La politique infantilisante du mot d’excuse contraint tout le monde à plus ou moins mentir.


Aucun gouvernement ne peut probablement être à la hauteur d’une crise sanitaire comme celle-ci, mais on finit par se demander si nous n’amplifions pas à cette occasion la crise économique. Faut-il en rajouter à ce point ? La dramatisation, la panique générée avec application et de toute part par les médias, les politiques apeurés, les experts incompétents, le corps hospitalier érigé en victime expiatoire, les gendarmes qui gendarment ou les écoles qui comme une porte « devraient être ouvertes ou fermées » créent une angoisse hystérique et un crescendo de nouvelles précautions qui n’a d’égal que les gaffes permanentes et successives dans les consignes et leur application.

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Résultat : la confiance est plus entamée en France que nulle part ailleurs en Europe. Nos compatriotes répondent à l’infantilisation permanente par une révolte sourde (on espère qu’elle le restera) car il est extrêmement difficile de respecter des règles souvent stupides et des injonctions qui heurtent le bon sens. Certes, il n’est pas facile de protéger les Français surtout quand on n’a rien anticipé, mais qu’on nous le dise une bonne fois pour toutes, on pardonnera mieux ces errements, ces fausses promesses et ces manques.

Laissez les Français travailler!

Assumez ! Au lieu de faire semblant en permanence, telle la mairie de Paris qui feint de distribuer des masques plus proches du « Sopalin » à découper, si bricolés qu’il a fallu les interdire pour les personnes « fragiles » qui n’arriveraient pas à les mettre ! Assumez ! Au lieu de faire semblant de faire confiance aux entreprises qui n’ont pas le droit de demander à leurs salariés de prendre leur température (vie privée !). Semblant d’être plus compétents que les entrepreneurs en imposant des « protocoles » pondus par des gens qui n’ont jamais travaillé dans une PME. Semblant de déconfiner les zones rouges avec des contraintes bizarres : pas de parcs et jardins mais du sport dehors (à condition par exemple (sic) de ne pas toucher les balles de tennis de l’adversaire voire de jouer avec un masque, asphyxie garantie). Pas le droit de dépasser cent kilomètres à vol d’oiseau, mais pour l’instant aucun contrôle de température n’est prévu bien que les aéroports de Paris soient équipés pour… Il faut des autorisations !

Assumez au lieu de faire semblant de sécuriser les transports ! On les raréfie alors qu’il faudrait les démultiplier : allez bosser mais évitez les transports en commun. Si vous les prenez : masque ou amende au choix (je vous passe la distanciation obligatoire…). Tout cela « encadré » par des circulaires à remplir pour accéder aux métros, bus ou trains avec une attestation de déplacement professionnel de l’employeur.

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Assumez au lieu de faire semblant de tester. Les entreprises n’ont pas le droit pour les salariés : ce serait discriminatoire car les cas positifs devraient rentrer chez eux (sans blague !). Au lieu de faire semblant de toute façon d’avoir des tests, on attend depuis un mois les conseils de l’Institut Pasteur, seul laboratoire (privé) servant de référence et qui devait mettre une plateforme à disposition pour donner les caractéristiques des tests « valables » (à part le sien ?) ; au lieu de faire semblant de rouvrir les écoles, d’ailleurs les parents feront semblant d’y mettre leurs enfants ! Au lieu de faire semblant d’imposer une distance corporelle, qu’on appelle distanciation physique, alors qu’on prône le covoiturage… mais on ne peut pas être deux dans les ascenseurs de bureaux, ni se croiser dans le couloir qui doit être à sens unique alterné (il faut se pincer pour y croire) dans une PME de 200 m2 qui n’a qu’un couloir.

L’incohérence génère les vrais débordements

Le résultat de ces incohérences risibles, c’est une désobéissance molle pour certains, affirmée et rigolarde pour d’autres (boîtes de nuits clandestines, « teufs » de jeunes dans tous les coins, encombrements de promeneurs à touche-touche sur les quais: surtout ne pas ouvrir les jardins !).

Depuis le début, la politique du mot d’excuse contraint tout le monde à plus ou moins mentir : « tu mets quoi toi sur le mot ? » « J’écris au crayon… », « C’est quoi le motif familial ? », « Me suis inventé une grand-mère à qui je porte un petit pot de beurre ! », « Tu peux me faire un certif dans ta boîte pour dire que je me déplace pour bosser ? » Le tout étant d’éviter les 135 euros qui tombent toujours sur les malheureux innocents qui se sont si peu écartés du chemin tortueux de la contagion.

Pour les autres, obéissants à la lettre et qui ont peur, c’est la psychose tant on s’est appliqué à terrifier la population. Rigolos, ceux qui circulent seuls au volant de leur voiture avec un masque ; moins drôles ceux qui vous insultent parce que vous passez à moins de trois mètres d’eux, ceux qui changent de trottoir toutes les deux minutes avec un regard au vitriol, ceux qui dénoncent…

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Bref, l’état d’esprit du pays se dégrade, une méfiance généralisée s’installe envers et contre tout le monde, un manque crucial de confiance les uns envers les autres. « On s’autoprotège les uns des autres » doctement assené par un ministre.

Le sondage de Sophie de Menthon

Tous nos mauvais réflexes sont exacerbés : on en demande de plus en plus à l’État, y compris des subventions sans conditions (que nous paierons cher) et on voudrait de moins en moins d’État ! Nous ne comprenons pas qui dirige et surtout qui a ce pouvoir de dire non, de ralentir, de créer des formulaires, de dire tout et son contraire sans aucune sanction au sein même du gouvernement ? Nous ne supportons pas qu’on attente à nos libertés quels qu’en soient les bons motifs.

Nous souhaitons tous reprendre confiance et vite. Car ce manque de confiance n’est pas une simple irritation momentanée due à la conjoncture, il est douloureux. Sans confiance, ce sont la peur et le désespoir qui s’installent. Comment remonter la pente avec ces blocages, ces interdits, et le manque de confiance en nous de cet État tentaculaire ?

La vraie question à poser aux Français dans un sondage est la suivante : – L’État a-t-il confiance en vous ? – L’État accepte-t-il de respecter votre responsabilité individuelle ? – L’État reconnaît-il que les entreprises et leurs salariés nous ont sauvés du naufrage de l’inefficacité et de l’imprévoyance ?

Il ne suffit pas de dire merci à tous et à toutes, à tout bout de champ, mais de redonner responsabilité et liberté aux Français prêts à respecter des règles sensées et respectables. « Et le courage, bordel ! » Arrêtons de brandir des comités scientifiques… Le propre d’un ministre est d’être un homme d’État en assumant les décisions à prendre sans avoir peur des conséquences sur sa propre carrière ni penser aux échéances électorales.

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