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« On ne touche pas », de Ketty Rouf: le strip-tease contre le désir

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D’aucuns sont si facilement choqués, ces temps-ci, par une ombre de sein dans un décolleté ou une étoile apposée sur l’anus du Prophète qu’il est temps de se demander quel est notre présent rapport au corps et à la nudité.

Le prétexte de cette chronique si nécessaire est un roman nouvellement sorti, signé Ketty Rouf, et intitulé On ne touche pas. On me l’avait conseillé, je l’ai lu — et ça se lit vite, c’est au moins un bon point : l’auteur (et non, je n’écris pas « autrice », on s’efforce de parler français, sur Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le blog de Jean-Paul Brighelli, hébergé par Causeur« ]*[/tooltips] !) use et abuse des phrases nominales, averbales, mises en rejet à la ligne — une bonne manière de gagner de la place, Alexandre Dumas en a usé et abusé si bien qu’on ne lui rémunérait plus que les lignes remplies au moins aux trois-quarts. À ce compte, Ketty Rouf ne devrait toucher que 50% de ses droits d’auteur…

En deux mots : une prof de philo entre un peu par hasard, ce dieu des romanciers maladroits, dans une boîte à strip-tease de Pigalle et, séduite par ce qu’elle y trouve, en fait sa profession du soir, espoir. « Belle de nuit » — mais justement, même dans les « danses privées », on effleure, on suscite mais on ne suce pas. Je veux bien, même si la référence moderne du strip, le numéro éblouissant que fait Elisabeth Berkeley face à Kyle MacLachlan dans Showgirls, cet hymne au pole dancing (il faudra que je me livre un jour à l’apologie de Verhoeven, cinéaste majeur de notre temps, tant dans sa période hollandaise que dans ses années américaines) s’opère certes sans consommation, l’effeuilleuse restant à quelques millimètres du prédateur devenu proie, mais n’est-il pas plus obscène au fond de jouir dans sa culotte que dans un espace clos approprié ?

Le roman n’est pas mal écrit, dans le genre pseudo-autofiction qui a envahi la littérature contemporaine. Il y manque une analyse des motivations de l’héroïne : on aimerait savoir ce qui la pousse ainsi à s’exhiber. Un peu comme dans ces romans SM où l’on ne sait jamais ce qui pousse « Laïka » (c’est dans le Lien, signé Vanessa Duriès) à encaisser ce qu’elle encaisse. Tiens, tant qu’à faire, je préfère Dolorosa soror, de Florence Dugas — aux Editions Blanche également.

Ajoutez aux numéros de strip des scènes plus purement pédagogiques (tiens, l’héroïne a remarqué elle aussi que le niveau des élèves…) et même un  court roman par lettres intégré au récit : notre philosophe échange des missives qui pratiquent elles aussi le teasing (to tease, c’est taquiner, et pas davantage) avec un élève qui, comble de la fiction, écrit sans fautes d’orthographe. Là non plus il ne se passera pas grand-chose, l’érotisme du roman est très mesuré, limité à des tentations lesbiennes et des frotti-frotta sans conséquence. « Joséphine », à qui l’on a envie de chanter du Bashung pendant tout le livre (« Osez, osez Joséphine »), se fait dragouiller par un certain Martin, un prof avec qui elle échange des mots doux et des livres, des bisous aux commissures de peau lisse, personnage improbable incapable de coucher dans son lit au bout de trois mois une collègue qui s’offre quand même assez clairement à lui.

Mais revenons au strip-tease.

Mon expérience dans le domaine est limitée. J’ai vu dans le temps l’inoubliable Rita Renoir, qui transcenda le genre. Et sortant un jour à Paris un cousin de province avide de ce Paris by night stéréotypé qui fait l’admiration des béotiens, nous nous sommes retrouvés confrontés au très beau numéro de Dita von Teese au Crazy Horse.

Sinon, bien sûr, il y a le strip-tease privé de Kim Basinger face à Mickey Rourke dans 9 semaines 1/2, sur You can leave your hat on de Joe Cocker. Un must, assez éloigné de la réalité des boîtes à strip.

Sinon, vous pouvez toujours relire les pages essentielles que Barthes consacre à cet art de l’effeuillage dans Mythologies, remarquant dès les premières lignes que  «  le strip-tease — du moins le strip-tease parisien — est fondé sur une contradiction : désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude. » Et que c’est finalement dans les strip-teases non professionnels, dans les concours de province organisés (on est dans les années 1950) dans des bastringues agricoles que l’érotisme ressuscite, dans l’embarras des concurrentes : « Des pas maladroits, des danses insuffisantes, la fille sans cesse guettée par l’immobilité, et surtout un embarras « technique » (résistance du slip, de la robe, du soutien-gorge) qui donne aux gestes du dévoilement une importance inattendue, refusant à la femme l’alibi de l’art et le refuge de l’objet, l’enserrant dans une condition de faiblesse et d’apeurement. » 

Il en est d’ailleurs de même dans les strip-teases masculins. Les Chippendales, en vrais professionnels, ne se battent pas avec leurs chaussettes sur le bord du lit où les attend, en se retenant de rire, une créature rongeant son impatience. Mais justement, la perfection du geste gâche l’émergence du désir potentiel, qui comme chacun sait s’alimente au voilé bien plus qu’au dévoilement. 

Regardez en peinture. Edward J. Poynter avait d’abord peint sa Diaduménè nue (1883). Dix ans plus tard, il la voile, comprenant qu’il tirera bien plus d’effets de ces transparences que de la chair directement livrée sans invitation à deviner plutôt qu’à voir. Madeleine Lemaire en fait autant, avec ses deux versions du Sommeil de Manon, d’abord déshabillée, puis partiellement cachée par une transparence qui en dit davantage que la chair exhibée.

Je pourrais multiplier les exemples : la robe rose qui « déshabille si bien » la femme qui la porte et à qui Gautier adresse un poème célèbre est, comme la tunique transparente de Sabina Poppea ou les lumières qui rhabillent sans cesse les corps au Crazy Horse. C’est le style qui enrobe le récit — et qui manque un peu au roman de Ketty Rouf. 

Ce qui nous ramène à notre rapport au corps — dont la pudeur contemporaine, et plus encore la pudibonderie musulmane, exaltent au fond le paradoxe. Nous dévoilons volontiers, mais il faudrait que ce soit à distance, comme dans un strip-tease observé à la longue vue (il y a une scène de ce genre à la fin du Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly). Que passe dans la rue une fille au jean serré ou à la jupe trop courte (et le « trop » commence juste au-dessus du genou), et voici nos modernes censeurs prêts à dégainer. C’est moins la pudeur qu’il faut enseigner que la mesure exacte du désir, qui s’alimente au caché bien plus qu’au dévoilé. 

Quant aux malades mentaux qui voient une provocation dans le moindre bout de peau dévoilé — au sens wahhabite du terme cette fois —, il faut les rééduquer d’urgence. Les traîner dans les musées, les amener au strip-tease, et leur faire lire le petit roman sympathique de Ketty Rouf, pour leur faire comprendre à quoi s’alimente le désir en France. En France et pas en Arabie Saoudite, pays charmant que je ne saurais trop conseiller, et vite, aux amateurs de voiles en tous genres.

Ketty Rouf, On ne touche pas, Albin Michel

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Proust à l’ombre des éoliennes


Vingt-huit éoliennes, réparties en quatre parcs, doivent être implantées dans un rayon de cinq kilomètres autour d’Illiers-Combray, bourgade d’Eure-et-Loir accueillant la maison de la « Tante Léonie » et aujourd’hui musée Marcel-Proust…


Une pétition circule sur le net pour s’opposer à « l’encerclement et la profanation de l’un des plus célèbres paysages littéraires au monde ». Les pétitionnaires rappellent l’attachement de l’auteur de la Recherche au lieu comme son potentiel touristique. Le clocher de Saint-Hilaire, les hublots qui donnent sur la mer nue, les vagues polies et translucides… des lieux nobles et des tendres souvenirs pour Proust ; là où l’administration voit des réservoirs d’énergie verte.

Loin des plages normandes, on parle aussi de 24 éoliennes sur la montagne Sainte-Victoire chère à Paul Cézanne. Assez logiquement, les lieux où souffle l’esprit sont ceux où souffle le vent. Et les parapentistes ont depuis longtemps investi la colline de Sion en Lorraine, que Barrès disait « inspirée » avec une litanie d’autres « lieux qui tirent l’âme de sa léthargie ».

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Ces projets farfelus partent peut-être d’un bon sentiment : permettre à la littérature de répondre à l’urgence climatique. Mais à l’examen, faire de Proust un auteur écoresponsable sans trahir son œuvre n’est pas simple. Faut-il remplacer les éoliennes par des panneaux photovoltaïques au toit de sa maison normande ? Proust redoutait le soleil ! Il confesse dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « À cause de la trop grande lumière, je gardais fermés le plus longtemps possible les grands rideaux violets. » Extraire de ses écrits une invitation à moins souvent utiliser son véhicule individuel ? Proust était fort amoureux de son chauffeur personnel, Alfred Agostinelli… Contraindre le romancier à « changer ses habitudes », ce n’est guère compatible avec ses grandes exigences. Avant de l’habiter en consommateur, responsable ou irresponsable, l’homme proustien habite la terre en poète.

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Un bien étrange corps enseignant


Sylvain Hélaine, 35 ans, est l’homme le plus tatoué de France mais aussi instituteur en école élémentaire. Il jure que son apparence n’est pas une provocation, mais certains parents sont dérangés par son physique.  


Quand il n’expose pas son torse tatoué en boîte de nuit, Sylvain Hélaine, alias « Freaky Hoody », enseigne à nos enfants à lire et à compter. Fier mercenaire de l’Éducation nationale, l’homme le plus tatoué de France est professeur remplaçant depuis douze ans, tant en maternelle qu’en élémentaire, et a aussi exercé dans la très branchée ville de Londres, s’est-il vanté.

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Des tatouages pas du goût de tous les parents d’élèves

Cependant, sa passion pour les artifices floraux sur le crâne ou jusque dans le blanc des yeux n’est pas du goût de tous les parents d’élèves. Certains auraient même envoyé une lettre à sa hiérarchie avec des photos de lui nu trouvées sur internet, provoquant sa mise à pied pendant sept semaines. Suite à de nouvelles plaintes de parents d’élèves indignés, l’inspection académique de l’Essonne vient de le priver définitivement des joies de l’instruction en maternelle.

Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes

Une éviction au parfum de purge ? « L’inspection veut juste être tranquille, ce que je peux comprendre », a sobrement commenté l’instituteur aux allures de Marvel Comics. « Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes », assure-t-il aussi. Un super-héros marvélien héraut des minorités ? Sylvain Hélaine assure s’être entièrement tatoué pour son seul plaisir et se défend de toute démarche militante, assimilée de près ou de loin à des caprices de minorités bruyantes. Quant aux tatoués, rappelons qu’un des plus adulés ne fut autre que notre phénix national, un certain Johnny Hallyday.

Cinéma: le festival des cons


Les quotas de diversité, sous l’impulsion de France télévisions et du Centre national du cinéma, sont en train d’asphyxier la créativité au cinéma. Il n’y aura bientôt plus que des scénarios écrits en fonction des minorités à représenter. Et le secteur ne comptera plus aucun mâle blanc hétéro dans ses rangs.


 

Des hommes en trop. Ce n’est pas le titre d’un film, mais la chronique, qui risque bien de devenir ordinaire, de la vie des réalisateurs français. Dans le cadre de la campagne promotionnelle de leur dernier film, Effacer l’historique, les cinéastes Gustave Kerven et Benoît Delépine accordaient un entretien à l’hebdomadaire Marianne. « Un tel film est-il facile à produire ? » leur demande le journaliste. Le film est une comédie, les acteurs sont populaires, nos budgets sont limités, la chose est donc aisée, répond en substance Kerven. Intervient alors Delépine qui, sans crainte, met les pieds dans le plat : « On a quand même failli subir un gros problème puisqu’une chaîne de télévision associée à la production a retiré sa participation quinze jours avant le tournage. — Pour quelles raisons ? interroge le critique. — Parce que nous ne sommes pas des réalisatrices… La chaîne avait des quotas à respecter et on se retrouvait en trop dans le camp des mâles. » Des mâles blancs de plus de 50 ans, aurait pu ajouter le réalisateur, car eussent-ils été noirs, homosexuels et jeunes, le verdict eût changé du tout au tout.

Une chaîne de télévision et des quotas à respecter ? Le doute n’est guère permis. Sans conteste, il s’agit de France Télévisions. En novembre 2018, Delphine Ernotte, la présidente du groupe, annonçait pour 2020 l’instauration de « quotas pour les femmes réalisatrices ». Or, il faut savoir que la « France compte le plus grand nombre de réalisatrices de longs métrages en Europe » et que « les projets déposés par les femmes sont plus souvent soutenus que ceux déposés par les hommes » par la commission de l’avance sur recette du Centre national du cinéma. Ces données ont été rendues publiques lors d’une table ronde organisée par le CNC lui-même en avril 2018, intitulée « Femmes et cinéma : la relève ». Quelle conclusion en était tirée ? Non que le combat était gagné, mais qu’il fallait plus que jamais « continuer à agir ». L’objectif est donc explicite : le mot « relève » est à entendre en son sens le plus fort, celui de – on s’y risquera – « grand remplacement », et très exactement de destitution des hommes par les femmes. 

Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes, de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images
Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes,
de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images

Les femmes ne sont pas les seules bénéficiaires de la conversion de la France à l’empire des identités. Les contrats de production de France Télévisions incluent d’ailleurs une « clause de la diversité ». Du reste, quota ou non, France Télévisions ou non, ces nouvelles objurgations font loi. Et sont dans toutes les têtes. On a beaucoup glosé sur les cinq « critères de diversité » établis par l’académie des Oscars et dont le respect conditionnera l’éligibilité d’un long métrage à l’Oscar du meilleur film à partir de 2024. Mais c’est un faux débat. La sélection a déjà largement lieu en amont. Dès le moment de l’écriture, pour être assuré de trouver le financement nécessaire à la réalisation, le scénariste risque bien d’être tenté d’assaisonner son long métrage de X % de minorités ethniques sous représentées, X % de femmes, etc.

 

Que va-t-il advenir du 7e art français, déjà bien mal en point ? Que deviendront, dans ce contexte, des films de tradition française qui avaient l’heur, et la saveur, de tout ignorer du politiquement correct ? Et d’ailleurs, si ces films conspués par la Nouvelle Vague sont plus que jamais plébiscités par les Français, ce n’est pas, ou pas seulement, par nostalgie pour les temps qui les ont vus naître, mais parce qu’ils étaient vrais, parce que l’humaine nature s’y incarnait, parce que les dialogues n’y étaient pas encore écrits sous la surveillance des bureaux d’esprit féminins, décoloniaux, LGBT+, etc. Bref, parce qu’un vent de liberté y soufflait, infiniment revigorant pour nous qui étouffons sous le poids de toutes ces convenances.

Une œuvre d’art n’est pas un test de moralité. Elle est un instrument de perception, mais non pour voir des Noirs ou des femmes, mais explorer, sonder l’humaine condition dans son universalité. Sa vertu est d’élargir notre être, non de nous enfermer dans le cercle étroit des identités. Le seul critère que nous devons avoir en tête pour juger d’une œuvre n’est ni le sexe, ni la sexualité, ni la couleur de peau du réalisateur ou des interprètes, mais sa puissance de révélation, sa capacité à porter le flambeau dans des coins inexplorés ou inaperçus de la réalité. « Une grande philosophie, écrivait Charles Péguy, n’est pas celle où il n’y a rien à reprendre. C’est celle qui a pris quelque chose. » Cela vaut pour la littérature, la peinture, le cinéma. Dès lors qu’il y a « prise », une œuvre est légitime et ce, quelle que soit la vie de son auteur, ses tribulations, ses « péchés », ses « fautes ». C’est bien pourquoi, il faut le marteler, aussi longtemps que Roman Polanski ou Woody Allen « prendront » quelque chose, ils seront incontestables. Et ce fut éminemment le cas avec J’accuse, il est donc légitime que nous soyons reconnaissants envers Polanski.
Pour qu’il y ait prise, il faut que l’artiste demeure un témoin de la liberté, c’est-à-dire, ainsi que l’a si bien établi Albert Camus, un témoin et un exemple de ce pas de côté que l’homme peut toujours accomplir par rapport à l’histoire, par rapport à l’actualité et aux maîtres de l’heure. Cette liberté est fragile. Elle demande des esprits forts et des âmes jalouses des prérogatives de leur art. À l’image de François Truffaut qui, en 1977, réalise L’homme qui aimait les femmes, sans rien ignorer de « l’atmosphère servilement féministe » selon ses propres mots, dans laquelle baigne la France des années 1970, mais bien résolu à ne pas plier. Digne héritier de Gautier ou de Flaubert qui, au xixe siècle, comprennent que ce serait désormais devant le tribunal des Homais et de la société que les œuvres seraient appelées à comparaître, C’est cet esprit frondeur qui fait cruellement défaut aujourd’hui. Loin de braver l’air du temps, dans leur grande majorité les réalisateurs et acteurs (le masculin est à entendre ici en son acception générique) semblent n’avoir rien de plus pressé que de donner des gages de leur appartenance au camp du Bien en déclinant la cause que servirait le film qu’ils ont réalisé ou dans lequel ils jouent. Tous les arts sont atteints. Hier, le peintre peignait un arbre avec pour seul souci d’être capable d’en faire « sentir l’écorce », à la manière de Constable ou de Lucian Freud ; aujourd’hui, lorsqu’il peint un arbre, c’est un « arbre pour le climat » et la COP 21. Jamais le mot de Camus n’a été plus vrai : « Dans un monde qui ne croit plus au péché mais qui s’intoxique de morale abstraite, l’artiste a voulu se charger de la prédication. » Est-il toutefois téméraire, voire naïf au regard de leur actuelle docilité, de penser que les artistes finiront par être eux-mêmes las de cette réquisition perpétuelle ? À l’exemple de l’actrice Sandrine Bonnaire, invitée le 11 août dernier de la matinale de France Inter pour le film Voir le jour, réalisé par Marion Laine, et dans lequel elle interprète le rôle d’une puéricultrice. Très vite, la journaliste, Carine Bécard en vient à la question, qui n’en est pas une d’ailleurs, nouveau point Godwin de tout entretien : « C’est un film très féministe. » Un silence. Puis la réponse de Bonnaire : « J’ai un peu de mal avec le féminisme […] On dit “c’est un film féministe” parce qu’il y a beaucoup de femmes… » Avec cette bonne conscience invincible au doute, la journaliste s’étonne de la résistance que l’interprète de Pialat et de Varda lui oppose. Elle s’obstine. Alors, impatientée, mais souveraine, l’actrice fait résonner le clap de fin : « C’est une conversation qui ne m’intéresse pas. — Je le vois, on va passer à autre chose.S’il vous plaît. » Bonnaire comprenait que du film, de l’histoire singulière qu’il racontait et dont elle était venue parler ce matin-là, il ne resterait rien. La journaliste avait trouvé le moyen de s’en débarrasser en l’étiquetant « film féministe ».

Dans un monde inquiétant, l’Europe en proie au doute

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Dix questions sur l’Europe post-covidienne, un essai de Pierre Ménat. Diplomate de carrière, il a suivi de l’intérieur la marche de l’Europe pendant plus de trente ans.


Dix questions sur l’Europe post-covidienne, tel est le titre de mon nouveau livre qui vient de paraître aux éditions Pepper-L’Harmattan. La pandémie de Covid-19 a accru l’anxiété d’un monde déjà en proie au doute et à l’inquiétude.

Le retour en force des États

Cette crise est d’abord la revanche des États. À l’intérieur des frontières, même les plus libéraux le reconnaissent : seule la puissance publique a la capacité matérielle et financière de lutter contre l’épidémie et ses désastreuses conséquences économiques. Et dans l’ordre international, les États redeviennent des acteurs majeurs. 

Tout naturellement, cette crise conduit à repenser le débat européen. Parmi bien d’autres, dix questions se posent. Quel rôle pour l’Europe dans un monde anxiogène ? Les effets du Brexit, le respect de la souveraineté des États, l’avenir du dogme libéral doivent être regardés sous un jour nouveau. Comment l’Europe peut-elle s’assurer que la reprise économique sera la plus verte possible ? Comment mieux gérer la zone euro, rapprocher l’Europe des citoyens, faire face au défi migratoire ? Le modèle institutionnel est-il adapté ? Et enfin, que signifie « la souveraineté européenne » ?

A lire aussi: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

À ces questions, je propose mes réponses et les soumets à votre jugement.

Attardons-nous sur la dernière d’entre elles : la souveraineté européenne. Cette notion est mise en avant dans les discours du président Macron. Mais que signifie-t-elle ?

Le peuple européen reste introuvable

La souveraineté est une prérogative des États, un privilège des nations et en démocratie, l’apanage du peuple. Or, il n’existe ni État, ni nation, ni peuple européens.

Aussi cette souveraineté européenne est-elle exercée non par un seul titulaire mais plusieurs.

L’Union européenne assure les fonctions de souveraineté qui lui ont été déléguées par les États-membres, dans la limite de ses compétences. Celles-ci sont par exemple exclusives pour la monnaie, la concurrence ou la politique commerciale, partagées pour le marché intérieur ou l’immigration, mais inexistantes pour la diplomatie, la justice, la santé ou la défense. 

Dans ces derniers domaines, les instruments forgés au fil du temps restent de caractère intergouvernemental. Cela veut dire que personne ne tient la main de la France quand elle envoie des soldats sur théâtres extérieurs, vote au Conseil de Sécurité, ou gère son système de santé.

Une Europe à la souveraineté floue et dépendante de l’extérieur

Quant aux États non-membres, ils détiennent eux aussi une part significative de la souveraineté européenne. On pense naturellement au Royaume-Uni, mais aussi à la Suisse ou à la Norvège.

Entre les États et l’Union se situe une zone grise. On y trouve le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. On y trouve l’espace à géométrie variable qui abrite par exemple Airbus ou Ariane Espace. Et bien sûr les relations bilatérales, parmi lesquelles le partenariat franco-allemand.

A lire aussi: Pacte sur les migrations: «Il est urgent de se réveiller et de faire quelque-chose pour réussir l’intégration»

La souveraineté européenne pourrait résulter de la confédération de toutes ces énergies. Mais cela n’est pas suffisant. Car malheureusement, il est trop de cas où cette souveraineté est exercée par des acteurs extérieurs à notre continent. C’est vrai en matière énergétique, économique, industrielle, diplomatique ou militaire. 

La dépendance de l’Europe envers les deux superpuissances du XXème siècle est considérable. La boîte à outils des États-Unis demeure bien fournie quant à la monnaie, au commerce, à la technologie, aux forces militaires. Quant à la Chine, elle ne procède pas par décret mais par influence en tant qu’atelier du monde, géant numérique, bailleur de fonds. La crise du Covid a tardivement provoqué une prise de conscience de cette dépendance mais le mal est fait.

Même des puissances moyennes comme la Turquie tiennent les Européens sous leur coupe, notamment par la menace d’une vague migratoire.

Cette réalité relativise la querelle entre « européistes » et « patriotes ». Les uns comme les autres pourraient s’accorder sur un objectif commun : récupérer des pouvoirs que le Vieux Continent a laissé échapper à son contrôle.

Reprendre le contrôle

Comment y parvenir ? La réponse varie selon trois grands domaines.

Pour la monnaie, l’Europe a fait le plus difficile en se dotant, du moins pour les membres de la zone euro, d’une devise unique. Nul ne sait comment nos États auraient résisté aux crises – subprimes, défaillance de la Grèce, Covid – sans la Banque centrale européenne (BCE). Des propositions sont faites pour que l’euro soit géré de manière plus efficace et plus démocratique, en équilibrant le rôle de la BCE par une direction politique plus assurée.

Pour l’économie, le plan de relance adopté  par le Conseil Européen constitue un premier déblocage de l’instrument budgétaire, complété par la mise au rancart des critères de Maastricht. Mais des initiatives plus hardies sont nécessaires pour reconquérir notre indépendance industrielle ou numérique.

A lire ensuite: Élisabeth Lévy sur le couvre-feu: « On n’arrête pas l’économie, on arrête la vie ! »

Souveraineté politique enfin. Celle-ci passe par la reconquête de la maîtrise des frontières communes du continent. Mais l’Europe doit aussi prendre en charge sa sécurité collective. Il ne faut pas se bercer de mots, s’illusionner sur des concepts ronflants comme l’autonomie stratégique ou le Schengen de la défense. L’Europe doit constituer la force diplomatique dont le monde a besoin.

Aborder ce problème sous l’angle de votes à la majorité ou d’un siège européen au Conseil de Sécurité de l’ONU n’a aucun sens. La souveraineté politique ne peut émerger des institutions européennes actuelles, trop diluées pour permettre l’émergence d’un projet marquant une volonté collective. C’est pourquoi je préconise de reprendre l’ambitieux plan Fouchet présenté par le Général de Gaulle en 1961, par la création d’un Conseil de Sécurité européen où siégeraient des États-membres de l’Union mais aussi des États non-membres comme le Royaume-Uni.

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Samuel Paty n’avait pas envie d’être un héros: juste de faire son boulot

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Il aura fallu la décapitation de Samuel Paty pour que le prof devienne le nouveau héros. Les larmes des crocodiles de tous bords ont de quoi désespérer ou mettre en colère les enseignants, jusque-là méprisés ou abandonnés, y compris par leur hiérarchie. Un édito de Jérôme Leroy.


C’est fou ce que depuis vendredi 16 octobre, la France aime les profs. Je suis bien content. J’ai été prof la première moitié de ma vie et l’image que m’a renvoyée la société était le plus souvent celle d’un privilégié. Ah, les vacances des profs ! Ah leur quinze ou dix-huit heures par semaine ! Quels veinards on était ! Et puis la sécurité de l’emploi, ce n’était pas un privilège, ça, la sécurité de l’emploi, à l’époque du chômage de masse ? Et on osait encore se plaindre : le manque de moyens pour travailler dans l’intérêt de tous les élèves, les injonctions contradictoires de programmes dont le salmigondis sémantique cachait mal le manque d’ambition, le pouvoir d’achat qui ne cessait d’être rogné

Du prof bashing à l’héroïsation obscène

Non, décidément, ils ne se rendaient pas compte, les profs : toujours à faire grève, comme les cheminots ou les soignants des urgences. Personne ne nous aimait, même pas nos ministres, surtout pas nos ministres. J’ai encore le souvenir de Claude Allègre, un ministre d’un gouvernement de gauche, pourtant. Un vrai champion du mépris. On devait être les seuls fonctionnaires à qui la hiérarchie tirait dans le dos, n’hésitait pas à monter les parents d’élèves, voire les élèves eux-mêmes contre nous.

Tout récemment encore, au moment du déconfinement, il y a eu ce prof bashing hallucinant de mai-juin quand les enseignants, malgré leur envie de le faire, ont renâclé à retourner en classe sans véritables garanties sanitaires. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas entendu, les profs ? Ils étaient lâches, paresseux, « décrocheurs » a même dit Blanquer. J’en passe et des pires.

A lire ensuite: Désiré-Magloire Bourneville, modèle d’excellence républicaine

Je suis heureux de voir depuis le martyre de Samuel Paty que le prof, surtout mort, est devenu un héros. Il a fallu une décapitation par un islamiste manipulé par d’autres islamistes mais bon, vaut mieux tard que jamais. Le prof est même devenu un saint pour la droite dure, celle du choc des civilisations, celle qui aimerait bien substituer une guerre de religion à la lutte des classes. Voilà un soutien dont il se passerait bien, le prof. Comme il se passerait bien aussi celui de la gauche indigéniste qui a tendance à ne voir dans l’Éducation Nationale l’institution la plus représentative du racisme systémique, comme ils disent.

La laïcité à l’école ? Souvenez-vous de 1984

Il est probable pourtant que Samuel Paty n’ait pas eu particulièrement envie d’être un héros ou un saint. Juste un prof qui faisait son boulot de prof en éveillant le sens critique, et la tolérance chez ses élèves, en rappelant que la laïcité n’est pas une religion, plutôt un espace neutre où on laisse à la porte ses croyances familiales. Je me souviens qu’à une autre époque, vers 1984, que ceux qui aiment tant la laïcité aujourd’hui n’avaient pas eu de mots assez durs pour le projet de « grand service public unifié et laïque de l’éducation nationale » porté par Alain Savary. Il a été abandonné. On n’en serait peut-être pas là. Pour lutter contre le terrorisme islamique, cela aurait été une arme de plus dans l’arsenal dont on a besoin. Une arme humaniste. Une arme qui nous venait en ligne droite des pères fondateurs de la IIIème République.

Le terrorisme islamiste est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux politiques qui instrumentalisent la question à des fins électorales. C’est une affaire trop sérieuse aussi pour la laisser à l’Éducation Nationale telle quelle est en l’état : une machine à utiliser le mot laïcité tout en assignant les élèves à leur origines ou leur environnement parce que c’est plus pratique. Essayez d’enseigner le latin et le grec dans une REP, vous verrez….

Samuel Paty soutenu par sa hiérarchie ? À voir…

En attendant, en tant qu’ancien prof, j’ai de sérieux doutes sur le soutien de la hiérarchie à Samuel Paty. Les fact checkers ont beau démonter l’info selon laquelle Samuel Paty aurait été sur le point d’être sanctionné, j’ai des doutes. La sanction, peut-être pas mais n’importe quel prof sait que lorsqu’on fait descendre un inspecteur pour une question particulière concernant un prof, c’est rarement pour lui faire des câlins.

En tant qu’ancien prof, aussi, j’ai une pensée fraternelle pour tous les collègues, en particulier ceux qui bossent dans les zones sensibles, et vont reprendre, loin des plateaux télés et des déclarations opportunistes, loin de l’hypocrisie et des larmes de crocodile, leurs cours le lundi de la rentrée. Ce n’est peut-être pas facile d’être flic dans les quartiers mais je ne souhaite à personne de devoir entrer dans une classe à Roubaix ou La Courneuve après une telle horreur et de se demander quel discours tenir. Parce que là comme ailleurs, et comme toujours, le prof sera toujours seul.

Comme Samuel Paty était seul.

Il faut armer les enseignants contre l’islamisme

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Si le corps enseignant est désormais voué à être le dernier gardien de la laïcité, il va falloir lourdement l’armer.


Il y a quatre ans en Seine-Saint-Denis, dans le cadre d’une mise à niveau en français agrémentée d’une sensibilisation aux « principes et valeurs de la République » définie par le « contrat d’intégration républicaine » créé sous le quinquennat du président normal François Hollande, j’ai projeté quelques caricatures du prophète Mahomet auprès d’une vingtaine d’étrangers, aux trois-quarts d’obédience musulmane. Aucun d’entre eux ne s’est indigné dans la salle, l’un d’entre eux a même pouffé, succombant à une irrésistible envie de rire avant de vite se reprendre, craignant sans doute d’être amalgamé au camp des impies par ses « pairs ». 

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« Je suis professeur », et après? 

Toujours est-il que le principe de l’adhésion au droit au blasphème comme condition essentielle à l’intégration en terre française a semblé admis ce jour-là, la séance s’étant en tout cas bien déroulée. C’étaient des adultes voulant des papiers, un public plus coopérant, il faut bien le reconnaître, qu’une trentaine d’adolescents dont les adeptes de la religion de paix et d’amour se sentent aux trois-quarts plus conquis par les lois de cette dernière que par celles du pays où ils sont instruits, comme nous l’a révélé un sondage IFOP fin août dernier – au grand dam du maire écolo du second arrondissement parisien Jacques Boutault, dont le visage blêmit tel celui de Candide connaissant les désillusions de l’amour, quand il en apprit l’existence samedi 17 octobre sur le plateau de CNEWS. 

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Il est réconfortant de voir des compatriotes dresser des panneaux « je suis professeur » et suggérer d’organiser des débats autour des caricatures du prophète Mahomet nu dans des établissements à la rentrée, il est fort aimable de la part de Jean-Michel Blanquer de promettre qu’il va désormais « protéger tous les professeurs de France » (il sont 900 000), il est tout aussi aimable de lire çà et là que Samuel Paty était un enseignant « bienveillant » qui « n’a pas fait d’erreurs » – malgré une certaine « maladresse » objectée par certains éditorialistes qui ont sans doute beaucoup enseigné dans leur vie – et qui était de plus « très apprécié de ses élèves » mais très franchement, qui est prêt à risquer sa tête pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à une classe de 4ème -la moins reposante de toutes-, qui plus est pour un salaire mensuel net de 1700 euros après six années d’ancienneté? 

Seulement 6% des enseignants formés pour faire face aux atteintes à la laïcité 

Des « présidents de régions » viennent de s’engager à diffuser un « livre de caricatures » auprès des lycéens. Fort bien, mais oseront-ils y mettre la caricature de Mahomet par Luz qui a indigné tant de nos gardiens de vertu? Et doit-on en conclure que les collégiens en seront exemptés? Actuellement, « seuls 6% des enseignants ont reçu une formation pour faire face aux atteintes à la laïcité », s’alarmait l’ancien inspecteur Jean-Pierre Obin le 1er octobre dernier. D’aucuns s’empressent de rappeler que cela fait déjà seize ans que ces entorses à nos lois dans le secondaire ont été consignées dans le fameux rapport du même inspecteur de l’Education nationale. C’est insuffisant. D’après certains collègues, il y aurait déjà trente ans, des jeunes filles accumulaient les certificats médicaux bidons dans certains établissements en France pour ne pas à avoir à montrer leurs cuisses en cours de sport et certaines prenaient des vacances forcées sur les journées de cours pour aller se faire exciser « au pays ».

À quoi sont formés les futurs enseignants actuellement? À la « gestion de classe », à la « différenciation pédagogique », à la prévention du décrochage scolaire ou encore, aux TIC (Technologies de l’information et de la communication). Sur ce dernier point, il n’est pas omis de rappeler en substance aux professeurs de lettres qu’ils sont de grands ringards, étant bien trop peu à utiliser des ordinateurs ou des tablettes dans leur cours alors qu’ils vivent dans le meilleur des mondes gangrené par le repli sur soi, les réseaux sociaux, le communautarisme et le terrorisme. En revanche, silence radio sur la laïcité et l’islamisme. 

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Une fois l’émotion retombée, va-t-on réellement armer les professeurs pour faire face au séparatisme islamiste ou va-t-on s’atteler en priorité à « dégenrer » l’école ou à promouvoir encore plus l’ écriture « inclusive » sous les applaudissements de Libé? Une vraie lutte s’offre cette fois aux enseignants, et il ne faudrait pas s’y soustraire. Dans notre société toujours plus atomisée, voilà qui ne ferait pas de mal finalement. Cependant, un fantassin ne va pas au front tout nu. Si le corps enseignant est désormais voué à être le dernier gardien de la laïcité, il va falloir lourdement l’armer. Et cela doit se traduire absolument par bien plus de 6% des enseignants formés pour faire face aux atteintes à la laïcité. 

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Fabrice Luchini populiste?

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Le comédien François Cluzet s’est emporté contre Fabrice Luchini, l’accusant de tenir un discours populiste. Le tort de ce dernier est d’avoir récemment critiqué l’action du gouvernement, qui fait souffrir les acteurs du secteur culturel.


Le monde de la Culture n’échappe pas au couvre-feu imposé par le gouvernement. Depuis samedi, il est impossible de se rendre dans un théâtre, une salle de cinéma ou de spectacle, après 21 heures. Une situation qui inquiète ou indigne de nombreux artistes, producteurs ou propriétaires de salles. C’est le cas de Fabrice Luchini, acteur aux multiples facettes, qui se produit actuellement sur la scène des Bouffes Parisiens pour jouer son spectacle « Des écrivains parlent d’argent ». Le 16 septembre, dans une interview donnée au Figaro, il s’inquiétait de la survie des petits théâtres, car le couvre-feu serait « un arrêt de mort » pour eux.

Il a aussi publié une vidéo sur Instagram dans laquelle il affirme n’avoir « plus envie d’aimer ce gouvernement ». Il argumente: « On vit une chose terrifiante : on ne comprend pas ce que le gouvernement fait, la panique de Véran, l’accent de Castex qui s’éteint. C’est morbide, c’est sordide ». On savait que Luchini ne connaissait pas la langue de bois.

François Cluzet préfère l’opinion des experts

Mais cela n’est pas du goût de François Cluzet, acteur français qui partageait la tête d’affiche avec Omar Sy dans le film « Intouchables ». Reçu sur RTL vendredi, il a demandé à Fabrice Luchini de cesser de prendre position sur un sujet aussi sensible, l’accusant de répandre des propos populistes. Avec des mots d’une rare élégance : « On est déjà dans une période assez anxiogène, on n’a pas besoin qu’il y ait un tas de connards qui viennent dire n’importe quoi. »

Pour François Cluzet, Fabrice Luchini et d’autres personnalités publiques, qui critiquent ouvertement l’action gouvernementale, n’ont pas les compétences pour le faire. Il raille celui qui se produit aux Bouffes Parisiens, il aurait ainsi rejoint « la cohorte de ceux qui ont fait des études, qui sont très compétents ». « Il faut Luchini comme Premier ministre, il faut aussi Bigard ministre de la Santé, faut prendre Pascal Praud aux affaires étrangères et Zemmour à l’intérieur. Voilà des gens qui savent de quoi ils parlent ! », s’est moqué l’acteur, qui préfère faire confiance aux spécialistes.

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Fabrice Luchini guidé par le populisme

François Cluzet estime que Lucchini ne devrait pas critiquer le gouvernement, mais n’hésite pourtant pas à prendre lui-même des habits… de politologue pour dénoncer le populisme qui se cacherait derrière les critiques de Luchini : « Par populisme, par facilité, il y a toujours trois ou quatre cons qui viennent dire qu’il ne faut pas les écouter (les mesures du gouvernement). Mais ferme-là ! »

Fabrice Luchini rejoint ainsi la cohorte des personnages médiatiques honnis des oukases de la bonne pensée : Jean-Marie Bigard, déjà qualifié de « gros beauf » et « d’abruti total » par François Cluzet le 27 septembre ; Eric Zemmour, l’essayiste qui suscite les hauts cris ; ou Pascal Praud, qui a le malheur de donner à son émission L’heure des Pros une trop grande liberté de ton. Pour François Cluzet, les jeux sont faits : Fabrice Luchini a rejoint cette caste des « Intouchables ».

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La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

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Alors que le sinistre attentat de Conflans-Sainte-Honorine allait se produire, la Ligue des Droits de l’Homme lançait un appel à signatures pour une tribune contre le projet de loi sur le séparatisme…


Pas mal de Français se sont comme Céline Pina, étranglé de rage en voyant la Ligue des Droits de l’Homme, l’UNEF, les Insoumis, SOS racisme, en somme, tous les idiots utiles de l’islam radical s’acheter un certificat de virginité avec quelques proclamations sur la liberté d’expression et quelques trémolos à la mémoire de Samuel Paty. Preuve que ces pleurnicheries de circonstance ne sont que l’habillage cynique d’un retournement tactique (et sans doute provisoire) m’est fournie par Mohammed Sifaoui. Documents à l’appui. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

mail-ligue-ddhOn découvre que, deux jours avant de s’acheter une conduite, la Ligue des Droits de l’Homme cherchait à mobiliser le landerneau droit-de-l’hommiste contre le texte sur les « séparatismes » entre guillemets. Au moment précis où Abdullakh Antarov perpétrait son crime, Malik Salemkour, son président, adressait un mail groupé à des représentants associatifs et syndicaux (dont les noms n’apparaissent pas). Il y évoque une première réunion, qui s’est tenue le 2 octobre, et leur adresse un projet de texte, dont je vous laisse prendre connaissance de l’intégralité (voir plus bas).

Ce bijou devrait en effet être étudié avec attention.

S’inquiétant des précisions apportées par les uns et les autres sur le texte en préparation, la LDH estime inévitablement que les mesures annoncées « ouvrent la voie à la stigmatisation d’une partie de la population ». Le mot est lâché.

Le risque, selon la LDH, qui érige ainsi le déni en art rhétorique, est de donner le sentiment « que c’est dans une certaine population pratiquant une certaine foi que se trouve la source de certaines difficultés ». On se demande où on va chercher de pareilles sornettes sinon dans la tête d’affreux populistes.

Pour finir, Malik Salemkour se fend d’une profession de foi excusiste. « Prétendre commander l’ordre et la sécurité à celles et ceux que l’on a mis de côté et plongés dans le désordre d’une vie sans avenir, c’est s’exposer à la pire des révoltes, le cri de celles et ceux qui n’ont rien à perdre et donc rien à construire dans le cadre de la République. » Terrible aveu : en somme, il faut comprendre ceux qui tirent sur des policiers, agressent des journalistes ou menacent Mila : « on les a mis de côté et plongés dans le désordre d’une vie sans avenir. » Tout est de notre faute.

La LDH et les autres observeront sans doute un délai de décence avant d’expliquer urbi et orbi que le séparatisme islamiste est une invention des islamophobes. Mais ils remonteront certainement au front avant le 9 décembre, date de présentation du texte. En attendant, la LDH ne fait guère honneur à son histoire. Née avec l’Affaire Dreyfus, elle a contribué à obliger l’État à se soumettre à ses propres principes. La voir se vautrer ainsi dans la soumission est un crève-cœur.

« Séparatismes » : un projet porteur de division

Vendredi 2 octobre, le président de la République a présenté les grandes lignes dun projet de loi annon depuis un an pour lutter contre les « séparatismes ».Depuis, les ministres en charge de sa finalisation distillent quelques précisions sur les mesures envisagées.

Celles-ci marquent une inflexion dans les choix antérieurs du président de la République, soulèvent des interrogations quant à leur conformité avec la constitution et les engagements internationaux de la France et ouvrent la voie à la stigmatisation d’une partie de la population.

Il ne suffit pas, en effet, d’évoquer de futures mesures destinées à pallier la rupture d’égalité et les discriminations qui frappent plusieurs territoires pour contrebalancer le sentiment, que donnent ces projets, que c’est dans une certaine population pratiquant une certaine foi que se trouve la source de certaines difficultés.

Cette logique qui inverse les causes et les conséquences transforme l’adhésion aux principes de la République en une morale de pouvoir. Prétendre commander l’ordre et la sécurité à celles et ceux que l’on a mis de côté et plongés dans le désordre d’une vie sans avenir, c’est s’exposer à la pire des révoltes, le cri de celles et ceux qui n’ont rien à perdre et donc rien à construire dans le cadre de la République.

C’est le risque que prend le président de la République en faisant d’une partie de la population, celle de culture et de confession musulmane ou perçue comme telle, les potentiels porteurs des pires dérives allant jusqu’aux plus mortifères d’entre elles.

Au détour d’adaptations techniques, ce sont les équilibres de trois grandes lois de la République qui fondent nos libertés fondamentales qui seraient simultanément modifiées: la loi de 1882 sur l’instruction obligatoire, la loi de 1901 sur les associations, la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Or nombre de dispositions proposées dans ce projet de loi peuvent déjà trouver des réponses satisfaisantes dans le droit actuel et peser efficacement contre tous les intégrismes et toutes les dérives sectaires. Et il n’appartient pas à la République de régenter les consciences au-delà de ce qui est nécessaire au respect du pacte républicain et de l’ordre public.

Avoir la prétention d’organiser un culte, c’est ignorer ce qu’est la loi de 1905 qui refuse le régime concordataire pour instituer un régime de liberté. Enrégimenter le monde associatif dans un cadre directif voire contraint, c’est méconnaître la décision du Conseil constitutionnel du 16 juillet 1971 et autoriser tous les abus de pouvoir dans le financement associatif et leur indépendance.Ce sont enfin les carences des contrôles des obligations accompagnant la liberté de choix des parents sur les modes d’instruction de leurs enfants qui sont en cause plus que son principe.

Comme l’histoire nous l’apprend, au prétexte de situations particulières et limitées, ce sont des restrictions générales aux libertés que l’on édicte.

Alors que la France traverse une grave crise sanitaire, économique, sociale, environnementale qui exacerbe les inégalités connues entre les territoires et les populations et qui doit tous nous mobiliser, nous refusons d’entrer dans une telle démarche de diversion et que l’unité nationale soit mise en cause.

Nous demandons au gouvernement d’abandonner un projet qui ne recèle que dangers et divisions sans apporter de réponses utiles aux dérives qu’il prétend combattre.

Premiers signataires : Ligue des droits de l’Homme (LDH), Confédération générale du travail (CGT), Fédération syndicale unitaire (FSU), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat des avocats de France (Saf), Actions Droits Musulmans (ADM), Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)Fédération nationale de la Libre Pensée, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR)Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Memorial 98, le Planning familial

Myriam Pougetoux a-t-elle réellement été huée à l’hommage pour Samuel Paty ?

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Le site Alnas.fr se présente comme le média « d’info francophone du musulman » mais au regard de deux articles qu’il a publiés en moins de dix jours, le doute s’installe…


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Alnas.fr a relayé la campagne mensongère contre Samuel Paty

Je l’ai d’abord remarqué à l’occasion de recherches sur l’attentat islamiste à Conflans-Sainte-Honorine car il a fait partie des canaux de diffusion de la campagne diffamatoire envers la victime, l’enseignant Samuel Paty. En effet, la nouvelle selon laquelle la victime aurait exigé de ses élèves musulmans de quitter la classe s’est diffusée comme une trainée de poudre dans les réseaux salafistes et fréristes. Elle a ensuite été totalement démentie par l’enquête : Samuel Paty n’avait ni diffusé des images à caractère pornographiques ni expulsé ses élèves musulmans.

Voici tout ce qu’il reste sur les réseaux sociaux de l’article diffamatoire de Alnas.fr :

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«France : un professeur d’histoire expulse les musulmans de sa classe pour montrer… » des caricatures de Mahomet ? « La photo d’un homme nu » ? Nous ne saurons jamais ce que ce site d’information a publié en guise de titre car la rédaction s’est empressée de supprimer l’article le vendredi soir et de le remplacer par un autre annonçant la mort de l’enseignant.

Alnas.fr « fabrique » un crime « islamophobe »

Suite au rassemblement ce dimanche place de la République à Paris, le site Alnas relaie de nouveau un mensonge. On apprend dans une brève que la vice-présidente de l’UNEF et figure controversée de ce syndicat, Myriam Pougetoux, aurait été « huée et insultée par une foule enragée ».

L’article signé par une journaliste du nom de Imane Farah, ajoute « Chez certains, sa présence a provoqué colère et indignation. Pourquoi ? Simplement parce que musulmane. Lors de son discours, Maryam Pougetoux s’est vue traiter de « collabo » et de « traitre »… Triste réalité. »

Seul problème, Maryam Pougetoux n’a jamais prononcé de discours à ce rassemblement et n’est pas montée sur la tribune quand la prise de parole de l’UNEF a été annoncée par le modérateur. La photo qui illustre l’article date d’avant la crise sanitaire, personne n’y porte de masque.

La journaliste s’est contentée de deux tweets pour inventer un nouveau crime « islamophobe ». Celui d’un militant du NPA publiant la vidéo d’un petit groupe, dont je faisais partie – le prix du journalisme est celui de la vérité, n’est-il pas ? –, criant « Collabo, traîtres à la gauche, au féminisme et à la laïcité » et d’un compte surnommé « Le Vanneur » proche des mouvances indigénistes, salafistes et fréristes qui a conclu de lui-même que c’était à cause du voile de Maryam Pougetoux que l’UNEF était décriée au rassemblement.

Plusieurs comptes ont publié cette « information » sur les réseaux sociaux dont le parti des Indigènes de la République (PIR), parti ouvertement séparatiste qui milite pour la reconnaissance des racismes et « islamophobie » d’état de la France.

https://www.facebook.com/PartiIndigenes2/posts/3546408775397357
https://twitter.com/OtmaniAbdelkad2/status/1317929632319098882?s=20

Mais qu’en est-il vraiment ?

C’est la présidente de l’UNEF Mélanie Luce qui a pris la parole à la tribune hier à l’occasion de l’hommage rendu à l’enseignant assassiné par un terroriste islamiste.

Si elle a été huée et son syndicat décrit comme « collabo », c’est à cause du militantisme acharné qui le caractérise et qui vise à inscrire l’islamophobie comme un délit dans l’inconscient collectif de la société française. Délit dont ceux qui en sont accusés se retrouvent sous protection policière, voire assassinés par des islamistes.

Dans son discours, Mélanie Luce a évoqué avec fierté sa défense du port des signes religieux (du voile, ndlr) et c’est à ce moment-là que les personnes ont dénoncé l’indécence de cette récupération politique, l’indécence du prosélytisme religieux au moment où la France entière est sous le choc, au moment où l’on est si nombreux à être désabusé face aux dégâts du prosélytisme religieux islamiste en France.

La lutte contre l’islamisme passe aussi par la lutte contre l’industrie victimaire

En une semaine, le site Alnas.fr comptabilise deux fake news a son actif, la première a valu la garde à vue à d’autres canaux l’ayant relayée. La seconde, s’inscrit tout autant dans le discours victimaire islamiste et participe à la propagande qui voudrait que la France soit un pays anti-musulmans.

En réponse à l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé ce matin, son intention de proposer la dissolution d’une cinquantaine d’associations dites islamistes en Conseil des ministres. Parmi elles, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) et l’association salafiste dite « humanitaire » Barakacity.

« Le CCIF était dans la ligne de mire. En cause, sa participation, présumée par certains, à la campagne de dénigrement lancée contre lui sur les réseaux sociaux par le père d’une collégienne. Une campagne qui a mené à la mort du professeur », selon le journal le Monde. Quid des officines comme Alnas.fr qui auraient pris part à cette campagne et qui manifestement, font de la propagande sous couvert de journalisme ?

Affaire à suivre…

« On ne touche pas », de Ketty Rouf: le strip-tease contre le désir

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L'auteur Ketty Rouf © Marion Vallée

D’aucuns sont si facilement choqués, ces temps-ci, par une ombre de sein dans un décolleté ou une étoile apposée sur l’anus du Prophète qu’il est temps de se demander quel est notre présent rapport au corps et à la nudité.

Le prétexte de cette chronique si nécessaire est un roman nouvellement sorti, signé Ketty Rouf, et intitulé On ne touche pas. On me l’avait conseillé, je l’ai lu — et ça se lit vite, c’est au moins un bon point : l’auteur (et non, je n’écris pas « autrice », on s’efforce de parler français, sur Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le blog de Jean-Paul Brighelli, hébergé par Causeur« ]*[/tooltips] !) use et abuse des phrases nominales, averbales, mises en rejet à la ligne — une bonne manière de gagner de la place, Alexandre Dumas en a usé et abusé si bien qu’on ne lui rémunérait plus que les lignes remplies au moins aux trois-quarts. À ce compte, Ketty Rouf ne devrait toucher que 50% de ses droits d’auteur…

En deux mots : une prof de philo entre un peu par hasard, ce dieu des romanciers maladroits, dans une boîte à strip-tease de Pigalle et, séduite par ce qu’elle y trouve, en fait sa profession du soir, espoir. « Belle de nuit » — mais justement, même dans les « danses privées », on effleure, on suscite mais on ne suce pas. Je veux bien, même si la référence moderne du strip, le numéro éblouissant que fait Elisabeth Berkeley face à Kyle MacLachlan dans Showgirls, cet hymne au pole dancing (il faudra que je me livre un jour à l’apologie de Verhoeven, cinéaste majeur de notre temps, tant dans sa période hollandaise que dans ses années américaines) s’opère certes sans consommation, l’effeuilleuse restant à quelques millimètres du prédateur devenu proie, mais n’est-il pas plus obscène au fond de jouir dans sa culotte que dans un espace clos approprié ?

Le roman n’est pas mal écrit, dans le genre pseudo-autofiction qui a envahi la littérature contemporaine. Il y manque une analyse des motivations de l’héroïne : on aimerait savoir ce qui la pousse ainsi à s’exhiber. Un peu comme dans ces romans SM où l’on ne sait jamais ce qui pousse « Laïka » (c’est dans le Lien, signé Vanessa Duriès) à encaisser ce qu’elle encaisse. Tiens, tant qu’à faire, je préfère Dolorosa soror, de Florence Dugas — aux Editions Blanche également.

Ajoutez aux numéros de strip des scènes plus purement pédagogiques (tiens, l’héroïne a remarqué elle aussi que le niveau des élèves…) et même un  court roman par lettres intégré au récit : notre philosophe échange des missives qui pratiquent elles aussi le teasing (to tease, c’est taquiner, et pas davantage) avec un élève qui, comble de la fiction, écrit sans fautes d’orthographe. Là non plus il ne se passera pas grand-chose, l’érotisme du roman est très mesuré, limité à des tentations lesbiennes et des frotti-frotta sans conséquence. « Joséphine », à qui l’on a envie de chanter du Bashung pendant tout le livre (« Osez, osez Joséphine »), se fait dragouiller par un certain Martin, un prof avec qui elle échange des mots doux et des livres, des bisous aux commissures de peau lisse, personnage improbable incapable de coucher dans son lit au bout de trois mois une collègue qui s’offre quand même assez clairement à lui.

Mais revenons au strip-tease.

Mon expérience dans le domaine est limitée. J’ai vu dans le temps l’inoubliable Rita Renoir, qui transcenda le genre. Et sortant un jour à Paris un cousin de province avide de ce Paris by night stéréotypé qui fait l’admiration des béotiens, nous nous sommes retrouvés confrontés au très beau numéro de Dita von Teese au Crazy Horse.

Sinon, bien sûr, il y a le strip-tease privé de Kim Basinger face à Mickey Rourke dans 9 semaines 1/2, sur You can leave your hat on de Joe Cocker. Un must, assez éloigné de la réalité des boîtes à strip.

Sinon, vous pouvez toujours relire les pages essentielles que Barthes consacre à cet art de l’effeuillage dans Mythologies, remarquant dès les premières lignes que  «  le strip-tease — du moins le strip-tease parisien — est fondé sur une contradiction : désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude. » Et que c’est finalement dans les strip-teases non professionnels, dans les concours de province organisés (on est dans les années 1950) dans des bastringues agricoles que l’érotisme ressuscite, dans l’embarras des concurrentes : « Des pas maladroits, des danses insuffisantes, la fille sans cesse guettée par l’immobilité, et surtout un embarras « technique » (résistance du slip, de la robe, du soutien-gorge) qui donne aux gestes du dévoilement une importance inattendue, refusant à la femme l’alibi de l’art et le refuge de l’objet, l’enserrant dans une condition de faiblesse et d’apeurement. » 

Il en est d’ailleurs de même dans les strip-teases masculins. Les Chippendales, en vrais professionnels, ne se battent pas avec leurs chaussettes sur le bord du lit où les attend, en se retenant de rire, une créature rongeant son impatience. Mais justement, la perfection du geste gâche l’émergence du désir potentiel, qui comme chacun sait s’alimente au voilé bien plus qu’au dévoilement. 

Regardez en peinture. Edward J. Poynter avait d’abord peint sa Diaduménè nue (1883). Dix ans plus tard, il la voile, comprenant qu’il tirera bien plus d’effets de ces transparences que de la chair directement livrée sans invitation à deviner plutôt qu’à voir. Madeleine Lemaire en fait autant, avec ses deux versions du Sommeil de Manon, d’abord déshabillée, puis partiellement cachée par une transparence qui en dit davantage que la chair exhibée.

Je pourrais multiplier les exemples : la robe rose qui « déshabille si bien » la femme qui la porte et à qui Gautier adresse un poème célèbre est, comme la tunique transparente de Sabina Poppea ou les lumières qui rhabillent sans cesse les corps au Crazy Horse. C’est le style qui enrobe le récit — et qui manque un peu au roman de Ketty Rouf. 

Ce qui nous ramène à notre rapport au corps — dont la pudeur contemporaine, et plus encore la pudibonderie musulmane, exaltent au fond le paradoxe. Nous dévoilons volontiers, mais il faudrait que ce soit à distance, comme dans un strip-tease observé à la longue vue (il y a une scène de ce genre à la fin du Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly). Que passe dans la rue une fille au jean serré ou à la jupe trop courte (et le « trop » commence juste au-dessus du genou), et voici nos modernes censeurs prêts à dégainer. C’est moins la pudeur qu’il faut enseigner que la mesure exacte du désir, qui s’alimente au caché bien plus qu’au dévoilé. 

Quant aux malades mentaux qui voient une provocation dans le moindre bout de peau dévoilé — au sens wahhabite du terme cette fois —, il faut les rééduquer d’urgence. Les traîner dans les musées, les amener au strip-tease, et leur faire lire le petit roman sympathique de Ketty Rouf, pour leur faire comprendre à quoi s’alimente le désir en France. En France et pas en Arabie Saoudite, pays charmant que je ne saurais trop conseiller, et vite, aux amateurs de voiles en tous genres.

Ketty Rouf, On ne touche pas, Albin Michel

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Proust à l’ombre des éoliennes

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D.R.

Vingt-huit éoliennes, réparties en quatre parcs, doivent être implantées dans un rayon de cinq kilomètres autour d’Illiers-Combray, bourgade d’Eure-et-Loir accueillant la maison de la « Tante Léonie » et aujourd’hui musée Marcel-Proust…


Une pétition circule sur le net pour s’opposer à « l’encerclement et la profanation de l’un des plus célèbres paysages littéraires au monde ». Les pétitionnaires rappellent l’attachement de l’auteur de la Recherche au lieu comme son potentiel touristique. Le clocher de Saint-Hilaire, les hublots qui donnent sur la mer nue, les vagues polies et translucides… des lieux nobles et des tendres souvenirs pour Proust ; là où l’administration voit des réservoirs d’énergie verte.

Loin des plages normandes, on parle aussi de 24 éoliennes sur la montagne Sainte-Victoire chère à Paul Cézanne. Assez logiquement, les lieux où souffle l’esprit sont ceux où souffle le vent. Et les parapentistes ont depuis longtemps investi la colline de Sion en Lorraine, que Barrès disait « inspirée » avec une litanie d’autres « lieux qui tirent l’âme de sa léthargie ».

A lire aussi: Proust: le scandale du prix Goncourt 1919

Ces projets farfelus partent peut-être d’un bon sentiment : permettre à la littérature de répondre à l’urgence climatique. Mais à l’examen, faire de Proust un auteur écoresponsable sans trahir son œuvre n’est pas simple. Faut-il remplacer les éoliennes par des panneaux photovoltaïques au toit de sa maison normande ? Proust redoutait le soleil ! Il confesse dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « À cause de la trop grande lumière, je gardais fermés le plus longtemps possible les grands rideaux violets. » Extraire de ses écrits une invitation à moins souvent utiliser son véhicule individuel ? Proust était fort amoureux de son chauffeur personnel, Alfred Agostinelli… Contraindre le romancier à « changer ses habitudes », ce n’est guère compatible avec ses grandes exigences. Avant de l’habiter en consommateur, responsable ou irresponsable, l’homme proustien habite la terre en poète.

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Un bien étrange corps enseignant

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Sylvain Hélaine, alias"Freaky Hoody" lors d'une interview © Capture d'écran/D.R.

Sylvain Hélaine, 35 ans, est l’homme le plus tatoué de France mais aussi instituteur en école élémentaire. Il jure que son apparence n’est pas une provocation, mais certains parents sont dérangés par son physique.  


Quand il n’expose pas son torse tatoué en boîte de nuit, Sylvain Hélaine, alias « Freaky Hoody », enseigne à nos enfants à lire et à compter. Fier mercenaire de l’Éducation nationale, l’homme le plus tatoué de France est professeur remplaçant depuis douze ans, tant en maternelle qu’en élémentaire, et a aussi exercé dans la très branchée ville de Londres, s’est-il vanté.

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Des tatouages pas du goût de tous les parents d’élèves

Cependant, sa passion pour les artifices floraux sur le crâne ou jusque dans le blanc des yeux n’est pas du goût de tous les parents d’élèves. Certains auraient même envoyé une lettre à sa hiérarchie avec des photos de lui nu trouvées sur internet, provoquant sa mise à pied pendant sept semaines. Suite à de nouvelles plaintes de parents d’élèves indignés, l’inspection académique de l’Essonne vient de le priver définitivement des joies de l’instruction en maternelle.

Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes

Une éviction au parfum de purge ? « L’inspection veut juste être tranquille, ce que je peux comprendre », a sobrement commenté l’instituteur aux allures de Marvel Comics. « Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes », assure-t-il aussi. Un super-héros marvélien héraut des minorités ? Sylvain Hélaine assure s’être entièrement tatoué pour son seul plaisir et se défend de toute démarche militante, assimilée de près ou de loin à des caprices de minorités bruyantes. Quant aux tatoués, rappelons qu’un des plus adulés ne fut autre que notre phénix national, un certain Johnny Hallyday.

Cinéma: le festival des cons

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71e Festival de Cannes, mai 2018 : actrices et réalisatrices protestent contre le manque de de représentation féminine à travers l’histoire de la sélection cannoise. Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Les quotas de diversité, sous l’impulsion de France télévisions et du Centre national du cinéma, sont en train d’asphyxier la créativité au cinéma. Il n’y aura bientôt plus que des scénarios écrits en fonction des minorités à représenter. Et le secteur ne comptera plus aucun mâle blanc hétéro dans ses rangs.


 

Des hommes en trop. Ce n’est pas le titre d’un film, mais la chronique, qui risque bien de devenir ordinaire, de la vie des réalisateurs français. Dans le cadre de la campagne promotionnelle de leur dernier film, Effacer l’historique, les cinéastes Gustave Kerven et Benoît Delépine accordaient un entretien à l’hebdomadaire Marianne. « Un tel film est-il facile à produire ? » leur demande le journaliste. Le film est une comédie, les acteurs sont populaires, nos budgets sont limités, la chose est donc aisée, répond en substance Kerven. Intervient alors Delépine qui, sans crainte, met les pieds dans le plat : « On a quand même failli subir un gros problème puisqu’une chaîne de télévision associée à la production a retiré sa participation quinze jours avant le tournage. — Pour quelles raisons ? interroge le critique. — Parce que nous ne sommes pas des réalisatrices… La chaîne avait des quotas à respecter et on se retrouvait en trop dans le camp des mâles. » Des mâles blancs de plus de 50 ans, aurait pu ajouter le réalisateur, car eussent-ils été noirs, homosexuels et jeunes, le verdict eût changé du tout au tout.

Une chaîne de télévision et des quotas à respecter ? Le doute n’est guère permis. Sans conteste, il s’agit de France Télévisions. En novembre 2018, Delphine Ernotte, la présidente du groupe, annonçait pour 2020 l’instauration de « quotas pour les femmes réalisatrices ». Or, il faut savoir que la « France compte le plus grand nombre de réalisatrices de longs métrages en Europe » et que « les projets déposés par les femmes sont plus souvent soutenus que ceux déposés par les hommes » par la commission de l’avance sur recette du Centre national du cinéma. Ces données ont été rendues publiques lors d’une table ronde organisée par le CNC lui-même en avril 2018, intitulée « Femmes et cinéma : la relève ». Quelle conclusion en était tirée ? Non que le combat était gagné, mais qu’il fallait plus que jamais « continuer à agir ». L’objectif est donc explicite : le mot « relève » est à entendre en son sens le plus fort, celui de – on s’y risquera – « grand remplacement », et très exactement de destitution des hommes par les femmes. 

Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes, de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images
Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes,
de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images

Les femmes ne sont pas les seules bénéficiaires de la conversion de la France à l’empire des identités. Les contrats de production de France Télévisions incluent d’ailleurs une « clause de la diversité ». Du reste, quota ou non, France Télévisions ou non, ces nouvelles objurgations font loi. Et sont dans toutes les têtes. On a beaucoup glosé sur les cinq « critères de diversité » établis par l’académie des Oscars et dont le respect conditionnera l’éligibilité d’un long métrage à l’Oscar du meilleur film à partir de 2024. Mais c’est un faux débat. La sélection a déjà largement lieu en amont. Dès le moment de l’écriture, pour être assuré de trouver le financement nécessaire à la réalisation, le scénariste risque bien d’être tenté d’assaisonner son long métrage de X % de minorités ethniques sous représentées, X % de femmes, etc.

 

Que va-t-il advenir du 7e art français, déjà bien mal en point ? Que deviendront, dans ce contexte, des films de tradition française qui avaient l’heur, et la saveur, de tout ignorer du politiquement correct ? Et d’ailleurs, si ces films conspués par la Nouvelle Vague sont plus que jamais plébiscités par les Français, ce n’est pas, ou pas seulement, par nostalgie pour les temps qui les ont vus naître, mais parce qu’ils étaient vrais, parce que l’humaine nature s’y incarnait, parce que les dialogues n’y étaient pas encore écrits sous la surveillance des bureaux d’esprit féminins, décoloniaux, LGBT+, etc. Bref, parce qu’un vent de liberté y soufflait, infiniment revigorant pour nous qui étouffons sous le poids de toutes ces convenances.

Une œuvre d’art n’est pas un test de moralité. Elle est un instrument de perception, mais non pour voir des Noirs ou des femmes, mais explorer, sonder l’humaine condition dans son universalité. Sa vertu est d’élargir notre être, non de nous enfermer dans le cercle étroit des identités. Le seul critère que nous devons avoir en tête pour juger d’une œuvre n’est ni le sexe, ni la sexualité, ni la couleur de peau du réalisateur ou des interprètes, mais sa puissance de révélation, sa capacité à porter le flambeau dans des coins inexplorés ou inaperçus de la réalité. « Une grande philosophie, écrivait Charles Péguy, n’est pas celle où il n’y a rien à reprendre. C’est celle qui a pris quelque chose. » Cela vaut pour la littérature, la peinture, le cinéma. Dès lors qu’il y a « prise », une œuvre est légitime et ce, quelle que soit la vie de son auteur, ses tribulations, ses « péchés », ses « fautes ». C’est bien pourquoi, il faut le marteler, aussi longtemps que Roman Polanski ou Woody Allen « prendront » quelque chose, ils seront incontestables. Et ce fut éminemment le cas avec J’accuse, il est donc légitime que nous soyons reconnaissants envers Polanski.
Pour qu’il y ait prise, il faut que l’artiste demeure un témoin de la liberté, c’est-à-dire, ainsi que l’a si bien établi Albert Camus, un témoin et un exemple de ce pas de côté que l’homme peut toujours accomplir par rapport à l’histoire, par rapport à l’actualité et aux maîtres de l’heure. Cette liberté est fragile. Elle demande des esprits forts et des âmes jalouses des prérogatives de leur art. À l’image de François Truffaut qui, en 1977, réalise L’homme qui aimait les femmes, sans rien ignorer de « l’atmosphère servilement féministe » selon ses propres mots, dans laquelle baigne la France des années 1970, mais bien résolu à ne pas plier. Digne héritier de Gautier ou de Flaubert qui, au xixe siècle, comprennent que ce serait désormais devant le tribunal des Homais et de la société que les œuvres seraient appelées à comparaître, C’est cet esprit frondeur qui fait cruellement défaut aujourd’hui. Loin de braver l’air du temps, dans leur grande majorité les réalisateurs et acteurs (le masculin est à entendre ici en son acception générique) semblent n’avoir rien de plus pressé que de donner des gages de leur appartenance au camp du Bien en déclinant la cause que servirait le film qu’ils ont réalisé ou dans lequel ils jouent. Tous les arts sont atteints. Hier, le peintre peignait un arbre avec pour seul souci d’être capable d’en faire « sentir l’écorce », à la manière de Constable ou de Lucian Freud ; aujourd’hui, lorsqu’il peint un arbre, c’est un « arbre pour le climat » et la COP 21. Jamais le mot de Camus n’a été plus vrai : « Dans un monde qui ne croit plus au péché mais qui s’intoxique de morale abstraite, l’artiste a voulu se charger de la prédication. » Est-il toutefois téméraire, voire naïf au regard de leur actuelle docilité, de penser que les artistes finiront par être eux-mêmes las de cette réquisition perpétuelle ? À l’exemple de l’actrice Sandrine Bonnaire, invitée le 11 août dernier de la matinale de France Inter pour le film Voir le jour, réalisé par Marion Laine, et dans lequel elle interprète le rôle d’une puéricultrice. Très vite, la journaliste, Carine Bécard en vient à la question, qui n’en est pas une d’ailleurs, nouveau point Godwin de tout entretien : « C’est un film très féministe. » Un silence. Puis la réponse de Bonnaire : « J’ai un peu de mal avec le féminisme […] On dit “c’est un film féministe” parce qu’il y a beaucoup de femmes… » Avec cette bonne conscience invincible au doute, la journaliste s’étonne de la résistance que l’interprète de Pialat et de Varda lui oppose. Elle s’obstine. Alors, impatientée, mais souveraine, l’actrice fait résonner le clap de fin : « C’est une conversation qui ne m’intéresse pas. — Je le vois, on va passer à autre chose.S’il vous plaît. » Bonnaire comprenait que du film, de l’histoire singulière qu’il racontait et dont elle était venue parler ce matin-là, il ne resterait rien. La journaliste avait trouvé le moyen de s’en débarrasser en l’étiquetant « film féministe ».

Dans un monde inquiétant, l’Europe en proie au doute

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Pierre Ménat

 


Dix questions sur l’Europe post-covidienne, un essai de Pierre Ménat. Diplomate de carrière, il a suivi de l’intérieur la marche de l’Europe pendant plus de trente ans.


Dix questions sur l’Europe post-covidienne, tel est le titre de mon nouveau livre qui vient de paraître aux éditions Pepper-L’Harmattan. La pandémie de Covid-19 a accru l’anxiété d’un monde déjà en proie au doute et à l’inquiétude.

Le retour en force des États

Cette crise est d’abord la revanche des États. À l’intérieur des frontières, même les plus libéraux le reconnaissent : seule la puissance publique a la capacité matérielle et financière de lutter contre l’épidémie et ses désastreuses conséquences économiques. Et dans l’ordre international, les États redeviennent des acteurs majeurs. 

Tout naturellement, cette crise conduit à repenser le débat européen. Parmi bien d’autres, dix questions se posent. Quel rôle pour l’Europe dans un monde anxiogène ? Les effets du Brexit, le respect de la souveraineté des États, l’avenir du dogme libéral doivent être regardés sous un jour nouveau. Comment l’Europe peut-elle s’assurer que la reprise économique sera la plus verte possible ? Comment mieux gérer la zone euro, rapprocher l’Europe des citoyens, faire face au défi migratoire ? Le modèle institutionnel est-il adapté ? Et enfin, que signifie « la souveraineté européenne » ?

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À ces questions, je propose mes réponses et les soumets à votre jugement.

Attardons-nous sur la dernière d’entre elles : la souveraineté européenne. Cette notion est mise en avant dans les discours du président Macron. Mais que signifie-t-elle ?

Le peuple européen reste introuvable

La souveraineté est une prérogative des États, un privilège des nations et en démocratie, l’apanage du peuple. Or, il n’existe ni État, ni nation, ni peuple européens.

Aussi cette souveraineté européenne est-elle exercée non par un seul titulaire mais plusieurs.

L’Union européenne assure les fonctions de souveraineté qui lui ont été déléguées par les États-membres, dans la limite de ses compétences. Celles-ci sont par exemple exclusives pour la monnaie, la concurrence ou la politique commerciale, partagées pour le marché intérieur ou l’immigration, mais inexistantes pour la diplomatie, la justice, la santé ou la défense. 

Dans ces derniers domaines, les instruments forgés au fil du temps restent de caractère intergouvernemental. Cela veut dire que personne ne tient la main de la France quand elle envoie des soldats sur théâtres extérieurs, vote au Conseil de Sécurité, ou gère son système de santé.

Une Europe à la souveraineté floue et dépendante de l’extérieur

Quant aux États non-membres, ils détiennent eux aussi une part significative de la souveraineté européenne. On pense naturellement au Royaume-Uni, mais aussi à la Suisse ou à la Norvège.

Entre les États et l’Union se situe une zone grise. On y trouve le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. On y trouve l’espace à géométrie variable qui abrite par exemple Airbus ou Ariane Espace. Et bien sûr les relations bilatérales, parmi lesquelles le partenariat franco-allemand.

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La souveraineté européenne pourrait résulter de la confédération de toutes ces énergies. Mais cela n’est pas suffisant. Car malheureusement, il est trop de cas où cette souveraineté est exercée par des acteurs extérieurs à notre continent. C’est vrai en matière énergétique, économique, industrielle, diplomatique ou militaire. 

La dépendance de l’Europe envers les deux superpuissances du XXème siècle est considérable. La boîte à outils des États-Unis demeure bien fournie quant à la monnaie, au commerce, à la technologie, aux forces militaires. Quant à la Chine, elle ne procède pas par décret mais par influence en tant qu’atelier du monde, géant numérique, bailleur de fonds. La crise du Covid a tardivement provoqué une prise de conscience de cette dépendance mais le mal est fait.

Même des puissances moyennes comme la Turquie tiennent les Européens sous leur coupe, notamment par la menace d’une vague migratoire.

Cette réalité relativise la querelle entre « européistes » et « patriotes ». Les uns comme les autres pourraient s’accorder sur un objectif commun : récupérer des pouvoirs que le Vieux Continent a laissé échapper à son contrôle.

Reprendre le contrôle

Comment y parvenir ? La réponse varie selon trois grands domaines.

Pour la monnaie, l’Europe a fait le plus difficile en se dotant, du moins pour les membres de la zone euro, d’une devise unique. Nul ne sait comment nos États auraient résisté aux crises – subprimes, défaillance de la Grèce, Covid – sans la Banque centrale européenne (BCE). Des propositions sont faites pour que l’euro soit géré de manière plus efficace et plus démocratique, en équilibrant le rôle de la BCE par une direction politique plus assurée.

Pour l’économie, le plan de relance adopté  par le Conseil Européen constitue un premier déblocage de l’instrument budgétaire, complété par la mise au rancart des critères de Maastricht. Mais des initiatives plus hardies sont nécessaires pour reconquérir notre indépendance industrielle ou numérique.

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Souveraineté politique enfin. Celle-ci passe par la reconquête de la maîtrise des frontières communes du continent. Mais l’Europe doit aussi prendre en charge sa sécurité collective. Il ne faut pas se bercer de mots, s’illusionner sur des concepts ronflants comme l’autonomie stratégique ou le Schengen de la défense. L’Europe doit constituer la force diplomatique dont le monde a besoin.

Aborder ce problème sous l’angle de votes à la majorité ou d’un siège européen au Conseil de Sécurité de l’ONU n’a aucun sens. La souveraineté politique ne peut émerger des institutions européennes actuelles, trop diluées pour permettre l’émergence d’un projet marquant une volonté collective. C’est pourquoi je préconise de reprendre l’ambitieux plan Fouchet présenté par le Général de Gaulle en 1961, par la création d’un Conseil de Sécurité européen où siégeraient des États-membres de l’Union mais aussi des États non-membres comme le Royaume-Uni.

Dix questions sur l'Europe post-covidienne: Entre défiance et puissance

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Samuel Paty n’avait pas envie d’être un héros: juste de faire son boulot

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Manifestation à Bordeaux le 18 octobre 2020 après l'assassinat du Samuel Paty © SIPA Numéro de reportage: 00986500_000015

Il aura fallu la décapitation de Samuel Paty pour que le prof devienne le nouveau héros. Les larmes des crocodiles de tous bords ont de quoi désespérer ou mettre en colère les enseignants, jusque-là méprisés ou abandonnés, y compris par leur hiérarchie. Un édito de Jérôme Leroy.


C’est fou ce que depuis vendredi 16 octobre, la France aime les profs. Je suis bien content. J’ai été prof la première moitié de ma vie et l’image que m’a renvoyée la société était le plus souvent celle d’un privilégié. Ah, les vacances des profs ! Ah leur quinze ou dix-huit heures par semaine ! Quels veinards on était ! Et puis la sécurité de l’emploi, ce n’était pas un privilège, ça, la sécurité de l’emploi, à l’époque du chômage de masse ? Et on osait encore se plaindre : le manque de moyens pour travailler dans l’intérêt de tous les élèves, les injonctions contradictoires de programmes dont le salmigondis sémantique cachait mal le manque d’ambition, le pouvoir d’achat qui ne cessait d’être rogné

Du prof bashing à l’héroïsation obscène

Non, décidément, ils ne se rendaient pas compte, les profs : toujours à faire grève, comme les cheminots ou les soignants des urgences. Personne ne nous aimait, même pas nos ministres, surtout pas nos ministres. J’ai encore le souvenir de Claude Allègre, un ministre d’un gouvernement de gauche, pourtant. Un vrai champion du mépris. On devait être les seuls fonctionnaires à qui la hiérarchie tirait dans le dos, n’hésitait pas à monter les parents d’élèves, voire les élèves eux-mêmes contre nous.

Tout récemment encore, au moment du déconfinement, il y a eu ce prof bashing hallucinant de mai-juin quand les enseignants, malgré leur envie de le faire, ont renâclé à retourner en classe sans véritables garanties sanitaires. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas entendu, les profs ? Ils étaient lâches, paresseux, « décrocheurs » a même dit Blanquer. J’en passe et des pires.

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Je suis heureux de voir depuis le martyre de Samuel Paty que le prof, surtout mort, est devenu un héros. Il a fallu une décapitation par un islamiste manipulé par d’autres islamistes mais bon, vaut mieux tard que jamais. Le prof est même devenu un saint pour la droite dure, celle du choc des civilisations, celle qui aimerait bien substituer une guerre de religion à la lutte des classes. Voilà un soutien dont il se passerait bien, le prof. Comme il se passerait bien aussi celui de la gauche indigéniste qui a tendance à ne voir dans l’Éducation Nationale l’institution la plus représentative du racisme systémique, comme ils disent.

La laïcité à l’école ? Souvenez-vous de 1984

Il est probable pourtant que Samuel Paty n’ait pas eu particulièrement envie d’être un héros ou un saint. Juste un prof qui faisait son boulot de prof en éveillant le sens critique, et la tolérance chez ses élèves, en rappelant que la laïcité n’est pas une religion, plutôt un espace neutre où on laisse à la porte ses croyances familiales. Je me souviens qu’à une autre époque, vers 1984, que ceux qui aiment tant la laïcité aujourd’hui n’avaient pas eu de mots assez durs pour le projet de « grand service public unifié et laïque de l’éducation nationale » porté par Alain Savary. Il a été abandonné. On n’en serait peut-être pas là. Pour lutter contre le terrorisme islamique, cela aurait été une arme de plus dans l’arsenal dont on a besoin. Une arme humaniste. Une arme qui nous venait en ligne droite des pères fondateurs de la IIIème République.

Le terrorisme islamiste est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux politiques qui instrumentalisent la question à des fins électorales. C’est une affaire trop sérieuse aussi pour la laisser à l’Éducation Nationale telle quelle est en l’état : une machine à utiliser le mot laïcité tout en assignant les élèves à leur origines ou leur environnement parce que c’est plus pratique. Essayez d’enseigner le latin et le grec dans une REP, vous verrez….

Samuel Paty soutenu par sa hiérarchie ? À voir…

En attendant, en tant qu’ancien prof, j’ai de sérieux doutes sur le soutien de la hiérarchie à Samuel Paty. Les fact checkers ont beau démonter l’info selon laquelle Samuel Paty aurait été sur le point d’être sanctionné, j’ai des doutes. La sanction, peut-être pas mais n’importe quel prof sait que lorsqu’on fait descendre un inspecteur pour une question particulière concernant un prof, c’est rarement pour lui faire des câlins.

En tant qu’ancien prof, aussi, j’ai une pensée fraternelle pour tous les collègues, en particulier ceux qui bossent dans les zones sensibles, et vont reprendre, loin des plateaux télés et des déclarations opportunistes, loin de l’hypocrisie et des larmes de crocodile, leurs cours le lundi de la rentrée. Ce n’est peut-être pas facile d’être flic dans les quartiers mais je ne souhaite à personne de devoir entrer dans une classe à Roubaix ou La Courneuve après une telle horreur et de se demander quel discours tenir. Parce que là comme ailleurs, et comme toujours, le prof sera toujours seul.

Comme Samuel Paty était seul.

Il faut armer les enseignants contre l’islamisme

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Manifestation à Bordeaux le 18 octobre 2020, suite à l'égorgement de l'enseignant Samuel Paty par un islamiste dans les Yvelines © UGO AMEZ/SIPA Numéro de reportage: 00986500_000018.

Si le corps enseignant est désormais voué à être le dernier gardien de la laïcité, il va falloir lourdement l’armer.


Il y a quatre ans en Seine-Saint-Denis, dans le cadre d’une mise à niveau en français agrémentée d’une sensibilisation aux « principes et valeurs de la République » définie par le « contrat d’intégration républicaine » créé sous le quinquennat du président normal François Hollande, j’ai projeté quelques caricatures du prophète Mahomet auprès d’une vingtaine d’étrangers, aux trois-quarts d’obédience musulmane. Aucun d’entre eux ne s’est indigné dans la salle, l’un d’entre eux a même pouffé, succombant à une irrésistible envie de rire avant de vite se reprendre, craignant sans doute d’être amalgamé au camp des impies par ses « pairs ». 

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« Je suis professeur », et après? 

Toujours est-il que le principe de l’adhésion au droit au blasphème comme condition essentielle à l’intégration en terre française a semblé admis ce jour-là, la séance s’étant en tout cas bien déroulée. C’étaient des adultes voulant des papiers, un public plus coopérant, il faut bien le reconnaître, qu’une trentaine d’adolescents dont les adeptes de la religion de paix et d’amour se sentent aux trois-quarts plus conquis par les lois de cette dernière que par celles du pays où ils sont instruits, comme nous l’a révélé un sondage IFOP fin août dernier – au grand dam du maire écolo du second arrondissement parisien Jacques Boutault, dont le visage blêmit tel celui de Candide connaissant les désillusions de l’amour, quand il en apprit l’existence samedi 17 octobre sur le plateau de CNEWS. 

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Il est réconfortant de voir des compatriotes dresser des panneaux « je suis professeur » et suggérer d’organiser des débats autour des caricatures du prophète Mahomet nu dans des établissements à la rentrée, il est fort aimable de la part de Jean-Michel Blanquer de promettre qu’il va désormais « protéger tous les professeurs de France » (il sont 900 000), il est tout aussi aimable de lire çà et là que Samuel Paty était un enseignant « bienveillant » qui « n’a pas fait d’erreurs » – malgré une certaine « maladresse » objectée par certains éditorialistes qui ont sans doute beaucoup enseigné dans leur vie – et qui était de plus « très apprécié de ses élèves » mais très franchement, qui est prêt à risquer sa tête pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à une classe de 4ème -la moins reposante de toutes-, qui plus est pour un salaire mensuel net de 1700 euros après six années d’ancienneté? 

Seulement 6% des enseignants formés pour faire face aux atteintes à la laïcité 

Des « présidents de régions » viennent de s’engager à diffuser un « livre de caricatures » auprès des lycéens. Fort bien, mais oseront-ils y mettre la caricature de Mahomet par Luz qui a indigné tant de nos gardiens de vertu? Et doit-on en conclure que les collégiens en seront exemptés? Actuellement, « seuls 6% des enseignants ont reçu une formation pour faire face aux atteintes à la laïcité », s’alarmait l’ancien inspecteur Jean-Pierre Obin le 1er octobre dernier. D’aucuns s’empressent de rappeler que cela fait déjà seize ans que ces entorses à nos lois dans le secondaire ont été consignées dans le fameux rapport du même inspecteur de l’Education nationale. C’est insuffisant. D’après certains collègues, il y aurait déjà trente ans, des jeunes filles accumulaient les certificats médicaux bidons dans certains établissements en France pour ne pas à avoir à montrer leurs cuisses en cours de sport et certaines prenaient des vacances forcées sur les journées de cours pour aller se faire exciser « au pays ».

À quoi sont formés les futurs enseignants actuellement? À la « gestion de classe », à la « différenciation pédagogique », à la prévention du décrochage scolaire ou encore, aux TIC (Technologies de l’information et de la communication). Sur ce dernier point, il n’est pas omis de rappeler en substance aux professeurs de lettres qu’ils sont de grands ringards, étant bien trop peu à utiliser des ordinateurs ou des tablettes dans leur cours alors qu’ils vivent dans le meilleur des mondes gangrené par le repli sur soi, les réseaux sociaux, le communautarisme et le terrorisme. En revanche, silence radio sur la laïcité et l’islamisme. 

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Une fois l’émotion retombée, va-t-on réellement armer les professeurs pour faire face au séparatisme islamiste ou va-t-on s’atteler en priorité à « dégenrer » l’école ou à promouvoir encore plus l’ écriture « inclusive » sous les applaudissements de Libé? Une vraie lutte s’offre cette fois aux enseignants, et il ne faudrait pas s’y soustraire. Dans notre société toujours plus atomisée, voilà qui ne ferait pas de mal finalement. Cependant, un fantassin ne va pas au front tout nu. Si le corps enseignant est désormais voué à être le dernier gardien de la laïcité, il va falloir lourdement l’armer. Et cela doit se traduire absolument par bien plus de 6% des enseignants formés pour faire face aux atteintes à la laïcité. 

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Fabrice Luchini populiste?

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Les foucades de Fabrice Luchini contre le couvre-feu ne sont pas du tout du goût de son confrère François Cluzet... © SADAKA EDMOND/SIPA 00787866_000001 et SOLAL/SIPA 00897869_000011.

Le comédien François Cluzet s’est emporté contre Fabrice Luchini, l’accusant de tenir un discours populiste. Le tort de ce dernier est d’avoir récemment critiqué l’action du gouvernement, qui fait souffrir les acteurs du secteur culturel.


Le monde de la Culture n’échappe pas au couvre-feu imposé par le gouvernement. Depuis samedi, il est impossible de se rendre dans un théâtre, une salle de cinéma ou de spectacle, après 21 heures. Une situation qui inquiète ou indigne de nombreux artistes, producteurs ou propriétaires de salles. C’est le cas de Fabrice Luchini, acteur aux multiples facettes, qui se produit actuellement sur la scène des Bouffes Parisiens pour jouer son spectacle « Des écrivains parlent d’argent ». Le 16 septembre, dans une interview donnée au Figaro, il s’inquiétait de la survie des petits théâtres, car le couvre-feu serait « un arrêt de mort » pour eux.

Il a aussi publié une vidéo sur Instagram dans laquelle il affirme n’avoir « plus envie d’aimer ce gouvernement ». Il argumente: « On vit une chose terrifiante : on ne comprend pas ce que le gouvernement fait, la panique de Véran, l’accent de Castex qui s’éteint. C’est morbide, c’est sordide ». On savait que Luchini ne connaissait pas la langue de bois.

François Cluzet préfère l’opinion des experts

Mais cela n’est pas du goût de François Cluzet, acteur français qui partageait la tête d’affiche avec Omar Sy dans le film « Intouchables ». Reçu sur RTL vendredi, il a demandé à Fabrice Luchini de cesser de prendre position sur un sujet aussi sensible, l’accusant de répandre des propos populistes. Avec des mots d’une rare élégance : « On est déjà dans une période assez anxiogène, on n’a pas besoin qu’il y ait un tas de connards qui viennent dire n’importe quoi. »

Pour François Cluzet, Fabrice Luchini et d’autres personnalités publiques, qui critiquent ouvertement l’action gouvernementale, n’ont pas les compétences pour le faire. Il raille celui qui se produit aux Bouffes Parisiens, il aurait ainsi rejoint « la cohorte de ceux qui ont fait des études, qui sont très compétents ». « Il faut Luchini comme Premier ministre, il faut aussi Bigard ministre de la Santé, faut prendre Pascal Praud aux affaires étrangères et Zemmour à l’intérieur. Voilà des gens qui savent de quoi ils parlent ! », s’est moqué l’acteur, qui préfère faire confiance aux spécialistes.

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Fabrice Luchini guidé par le populisme

François Cluzet estime que Lucchini ne devrait pas critiquer le gouvernement, mais n’hésite pourtant pas à prendre lui-même des habits… de politologue pour dénoncer le populisme qui se cacherait derrière les critiques de Luchini : « Par populisme, par facilité, il y a toujours trois ou quatre cons qui viennent dire qu’il ne faut pas les écouter (les mesures du gouvernement). Mais ferme-là ! »

Fabrice Luchini rejoint ainsi la cohorte des personnages médiatiques honnis des oukases de la bonne pensée : Jean-Marie Bigard, déjà qualifié de « gros beauf » et « d’abruti total » par François Cluzet le 27 septembre ; Eric Zemmour, l’essayiste qui suscite les hauts cris ; ou Pascal Praud, qui a le malheur de donner à son émission L’heure des Pros une trop grande liberté de ton. Pour François Cluzet, les jeux sont faits : Fabrice Luchini a rejoint cette caste des « Intouchables ».

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La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

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Image d'archive. Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l'homme, lors d'une soirée en faveur de l'accueil des migrants au centquatre en octobre 2018 © YANN BOHAC/SIPA Numéro de reportage: 00881837_000022

Alors que le sinistre attentat de Conflans-Sainte-Honorine allait se produire, la Ligue des Droits de l’Homme lançait un appel à signatures pour une tribune contre le projet de loi sur le séparatisme…


Pas mal de Français se sont comme Céline Pina, étranglé de rage en voyant la Ligue des Droits de l’Homme, l’UNEF, les Insoumis, SOS racisme, en somme, tous les idiots utiles de l’islam radical s’acheter un certificat de virginité avec quelques proclamations sur la liberté d’expression et quelques trémolos à la mémoire de Samuel Paty. Preuve que ces pleurnicheries de circonstance ne sont que l’habillage cynique d’un retournement tactique (et sans doute provisoire) m’est fournie par Mohammed Sifaoui. Documents à l’appui. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

mail-ligue-ddhOn découvre que, deux jours avant de s’acheter une conduite, la Ligue des Droits de l’Homme cherchait à mobiliser le landerneau droit-de-l’hommiste contre le texte sur les « séparatismes » entre guillemets. Au moment précis où Abdullakh Antarov perpétrait son crime, Malik Salemkour, son président, adressait un mail groupé à des représentants associatifs et syndicaux (dont les noms n’apparaissent pas). Il y évoque une première réunion, qui s’est tenue le 2 octobre, et leur adresse un projet de texte, dont je vous laisse prendre connaissance de l’intégralité (voir plus bas).

Ce bijou devrait en effet être étudié avec attention.

S’inquiétant des précisions apportées par les uns et les autres sur le texte en préparation, la LDH estime inévitablement que les mesures annoncées « ouvrent la voie à la stigmatisation d’une partie de la population ». Le mot est lâché.

Le risque, selon la LDH, qui érige ainsi le déni en art rhétorique, est de donner le sentiment « que c’est dans une certaine population pratiquant une certaine foi que se trouve la source de certaines difficultés ». On se demande où on va chercher de pareilles sornettes sinon dans la tête d’affreux populistes.

Pour finir, Malik Salemkour se fend d’une profession de foi excusiste. « Prétendre commander l’ordre et la sécurité à celles et ceux que l’on a mis de côté et plongés dans le désordre d’une vie sans avenir, c’est s’exposer à la pire des révoltes, le cri de celles et ceux qui n’ont rien à perdre et donc rien à construire dans le cadre de la République. » Terrible aveu : en somme, il faut comprendre ceux qui tirent sur des policiers, agressent des journalistes ou menacent Mila : « on les a mis de côté et plongés dans le désordre d’une vie sans avenir. » Tout est de notre faute.

La LDH et les autres observeront sans doute un délai de décence avant d’expliquer urbi et orbi que le séparatisme islamiste est une invention des islamophobes. Mais ils remonteront certainement au front avant le 9 décembre, date de présentation du texte. En attendant, la LDH ne fait guère honneur à son histoire. Née avec l’Affaire Dreyfus, elle a contribué à obliger l’État à se soumettre à ses propres principes. La voir se vautrer ainsi dans la soumission est un crève-cœur.

« Séparatismes » : un projet porteur de division

Vendredi 2 octobre, le président de la République a présenté les grandes lignes dun projet de loi annon depuis un an pour lutter contre les « séparatismes ».Depuis, les ministres en charge de sa finalisation distillent quelques précisions sur les mesures envisagées.

Celles-ci marquent une inflexion dans les choix antérieurs du président de la République, soulèvent des interrogations quant à leur conformité avec la constitution et les engagements internationaux de la France et ouvrent la voie à la stigmatisation d’une partie de la population.

Il ne suffit pas, en effet, d’évoquer de futures mesures destinées à pallier la rupture d’égalité et les discriminations qui frappent plusieurs territoires pour contrebalancer le sentiment, que donnent ces projets, que c’est dans une certaine population pratiquant une certaine foi que se trouve la source de certaines difficultés.

Cette logique qui inverse les causes et les conséquences transforme l’adhésion aux principes de la République en une morale de pouvoir. Prétendre commander l’ordre et la sécurité à celles et ceux que l’on a mis de côté et plongés dans le désordre d’une vie sans avenir, c’est s’exposer à la pire des révoltes, le cri de celles et ceux qui n’ont rien à perdre et donc rien à construire dans le cadre de la République.

C’est le risque que prend le président de la République en faisant d’une partie de la population, celle de culture et de confession musulmane ou perçue comme telle, les potentiels porteurs des pires dérives allant jusqu’aux plus mortifères d’entre elles.

Au détour d’adaptations techniques, ce sont les équilibres de trois grandes lois de la République qui fondent nos libertés fondamentales qui seraient simultanément modifiées: la loi de 1882 sur l’instruction obligatoire, la loi de 1901 sur les associations, la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Or nombre de dispositions proposées dans ce projet de loi peuvent déjà trouver des réponses satisfaisantes dans le droit actuel et peser efficacement contre tous les intégrismes et toutes les dérives sectaires. Et il n’appartient pas à la République de régenter les consciences au-delà de ce qui est nécessaire au respect du pacte républicain et de l’ordre public.

Avoir la prétention d’organiser un culte, c’est ignorer ce qu’est la loi de 1905 qui refuse le régime concordataire pour instituer un régime de liberté. Enrégimenter le monde associatif dans un cadre directif voire contraint, c’est méconnaître la décision du Conseil constitutionnel du 16 juillet 1971 et autoriser tous les abus de pouvoir dans le financement associatif et leur indépendance.Ce sont enfin les carences des contrôles des obligations accompagnant la liberté de choix des parents sur les modes d’instruction de leurs enfants qui sont en cause plus que son principe.

Comme l’histoire nous l’apprend, au prétexte de situations particulières et limitées, ce sont des restrictions générales aux libertés que l’on édicte.

Alors que la France traverse une grave crise sanitaire, économique, sociale, environnementale qui exacerbe les inégalités connues entre les territoires et les populations et qui doit tous nous mobiliser, nous refusons d’entrer dans une telle démarche de diversion et que l’unité nationale soit mise en cause.

Nous demandons au gouvernement d’abandonner un projet qui ne recèle que dangers et divisions sans apporter de réponses utiles aux dérives qu’il prétend combattre.

Premiers signataires : Ligue des droits de l’Homme (LDH), Confédération générale du travail (CGT), Fédération syndicale unitaire (FSU), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat des avocats de France (Saf), Actions Droits Musulmans (ADM), Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)Fédération nationale de la Libre Pensée, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR)Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Memorial 98, le Planning familial

Myriam Pougetoux a-t-elle réellement été huée à l’hommage pour Samuel Paty ?

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Maryam Pougetoux, responsable voilée de l'Unef lors d'une manifestation à Paris, 2019 © RICCARDO MILANI / HANS LUCAS

Le site Alnas.fr se présente comme le média « d’info francophone du musulman » mais au regard de deux articles qu’il a publiés en moins de dix jours, le doute s’installe…


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Alnas.fr a relayé la campagne mensongère contre Samuel Paty

Je l’ai d’abord remarqué à l’occasion de recherches sur l’attentat islamiste à Conflans-Sainte-Honorine car il a fait partie des canaux de diffusion de la campagne diffamatoire envers la victime, l’enseignant Samuel Paty. En effet, la nouvelle selon laquelle la victime aurait exigé de ses élèves musulmans de quitter la classe s’est diffusée comme une trainée de poudre dans les réseaux salafistes et fréristes. Elle a ensuite été totalement démentie par l’enquête : Samuel Paty n’avait ni diffusé des images à caractère pornographiques ni expulsé ses élèves musulmans.

Voici tout ce qu’il reste sur les réseaux sociaux de l’article diffamatoire de Alnas.fr :

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«France : un professeur d’histoire expulse les musulmans de sa classe pour montrer… » des caricatures de Mahomet ? « La photo d’un homme nu » ? Nous ne saurons jamais ce que ce site d’information a publié en guise de titre car la rédaction s’est empressée de supprimer l’article le vendredi soir et de le remplacer par un autre annonçant la mort de l’enseignant.

Alnas.fr « fabrique » un crime « islamophobe »

Suite au rassemblement ce dimanche place de la République à Paris, le site Alnas relaie de nouveau un mensonge. On apprend dans une brève que la vice-présidente de l’UNEF et figure controversée de ce syndicat, Myriam Pougetoux, aurait été « huée et insultée par une foule enragée ».

L’article signé par une journaliste du nom de Imane Farah, ajoute « Chez certains, sa présence a provoqué colère et indignation. Pourquoi ? Simplement parce que musulmane. Lors de son discours, Maryam Pougetoux s’est vue traiter de « collabo » et de « traitre »… Triste réalité. »

Seul problème, Maryam Pougetoux n’a jamais prononcé de discours à ce rassemblement et n’est pas montée sur la tribune quand la prise de parole de l’UNEF a été annoncée par le modérateur. La photo qui illustre l’article date d’avant la crise sanitaire, personne n’y porte de masque.

La journaliste s’est contentée de deux tweets pour inventer un nouveau crime « islamophobe ». Celui d’un militant du NPA publiant la vidéo d’un petit groupe, dont je faisais partie – le prix du journalisme est celui de la vérité, n’est-il pas ? –, criant « Collabo, traîtres à la gauche, au féminisme et à la laïcité » et d’un compte surnommé « Le Vanneur » proche des mouvances indigénistes, salafistes et fréristes qui a conclu de lui-même que c’était à cause du voile de Maryam Pougetoux que l’UNEF était décriée au rassemblement.

Plusieurs comptes ont publié cette « information » sur les réseaux sociaux dont le parti des Indigènes de la République (PIR), parti ouvertement séparatiste qui milite pour la reconnaissance des racismes et « islamophobie » d’état de la France.

https://www.facebook.com/PartiIndigenes2/posts/3546408775397357
https://twitter.com/OtmaniAbdelkad2/status/1317929632319098882?s=20

Mais qu’en est-il vraiment ?

C’est la présidente de l’UNEF Mélanie Luce qui a pris la parole à la tribune hier à l’occasion de l’hommage rendu à l’enseignant assassiné par un terroriste islamiste.

Si elle a été huée et son syndicat décrit comme « collabo », c’est à cause du militantisme acharné qui le caractérise et qui vise à inscrire l’islamophobie comme un délit dans l’inconscient collectif de la société française. Délit dont ceux qui en sont accusés se retrouvent sous protection policière, voire assassinés par des islamistes.

Dans son discours, Mélanie Luce a évoqué avec fierté sa défense du port des signes religieux (du voile, ndlr) et c’est à ce moment-là que les personnes ont dénoncé l’indécence de cette récupération politique, l’indécence du prosélytisme religieux au moment où la France entière est sous le choc, au moment où l’on est si nombreux à être désabusé face aux dégâts du prosélytisme religieux islamiste en France.

La lutte contre l’islamisme passe aussi par la lutte contre l’industrie victimaire

En une semaine, le site Alnas.fr comptabilise deux fake news a son actif, la première a valu la garde à vue à d’autres canaux l’ayant relayée. La seconde, s’inscrit tout autant dans le discours victimaire islamiste et participe à la propagande qui voudrait que la France soit un pays anti-musulmans.

En réponse à l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé ce matin, son intention de proposer la dissolution d’une cinquantaine d’associations dites islamistes en Conseil des ministres. Parmi elles, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) et l’association salafiste dite « humanitaire » Barakacity.

« Le CCIF était dans la ligne de mire. En cause, sa participation, présumée par certains, à la campagne de dénigrement lancée contre lui sur les réseaux sociaux par le père d’une collégienne. Une campagne qui a mené à la mort du professeur », selon le journal le Monde. Quid des officines comme Alnas.fr qui auraient pris part à cette campagne et qui manifestement, font de la propagande sous couvert de journalisme ?

Affaire à suivre…