Un nouveau bataillon est appellé à investir le front de la guerre qui continue : les profs. Les appelés sont motivés mais se méfient légitimement d’une hiérarchie incompétente et donneuse de leçons.


Doute raisonnable

Lors d’une conférence de rédaction, je me suis trouvé être le seul à affirmer que les profs avaient bien raison d’être réticents à reprendre le travail sans garanties.
Les arguments qui m’étaient opposés étaient tout à fait recevables : mieux serait mieux, mais on n’a pas mieux et quand faut y aller, faut y aller. L’économie doit redémarrer. Les soignants ont pris le risque, les caissières ont pris le risque, pourquoi les enseignants, qui ont un rôle majeur dans notre société pourraient-ils ne pas le prendre ?
J’aurais tendance à répondre (et surtout par contraste avec les caissières), parce qu’ils le peuvent.

En effet, si les soignants ont comme vocation de soigner, les militaires de défendre ou d’attaquer, les caissières de supermarché sont rarement là par goût du contact avec le public ou par curiosité à propos de la manière dont les gens se nourrissent. Ça n’est que parce que c’était leur seul moyen de subsistance qu’elles ont dû rester en poste.
Les profs vont effectivement se trouver face à des classes possiblement composées d’enfants porteurs sains (ou pas, puisque là comme ailleurs, on ne sait finalement pas très bien), donc présentant le risque de les infecter, puis de leur faire ramener le virus à la maison.
De plus, ceux des enfants qui arriveraient à l’école séronégatifs repartiraient avec le risque de ramener chez eux un joli cadeau, transmissible aux parents, voire aux grands-parents.
Si les enseignants étaient dotés de masques FFP2 (ceux qui protègent), la première partie du problème serait quasi résolue. Mais on n’en a pas, M’sieurs dames.

Je passe évidemment sur les gestes barrières et la distanciation sociale en primaire : « Gabriel tu mets tes gants, tu prends une nouvelle craie et tu viens écrire le mot “dictée” au tableau… » ; « Marie ! si tu tires encore une fois sur l’élastique du masque de ta voisine, tu vas chez le principal ! » ; « Kevin, le nez en dehors du masque ça ne sert à rien ! C’est comme si tu te promenais à la piscine avec le zizi en dehors du maillot de bain ! » ; « Audrey, le gel hydroalcoolique, c’est pour les mains, pas pour le lécher ! », « Kevin ! Le masque, ce n’est pas non plus un bandeau de pirate ! Sur le nez, pas sur l’œil ! »

Crise de confiance

Et on pourrait continuer longtemps… Peu de points d’eau, peu de savon, peu de toilettes…
On notera au passage que le fameux « conseil scientifique », derrière lequel se sont abritées tant de décisions iniques, comme le premier tour des municipales, ou encore l’inutilité des masques, est contre cette reprise. Mais cette fois, notre président ne l’écoute plus. Moi qui peste contre son incapacité à jouer son rôle de décideur, d’homme d’État, je

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Mai 2020 – Causeur #79

Article extrait du Magazine Causeur

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