Dans l’épidémie de Covid-19, les médias n’ont-ils pas abusé de leur pouvoir d’influence ? La question mérite d’être posée.


Tout pouvoir est susceptible d’abus, notamment le pouvoir administratif, dont les juristes sont familiarisés avec l’excès de pouvoir, source importante du contentieux administratif.

Le pouvoir sans contrôle rend fou

Le « quatrième pouvoir », celui des médias, dont l’exercice ressort, il est vrai, des libertés publiques, est-il insusceptible d’abus ? Certes non. Mais ce pouvoir, qui ne dispose pas d’une force de coercition directe, exerce un tel empire sur les esprits que ceux-là mêmes qui constatent ses abus et ses excès hésitent à les dénoncer, de peur de l’ostracisme du silence.

Sans doute Internet est-il venu rebattre les cartes, en permettant l’expression d’idées souvent occultées par la majorité des journalistes et des organes de presse qui expriment avec ensemble un socle d’idées convenues, dans un esprit de « consensus », qui ne doit pas être « clivant » (honte au Président Trump et au Pr. Raoult…), que des esprits irrévérencieux ont tôt fait, sur le libre Web, de qualifier de « totalitarisme mou » ou de « mainstream », ce qui a le don d’irriter au plus haut point ceux qui se trouvent ainsi épinglés.

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Quant à l’Etat, régulateur naturel du pouvoir, il ne peut intervenir dans ce « quatrième pouvoir » qu’avec une extrême modération, si ce n’est une extrême prudence, du fait que toute intervention sur la liberté de la presse – quoi que celle-ci fasse ou dise – sera immédiatement stigmatisée (parfois à raison, parfois à tort) de liberticide.

Le pouvoir des médias apparaît ainsi comme un pouvoir sans contrôle, si ce n’est les contrôles qu’il s’autorise à lui-même (CSA et autres). Or, comme le notait déjà le philosophe Alain au début du siècle dernier, le pouvoir sans contrôle rend fou.

Emballement, excès, abus

Le traitement médiatique de la pandémie née du virus chinois est un exemple typique d’emballement, d’excès et d’abus.

La plupart des médias :

– répandent la peur en insistant, plus qu’il est nécessaire à une information purement factuelle, sur l’extrême contagiosité du virus, son caractère potentiellement létal, les statistiques funèbres, en mettant en exergue des drames humains individuels, en réservant à l’information sur ce sujet une telle omniprésence que plus aucune autre information n’ayant pas de caractère fracassant (attentat par exemple) ne filtre, ce qui focalise la population sur ce sujet, jusqu’à l’obsession ;

– agissent souvent avec malhonnêteté intellectuelle, par exemple en occultant que le secteur hospitalier allemand, dont la performance ne peut (malheureusement…) être passée sous silence, appartient, contrairement au français, en majorité au secteur privé après les importantes privatisations du début des années 2000, ou, comme il a été montré précédemment, que la mortalité dans les pays ne pratiquant pas le confinement est en majorité inférieure à celle des pays le pratiquant, ou encore en montant en épingle le cas d’un citoyen américain qui se serait empoisonné par un nettoyant d’aquarium contenant de la chloroquine à la suite d’un propos du Président Trump favorable à l’emploi de ce médicament, peu coûteux et d’accès facile ;

– développent ce qu’il faut bien appeler une propagande en faveur de l’assignation à résidence, dite confinement : critiques à peine voilées contre les pays ne le pratiquant pas, illustration de son utilité, mieux, de sa nécessité, occultation, pour l’essentiel, de ses effets néfastes, absence quasi-complète de tribunes ou d’articles critiques, information approbative sur la répression des contrevenants, développement, en résumé, d’une sorte d’unanimisme du temps de guerre, dans une curieuse cohérence avec les décisions liberticides du pouvoir, que les mêmes médias ont contribué à provoquer en répandant la panique ;

– ont tendance à mélanger, ou, pour le moins, à ne pas distinguer clairement ce qui ressort des faits bruts, de l’analyse de ces faits, des préconisations et des prévisions ;

– utilisent souvent des « ficelles » techniques, depuis longtemps dénoncées, telles positionnement dans la page, taille et libellé des titres, longueur et graphisme des articles, pour, tout en présentant une information en apparence équilibrée, voire respectant la contradiction, favoriser la thèse inquiétante, voire terrorisante.

Pression sur les politiques

Par l’emploi de ces méthodologies, on passe du droit (et du devoir) d’informer à la manipulation des émotions et par l’effet bien connu de la psychologie des foules, mise en lumière depuis plus d’un siècle par Gustave Le Bon, à des effets de panique, exerçant sur les politiques une pression irrésistible dans le sens de la prise de mesures gouvernées par cette panique et, comme dans tous les cas de panique, ne prenant plus aucun autre paramètre en compte, voire perdant toute raison.

Chacun des membres de la foule en panique, pris individuellement fuyant un cinéma en feu, prendrait soin de ne pas piétiner à mort la femme enceinte qui vient de trébucher. Mais la foule en panique le fait sans hésiter, et même sans y penser. La foule en panique ne pense pas.

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Provoquer sciemment la panique et orienter les décisions politiques par ce moyen, est donc, de la part (de la plupart) des médias un abus de pouvoir manifeste et une faute.

Sans doute la nature particulière du 4e Pouvoir rend-il difficile la sanction de cette faute.

Mais le rôle des politiques est d’y résister, de prendre des décisions réfléchies et de résister aux emportements de l’émotivité des foules.

La liberté est un tout

Le Premier ministre anglais a, le premier, succombé à ces pressions, et si les Présidents Trump et Bolsonaro, au caractère bien trempé, résistent courageusement, la pression sur eux ne faiblit pas.

Il n’est pas certain que le calcul d’une fraction majoritaire des médias, de provoquer la panique, puis les mesures liberticides qu’elle a inspirées, ne se retourne pas un jour contre la liberté de la presse. La liberté est un tout.

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Ruiner la liberté d’aller et de venir, une des plus fondamentales, puis mettre en place, pour l’inévitable « sortie » de la résidence surveillée, des moyens de surveillance et de traçage qui en seront la suite nécessaire, pourrait préparer une société dans laquelle la liberté individuelle, comme certains médias l’expliquent déjà, cesserait d’être la valeur fondamentale qu’elle est encore dans la société française, laquelle serait promise à devenir une fourmilière à l’instar des pays d’Extrême-Orient, au premier rang desquels, la Chine, dont le mal est venu.

Un mal qui ne serait pas que le virus, mais une évolution politique totalitaire. À laquelle la presse devrait s’adapter. Il n’est pas certain qu’elle y soit prête. Ni que, le moment venu, on lui demandera son avis.


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