Jusqu’à la mort de Fidel, les Cubains se touchaient le menton en mimant une barbe et disaient « quien tu sabes » pour ne pas prononcer son nom. Dans son discours de « déconfinement », Edouard Philippe parle vingt-quatre fois du « virus » sans prononcer une seule fois le mot  « coronavirus ». Il est vrai que Corona est déjà une savoureuse bière. 

L’empire de la novlangue

En revanche, il a prononcé quatre fois « Covid-19 » et deux fois « StopCovid ». Le terme « Covid » a été choisi pour être « facile à prononcer », a confié un scientifique au nom imprononçable, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS. C’est une siglaison qui est née d’une longue réflexion. Surtout, le même scientifique a révélé que le mot a été pensé pour ne « stigmatiser personne ». Avec 25 000 morts dans le pays, voilà qui nous fait une belle jambe. Covid ou la sournoiserie de la novlangue dans toute sa splendeur. 

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Du pays du Soleil levant aux Amériques, l’empire de Corona Ier est désormais immense. Quelques bastions de résistance: les contrées d’Afrique et les Sarrasins. En France en revanche, jadis terre du vaillant Roland, il faut se résigner à des mois d’occupation, aime nous répéter notre Premier ministre. Son dernier discours à l’Assemblée Nationale a d’ailleurs globalement convaincu le peuple, bien que de têtus détracteurs rêvent de prendre le pouvoir: trémolos dans la voix, le tribun Jean-Luc Mélenchon a fustigé les « injonctions odieuses » de Macron Ier. Dans la truculente gazette Causeur, Florian Philippot, plaide lui une « révolution qui vient ». Rappelons quand même que le fils de hussards de la République qui se rêve en guide des Jacobins a enregistré le score historique de 0,65 % aux dernières élections européennes. Il y en a qui ne manquent pas d’air. 

Une intégration exemplaire

Une révolution? Mais Corona s’en est déjà chargé, camarade! Le pays est ruiné, les bistros et musées sont fermés, les amours volages sont maudits, les Français sont masqués, gantés et cloîtrés. Tel Winston dans 1984, nos cadres font des exercices de « culture physique » dans leur chambre avant de télé-travailler devant leur écran. Et ils semblent en plus aimer cela, se réjouit le « think thank progressiste » Terra Nova. Qui dit mieux? Dans Napoléon le Petit, Victor Hugo ne cesse de vilipender son ennemi juré par son nom. Il y raille notamment le saccage supposé de l’éducation. Pourtant, Napoléon III n’avait jamais fait fermer les écoles, lui. Voilà chose faite avec l’empereur Corona. Cela susciterait-il une levée de boucliers de la part des enseignants? Loin s’en faut. À part quelques insoumis, tel l’érudit Jean-Paul Brighelli, qui assure sur son blog que sa vie n’a pas la même saveur sans ses élèves, nous en voulons encore, nous préférons goûter aux délices de Blackboard Collaborate ou autres logiciels de cours à distance déshumanisants que nous confronter aux postillons des élèves. 

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Comme tout peuple qui connaît une révolution, nous allons nous adapter. Bien que certains s’obstinent à se persuader du contraire, les populations s’éduquent, l’instinct de soumission est en chacun de nous. Objectivement, si on écarte les chambrées d’Africains entassés dans leur HLM, les étudiants en studettes, les esprits lubriques et les amoureux des bains de foule, la torpeur du monde confiné de l’empereur Corona n’est pas si désagréable. Espérons cependant, je pense que tout le monde en conviendra, que son règne durera moins longtemps que celui de Fidel. Pour cela, encore faudrait-il commencer par le nommer vraiment. Dire « le virus » n’a aucun sens, « virus chinois » en a bien plus. Vous avez dit stigmatisant? L’appellation « grippe espagnole » ne choque personne. Nous l’usons à l’envi depuis un siècle et n’avons pas vraiment été en guerre avec l’Espagne depuis la Guerre de trente ans! Mais admettons qu’il ne faille prendre le risque de froisser nos amis chinois. Pourquoi pas « virus couronne » dans ce cas? Franciser le nom de notre nouvel arrivant, voilà qui illustrerait sa formidable intégration parmi nous.

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