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Les soignants sur les Champs-Élysées le 14 juillet? Drôle d’idée!


À force de parler de “guerre” contre le coronavirus, Emmanuel Macron a fini par se convaincre lui-même de la pertinence de sa rhétorique militaire. Il envisagerait que des soignants participent au défilé du 14 juillet. Cela va trop loin.


En France, tout finit en décorations, célébrations et allocutions. L’Élysée entend honorer tous ceux qui auront « participé à la lutte contre l’épidémie à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’activité ». Des agriculteurs aux éboueurs, des professeurs aux livreurs, sans oublier caissières et femmes de ménage, tous auront droit à leur ruban. Les recalés de la promotion unique de l’Ordre du mérite et de la Légion d’Honneur, qui sera publiée le 1er janvier 2021, auront tout de même une chance de se voir agrafer au plastron (ou à leur blouse) la « médaille de l’engagement face aux épidémies », distinction datant de 1884 et ressuscitée pour l’occasion. Je m’étonne qu’il n’y ait pas une médaille de la quatrième ligne, pour ceux qui ont tenu bon sur leur canapé. Mais il est encore temps. Puisque nous sommes tous des héros.  

Tous des héros ou tous des dingues?

On dira que je suis ingrate à l’égard de ceux qui m’ont permis, depuis deux mois, de manger des petits plats et de bouffer de la série, de me déplacer (pour des motifs essentiels, évidemment) et de me faire les ongles. Ma gratitude leur est acquise. Mais j’en ai aussi pour ma boulangère qui fait du pain tous les jours. Si je passais mon temps à m’extasier parce qu’elle fait du pain, elle me prendrait pour une dingue. 

Si nous sommes tous des héros, il n’y a plus de héros

Il y a quelque chose de ridicule, d’étouffant et de parfaitement fabriqué dans ce déluge de sentimentalité qui nous saisit dans toutes les épreuves. C’est le syndrome nounours et bougies. Nous remercions en cadence mais notre gratitude dure ce que durent les roses. Les policiers applaudis en 2015, agressés et insultés aujourd’hui, peuvent en témoigner. 

Narcissisme de la générosité

Nous prenons ces effusions pour une manifestation de l’union nationale, et pour la preuve que nous sommes solidaires, fraternels et pleins d’abnégation. En réalité, nous nous applaudissons en train d’applaudir. Et nous sommes heureux de nous voir si bons dans le miroir de l’épidémie, ce qu’un mien camarade a finement appelé « le narcissisme de la générosité ». Sauf que tout cet amour pourrait bien tourner au vinaigre, voire au gaz lacrymo à la rentrée, quand tous ces héros demanderont à être rétribués autrement qu’en symboles. 

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Mais ce n’est pas tout. Outre la distribution de hochets aux « soldats engagés en deuxième et troisième lignes » (si je me rappelle bien la distinction macronienne), le président souhaite qu’un hommage soit rendu aux personnels soignants lors des cérémonies du 14 juillet. En clair, On verra donc des blouses blanches défiler avec les uniformes sur les Champs Élysées. 

Je ne suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux

Le 14 juillet, on ne célèbre pas seulement l’unité nationale, on évoque la nation en armes : en somme, c’est la fête de l’institution militaire. Beaucoup de bons esprits, convaincus que ce sont désormais l’abnégation et le désir de soigner qui régissent la politique et les relations internationales, aimeraient d’ailleurs en faire une cérémonie civile et humaniste. Ces âmes sensibles veulent changer les paroles de la Marseillaise et raconter aux enfants que, le 8 mai, on célèbre l’amitié entre les peuples. Évoquer la victoire sur l’Allemagne nazie, pourrait chagriner « nos amis allemands » – qui du reste ne demandent pas qu’on réécrive l’Histoire pour leur faire plaisir. 

Cette volonté de démilitariser la mémoire française s’inscrit dans le projet idéologique de dénationalisation de la France (et des autres nations). Et paradoxalement, la métaphore guerrière censée sublimer la politique sanitaire va dans le même sens. Si la guerre est partout, elle n’est nulle part. Si nous sommes tous des héros, il n’y a plus de héros. Avec tout le respect que l’on doit aux soignants, ils n’étaient pas dans les tranchées en 1917. Ils ne sont pas moins méritants que des soldats, mais leur mérite est d’une autre nature.

Du reste, la vraie guerre n’a pas disparu de notre horizon. Puisqu’on en est aux remerciements, c’est l’occasion d’évoquer la mémoire de Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, membres des commandos Hubert morts au Burkina Faso en libérant des otages il y a un an, et celle de Kevin Clément, légionnaire tué au combat au Mali le 5 mai, au moment où je râlais pour l’ouverture des plages. 

Alors oui, merci à ceux qui s’occupent de notre santé. Mais le 14 juillet, d’abord un hommage à ceux qui défendent notre liberté. 

L’ouragan Jef


Bonne nouvelle, le président du conseil scientifique semble avoir été choisi pour ses qualités de médecin. Pas vraiment rompu à l’exercice de la communication politique, sa performance de ce côté aura parfois sonné à contretemps du la donné par l’orchestre gouvernemental. Des couacs qui sonnent drôlement justes.


Sans langue de bois

Jean-François Delfraissy n’est pas un perdreau de l’année. À 72 ans, le président du Conseil scientifique sur le coronavirus affiche une longue et brillante carrière d’immunologue. Mais depuis le début de la crise sanitaire, son inexpérience politique le fait régulièrement contredire les autorités qu’il est censé conseiller. Passé inaperçu dans les médias français, l’entretien qu’il a accordé le 12 avril au quotidien La Repubblica a dû faire pousser des hauts cris à l’Élysée et Matignon. Sans la moindre particule de langue de bois, Delfraissy commence par y tacler – sans la nommer – Sibeth Ndiaye, qui avait douté de l’efficacité du système de soins italien. « Je ne me suis jamais senti supérieur à l’Italie, je n’ai aucune leçon à donner à mes collègues italiens, j’en aurais plutôt à recevoir. » S’il confie avoir recommandé un confinement général dès le 10 mars, instruit par le précédent lombard, le professeur concède : « Si nous avions eu une capacité quotidienne de cent mille tests, peut-être aurais-je suggéré d’agir différemment. Mais ce n’était pas le cas. Le 10 mars, la capacité de la France était de trois mille tests par jour. Le confinement n’était pas la meilleure solution, mais la moins pire. »

A lire aussi, David Desgouilles : Déconfinement: la macronie fébrile

Bon scientifique, mauvais communiquant ?

Certains ont dû entendre les oreilles d’Édouard Philippe siffler. Et ce n’est pas fini. Doit-on porter des masques ? Là encore, Delfraissy vend la mèche : « Aussi bien l’OMS que le gouvernement français ont eu du mal à admettre la vérité, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de masques pour tous en quantité suffisante. Je suis convaincu que les masques sont un des instruments essentiels du déconfinement. » Quelques jours plus tard, à la mi-avril, le même glissait à une commission parlementaire que nos 18 millions de vieux et personnes fragiles seraient confinés sine die, s’attirant un recadrage public de l’exécutif. Miracle, le 26 avril, Delfraissy déclare au Figaro : « Il est temps que le confinement se termine », et confirme l’échéance présidentielle du 11 mai. On ignore ce qui s’est dit dans les palais lambrissés de la République mais si, comme l’a formulé le philosophe Karl Popper, la scientificité d’une thèse se mesure à sa réfutabilité, Jean-François Delfraissy est indubitablement un grand scientifique.

A relire: La technocratie, les médecins et les politiques

Les Français déconfits!


La politique infantilisante du mot d’excuse contraint tout le monde à plus ou moins mentir.


Aucun gouvernement ne peut probablement être à la hauteur d’une crise sanitaire comme celle-ci, mais on finit par se demander si nous n’amplifions pas à cette occasion la crise économique. Faut-il en rajouter à ce point ? La dramatisation, la panique générée avec application et de toute part par les médias, les politiques apeurés, les experts incompétents, le corps hospitalier érigé en victime expiatoire, les gendarmes qui gendarment ou les écoles qui comme une porte « devraient être ouvertes ou fermées » créent une angoisse hystérique et un crescendo de nouvelles précautions qui n’a d’égal que les gaffes permanentes et successives dans les consignes et leur application.

A lire aussi, du même auteur: La France, victime de la décadence médiatique

Résultat : la confiance est plus entamée en France que nulle part ailleurs en Europe. Nos compatriotes répondent à l’infantilisation permanente par une révolte sourde (on espère qu’elle le restera) car il est extrêmement difficile de respecter des règles souvent stupides et des injonctions qui heurtent le bon sens. Certes, il n’est pas facile de protéger les Français surtout quand on n’a rien anticipé, mais qu’on nous le dise une bonne fois pour toutes, on pardonnera mieux ces errements, ces fausses promesses et ces manques.

Laissez les Français travailler!

Assumez ! Au lieu de faire semblant en permanence, telle la mairie de Paris qui feint de distribuer des masques plus proches du « Sopalin » à découper, si bricolés qu’il a fallu les interdire pour les personnes « fragiles » qui n’arriveraient pas à les mettre ! Assumez ! Au lieu de faire semblant de faire confiance aux entreprises qui n’ont pas le droit de demander à leurs salariés de prendre leur température (vie privée !). Semblant d’être plus compétents que les entrepreneurs en imposant des « protocoles » pondus par des gens qui n’ont jamais travaillé dans une PME. Semblant de déconfiner les zones rouges avec des contraintes bizarres : pas de parcs et jardins mais du sport dehors (à condition par exemple (sic) de ne pas toucher les balles de tennis de l’adversaire voire de jouer avec un masque, asphyxie garantie). Pas le droit de dépasser cent kilomètres à vol d’oiseau, mais pour l’instant aucun contrôle de température n’est prévu bien que les aéroports de Paris soient équipés pour… Il faut des autorisations !

Assumez au lieu de faire semblant de sécuriser les transports ! On les raréfie alors qu’il faudrait les démultiplier : allez bosser mais évitez les transports en commun. Si vous les prenez : masque ou amende au choix (je vous passe la distanciation obligatoire…). Tout cela « encadré » par des circulaires à remplir pour accéder aux métros, bus ou trains avec une attestation de déplacement professionnel de l’employeur.

 A lire aussi, Josepha Laroche: Confiner, surveiller, punir, mater

Assumez au lieu de faire semblant de tester. Les entreprises n’ont pas le droit pour les salariés : ce serait discriminatoire car les cas positifs devraient rentrer chez eux (sans blague !). Au lieu de faire semblant de toute façon d’avoir des tests, on attend depuis un mois les conseils de l’Institut Pasteur, seul laboratoire (privé) servant de référence et qui devait mettre une plateforme à disposition pour donner les caractéristiques des tests « valables » (à part le sien ?) ; au lieu de faire semblant de rouvrir les écoles, d’ailleurs les parents feront semblant d’y mettre leurs enfants ! Au lieu de faire semblant d’imposer une distance corporelle, qu’on appelle distanciation physique, alors qu’on prône le covoiturage… mais on ne peut pas être deux dans les ascenseurs de bureaux, ni se croiser dans le couloir qui doit être à sens unique alterné (il faut se pincer pour y croire) dans une PME de 200 m2 qui n’a qu’un couloir.

L’incohérence génère les vrais débordements

Le résultat de ces incohérences risibles, c’est une désobéissance molle pour certains, affirmée et rigolarde pour d’autres (boîtes de nuits clandestines, « teufs » de jeunes dans tous les coins, encombrements de promeneurs à touche-touche sur les quais: surtout ne pas ouvrir les jardins !).

Depuis le début, la politique du mot d’excuse contraint tout le monde à plus ou moins mentir : « tu mets quoi toi sur le mot ? » « J’écris au crayon… », « C’est quoi le motif familial ? », « Me suis inventé une grand-mère à qui je porte un petit pot de beurre ! », « Tu peux me faire un certif dans ta boîte pour dire que je me déplace pour bosser ? » Le tout étant d’éviter les 135 euros qui tombent toujours sur les malheureux innocents qui se sont si peu écartés du chemin tortueux de la contagion.

Pour les autres, obéissants à la lettre et qui ont peur, c’est la psychose tant on s’est appliqué à terrifier la population. Rigolos, ceux qui circulent seuls au volant de leur voiture avec un masque ; moins drôles ceux qui vous insultent parce que vous passez à moins de trois mètres d’eux, ceux qui changent de trottoir toutes les deux minutes avec un regard au vitriol, ceux qui dénoncent…

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’Etat, ma mère juive

Bref, l’état d’esprit du pays se dégrade, une méfiance généralisée s’installe envers et contre tout le monde, un manque crucial de confiance les uns envers les autres. « On s’autoprotège les uns des autres » doctement assené par un ministre.

Le sondage de Sophie de Menthon

Tous nos mauvais réflexes sont exacerbés : on en demande de plus en plus à l’État, y compris des subventions sans conditions (que nous paierons cher) et on voudrait de moins en moins d’État ! Nous ne comprenons pas qui dirige et surtout qui a ce pouvoir de dire non, de ralentir, de créer des formulaires, de dire tout et son contraire sans aucune sanction au sein même du gouvernement ? Nous ne supportons pas qu’on attente à nos libertés quels qu’en soient les bons motifs.

Nous souhaitons tous reprendre confiance et vite. Car ce manque de confiance n’est pas une simple irritation momentanée due à la conjoncture, il est douloureux. Sans confiance, ce sont la peur et le désespoir qui s’installent. Comment remonter la pente avec ces blocages, ces interdits, et le manque de confiance en nous de cet État tentaculaire ?

La vraie question à poser aux Français dans un sondage est la suivante : – L’État a-t-il confiance en vous ? – L’État accepte-t-il de respecter votre responsabilité individuelle ? – L’État reconnaît-il que les entreprises et leurs salariés nous ont sauvés du naufrage de l’inefficacité et de l’imprévoyance ?

Il ne suffit pas de dire merci à tous et à toutes, à tout bout de champ, mais de redonner responsabilité et liberté aux Français prêts à respecter des règles sensées et respectables. « Et le courage, bordel ! » Arrêtons de brandir des comités scientifiques… Le propre d’un ministre est d’être un homme d’État en assumant les décisions à prendre sans avoir peur des conséquences sur sa propre carrière ni penser aux échéances électorales.

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L’immigration coûte bien plus que 6,57 milliards d’euros à la France


Dans un rapport publié le 5 mai 2020, la Cour des comptes analyse le coût « de l’entrée, du séjour et du premier accueil des personnes étrangères en France » pour l’année 2019. Un montant de 6,57 milliards d’euros y est notamment avancé. Depuis lors, cette estimation est abondamment relayée par la presse et de nombreux élus – notamment à droite – comme représentant le poids total de l’immigration pour les finances publiques. En réalité, cette somme ne constitue qu’une petite partie de l’ensemble, et son utilisation irréfléchie témoigne d’une large méconnaissance du sujet. Un certain nombre d’éclaircissements semblent donc s’imposer.


La Cour des comptes ne dit nulle part que l’immigration a coûté 6,57 milliards d’euros en 2019. Comme le précise très clairement la Cour dès l’introduction de ce rapport, ainsi que dans le document de synthèse, ses magistrats ne se sont pas intéressés au coût multidimensionnel et global de l’immigration pour les finances publiques. Leur analyse se concentre sur les seuls « procédures et dispositifs prévus par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ». Les grandes masses budgétaires sont donc explicitement exclues : dépenses sociales comme l’assurance maladie, les retraites et l’ensemble des aides sociales de droit commun (type RSA et APL) ; dépenses liées à la justice et à la politique de sécurité ; dépenses des collectivités territoriales comme la prise en charge des mineurs isolés, etc.

Une fiabilité quasi-nulle

Le montant de 6,57 milliards d’euros est issu d’un document budgétaire qui n’est d’aucune fiabilité et qui sous-estime grandement les coûts de l’immigration. L’évaluation de 6,57 milliards d’euros est issue du document de politique transversale Politique française de l’immigration et de l’intégration. Il s’agit d’une annexe jointe chaque année au projet de loi de finances déposé par le gouvernement, afin de donner aux parlementaires une vision de l’ensemble des crédits destinés à certaines politiques publiques et d’éclairer leur vote en conséquence.

Élément considéré comme essentiel au bon fonctionnement de notre démocratie, sa fiabilité est pourtant quasi-nulle. Le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale souligne ainsi, dans son rapport relatif à l’évaluation des coûts et bénéfices de l’immigration en matière économique et sociale, publié le 22 janvier 2020, que ce document présente « de nombreuses approximations ou des incohérences ». L’Assemblée nationale donne deux exemples des lacunes qui rendent cette source inexploitable.

Le premier concerne la forte sous-évaluation des coûts de scolarisation des enfants immigrés par le ministère de l’Éducation nationale, qui n’impute à la politique d’immigration que le montant des dispositifs fléchés sur des enfants allophones ou issus de familles itinérantes et de voyageurs (0,5 % des effectifs). Elle pèse pourtant de façon beaucoup plus large sur les dépenses d’éducation – nombre de professeurs, infrastructures scolaires, d’autant que certains dispositifs ciblent en particulier les territoires où la population étrangère est surreprésentée. Cette réduction drastique du champ de vision conduit l’Éducation nationale à formuler une estimation dérisoire de 161 millions d’euros quant aux coûts de l’immigration dans son domaine d’action publique. Cette somme est à comparer à celle avancée par le ministère de l’Enseignement supérieur : 2,2 milliards d’euros, correspondant aux 10,6 % d’étudiants étrangers du secteur public.

Des administrations divergentes

Le second exemple concerne les coûts liés à la police aux frontières et ceux des infractions pénales spécifiques relevant du séjour sur le territoire, comme le refus d’exécuter une mesure d’éloignement. Là encore, l’asymétrie entre les chiffres fournis par la police nationale (1,2 milliard d’euros pour 2020) et ceux relevant de la gendarmerie nationale (28 millions d’euros) est édifiante quant à la fiabilité très relative du document présenté.

Ces points précis témoignent de l’absence de méthode commune au sein des administrations de l’État pour élaborer les annexes budgétaires et, plus généralement, du désengagement assumé de la Direction du Budget dans la formalisation d’une information financière fiable du Parlement. Ce désengagement est d’autant plus regrettable qu’il constitue une infraction réelle aux normes constitutionnelles et aux lois organiques relatives aux finances publiques.

Compte tenu de ces graves insuffisances, il est surprenant que la Cour des comptes ait repris tel quel et sans réserve le chiffrage des coûts de l’immigration proposé par ce document.

Le coût de l’immigration pour les finances publiques varie fortement en fonction des choix méthodologiques retenus. S’il n’existe à ce jour aucune étude permettant de le déterminer de manière précise et exhaustive, les montants évoqués par les analyses les plus complètes s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an.

Comment (bien) évaluer le coût de l’immigration ?

Le calcul du coût de l’immigration nécessite de faire des choix de méthode qui ont une forte incidence sur les résultats obtenus. Prend-on en compte les immigrés stricto sensu ou faut-il ajouter leurs descendants – ce qui semblerait logique dans la mesure où les enfants d’immigrés sont directement issus de l’immigration ? Faut-il comptabiliser les coûts de l’immigration irrégulière ? Prend-on en compte les dépenses de l’État ou celles de l’ensemble des administrations publiques ? Se restreint-on aux dépenses individualisables, ou faut-il inclure les dépenses globales en déterminant la part imputable aux immigrés – par exemple s’agissant de la politique de la ville, qui bénéficie principalement à des territoires dans lesquels leur présence est particulièrement massive ?

L’étude de référence à ce sujet est celle publiée par le CEPII (service de recherche économique rattaché au Premier ministre) en 2018 : L’Impact budgétaire de 30 ans d’immigration en France. Dans cette étude, pour la dernière année considérée (2011) et selon le scénario prenant en compte la première génération des descendants d’immigrés, le CEPII estime le coût de l’immigration à 1,64 points de pourcentage de PIB. Exprimé en points de PIB de 2019, cela équivaut à 40 milliards d’euros, bien au-dessus des 6,57 milliards évoqués dans le rapport de la Cour des comptes.

Plusieurs éléments permettent cependant de penser que ce chiffre sous-estime encore le coût réel de l’immigration. L’étude du CEPII s’arrête en 2011, alors que le phénomène migratoire a connu une forte hausse depuis dix ans. Cette étude exclut les coûts de l’immigration irrégulière, alors qu’ils sont extrêmement dynamiques depuis la crise des réfugiés de 2015. Enfin, ne sont prises en compte que les dépenses individualisables au niveau des foyers, ce qui réduit l’analyse aux dépenses sociales et d’éducation – lesquelles ne représentent que 66% de l’ensemble des dépenses publiques.

Des commentateurs trop légers

La forte médiatisation du rapport de la Cour des comptes témoigne de l’importance de la question migratoire pour l’opinion publique, ainsi que de la méconnaissance du sujet dont font preuve certains commentateurs et responsables politiques.

Le fort écho rencontré par le rapport de la Cour des comptes dès sa publication, notamment sur les réseaux sociaux, témoigne de l’importance de la question de l’immigration pour les Français – attention fréquemment rappelée par de nombreux sondages. Ainsi, selon une enquête ELABE Les Français et les mesures sur l’immigration du 6 novembre 2019, près de six Français sur dix considèrent que « l’immigration et l’asile sont des sujets majeurs ».

Il existe un décalage entre les citoyens qui perçoivent ou comprennent les conséquences de l’immigration, notamment sur les finances publiques, et de nombreuses personnalités politiques qui les sous-estiment. Les Français ne sont pourtant pas détrompés par leur intuition : dans un sondage IFOP de novembre 2018 pour le Journal du Dimanche, l’AJC et la Fondation Jean-Jaurès, seuls 9% des répondants considéraient que l’immigration jouait « un rôle positif sur l’équilibre des comptes publics ».

Coupables défaillances

Bien évidemment, le problème de l’immigration ne saurait être seulement appréhendé selon un prisme financier ou économique. L’ampleur du phénomène et les transformations qu’il implique soulèvent des enjeux culturels, sécuritaires et anthropologiques beaucoup plus vastes qu’un simple calcul pécuniaire. À ce titre, il constitue un sujet politique majeur qui nécessite une information claire et fiable des citoyens et de leurs représentants, au-delà des perceptions instinctives – souvent fondées au demeurant.

Même si aucune approche technocratique ne suffit à résumer les bouleversements induits par l’immigration, nous ne pouvons que déplorer le refus de certaines administrations, comme la Direction du budget, de remplir correctement leur rôle d’éclairage du Parlement. Nous regrettons également que la Cour des comptes, que l’on a connu plus sourcilleuse quant à la sincérité des évaluations comptables, reprenne à son compte des estimations manifestement erronées et publiquement identifiées comme telles. Nous constatons enfin l’empressement de certains responsables publics – y compris parmi ceux présentés comme les plus conscients du problème – à brandir sans recul une évaluation tronquée, témoignant d’une inquiétante méconnaissance du sujet.

Il importera, à l’avenir, de remédier à ces défaillances coupables. La confiance dans l’action de l’État et le renouveau de la cohésion nationale en dépendent.

La France au miroir de l'immigration

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François Cornut-Gentille: «On ne connaît même pas le nombre réel d’habitants du 93»


Le député François Cornut-Gentille (LR) est coauteur du rapport sur l’évaluation des politiques publiques en Seine-Saint-Denis de mai 2018. Il répond à nos questions dans le dossier que nous consacrons à ce département dans notre magazine Causeur de mai.


Causeur. Votre rapport a deux ans, il pointait de graves anomalies. Où en est aujourd’hui le 93 ?

François Cornut-Gentille. J’aimerais le savoir. J’avais commencé les auditions d’un rapport de suivi, elles ont été interrompues par le Covid. Elles reprendront en septembre, si possible. Le gouvernement s’est appuyé sur nos observations de mai 2018 pour formuler 23 mesures, dévoilées en octobre 2019. La plus médiatique était la prime de 10 000 euros pour les fonctionnaires qui resteraient plus de cinq ans dans le département.

On en est là…

Oui.

Cette prime n’est pas encore mise en œuvre, au demeurant.

La Seine-Saint-Denis a-t-elle seulement besoin de moyens supplémentaires ?

C’est un aspect du problème.

À l’été 2017, le tribunal d’instance d’Aubervilliers s’est retrouvé face à une pénurie de personnel dramatique : la directrice du greffe, deux greffiers et trois adjoints ont quitté le tribunal sans être remplacés. Il restait deux magistrats et trois administratifs. Néanmoins, la demande d’argent et de personnel cache aussi un certain désarroi. C’est à peu près la seule revendication des syndicats, mais les enseignants et les policiers avec lesquels j’ai parlé doutent que le salut passe seulement par les budgets. Pour que les fonctionnaires aient envie de rester, il faut aussi que leurs missions soient correctement définies. Je crois que l’État, aujourd’hui, fonctionne très mal, partout, et que la Seine-Saint-Denis est un miroir grossissant. Des problèmes qu’on peut faire semblant de ne pas voir ailleurs y deviennent tellement embarrassants qu’il est impossible de les ignorer.

A lire aussi, Lucien Croz : A Bobigny, le clientélisme de la droite a fracturé la communauté nationale, la seule qui rassemble tout le monde

Lesquels, par exemple ?

L’Éducation nationale ne connaît pas bien le niveau réel des élèves, d’une manière générale. Il est manifestement très bas dans beaucoup d’établissements de Seine-Saint-Denis. Il y a aussi la question du nombre réel d’habitants – inconnu ! Les représentants de l’Insee que nous avons auditionnés à l’Assemblée ont assez mal pris nos appréciations, mais je les maintiens : leurs outils ne permettent pas d’estimer la population du 93. Les étrangers en situation irrégulière seraient 150 000, ou 250 000, ou 400 000, on ne sait pas très bien [à ajouter à 1,65 million de personnes officiellement recensées, ndlr]. Comment voulez-vous organiser des politiques publiques, avec de telles marges d’erreur sur une donnée essentielle ? Sans oublier la criminalité. La direction départementale des finances publiques de Seine-Saint-Denis n’a pas reçu d’instructions particulières pour appréhender l’économie souterraine. Sachant que des enquêtes ont permis d’évaluer à 70 000 euros le chiffre d’affaires quotidien des dealers d’une seule cité marseillaise (La Castellane), c’est… regrettable.

Comment en sortir ?

Tout le monde a des idées pour la Seine-Saint-Denis. C’est la course aux solutions pour régler des problèmes qui n’ont pas été assez mesurés. Il faut continuer le diagnostic. Ma certitude, à ce stade, est que l’État est à la fois le problème et la solution.

Il faudra inventer de nouveaux services publics, pas seulement pour ce département.

>>> Lire le magazine <<<

Les Français se réfugient dans leur voiture

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Les transports en commun étant potentiellement des vecteurs de transmission du coronavirus, les Français privilégient encore plus le transport individuel et avant tout la voiture. C’est ce que montre un nouveau sondage réalisé il y a quelques jours. Pas moins de 77% des personnes interrogées comptent prendre une voiture pour leurs déplacements dans les prochaines semaines et les prochains mois. Ne le dites pas à Anne Hidalgo !


N’en déplaise à la maire de Paris, et aux autres adversaires de la voiture individuelle, l’épidémie de coronavirus l’a rendu plus indispensable encore. Les promoteurs des mobilités collectives, qui considèrent que la propriété privée des véhicules est une aberration écologique et économique, vont connaître un difficile retour à la réalité. Au lieu de se débarrasser de voitures coûteuses, polluantes et encombrantes et de privilégier les transports publics, le covoiturage, la location et le partage, le réflexe de préservation avec l’épidémie conduit à moins se déplacer, mais quand il le faut à privilégier un cocon protecteur bien à soi.

A lire aussi, Thomas Morales: Vélo des champs, bicyclette des villes

La France des métropoles ne doit pas commettre deux fois la même erreur et accabler à nouveau les automobilistes. La stigmatisation de la voiture a donné naissance, pour partie au moins, au mouvement des gilets jaunes. Il ne faudrait pas à nouveau ignorer la population qui vit dans les petites villes, les zones périurbaines et les campagnes et ne peut pas se passer d’une voiture pour vivre. Il y a un peu moins de deux ans, la limitation de vitesse à 80 kilomètres / heure sur les routes secondaires et l’augmentation de la taxe carbone sur les carburants avaient été comprises comme une ponction fiscale supplémentaire et une stigmatisation infligées à la France périphérique par la France des métropoles. Chasser les véhicules des agglomérations sous des prétextes douteux, notamment en affirmant que la pollution transporte le virus, est socialement, économiquement et politiquement dangereux.

77% des Français comptent privilégier la voiture

Car les premières conséquences incontestables de l’épidémie sont que les transports en communs sont devenus un repoussoir, étant des vecteurs importants de transmission du virus, et que les grandes villes sont aujourd’hui beaucoup moins attractives, le mot est faible. Tout cela va se traduire logiquement par moins de déplacements et un usage plus important des moyens de transports individuels et plus particulièrement de l’automobile. Cette dernière est non seulement perçue comme sécurisante, mais aussi comme le moyen de retrouver une liberté de mouvement brutalement supprimée par le confinement.

Un sondage réalisé il y a quelques jours pour la start-up Virtuo, spécialisée dans la location de voitures, auprès de 1.435 personnes de 18 à 65 ans, le démontre amplement. Ainsi, 77% des Français comptent…

>>> Lire la suite de cet article sur le site de la revue Transitions et Energies <<<

Ces hussards noirs qu’on sacrifie


Un nouveau bataillon est appellé à investir le front de la guerre qui continue : les profs. Les appelés sont motivés mais se méfient légitimement d’une hiérarchie incompétente et donneuse de leçons.


Doute raisonnable

Lors d’une conférence de rédaction, je me suis trouvé être le seul à affirmer que les profs avaient bien raison d’être réticents à reprendre le travail sans garanties.
Les arguments qui m’étaient opposés étaient tout à fait recevables : mieux serait mieux, mais on n’a pas mieux et quand faut y aller, faut y aller. L’économie doit redémarrer. Les soignants ont pris le risque, les caissières ont pris le risque, pourquoi les enseignants, qui ont un rôle majeur dans notre société pourraient-ils ne pas le prendre ?
J’aurais tendance à répondre (et surtout par contraste avec les caissières), parce qu’ils le peuvent.

En effet, si les soignants ont comme vocation de soigner, les militaires de défendre ou d’attaquer, les caissières de supermarché sont rarement là par goût du contact avec le public ou par curiosité à propos de la manière dont les gens se nourrissent. Ça n’est que parce que c’était leur seul moyen de subsistance qu’elles ont dû rester en poste.
Les profs vont effectivement se trouver face à des classes possiblement composées d’enfants porteurs sains (ou pas, puisque là comme ailleurs, on ne sait finalement pas très bien), donc présentant le risque de les infecter, puis de leur faire ramener le virus à la maison.
De plus, ceux des enfants qui arriveraient à l’école séronégatifs repartiraient avec le risque de ramener chez eux un joli cadeau, transmissible aux parents, voire aux grands-parents.
Si les enseignants étaient dotés de masques FFP2 (ceux qui protègent), la première partie du problème serait quasi résolue. Mais on n’en a pas, M’sieurs dames.

Je passe évidemment sur les gestes barrières et la distanciation sociale en primaire : « Gabriel tu mets tes gants, tu prends une nouvelle craie et tu viens écrire le mot “dictée” au tableau… » ; « Marie ! si tu tires encore une fois sur l’élastique du masque de ta voisine, tu vas chez le principal ! » ; « Kevin, le nez en dehors du masque ça ne sert à rien ! C’est comme si tu te promenais à la piscine avec le zizi en dehors du maillot de bain ! » ; « Audrey, le gel hydroalcoolique, c’est pour les mains, pas pour le lécher ! », « Kevin ! Le masque, ce n’est pas non plus un bandeau de pirate ! Sur le nez, pas sur l’œil ! »

Crise de confiance

Et on pourrait continuer longtemps… Peu de points d’eau, peu de savon, peu de toilettes…
On notera au passage que le fameux « conseil scientifique », derrière lequel se sont abritées tant de décisions iniques, comme le premier tour des municipales, ou encore l’inutilité des masques, est contre cette reprise. Mais cette fois, notre président ne l’écoute plus. Moi qui peste contre son incapacité à jouer son rôle de décideur, d’homme d’État, je ne vais certainement pas lui jeter la pierre : enfin il décide !
C’est bien la preuve qu’il n’est jamais trop tard pour mal faire…
La question n’est pas la pertinence de la volonté de reprendre l’activité.

Il est évident que des inégalités sociales, culturelles, économiques frappent particulièrement les enfants pauvres ou très pauvres. Que les violences intrafamiliales ont aussi explosé depuis le début du confinement. Que la crise que nous traversons a des implications qui vont bien au-delà du sanitaire et que la déflagration économique qui va suivre ne peut s’aggraver davantage.
La question est à mon sens et avant tout celle de la confiance. En les promesses qui nous sont faites.
Bien que nous soyons « en guerre », il est caduc le temps des fusillés pour l’exemple. « Pour maintenir l’esprit d’obéissance et la discipline parmi les troupes, une première impression de terreur est indispensable », théorisait le bon général Pétain en 1915. Les enseignants « refuznik » me font penser à ces soldats fusillés pour l’exemple, car ils avaient refusé de sortir des tranchées sans préparation d’artillerie.

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Cible un peu trop facile

Le gouvernement peut toujours nous assurer de la disponibilité imminente des masques, du nombre de tests indispensables à la réussite de la stratégie choisie, le vilain peuple soupçonne l’artillerie de n’être pas prête à le défendre. N’ayant fait que mentir sans vergogne depuis le début de la crise, opérer de multiples volte-face, être passés experts en « comment se défausser en une leçon sur tout le monde », nos dirigeants ont perdu, de manière logique, toute crédibilité.
Avec en outre, et en permanence, ce petit ton qu’on emploierait pour expliquer à une classe de maternelle que ce ne sont pas les cigognes qui apportent les bébés, ce petit sourire plein d’indulgence pour les imbéciles qui osent demander pourquoi on ne ferme pas les frontières, où sont les bons de commande des masques qu’on attend encore et quid des tests pour lesquels certains laboratoires vétérinaires sont prêts, mais attendent encore à ce jour, 28 avril, les autorisations administratives adéquates pour passer à l’action.
Et voir le Premier ministre annoncer son plan de déconfinement devant l’Assemblée nationale en commençant par un plaidoyer pro domo – alors que tout montre que nous sommes parmi les plus mauvais élèves de l’Europe, que nous avons et la crise sanitaire et la crise économique à leur paroxysme (comme d’autres ont eu et le déshonneur et la guerre qu’ils croyaient éviter), alors que d’autres pays ont limité les dégâts – ne pouvait qu’inscrire cette défiance dans le marbre.

Ce refus d’admettre le péché originel a culminé quand le Premier ministre a voulu nous démontrer que tout avait été parfaitement irréprochable, puisque nous avions au début de la « guerre » des masques en suffisance pour tenir des semaines… en temps de paix.
Quant à sa saillie sur le nombre de « commentateurs ayant une vision parfaitement claire de ce qu’il aurait fallu faire », qu’il s’estime heureux de n’avoir eu écho que de ce qui se dit sur les plateaux télé, avec le filtre de la bienséance. S’il avait entendu ce qu’il se dit dans les foyers, sa barbe aurait viré au blanc intégral.
Ces enseignants, cible facile et couards désignés, me semblent au contraire tout à fait courageux. Prêts à aller au « combat », mais pas avec ce pantalon garance que portaient les soldats français lorsque la guerre éclata en 1914, faisant d’eux une cible facile. Ce rouge resté dans les mémoires collectives comme un symbole de l’impréparation française à la guerre moderne comme le masque restera celui de la défaillance du président Macron et de son gouvernement.
Monsieur le président, vous pouvez toujours cafter Gérard Larcher qui vous aurait poussé au maintien du premier tour des municipales, ceux des sachants qui assuraient que le masque était inutile, l’OMS, les lourdeurs administratives…

Tous ces fautifs sont « en même temps » vous, monsieur le président. Il vous appartenait en homme d’État de décider, de trancher, d’innover et donc d’avoir éventuellement tort devant l’Histoire.
L’éventualité est devenue certitude, car en vous réfugiant derrière votre orchestre, vous avez omis de lui donner le la.
Et il a joué tellement faux que plus personne ne veut l’entendre.

Une société d’esclaves en bonne santé


L’obsession de la santé est devenue la pire ennemie de la liberté


Si la pandémie actuelle est une guerre, elle oppose la liberté et la conception moderne de la santé. Le confinement a en effet supprimé nos droits les plus essentiels au nom de la santé collective. Dans cette guerre, nous défendons la santé publique contre la liberté parce qu’ainsi a été formaté notre logiciel sociétal depuis plusieurs décennies…

Nouveaux temps, nouveaux maux…

Ainsi, les lois anti-tabac ont posé les bases de la politique de sacrifice des libertés individuelles. D’abord modéré, l’anti-tabagisme s’est ensuite transformé en rouleau compresseur législatif, rangeant les fumeurs au rang de parias. Nous savions déjà que fumer tue, mais voilà que nous apprenons grâce aux chercheurs américains que l’espérance de vie aux États-Unis, terre promise des luttes contre la cigarette, ne cesse de baisser. La cause ? Une augmentation considérable de nombre des suicides post-dépression chez les 24 -65 ans (due notamment au déclassement social et à la désindustrialisation) mais aussi chez les jeunes de 12 à 24 ans, victimes de la surconsommation du numérique.

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L’écologie, forte de son statut d’idéologie dominante universelle, se presse de restreindre nos libertés et notamment celle de vivre le présent. Quand la jeune égérie Greta se déplace en bateau pour prononcer un discours à l’ONU, des milliards de personnes partout dans le monde qui doivent prendre un avion ou une voiture pour les besoins du travail sont stigmatisés…  Il faut croire que la nouvelle croyance verte ne tolère aucune opposition malgré ses nombreuses contradictions. Le rejet de l’énergie nucléaire, la plus propre, sûre, rentable et indispensable aux engins électriques de demain tient par exemple de la rébellion adolescente contre les valeurs des parents.

Aujourd’hui, la quête du bien-être s’est étendue aux animaux. Il n’est pas utopique d’imaginer une société dans laquelle aller au restaurant pour manger une bonne entrecôte sera considéré comme un acte malveillant. Ironie de l’histoire, l’hypothèse selon laquelle le nouveau virus ravageur proviendrait des animaux bannis de nos assiettes est une gifle cruelle aux nouveaux commissaires anti-viande.

… et nouveaux dogmes

Les dogmes du bien être universel imposés à la politique tous azimuts cachent les causes des énormes lacunes dans la gestion de la crise sanitaire mondiale. Les choses essentielles dont nous avions réellement besoin pour nous protéger de la propagation de coronavirus ont manqué : la prévention, les produits médicaux de base, les médicaments qui soignent. À l’époque de l’intelligence artificielle capable de tout prédire, les ratés de l’intelligence humaine ont fait payer un prix dramatique à des millions des personnes. Pourtant, nous nous appuyons sur les mêmes dogmes pour sortir de la pandémie. Parce que nous n’avons pas d’autre vision, tout simplement.

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Un monde meilleur passe par un équilibre meilleur entre la santé et la liberté. Les deux sont allergiques au dogmatisme. La liberté n’est pas imaginable sans le droit de choisir et d’assumer ses choix. La bonne santé publique se compose des responsabilités individuelles de chacun et de notre épanouissement collectif, économique, culturel et social.

Il n’y a pas si longtemps, l’écrivain français le plus prophétique a parlé de sérotonine, l’hormone du bonheur qui manque terriblement à notre société. Parce qu’Internet tue autant que la cigarette, ouvrons quelques cafés du commerce fumeurs et laissons les gens – les gilets jaunes, les cols blancs, les sans-dents et les millenials y fumer au comptoir, se socialiser sans intermédiaire numérique. Permettons-leur de prendre la voiture pour amener leurs familles le week-end dans la capitale. Et les autres feront du sport ou partirons à la campagne pour respirer l’air frais. Avec la confiance retrouvée en nos libertés, nous devrions mieux protéger la santé collective lors de la prochaine crise sanitaire.

Sandouville: le coup de poignard de la CGT dans le dos de Renault


Après l’épisode de Sandouville, le syndicat apparait de plus en plus comme dogmatiquement politisé et nuisible aux salariés.


Qu’un juge des référés du Havre ait ordonné la fermeture de l’usine Renault de Sandouville pour de simples questions de procédures mineures « non conformes » peut apparaître comme une incongruité judiciaire de plus, dans un palmarès qui commence à être sérieusement encombré. Pour exemples, le « mur des cons » du Syndicat de la magistrature ou les libérations régulières de malfaiteurs pour cause de procédures hors délai de juges somnolents… Mais que ce jugement du Havre fasse suite à une action venimeuse de la CGT a laissé pantois non seulement nos politiciens, mais la plupart des responsables économiques et autres syndicalistes directement intéressés.

« La posture de la CGT est irresponsable et infondée », a balancé Laurent Berger (CFDT) sur les ondes. Guillaume Ribeyre, délégué central CFE-CGC, premier syndicat chez Renault, précise que « Sandouville est l’un des meilleurs sites du groupe pour les mesures sanitaires », et il est bien placé pour le savoir. Quant au délégué syndical central de la CFDT-Renault, Franck Daoût, il est abasourdi : « C’est un véritable gâchis. Pour des raisons politiques et dogmatiques, on se retrouve avec une usine Renault bloquée pour au moins deux semaines. »

Le marché des VU fortement affecté

Comment un juge des référés, c’est-à-dire un juge de l’urgence, a-t-il pu en pleine « guerre » contre le Covid-19 – une drôle de guerre quand personne ne répond aux saboteurs – ordonner la fermeture d’une grande usine comme Sandouville, renvoyant chez eux 1 900 salariés et 700 intérimaires, une usine qui assemble des utilitaires dont le marché est très vivace ? De plus, ce juge du Havre n’aurait travaillé que sur dossier, ne serait même pas allé sur place à l’usine, pas plus qu’il n’aurait convoqué les parties concernées. Eu égard à l’importance du dossier, c’est ce qui s’appelle une justice expéditive !

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Que Sandouville se situe dans la zone industrielle du port du Havre où la CGT impose depuis toujours ses nuisances habituelles… Qu’elle s’y soit encore manifestée dernièrement avec une certaine brutalité à l’occasion de la réforme des retraites… Que Philippe Martinez qu’on ne présente plus ait longtemps sévi chez Renault et que Le Havre soit la ville du Premier ministre Édouard Philippe… Tour cela pour un simple problème de mails de convocation prétendument non reçus par des CGTistes du CSE (comité social et économique). Il y a vraiment de quoi se poser quelques questions de fond sur ce juge havrais. Tout comme sur celui de Nanterre qui s’est attaqué bille en tête à Amazon, également pour d’obscures raisons secondaires, sans compter les juges de la cour d’appel de Versailles, qui n’ont fait qu’atténuer à la marge les décisions irresponsables de ce tribunal de Nanterre qui a mis sur le carreau les 10 000 salariés d’Amazon en France. 

En France quand on veut embêter un employeur, on trouve toujours… ou on abuse du droit de retrait

Ce qui fait dire dans une interview au Point à un avocat spécialisé en droit du travail qui a voulu rester anonyme – un signe qui ne trompe pas sur la terreur que peuvent parfois inspirer ces juges imprévisibles, inconséquents et incompétents, ou tout simplement politisés – ces mots qui font peur : « Vous trouverez toujours dans les méandres du Code du travail quelque chose qu’un employeur n’a pas fait. Mais ce n’est pas cela la vraie vie. Les magistrats n’ont jamais travaillé dans une entreprise. Ils ne savent même pas de quoi ils parlent… »

Revenons à la CGT, ce coronavirus de l’économie française, et constatons pour commencer que le jusqu’au-boutisme de ce syndicat politisé à l’extrême n’est pas nouveau. Philippe Martinez, son « lider maximo » comme on l’appelle parfois en interne, n’avait-il pas déclaré fin mars : « J’ai l’impression que l’économie prime sur la santé […] Il n’y a pas besoin de fabriquer des bateaux, des avions, des voitures… Nous ne voyons pas l’utilité de ce genre de produits en ce moment. » Les coéquipiers du « Moustachu », autre sobriquet de Martinez, n’ont de cesse depuis des semaines de critiquer la réouverture des usines, pourtant timide. Ils acceptent apparemment que l’agroalimentaire puisse tourner mais pas « la fabrication de confitures », ni bien entendu l’assemblage des Trafic de Renault !

Petits rappels historiques

N’ayant pas obtenu du gouvernement ni de la justice la liste officielle des entreprises « essentielles », le Conseil d’État ayant jugé la chose « inextricable », la CGT en a profité pour multiplier les appels à la grève et recommander à ses adeptes d’exercer systématiquement le fameux « droit de retrait », encore une invention française dont elle s’est arrogé des extensions illégales et abusives. Inutile de se demander si la CGT est « essentielle » à l’économie française ! En vérité, cette CGT est une véritable secte stalinienne, une sorte de vieux virus social qui remonte à l’après-guerre et à la nouvelle organisation administrative du pays mise en place par un ministre communiste, Maurice Thorez, auquel le général de Gaulle avait bêtement confié la réforme de la fonction publique. Une très mauvaise idée. 

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Petit rappel historique : de Gaulle, ce grand homme, avait un énorme défaut, il refusait de s’occuper d’« intendance ». Sur les conseils de Staline lui-même, il avait nommé Thorez au gouvernement, croyant ainsi canaliser des communistes très énervés. Mauvaise pioche : rappelons que ce Thorez, alors « patron » du PCF, avait carrément trahi son pays dès l’année 1939 en désertant de son régiment et en allant se réfugier à Moscou. Condamné aussitôt pour « désertion en temps de guerre » et déchu de la nationalité française, il était resté pendant tout le conflit en Russie soviétique, bien à l’abri. De retour à Paris en novembre 1944, il avait obtenu grâce au piston de Staline une amnistie individuelle, faisant croire à l’opinion qu’il était resté en France dans la clandestinité durant toute la guerre, se faisant passer pour « le premier des francs-tireurs et des partisans français » et devenant le secrétaire général officiel du « parti des fusillés ». Une extraordinaire culbute médiatique comme on dirait aujourd’hui, pour un Parti communiste français qui avait commencé par trahir son pays en se rangeant derrière les soviets, alors alliés aux nazis jusqu’en juin 1941, avant de participer à la Résistance !

Le syndicalisme allemand est enviable

Donc, Thorez, libre de toute entrave, mettra en place, entre autres joyeusetés, deux des pires horreurs économiques qui n’auront cessé de miner les fondations du pays : le statut à vie des fonctionnaires d’un côté, et un statut voisin pour les cheminots qui fera plus tard tache d’huile sur les électriciens et gaziers et quelques autres organismes économiques protégés. Des statuts communistes qui tiennent toujours trois quarts de siècle plus tard ! Philippe Martinez, en réalité, n’est que le dernier héritier de la longue histoire des communistes français depuis 1946, la CGT ayant résisté à tout depuis lors, y compris à la débandade du PCF, qui s’est réfugié dans quelques petites villes et villages de l’Hexagone pour pouvoir continuer d’exister.

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Il est souvent question ces temps-ci de comparer l’état de santé des économies française et allemande, mais on oublie toujours de rappeler que la France a un handicap sérieux dans ce duel car il n’existe pas de syndicat communiste en RFA, ni de syndicat trotskiste comme FO, ou anarchiste comme Sud. Les syndicats y sont de vrais partenaires sociaux, ce qui n’est pas le cas en France, et sont organisés avant tout par secteurs – agriculture, mines et chimie, éducation et sciences, etc. –, sous la bannière d’une large Confédération totalement apolitique, qui compte plus de 6 millions de membres. Les grèves politiques y sont strictement interdites et l’on n’a jamais vu là-bas de dirigeants communistes ou trotskistes dans un gouvernement fédéral, encore moins dans un syndicat.

On n’a plus entendu parler du rapport Perruchot

Dans ce comparatif avec la France, il y a encore une autre explication : l’Allemagne, de par sa Constitution, est organisée en régions autonomes et responsables avec des gouvernements et des parlements régionaux ainsi que les budgets qui vont avec. Les Allemands ont l’immense avantage sur nous de n’avoir jamais eu à subir les dégâts du jacobinisme français et les exploits de nos énarques, la plupart incompétents autant que bouffis de suffisance. Encore un héritage du grand général, cette création de l’Ena, une machine infernale qui, en avançant dans le temps, a fini par développer une nouvelle noblesse d’État, laquelle s’est octroyé petit à petit tous les pouvoirs, se distribuant au passage des privilèges financiers et fiscaux inouïs. On ne peut que ressentir un véritable écœurement à la lecture des deux essais de Vincent Jauvert chez Robert Laffont qui leur sont consacrés, Les Intouchables d’État (2018) et Les Voraces (janvier 2020). Et encore, « écœurement », le mot est bien faible… 

Pour revenir à la CGT, sans avoir besoin de noircir un tableau déjà sinistre, et pour ouvrir les yeux des incrédules s’il en reste, qu’il nous suffise de faire référence à deux ouvrages de nature très différente dans lesquels la CGT est impliquée de la base au sommet : un rapport parlementaire et un essai de journalistes-enquêteurs. D’abord, le rapport Perruchot, du nom du député centriste du Loir-et-Cher Nicolas Perruchot, qui présidait en 2011 une commission d’enquête sur le financement des syndicats. Cette commission de parlementaires avait découvert et décortiqué le financement souterrain et frauduleux des syndicats, estimé à 4 milliards d’euros par an, ces 4 milliards incluant le coût de 28 000 salariés issus de la fonction publique ou d’entreprises publiques « détachés » en permanence dans les syndicats et donc payés par le contribuable.

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Un détournement massif d’argent public à rapprocher des minuscules « emplois fictifs » (quelques personnes à chaque fois) qui ont permis de condamner en justice Alain Juppé, puis Jacques Chirac, et ne parlons pas de François Fillon… Ce rapport Perruchot avait tellement fait peur au pouvoir à l’époque qu’il avait été mis sous le boisseau et interdit de publication. Quant à l’essai, Le Livre noir des syndicats paru en 2016 (Robert Laffont), leurs auteurs, Erwan Seznec et Rosenn Le Saint, avaient révélé le système de corruption exploité à fond par la CGT et copié par les autres syndicats, « une corruption qui se nomme “subventions publiques” et “paritarisme”, et qui corrompt l’essence même de ce que devrait être le syndicalisme […], un des aspects les plus pathétiques du syndicalisme actuel ».

Les auteurs avaient apporté une précision qui en dit long sur la CGT : elle totalise à elle seule 18 000 organisations adhérentes dont 17 000 syndicats. Une véritable nébuleuse qui permet à chaque entité juridique de réclamer des subventions et de se procurer de l’argent illégalement, tout en entretenant une providentielle opacité sur ses comptes.

Forcément quand on fait la révolution, on ne fait pas du syndicalisme…

Arrivé à ce stade, on peut poser toutes les questions que l’on veut sur la CGT, on n’obtiendra jamais de réponses. Contentons-nous de constater que la CGT ne signe jamais d’accords qui peuvent lui paraître contraignants, ne dit jamais la vérité et n’applique aucune règle sinon celle des rapports de force et de lutte contre les capitalistes et le libéralisme, à partir des principaux bunkers qu’elle contrôle – la SNCF, la RATP, EDF, les dockers, le Syndicat du livre, etc. –, et cela fait des dizaines d’années que ça dure !

Le dernier mot à Laurent Brun, le « patron » des cheminots CGT de la SNCF, un véritable forcené de la grève. Fils et petit-fils de cheminots, formé aux Jeunesses communistes, membre du PCF, c’est un stalinien comme on n’en fait presque plus. Interviewé il y a quelques temps par le mensuel Initiative communiste, il n’a pas hésité à déclarer qu’en matière de grève « les analyses de Lénine sont toujours d’actualité : il faut à la fois une idéologie révolutionnaire et une organisation révolutionnaire pour la porter ». Au moins c’est clair : les communistes de la CGT ne sont pas là pour faire du syndicalisme, qui n’est pour eux qu’un prétexte, une posture et un gagne-pain généreux, mais pour détruire le capitalisme libéral par tous les moyens et faire de la politique avant, si possible, de pouvoir faire la révolution.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils s’attaquent à Renault comme ils viennent de le faire. C’est dans l’ADN du virus communiste. Un peu comme le scorpion de la fable qui finit toujours par piquer la grenouille au milieu du gué, il est dans la nature des communistes en général et de la CGT en particulier de vouloir poignarder dans le dos, même en pleine tempête, le commandant du bateau, avec le secret espoir toujours renouvelé de pouvoir le remplacer un jour aux commandes…

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Ce à quoi vous avez échappé depuis le 17 mars…


Le confinement aura eu le mérite non négligeable de ralentir la marche effrénée du progrès en nous épargnant la tenue d’événements comme l’emballage de l’arc de triomphe ou le festival « Turn Ovaires » consacré au « cyclo-féminisme ».


La guerre contre le coronavirus – de loin celle que je préfère – n’est pas encore gagnée. Les soignants soignent. Les pangolins se marrent. Les grognards du confinement, en short, applaudissent à tout rompre chaque soir à 20 heures, et appellent la gendarmerie à 20 h 05 pour régler quelques conflits de voisinage à coups de dénonciations citoyennes. Bref, la France va bien. Mais sans le confinement, qui nous cloître, nous assigne à domicile, nous infantilise et nous prépare des lendemains économiques qui ne chantent pas, qu’aurait été la France ? À quoi avons-nous échappé depuis cette date fatidique du 17 mars ?

L’agenda médiatique a dû se passer de rendez-vous quasiment névralgiques, tels que la Journée de la non-violence éducative, la Journée mondiale du cirque, la Journée de la femme digitale, la Journée mondiale de la marionnette, la Journée mondiale de batailles d’oreillers (vérifiez…), la Journée internationale du fromage, et la Journée mondiale des manchots (celle des pangolins était en février).

La fameuse journée mondiale de bataille d'oreillers © JOEL SAGET / AFP
La fameuse journée mondiale de bataille d’oreillers
© JOEL SAGET / AFP

Le Festival de Cannes a été reporté à une date ultérieure. Le confinement a cruellement interrompu la crucifixion méthodique de Roman Polanski par les bataillons vigilants du néoféminisme. Par ailleurs, le festival de progrès Turn Ovaires (Saint-Denis), consacré au féminisme et au vélo (au « cyclo-féminisme » !) a dû être annulé, ce qui est un recul conséquent pour le droit des femmes à travers le monde.

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L’artiste américain Christo n’emballera pas l’Arc de Triomphe, comme c’était prévu initialement à la rentrée. Nous ne verrons donc pas de sitôt ce lieu de mémoire, où brûle la flamme du soldat inconnu, enveloppé pour la cause de l’art contemporain par une toile bariolée.

Le confinement nous a aussi privés des indignations répétitives de Greta Thunberg. Ses tweets se font rares. Terminée la grève de l’école ! La jeune prodige a dû mettre en pause sa machine à donner des leçons à la terre entière. Nul doute que sans cette crise inouïe, Greta aurait continué à donner ses conseils avisés aux grands de ce monde, sur le tri des déchets et la fin du capitalisme. Singulièrement, un virus encore plus petit qu’elle aura peut-être la peau du modèle « d’avant » …

Les soignants sur les Champs-Élysées le 14 juillet? Drôle d’idée!

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Défilé militaire du 14 juillet 2019 © Bony/SIPA Numéro de reportage: 00916303_000007

À force de parler de “guerre” contre le coronavirus, Emmanuel Macron a fini par se convaincre lui-même de la pertinence de sa rhétorique militaire. Il envisagerait que des soignants participent au défilé du 14 juillet. Cela va trop loin.


En France, tout finit en décorations, célébrations et allocutions. L’Élysée entend honorer tous ceux qui auront « participé à la lutte contre l’épidémie à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’activité ». Des agriculteurs aux éboueurs, des professeurs aux livreurs, sans oublier caissières et femmes de ménage, tous auront droit à leur ruban. Les recalés de la promotion unique de l’Ordre du mérite et de la Légion d’Honneur, qui sera publiée le 1er janvier 2021, auront tout de même une chance de se voir agrafer au plastron (ou à leur blouse) la « médaille de l’engagement face aux épidémies », distinction datant de 1884 et ressuscitée pour l’occasion. Je m’étonne qu’il n’y ait pas une médaille de la quatrième ligne, pour ceux qui ont tenu bon sur leur canapé. Mais il est encore temps. Puisque nous sommes tous des héros.  

Tous des héros ou tous des dingues?

On dira que je suis ingrate à l’égard de ceux qui m’ont permis, depuis deux mois, de manger des petits plats et de bouffer de la série, de me déplacer (pour des motifs essentiels, évidemment) et de me faire les ongles. Ma gratitude leur est acquise. Mais j’en ai aussi pour ma boulangère qui fait du pain tous les jours. Si je passais mon temps à m’extasier parce qu’elle fait du pain, elle me prendrait pour une dingue. 

Si nous sommes tous des héros, il n’y a plus de héros

Il y a quelque chose de ridicule, d’étouffant et de parfaitement fabriqué dans ce déluge de sentimentalité qui nous saisit dans toutes les épreuves. C’est le syndrome nounours et bougies. Nous remercions en cadence mais notre gratitude dure ce que durent les roses. Les policiers applaudis en 2015, agressés et insultés aujourd’hui, peuvent en témoigner. 

Narcissisme de la générosité

Nous prenons ces effusions pour une manifestation de l’union nationale, et pour la preuve que nous sommes solidaires, fraternels et pleins d’abnégation. En réalité, nous nous applaudissons en train d’applaudir. Et nous sommes heureux de nous voir si bons dans le miroir de l’épidémie, ce qu’un mien camarade a finement appelé « le narcissisme de la générosité ». Sauf que tout cet amour pourrait bien tourner au vinaigre, voire au gaz lacrymo à la rentrée, quand tous ces héros demanderont à être rétribués autrement qu’en symboles. 

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Mais ce n’est pas tout. Outre la distribution de hochets aux « soldats engagés en deuxième et troisième lignes » (si je me rappelle bien la distinction macronienne), le président souhaite qu’un hommage soit rendu aux personnels soignants lors des cérémonies du 14 juillet. En clair, On verra donc des blouses blanches défiler avec les uniformes sur les Champs Élysées. 

Je ne suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux

Le 14 juillet, on ne célèbre pas seulement l’unité nationale, on évoque la nation en armes : en somme, c’est la fête de l’institution militaire. Beaucoup de bons esprits, convaincus que ce sont désormais l’abnégation et le désir de soigner qui régissent la politique et les relations internationales, aimeraient d’ailleurs en faire une cérémonie civile et humaniste. Ces âmes sensibles veulent changer les paroles de la Marseillaise et raconter aux enfants que, le 8 mai, on célèbre l’amitié entre les peuples. Évoquer la victoire sur l’Allemagne nazie, pourrait chagriner « nos amis allemands » – qui du reste ne demandent pas qu’on réécrive l’Histoire pour leur faire plaisir. 

Cette volonté de démilitariser la mémoire française s’inscrit dans le projet idéologique de dénationalisation de la France (et des autres nations). Et paradoxalement, la métaphore guerrière censée sublimer la politique sanitaire va dans le même sens. Si la guerre est partout, elle n’est nulle part. Si nous sommes tous des héros, il n’y a plus de héros. Avec tout le respect que l’on doit aux soignants, ils n’étaient pas dans les tranchées en 1917. Ils ne sont pas moins méritants que des soldats, mais leur mérite est d’une autre nature.

Du reste, la vraie guerre n’a pas disparu de notre horizon. Puisqu’on en est aux remerciements, c’est l’occasion d’évoquer la mémoire de Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, membres des commandos Hubert morts au Burkina Faso en libérant des otages il y a un an, et celle de Kevin Clément, légionnaire tué au combat au Mali le 5 mai, au moment où je râlais pour l’ouverture des plages. 

Alors oui, merci à ceux qui s’occupent de notre santé. Mais le 14 juillet, d’abord un hommage à ceux qui défendent notre liberté. 

L’ouragan Jef

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Bonne nouvelle, le président du conseil scientifique semble avoir été choisi pour ses qualités de médecin. Pas vraiment rompu à l’exercice de la communication politique, sa performance de ce côté aura parfois sonné à contretemps du la donné par l’orchestre gouvernemental. Des couacs qui sonnent drôlement justes.


Sans langue de bois

Jean-François Delfraissy n’est pas un perdreau de l’année. À 72 ans, le président du Conseil scientifique sur le coronavirus affiche une longue et brillante carrière d’immunologue. Mais depuis le début de la crise sanitaire, son inexpérience politique le fait régulièrement contredire les autorités qu’il est censé conseiller. Passé inaperçu dans les médias français, l’entretien qu’il a accordé le 12 avril au quotidien La Repubblica a dû faire pousser des hauts cris à l’Élysée et Matignon. Sans la moindre particule de langue de bois, Delfraissy commence par y tacler – sans la nommer – Sibeth Ndiaye, qui avait douté de l’efficacité du système de soins italien. « Je ne me suis jamais senti supérieur à l’Italie, je n’ai aucune leçon à donner à mes collègues italiens, j’en aurais plutôt à recevoir. » S’il confie avoir recommandé un confinement général dès le 10 mars, instruit par le précédent lombard, le professeur concède : « Si nous avions eu une capacité quotidienne de cent mille tests, peut-être aurais-je suggéré d’agir différemment. Mais ce n’était pas le cas. Le 10 mars, la capacité de la France était de trois mille tests par jour. Le confinement n’était pas la meilleure solution, mais la moins pire. »

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Bon scientifique, mauvais communiquant ?

Certains ont dû entendre les oreilles d’Édouard Philippe siffler. Et ce n’est pas fini. Doit-on porter des masques ? Là encore, Delfraissy vend la mèche : « Aussi bien l’OMS que le gouvernement français ont eu du mal à admettre la vérité, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de masques pour tous en quantité suffisante. Je suis convaincu que les masques sont un des instruments essentiels du déconfinement. » Quelques jours plus tard, à la mi-avril, le même glissait à une commission parlementaire que nos 18 millions de vieux et personnes fragiles seraient confinés sine die, s’attirant un recadrage public de l’exécutif. Miracle, le 26 avril, Delfraissy déclare au Figaro : « Il est temps que le confinement se termine », et confirme l’échéance présidentielle du 11 mai. On ignore ce qui s’est dit dans les palais lambrissés de la République mais si, comme l’a formulé le philosophe Karl Popper, la scientificité d’une thèse se mesure à sa réfutabilité, Jean-François Delfraissy est indubitablement un grand scientifique.

A relire: La technocratie, les médecins et les politiques

Les Français déconfits!

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Sophie de Menthon © IBO/SIPA

La politique infantilisante du mot d’excuse contraint tout le monde à plus ou moins mentir.


Aucun gouvernement ne peut probablement être à la hauteur d’une crise sanitaire comme celle-ci, mais on finit par se demander si nous n’amplifions pas à cette occasion la crise économique. Faut-il en rajouter à ce point ? La dramatisation, la panique générée avec application et de toute part par les médias, les politiques apeurés, les experts incompétents, le corps hospitalier érigé en victime expiatoire, les gendarmes qui gendarment ou les écoles qui comme une porte « devraient être ouvertes ou fermées » créent une angoisse hystérique et un crescendo de nouvelles précautions qui n’a d’égal que les gaffes permanentes et successives dans les consignes et leur application.

A lire aussi, du même auteur: La France, victime de la décadence médiatique

Résultat : la confiance est plus entamée en France que nulle part ailleurs en Europe. Nos compatriotes répondent à l’infantilisation permanente par une révolte sourde (on espère qu’elle le restera) car il est extrêmement difficile de respecter des règles souvent stupides et des injonctions qui heurtent le bon sens. Certes, il n’est pas facile de protéger les Français surtout quand on n’a rien anticipé, mais qu’on nous le dise une bonne fois pour toutes, on pardonnera mieux ces errements, ces fausses promesses et ces manques.

Laissez les Français travailler!

Assumez ! Au lieu de faire semblant en permanence, telle la mairie de Paris qui feint de distribuer des masques plus proches du « Sopalin » à découper, si bricolés qu’il a fallu les interdire pour les personnes « fragiles » qui n’arriveraient pas à les mettre ! Assumez ! Au lieu de faire semblant de faire confiance aux entreprises qui n’ont pas le droit de demander à leurs salariés de prendre leur température (vie privée !). Semblant d’être plus compétents que les entrepreneurs en imposant des « protocoles » pondus par des gens qui n’ont jamais travaillé dans une PME. Semblant de déconfiner les zones rouges avec des contraintes bizarres : pas de parcs et jardins mais du sport dehors (à condition par exemple (sic) de ne pas toucher les balles de tennis de l’adversaire voire de jouer avec un masque, asphyxie garantie). Pas le droit de dépasser cent kilomètres à vol d’oiseau, mais pour l’instant aucun contrôle de température n’est prévu bien que les aéroports de Paris soient équipés pour… Il faut des autorisations !

Assumez au lieu de faire semblant de sécuriser les transports ! On les raréfie alors qu’il faudrait les démultiplier : allez bosser mais évitez les transports en commun. Si vous les prenez : masque ou amende au choix (je vous passe la distanciation obligatoire…). Tout cela « encadré » par des circulaires à remplir pour accéder aux métros, bus ou trains avec une attestation de déplacement professionnel de l’employeur.

 A lire aussi, Josepha Laroche: Confiner, surveiller, punir, mater

Assumez au lieu de faire semblant de tester. Les entreprises n’ont pas le droit pour les salariés : ce serait discriminatoire car les cas positifs devraient rentrer chez eux (sans blague !). Au lieu de faire semblant de toute façon d’avoir des tests, on attend depuis un mois les conseils de l’Institut Pasteur, seul laboratoire (privé) servant de référence et qui devait mettre une plateforme à disposition pour donner les caractéristiques des tests « valables » (à part le sien ?) ; au lieu de faire semblant de rouvrir les écoles, d’ailleurs les parents feront semblant d’y mettre leurs enfants ! Au lieu de faire semblant d’imposer une distance corporelle, qu’on appelle distanciation physique, alors qu’on prône le covoiturage… mais on ne peut pas être deux dans les ascenseurs de bureaux, ni se croiser dans le couloir qui doit être à sens unique alterné (il faut se pincer pour y croire) dans une PME de 200 m2 qui n’a qu’un couloir.

L’incohérence génère les vrais débordements

Le résultat de ces incohérences risibles, c’est une désobéissance molle pour certains, affirmée et rigolarde pour d’autres (boîtes de nuits clandestines, « teufs » de jeunes dans tous les coins, encombrements de promeneurs à touche-touche sur les quais: surtout ne pas ouvrir les jardins !).

Depuis le début, la politique du mot d’excuse contraint tout le monde à plus ou moins mentir : « tu mets quoi toi sur le mot ? » « J’écris au crayon… », « C’est quoi le motif familial ? », « Me suis inventé une grand-mère à qui je porte un petit pot de beurre ! », « Tu peux me faire un certif dans ta boîte pour dire que je me déplace pour bosser ? » Le tout étant d’éviter les 135 euros qui tombent toujours sur les malheureux innocents qui se sont si peu écartés du chemin tortueux de la contagion.

Pour les autres, obéissants à la lettre et qui ont peur, c’est la psychose tant on s’est appliqué à terrifier la population. Rigolos, ceux qui circulent seuls au volant de leur voiture avec un masque ; moins drôles ceux qui vous insultent parce que vous passez à moins de trois mètres d’eux, ceux qui changent de trottoir toutes les deux minutes avec un regard au vitriol, ceux qui dénoncent…

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’Etat, ma mère juive

Bref, l’état d’esprit du pays se dégrade, une méfiance généralisée s’installe envers et contre tout le monde, un manque crucial de confiance les uns envers les autres. « On s’autoprotège les uns des autres » doctement assené par un ministre.

Le sondage de Sophie de Menthon

Tous nos mauvais réflexes sont exacerbés : on en demande de plus en plus à l’État, y compris des subventions sans conditions (que nous paierons cher) et on voudrait de moins en moins d’État ! Nous ne comprenons pas qui dirige et surtout qui a ce pouvoir de dire non, de ralentir, de créer des formulaires, de dire tout et son contraire sans aucune sanction au sein même du gouvernement ? Nous ne supportons pas qu’on attente à nos libertés quels qu’en soient les bons motifs.

Nous souhaitons tous reprendre confiance et vite. Car ce manque de confiance n’est pas une simple irritation momentanée due à la conjoncture, il est douloureux. Sans confiance, ce sont la peur et le désespoir qui s’installent. Comment remonter la pente avec ces blocages, ces interdits, et le manque de confiance en nous de cet État tentaculaire ?

La vraie question à poser aux Français dans un sondage est la suivante : – L’État a-t-il confiance en vous ? – L’État accepte-t-il de respecter votre responsabilité individuelle ? – L’État reconnaît-il que les entreprises et leurs salariés nous ont sauvés du naufrage de l’inefficacité et de l’imprévoyance ?

Il ne suffit pas de dire merci à tous et à toutes, à tout bout de champ, mais de redonner responsabilité et liberté aux Français prêts à respecter des règles sensées et respectables. « Et le courage, bordel ! » Arrêtons de brandir des comités scientifiques… Le propre d’un ministre est d’être un homme d’État en assumant les décisions à prendre sans avoir peur des conséquences sur sa propre carrière ni penser aux échéances électorales.

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L’immigration coûte bien plus que 6,57 milliards d’euros à la France

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cour comptes migaud immigration
Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes. Meigneux/ Sipa. Numéro de reportage : 00893879_000001

Dans un rapport publié le 5 mai 2020, la Cour des comptes analyse le coût « de l’entrée, du séjour et du premier accueil des personnes étrangères en France » pour l’année 2019. Un montant de 6,57 milliards d’euros y est notamment avancé. Depuis lors, cette estimation est abondamment relayée par la presse et de nombreux élus – notamment à droite – comme représentant le poids total de l’immigration pour les finances publiques. En réalité, cette somme ne constitue qu’une petite partie de l’ensemble, et son utilisation irréfléchie témoigne d’une large méconnaissance du sujet. Un certain nombre d’éclaircissements semblent donc s’imposer.


La Cour des comptes ne dit nulle part que l’immigration a coûté 6,57 milliards d’euros en 2019. Comme le précise très clairement la Cour dès l’introduction de ce rapport, ainsi que dans le document de synthèse, ses magistrats ne se sont pas intéressés au coût multidimensionnel et global de l’immigration pour les finances publiques. Leur analyse se concentre sur les seuls « procédures et dispositifs prévus par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ». Les grandes masses budgétaires sont donc explicitement exclues : dépenses sociales comme l’assurance maladie, les retraites et l’ensemble des aides sociales de droit commun (type RSA et APL) ; dépenses liées à la justice et à la politique de sécurité ; dépenses des collectivités territoriales comme la prise en charge des mineurs isolés, etc.

Une fiabilité quasi-nulle

Le montant de 6,57 milliards d’euros est issu d’un document budgétaire qui n’est d’aucune fiabilité et qui sous-estime grandement les coûts de l’immigration. L’évaluation de 6,57 milliards d’euros est issue du document de politique transversale Politique française de l’immigration et de l’intégration. Il s’agit d’une annexe jointe chaque année au projet de loi de finances déposé par le gouvernement, afin de donner aux parlementaires une vision de l’ensemble des crédits destinés à certaines politiques publiques et d’éclairer leur vote en conséquence.

Élément considéré comme essentiel au bon fonctionnement de notre démocratie, sa fiabilité est pourtant quasi-nulle. Le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale souligne ainsi, dans son rapport relatif à l’évaluation des coûts et bénéfices de l’immigration en matière économique et sociale, publié le 22 janvier 2020, que ce document présente « de nombreuses approximations ou des incohérences ». L’Assemblée nationale donne deux exemples des lacunes qui rendent cette source inexploitable.

Le premier concerne la forte sous-évaluation des coûts de scolarisation des enfants immigrés par le ministère de l’Éducation nationale, qui n’impute à la politique d’immigration que le montant des dispositifs fléchés sur des enfants allophones ou issus de familles itinérantes et de voyageurs (0,5 % des effectifs). Elle pèse pourtant de façon beaucoup plus large sur les dépenses d’éducation – nombre de professeurs, infrastructures scolaires, d’autant que certains dispositifs ciblent en particulier les territoires où la population étrangère est surreprésentée. Cette réduction drastique du champ de vision conduit l’Éducation nationale à formuler une estimation dérisoire de 161 millions d’euros quant aux coûts de l’immigration dans son domaine d’action publique. Cette somme est à comparer à celle avancée par le ministère de l’Enseignement supérieur : 2,2 milliards d’euros, correspondant aux 10,6 % d’étudiants étrangers du secteur public.

Des administrations divergentes

Le second exemple concerne les coûts liés à la police aux frontières et ceux des infractions pénales spécifiques relevant du séjour sur le territoire, comme le refus d’exécuter une mesure d’éloignement. Là encore, l’asymétrie entre les chiffres fournis par la police nationale (1,2 milliard d’euros pour 2020) et ceux relevant de la gendarmerie nationale (28 millions d’euros) est édifiante quant à la fiabilité très relative du document présenté.

Ces points précis témoignent de l’absence de méthode commune au sein des administrations de l’État pour élaborer les annexes budgétaires et, plus généralement, du désengagement assumé de la Direction du Budget dans la formalisation d’une information financière fiable du Parlement. Ce désengagement est d’autant plus regrettable qu’il constitue une infraction réelle aux normes constitutionnelles et aux lois organiques relatives aux finances publiques.

Compte tenu de ces graves insuffisances, il est surprenant que la Cour des comptes ait repris tel quel et sans réserve le chiffrage des coûts de l’immigration proposé par ce document.

Le coût de l’immigration pour les finances publiques varie fortement en fonction des choix méthodologiques retenus. S’il n’existe à ce jour aucune étude permettant de le déterminer de manière précise et exhaustive, les montants évoqués par les analyses les plus complètes s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an.

Comment (bien) évaluer le coût de l’immigration ?

Le calcul du coût de l’immigration nécessite de faire des choix de méthode qui ont une forte incidence sur les résultats obtenus. Prend-on en compte les immigrés stricto sensu ou faut-il ajouter leurs descendants – ce qui semblerait logique dans la mesure où les enfants d’immigrés sont directement issus de l’immigration ? Faut-il comptabiliser les coûts de l’immigration irrégulière ? Prend-on en compte les dépenses de l’État ou celles de l’ensemble des administrations publiques ? Se restreint-on aux dépenses individualisables, ou faut-il inclure les dépenses globales en déterminant la part imputable aux immigrés – par exemple s’agissant de la politique de la ville, qui bénéficie principalement à des territoires dans lesquels leur présence est particulièrement massive ?

L’étude de référence à ce sujet est celle publiée par le CEPII (service de recherche économique rattaché au Premier ministre) en 2018 : L’Impact budgétaire de 30 ans d’immigration en France. Dans cette étude, pour la dernière année considérée (2011) et selon le scénario prenant en compte la première génération des descendants d’immigrés, le CEPII estime le coût de l’immigration à 1,64 points de pourcentage de PIB. Exprimé en points de PIB de 2019, cela équivaut à 40 milliards d’euros, bien au-dessus des 6,57 milliards évoqués dans le rapport de la Cour des comptes.

Plusieurs éléments permettent cependant de penser que ce chiffre sous-estime encore le coût réel de l’immigration. L’étude du CEPII s’arrête en 2011, alors que le phénomène migratoire a connu une forte hausse depuis dix ans. Cette étude exclut les coûts de l’immigration irrégulière, alors qu’ils sont extrêmement dynamiques depuis la crise des réfugiés de 2015. Enfin, ne sont prises en compte que les dépenses individualisables au niveau des foyers, ce qui réduit l’analyse aux dépenses sociales et d’éducation – lesquelles ne représentent que 66% de l’ensemble des dépenses publiques.

Des commentateurs trop légers

La forte médiatisation du rapport de la Cour des comptes témoigne de l’importance de la question migratoire pour l’opinion publique, ainsi que de la méconnaissance du sujet dont font preuve certains commentateurs et responsables politiques.

Le fort écho rencontré par le rapport de la Cour des comptes dès sa publication, notamment sur les réseaux sociaux, témoigne de l’importance de la question de l’immigration pour les Français – attention fréquemment rappelée par de nombreux sondages. Ainsi, selon une enquête ELABE Les Français et les mesures sur l’immigration du 6 novembre 2019, près de six Français sur dix considèrent que « l’immigration et l’asile sont des sujets majeurs ».

Il existe un décalage entre les citoyens qui perçoivent ou comprennent les conséquences de l’immigration, notamment sur les finances publiques, et de nombreuses personnalités politiques qui les sous-estiment. Les Français ne sont pourtant pas détrompés par leur intuition : dans un sondage IFOP de novembre 2018 pour le Journal du Dimanche, l’AJC et la Fondation Jean-Jaurès, seuls 9% des répondants considéraient que l’immigration jouait « un rôle positif sur l’équilibre des comptes publics ».

Coupables défaillances

Bien évidemment, le problème de l’immigration ne saurait être seulement appréhendé selon un prisme financier ou économique. L’ampleur du phénomène et les transformations qu’il implique soulèvent des enjeux culturels, sécuritaires et anthropologiques beaucoup plus vastes qu’un simple calcul pécuniaire. À ce titre, il constitue un sujet politique majeur qui nécessite une information claire et fiable des citoyens et de leurs représentants, au-delà des perceptions instinctives – souvent fondées au demeurant.

Même si aucune approche technocratique ne suffit à résumer les bouleversements induits par l’immigration, nous ne pouvons que déplorer le refus de certaines administrations, comme la Direction du budget, de remplir correctement leur rôle d’éclairage du Parlement. Nous regrettons également que la Cour des comptes, que l’on a connu plus sourcilleuse quant à la sincérité des évaluations comptables, reprenne à son compte des estimations manifestement erronées et publiquement identifiées comme telles. Nous constatons enfin l’empressement de certains responsables publics – y compris parmi ceux présentés comme les plus conscients du problème – à brandir sans recul une évaluation tronquée, témoignant d’une inquiétante méconnaissance du sujet.

Il importera, à l’avenir, de remédier à ces défaillances coupables. La confiance dans l’action de l’État et le renouveau de la cohésion nationale en dépendent.

La France au miroir de l'immigration

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François Cornut-Gentille: «On ne connaît même pas le nombre réel d’habitants du 93»

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©Thomas Samson / AFP

Le député François Cornut-Gentille (LR) est coauteur du rapport sur l’évaluation des politiques publiques en Seine-Saint-Denis de mai 2018. Il répond à nos questions dans le dossier que nous consacrons à ce département dans notre magazine Causeur de mai.


Causeur. Votre rapport a deux ans, il pointait de graves anomalies. Où en est aujourd’hui le 93 ?

François Cornut-Gentille. J’aimerais le savoir. J’avais commencé les auditions d’un rapport de suivi, elles ont été interrompues par le Covid. Elles reprendront en septembre, si possible. Le gouvernement s’est appuyé sur nos observations de mai 2018 pour formuler 23 mesures, dévoilées en octobre 2019. La plus médiatique était la prime de 10 000 euros pour les fonctionnaires qui resteraient plus de cinq ans dans le département.

On en est là…

Oui.

Cette prime n’est pas encore mise en œuvre, au demeurant.

La Seine-Saint-Denis a-t-elle seulement besoin de moyens supplémentaires ?

C’est un aspect du problème.

À l’été 2017, le tribunal d’instance d’Aubervilliers s’est retrouvé face à une pénurie de personnel dramatique : la directrice du greffe, deux greffiers et trois adjoints ont quitté le tribunal sans être remplacés. Il restait deux magistrats et trois administratifs. Néanmoins, la demande d’argent et de personnel cache aussi un certain désarroi. C’est à peu près la seule revendication des syndicats, mais les enseignants et les policiers avec lesquels j’ai parlé doutent que le salut passe seulement par les budgets. Pour que les fonctionnaires aient envie de rester, il faut aussi que leurs missions soient correctement définies. Je crois que l’État, aujourd’hui, fonctionne très mal, partout, et que la Seine-Saint-Denis est un miroir grossissant. Des problèmes qu’on peut faire semblant de ne pas voir ailleurs y deviennent tellement embarrassants qu’il est impossible de les ignorer.

A lire aussi, Lucien Croz : A Bobigny, le clientélisme de la droite a fracturé la communauté nationale, la seule qui rassemble tout le monde

Lesquels, par exemple ?

L’Éducation nationale ne connaît pas bien le niveau réel des élèves, d’une manière générale. Il est manifestement très bas dans beaucoup d’établissements de Seine-Saint-Denis. Il y a aussi la question du nombre réel d’habitants – inconnu ! Les représentants de l’Insee que nous avons auditionnés à l’Assemblée ont assez mal pris nos appréciations, mais je les maintiens : leurs outils ne permettent pas d’estimer la population du 93. Les étrangers en situation irrégulière seraient 150 000, ou 250 000, ou 400 000, on ne sait pas très bien [à ajouter à 1,65 million de personnes officiellement recensées, ndlr]. Comment voulez-vous organiser des politiques publiques, avec de telles marges d’erreur sur une donnée essentielle ? Sans oublier la criminalité. La direction départementale des finances publiques de Seine-Saint-Denis n’a pas reçu d’instructions particulières pour appréhender l’économie souterraine. Sachant que des enquêtes ont permis d’évaluer à 70 000 euros le chiffre d’affaires quotidien des dealers d’une seule cité marseillaise (La Castellane), c’est… regrettable.

Comment en sortir ?

Tout le monde a des idées pour la Seine-Saint-Denis. C’est la course aux solutions pour régler des problèmes qui n’ont pas été assez mesurés. Il faut continuer le diagnostic. Ma certitude, à ce stade, est que l’État est à la fois le problème et la solution.

Il faudra inventer de nouveaux services publics, pas seulement pour ce département.

>>> Lire le magazine <<<

Les Français se réfugient dans leur voiture

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Anne Hidalgo et Marcel Campion, en 2016 © COLLOT HENRI/SIPA Numéro de reportage : 00748607_000005

Les transports en commun étant potentiellement des vecteurs de transmission du coronavirus, les Français privilégient encore plus le transport individuel et avant tout la voiture. C’est ce que montre un nouveau sondage réalisé il y a quelques jours. Pas moins de 77% des personnes interrogées comptent prendre une voiture pour leurs déplacements dans les prochaines semaines et les prochains mois. Ne le dites pas à Anne Hidalgo !


N’en déplaise à la maire de Paris, et aux autres adversaires de la voiture individuelle, l’épidémie de coronavirus l’a rendu plus indispensable encore. Les promoteurs des mobilités collectives, qui considèrent que la propriété privée des véhicules est une aberration écologique et économique, vont connaître un difficile retour à la réalité. Au lieu de se débarrasser de voitures coûteuses, polluantes et encombrantes et de privilégier les transports publics, le covoiturage, la location et le partage, le réflexe de préservation avec l’épidémie conduit à moins se déplacer, mais quand il le faut à privilégier un cocon protecteur bien à soi.

A lire aussi, Thomas Morales: Vélo des champs, bicyclette des villes

La France des métropoles ne doit pas commettre deux fois la même erreur et accabler à nouveau les automobilistes. La stigmatisation de la voiture a donné naissance, pour partie au moins, au mouvement des gilets jaunes. Il ne faudrait pas à nouveau ignorer la population qui vit dans les petites villes, les zones périurbaines et les campagnes et ne peut pas se passer d’une voiture pour vivre. Il y a un peu moins de deux ans, la limitation de vitesse à 80 kilomètres / heure sur les routes secondaires et l’augmentation de la taxe carbone sur les carburants avaient été comprises comme une ponction fiscale supplémentaire et une stigmatisation infligées à la France périphérique par la France des métropoles. Chasser les véhicules des agglomérations sous des prétextes douteux, notamment en affirmant que la pollution transporte le virus, est socialement, économiquement et politiquement dangereux.

77% des Français comptent privilégier la voiture

Car les premières conséquences incontestables de l’épidémie sont que les transports en communs sont devenus un repoussoir, étant des vecteurs importants de transmission du virus, et que les grandes villes sont aujourd’hui beaucoup moins attractives, le mot est faible. Tout cela va se traduire logiquement par moins de déplacements et un usage plus important des moyens de transports individuels et plus particulièrement de l’automobile. Cette dernière est non seulement perçue comme sécurisante, mais aussi comme le moyen de retrouver une liberté de mouvement brutalement supprimée par le confinement.

Un sondage réalisé il y a quelques jours pour la start-up Virtuo, spécialisée dans la location de voitures, auprès de 1.435 personnes de 18 à 65 ans, le démontre amplement. Ainsi, 77% des Français comptent…

>>> Lire la suite de cet article sur le site de la revue Transitions et Energies <<<

Ces hussards noirs qu’on sacrifie

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©Soleil

Un nouveau bataillon est appellé à investir le front de la guerre qui continue : les profs. Les appelés sont motivés mais se méfient légitimement d’une hiérarchie incompétente et donneuse de leçons.


Doute raisonnable

Lors d’une conférence de rédaction, je me suis trouvé être le seul à affirmer que les profs avaient bien raison d’être réticents à reprendre le travail sans garanties.
Les arguments qui m’étaient opposés étaient tout à fait recevables : mieux serait mieux, mais on n’a pas mieux et quand faut y aller, faut y aller. L’économie doit redémarrer. Les soignants ont pris le risque, les caissières ont pris le risque, pourquoi les enseignants, qui ont un rôle majeur dans notre société pourraient-ils ne pas le prendre ?
J’aurais tendance à répondre (et surtout par contraste avec les caissières), parce qu’ils le peuvent.

En effet, si les soignants ont comme vocation de soigner, les militaires de défendre ou d’attaquer, les caissières de supermarché sont rarement là par goût du contact avec le public ou par curiosité à propos de la manière dont les gens se nourrissent. Ça n’est que parce que c’était leur seul moyen de subsistance qu’elles ont dû rester en poste.
Les profs vont effectivement se trouver face à des classes possiblement composées d’enfants porteurs sains (ou pas, puisque là comme ailleurs, on ne sait finalement pas très bien), donc présentant le risque de les infecter, puis de leur faire ramener le virus à la maison.
De plus, ceux des enfants qui arriveraient à l’école séronégatifs repartiraient avec le risque de ramener chez eux un joli cadeau, transmissible aux parents, voire aux grands-parents.
Si les enseignants étaient dotés de masques FFP2 (ceux qui protègent), la première partie du problème serait quasi résolue. Mais on n’en a pas, M’sieurs dames.

Je passe évidemment sur les gestes barrières et la distanciation sociale en primaire : « Gabriel tu mets tes gants, tu prends une nouvelle craie et tu viens écrire le mot “dictée” au tableau… » ; « Marie ! si tu tires encore une fois sur l’élastique du masque de ta voisine, tu vas chez le principal ! » ; « Kevin, le nez en dehors du masque ça ne sert à rien ! C’est comme si tu te promenais à la piscine avec le zizi en dehors du maillot de bain ! » ; « Audrey, le gel hydroalcoolique, c’est pour les mains, pas pour le lécher ! », « Kevin ! Le masque, ce n’est pas non plus un bandeau de pirate ! Sur le nez, pas sur l’œil ! »

Crise de confiance

Et on pourrait continuer longtemps… Peu de points d’eau, peu de savon, peu de toilettes…
On notera au passage que le fameux « conseil scientifique », derrière lequel se sont abritées tant de décisions iniques, comme le premier tour des municipales, ou encore l’inutilité des masques, est contre cette reprise. Mais cette fois, notre président ne l’écoute plus. Moi qui peste contre son incapacité à jouer son rôle de décideur, d’homme d’État, je ne vais certainement pas lui jeter la pierre : enfin il décide !
C’est bien la preuve qu’il n’est jamais trop tard pour mal faire…
La question n’est pas la pertinence de la volonté de reprendre l’activité.

Il est évident que des inégalités sociales, culturelles, économiques frappent particulièrement les enfants pauvres ou très pauvres. Que les violences intrafamiliales ont aussi explosé depuis le début du confinement. Que la crise que nous traversons a des implications qui vont bien au-delà du sanitaire et que la déflagration économique qui va suivre ne peut s’aggraver davantage.
La question est à mon sens et avant tout celle de la confiance. En les promesses qui nous sont faites.
Bien que nous soyons « en guerre », il est caduc le temps des fusillés pour l’exemple. « Pour maintenir l’esprit d’obéissance et la discipline parmi les troupes, une première impression de terreur est indispensable », théorisait le bon général Pétain en 1915. Les enseignants « refuznik » me font penser à ces soldats fusillés pour l’exemple, car ils avaient refusé de sortir des tranchées sans préparation d’artillerie.

A lire aussi, Marc Nacht : À la guerre

Cible un peu trop facile

Le gouvernement peut toujours nous assurer de la disponibilité imminente des masques, du nombre de tests indispensables à la réussite de la stratégie choisie, le vilain peuple soupçonne l’artillerie de n’être pas prête à le défendre. N’ayant fait que mentir sans vergogne depuis le début de la crise, opérer de multiples volte-face, être passés experts en « comment se défausser en une leçon sur tout le monde », nos dirigeants ont perdu, de manière logique, toute crédibilité.
Avec en outre, et en permanence, ce petit ton qu’on emploierait pour expliquer à une classe de maternelle que ce ne sont pas les cigognes qui apportent les bébés, ce petit sourire plein d’indulgence pour les imbéciles qui osent demander pourquoi on ne ferme pas les frontières, où sont les bons de commande des masques qu’on attend encore et quid des tests pour lesquels certains laboratoires vétérinaires sont prêts, mais attendent encore à ce jour, 28 avril, les autorisations administratives adéquates pour passer à l’action.
Et voir le Premier ministre annoncer son plan de déconfinement devant l’Assemblée nationale en commençant par un plaidoyer pro domo – alors que tout montre que nous sommes parmi les plus mauvais élèves de l’Europe, que nous avons et la crise sanitaire et la crise économique à leur paroxysme (comme d’autres ont eu et le déshonneur et la guerre qu’ils croyaient éviter), alors que d’autres pays ont limité les dégâts – ne pouvait qu’inscrire cette défiance dans le marbre.

Ce refus d’admettre le péché originel a culminé quand le Premier ministre a voulu nous démontrer que tout avait été parfaitement irréprochable, puisque nous avions au début de la « guerre » des masques en suffisance pour tenir des semaines… en temps de paix.
Quant à sa saillie sur le nombre de « commentateurs ayant une vision parfaitement claire de ce qu’il aurait fallu faire », qu’il s’estime heureux de n’avoir eu écho que de ce qui se dit sur les plateaux télé, avec le filtre de la bienséance. S’il avait entendu ce qu’il se dit dans les foyers, sa barbe aurait viré au blanc intégral.
Ces enseignants, cible facile et couards désignés, me semblent au contraire tout à fait courageux. Prêts à aller au « combat », mais pas avec ce pantalon garance que portaient les soldats français lorsque la guerre éclata en 1914, faisant d’eux une cible facile. Ce rouge resté dans les mémoires collectives comme un symbole de l’impréparation française à la guerre moderne comme le masque restera celui de la défaillance du président Macron et de son gouvernement.
Monsieur le président, vous pouvez toujours cafter Gérard Larcher qui vous aurait poussé au maintien du premier tour des municipales, ceux des sachants qui assuraient que le masque était inutile, l’OMS, les lourdeurs administratives…

Tous ces fautifs sont « en même temps » vous, monsieur le président. Il vous appartenait en homme d’État de décider, de trancher, d’innover et donc d’avoir éventuellement tort devant l’Histoire.
L’éventualité est devenue certitude, car en vous réfugiant derrière votre orchestre, vous avez omis de lui donner le la.
Et il a joué tellement faux que plus personne ne veut l’entendre.

Une société d’esclaves en bonne santé

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Image d'illustration Unsplash

L’obsession de la santé est devenue la pire ennemie de la liberté


Si la pandémie actuelle est une guerre, elle oppose la liberté et la conception moderne de la santé. Le confinement a en effet supprimé nos droits les plus essentiels au nom de la santé collective. Dans cette guerre, nous défendons la santé publique contre la liberté parce qu’ainsi a été formaté notre logiciel sociétal depuis plusieurs décennies…

Nouveaux temps, nouveaux maux…

Ainsi, les lois anti-tabac ont posé les bases de la politique de sacrifice des libertés individuelles. D’abord modéré, l’anti-tabagisme s’est ensuite transformé en rouleau compresseur législatif, rangeant les fumeurs au rang de parias. Nous savions déjà que fumer tue, mais voilà que nous apprenons grâce aux chercheurs américains que l’espérance de vie aux États-Unis, terre promise des luttes contre la cigarette, ne cesse de baisser. La cause ? Une augmentation considérable de nombre des suicides post-dépression chez les 24 -65 ans (due notamment au déclassement social et à la désindustrialisation) mais aussi chez les jeunes de 12 à 24 ans, victimes de la surconsommation du numérique.

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L’écologie, forte de son statut d’idéologie dominante universelle, se presse de restreindre nos libertés et notamment celle de vivre le présent. Quand la jeune égérie Greta se déplace en bateau pour prononcer un discours à l’ONU, des milliards de personnes partout dans le monde qui doivent prendre un avion ou une voiture pour les besoins du travail sont stigmatisés…  Il faut croire que la nouvelle croyance verte ne tolère aucune opposition malgré ses nombreuses contradictions. Le rejet de l’énergie nucléaire, la plus propre, sûre, rentable et indispensable aux engins électriques de demain tient par exemple de la rébellion adolescente contre les valeurs des parents.

Aujourd’hui, la quête du bien-être s’est étendue aux animaux. Il n’est pas utopique d’imaginer une société dans laquelle aller au restaurant pour manger une bonne entrecôte sera considéré comme un acte malveillant. Ironie de l’histoire, l’hypothèse selon laquelle le nouveau virus ravageur proviendrait des animaux bannis de nos assiettes est une gifle cruelle aux nouveaux commissaires anti-viande.

… et nouveaux dogmes

Les dogmes du bien être universel imposés à la politique tous azimuts cachent les causes des énormes lacunes dans la gestion de la crise sanitaire mondiale. Les choses essentielles dont nous avions réellement besoin pour nous protéger de la propagation de coronavirus ont manqué : la prévention, les produits médicaux de base, les médicaments qui soignent. À l’époque de l’intelligence artificielle capable de tout prédire, les ratés de l’intelligence humaine ont fait payer un prix dramatique à des millions des personnes. Pourtant, nous nous appuyons sur les mêmes dogmes pour sortir de la pandémie. Parce que nous n’avons pas d’autre vision, tout simplement.

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Un monde meilleur passe par un équilibre meilleur entre la santé et la liberté. Les deux sont allergiques au dogmatisme. La liberté n’est pas imaginable sans le droit de choisir et d’assumer ses choix. La bonne santé publique se compose des responsabilités individuelles de chacun et de notre épanouissement collectif, économique, culturel et social.

Il n’y a pas si longtemps, l’écrivain français le plus prophétique a parlé de sérotonine, l’hormone du bonheur qui manque terriblement à notre société. Parce qu’Internet tue autant que la cigarette, ouvrons quelques cafés du commerce fumeurs et laissons les gens – les gilets jaunes, les cols blancs, les sans-dents et les millenials y fumer au comptoir, se socialiser sans intermédiaire numérique. Permettons-leur de prendre la voiture pour amener leurs familles le week-end dans la capitale. Et les autres feront du sport ou partirons à la campagne pour respirer l’air frais. Avec la confiance retrouvée en nos libertés, nous devrions mieux protéger la santé collective lors de la prochaine crise sanitaire.

Sandouville: le coup de poignard de la CGT dans le dos de Renault

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Manifestation de la CGT le lundi 11 mai, à Rouen, devant la préfecture de la Seine Maritime © ROBIN LETELLIER/SIPA Numéro de reportage: 00961441_000004

Après l’épisode de Sandouville, le syndicat apparait de plus en plus comme dogmatiquement politisé et nuisible aux salariés.


Qu’un juge des référés du Havre ait ordonné la fermeture de l’usine Renault de Sandouville pour de simples questions de procédures mineures « non conformes » peut apparaître comme une incongruité judiciaire de plus, dans un palmarès qui commence à être sérieusement encombré. Pour exemples, le « mur des cons » du Syndicat de la magistrature ou les libérations régulières de malfaiteurs pour cause de procédures hors délai de juges somnolents… Mais que ce jugement du Havre fasse suite à une action venimeuse de la CGT a laissé pantois non seulement nos politiciens, mais la plupart des responsables économiques et autres syndicalistes directement intéressés.

« La posture de la CGT est irresponsable et infondée », a balancé Laurent Berger (CFDT) sur les ondes. Guillaume Ribeyre, délégué central CFE-CGC, premier syndicat chez Renault, précise que « Sandouville est l’un des meilleurs sites du groupe pour les mesures sanitaires », et il est bien placé pour le savoir. Quant au délégué syndical central de la CFDT-Renault, Franck Daoût, il est abasourdi : « C’est un véritable gâchis. Pour des raisons politiques et dogmatiques, on se retrouve avec une usine Renault bloquée pour au moins deux semaines. »

Le marché des VU fortement affecté

Comment un juge des référés, c’est-à-dire un juge de l’urgence, a-t-il pu en pleine « guerre » contre le Covid-19 – une drôle de guerre quand personne ne répond aux saboteurs – ordonner la fermeture d’une grande usine comme Sandouville, renvoyant chez eux 1 900 salariés et 700 intérimaires, une usine qui assemble des utilitaires dont le marché est très vivace ? De plus, ce juge du Havre n’aurait travaillé que sur dossier, ne serait même pas allé sur place à l’usine, pas plus qu’il n’aurait convoqué les parties concernées. Eu égard à l’importance du dossier, c’est ce qui s’appelle une justice expéditive !

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Que Sandouville se situe dans la zone industrielle du port du Havre où la CGT impose depuis toujours ses nuisances habituelles… Qu’elle s’y soit encore manifestée dernièrement avec une certaine brutalité à l’occasion de la réforme des retraites… Que Philippe Martinez qu’on ne présente plus ait longtemps sévi chez Renault et que Le Havre soit la ville du Premier ministre Édouard Philippe… Tour cela pour un simple problème de mails de convocation prétendument non reçus par des CGTistes du CSE (comité social et économique). Il y a vraiment de quoi se poser quelques questions de fond sur ce juge havrais. Tout comme sur celui de Nanterre qui s’est attaqué bille en tête à Amazon, également pour d’obscures raisons secondaires, sans compter les juges de la cour d’appel de Versailles, qui n’ont fait qu’atténuer à la marge les décisions irresponsables de ce tribunal de Nanterre qui a mis sur le carreau les 10 000 salariés d’Amazon en France. 

En France quand on veut embêter un employeur, on trouve toujours… ou on abuse du droit de retrait

Ce qui fait dire dans une interview au Point à un avocat spécialisé en droit du travail qui a voulu rester anonyme – un signe qui ne trompe pas sur la terreur que peuvent parfois inspirer ces juges imprévisibles, inconséquents et incompétents, ou tout simplement politisés – ces mots qui font peur : « Vous trouverez toujours dans les méandres du Code du travail quelque chose qu’un employeur n’a pas fait. Mais ce n’est pas cela la vraie vie. Les magistrats n’ont jamais travaillé dans une entreprise. Ils ne savent même pas de quoi ils parlent… »

Revenons à la CGT, ce coronavirus de l’économie française, et constatons pour commencer que le jusqu’au-boutisme de ce syndicat politisé à l’extrême n’est pas nouveau. Philippe Martinez, son « lider maximo » comme on l’appelle parfois en interne, n’avait-il pas déclaré fin mars : « J’ai l’impression que l’économie prime sur la santé […] Il n’y a pas besoin de fabriquer des bateaux, des avions, des voitures… Nous ne voyons pas l’utilité de ce genre de produits en ce moment. » Les coéquipiers du « Moustachu », autre sobriquet de Martinez, n’ont de cesse depuis des semaines de critiquer la réouverture des usines, pourtant timide. Ils acceptent apparemment que l’agroalimentaire puisse tourner mais pas « la fabrication de confitures », ni bien entendu l’assemblage des Trafic de Renault !

Petits rappels historiques

N’ayant pas obtenu du gouvernement ni de la justice la liste officielle des entreprises « essentielles », le Conseil d’État ayant jugé la chose « inextricable », la CGT en a profité pour multiplier les appels à la grève et recommander à ses adeptes d’exercer systématiquement le fameux « droit de retrait », encore une invention française dont elle s’est arrogé des extensions illégales et abusives. Inutile de se demander si la CGT est « essentielle » à l’économie française ! En vérité, cette CGT est une véritable secte stalinienne, une sorte de vieux virus social qui remonte à l’après-guerre et à la nouvelle organisation administrative du pays mise en place par un ministre communiste, Maurice Thorez, auquel le général de Gaulle avait bêtement confié la réforme de la fonction publique. Une très mauvaise idée. 

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Petit rappel historique : de Gaulle, ce grand homme, avait un énorme défaut, il refusait de s’occuper d’« intendance ». Sur les conseils de Staline lui-même, il avait nommé Thorez au gouvernement, croyant ainsi canaliser des communistes très énervés. Mauvaise pioche : rappelons que ce Thorez, alors « patron » du PCF, avait carrément trahi son pays dès l’année 1939 en désertant de son régiment et en allant se réfugier à Moscou. Condamné aussitôt pour « désertion en temps de guerre » et déchu de la nationalité française, il était resté pendant tout le conflit en Russie soviétique, bien à l’abri. De retour à Paris en novembre 1944, il avait obtenu grâce au piston de Staline une amnistie individuelle, faisant croire à l’opinion qu’il était resté en France dans la clandestinité durant toute la guerre, se faisant passer pour « le premier des francs-tireurs et des partisans français » et devenant le secrétaire général officiel du « parti des fusillés ». Une extraordinaire culbute médiatique comme on dirait aujourd’hui, pour un Parti communiste français qui avait commencé par trahir son pays en se rangeant derrière les soviets, alors alliés aux nazis jusqu’en juin 1941, avant de participer à la Résistance !

Le syndicalisme allemand est enviable

Donc, Thorez, libre de toute entrave, mettra en place, entre autres joyeusetés, deux des pires horreurs économiques qui n’auront cessé de miner les fondations du pays : le statut à vie des fonctionnaires d’un côté, et un statut voisin pour les cheminots qui fera plus tard tache d’huile sur les électriciens et gaziers et quelques autres organismes économiques protégés. Des statuts communistes qui tiennent toujours trois quarts de siècle plus tard ! Philippe Martinez, en réalité, n’est que le dernier héritier de la longue histoire des communistes français depuis 1946, la CGT ayant résisté à tout depuis lors, y compris à la débandade du PCF, qui s’est réfugié dans quelques petites villes et villages de l’Hexagone pour pouvoir continuer d’exister.

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Il est souvent question ces temps-ci de comparer l’état de santé des économies française et allemande, mais on oublie toujours de rappeler que la France a un handicap sérieux dans ce duel car il n’existe pas de syndicat communiste en RFA, ni de syndicat trotskiste comme FO, ou anarchiste comme Sud. Les syndicats y sont de vrais partenaires sociaux, ce qui n’est pas le cas en France, et sont organisés avant tout par secteurs – agriculture, mines et chimie, éducation et sciences, etc. –, sous la bannière d’une large Confédération totalement apolitique, qui compte plus de 6 millions de membres. Les grèves politiques y sont strictement interdites et l’on n’a jamais vu là-bas de dirigeants communistes ou trotskistes dans un gouvernement fédéral, encore moins dans un syndicat.

On n’a plus entendu parler du rapport Perruchot

Dans ce comparatif avec la France, il y a encore une autre explication : l’Allemagne, de par sa Constitution, est organisée en régions autonomes et responsables avec des gouvernements et des parlements régionaux ainsi que les budgets qui vont avec. Les Allemands ont l’immense avantage sur nous de n’avoir jamais eu à subir les dégâts du jacobinisme français et les exploits de nos énarques, la plupart incompétents autant que bouffis de suffisance. Encore un héritage du grand général, cette création de l’Ena, une machine infernale qui, en avançant dans le temps, a fini par développer une nouvelle noblesse d’État, laquelle s’est octroyé petit à petit tous les pouvoirs, se distribuant au passage des privilèges financiers et fiscaux inouïs. On ne peut que ressentir un véritable écœurement à la lecture des deux essais de Vincent Jauvert chez Robert Laffont qui leur sont consacrés, Les Intouchables d’État (2018) et Les Voraces (janvier 2020). Et encore, « écœurement », le mot est bien faible… 

Pour revenir à la CGT, sans avoir besoin de noircir un tableau déjà sinistre, et pour ouvrir les yeux des incrédules s’il en reste, qu’il nous suffise de faire référence à deux ouvrages de nature très différente dans lesquels la CGT est impliquée de la base au sommet : un rapport parlementaire et un essai de journalistes-enquêteurs. D’abord, le rapport Perruchot, du nom du député centriste du Loir-et-Cher Nicolas Perruchot, qui présidait en 2011 une commission d’enquête sur le financement des syndicats. Cette commission de parlementaires avait découvert et décortiqué le financement souterrain et frauduleux des syndicats, estimé à 4 milliards d’euros par an, ces 4 milliards incluant le coût de 28 000 salariés issus de la fonction publique ou d’entreprises publiques « détachés » en permanence dans les syndicats et donc payés par le contribuable.

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Un détournement massif d’argent public à rapprocher des minuscules « emplois fictifs » (quelques personnes à chaque fois) qui ont permis de condamner en justice Alain Juppé, puis Jacques Chirac, et ne parlons pas de François Fillon… Ce rapport Perruchot avait tellement fait peur au pouvoir à l’époque qu’il avait été mis sous le boisseau et interdit de publication. Quant à l’essai, Le Livre noir des syndicats paru en 2016 (Robert Laffont), leurs auteurs, Erwan Seznec et Rosenn Le Saint, avaient révélé le système de corruption exploité à fond par la CGT et copié par les autres syndicats, « une corruption qui se nomme “subventions publiques” et “paritarisme”, et qui corrompt l’essence même de ce que devrait être le syndicalisme […], un des aspects les plus pathétiques du syndicalisme actuel ».

Les auteurs avaient apporté une précision qui en dit long sur la CGT : elle totalise à elle seule 18 000 organisations adhérentes dont 17 000 syndicats. Une véritable nébuleuse qui permet à chaque entité juridique de réclamer des subventions et de se procurer de l’argent illégalement, tout en entretenant une providentielle opacité sur ses comptes.

Forcément quand on fait la révolution, on ne fait pas du syndicalisme…

Arrivé à ce stade, on peut poser toutes les questions que l’on veut sur la CGT, on n’obtiendra jamais de réponses. Contentons-nous de constater que la CGT ne signe jamais d’accords qui peuvent lui paraître contraignants, ne dit jamais la vérité et n’applique aucune règle sinon celle des rapports de force et de lutte contre les capitalistes et le libéralisme, à partir des principaux bunkers qu’elle contrôle – la SNCF, la RATP, EDF, les dockers, le Syndicat du livre, etc. –, et cela fait des dizaines d’années que ça dure !

Le dernier mot à Laurent Brun, le « patron » des cheminots CGT de la SNCF, un véritable forcené de la grève. Fils et petit-fils de cheminots, formé aux Jeunesses communistes, membre du PCF, c’est un stalinien comme on n’en fait presque plus. Interviewé il y a quelques temps par le mensuel Initiative communiste, il n’a pas hésité à déclarer qu’en matière de grève « les analyses de Lénine sont toujours d’actualité : il faut à la fois une idéologie révolutionnaire et une organisation révolutionnaire pour la porter ». Au moins c’est clair : les communistes de la CGT ne sont pas là pour faire du syndicalisme, qui n’est pour eux qu’un prétexte, une posture et un gagne-pain généreux, mais pour détruire le capitalisme libéral par tous les moyens et faire de la politique avant, si possible, de pouvoir faire la révolution.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils s’attaquent à Renault comme ils viennent de le faire. C’est dans l’ADN du virus communiste. Un peu comme le scorpion de la fable qui finit toujours par piquer la grenouille au milieu du gué, il est dans la nature des communistes en général et de la CGT en particulier de vouloir poignarder dans le dos, même en pleine tempête, le commandant du bateau, avec le secret espoir toujours renouvelé de pouvoir le remplacer un jour aux commandes…

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Ce à quoi vous avez échappé depuis le 17 mars…

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Dessin du projet de l'artiste Christo ©André Grossmann / Christo and Jeanne-Claude - 2019 CHRISTO / AFP

Le confinement aura eu le mérite non négligeable de ralentir la marche effrénée du progrès en nous épargnant la tenue d’événements comme l’emballage de l’arc de triomphe ou le festival « Turn Ovaires » consacré au « cyclo-féminisme ».


La guerre contre le coronavirus – de loin celle que je préfère – n’est pas encore gagnée. Les soignants soignent. Les pangolins se marrent. Les grognards du confinement, en short, applaudissent à tout rompre chaque soir à 20 heures, et appellent la gendarmerie à 20 h 05 pour régler quelques conflits de voisinage à coups de dénonciations citoyennes. Bref, la France va bien. Mais sans le confinement, qui nous cloître, nous assigne à domicile, nous infantilise et nous prépare des lendemains économiques qui ne chantent pas, qu’aurait été la France ? À quoi avons-nous échappé depuis cette date fatidique du 17 mars ?

L’agenda médiatique a dû se passer de rendez-vous quasiment névralgiques, tels que la Journée de la non-violence éducative, la Journée mondiale du cirque, la Journée de la femme digitale, la Journée mondiale de la marionnette, la Journée mondiale de batailles d’oreillers (vérifiez…), la Journée internationale du fromage, et la Journée mondiale des manchots (celle des pangolins était en février).

La fameuse journée mondiale de bataille d'oreillers © JOEL SAGET / AFP
La fameuse journée mondiale de bataille d’oreillers
© JOEL SAGET / AFP

Le Festival de Cannes a été reporté à une date ultérieure. Le confinement a cruellement interrompu la crucifixion méthodique de Roman Polanski par les bataillons vigilants du néoféminisme. Par ailleurs, le festival de progrès Turn Ovaires (Saint-Denis), consacré au féminisme et au vélo (au « cyclo-féminisme » !) a dû être annulé, ce qui est un recul conséquent pour le droit des femmes à travers le monde.

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L’artiste américain Christo n’emballera pas l’Arc de Triomphe, comme c’était prévu initialement à la rentrée. Nous ne verrons donc pas de sitôt ce lieu de mémoire, où brûle la flamme du soldat inconnu, enveloppé pour la cause de l’art contemporain par une toile bariolée.

Le confinement nous a aussi privés des indignations répétitives de Greta Thunberg. Ses tweets se font rares. Terminée la grève de l’école ! La jeune prodige a dû mettre en pause sa machine à donner des leçons à la terre entière. Nul doute que sans cette crise inouïe, Greta aurait continué à donner ses conseils avisés aux grands de ce monde, sur le tri des déchets et la fin du capitalisme. Singulièrement, un virus encore plus petit qu’elle aura peut-être la peau du modèle « d’avant » …