Vous aimez Judith Butler, les théoriciens du genre et de la charge mentale ? Vous adorerez Iris Brey, professeur à l’université de New York qui traque la moindre once de masculinité toxique et la culture du viol dans l’hexagone. 


Iris Brey est américano-française et enseigne à l’Université de New York. Comme tant d’autres, elle a très tôt tété le lait de la French theory (Foucault en tête) puis les théories de Judith Butler. Elle a écrit deux livres qui revisitent le cinéma et les séries à l’aune des théories du genre et du regard féminin (ou « female gaze ») opposé au regard masculin (ou « male gaze »).

La postvérité expliquée à sa fille

« En rédigeant la première version de mon livre, j’ai réalisé que je mobilisais beaucoup de références théoriques à des hommes, parce que je me sentais obligée de montrer que je les avais lues, que je m’inscrivais dans leur sillage. Je les ai finalement enlevées pour me défaire de cette autorité paternelle », déclare-t-elle sur le site Troiscouleurs. Ce qui chagrine Iris Brey n’est pas de savoir si les théories qu’elle utilise pour théoriser à son tour ses élucubrations sont vraies ou fausses mais si elles sont déployées par des hommes ou non. Il est possible aussi qu’Iris Brey n’ait jamais lu ces « hommes ». Certaines néo-féministes nous ont déjà fait le coup en déclarant refuser de lire tout livre écrit par des représentants supposés de la domination (masculine, patriarcale…), ce qui fait du monde. Ceci n’est finalement qu’un prétexte pour masquer la paresse, l’absence de curiosité et, conséquemment, l’abyssale inculture cinématographique ou littéraire qui président au « travail » de ces « chercheuses ». Par exemple, après avoir nettoyé les rayons de sa bibliothèque de toute la littérature dominatrice, Virginie Despentes a déclaré être prête à « donner 80% de [sa] bibliothèque féministe » pour le geste d’Adèle Haenel quittant la cérémonie des César. On devine ainsi que les murs de certains appartements finissent par ressembler au désert de Gobi ou à la radiographie cérébrale de leurs propriétaires. Et que le vent y règne en maître.

Orgasmes lesbiens

Une fois ce postulat posé, tout devient possible. Évoquant Judith Butler, Iris Brey se prend à parler la langue étrange des idéologues qui croient qu’un peu de brouillard masquera leur vacuité : le « concept d’identification spectatoriale » y croise la « grammaire cinématographique mise en place pour faire circuler le regard désirant ». On apprend qu’il « faut chercher du côté des récits lesbiens pour voir des orgasmes » et que le navet soporifique de Céline Sciamma « fait déjà date et a un pouvoir de transformation […] parce qu’il est devenu un manifeste pour celles et ceux qui veulent plus de représentations d’amours lesbien (sic), mais aussi pour ceux qui veulent sortir des rapports de domination dans l’amour. » Iris Brey parle d’amour comme toutes les néo-féministes d’aujourd’hui, en nettoyeuse, armée d’un balai-brosse et d’un seau d’eau de javel. Elle semble ignorer qu’il existe des amours lesbiennes qui, à l’instar des amours hétérosexuelles, ne sont que des jeux, simulés ou réels, de domination. Que le désir brûle les corps qui se soumettent comme il consume les esprits de ceux qui jouent la carte du tendre avec une brutalité le plus souvent feinte. Et même qu’il existe des rapports amoureux fougueux sans domination aucune mais avec beaucoup de maladresses, de tremblements, de baisers volés, de craintes. Bien des films et des livres en parlent. Iris Brey ne les a ni vus ni lus.

Un certain regard 

De toutes manières Iris Brey et ses consœurs en théories fumeuses sur le « female gaze » et le « male gaze » ne vont pas au cinéma pour regarder des films. Avant de s’installer confortablement dans leur fauteuil, elle relisent le manifeste des âneries pseudo-féministes et queer, butlériennes et étasuniennes très en vogue en ce moment, et tentent, selon une méthode de plus en plus employée par ces « penseuses », de plaquer un canevas théorique féministe à larges mailles sur les écrans. Lorsque Brey regarde une série (c’est sa spécialité, semble-t-il) elle le fait avec le même esprit revanchard et la même nonchalance bêtasse que la journaliste de Mediapart Marine Turchi réécoutant près d’une centaine d’émissions du Masque et la Plume à la recherche d’une remarque sexiste, homophobe ou patriarcale.

Orwell (pour la vision littéraire) et Jdanov (pour l’application politique) n’en espéraient pas tant : de la relecture dirigée des œuvres d’art à l’éducation politique, ces journalistes et « intellectuelles » sont nos nouveaux agents de police de la pensée et de l’art. La philosophe et psychanalyste Sabine Prokhoris le précise idéalement dans l’entretien qu’elle donne au site Transfuge (10 mars 2020) : « J’ai regardé des textes qui définissent le réalisme socialiste.[…] Eh bien, vous remplacez le terme de « héros positif » par « personnage féminin », celui « d’ordre bourgeois » par « patriarcat », et celui de « socialiste » par « féministe », et c’est exactement la même chose ! […] Iris Brey ne dit-elle pas que le female gaze va révolutionner de façon “sismique” le patriarcat ? C’est exactement le but que Jdanov assigne au réalisme socialiste. » Sabine Prokhoris n’hésite pas à parler de « réalisme féministe » et d’idéologie totalitaire appliquée aux arts. De fait, le « travail » d’Iris Brey est un plan quinquennal et radieux qui programme très exactement ce que doit être une œuvre du seul point de vue d’un « female gaze ».

« Une culture du viol à la française » 

Pour cela, la propagande la plus bête assène des « vérités » répétées ad nauseam : interrogée par l’ineffable Edwy Plenel, Iris Brey reprend les théories de l’historienne américaine Joan Scott et affirme qu’il existe « une culture du viol à la française » (sic). Heureusement la France, ce pays de violeurs, commence à considérer « la galanterie à la française » pour ce qu’elle est : un mode sournois de domination. Et la « séduction à la française » pour ce qu’elle est itou : un moyen raffiné et opérant d’obtenir par la force ou la ruse un rapport sexuel faussement consenti, incomplètement consenti, imparfaitement consenti… Il ne lui vient apparemment pas à l’esprit que « la galanterie consiste à souligner la différence des sexes, non pas pour rabaisser la femme, mais pour l’obliger et lui rendre hommage » (Claude Habib), plaçant ainsi les hommes dans une position de faiblesse volontaire et les voyant, à l’inverse d’autres civilisations moins galantes, « céder à leurs femmes le pas. »

Ce pseudo-travail universitaire, fruit d’une paresseuse recherche et d’un point de vue bêtement systématique, devrait donner de beaux fruits pourris à même la branche sur laquelle ils poussent. De nombreuses « thèses » à venir, plus désolantes et désopilantes les unes que les autres, connaîtront leur minute de gloire dans les officines jdanoviennes de l’université Paris 8 ou des locaux de Mediapart. Insipides et d’une faiblesse conceptuelle réelle, ces thèses s’affubleront, à l’instar du dernier livre de Brey, de l’écriture dite inclusive. Elle est d’ailleurs la seule à prétendre l’être encore. Pour le reste, la chasse à l’homme est ouverte, et son exclusion prévue par tous les moyens possibles.

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