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Mise en examen de David Pujadas: la vie est trop injuste

"A son maître complaire" ne suffit plus

Mise en examen de David Pujadas: la vie est trop injuste
©VU/HAEDRICH/SIPA/1906052234

Bar de Sevran “interdit aux femmes”: le journaliste vedette David Pujadas et la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte sont renvoyés en procès pour diffamation. L’analyse de Céline Pina.


Il y aurait quelque chose de presque comique dans la mise en examen de David Pujadas suite à une plainte en 2017 de Amir Salhi, le patron d’un bar de Sevran (Seine Saint-Denis), mais derrière cette triste affaire, on peut craindre que la réalité de ce que vivent les femmes dans certaines banlieues ne finisse par être occultée au bénéfice d’un politiquement correct mensonger.

Le bar en question était devenu l’exemple du séparatisme et de la non-mixité qui sévit dans certains quartiers où l’islam traditionaliste impose ses règles peu à peu, sans avoir même à les formuler. L’intimidation est bien plus efficace que certaines règles écrites, comme a voulu le démontrer Nadia Remadna, présidente de la Brigade des mères, une association sevranaise qui lutte entre autres contre la radicalisation de jeunes musulmans et contre le clientélisme communautaire de certains élus.

En 2016, nous sommes en pleine campagne présidentielle et, même si ce n’est pas franchement la ligne éditoriale de France 2, il faut bien parler de ces sujets qui fâchent. Pas trop non plus, car pour un reportage sur l’entrisme islamiste dans les quartiers, combien de tribunes accordées aux islamo-gauchistes, aux indigénistes, aux racialistes, et aux néo-féministes de tout poil ?

La ligne Ernotte

Il est vrai que cette ligne éditoriale avait été largement suggérée, pour ne pas dire imposée, par Delphine Ernotte, nommée à la tête de France télévisions en 2015 grâce à un réseau « d’amitiés » parmi lesquels François Hollande. Une nomination entachée d’irrégularités, largement dénoncée par la profession. Rappelons que Delphine Ernotte n’avait aucune expérience dans l’audiovisuel ou dans la presse écrite.

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Delphine Ernotte est arrivée avec de « grands projets » pour le service public. Rapidement, elle les affirme avec force conviction ! « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va falloir que ça change. » David Pujadas aurait peut-être dû se méfier, se sentir visé, mais il est une star des JT à l’époque. L’équivalent d’un Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Sa longévité sur le service public devait le protéger, pensait-il. Ce fut le cas… jusqu’à ce que la campagne présidentielle de 2017 entre dans le dur.

En décembre 2016, David Pujadas invite Nadia Remadna, la courageuse militante de Sevran qui avait enregistré en caméra cachée le reportage sur le bar de Sevran où l’on entendait clairement l’un des habitués dire : « On est à Sevran, pas à Paris […]. Ici, c’est une mentalité différente, c’est comme au bled. » Ce que beaucoup de femmes hélas vivent au quotidien, car elles ont intégré, consciemment ou non ce séparatisme. Dans ces quartiers, inutile d’afficher sur la devanture « réservé aux hommes », car chaque femme le sait, le vit et n’oserait même pas passer la porte de ce type d’établissement.

La machine s’emballe

Et là, l’affaire s’emballe. Tout d’abord, le maire de Sevran qui exprime son mécontentement, relayé par les très objectifs Bondy Blog, Inrockuptibles et consorts. Le mal était fait. Plutôt que de vérifier les faits en poussant l’enquête, en passant le périphérique pour voir que le séparatisme qui sévit dans ce type d’établissements est largement répandu, il fallait vite démontrer le caractère raciste de ce reportage. Un reportage raciste… pourtant porté par deux arabo-musulmanes ! Mais qu’importe les faits devant l’idéologie.

Bien sûr, tout le petit monde malveillant des indigénistes, décolonialistes et racialistes, relayé par la complaisance des militants islamo-gauchistes et de nombre d’élus dits de gauche se met en branle pour clouer au pilori Nadia Ramadna. Le patron du café, Amir Sahli, porte évidemment plainte pour discrimination, le CSA est saisi. Il ne trouvera “aucun manquement de la chaîne dans cette affaire”, comme le rappelle Pascal Bon-Doucet, directeur délégué de l’information à France-Télévisions en 2018.

Mais en 2017, David Pujadas est finalement « remercié » par la direction de France-Télévisions, qui souhaitait renouveler le personnel et se débarrasser des « mâles blancs » de plus de 50 ans et donner une image plus représentative de la France (donc plus métissée, plus féminine, etc).

A retrouver sur REACnROLL : Marcel Gauchet : «La plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même»

Un Pujadas pourtant très complaisant

David Pujadas avait pourtant largement anticipé ce nouveau paradigme. On pourrait saluer son ouverture d’esprit comme on pourrait critiquer son manque de discernement. Il avait déroulé le tapis rouge à nombre de représentants de la sphère indigéniste. À commencer par l’inénarrable Rokhaya Diallo qui pouvait débiter ainsi ses fadaises sur le privilège blanc ; des fadaises qui ne sont en réalité que la traduction des élucubrations de Robin di Angelo, la sociologue américaine qui gagne un « pognon de dingue » aux États-Unis en faisant son miel de ces théories. Si Rokhaya Diallo n’est pas Albert Londres en termes de talent d’enquêtrice, elle est en tout cas bonne traductrice.

Malgré ses efforts dans ses émissions, David Pujadas avait été écarté de France 2. Ici Manuel Valls face à la militante anti-laïcité Attika Trabelsi. Image: capture d’écran Youtube

Qu’importe, il fallait continuer… Et sous couvert de présenter des femmes musulmanes soi-disant apolitiques, on a vu défiler chez Pujadas, Wiam Berhouma, présentée comme une modeste professeure d’anglais de Noisy-le-Sec (93) non encartée. Qu’importe sa proximité avec les milieux islamistes. Ikwan info rappelle son investissement dans le MAFED, collectif de femmes « racisées » dénonçant le racisme d’État en France et soutien inconditionnel du PIR (Parti des indigènes de la république). Rappelons que cette militante avait intimé, lors d’un débat à Alain Finkielkraut de se taire « pour le bien de la France » en le traitant de pseudo-intellectuel. Puis, c’est au tour d’Attika Trabelsi, militante antiraciste et féministe bien sûr de pouvoir partager ses idées, et surtout sa foi, sur le plateau de France-Télévisions en face de Manuel Valls. En réalité Attika Trabelsi est présidente de Lallab, une association pseudo-féministe où l’on est surtout pro-voile, et étendard de la mode pudique.

Et ça continue encore et encore

En novembre 2017, Maboula Soumahoro, universitaire proche du PIR aura eu chez Pujadas son moment de gloire. Lors d’un débat télévisé, désormais sur LCI, François Pupponi, député de Sarcelles (95) rapporte comment des Noirs de Sarcelles avaient monté une liste « pour que les Noirs reprennent le pouvoir » au motif que la ville serait gérée par des Juifs. Si François Pupponi et par la suite Atlantico y voient à juste titre une liste raciste et antisémite, la Dieudonné féminine n’y voit rien de répréhensible, car… la liste n’a pas été élue. On attend encore la condamnation du rectorat, pourtant si prompt ces derniers temps, à annuler la moindre conférence ou spectacle qui ne correspondrait pas aux nouveaux codes. Rappelons la couarde débandade universitaire quand la première représentation de la pièce d’Eschyle, “Les suppliantes” a été censurée par des antiracistes qui y dénonçaient l’usage du Blackface.

La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00635163_000038
La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00635163_000038

Tout ça pour dire que la complaisance affichée de David Pujadas envers les islamistes n’aura même pas servi à sauver son poste sur le service public !

Reste à savoir si l’affaire du bar PMU de Sevran aura bien été le bouton qui a déclenché son siège éjectable de France télévisions. Toujours est-il que Delphine Ernotte n’a pas hésité à s’en débarrasser. Il est donc ironique de les voir ensemble dans le box des accusés.

Et il est tout aussi ironique de les voir accusés du forfait de « discrimination raciale » alors que tous deux, chacun à leur manière, n’ont cessé de donner des gages à ce nouvel antiracisme porté par des militants pour qui le mot a été détourné de son sens et qui signifie le plus souvent défense de l’islam, attaque de la France et de son histoire, quand ce n’est pas carrément dénonciation en règle des Juifs et de leur supposé pouvoir. Leur complaisance aura été fort mal récompensée, peut-être que cela les incitera à cultiver dorénavant le courage et le discernement.

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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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