Le confinement séparé des conjoints et la distance sociale laissent au mâle blanc quinquagénaire et citadin le temps d’ouvrir les yeux sur sa condition.


 

Pour ne pas grossir les chiffres des violences conjugales, j’ai préféré être confiné sans ma femme. Dans certaines circonstances, deux logements modestes séparés valent mieux qu’un, spacieux et commun, et sont pour la survie des couples plus sûrs qu’un abri antiatomique. En même temps je me connais, je ne serais jamais allé porter plainte. Je ne me vois pas entrer dans un commissariat : « Ma femme se jette sur moi toutes griffes dehors quand je l’ai trop contrariée. » Je préfère ne pas, il me reste un peu de fierté. C’est d’ailleurs tout ce qui nous reste à nous autres hommes blancs vieillissants : vivre en silence nos maltraitances. On ne nous entend pas, alors qu’au premier écart ou aux premières négligences, on se retrouve divorcés, expulsés, en un mot répudiés et pire, rançonnés et condamnés à payer pour notre maison et pour notre ex-femme en perdant le droit de rentrer et dans l’une et dans l’autre.

Nous sommes tous des vieux mâles blancs

Puissions-nous longtemps garder ce silence digne, résister à la tentation associassionniste et ne pas ajouter nos jérémiades au vacarme des victimes déjà nombreuses. Préférons encore un peu le statut de bourreau, même en carton, avant de pleurnicher ou de vociférer pour obtenir des têtes et des lois. Qui a envie, pour dénoncer les violences dont nous sommes les objets, d’un activisme organisé, avec slogans, logos et porte-parole ? Qui attend qu’apparaisse le « Fihot » (le Front d’intervention des hommes tabassés) ? Qui voudrait figurer sur une liste d’hommes trucidés par leurs femmes ? Je n’aimerais pas voir les murs de Paris maculés d’affichettes pour attirer notre attention sur Marcel qui s’est jeté par la fenêtre après trente années de vie commune et une scène de trop.

Je n’ai plus vu de film avec Hugh Grant depuis qu’on l’a surpris dans sa voiture avec une prostituée, et qu’il s’est excusé publiquement. Je dois être incapable de m’identifier à un pauvre type qui demande pardon à son public pour être allé aux putes

Mais ce qui vaut pour le péquin masculin moyen ne vaut pas pour les hommes célèbres pris dans les filets du néoféminisme et harcelés par des foules de Torquemadames. N’ont-ils pas, ces mâles en vue, des devoirs ? Ne nous représentent-ils pas, nous les obscurs, nous les sans-grade, et à l’heure où nous aurions un peu besoin de héros, qu’ont-ils donc à s’éclipser ou à s’exiler ? Quelles occasions manquées de rester droit pour la postérité, dans l’immortalité, de tenir tête face à la meute, et quitte à être grillé, d’afficher fièrement une morgue tout aristocratique. Si on est un homme, pourquoi s’empêcher de jeter de l’huile sur le feu quand on est la proie des femmes ? 

Je pense à Matzneff. Je l’aurais préféré face caméra, expliquant avec un sourire vicieux et un regard lubrique à la journaliste que si à son âge, on n’avait pas trois ou quatre femmes qui voulaient votre mort, c’est qu’o

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Avril 2020 - Causeur #78

Article extrait du Magazine Causeur

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