La société inclusive portée par Hollande puis Macron s’est voulue exclusive du « mâle blanc ». Mais après avoir encaissé un temps, le cave se rebiffe. 


Porter indûment une tenue policière et malmener des manifestants pacifiques, place de la Contrescarpe un 1er mai, a donné à Alexandre Benalla le droit de mener à bien ses affaires en Afrique, de voyager avec deux passeports diplomatiques tout en conservant le privilège d’échanger des SMS avec le président de la République !

Mais se défendre avec ses poings contre une troupe de flics en armure, protégés par des boucliers et armés de matraques, a valu à l’ex boxeur Christophe Dettinger une détention préventive avant tout jugement !

Handicap pour tous !

Ce deux poids-deux mesures permet un regard froid sur cette « société inclusive » que l’Etat et ses médias nous vendent depuis plusieurs décennies. Ce modèle de société tolérante et ouverte à l’étranger révèle ici son vrai visage : ce n’est pas l’immigré musulman qu’il s’agit d’accueillir dignement mais le cave blanc de plus de cinquante ans qu’il s’agit d’abattre.

En moins de dix jours, Luc Ferry a demandé l’intervention de l’armée, le journaliste Gérard Leclerc a proposé d’interdire les manifestations et de coffrer tous les rassemblements de trois gilets jaunes, Benjamin Griveaux a traité de Munichois les politiques qui soutiennent les gilets jaunes, et donc de nazis les gilets jaunes, et un sociologue connu, Michel Wieviorka, a accusé les gilets jaunes d’être l’extrême droite avec pour preuve matérielle des tags du A entouré d’un rond des anarchistes, sans oublier que le président lui-même a parlé de « foules haineuses » en jaune et a jugé bon de parler laïcité avec les représentants du culte musulman, le jour anniversaire de l’attentat contre Charlie Hebdo.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: Quatre ans après, la France n’est plus Charlie

Cette « inclusion » dont on nous rebat les oreilles semble être née dans le champ du handicap. Les associations de personnes handicapées ont tenté de convaincre les pouvoirs publics de ne pas faire évoluer la société en laissant sur le bord du chemin les personnes souffrant d’un handicap physique ou mental. Mais progressivement, le corps politique a repris la notion d’inclusion à son compte pour lui donner un caractère ethnique ou sexiste: école inclusive pour lutter contre les exclusions ethniques, religieuses ou sociales ; société inclusive pour lutter contre les diverses manifestations du racisme ; écriture inclusive pour dénoncer le machisme de la langue et l’exclusion des femmes.

L’exclusion par l’inclusion

Les féministes se servent de l’écriture inclusive pour dénoncer le pouvoir du mâle blanc et par extension, celui de tous les hommes. Dans les médias, la notion d’inclusion a donné lieu à une curieuse pratique : les noms des délinquants ne sont jamais communiqués chaque fois qu’ils pourraient révéler une origine africaine ou nord-africaine. Essentialisme médiatique oblige, nommer un délinquant maghrébin ou africain augmenterait le risque que le lecteur attribue cette déviance individuelle à l’ensemble du groupe ethnique auquel il appartient. Par extension, les médias et la justice des sociétés inclusives atténuent la violence des « jeunes de banlieue » au nom de l’injustice économique dont ils souffriraient.

Progressivement, l’idéologie inclusive telle qu’elle a été reprise par le personnel politique sous François Hollande, et plus encore sous Emmanuel Macron, est devenue un avatar du discours décolonial. C’est-à-dire un discours anti-blanc. Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, avait fait figure de précurseur en 2015 pour avoir déclaré sur Europe 1 : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de cinquante ans, et ça il va falloir que ça change. » Elle avait été suivie de peu par Claude Bartolone dénonçant le discours de Valérie Pécresse comme « défendant Versailles, Neuilly et la race blanche ». En juin 2018, Françoise Nyssen, ministre de la Culture d’Emmanuel Macron, a apporté un soutien politique sans fard à Delphine Ernotte en déclarant, à propos de la réorganisation de l’audiovisuel public : « Delphine, tu as dû te sentir bien seule lorsque tu portais un constat à la fois évident et courageux : « l’homme blanc de plus de cinquante ans »… Tu n’es plus seule ! » Cette diatribe contre le « mâle blanc » a été utilisée par Emmanuel Macron à l’occasion de la remise du rapport Borloo (« Quelque part ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs, ne vivant pas dans ces quartiers, se disent l’un et l’autre : “On m’a remis un plan. Je l’ai découvert ») et ce discours anti-mâle blanc s’est tout récemment réinvité dans le discours de Marlène Schiappa: « A la tête de la haute administration, on a principalement des hommes, blancs, qui ont fait l’ENA. On manque terriblement de diversité dans les parcours. »

Nul n’a compris si la secrétaire d’Etat réclamait plus de diversité ethnique à l’ENA ou si elle s’en prenait aux hauts fonctionnaires sortis du même moule quelle que soit la couleur de leur peau.

La punition du mâle blanc

L’inclusion joue donc en faveur des tagueurs de l’Arc de Triomphe quand ils réclament justice pour Adama Traoré, mais elle stigmatise le boxeur blanc en gilet jaune. Le système inclusif trouve logique qu’une cagnotte soit mise en ligne en faveur de Tariq Ramadan accusé de viol, mais elle provoque l’indignation de Marlène Schiappa contre la cagnotte en ligne en faveur du boxeur Christophe Dettinger.

Ce monde de l’inclusion ne considère pas non plus les chômeurs comme des exclus du monde du travail. La réforme de l’assurance chômage conçue par Emmanuel Macron est dotée d’une dimension punitive. Les négociations en cours entre le patronat et les syndicats ont pour but de générer 4 milliards d’euros d’économies et un décret paru le 30 décembre 2018 renforce le contrôle des chômeurs et durcit les sanctions annoncées. Les chômeurs ne sont pas perçus comme des personnes chassées de leur travail par l’introduction de nouvelles technologies ou par le recours à une main d’œuvre moins chère, mais ils sont pointés du doigt comme des délinquants qui veulent vivre aux crochets de la société. Des gens qui ne veulent pas « traverser la rue » pour faire la plonge au restaurant du coin. En revanche, dans le plan banlieues qu’il a annoncé en mai 2018 – en remplacement du plan Borloo – Emmanuel Macron a annoncé que les 120 plus grosses entreprises cotées en bourse passeront des « testings » anti discrimination pour vérifier qu’elles ne mettent pas de côté ces « jeunes de banlieue » si soucieux de se réaliser par le travail.

Quand on l’attaque, le pire contre attaque

Les recalés de la mondialisation qui fréquentent les ronds-points revêtus d’un gilet jaune ne sont donc ni « inclus », ni à inclure. L’inclusion n’a rien à voir avec la nation, ni avec l’appartenance à une histoire, à une littérature, à une langue. Brandir le drapeau tricolore et chanter la Marseillaise ne les protège de rien. Seraient-ils devenus un peuple en trop ?

La société inclusive est fondamentalement une société de communautés en lutte les unes contre les autres. Et dans cette lutte, l’Etat a clairement pris parti. Rien d’étonnant donc que le « cave » blanc se rebiffe.

Lire la suite