire. L’autorité judiciaire est dans le respect des grands principes, le garant ultime des politiques publiques de sécurité. Le dernier maillon d’une chaîne, celui qui fait que cette chaîne rompt ou non. Force est de constater que la volonté politique qui inspire la politique pénale et qui fonde l’autorité sur les parquets fait cruellement défaut.

Cela doit être l’un des enjeux du plan de déconfinement et de l’après 11 Mai.

Le doux règne de Corona Ier

Jusqu’à la mort de Fidel, les Cubains se touchaient le menton en mimant une barbe et disaient « quien tu sabes » pour ne pas prononcer son nom. Dans son discours de « déconfinement », Edouard Philippe parle vingt-quatre fois du « virus » sans prononcer une seule fois le mot  « coronavirus ». Il est vrai que Corona est déjà une savoureuse bière. 

L’empire de la novlangue

En revanche, il a prononcé quatre fois « Covid-19 » et deux fois « StopCovid ». Le terme « Covid » a été choisi pour être « facile à prononcer », a confié un scientifique au nom imprononçable, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS. C’est une siglaison qui est née d’une longue réflexion. Surtout, le même scientifique a révélé que le mot a été pensé pour ne « stigmatiser personne ». Avec 25 000 morts dans le pays, voilà qui nous fait une belle jambe. Covid ou la sournoiserie de la novlangue dans toute sa splendeur. 

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Du pays du Soleil levant aux Amériques, l’empire de Corona Ier est désormais immense. Quelques bastions de résistance: les contrées d’Afrique et les Sarrasins. En France en revanche, jadis terre du vaillant Roland, il faut se résigner à des mois d’occupation, aime nous répéter notre Premier ministre. Son dernier discours à l’Assemblée Nationale a d’ailleurs globalement convaincu le peuple, bien que de têtus détracteurs rêvent de prendre le pouvoir: trémolos dans la voix, le tribun Jean-Luc Mélenchon a fustigé les « injonctions odieuses » de Macron Ier. Dans la truculente gazette Causeur, Florian Philippot, plaide lui une « révolution qui vient ». Rappelons quand même que le fils de hussards de la République qui se rêve en guide des Jacobins a enregistré le score historique de 0,65 % aux dernières élections européennes. Il y en a qui ne manquent pas d’air. 

Une intégration exemplaire

Une révolution? Mais Corona s’en est déjà chargé, camarade! Le pays est ruiné, les bistros et musées sont fermés, les amours volages sont maudits, les Français sont masqués, gantés et cloîtrés. Tel Winston dans 1984, nos cadres font des exercices de « culture physique » dans leur chambre avant de télé-travailler devant leur écran. Et ils semblent en plus aimer cela, se réjouit le « think thank progressiste » Terra Nova. Qui dit mieux? Dans Napoléon le Petit, Victor Hugo ne cesse de vilipender son ennemi juré par son nom. Il y raille notamment le saccage supposé de l’éducation. Pourtant, Napoléon III n’avait jamais fait fermer les écoles, lui. Voilà chose faite avec l’empereur Corona. Cela susciterait-il une levée de boucliers de la part des enseignants? Loin s’en faut. À part quelques insoumis, tel l’érudit Jean-Paul Brighelli, qui assure sur son blog que sa vie n’a pas la même saveur sans ses élèves, nous en voulons encore, nous préférons goûter aux délices de Blackboard Collaborate ou autres logiciels de cours à distance déshumanisants que nous confronter aux postillons des élèves. 

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Comme tout peuple qui connaît une révolution, nous allons nous adapter. Bien que certains s’obstinent à se persuader du contraire, les populations s’éduquent, l’instinct de soumission est en chacun de nous. Objectivement, si on écarte les chambrées d’Africains entassés dans leur HLM, les étudiants en studettes, les esprits lubriques et les amoureux des bains de foule, la torpeur du monde confiné de l’empereur Corona n’est pas si désagréable. Espérons cependant, je pense que tout le monde en conviendra, que son règne durera moins longtemps que celui de Fidel. Pour cela, encore faudrait-il commencer par le nommer vraiment. Dire « le virus » n’a aucun sens, « virus chinois » en a bien plus. Vous avez dit stigmatisant? L’appellation « grippe espagnole » ne choque personne. Nous l’usons à l’envi depuis un siècle et n’avons pas vraiment été en guerre avec l’Espagne depuis la Guerre de trente ans! Mais admettons qu’il ne faille prendre le risque de froisser nos amis chinois. Pourquoi pas « virus couronne » dans ce cas? Franciser le nom de notre nouvel arrivant, voilà qui illustrerait sa formidable intégration parmi nous.

Napoléon le Petit - Texte intégral

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Comment notre Etat s’est fait hara-kiri

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Olivier Véran, Edouard Philippe et Jérôme Salomon. Auteurs : Tristan Reynaud/SIPA . Numéro de reportage: 00948627_000006

Les Français croient encore qu’ils disposent d’une administration napoléonienne : verticale, avec des ministres et des préfets, bref des chefs. C’est faux : après quinze ans de « modernisation », il n’y a plus que des « managers administratifs » qui pratiquent la « transversalité », recherchent « la qualité » et la « performance ». C’est précisément pour cela que la France manque de masques, de tests et de stratégie sanitaire face au coronavirus.


La « mise sous tension » du secteur santé a d’abord conduit à supprimer les stocks de masques. Et les « bonnes pratiques » de passation des marchés publics ont débouché sur la passation de trois très gros marchés à la Chine. On aurait pu en commander à une centaine de producteurs différents ou bien relocaliser en France la production de masques, ou encore favoriser l’artisanat commercial ou familial.

Des masques… fin juin

Autant de solutions pragmatiques qui n’auraient pas su satisfaire les (trois !) bureaux différents du service des achats du ministère de la Santé : les bureaux du « contrôle », de la « procédure » et de la « performance (!) ». Seuls de très gros marchés pouvaient correspondre aux exigences de la Sainte Trinité managériale en termes de droit, de normes et de règles de gestion. Grâce à ce cahier des charges, les Français auront de beaux et bons masques aux normes Afnor et commandés selon des procédures ISO… fin juin !

Et il ne s’est trouvé personne, ni ministre, ni directeur, pour bousculer, au vu des circonstances exceptionnelles, ces règles nuisibles. Si pour De Gaulle « L’action est le jeu divin du héros », le respect de la procédure est le devoir mesquin du bureaucrate managérial.

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C’est un peu la même histoire pour les tests. Dans l’organisation traditionnelle de la France, le préfet coiffait les services départementaux de l’État, notamment la direction de l’Action sanitaire et sociale et les services vétérinaires. Trop simple. Au nom de la « modernisation » deux réformes ont été engagées : la « mutualisation » et la « régionalisation ». Résultat : nous disposons de douze agences régionales de santé (ARS) en métropole (après la fusion des régions voulues par François Hollande). Quant aux services vétérinaires, ils sont restés à la main des préfets dans le cadre des directions de la protection des populations ou des directions de la cohésion sociale.

Tests : trois semaines de perdues

Pour les tests, les labos publics des services vétérinaires disposaient des moyens les plus importants. Mais ils sont restés trois semaines l’arme au pied. Pas question pour la Santé de faire appel aux gueux de l’Agriculture. Ni pour les ARS de solliciter des services préfectoraux. D’autant qu’entre deux discours-fleuve, le Premier ministre a manqué de temps pour rendre des arbitrages…

Pour les traitements des malades symptomatiques, on a assisté aux mêmes délires : le lancement à grands sons de trompe d’une étude européenne (donc lourde par nature) sur les soins hospitaliers à privilégier en cas de forme d’expression grave de la maladie. Fantastique pour les « managers » de la Direction Générale de la Santé (DGS) et les grands laboratoires pharmaceutiques. Sauf que pour lutter contre l’épidémie, la vraie priorité aurait été de traiter dès l’origine les formes bénignes de la maladie pour limiter la contagion et essayer d’enrayer l’engorgement des services hospitaliers. Tout en laissant les médecins généralistes ou exerçant en Ehpad tester différentes pratiques. Au lieu de se borner à recommander (sans étude randomisée au demeurant)… la seule prise d’aspirine.

Des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables

Le déconfinement ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices. Le gouvernement a annoncé qu’il se ferait autour de deux pivots : les préfets et les maires. Ce qui pourrait passer pour un retour au bon sens territorial est aussi une entreprise de défausse. On vous explique : les administrations centrales de la Santé et de L’Éducation pondent des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables. Si les préfets et les maires veulent les mettre en œuvre, ils ne déconfinent pas. S’ils veulent déconfiner, ils en prennent leur aise avec les circulaires : mais en cas de poursuites pénales (pour mise en danger de la vie d’autrui), ce sont eux qui se retrouvent devant les tribunaux. Philippe, Blanquer, Véran, et les directeurs d’administration qui en dépendent ne gouvernent pas, ils se bornent à se protéger des suites judiciaires de leur mal gouvernance.

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C’est ainsi que le juge judiciaire va de facto imposer une poursuite du confinement au-delà des simples exigences sanitaires. Un juge judiciaire doublement irresponsable

– parce qu’il juge de ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire A POSTERIORI, ce qui est plutôt… commode,

– et que lui n’est en rien responsable, ni poursuivable, pour ce qu’il décide.

Ce qu’on appelle l’État de droit n’est rien d’autre qu’une dictature judiciaire.

Le déclin du courage

C’est le grand Soljenitsyne, dans son discours de Harvard en 1978, qui explique le mieux notre situation : « Le déclin du courage est ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son sens noble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis (…) Une société qui s’est installée sur le terrain de la loi sans vouloir aller plus haut n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l‘homme. Et face aux épreuves du siècle qui menacent, jamais les béquilles juridiques ne suffiront à maintenir les gens debout. »

Le Déclin du courage (Le Goût des idées t. 44)

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Rokhaya, sors de ce corps!

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Eric Le Boucher Image: capture d'écran YouTube

À propos d’une chronique d’Eric Le Boucher, dans laquelle le journaliste regrette que l’économie soit à l’arrêt (horreur!), tout ça pour des « vieux blancs malades »


Ce 3 mai, Eric Le Boucher a écrit pour le site L’Opinion une chronique dans laquelle il expose à nouveau son idée que le confinement a été une catastrophe, du point de vue économique, et que le pire est à venir. Mais aussi que le confinement était « obligatoire » parce qu’il était inenvisageable pour les gouvernements de laisser mourir potentiellement des centaines de milliers de personnes.

Le racialisme gagne l’opinion française

On peut bien sûr discuter nombre de points soulevés dans cette chronique, en particulier celui qui interroge nos sociétés occidentales qui « se débarrassent » de leurs aînés dans des Ehpad tout en versant « des larmes » sur leur sort au moment de cette crise sanitaire. Ou encore celui de faire de cette génération de « baby boomers » dans son ensemble LA génération insouciante qui aura ardemment et jalousement profité de ce temps béni de « l’emploi facile », du « sexe libre » et de la paix, sans jamais en éprouver le moindre remords (discours qui étaie généralement ceux des écologistes les plus durs, par exemple), et qui par conséquent peut bien, d’une certaine manière, céder la place, selon le journaliste.

Mais ce qui étonne et détonne surtout dans cet article, c’est l’utilisation d’une terminologie « racialiste » qui semble accréditer sournoisement l’idée que les Blancs sont, fondamentalement, des privilégiés qui tirent la couverture à eux jusqu’au seuil de leurs tombeaux.

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Le titre de la chronique est à la fois étrange, incongru, trivial et (volontairement ?) cynique et choquant : « Coronavirus : tout ça pour des vieux blancs malades ! » 

Plus loin, le journal fait un résumé de la première partie de sa chronique : « En l’état actuel de sa diffusion, la pandémie tue les vieux déjà malades et blancs. » Puis il explique : « Le monde a totalement arrêté l’économie pour sauver des vieux blancs déjà malades » ; ou écrit : « Reste notre sauvetage des vieux blancs de 84 ans. »

Avec sa « discrimination sanitaire », Le Boucher charcute l’universalisme bien de chez nous

Revenant à intervalles réguliers des États-Unis où elle se rend afin d’affiner son discours, Madame Rokhaya Diallo participe médiatiquement et activement à cette nouvelle obsession « racialiste » qui envenime de plus en plus souvent les débats en France. 

Nous avons pu la deviner jusque dans les propos d’une actrice ou d’une adolescente suédoise qui considéraient que les dégâts causés à la planète, ou que « la vision des films », étaient de nature patriarcale, raciste et… blanche.

C’est aujourd’hui Eric Le Boucher qui nous la ressert et on peine à comprendre le raisonnement logique qui l’a amené à souligner la couleur de peau de ceux de nos concitoyens que nous essayons de protéger du virus mortel. Le journaliste sous-entend-il que les vieux blancs sont parvenus à cet âge (84 ans et plus !) parce que blancs, donc ayant profité toute leur vie d’une discrimination sanitaire, alimentaire, etc. favorable aux blancs, ou qu’ils ont été mieux pris en charge, du fait d’une pâleur plus blanche que jamais à l’orée du grand âge, que des personnes d’une autre couleur de peau ? Sous-entend-il que si les vieux avaient été noirs ou jaunes, dans nos Ehpad, nous les aurions laissés plus facilement mourir ? Veut-il simplement souligner, par un détournement linguistique étrange, la forte mortalité dans des pays qui comptent plus de vieux à la peau banche qu’à la peau noire ou jaune, hémisphère Nord contre hémisphère Sud ? N’aurait-il pas été plus simple alors de parler en termes géographiques plutôt qu’en termes racialistes et épidermiques ? A-t-il voulu suggérer finalement que si les victimes du coronavirus avaient été majoritairement des Noirs ou des Jaunes, l’économie mondiale aurait continué de tourner comme avant ? Tout cela est possible. Et plus encore.

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Car il est possible aussi que Le Boucher ait fait, en toute conscience, le choix de ce syntagme discriminant et raciste en espérant qu’il résonne avec toutes les thèses en cours sur la domination des blancs, des occidentaux, sur le décolonialisme ou sur le « racisme d’État ». Lui qui prône depuis longtemps l’immigration massive (dont il croit qu’elle permettra l’augmentation des salaires !?), a peut-être voulu jeter un pavé dans la mare de ce vieux pays de blancs racistes qui ne voient pas du même œil amouraché que lui l’arrivée des « migrants » à la peau plus foncée.

Bande de fragiles!

Il est également possible qu’il ait lu, sur le site Slate.fr dont il est un des co-fondateurs, le très long article d’une universitaire américaine expliquant la notion de « fragilité blanche » développée par la sociologue Robin DiAngelo et qui fait le bonheur de tous les campus « progressistes » américains et de Rokhaya Diallo. En un mot : quoi qu’il fasse ou pas, quoi qu’il dise ou pas, le blanc est raciste. S’il se tait ou tente d’argumenter ou devient hystérique ou sort de la salle à la seule évocation de son racisme « inconscient », il aura fait la démonstration de sa « fragilité blanche », celle d’une personne qui « n’est pas habituée à remettre sa couleur de peau en question », qui ignore le racisme subi par d’autres, qui manque « d’endurance » pour discuter de racisme.

Eric Le Boucher a-t-il voulu mesurer le degré de notre « fragilité blanche » ? Pourquoi pas, après tout. Au vu des thèses les plus folles courant en ce moment sur les campus américains et nous revenant en pleine figure via certaines personnalités universitaires, artistiques ou médiatiques, nous devons donc nous attendre très prochainement à des articles évoquant toutes nos autres « fragilités », et à d’autres titres choc : « Coronavirus : Tout ça pour des vieux colonialistes malades ! » , « Coronavirus : Tout ça pour des vieux hétérosexuels malades ! » « Coronavirus : Tout ça pour des vieux mâles malades ! », etc.

Beethoven et son déconfinement

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Le pianiste argentin Miguel Angel Estrella, à Paris, en 2011 © FAYOLLE PASCAL/SIPA Numéro de reportage: 00628334_000007

Le chant « O Welche Lust » de l’opéra Fidelio est devenu un véritable symbole de la résistance à l’oppression politique. 


Le génie de Ludwig van Beethoven, né voici précisément deux siècles et demi, repose sur sa volonté d’avoir su concilier musique et idéal éthique, ainsi qu’orage créateur et amour de l’humanité. Il est à la fois initiateur d’une œuvre intemporelle et figure de l’artiste habité par le désir de représenter son époque. Ce compositeur, qui a traversé un temps notamment marqué par la Révolution, les épopées napoléoniennes et le romantisme, est porteur d’une pulsion de liberté stupéfiante. Ses accords outrepassent les convenances autant que les grilles alors admises dans son siècle ; ils provoquent autant qu’ils annoncent lointainement des sonorités jazzy qui porteront plus tard l’espoir de la liberté et de l’égalité chez les anciens esclaves noirs. 

La subtile échappée de Beethoven vers le déconfinement est illustrée par son unique opéra, Fidelio, œuvre majeure dont la première est donnée à Vienne en 1805, et dont la version définitive a vocation à délivrer des enseignements politiques destinés à lutter contre tout abus de pouvoir. Ceux-là vont faire jaillir les larmes, un matin de 1983, du célèbre pianiste argentin Miguel Angel Estrella, précédemment libéré des geôles uruguayennes et fondateur de l’ONG Musique Espérance, tandis qu’il se trouve dans une salle de répétition attenante au studio de télévision où est présenté chaque jour le journal de 13 heures.

Les larmes de Miguel Angel Estrella

Estrella s’est fait, au sortir de la prison où il a été torturé, une promesse: il n’adressera plus jamais la parole à un militaire, ni même n’acceptera de se trouver en présence d’un soldat ou d’un officier en uniforme. Il a pour cela d’excellentes raisons. Les séances qu’il a subies après des interrogatoires répétés et incohérents ont laissé des séquelles qu’on devine intolérables. Son action en Amérique du sud pour la diffusion de la musique, conjuguée à la rencontre d’un ami jugé subversif, a entraîné son arrestation par la junte qui l’épie depuis plusieurs mois. Il a en effet pour habitude de partir dans les Andes avec un piano juché sur une camionnette, afin de faire connaître la beauté des partitions classiques aux paysans qui écoutent ces sons jusqu’à présent inouïs. 

Ses complices ? « Bach, Beethoven Mozart, Schubert », répond-il. Les bourreaux n’apprécient pas, et les interrogatoires se durcissent, conduisant à l’accentuation des souffrances, atroces, puis promises comme mutilantes. Son univers devient une solitude peuplée des pas terrifiants des gardiens qui viennent le chercher pour le conduire à la prochaine séance de torture. Le philosophe Jean Améry, lui-même victime des tortionnaires nazis à la cruauté alors insurpassable, émet sur le sujet des propos définitifs : celui qui a été torturé n’appartient plus au monde. Jorge Semprun lui conteste un tel jugement, d’abord parce qu’Améry n’a pas livré un seul nom sous la torture, ensuite parce que le supplicié qui s’est tu sous la douleur devient, au contraire, rattaché au monde par tous les fils de la vie de ceux qu’il a préservés.

Estrella, qui a demandé à faire des gammes sur un piano à queue avant de jouer en direct à la télévision, a ainsi été invité en même temps que…le chœur de l’armée française. L’artiste rescapé entre dans la salle de répétition et s’arrête net : il est, malgré lui, en présence de militaires. Mais il ne songe pas un seul instant à sortir. Ces gars en uniforme chantent, et plus précisément entament pianissimo, les premières notes du chœur des prisonniers de Fidélio. La mélodie écrite par Beethoven est splendide, aérienne et suspendue. Elle figure, et Estrella le sait, un rassemblement de prisonniers politiques en loques, tout juste sortis de leur cachot lugubre pour quelques instants, et qui goûtent la douce lumière de jour : « O Welche Lust. » Il s’agit d’une des plus belles pièces de la musique allemande, l’une des plus saisissantes aussi, parce qu’elle rend admirablement compte de la brève remontée diurne des victimes de la tyrannie vers la liberté. 

Estrella pleure, mais le chef de chœur qui lui tourne le dos continue à diriger et le pianiste à accompagner. Seuls les chanteurs voient les larmes couler sur le visage marqué du prodige argentin, célèbre dans le monde entier. Il vit intensément la musique qui devient un appel à la liberté, bouge les lèvres sans chanter tout en égrenant les notes, tandis que les paroles s’élèvent : « nos cachots sont des tombeaux. » Estrella est secoué de spasmes discrets, affolants pour ceux qui le voient, témoignant d’une noble détresse : « O liberté, nous reviens-tu ? » La joie du déconfinement temporaire des condamnés atteint son acmé sur ces mots : « Quel plaisir que d’être au grand air/ et d’y respirer fortement à son aise ! »

Beethoven contemporain de la Révolution française

L’accompagnement amplifie la valeur mélodique du chant, et les voix sont belles parce que l’écriture presque tendre de Beethoven atteint le sublime. Dans sa briéveté, ce chœur pour homme devient bouclier contre la profondeur de la détresse et de l’abandon. Natan Sharansky, qui sera placé plus de cent jours au mitard de la prison Vladimir au cours de ces années quatre-vingts, y effectuera une grève de la faim avec un livre de psaumes pour seul compagnon et tiendra tête au totalitarisme soviétique, comme Estrella a résisté aux criminels qui ont asservi des pays d’Amérique du sud. Leurs dictatures inexcusables se déploient à cette époque en violation agressive de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, fruit du refus des horreurs de la seconde guerre mondiale, tandis que les prisonniers de Fidelio sont incarcérés en dépit des dispositions de celle de 1789, issue de la Révolution française dont Beethoven chérit les idéaux. 

Lors de la dernière séance de torture, Estrella, les yeux bandés, sent la scie le bas de son avant-bras. Que peut faire sans poignet un pianiste, qui a de plus utilisé pendant sa détention un clavier muet le poussant à la quasi-folie, faute de coordination entre le geste et le son ? Et que doit-il dire pour que cesse le geste du bourreau ? Jean Améry a, dans la prison du fort de Breendonk en Belgique, su interrompre la déchirure absolue de l’écartèlement qu’il subissait avec une efficace modalité d’esquive : « parler », certes, mais à condition de raconter « n’importe quoi », par exemple s’accuser de « crimes imaginaires. » La torture arrache les mots et l’âme, viole les corps et le silence, constitue une insulte définitive à l’humanité de l’homme. En ces instants où la haine paraît sans limite, Estrella sent jaillir le flot d’une parole irrépressiblement christique et puissamment inattendue, qu’il prononce sobrement, comme l’évidence même de la vérité, à l’attention de ses bourreaux soudain médusés, dépassés et vaincus : « Je vous pardonne. » 

Le mouvement de la scie est aussitôt stoppé, la séance de torture s’interrompt, le supplicié est ramené dans son cachot. Quelques jours plus tard, Estrella est libéré sous la pression internationale menée habilement par ses amis. Il retrouve un clavier émettant des sons : sous le doigt naît enfin la note. La junte, en cherchant à lui confisquer son talent qu’elle imaginait producteur de bruits subversifs, a pensé découpler le triptyque formé par la main, le marteau du piano actionné par la touche et la musique qui déploie sa souveraineté. Mais les bourreaux ont oublié que la mélodie prend corps avant tout dans l’esprit, pour devenir réalité selon la conception que s’en fait l’artiste. Il en est de même pour l’être emprisonné, qu’il s’agisse d’Estrella ou de Sharansky, et de tous les autres injustement privés de liberté. Ils vivent leurs temps de réclusion avec les effets permanents de partitions intérieures, d’un livre de psaumes au mitard du Goulag ou d’un manuscrit écrit intérieurement au jour le jour, comme l’a fait Soljénitsyne, en un mot au sein du lieu infini de la liberté intérieure. 

Fidelio de nouveau prisonnier

Le déconfinement n’est pas uniquement le fruit de la seule désincarcération : il intervient comme l’expression d’une construction intérieure sui generis, s’élaborant en chacun de nous pendant le confinement. Beethoven, dont l’œuvre constitue une constante transposition de ses sentiments de fraternité et d’amour malgré une non-réception de la part d’un monde qu’il ne peut plus entendre, élève le personnage de Florestan, enchaîné dans son cachot assigné comme sépulcre, au paroxysme de la vitalité du chant. Dans le morceau de bravoure périlleux qui ouvre le second acte et constitue son entrée en scène se lisent aussi les combats menés depuis les oubliettes les plus sinistres par le philosophe autrichien Améry, le pianiste argentin Estrella et le refuznik soviétique Sharansky, pour ne parler que d’eux. En leur nom, Beethoven laisse éclater sa certitude de la liberté  : « J’osai crier la vérité/ et les fers sont ma récompense./ Je veux supporter les souffrances. (…) J’ai accompli tout mon devoir. » 

Estrella est aujourd’hui sur le point de fêter ses quatre-vingts ans ; puis nous commémorerons le deux-cent cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven. Ce compositeur, qui appartient au patrimoine de l’humanité pour avoir notamment créé trente-deux sonates pour piano dans lesquelles Estrella épouse le génie du maître, vit lui aussi le confinement, alors que les répétitions de Fidélio doivent débuter : Napoléon, dont les armées entrent triomphalement à Vienne, s’installe au palais de Schoenbrunn. Plus personne, dans la capitale autrichienne, ne peut ni ne veut aller au théâtre (déjà !), ce qui entraîne l’échec des premières représentations de Fidelio.

Cet opéra a figuré au répertoire des plus grandes scènes jusqu’au confinement qui est à présent pratiqué dans de nombreuses parties du monde. Voici l’œuvre à nouveau prisonnière des circonstances, ne pouvant délivrer le message de liberté lumineuse que Beethoven a inscrit dans la large expansion vocale du chœur d’hommes générant les larmes d’Estrella. Florestan sera sauvé par l’amour de son épouse inflexible dans sa détermination à extraire son mari du cachot sombre, comme ce fut le cas pour Sharansky. Près de vingt ans avant la création de la Neuvième symphonie, et autant d’années après l’écriture par Friedrich Schiller du poème Ode à la joie, Fidelio se situe à l’épicentre du déconfinement que Beethoven conçoit, dans le respect de l’étymologie du mot, comme l’harmonie de l’être humain avec ce qui est contigu et voisin, c’est-à-dire son prochain.

Quand la peste décimait Bagdad…

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Image d'illustration Pixabay

Le billet du vaurien


Une fable pour notre temps !

Faut-il rappeler l’histoire de cet homme qui se rend à Bagdad et qui, sur son chemin, rencontre la Peste ? Il lui demande où elle va. Elle répond : « Comme toi, à Bagdad. » Il veut savoir combien de morts elle compte laisser après son passage. Elle lui répond : « Dix mille. »

Arrivé à Bagdad, notre homme trouve une ville décimée par la Peste. Troublé, il lui dit : « Mais tu m’as menti. Tu m’avais parlé de dix mille morts… et j’en compte au moins cent mille. »

« Oui, lui répond la Peste, tu as raison. Mais je ne t’ai pas menti. J’en ai tué dix mille… et les autres sont morts de peur, qu’y puis-je ? »

Quiconque établirait un lien avec le Covid 19 sera immédiatement poursuivi et banni de la Cité.

A lire aussi, du même auteur: De l’utilité du taoïsme par temps de pandémie

PS. S’il y a bien un film à revoir aujourd’hui, c’est « Knock » avec l’incomparable Louis Jouvet dans le rôle d’un médecin qui inculque à tous ses patients bien portants qu’ils sont des malades qui s’ignorent… hilarant !

Transition énergétique: le trublion Moore s’attaque à l’escroquerie du siècle

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Michael Moore en 2008 en France © LORENVU/NIKO/NIVIERE/SIPA Numéro de reportage: 00560416_000012

Le documentariste star de la gauche radicale rejoindrait-il le camp des adversaires de l’éolien ?


La plus formidable escroquerie scientifique et intellectuelle du 21e siècle. Et le plus grand gâchis d’argent public de tous les temps !

C’est ainsi, sans exagération aucune, que l’on peut qualifier les « énergies renouvelables », les fameuses EnR (éolien, solaire, biomasse) que les écologistes nous vendent comme la solution miracle depuis le début des années 2000. Les scientifiques sérieux et les spécialistes de l’énergie le savent depuis longtemps, et crient dans le vide, études et statistiques à l’appui : ces technologies ne sont pas vertes mais polluantes, et ne sont pas en mesure de produire autre chose que de l’énergie de complément, à petite échelle et dans des zones favorablement exposées. 

De l’argent jeté par les fenêtres

N’en déplaise aux lobbyistes et aux as de la com des EnR, le nucléaire et l’hydroélectrique demeurent à ce jour les seules solutions de masse dont nous disposons pour répondre à nos besoins en énergie, sans risques, et sans émission de CO2. Et aucune technologie dite « de rupture » ne  remplacera les ressources naturelles, gaz et pétrole, avant des décennies. Affirmer le contraire relève du négationnisme scientifique pur et simple. Mais les écologistes – dont les plus illuminés rejettent vaccins, avions, économie mondialisée, voir les libertés individuelles – n’ont jamais été avares de doctrines délirantes. Et les hommes d’affaires n’ont jamais tourné le dos à l’argent facile, même aux dépens de l’environnement. 

A lire aussi, Philippe Murer: Fermeture de 14 réacteurs: un gâchis financier, humain et climatique

En dépit de l’échec total de l’éolien (qui ne produit presque rien, de manière intermittente, et massacre les paysages), du solaire (idem) et des usines de « biomasse » (un mot chic pour dire « usine ultra-polluante qui produit peu d’énergie en brûlant des arbres et de l’énergie fossile »), la doctrine de la « transition énergétique » chère à Greta Thunberg est plus à la mode que jamais. Jugez plutôt : sous la pression électorale des verts, l’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires, et a dépensé à elle seule 500 milliards € en éoliennes et panneaux solaires… 

Résultat ? Un bide monstrueux qui l’a poussé à rouvrir ses centrales a charbon, et comble du ridicule à acheter de l’énergie nucléaire à la France. L’Allemagne, modèle d’EELV, produit ainsi 10 fois plus de CO2 par kilowattheure que l’hexagone ! Dans le monde, on estime que 3000 milliards d’euros ont été investis dans les « énergies vertes » depuis le fameux film effondriste d’Al Gore sur le réchauffement climatique. 3000 milliards littéralement jetés par la fenêtre, qui auraient pu servir par exemple à augmenter les salaires, à construire des écoles, à financer la recherche, le système de santé, etc… 

Le seul lobbying qui est bien vu

Les écologistes, et les industriels de l’énergie attirés par la formidable manne financière des EnR, ont conjugué leurs efforts pour convaincre l’opinion publique et les politiques du potentiel des « énergies vertes ». Ce lobbying a fonctionné au-delà de toutes leurs espérances. On connaît le discours concerné en vogue, repeint en vert, qui fait partie des éléments de langage de chaque politique en campagne. Pas un auteur de discours politique dans ce pays — ce fut mon métier — ne peut écrire autre chose que du bien de la « transition énergétique », de Greta, et se garde bien d’évoquer le nucléaire, si ce n’est pour promettre de démanteler cette vilaine filière industrielle aux 220 000 emplois hautement qualifiés, pourtant garante de notre indépendance énergétique, et dont l’excellence est reconnue à l’échelle planétaire. 

Convaincu par la question écologique, père de famille, amoureux de la nature, soucieux de préserver la planète et sa faune (oui, c’est possible sans militer chez EELV), je n’ai jamais compris, comme tant d’autres observateurs de la vie publique autour de moi, notre incapacité collective à mettre un terme à la formidable escroquerie des EnR. Sans oublier la scandaleuse gabegie financière qui l’accompagne, qui a engraissé les multinationales de l’énergie, et les hommes d’affaires comme Al Gore. La raison semble aux abonnés absents : il y a une semaine, dans l’indifférence générale, notre catastrophique Ministre Elisabeth Borne annonçait dans l’indifférence générale la fermeture de 14 de nos réacteurs nucléaires. L’objectif : suivre l’Allemagne sur la voie de l’échec, et réduire notre dépendance à la technologie la plus propre qui soit. Il y a donc urgence à détruire ce qui marche au profit de ce qui ne marche pas. Une bonne politique consiste à bien gérer le présent et surtout à anticiper l’avenir. La politique de l’émotion, du “green washing” électoraliste et de l’antiscience qu’incarne Madame Borne nous conduit tout droit dans le mur. 

Michael Moore, avec moi!

Si les articles scientifiques et les études n’ont aucun effet sur le scandale des EnR, on sait le pouvoir des images sur « l’opinion publique », ce nouveau pouvoir absolu, invisible et consensuel, dont les décideurs sondent les fluctuations en temps réel sur les réseaux sociaux et les médias. En regardant « Planet of the Humains », le nouveau documentaire produit par Michael Moore, et réalisé par son vieux compagnon de route Jeff Gibbs (militant écolo de longue date), j’ai repris espoir. 

A lire aussi: Éoliennes: Appel à Emmanuel Macron

Le film de Michael Moore, idole des bobos depuis trente ans, va peut-être réussir là où les spécialistes ont échoué. Spectaculaire, didactique et incisif, ce documentaire visible gratuitement sur YouTube fait vivre depuis quelques semaines un cauchemar aux écologistes, donne des sueurs froides aux industriels et promet des lendemains qui déchantent aux politiques qui ont soutenu les EnR à coups de centaines de milliards d’argent public. En 100 minutes chrono, le film démonte avec efficacité et pédagogie le mensonge des « énergies vertes ». Tout y passe : collusion entre capitalisme sauvage et écologie, mensonges des gourous de la transition énergétique, impact calamiteux des usines « biomasse » sur l’environnement, hystérie et aveuglement des militants, etc…  Si le film n’est pas parfait – rien sur le nucléaire, rien ou presque sur le stockage lithium-ion, rien sur les technologies de rupture en développement – il réussit néanmoins l’essentiel : convaincre le citoyen de base qu’on lui a menti depuis des années. Que des sommes astronomiques ont été dilapidées pour rien. Et c’est déjà beaucoup. 

La mascarade des EnR doit cesser. La mère de toutes les batailles est la lutte contre les rejets de CO2. Si la France est un pays exemplaire à cet égard, ce n’est pas grâce aux éoliennes qui défigurent ses crêtes et son littoral. Seul le progrès technique, nous permettra à terme de sortir des énergies fossiles. Pas la pensée magique des idéologues en sarouel, et des politiques sans convictions, inféodés à l’opinion et aux sondages.

Hydroxychloroquine contre le Covid-19: faut-il attendre une preuve?

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Didier Raoult © Daniel Cole/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22446015_000040

La méthode de Didier Raoult n’est pas fantaisiste


La question de l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 a donné lieu à de bien âpres débats. Plusieurs semaines après les premières déclarations du Professeur Didier Raoult, le public n’a pas encore une réponse dans le sens d’une irruption claire et évidente d’une vérité qui met fin à la polémique et obligerait tout le monde à la reconnaître ! Autrement dit quelque chose comme une apparition de la vierge devant une foule. Or, cette « preuve scientifique » imaginée et fantasmée est une rare exception. Dans la réalité pour la plupart des médicaments mis sur le marché, elle n’est jamais été apportée et on se contente d’une simple corroboration de l’expérience clinique. 

Deux écoles

L’un des éléments qui a rendu ce débat difficilement compréhensible pour les non spécialistes est que du côté de la science médicale il y avait deux groupes : les tenants d’une recherche clinique lente basée sur des essais cliniques comparatifs d’un côté, ceux qui privilégient une observation pragmatique pour proposer une solution thérapeutique rapide aux patients de l’autre.

Si l’objectif des seconds est de soigner les patients, le but des premiers est de collecter des preuves scientifiques, ce qui n’est pas exactement la même chose. C’est que la preuve scientifique est une notion épistémologique difficile à cerner car la question posée n’est pas de savoir ce qui existe mais comment on peut le savoir et en être raisonnablement sûr. Or, pour le commun des mortels, la question de comment on sait et comment on peut savoir est escamotée au profit de la recherche d’une vérité absolue.

A lire ensuite: Chloroquine: Sacré Raoult!

Le philosophe de la science Karl Popper a abordé la démonstration de la validité d’une théorie en postulant que l’observation d’un seul fait expérimental qui la confirme ne peut pas la corroborer mais qu’en revanche, un seul fait contradictoire suffit pour la réfuter. Dans le cas des essais cliniques comparatifs d’un médicament ceux-ci ne pourront qu’établir si une différence d’efficacité observée entre un groupe traité et un groupe non traité est statistiquement significative avec un risque d’erreur de 5%. Une telle différence statistique peut-elle être considérée comme une preuve ? En tout cas, pas au sens de Popper puisqu’il reste 5% de chances de se tromper. Accepterait-on de considérer comme preuve de la résistance d’un nouveau pont autoroutier un risque d’effondrement de 5% ? Ce niveau d’erreur pour traiter une maladie, léthale ou non, est pourtant accepté couramment par les agences du médicament dans le monde entier! Il suffit alors aux laboratoires pharmaceutiques d’augmenter simplement le nombre de sujets dans l’étude pour que les différences statistiques observées deviennent significatives et ainsi plaire aux administrations de la santé. Mais la santé n’est pas le seul domaine où la preuve est reine. C’est probablement le droit qui utilise le plus la notion de preuve. En matière juridique, la preuve est la démonstration de la réalité d’un fait. Un risque d’erreur de 5% ne démontre aucunement un fait (exemple concret), mais n’est qu’une convention arbitraire de la présomption d’une réalité possible et l’évaluation de l’innovation en médecine semble s’en accommoder dans la plupart des cas.

La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001
La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus.
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001

Querelle sur les groupes témoin

Ce n’est pas tout. Les études sur des patients traités ne comportant pas de groupe témoin sont principalement critiquées pour ne pas être représentatives, soit parce qu’elles ont été réalisées sur un trop petit nombre de sujets, soit parce qu’elles ne sont pas comparatives et « randomisées » (deux groupes, l’un traité et l’autre non traité, les sujets composant les groupes tirés au hasard).

Or, un essai thérapeutique comparatif réalisé dans les règles de l’art de la recherche clinique ne génère que des résultats qui concernent les sujets de l’étude. Ces résultats sont-ils représentatifs, c’est-à-dire peuvent-ils être extrapolés au reste des patients de la population ? Pas vraiment, car pour ce faire il faudrait que les patients recrutés dans l’essai clinique soient un échantillon représentatif de la population de référence, c’est-à-dire qu’ils soient tirés au sort sur une liste de tous les patients, ce qui est impossible puisque de telles listes n’existent pas sauf parfois dans certaines maladies dites rares. Dans ce dernier cas, les essais cliniques randomisées sont de toute façon impossible à réaliser car détecter des différences d’efficacité imposerait presque toujours d’avoir à recruter un nombre de sujets d’étude plus élevé que le nombre de patients souffrant de la maladie rare… 

Un autre problème mis en lumière ces dernières années est que beaucoup d’essais cliniques sont conduits sur des hommes, ce qui fait que l’efficacité et la tolérance des produits testés peut être différente chez les femmes… Or il ne suffit pas dans ce cas d’adapter simplement les doses à la corpulence car la différence des systèmes physiologiques masculin et féminin explique des différences d’efficacité et de tolérance bien plus importantes. 

La méthode Raoult

Heureusement, il existe d’autres approches d’évaluation de l’efficacité des médicaments : citons notamment l’approche par probabilités en incertitude (modèle dit Bayésien) et l’approche pragmatique en situation réelle qui semble être la voie privilégiée par le Pr Didier Raoult pour établir l’efficacité du protocole thérapeutique hydroxychloroquine + azythromocyne. Dans ce dernier cas, une cohorte de patients diagnostiqués Covid-19 bénéficie du traitement et leur statut virologique et clinique est observé. Rappelons en premier lieu qu’une telle cohorte observationnelle n’est pas moins représentative que la population d’un essai clinique comparatif randomisé. 

A lire aussi: A l’hôpital, la crainte du retour à la normale

Enfin, cette approche pragmatique est méthodologiquement robuste quand il s’agit d’actions médicales dont les conséquences objectives sont dichotomiques (succès ou son absence), aisément observables et qu’il y a un degré d’urgence : arrêt d’un saignement, réduction d’une fracture ou la disparition d’un agent pathogène comme le coronavirus. L’expérience médicale acquise par cette cohorte de patients traités n’a donc pas moins de valeur que l’expérience acquise par un essai clinique comparatif. Il reste bien entendu la question de la tolérance. C’est bien évidement une question cruciale pour une nouvelle molécule dont le périmètre des effets secondaires est encore mal connu. En revanche dans le cas de molécules parfaitement connues et largement utilisées depuis des décennies (comme l’hydroxychloroquine et l’azythromycine) cette question ne se pose pas. Par ailleurs, le problème des effets secondaires ne semble d’ailleurs pas concerner le paracétamol qui est une molécule mise sur le marché en 1955, soit 6 années après la chloroquine, et recommandée actuellement par les autorités en automédication pendant la période de confinement, alors qu’une mauvaise utilisation pourrait détruire le foie.

Ainsi, quel que soit le niveau d’efficacité réel de l’association hydroxychloroquine + azythromycine, le rapport bénéfice/risque ne peut ainsi être que très bon puisque le dénominateur est très faible. C’est tout ce qu’est censé considérer un médecin et ce qu’attend un patient.

La médecine est une démarche au service des patients. Les théories dogmatiques ne sont que des catéchismes d’une science présentée comme une religion mais dont la réalité est loin des fantasmes des certitudes et vérités éclatantes. Le mélange insupportable des discours divergents entre médecins traitants, médecins chercheurs, épidémiologistes et administrateurs de la santé a créé une cacophonie, généré des tensions inutiles et peut être des espoirs déplacés.

Économie de la santé

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Comprendre la pharmacoéconomie

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La litanie des théories fumeuses de l’après-covid

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Un immeuble à Saint Mandé, le 2 mai 2020 © Aurelien Morissard CHINE NOUVELLE/SIPA

L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes les théories de l’après-Covid. Une tribune de Jean Messiha (RN)


Le Covid–19, maladie respiratoire aiguë, ne se contente pas d’asphyxier ses victimes les plus graves. Il a également coupé le souffle de tout un ordre philosophico-économique qui sous-tend le mode d’organisation de nos sociétés. Celui-ci est, depuis des décennies, basé sur le productivisme, le consumérisme, le libre-échange, la course au profit, la dégradation environnementale et la globalisation. Ni la crise de 1929, ni celle de 2008, ne parviennent à la cheville des dégâts économiques, sociaux et psychologiques provoqués par le confinement de plus de la moitié de la planète depuis des semaines.

Macron veut se “réinventer”, mais bien sûr !

Tribune après tribune, discours après discours, apparait dans le discours politico-médiatique français la nécessité de « changer le monde ». En France, les néolibéraux, Emmanuel Macron en tête, promettent de se « réinventer ». Un peu comme les communistes occidentaux après la « découverte » des ravages du stalinisme et du maoïsme. La gauche affirme que le lourd bilan humain qui nous accable résulte des économies réalisées sur l’hôpital par les politiques « austéritaires », alors que notre niveau de dépenses publiques est himalayen. Les écologistes nous expliquent que ce coronavirus est le résultat de l’activité humaine et des agressions que nous infligeons à notre environnement. Formidable occasion de relancer la thématique de la transition écologique mise à mal par la « révolte jaune » de ceux qui doivent vivre tous les jours et n’ont pas les moyens de se sacrifier pour le bien de la planète dans 50 ans. De plus, dans la longue chaîne des choses qui nous ont attaqués, le coronavirus n’arrive pas forcément en premier!

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L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes ces théories. Il n’y avait aucune fatalité dans le développement de cette pandémie. Venue du laboratoire P4 de Wuhan ou de son marché d’animaux sauvages, la Chine a prévenu, certes tardivement, mais, en tout état de cause, avant que les cas ne se disséminent largement au-delà de ses frontières. Ce sont les chercheurs chinois qui ont déchiffré le génome du virus et communiqué très rapidement les données dont ils disposaient. Sévèrement mise en cause, l’OMS a globalement fait son boulot et alerté sur la contagiosité et la sévérité de cette maladie. En Asie, sans parler de l’Australie/Nouvelle Zélande quasi vierges de toute contagion, toute une série de pays a réussi à contenir la progression du virus : Chine, Japon, Corée, Singapour, Hong-Kong, Taïwan, Indonésie, etc. Outre-Atlantique, le Canada et le Mexique s’en sortent bien comme la plupart des pays de l’Amérique Latine, exception faite du Brésil, dirigée par une équipe ultra-libérale et corona-sceptique. En Europe, zone la plus touchée, la situation est extraordinairement contrastée : tout un espace à l’est du Rhin (Allemagne, Autriche et Europe centrale) ainsi qu’en Scandinavie (Finlande, Norvège, Danemark) est peu touché, alors que sa partie occidentale (France, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Irlande) comme méridionale (Italie et Espagne) est ravagée.

La crise de l’hopital français, vous êtes sûr?

D’une manière générale, on ne peut constater aucun lien entre l’effort national en matière de santé publique et la mortalité observée. Qui peut nier la qualité des systèmes de soins suisse, néerlandais ou belge ? Qui peut contester le fait que les hôpitaux du nord de l’Italie sont bien meilleurs que ceux que Sud ? Comment discuter la différence de qualité entre les grands hôpitaux publics de Madrid et ceux de Lisbonne ou d’Athènes ? À choisir, qui préfèrerait être soigné dans un CHU polonais plutôt qu’à Londres ou à Dublin ? Pourtant la carte de la mortalité européenne (nombre de morts par habitant) ne reflète absolument pas ces réalités. L’excuse du taux de vieillissement de la population, initialement utilisée pour expliquer le carnage italien, a été balayée par la flambée de l’épidémie dans des pays plus jeunes (Royaume-Uni, France, Etat de New York, etc.).

Allons sur le terrain des écologistes pour examiner cette théorie de Dame Nature se vengeant des humains qui l’agressent en lui refilant ses virus les plus létaux. Encore faut-il déjà être sûr que ce Covid–19 ne résulte pas d’une fuite accidentelle du laboratoire de Wuhan. Mais fut-il né dans les miasmes du « wetmarket » de ladite ville que cela ne prouverait rien pour autant. La Chine est déforestée depuis des siècles et ce virus proviendrait de chauves-souris tapies dans une grotte située à des centaines de kilomètres du foyer initial. Les zones où la forêt est la plus attaquée (Amazonie, Bornéo, Sumatra) n’ont pas à ce jour généré de virus aussi effroyable. Certes, Ebola provient de la forêt équatoriale africaine, aujourd’hui fortement exploitée, mais il est apparu en 1976 dans un trou perdu de l’ex-Zaïre, pays qui, à l’époque, comptait 23 millions d’habitants pour un territoire quatre fois grand comme la France.

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Les écolos peuvent revoir leur copie eux aussi

Il ne s’agit pas ici de justifier un seul instant la déforestation qui est, effectivement, un fléau inacceptable. Mais la vérité est que l’homme est depuis la nuit des temps victime de zoonoses. Elles ont toujours existé et existeront sans doute tant que hommes et animaux partagerons cette planète. Peste, choléra, variole, fièvre jaune, grippe, etc. autant de virus d’origine animale ont infligé à l’humanité au cours de son histoire des pertes gigantesques lors d’épidémies souvent sporadiques mais toujours dévastatrices. La dernière d’entre elle, la grippe « espagnole » de 1918-1919, a fait entre 50 et 100 millions de morts dans un monde bien moins peuplé (1.8 milliard), bien moins déforesté et bien moins carboné que le nôtre. Ce que le développement économique et son corollaire, le progrès scientifique et technique, nous ont apporté c’est la capacité de nous défendre contre ces fléaux, alors qu’à l’état de « bon sauvage » que vénèrent les écolos, l’homme devait compter sur son système immunitaire, des plantes improbables et des prières pour s’en sortir.

Ici encore il n’y a aucune volonté de nier les immenses défis écologiques auxquels nous devons faire face et que nous devons résoudre, mais de rétablir les faits. Écologie et zoonose ne sont pas interconnectées. L’urbanisation serait-elle un facteur de propagation ? On peut l’avancer quand on constate la forte diffusion du virus dans les métropoles de Londres, Paris, New-York, Sao-Paulo, etc. Mais les contre-exemples abondent. L’immense conurbation de Tokyo-Yokohama est peu atteinte. Idem pour la géante Los Angeles, la très dense Hong Kong, ou bien, plus près de nous, le très étendu Berlin. En Lombardie, c’est autant la campagne et le réseau de petites villes qui est dévasté que la capitale Milan.

Les modèles politiques tous faillibles

Ce serait une erreur de croire que le Covid–19 est le fruit de la mondialisation. Mais sa propagation mondiale ultra-rapide lui est clairement liée. L’explication se situerait-elle alors dans l’orientation politique des équipes gouvernantes ou la structure administrative du pays ? Il n’en est rien. Le Royaume-Uni, très à droite, et l’Espagne socialiste sont tous les deux assommés. La ville et l’État de New York, gérés par les Démocrates, est un cimetière. Mais pas la « progressiste » Californie. L’Allemagne fédérale, où les Landers ont de larges responsabilités en matière de santé, nous écrase de sa supériorité sanitaire. Mais l’Italie ou la Belgique, pays très déconcentrés, sont très durement frappés. La Pologne, pays aussi centralisé que le nôtre, regarde cette crise de loin avec ses 17 morts par million d’habitants (20 fois moins qu’en France).

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La véritable explication sur la concentration des décès dans quelques pays d’Europe tient à la qualité et à la célérité de la réponse étatique, à la primauté de l’intérêt national ainsi qu’à la capacité de l’industrie locale de faire face rapidement au besoin urgent de masques, de tests et de gel hydro-alcoolique. Et il y a, dans ce macabre classement, les « bons », les « moyens » les « mauvais » voire les « très mauvais ». En France, nous appartenons, avec le Royaume-Uni, à la deuxième catégorie, laissant au trio Belgique, Italie et Espagne le sinistre podium de la mort. 

Nous allons gagner cette guerre, non pas grâce à un état-major qui a montré sa lamentable déficience faite d’amateurisme et de mensonges, mais aux officiers et aux soldats de la santé qui ont tenu le front, ainsi qu’à la discipline de l’immense majorité des Français. Mais quid de l’après ? Ne nous illusionnons pas, tout ne va pas changer. Mais quelles orientations nouvelles voulons-nous donner à notre société ?

La « macronie » ne réinventera rien. Edouard Philippe sera sans doute remercié afin de lui faire implicitement porter le chapeau des atermoiements et des défaillances présidentielles. On va bricoler le « modèle » avec quelques leitmotivs creux comme la « souveraineté européenne » qui, dans un « en même temps » invraisemblable, est censée préserver la nôtre. C’est une forme de bigamie mais politique. On va essayer de « réindustrialiser », mais sans s’attaquer aux causes de la désindustrialisation. Donc l’effort sera vain. On va surtout devoir gérer l’effroyable trou qui se creuse dans nos finances publiques. 

Economie: faire le bonheur des Français d’abord

Macron II promet ainsi d’être la réécriture d’une mauvaise pièce dont l’acteur principal compte sur son talent oratoire pour nous faire applaudir un Feydeau vieilli, dont les coups de théâtres éculés ne nous font plus rire. La gauche proposera plus de « solidarité », le « partage du travail », plus d’immigrés et plus de communautarisme, le tout financé par une pression fiscale accrue sur les classes moyennes. Cette gauche se met, elle aussi, opportunément à prôner la réindustrialisation, alors qu’elle a trahi la classe ouvrière depuis 40 ans. Les écologistes attaquent de plus belle sur le thème de la transition écologique, en prétendant que c’est elle qui nous permettra de remettre le pays à flot. Nous vivons un épisode sanitaire qui a mis le monde à genoux et menace l’emploi, donc la survie au quotidien de millions des nôtres. Qu’à cela ne tienne : ce sont les émissions de carbone aux effets lointains qui les préoccupent au plus haut point ! Rappelons que sur la question migratoire et identitaire, ils sont alignés sur les positions de la gauche.

Après cette crise historique et phénoménale il est temps de se poser la question de la mission de ceux qui nous gouvernent. Assumons un choix simple : faire le bonheur des Français ou du moins créer les conditions de ce bonheur. Quelles sont-elles ? 

Tout d’abord, du boulot pour tous et payé au juste prix. Pour cela il faut de la croissance économique et une certaine tension sur le marché du travail favorable aux travailleurs grâce à l’arrêt de l’immigration et au renvoi des étrangers non-intégrés indésirables. Stratégie qui doit être assortie de la mise au ban du non-travail « choisi » financé par un RSA complaisant et un « black » non-sanctionné.  

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Il faut redresser la compétitivité de notre appareil productif industriel, agricole et tertiaire. Pour y arriver, il n’y a qu’une solution : la dévaluation. Cette dernière se décline en deux options : celle de la monnaie donc la sortie de l’euro ou celle des coûts par la baisse des prélèvements excessifs qui pèsent sur nos entreprises, mais assortie de conditionnalités qui faisaient fâcheusement défaut au CICE. Un protectionnisme ciblé sur les quelques prédateurs commerciaux comme la Chine doit compléter cette option.

La dévaluation monétaire est écartée. Longue et complexe par principe, elle nous précipiterait dans une longue et coûteuse période d’incertitude. La seconde nous obligera à faire des choix sociétaux, fiscaux et budgétaires clairs et assumés. Car non, décidément non, l’État ne peut pas tout et dans tous les domaines. Surtout s’il est accablé d’une dette monumentale, comme c’est notre cas. Il doit par contre pleinement assumer son rôle dans les autres conditions du bonheur collectif à savoir la sécurité, l’éducation, la santé, la solidarité pour les plus fragiles et l’égalité des territoires.

Nucléaire, je dis qu’on continue!

Ce dernier point, essentiel après la révolte des Gilets Jaunes, appelle à une vraie politique de « démétropolisation ». Car la concentration excessive de la richesse, de l’emploi et, par conséquence, de la population dans quelques métropoles, est une aberration socio-économique, démographique et écologique.  Il n’est évidemment pas question de coercition, mais de créer les conditions d’une bien meilleure attractivité pour la province.

La transition écologique est assurément capitale. Mais la réduction de l’empreinte carbone de la France, une des plus faibles d’Europe par tête d’habitant, ne peut pas absorber les ressources nécessaires au redressement productif qui conditionne la survie de notre modèle social. Priorité doit être donnée à la lutte contre la pollution automobile en milieu urbain facteur de pathologies graves, à l’éradication progressive de la chimie dans l’agriculture et la protection du bien-être animal. Mais c’est bien le renouvellement intégral et réindustrialisant de notre industrie nucléaire vieillissante mais productrice d’électricité décarbonée, ultra-sûre et indépendante, qui devra constituer le grand défi de notre génération.

Le gouvernement au service des charlatans

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Sibeth Ndiaye, Porte-parole du gouvernement, est plus critiquée que jamais pendant cette crise sanitaire © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00959563_000008

L’exécutif abuse de la vérité. Quand il se décide enfin à agir, il prend ses décisions chez des “experts” qui se contredisent, et leur fait porter la responsabilité de mauvais choix non assumés. La situation politique est beaucoup plus dégradée que ce que veut bien le concéder la plupart des journaux, journaux que la porte-parole du gouvernement cherche à dompter. Quand les Français seront autorisés à sortir de chez eux, ils demanderont des comptes. 


Le brouillard de la guerre étant ce qu’il est, il serait malvenu d’abuser des reproches à postériori envers celui qui décide dans l’urgence et dans l’incertitude. Encore faut-il que l’incertitude ne serve pas de paravent au déni manifeste du réel, à l’indécision, à l’inaction, à la lâcheté et à l’hypocrisie. 

Encore faut-il que le décideur assume.

En faisant du pouvoir non pas une responsabilité, mais une jubilation arrogante en même temps qu’un moyen de fuir ses responsabilités, notre gouvernement verse dans le mensonge systématique, bafoue l’idée même de politique, et décrédibilise la science. La crise du Covid-19 le met en lumière, par pure lâcheté il désarme notre pays face aux charlatans, aux gourous et aux fanatiques. 

Le ministère de la Vérité voulu par Sibeth Ndiaye

Crime contre la vérité, que ces tentatives répétées d’instaurer un « ministère de la vérité » orwellien, de la loi Avia aux déclarations surréalistes de Sibeth Ndiaye annonçant un site officiel « désinfox. » Ainsi les médias nous rapportent que le gouvernement affirme que les médias qui reprennent les éléments de langage du gouvernement sont considérés comme fiables par le gouvernement.

Belle désinfox que celle qui nous confirmera lundi que les masques sont utiles, mardi qu’ils ne servent à rien si on n’est pas malade (mais comment savoir si l’on est malade en l’absence de tests ? J’oubliais, Olivier Véran nous garantit que si nous en avions disposé dès le départ cela n’aurait rien changé), mercredi qu’ils sont réquisitionnés, jeudi que la grande distribution dispose de masques en stock mais bien sûr n’a pas fait de stocks pendant que les soignants, les pompiers, les forces de l’ordre et tant d’autres en manquaient, vendredi qu’ils sont obligatoires, samedi que la version du soir qui contredit celle du matin était en fait celle du matin et que ceux qui disent le contraire sont des menteurs, et dimanche que les questions gênantes sont le ferment de la division et que ce n’est pas le moment de les poser, mieux vaut attendre que tout le monde soit passé à autre chose.

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Incarnation grotesque de cette gouvernance à la fois risible et dangereuse, pitoyable et puérile, Sibeth Ndiaye. Caution clientéliste « progressiste » puisqu’elle est femme, « racisée », dotée d’un indéniable embonpoint et binationale ? Diversion, dont chaque intervention conduit, plutôt qu’à analyser la politique gouvernementale, à se demander sans fin : « mais ne le fait-elle pas exprès, Sibeth ? » La maintenir à son poste est pur mépris. Ce n’est pas elle – la pauvre ! -, le vrai visage du gouvernement. Non, le vrai visage de l’équipe d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe, c’est le ricanement méprisant qui consiste à l’avoir choisie et à dire chaque jour à la France : « Elle est ridicule, elle ment, et vous ne pouvez rien y faire : vous ne pouvez même pas nous obliger à admettre que nous vous prenons ouvertement pour des buses… »

Un chef ça décide

Crime contre la politique, que cette lâcheté, ce refus permanent d’assumer. « C’est pas moi, c’est les scientifiques ! » Non, mesdames et messieurs. Fut-il le plus grand des experts, un conseiller conseille, c’est le décideur qui décide. Un décideur qui ne fait qu’entériner les décisions de ses conseillers n’est pas un décideur, mais un prête-nom. Ce n’est pas un chef, c’est un pantin, un fantoche, un acteur de théâtre. Brigitte devrait décidément enseigner à son mari un nouveau rôle, celui du courage et de la décence. Qu’elle l’oblige à travailler Cyrano, « on n’abdique pas l’honneur d’être une cible », et qu’enfin notre chef de l’État fasse au moins semblant de se comporter en chef, et pas seulement pour nous faire des crises d’autoritarisme – je n’ai pas oublié le limogeage de De Villiers.

Crime contre la politique, rien de moins, car c’est toute l’espérance que porte le système démocratique qui est bafouée lorsque conjointement, le chef de l’État et le chef du gouvernement de l’une des dix premières puissances mondiales ne trouvent rien de mieux à dire que « c’est pas nous, c’est les experts, c’est eux qui décident. » Comment ne pas comprendre qu’une telle attitude ne peut que pousser le peuple dans la rue, et pas seulement pour se déconfiner ?

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Crime contre la science, que de vouloir la rendre responsable des mensonges, des tergiversations et des décisions absurdes. On peut se lamenter des fake-news autant que l’on voudra, lorsque le gouvernement s’ingénie à décrédibiliser la démarche scientifique elle-même, il ne faut pas s’étonner si le complotisme, l’irrationalité et l’obscurantisme progressent. Après tout, si la science est ce machin qui dit en quelques jours une chose et son contraire comme s’il s’agissait de certitudes, autant boire de l’urine de chameau ou se faire exorciser du Covid-19 par un télévangéliste américain !

La science mise en défaut laisse la place aux escrocs

Bien sûr, les scientifiques peuvent se tromper, c’est même souvent comme ça qu’ils apprennent et qu’ils progressent. Mais la science n’est pas un corpus de certitudes, c’est une détermination inflexible à être ancré dans le réel et la logique. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir le déficit de culture scientifique de notre pays : pas le déficit de connaissances, mais de méthode. Certes, tout le monde ne peut pas être un spécialiste de Karl Popper et Thomas Kuhn, mais un minimum d’éducation à la méthode expérimentale et à l’art de la démonstration est indispensable. Il n’y a aujourd’hui que trop de pseudo-sciences, de ces grandes théories infalsifiables et donc invérifiables qui prétendent tout expliquer, trop d’arguments d’autorité, trop d’arrogance et en même temps trop de relativisme, drapé dans des diplômes obtenus par complaisance idéologique.

Bien sûr, la pandémie a mis en évidence des nids de vipères dans le monde des laboratoires et des publications scientifiques, des conflits d’intérêts, des querelles d’égo, des histoires de gros sous. Mais que le premier à prétendre qu’il est surpris revienne rapidement sur Terre ! Les scientifiques sont des hommes et des femmes dotés de tous les travers de notre espèce. Et alors ? Il n’en demeure pas moins que la démarche scientifique, la vraie, celle d’Euclide et de Galilée, est et reste le meilleur outil jamais conçu par l’humanité pour observer, analyser et comprendre le réel (avec l’art, qui suggère et donne à ressentir ce qui ne peut être décrit, mais c’est un autre sujet).

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Pour fuir ses responsabilités, le gouvernement tente donc de rejeter sur la science la responsabilité de ses manquements. Les escrocs et les gourous l’en remercient.

Fini de jouer

Finalement, ces trois écueils ne constituent qu’une monstrueuse et colossale faute contre la Nation. Tout faire pour dresser le peuple à s’habituer au mépris, à perdre foi en la politique, à se détourner de la méthode logique qui lui permettrait de penser par lui-même à partir de ce qu’il observe, c’est le désarmer un peu plus face à ses ennemis, qu’ils soient spécialistes du marketing commercial et électoral, ou prédicateurs religieux fanatiques.

La Macronie n’est qu’un théâtre. Une pantomime moqueuse, grandiloquente et incohérente, qui voudrait nous obliger à prendre son verbe pour la réalité, et le réel pour un simple décor de carton-pâte. Réel : le démantèlement des services publics, l’effondrement de l’école depuis des décennies, l’incurie face à la pandémie, la remise en liberté anticipée de milliers de délinquants par un caprice de Nicole Belloubet et les récidives que bien évidemment la garde des Sceaux refusera d’assumer, la passivité face aux attentats et à l’islam théocratique, l’impuissance choisie face à la crise des banlieues, les migrants qui ont tenté d’envahir la Grèce, la crise économique qui vient. Il est grand temps de voir que le roi est nu, que le maquillage des acteurs craquèle, que même s’ils répètent « nous sommes en guerre » leurs fusils en plastique n’en font pas des guerriers, et de laisser retomber le rideau sur cette triste mascarade.

Prisons: les quatre impostures de Madame Belloubet

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La garde Sceaux le 29 avril à l'Assemblée © LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00959075_000030

Miracle du coronavirus: les prisons françaises ne sont plus saturées. La Chancellerie voudrait nous faire avaler que cette situation sans précédent est une bonne nouvelle! 


Difficile d’y échapper : depuis quelques jours une communication appuyée de la garde des Sceaux s’enorgueillit d’une « régulation » de la population carcérale en ce temps de crise sanitaire. Avec 61 100 détenus pour 61 109 places, le taux d’occupation moyen des prisons s’établit tout juste à un taux de 100%. Brandi comme un trophée, encore récemment dans un entretien au Monde le 30 avril, ce triomphalisme de la chancellerie ne peut manquer d’étonner les différents acteurs de la sécurité intérieure, et au-delà tous ceux qui sont attachés de manière légitime aux droits et libertés, dont personne n’a le monopole. Car la réalité est bien différente des communications de Madame Belloubet : la libération de plus de 10 000 détenus depuis l’entrée en état d’urgence sanitaire, est le résultat d’une quadruple imposture. 

Imposture du mot, qui est d’abord celle de la chose

Comme toujours la sémantique est une manière de manipuler la réalité. Parler de « régulation » pour évoquer la situation de la population carcérale (qui se trouve en prison, rappelons-le, par décision judiciaire), en exécution de peines définitives ou à titre préjudiciel dans le cadre d’informations judiciaires (détention provisoire avant jugement) revient à renoncer définitivement aux concepts du droit et de la procédure pénale fondée sur l’exécution et l’application de la peine. Une peine d’emprisonnement est en première intention exécutée par le parquet, avant le cas échéant d’être individualisée, « appliquée » par un juge de l’application des peines.

La régulation est un concept issu de ce qu’il est convenu d’appeler le « droit mou » (« soft law », un ensemble de règles non obligatoires et dont la « juridicité » est discutée) et de l’univers managérial, pourtant assez éloigné de la gauche étatiste dont Madame Belloubet est issue. Il s’agit d’un mode d’intervention consistant à privilégier un traitement souple de certains contentieux dans certains secteurs, économiques notamment.

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On doit admettre que le marché ait besoin d’un droit et de procédures aussi souples que lui. Mais pour autant, peut-on admettre que l’exécution des peines de prison soit un marché, « régulé » par l’offre et la demande, et les capacités pénitentiaires ? Que les procureurs/prescripteurs, pire encore les présidents des cours d’assises et tribunaux correctionnels, les juges des libertés et de la détention aient l’œil rivé sur un tableau Excel dont les données l’emporteraient dans la décision sur les critères de gravité et d’atteinte à l’ordre public ou de lutte contre la récidive et de protection des victimes ? Renoncera-t-on demain à incarcérer un violeur ou un voleur de banque sous prétexte qu’un numérus clausus des places de prison risque d’être dépassé ? Que les magistrats deviennent des tenanciers d’hôtels en renonçant à leurs missions constitutionnelles ?

Qui a peur de parler d’exécution des peines ? La garde des Sceaux ? On attend avec impatience les instructions qu’elle voudra bien donner aux magistrats pour assurer leurs missions régulatrices à l’avenir… Avec à la clé, les éléments de langage à destination des services de police et des victimes. 

Imposture des missions

La communication du garde des Sceaux en période de confinement, comme précédemment d’ailleurs, a été réduite à cette seule question, celle de la population carcérale. Au prix d’un double déni : celui de sa mission principale qui est la lutte contre la criminalité et la délinquance, et celui de la protection des victimes. Sur ce point précis, Madame Belloubet n’aura pas dit un mot, ni diffusé la moindre circulaire de politique pénale qui aurait pu notamment appeler les procureurs à lutter particulièrement contre les violences aggravées sur les personnes dépositaires de l’autorité publique (policiers et gendarmes), les personnes vulnérables, les escroqueries aux services de première nécessité sur internet. Sans oublier les trafics de tous ordres qui se sont réadaptés en temps réel à la nouvelle donne dans le cadre de la criminalité en bande organisée (ubérisation des trafics, redéfinition des territoires, digitalisation du marché).

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Non, Madame la Garde des Sceaux, contrairement à ce que vos services laissent croire, la baisse de l’activité pénale n’est pas liée à la baisse de la délinquance. Quel déni ! La délinquance n’a pas disparu par l’effet du confinement. Malheureusement, seules les investigations ont été ralenties et les poursuites et condamnations au mieux différées par l’effet de la mise en œuvre des plans de continuation… Les services de police et de justice, parquet notamment, ne peuvent plus agir avec l’efficacité et la célérité qu’on leur connaît. On a confiné un thermomètre, mais on n’a pas fait disparaître la fièvre… La criminalité est toujours présente et active et ses acteurs vous ont bien entendue, Madame la Garde de Sceaux, claironner cette « régulation de la population carcérale ».  Et ils ont compris qu’ils avaient carte blanche. Vous avez été aidée et précédée par le ministre de l’Intérieur qui, évoquant des attaques contre des policiers dans les quartiers, avait parlé des « activités ludiques », des « petits groupes » – surtout pas des bandes ! – dont la dureté du confinement et la pauvreté seraient les principales responsables. Car au-delà des libérations sanitaires ou prétendues telles (qui a posé un diagnostic épidémiologique en détention ?), à qui fera-t-on croire que la détention, modèle de confinement chimiquement pur, serait un danger quand il est un bienfait pour les gens honnêtes ?). Qui n’a pas encore compris que les prisonniers qui se sont mutinés exerçaient un chantage (réussi) à leur libération et redoutaient que la fin des parloirs assèche l’approvisionnement des prisons en drogues et autres téléphones de contrebande ?

Imposture de l’ambition

Une Nation de 67 millions dont la structure démographique révèle tant de diversité et de fragilités doit pouvoir assumer la détention de 80 000 personnes, pour l’application de la loi par ses magistrats et la sécurité de ses citoyens et au regard de l’état de sa délinquance structurelle et permanente, aggravée par un contexte économique et social plus qu’instable. Renoncer à l’exécution des peines d’emprisonnement fermes est, comme en matière de masques de protection, une adaptation de la doctrine aux moyens. La prison serait donc aussi inadaptée à la lutte contre la délinquance que le port des masques était inutile contre le Covid-19 au temps où on en manquait ?

Mais qui n’a pas su se donner ces moyens si ce n’est une garde des Sceaux qui n’a pas défendu sa position – inscrite dans la loi de programmation ! – et a perdu, sans vraiment combattre, les arbitrages qui devaient conduire à la construction de 10 000 places nouvelles ? 

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« Ces événements nous dépassent feignons d’en être les organisateurs ». Jamais cette phrase de Jean Cocteau n’a résonné aussi juste depuis qu’on a fait de la fatalité des effets réels et supposés du Covid en détention, une nécessité vertueuse. Et on le théorise en nous expliquant que le niveau actuel de la détention correspondrait à une politique pénale douce, issue des effets de la loi du 23 Mars 2019 et de son « bloc peines. » En réalité : une loi qui vient blanchir une amnistie déguisée…

Imposture du droit enfin

Depuis trop longtemps, la qualité de la loi laisse à désirer mais avec l’état d’urgence, nous avons atteint un seuil d’illisibilité, d’incohérence et d’insécurité juridique sans précédent. En effet, quand la garde des Sceaux, ministre du droit et des libertés publiques, qui plus est juriste de profession, n’est plus capable de produire un texte ou une ordonnance qui permette de savoir clairement à quelles conditions il est ou non possible de prolonger la détention provisoire de prévenus, toute l’institution judiciaire est en insécurité. Et avec elle les droits fondamentaux des personnes à commencer par ceux des justiciables méconnus. 

La cour de cassation pourrait très prochainement dire ce qu’elle pense d’une ordonnance bâclée, rédigée par un obscur chef de bureau livré à lui-même. Une ordonnance qui élude tout contrôle par un juge d’une atteinte – même légitime – à la liberté individuelle, à l’heure où des nouvelles technologies, de la visioconférence ouvrent des possibilités intéressantes.

Certes, nous n’ignorons pas que derrière le doux vocable de « dialogue des juges » se cache une compétition des cours suprêmes qui conduit chaque haute cour à se montrer mieux-disante en matière de libertés publiques ou à la recherche de son arrêt Canal. Nous savons également que face aux critiques adressées par certains avocats même et surtout minoritaires, grande est la tentation de poser un arrêt de remontrances comme jadis le Parlement de Paris au roi de France. Mais, il appartenait à la garde des Sceaux de veiller à ne pas donner d’occasions trop faciles de se voir donner une leçon de droit.

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Face à tant d’impostures, tant de démissions, de lâchetés, de carences, un sursaut est nécessaire. L’autorité judiciaire est dans le respect des grands principes, le garant ultime des politiques publiques de sécurité. Le dernier maillon d’une chaîne, celui qui fait que cette chaîne rompt ou non. Force est de constater que la volonté politique qui inspire la politique pénale et qui fonde l’autorité sur les parquets fait cruellement défaut.

Cela doit être l’un des enjeux du plan de déconfinement et de l’après 11 Mai.

Le doux règne de Corona Ier

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L'Empereur des Français, ici accompagné de l'Impératrice Brigitte, est confronté à l'envahisseur Corona Ier © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00959343_000003

Jusqu’à la mort de Fidel, les Cubains se touchaient le menton en mimant une barbe et disaient « quien tu sabes » pour ne pas prononcer son nom. Dans son discours de « déconfinement », Edouard Philippe parle vingt-quatre fois du « virus » sans prononcer une seule fois le mot  « coronavirus ». Il est vrai que Corona est déjà une savoureuse bière. 

L’empire de la novlangue

En revanche, il a prononcé quatre fois « Covid-19 » et deux fois « StopCovid ». Le terme « Covid » a été choisi pour être « facile à prononcer », a confié un scientifique au nom imprononçable, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS. C’est une siglaison qui est née d’une longue réflexion. Surtout, le même scientifique a révélé que le mot a été pensé pour ne « stigmatiser personne ». Avec 25 000 morts dans le pays, voilà qui nous fait une belle jambe. Covid ou la sournoiserie de la novlangue dans toute sa splendeur. 

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Du pays du Soleil levant aux Amériques, l’empire de Corona Ier est désormais immense. Quelques bastions de résistance: les contrées d’Afrique et les Sarrasins. En France en revanche, jadis terre du vaillant Roland, il faut se résigner à des mois d’occupation, aime nous répéter notre Premier ministre. Son dernier discours à l’Assemblée Nationale a d’ailleurs globalement convaincu le peuple, bien que de têtus détracteurs rêvent de prendre le pouvoir: trémolos dans la voix, le tribun Jean-Luc Mélenchon a fustigé les « injonctions odieuses » de Macron Ier. Dans la truculente gazette Causeur, Florian Philippot, plaide lui une « révolution qui vient ». Rappelons quand même que le fils de hussards de la République qui se rêve en guide des Jacobins a enregistré le score historique de 0,65 % aux dernières élections européennes. Il y en a qui ne manquent pas d’air. 

Une intégration exemplaire

Une révolution? Mais Corona s’en est déjà chargé, camarade! Le pays est ruiné, les bistros et musées sont fermés, les amours volages sont maudits, les Français sont masqués, gantés et cloîtrés. Tel Winston dans 1984, nos cadres font des exercices de « culture physique » dans leur chambre avant de télé-travailler devant leur écran. Et ils semblent en plus aimer cela, se réjouit le « think thank progressiste » Terra Nova. Qui dit mieux? Dans Napoléon le Petit, Victor Hugo ne cesse de vilipender son ennemi juré par son nom. Il y raille notamment le saccage supposé de l’éducation. Pourtant, Napoléon III n’avait jamais fait fermer les écoles, lui. Voilà chose faite avec l’empereur Corona. Cela susciterait-il une levée de boucliers de la part des enseignants? Loin s’en faut. À part quelques insoumis, tel l’érudit Jean-Paul Brighelli, qui assure sur son blog que sa vie n’a pas la même saveur sans ses élèves, nous en voulons encore, nous préférons goûter aux délices de Blackboard Collaborate ou autres logiciels de cours à distance déshumanisants que nous confronter aux postillons des élèves. 

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Comme tout peuple qui connaît une révolution, nous allons nous adapter. Bien que certains s’obstinent à se persuader du contraire, les populations s’éduquent, l’instinct de soumission est en chacun de nous. Objectivement, si on écarte les chambrées d’Africains entassés dans leur HLM, les étudiants en studettes, les esprits lubriques et les amoureux des bains de foule, la torpeur du monde confiné de l’empereur Corona n’est pas si désagréable. Espérons cependant, je pense que tout le monde en conviendra, que son règne durera moins longtemps que celui de Fidel. Pour cela, encore faudrait-il commencer par le nommer vraiment. Dire « le virus » n’a aucun sens, « virus chinois » en a bien plus. Vous avez dit stigmatisant? L’appellation « grippe espagnole » ne choque personne. Nous l’usons à l’envi depuis un siècle et n’avons pas vraiment été en guerre avec l’Espagne depuis la Guerre de trente ans! Mais admettons qu’il ne faille prendre le risque de froisser nos amis chinois. Pourquoi pas « virus couronne » dans ce cas? Franciser le nom de notre nouvel arrivant, voilà qui illustrerait sa formidable intégration parmi nous.

Napoléon le Petit - Texte intégral

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