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Covid-19: Périclès n’a pas été testé

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Covid-19: Périclès n’a pas été testé
Photo: Pixabay

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Le coronavirus a, c’est le moins que l’on puisse dire, fait réapparaître des peurs qui ne datent pas d’hier. Dans La Peste de Camus, le docteur Rieux constate d’ailleurs : « Les fléaux sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. » Le docteur Véran, ministre de la Santé, dont on espère qu’il sera aussi efficace que Rieux dans un Oran au stade 3, refuse d’admettre cette impréparation et, par exemple, dans un tweet du 21 mars, il déclare sans trembler : « Nous avons mis en œuvre tous les moyens pour augmenter notre stock de masques. »

Covid-19 et Grèce antique

Il n’empêche, l’inconscient collectif se souvient et s’inquiète. Thucydide, au Ve siècle avant J.-C., donne un des premiers récits d’épidémie : « La maladie, impossible à décrire, sévissait avec une violence qui déconcertait la nature humaine. Voici qui montre combien elle différait des épidémies ordinaires : les oiseaux et les quadrupèdes carnassiers ne s’attaquaient pas aux cadavres pourtant nombreux, restés sans sépulture […]. » Nous n’en sommes pas là, mais la propagation du virus rappelle celle décrite par l’historien grec dans le livre II de sa Guerre du Péloponnèse où c’est l’Éthiopie qui joue le rôle de la Chine. Périclès lui-même en sera victime : l’agora était sans doute un « cluster », comme notre Assemblée nationale…

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Pourvu que le Covid-19 ne dure pas autant que cette peste qui ravagea le monde grec pendant quatre ans. Les citoyens confinés pourraient mal réagir : « […] On chercha les profits et les jouissances rapides, puisque la vie et les richesses étaient également éphémères. Nul ne montrait d’empressement à atteindre avec quelque peine un but honnête ; car on ne savait pas si on vivrait assez pour y parvenir. Le plaisir et tous les moyens pour l’atteindre, voilà ce qu’on jugeait beau et utile. Nul n’était retenu ni par la crainte des dieux ni par les lois humaines. » Un tel comportement, convenons-en, ne serait pas à même de faire redémarrer une économie fortement secouée.

Comme le raconte Boccace dans son Décaméron pendant la peste à Florence en 1348, le confinement à la Leïla Slimani reste une bonne solution : passer son temps dans une villa à l’écart et se raconter des histoires entre amis. Nous souhaitons que les personnes confinées dans les HLM des cités s’occupent de la même manière. La littérature y gagnera de nouveaux chefs-d’œuvre, mais ils seront sans doute moins policés et moins chics que celui de la lauréate du Goncourt 2016…

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Avril 2020 - Causeur #78

Article extrait du Magazine Causeur


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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