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Terrorisme et Covid-19: une atmosphère de fin du monde

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Comme Chantal Delsol, je me pose cette question sans réponse : comment se fait-il qu’en 1969 la grippe de Hong-Kong (plus d’un million de morts dans le monde et plus de trente mille en France) soit passée inaperçue – juste quelques entrefilets dans la presse – alors qu’elle saturait les hôpitaux et remplissait les morgues ? Peut-être avait-on alors des idéaux (religieux, politiques, esthétiques…) et que le reste paraissait secondaire ? Peut-être que l’effet, somme toute mineur, du Covid-19 qui décime essentiellement à l’échelle planétaire des personnes âgées et souffrant déjà de co-morbidités, est-il lié à l’ère numérique et à une focalisation médiatique : tout se passe trop vite, comme dans un film catastrophe, ce qui engendre une forme de panique plus léthale encore que le virus et impossible à gérer rationnellement ? Peut-être n’a-t-on plus foi qu’en une vie nue, strictement biologique, qui éclipserait toute raison de vivre ? Peut-être sommes-nous devenus vieux et lâches, incapables de regarder la mort en face ?

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Ce qui expliquerait aussi pourquoi nous adoptons face à un islam conquérant l’attitude de vieilles femmes apeurées se réfugiant dans le « pas d’amalgame » et le « surtout pas de vague ». Et que nous supplions les gouvernants de nous soumettre à des confinements de plus en plus sévères. Nous avons voulu éliminer le tragique de nos existences et le voici de retour avec deux cauchemars, le Covid-19 et l’islam radical, que nous plaisons à amplifier comme si le dernier spectacle que nous attendons, calfeutrés devant nos écrans, est celui de la fin de notre civilisation. Peut-être d’ailleurs ne méritons-nous pas mieux : celui qui veut sauver sa peau à tout prix, est sûr de la perdre. Celui qui dépose les armes face à son adversaire appelle inconsciemment de ses vœux une servitude, physique ou spirituelle, celle-là même qui se déroule sous nos yeux comme une lente et inexorable agonie. L’apocalypse aurait pu être joyeuse : elle est sinistre.

CON-TEX-TU-A-LI-SER !

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Si la nécessité de contextualiser le Coran existe, elle ne doit en aucun cas servir à justifier certains passages.


ASSEZ ! Assez d’hypocrisie, assez de mensonges, assez de déni ! Après chaque attentat, ce sont les mêmes débats, les mêmes échanges, arguments et contre-arguments, comme des passes d’armes ritualisées dans un film de cape et d’épée. Entre le refus d’admettre la responsabilité de l’islam, les mauvaises excuses, et les réponses presque automatiques à toute critique de cette religion.

Certains nous expliquent pompeusement que des fanatiques tuant au nom de l’islam en hurlant « Allahu Akbar » n’auraient rien à voir avec l’islam – mais, étrangement, les mêmes nous expliquent aussi que ces fanatiques ne feraient que réagir aux « provocations contre l’islam », alors qu’on saisit mal comment quelqu’un pourrait réagir à des provocations envers une chose avec laquelle il n’aurait rien à voir.

Ceux qui affirment que pour mettre fin au jihadisme il faudrait arrêter de « provoquer » les musulmans ne valent pas mieux que ceux qui disent d’une femme violée qu’elle l’a « bien cherché » parce que sa jupe, son décolleté ou son attitude était « provocants ». Aux yeux de la bien-pensance, tout comme on ne saurait reprocher à un moustique d’être attiré par la lumière, on ne saurait reprocher à un musulman de répondre par la violence et la haine à un dessin de son prophète. C’est que, comprenez-vous, pour la doxa de gauche les musulmans ne sont pas tout à fait dotés de libre-arbitre, ils ne sont pas tout à fait humains….

Il y a aussi ceux qui affirment que tout ne serait que la résultante de conditions socio-économiques : trop peu de milliards auraient été injectés dans les multiples « plans banlieues », il n’y aurait pas assez de services publics dans ces quartiers où les agents de ces services sont systématiquement agressés et où même les pompiers se font caillasser, et ainsi de suite. Pour eux, ce ne sont pas les musulmans qui seraient dépourvus de libre-arbitre, mais les « classes populaires ». Ou les « minorités » : nouveau critère à la mode pour tout expliquer à partir du double postulat que les Blancs sont méchants par nature mais néanmoins coupables de l’être, alors que les « racisés » sont nécessairement innocents et le restent quoi qu’ils fassent car ils ne sont jamais vraiment responsables de leurs actes. Un peu comme d’éternels enfants, ou des animaux insuffisamment évolués…. Oui, l’indigénisme est un racisme infâme.

Aux adeptes du « tout sociologique », il est bon de rappeler le travail remarquable de Gabriel Martinez-Gros. Historien, spécialiste d’Ibn Khaldoun et d’Al Andalus, voici ce qu’il écrit :

« Ce choix de l’islam, effectué par des millions de militants dans le monde, n’est ni fortuit ni superficiel. Tout étudiant en sciences humaines sait – ou devrait savoir – qu’il est impossible d’analyser un phénomène – ethnologique, sociologique, historique – hors des mots dans lequels il se donne. Imagine-t-on d’analyser le nazisme comme on prétend aujourd’hui analyser le djihadisme, en détachant sa « base sociale » de son « propos idéologique » ? On en conclurait que les nazis furent des ouvriers malchanceux, des petits commerçants ruinés par la crise, des intellectuels au chômage, des ratés du système capitaliste…. La guerre mondiale, la hiérarchie des races, l’extermination des juifs? Simple habillage infantile d’une violence de deshérités…. »

Et il dénonce l’aveuglement de « la gauche en particulier, qui ne veut voir que problèmes sociaux là où éclate l’évidence d’un choix politique » et de ces états qui « ne permettent à personne d’imaginer que les « barbares » de leurs banlieues sont autre chose que des civilisés potentiels, malheureux d’être privés des bénéfices de la civilisation. Un délinquant, surtout s’il est jeune, a dû manquer d’affection, d’école, de soin, de théâtre, d’art, de salle de sport…. de mille autre choses sans doute à condition qu’on les fasse précéder du verbe « manquer ». »

Il y a, enfin, ceux qui utilisent en boucle des réponses devenues rituelles à toute critique de l’islam et de sa doctrine, notamment telle qu’elle est exposée dans le Coran. Vous les connaissez sûrement : il faut contextualiser ; le Coran serait intraduisible ; l’indémodable « cépaçalislam » ; les musulmans seraient l’équivalent moderne de ce qu’étaient les juifs dans les années 30 ; la fameuse « islamophobie d’état française » ; « oui mais les autres religions » souvent accompagné de « oui mais dans la Bible » et « vous ne critiquez que l’islam » ; et enfin l’invocation de la liberté de culte comme vision totalement dévoyée de la laïcité.

A ces sept mensonges, je répondrai par sept rectifications : sept articles. Plus deux. D’abord cette introduction, bien sûr, puis une conclusion qui je l’espère appuiera encore plus fort là où ça fait le plus mal.

Lorsque vous évoquez le caractère moralement inacceptable de certains versets du Coran, vous êtes à peu près sûr que rapidement un défenseur autoproclamé de la religion musulmane s’invitera dans le débat pour sortir de sa manche ce qu’il croit être un joker absolu : il faut CON-TEX-TU-A-LI-SER ! Et il vous le dira sur le ton pontifiant de celui qui s’imagine avoir tout compris. Pensez donc : vous n’avez étudié que quelques milliers de pages de travaux historiques et théologiques, rencontré des dizaines d’imams, de croyants, d’apostats, mais lui, qui a écouté une conférence de Tariq Ramadan et lu au moins trois fils twitter sur le sujet, il sait.

Contextualiser, donc. Est-ce nécessaire ? Oui. Est-ce que ça fonctionne comme le prétendent ceux qui voudraient en faire un argument magique ? Non.

De toute évidence, il faut replacer un texte dans son contexte pour le comprendre. L’auteur, quel qu’il soit, s’adresse à des personnes dont il considère qu’elles ont certaines références, et il s’appuie sur ces références pour faire passer son message. Les quelques lignes qui précèdent en sont un exemple : les traduire d’une manière qui les rendrait intelligibles pour Cicéron supposerait une quantité absolument effarante de notes complémentaires. Non pas parce que le Consul aurait du mal à comprendre le fond de mon propos : au contraire même, j’ai lu assez de ses écrits pour savoir que tout ce que je veux exposer ici lui apparaîtrait comme des évidences. Mais allez donc lui expliquer ce que sont le Coran, l’islam, un joker, un fil twitter ou Tariq Ramadan ! Tiens, essayez déjà d’expliquer à un enfant d’aujourd’hui une blague des Guignols de l’Info du début des années 90, vous allez voir. Si le remarquable Coran des historiens dirigé par Guillaume Dye et Mohammad Ali Amir-Moezzi commence par un tome de 1014 pages intitulé Études sur le contexte et la genèse du Coran, ce n’est pas pour rien.

Les spécialistes du contexte ne sont pas les seuls à pouvoir avoir un avis sur un texte

Pour autant, les spécialistes du contexte sont-ils les seuls à pouvoir avoir un avis sur un texte ? Bien sûr que non ! Quand Cicéron, encore lui, écrit « il y a plus de grandeur à être utile à tous qu’à disposer d’un immense pouvoir », nul besoin de savoir que les Romains toquaient aux portes avec les pieds plutôt qu’avec les mains pour comprendre ce qu’il dit, pour y réfléchir, pour le critiquer. Oui, il est intéressant de savoir que cette phrase se trouve dans le De natura deorum, qu’elle fait référence au Dieu Suprême, et qu’elle est suivie par « ou du moins est-on ainsi davantage digne de respect et d’amour. » Il est même intéressant de connaître les religions et les débats théologiques d’alors pour pleinement l’apprécier. Mais le cœur du sujet n’est pas là, et ni un Égyptien du temps de Ramsès II, ni un Chinois contemporain de Confucius, ni un Français d’aujourd’hui n’ont besoin de la moindre contextualisation pour réfléchir à l’essentiel : la véritable grandeur réside-t-elle dans la puissance que l’on détient ou dans l’usage que l’on en fait ?

De toute évidence aussi, il faut replacer une personne dans le contexte de sa civilisation, de son époque et de son milieu pour la comprendre et éventuellement la juger. Reprenons l’exemple de Cicéron (que je remercie pour son aimable participation à cet article, gratias maximas). Il est évident pour tout le monde, du moins je l’espère, que ceux de nos contemporains qui pratiquent (ou voudraient rétablir) l’esclavage sont des ordures immondes. Et que l’esclavage est ontologiquement mauvais, une monstruosité en soi quel que soit le contexte. Or, Marcus Tullius possédait des esclaves (dont le célèbre Tiron). Est-ce que pour autant je considère le Pater Patriae comme une ordure immonde, ou un monstre ? Certainement pas ! Pourquoi ?

Parce qu’il y a une immense différence entre faire quelque chose de mal dans une société qui la considère comme parfaitement normale, et faire la même chose dans une société qui la considère comme profondément mauvaise. Ne pas réussir à aller contre le consensus pour faire mieux que le consensus est une chose. Mais aller contre le consensus pour faire pire que le consensus en est une autre. C’est pour cette raison que je me refuse à condamner le prophète de l’islam pour son mariage avec Aïcha : quiconque ferait la même chose aujourd’hui m’apparaîtrait comme un abominable criminel, mais dans le contexte où il vivait, il n’a fait que suivre le mouvement. Ce n’est évidemment pas très reluisant, mais ce n’est pas la même chose.

Pour autant, et c’est absolument fondamental, cette contextualisation ne s’applique qu’aux personnes. La moralité des pratiques ne change pas avec le temps. Cicéron n’était pas un monstre, mais l’esclavage en lui-même était déjà une monstruosité de son vivant – tout comme le fait d’épouser une fillette de 6 ans et de la déflorer à 9 ans était déjà en elle-même une monstruosité du temps du Prophète. Il faut contextualiser le jugement que l’on porte sur ces hommes avant de leur reprocher de ne pas avoir pris conscience du fait qu’il s’agissait de crimes, mais aucune contextualisation ne changera le fait que l’esclavage et la pédophilie ont toujours été des abjections, le sont, et le seront toujours.

La contextualisation ne marche pas pour défendre le Coran

Et nous en arrivons à la raison pour laquelle l’argument de la contextualisation ne marche pas lorsqu’il s’agit de défendre le Coran. Prenons par exemple les nombreux versets qui permettent l’utilisation des captives de guerre comme esclaves sexuelles (sourate 4 versets 3, 23 et 24, sourate 26 verset 6, sourate 33 verset 50, etc). C’était, hélas, une pratique courante dans l’Arabie de l’époque. La voir admise et même banalisée dans un texte humain, trop humain, nous choque – heureusement ! – mais ne saurait justifier un rejet en bloc de ce texte : ce serait un cas typique de « cancel culture », et on en connaît l’absurdité.

Par contre, il est absolument inacceptable que, lorsque l’on dénonce l’autorisation de cette pratique monstrueuse par le Coran, certains répondent « oui mais, le contexte. » Que les rédacteurs du Coran n’aient pas compris que cette pratique était abjecte est compréhensible, vu le monde dans lequel ils vivaient, mais leur ignorance ne rend pas la pratique du viol des prisonnières moins abjecte pour autant, et le contexte n’y change rien. Elle est mauvaise aujourd’hui, elle le sera demain, et elle l’était déjà au moment de la vie du prophète comme au moment de la rédaction du Coran.

Et ce qui pour un humain est un aveuglement tragique mais compréhensible devient, de la part d’une divinité, absurde ou monstrueux. Que la capacité des mortels à comprendre une divinité, et à exprimer pour d’autres ce qu’elle leur inspire dans secret de leurs âmes, soit conditionnée par la personnalité de ces mortels, leur culture, leur éducation, leur époque, ce devrait être une évidence. Mais l’islam sunnite (du moins depuis le massacre des mutazilites par les hanbalites) affirme que le Coran serait la parole d’Allah, non pas inspirée et donc imparfaitement retransmise par un intermédiaire humain, mais éternelle et incréée, dictée telle quelle, fidèlement répétée puis retranscrite sans altération.

Tenir cette position, c’est proclamer qu’Allah et donc l’islam cautionnent l’esclavage sexuel, ou au minimum qu’il existe un contexte dans lequel Allah et donc l’islam cautionnent l’esclavage sexuel (ajoutons-y le fait de considérer le « bel exemple » du prophète comme une source normative toujours valable, et c’est encore pire). Politiquement, une telle idéologie n’a pas sa place dans notre société. Théologiquement, un dieu digne de la vénération des humains ne peut pas avoir enseigné qu’il était légitime de capturer les femmes de ses ennemis pour les violer et en faire ses esclaves sexuelles.

Au final, le constat est simple : le Coran encourage la commission de crimes abominables.

Ne nous y trompons pas : la carte de la « contextualisation » n’est pas une relecture critique du texte coranique. Ce n’est pas l’ouverture vers un jugement moral digne de ce nom. C’est une concession du bout des lèvres, qui dit « c’est vrai, aujourd’hui nous trouvons ça mauvais, mais à l’époque c’était bien. » Non pas « les gens pensaient à tort que c’était bien » mais « c’était bien ». Sous-entendu : « et si les conditions de l’époque devaient être à nouveau réunies, cela redeviendra bien ».

Au final, le constat est simple : le Coran encourage la commission de crimes abominables. Ce n’est pas la totalité de son message, mais c’est une partie de son message. L’expliquer est parfaitement légitime, et même nécessaire. En revanche, le nier ou pire, tenter de le justifier y compris par l’argument de la contextualisation, c’est s’en rendre complice. C’est, en conscience, cautionner l’abjection. C’est, en soi, criminel.

La « Putain d’expo » rend hommage à Renaud

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Avant l’annonce du confinement saison 2 par notre président, j’ai eu le temps d’aller voir pour vous la « Putain d’expo », l’exposition consacrée à Renaud à la Philharmonie. Elle est à l’affiche jusqu’au 2 mai, si d’ici là on nous accorde un peu de liberté.


« Connard de virus » a bredouillé Renaud récemment dans une vidéo où il apparaît en gaulois bouffi et exsangue, essayant de chanter dans un souffle à travers un masque bandana un texte indigent sur le covid. Oublions cette image d’une absolue tristesse. La Philharmonie consacre à l’ex poulbot à la chetron sauvage une belle exposition. « Un pote m’a dit que ça sentais le sapin, mais moi je m’en fous un peu, j’aime bien cette odeur des doux Noël de mon enfance », écrit-il dans un petit texte de présentation. Justement, Renaud l’amoureux de l’enfance est une des thématiques de l’expo, avec celle du poète portraitiste, et forcément celle du chanteur engagé. Étiquette de laquelle il a réussi à mon sens à se dégager.

En déambulant à travers les photos, les manuscrits, les archives familiales et surtout le plus intéressant, les nombreux documents sonores, je me suis surprise à chantonner sans arrêt sous mon masque. J’avais oublié que je connaissais par cœur tous ses textes. Les larmes me sont aussi souvent montées aux yeux. Je ne vais pas vous refaire le coup de la nostalgie, du c’était mieux avant et du vieux monde qui s’effondre un peu plus de jours en jours, mais Renaud était un des piliers de ce monde-là. Il a bercé nos enfances, notre jeunesse et plus encore. Au-delà de ses engagements politiques plus ou moins hasardeux, il a fait partie de nos vies. Nous l’avons connu papa, morgane de Lolita, amoureux abandonné, il nous a fait toucher du doigt sa blessure que rien ni personne ne semble plus pouvoir consoler maintenant que les mots ne sont plus là. Renaud a besoin de notre regard pour exister et cette exposition sorte d’hommage anthume, comme dirait Alphonse Allais, nous permet de nous regarder avec lui.

Un enfant de 68

L’engagement politique à présent, puisqu’il faut aborder ce sujet là avec Renaud. J’entends d’ici nos lecteurs le traiter de gauchiste. C’est évidemment plus compliqué que ça.

Renaud est un enfant de soixante-huit né avec les révoltes de son temps. Éternel jeune homme naïf, il épousa toutes les causes, et elles les ont toutes trahi. Renaud n’a jamais été meilleur que lorsqu’il fait jaillir sa colère, aussi juste que lorsque son côté anar prend le dessus, comme dans sa meilleure chanson « désengagée « : « Où c’est que j’ai mis mon flingue », « J’vais pas m’laisser emboucaner par les fachos, par les gauchos tous ces pauvres mecs endoctrinés qui foutent ma révolte au tombeau, tous ceux qui m’traitent de démago dans leurs torchons que je lirai jamais, Renaud c’est mort il est récupéré ! ». Non Renaud ne fut pas récupéré si ce n’est par l’alcool et la dépression comme il l’avait pressenti dans cette même chanson « mon avenir est sur le zinc d’un bistrot des plus cradingues…»

À lire aussi, Jonathan Siksou : Exposition pour le bicentenaire de la disparition de Napoléon: aura-t-elle lieu?

Il est allé un peu loin dans son engagement pro-palestinien, car sans tomber dans le sionisme échevelé, on ne peut affirmer que le peuple palestinien fut ou est victime d’un génocide, comme il le fait dans Miss Maggie[tooltips content= »« Palestiniens et arméniens déclarent du fond de leur tombeau qu’un génocide c’est masculin comme un SS un torero » »](1)[/tooltips]. Il s’est rattrapé avec sa dernière belle chanson, qui est un hommage aux victimes de l’Hyper Cacher, une chanson aux mots simples comme il a toujours su les faire, de ces mots qui font jaillir l’émotion pure[tooltips content= »« Qu’ils reposent à Jérusalem, sur la terre de leurs pères, au soleil d’Israël, je veux leur dédier ce poème, leur dire qu’ils nous sont chers » »](2)[/tooltips]Tout est pardonné Renaud.

Charlie justement. Comme le passé a parfois des résonances étranges! Dans une émission de Polac en 1982, Renaud prend la parole au sujet de Charlie Hebdo qui avait cessé de paraître. Très remonté et certainement alcoolisé, il affirme être contre la liberté d’expression, car selon lui la presse de droite ne laissait pas la gauche s’exprimer. C’était au siècle passé…

Un portraitiste talentueux

C’est dans le portrait que Renaud se surpasse. Gérard Lambert, Manu, La mère à Titi, sont autant de figures tendres, drôles et parfois tragiques qui font maintenant partie de notre héritage. Choyons-les.

Son plus beau portrait, enfin, est à mon sens celui qu’il trace dans « Son bleu », l’histoire d’un ouvrier qui vient d’être licencié et qui ne sait plus quoi faire de sa vie et de ses croyances[tooltips content= »« Qu’est ce qu’il va faire de son bleu ? De son drapeau rouge de son Lénine, c’est toute sa vie qui était dans sa machine » »](3)[/tooltips]. Lorsque le public s’est levé pour quitter la salle au son de Déserteur à Moscou en 85, il s’est écrié la voix pleine de rage : « Si j’ai fermé ma gueule, c’est pour la classe ouvrière française, qui y croyait ».

Renaud c’est ça, la sincérité élevée au rang des beaux arts, la pureté dans la révolte, jusqu’à le mener au bord du précipice.

Musée de la musique 221, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris. Suite aux dernières annonces du gouvernement, à compter du vendredi 30 octobre et jusqu’au mardi 1er décembre au minimum, fermé au public.

Faire face à une radicale hostilité


Face au terrorisme islamiste, médias et politiques semblent refuser de décrire l’ennemi dans ses ressorts profonds. L’analyse de Philippe-Joseph Salazar, auteur de Paroles armées : Comprendre et combattre la propagande terroriste


Une hostilité nouvelle effraie, mais elle effraie d’abord le langage de notre discours. Il faut en finir avec la rhétorique à sensation des médias et des politiciens de profession, et nommer avec justesse le phénomène. Il y a peu du califat de Daesh, désormais du mouvement de radicale hostilité envers notre monde à nous, une guérilla qui s’étend du Tchad au Mozambique, de Nice à Conflans-Ste-Honorine.

La classe politique et les relais médiatiques résistent devant l’appellation de l’hostilité : même le mot de « haine », si vif à être infligé sur tout ce qui déplaît au consensus européen, n’est pas appliqué à la guérilla islamique. Notre discours hésite, vacille, s’intimide lui-même. La cause en est que la violence est, dans nos sociétés, encadrée par la loi (à chaque violence correspond un délit ou un crime) et réduite à des rhétoriques explicatives (sociologie, psychologie, etc.), en vue de la cantonner dans l’idéologie dominante des groupes humains comme objet de gestion (la prévention et la réinsertion) avec pour arme dérisoire et futile : la dissolution des groupuscules. Comme on dit en américain : technique policière du « wack a mole », « estourbir un mulot », qui ressort plus loin. Les terriers s’étendent en réseaux. Et que fait l’État ? Des discours. On discoure sur le mulot.

À lire aussi, Aurélien Marq : Que veulent les terroristes? Nous soumettre!

Les guerriers de l’Etat islamique sont devenus les partisans d’une guérilla

Car quand surgit la véritable violence, avec sa bande son et sa bande image, ses sacrificateurs et ses victimes, ses appels et ses harangues, se crée un trouble de langage : pouvoir et médias veulent nous priver de mots exacts pour dire ce qui se passe, et nous voilà réduits à user d’un glossaire dévalué, face au défi insupportable de cette nouvelle violence : « islamo-fascisme ». Seul un ignorant peut dire ça. Le fascisme (ou le stalinisme) serait probablement le seul rempart efficace, et violent, contre la guérilla religieuse islamique.

La propagande djihadiste, encore nourrie et inspirée de l’immense bibliothèque virtuelle du califat de l’Etat islamique est claire : il faut tuer tout représentant de l’État ou de la religion honnie où le djihadiste vit, en attente de la reprise du territoire par la guerre, la démographie et la conversion. Pour le califat la France est occupée par des ennemis – des mécréants et leurs alliés et serviteurs, les « musulmans modérés ». La gendarmerie et la police, et désormais l’armée déployée, sont des forces d’occupation. Du coup le djihadiste doit résister à l’occupant en pratiquant la guérilla et devenir partisan. Les actions de partisans n’ont pas cessé depuis cinq ans. Chez nos voisins, Londres a même été surnommée « la capitale des attaques au couteau ».

Comme l’y incitait voilà cinq ans la propagande califale, il faut faire arme de tout objet. C’est-à-dire que non seulement, jusqu’à l’attaque, le partisan disparaît dans l’anonymat des foules, mais il peut faire disparaître l’arme dans la banalité des ustensiles de tous les jours – couteau, hachette, hachoir. Un partisan « se fond dans le décor » (une expression qui date, justement, de la guerre de partisans). S’habiller « jeune » ou en migrant sur un bateau est un déguisement. Un jour viendra où un partisan s’habillera étudiant Sciences-po pour assassiner un gendarme à Saint-Germain des Prés. « Loup solitaire » dit-on, mais oublie-t-on, à bien réfléchir à cette métaphore, qu’un loup marche en horde ? [tooltips content= »Anonyme, ISIS supporter threatens wave of terror attacks in major Western cities, offer operational advice to one wolves, MEMRI s Jihad and Terrorism Monitor, 22 janvier 2015, memrijttm.org »](1)[/tooltips] Il peut attaquer seul. Mais la horde est aux alentours, réelle sur le terrain ou sur le terrain Internet. Nous n’avons même pas le courage logique de nos métaphores.

C’est donc le combat de l’irrégulier contre le régulier, du soldat sans uniforme, qui se fond dans le paysage urbain, contre le soldat régulier qui devient une cible – les attaques visant des militaires en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada ont été nombreuses ; celles dont on nous parle, et celles dont on ne nous parle pas, et celles dont on maquille la réalité. L’essentiel est ici : tout soldat régulier est cible du partisan. Les médias ont appelé le professeur de collège Samuel Paty un « hussard de la république », vieille expression radical-socialiste du temps de l’école obligatoire : le mot est juste pour les djihadistes un instituteur est un soldat. Un prêtre aussi, milicien du Christ. À égorger.

Les attaques terroristes sont des actes politiques

Une deuxième erreur que commettent volontairement nos faibles politiciens gestionnaires à vue est de ne pas vouloir nommer ces attaques pour ce qu’elles sont  aussi : des actes politiques. L’acte dit de terreur commis par un partisan est en effet un acte politique, un acte qui l’aligne sur un parti. Le parti de dieu à ses yeux. Il ne s’agit pas de terrorisme mais de guerre politique au sens le plus acéré de l’expression – une guerre qui vise la nature même du politique tel que nous le vivons. Le djihadisme hérité du califat d’ISIS et toujours inspiré par lui a ceci de commun avec les organisations révolutionnaires qu’il exige une belligérance totale, une réquisition absolue de ses partisans. Le partisan djihadiste fait intégralement partie d’une mission politique. On peut médicaliser et psychologiser et sociologiser autant qu’on veut pour « expliquer une radicalisation », le fait est que tous ces partisans d’une guérilla islamique sont corps et âme à un idéal qui les rend autres et, à leurs yeux, mieux qu’eux-mêmes. Leur sacrifice n’est pas dans l’ordre du possible mais dans l’ordre du désir.

À lire aussi, Benoît Rayski : Avant que le sang ne sèche

Quand surgit face à nous ce retour du partisan politique, et donc d’une guerre politique, nous sommes mentalement désarmés, et nous nous confortons par des explications amorphes face à ce qui fait le fond du phénomène religieux de la croyance transférée ici dans l’acte politique : le sacré ne se distingue pas du profane par une différence de grandeur, un plus ou un moins sur l’échelle de nos codes et valeurs, mais par une différence de nature : une hostilité radicale à tout ce que nous sommes, à tout ce que nous voulons être, à tout ce que ceux et celles dont sommes les descendants furent et voulurent que nous soyons.

Suprémacistes

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La vie nue, la vie nulle

Dans une tribune d’une exceptionnelle intelligence parue il y a quelques jours dans le Figaro, Chantal Delsol cherche à comprendre comment une société française qui en 1969, avec 50 millions d’habitants, a toléré sans y prendre garde les 30 000 morts de la grippe de Hongkong, s’alarme aujourd’hui pour une épidémie de même force — au point de détruire l’économie, la culture et les relations sociales. Et, à terme, la civilisation.

C’est que, dit-elle, en 1969 on nourrissait encore des idéaux, aussi absurdes qu’ils aient pu être. Le communisme était encore la ligne d’horizon de presque tout ce qui pensait à Gauche, Sartre distribuait la Cause du peuple, et l’amour libre semblait une option non négociable.

À lire aussi, Stéphane Germain : L’aversion au risque, principe central du progressisme

Aujourd’hui, argumente-t-elle, l’hygiénisme a pris le dessus. C’est ce qu’elle appelle « la vie nue » : l’être humain réduit à son existence biologique. C’est aussi que l’Ego a envahi complètement le champ de la conscience. Tout pour ma gueule. Il est bien possible que le matraquage institutionnel sur les « respirateurs » des services d’urgence y soit pour quelque chose. La vie, c’est respirer. Le Covid, c’est la détresse respiratoire. L’horreur à la portée des caniches.

L’épidémie (le mot demanderait à être exactement pesé, « épidémie » en 2020 n’a pas le même sens qu’en 1720, lors de la dernière grande peste vécue en France, ou en 1832, quand le choléra a saisi Paris) a également mis à nu notre « ignorance abyssale et l’ignorance des spécialistes eux-mêmes qui ne cessent de se contredire ». L’animal raisonnable, qui était la première définition qu’Aristote donne de l’homme, déraisonne vite dès qu’on cesse de lui expliquer clairement les causes des effets qu’il constate. Ignorance anxiogène : l’angoisse, en occupant le champ de la conscience collective, détruit le peu de raisonnement froid et lucide qui subsistait en nous.

Confinement, reconfinement, couvre-feu et autres mesures de restriction des libertés élémentaires hachent menu le πολιτικν ζον, l’animal politique qui est la seconde évidence de notre être — pour Aristote toujours.

L’abolition des activités culturelles et sportives et des événements d’interaction sociale est une mutation profonde dont les effets retentiront longtemps.

On a beaucoup critiqué Emmanuel Macron lorsqu’au début de l’épidémie, au mépris des avertissements prodigués déjà par les morticoles qui sentaient venir leur jour de gloire, le président de la République et son épouse se sont rendus au théâtre voir « Par le bout du nez », la dernière pièce de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Pattelière (qui met en scène un président de la République prenant le risque de la psychanalyse). « Sortir malgré le coronavirus », titrait la presse. Ce qui a été interprété a posteriori comme une inconséquence était en fait plein de sens : Macron n’avait pas encore tiré un trait sur ce qui fait l’essentiel de l’humanité, le rapport aux autres, le sourire sans masque, les gestes les plus élémentaires de convivialité. À la mi-mars, il était encore humain.

Les Sables-d'Olonne, 17 juillet 2020 © Sandrine Mulas / Hans Lucas.
Les Sables-d’Olonne, 17 juillet 2020 © Sandrine Mulas / Hans Lucas.

Début septembre, lors de la pré-rentrée, un collègue que jusque-là j’appréciais a refusé de me serrer la main — et on a l’air très bête avec une main tendue que l’autre ne prend pas — et a vivement viré du local des photocopieuses une nouvelle collègue choquée par cette impolitesse rude. Les règles de « distanciation sociale », une belle expression pour dire que désormais nous devons ignorer les autres, étaient passées par là.

Je ne le lui ai pas pardonné — et j’avoue que personne n’est passé aussi près d’un direct au menton. J’ai compris à ce moment-là que les règles monstrueuses imposées par les médicastres allaient faire de nous, très vite, des animaux dénaturés, et que la tendance innée à la violence, contrariée heureusement par quelques millénaires d’un savoir-vivre de plus en plus sophistiqué, reprendrait très vite le dessus.

Vous vous rappelez sans doute Sa Majesté des mouches. William Golding y démontre magistralement que dans une situation exceptionnelle, Cro-magnon reprend très vite le dessus. Le Covid, tel qu’il est géré par des politiques qui ne gèrent rien, marque le grand retour de Néandertal. Et encore, les hommes des cavernes avaient des relations sociales, un art collectif, des rites funéraires. Nous en sommes, nous, à abolir tous les rites qui nous ont construits comme êtres humains. Les enterrements se font à la sauvette, en présence de six personnes maximum (les familles nombreuses se débrouilleront pour suivre le convoi de loin), les mariages de même. Les Diafoirus qui ont pris le pouvoir — un vieux rêve que Molière en son temps a violemment critiqué — aimeraient même entrer dans les chambres à coucher vérifier qu’on y respecte le port du masque et la « distanciation ». Je m’étais amusé, pendant le confinement « première époque », à évoquer « l’amour au temps du coronavirus ». Désormais, les émules de Doisneau photographieront des « amoureux de l’Hôtel de ville » dans la tenue que Magritte a imaginée pour ses Amants, le visage enfoui sous un linge, et le baiser réduit au contact de deux bouts de coton. La sécurité, m’objectera-t-on, y gagnera ce que l’érotisme y perd…

Nous sommes un animal politique, social, culturel. La vie, la vraie vie, n’est pas la stricte conservation de notre intégrité épidermique. Imaginez ce qu’auraient été l’attitude de Léonidas aux Thermopyles, ou celles des Poilus dans la bataille de la Somme, si la stricte conservation de la vie avait été leur souci premier. La Grèce serait perse, et nous serions prussiens.

La vie française est d’abord culturelle. On ne s’en douterait pas, à voir le nombre d’hilotes qui sillonnent les rues, mais c’est un fait. Cette prédilection se manifeste à travers notre langue, via un rapport aux livres qui n’existe dans aucune autre nation — et que notre rapport nouveau aux écrans tend à court-circuiter : peut-être est-ce là l’une des sources du vrai « mal français ». L’apparence l’emporte sur l’essence. Un confinement arrive ? Le gouvernement n’a rien de plus pressé que de fermer les librairies, clore les salles de spectacle, flinguer la Culture. Pour acheter des livres, on passera par les grandes surfaces, qui ont à cœur de promouvoir une littérature de qualité… À croire que les impératifs de ce gouvernement sont l’autorité, la restriction des libertés et la littérature rose…

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Il devrait y prendre garde. À supprimer les occasions de divertissement (même le sport, claquemuré entre les murs nus des stades, ne fait plus recette, et les organisations qui s’étaient engagées à dépenser des sommes folles pour avoir l’exclusivité du foot renâclent à payer l’addition d’un spectacle dégénéré), on amène les Français à se considérer pour ce qu’ils sont : des êtres promis à la mort, à plus ou moins brève échéance. Ils ne vont pas aimer ça.

Je me suis déjà étonné à la mi-avril de notre singulier et nouveau rapport à la mort. Un scandale, apparemment. Mais un scandale inévitable. Alors que « la philosophie, c’est apprendre à mourir », les profs de philo ont mal fait leur travail, à cesser d’expliquer que le but de notre condition humaine est la mort. Nous avons désappris la mort. Les médecins, dont la seule promesse tenable est de soigner, sont sommés de guérir. Toute atteinte à notre intégrité épidermique nous semble une offense majeure. Le rappel journalier par les instances gouvernementales du bilan de l’épidémie vaut les admonestations d’autrefois : « Ô mortels, venez contempler le spectacle des choses mortelles ; ô hommes, venez apprendre ce que c’est que l’homme » — avec Olivier Véran dans le rôle de Bossuet. Les priver de tout, tout en essayant de les culpabiliser (c’est de votre faute, vous ne vous êtes pas lavé les mains, c’est pour ça que vos grands-parents sont morts, pas parce que nous avons supprimé en 20 ans 100 000 lits et que depuis la fin du confinement, les impératifs administratifs ont, dans les hôpitaux, subjugué à nouveau l’intérêt médical) les conduira tout droit dans la rue, comme en Italie. La « vie nue » n’est pas un objectif présentable, à long terme. Surtout quand l’épidémie s’étend, que chacun peu à peu connaît quelqu’un qui en est mort, et qu’à l’angoisse charnelle s’ajoute désormais une angoisse existentielle. Le gouvernement a pensé réduire la violence intrinsèque en faisant peur, mais cette peur risque de revenir en boomerang demander des comptes aux gouvernants qui n’ont pas su gérer la crise autrement que par la peur.

Sa Majesté des Mouches de Golding, William (1983) Poche

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Maurice Radio Libre: « En France, on a permis aux délinquants de faire ce qu’ils veulent »

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« Allo, qui va là, j’te prie ? » Dans les années 1990, l’animateur de radio Maurice a tenu des multitudes d’adolescents éveillés tard le soir sur Skyrock. Émettant désormais depuis l’autre bord de l’Atlantique, « le sorcier des ondes » n’a rien perdu de sa liberté de ton. Entretien avec une légende bien vivante.


Alexis Brunet. Bonjour Maurice, vous vivez entre La Nouvelle-Orléans et Madagascar. Est-ce que la France vous manque?

Maurice. La France n’a pas beaucoup de raisons de me manquer (Rires). C’est un pays qui est devenu violent, dans lequel on voit des scènes qu’on voyait avant dans les infos, qui se déroulaient à 3000 ou 4000 kilomètres et qui maintenant se déroulent en France: décapitation d’un professeur, mitraillages, on voit des choses effrayantes.

Il y a vingt ans, vous parliez déjà de violence dans vos émissions, vous aviez des mots assez durs sur les banlieues notamment…

Assez durs je ne sais pas. En tous cas, ce sont des réactions face à des choses qui existent vraiment, qui sont des choses qui existent indiscutablement. Ce que je disais il y a 20, 30 ans, c’est que ceux qui avaient abîmé l’endroit dans lequel ils vivaient étaient des gens qui y vivaient, pas des gens venus de l’extérieur pour dégrader des immeubles ou enlever l’herbe autour des immeubles.

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Vous parlez de réaction. En 2016, dans un article intitulé Maurice, le caïd de la libre antenne qui a mal vieilli, le magazine Télérama a écrit: « Maurice pousse des beuglantes légèrement réac’ ». Êtes vous réactionnaire Maurice?

Je ne pense pas, mais je pense que chaque pays correspond à une définition, à une certaine ambiance, à certaines caractéristiques. Quand ces caractéristiques disparaissent, ça me paraît légitime de réagir. Effectivement, il y a des gens qui voient les choses différemment de moi, et qui vont considérer que les transformations de la culture du pays sont positives. Pour certains, il serait bon de faire de notre pays un pays qui ne correspond à aucune définition. Pourtant, moi si je suis à Madagascar en ce moment, c’est bien parce que j’ai envie d’être à Madagascar, où il y a des règles et une façon de vivre. Quand je suis aux États-Unis, c’est pareil. Pour certains en France, il faudrait qu’il n’y ait pas de façon de vivre particulière, qu’on vive en France comme on peut vivre ailleurs, que ce soit juste une sorte de kaléidoscope des cultures de partout? Peu importe que ceux qui ne sont pas d’accord avec moi me considèrent comme un pauvre mec ou un mec qui vieillit mal (Rires).

Vous vivez pourtant aux États-Unis une bonne partie de l’année, un pays multiculturel. Le multiculturalisme n’est-il pas quelque-chose qui vous plaît?

Les États-Unis ne sont pas un pays multiculturel, ce n’est pas vrai. Même les Noirs américains qui disent Black Lives Matter ou autre, se considèrent comme des Américains et vivent à l’américaine. Ils ne vivent pas comme on vit en Afghanistan, en Norvège ou je ne sais où. Ils vivent comme on vit aux États-Unis, et ceci est valable pour tous les gens, quelle que soit leur couleur.

Revenons aux banlieues. Dans un entretien réalisé en 2017, l’écrivain Michel Houellebecq a dit: « à la fin des années 1990, l’animateur de radio le plus populaire en France chez les jeunes, Maurice, faisait assez souvent des émissions sur le problème des banlieues […] on se rend compte qu’il pouvait tenir une heure sur les banlieues sans qu’une seule fois apparaisse le nom islam. Je suis revenu en 2010, et on ne parlait plus que de ça ». A votre avis, qu’est-ce qui a changé?

Ce qui a changé, c’est l’arrivée de ce que j’appelle l’islam prétexte. L’islam existait déjà en France. Il y a longtemps qu’il y avait des musulmans dans le pays, qui pratiquaient leur religion normalement, comme on pratique une religion j’imagine, car je ne suis pas intéressé par le sujet. Aujourd’hui on parle de l’islam car on a créé un islam voyant, un islam prétexte, un islam de revendication dans ce pays qui est un pays catholique.

Certains disent pourtant que la laïcité a permis de rompre avec les racines catholiques que vous évoquez…

Non. La laïcité s’exprime dans l’organisation de la société mais la France reste un pays catholique, c’est un pays dont l’Histoire vient du catholicisme, l’organisation française est quand même appuyée sur le catholicisme; avec la laïcité qui permet à la société française de fonctionner en dehors des dogmes religieux.

La prison et la police ne font plus peur qu’aux gens normaux. Pour tous les délinquants, ça fait partie de l’ordre des choses que de se battre avec la police, d’attaquer les pompiers, les médecins etc…

Une partie des musulmans en France trouve que l’on parle trop de l’islam en mal, ils se sentent pointés du doigt. Vous qui parlez à beaucoup de personnes dans le cadre de votre émission et notamment à certains d’entre-eux, comprenez-vous qu’ils estiment ne pas avoir à se justifier pour les attentats commis en leur nom?

Les musulmans normaux, je vais les appeler comme ça (rires), ce ne sont pas eux qui commettent des attentats. Comme beaucoup de gens, j’aimerais que ceux-là proclament leur séparation d’avec ceux qui commettent des attentats atroces dans notre pays. Mais je comprends en même temps que dans la mesure où ils estiment que ceux qui font ces attentats ne sont pas des musulmans mais des meurtriers, qu’ils n’aient pas de raisons de venir dire qu’ils ne sont pas d’accords avec des meurtriers. La plupart des terroristes ont des casiers judiciaires chargés, beaucoup ont fait de la prison, dont ils n’auraient jamais dû sortir.

On en vient donc au laxisme. Il y a vingt ans, vous disiez en substance que la France était trop laxiste et que les Français n’en pouvaient plus. Aujourd’hui, trouvez-vous que la situation a empiré?

On a un problème. Tout le monde veut plus de prisons en France, mais quand on vous dit qu’il y a une prison qui va se construire à côté de chez vous, on fait du tapage parce qu’on n’en veut pas à côté de chez soi, ça c’est la première chose. La deuxième chose, c’est qu’on a créé des règlements qui font que les gens n’ont pas peur d’aller en prison. La prison et la police ne font plus peur qu’aux gens normaux. Pour tous les délinquants, ça fait partie de l’ordre des choses que de se battre avec la police, d’attaquer les pompiers, les médecins etc. L’impunité dans le pays fait que ceux qui ont peur de la prison, ce sont seulement ceux qui sont en règle. En France, on a permis aux délinquants de faire ce qu’ils veulent. Beaucoup sont mineurs car quand vous êtes mineur vous ne risquez rien. Il faudrait une justice qui fasse réellement peur et qui mette réellement les gens en prison.

Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a parlé d’ensauvagement de la société et semble avoir pris le problème de l’insécurité au sérieux. Pensez-vous qu’il aille dans ce sens?

Le problème c’est qu’on est dans une société très bavarde. On parle, on bavasse mais maintenant, on en est au-delà des discours. Il faudrait enfin faire quelque-chose mais on n’arrive pas à interdire aux gens de casser l’espace public quand il y a des manifestations car aujourd’hui, si un policier poursuit celui qui vous a volé votre sac et que ce dernier tombe et se casse la jambe, on met le policier en prison ! C’est très joli de dire que l’on va donner plus d’argent aux policiers parce qu’ils font un travail harassant, mais encore faut-il leur permettre de faire leur boulot. Actuellement les policiers ne peuvent pas travailler. Tant qu’il en sera ainsi, et que la justice remettra dans le circuit des gens dont plus personne ne veut, pas même leurs parents, ça continuera. Sarkozy aussi a dit vouloir changer cela mais on n’a rien vu. Pendant ce temps-là, le degré de violence et d’ensauvagement de la société continue à grimper. On est dans une société de palabres où on se donne l’impression que quand on a parlé de quelque-chose, c’est comme si on l’avait réglé. Ce problème d’insécurité est d’ailleurs né avec François Mitterrand dans les années 1980, c’est lui qui a mis le pays à sac.

Le comité « Justice pour Adama » estime que la police en France est aussi violente que la police des États-Unis. Qu’en pensez-vous?

Ils ne connaissent pas la police des États-Unis, pour la plupart. Ensuite, si vous allez dans une manifestation vous battre avec des policiers, vous êtes prêt à recevoir des coups. Et si un policier vous met une tarte avec un bâton c’est sûr que vous aurez mal (Rires). Ceux qui parlent de violence sont ceux qui vont se battre avec la police, les autres non. La plupart des vidéos que l’on voit au sujet des violences policières sont des rixes provoquées par des gens qui ont envie d’en découdre avec la police. J’imagine que vos parents n’ont jamais eu à se battre avec des policiers n’est-ce pas?

Mes parents sont blancs. Le comité « Justice pour Adama » dit que la police est raciste en France justement…

Ce comité défend principalement des gens qui sont dans le circuit de la bagarre avec la police. Les gens normaux ne parlent pas de violences policières. Ceux qui parlent de violences policières, ce sont uniquement les délinquants et les gilets jaunes. Pourtant, il y a beaucoup de gens qui ont déjà été arrêtés par les flics sur l’autoroute ou à qui on a demandé de se mettre sur le côté. Ceux-là, ils ne disent pas que la police est violente. Si vous cherchez la confrontation, alors là vous risquez la violence policière. Madame Traoré vient nous expliquer qu’elle défend les Noirs, elle ne défend pas les Noirs, elle défend les délinquants. Les autres Noirs ne lui demandent rien, ils n’ont pas envie qu’on les mélange avec les membres de sa famille, qui ont eu beaucoup d’histoires avec la police et avec la justice.

Les gilets jaunes, comme les voyous en survêtements, sont des entraves à la vie des autres, ils emmerdent les autres

Pensez-vous toujours que les associations comme SOS racisme ne servent à rien, comme vous l’avez dit à une militante dans votre émission il y a quelques années?

Elles ne servent tellement à rien qu’on en est là aujourd’hui. Le Français n’est pas raciste. En revanche, le système de distribution dans les grandes entreprises a pris beaucoup de temps avant de prendre en compte les gens basanés pour accéder aux postes clés. Ceci est en train de changer aujourd’hui. Mais encore une fois, le racisme au quotidien en France existe généralement quand les gens sont des délinquants. Je ne pense pas que Yannick Noah ait souffert de racisme en France, je dis cela même si ce n’est pas mon sportif préféré (Rires). Moi je n’ai jamais souffert de racisme en France, je gagne ma vie normalement et quand un policier me demande de m’arrêter, je m’arrête.

Beaucoup de voix se sont indignées de la répression policière envers les gilets jaunes, qui aurait été forte, contrairement à celle envers les sauvageons de banlieue. Qu’en pensez-vous?

Les gilets jaunes sont des gens qui ont entravé la liberté des autres. Si vous avez décidé avec certains collègues de vous mettre à un rond-point et d’empêcher les gens de circuler, vous entrez dans une violence qui ressemble à celle des voyous dont on a parlé. C’est la loi du plus fort, c’est ceux qui sont les plus nombreux qui prennent la décision d’entraver la liberté des autres. Les gars en survêtement qui sont au pied d’un immeuble et qui décident d’empêcher les filles de se mettre en jupe sont respectés parce qu’ils sont nombreux et qu’ils font peur. Le mec qui est au rond-point avec ses collègues agit de la même manière. Les gilets jaunes, comme les voyous en survêtements, sont des entraves à la vie des autres, ils emmerdent les autres.

Comprenez-vous les revendications qu’ont eu les gilets jaunes au début de leur mouvement?

Ce sont des gens qui sont mécontents de leur sort et qui considèrent qu’ils n’ont pas de responsabilité dans ce qui leur arrive. Ils estiment que c’est la société ou ceux qui gagnent plus d’argent et payent plus d’impôts qu’eux qui doivent leur créer une vie meilleure. Moi je pense qu’on est tous allés à l’école de la République. Il y a ceux qui ont embrayé la première et il y a ceux qui ne l’ont pas fait. Si des gens sont restés sur le parking, ce n’est pas de la faute de ceux qui ont avancé. Est-ce à ceux qui ont réussi de porter ceux qui ne réussissent pas? On le fait déjà un peu mais on ne peut pas demander des augmentations de salaire ou je ne sais quoi simplement parce qu’on aimerait gagner au Loto et qu’on n’a pas gagné.

Les gilets jaunes devraient aller voir les gens qui sont vraiment dans la misère. Les gilets jaunes ont tous un abonnement de téléphone portable, ils ont tous internet à la maison, ils ont tous la télévision, du chauffage ou des vacances. Effectivement ils aimeraient mieux, ce que je comprends, mais ils ne veulent pas que ce soit eux qui s’engagent à avoir mieux, ils aimeraient que ce soit les autres qui le fassent à leur place. Pourquoi ceux qui ont bien travaillé à l’école, qui ont mieux réussi et qui payent plus d’impôts devraient porter ceux qui ont moins réussi? J’ajoute que les gilets jaunes sont des gens très riches pour beaucoup d’autres gens sur la planète. Des gilets jaunes qui débarqueraient à Madagascar pourraient y vivre dans l’opulence.

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Justement, après les attentats de Charlie-Hebdo et de l’Hyper Cacher, vous avez déploré sur votre antenne que la France importe des conflits extérieurs, notamment le conflit israélo-palestinien. À votre avis, pourquoi a-t-on tant besoin en France de se prendre pour le centre du monde?

Parce qu’on a grandi avec cette idée, en s’imaginant par exemple que des Guatémaltèques se levaient le matin en se demandant ce que pensaient les Français, en s’imaginant que les Américains étaient dans une rivalité avec nous, ce qui n’est pas vrai. Ceux qui importent des conflits extérieurs chez nous sont en général des gens qui ne comprennent pas ces conflits. De France, on ne peut pas comprendre le conflit israélo-palestinien. Il faut avoir grandi, avoir vécu à cet endroit-là pour être capable de saisir ce qui se passe réellement, tout en sachant que sur le terrain, beaucoup de gens en Israël comme en Palestine n’en peuvent plus de ce conflit.

Vous n’êtes pas d’accord? Parlez-en à Maurice sur Maurice Radio Libre

Avant que le sang ne sèche

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Deux femmes et un homme égorgés à Nice : combien de Samuel Paty faudra-t-il encore? Il y a des loups près de nous. Et les loups tuent.


Ça s’est passé hier matin à Nice dans la basilique Notre-Dame. Le choix du lieu n’est pas indifférent car une église offense la vue des islamistes. Un individu armé d’un couteau a égorgé deux femmes et un homme.

L’assassin blessé par balle a été neutralisé par la police. « La piste terroriste est envisagée » nous apprennent les autorités. Parce qu’il y aurait d’autres pistes ? Un différend familial peut-être ? Une querelle de voisinage ? Une beuverie qui aurait mal tourné ?

Comme à l’habitude on se mobilise au sommet de l’État. Darmanin a convoqué une cellule de crise. Castex a interrompu ses travaux pour la rejoindre. Macron se rend sur place.

La routine quoi. Comme les têtes tranchées des malheureuses et du malheureux. Les prochaines décapitations prévisibles figureront certainement dans la rubrique des chiens écrasés…

Jean-Luc Mélenchon a des idées très précises sur la question. Ce grand visionnaire a déclaré la veille de l’attentat barbare de Nice, que la plupart des agressions terroristes étaient « le fait de l’extrême droite ».

L’assassin a crié à plusieurs reprises « Allah Akbar » mais c’était sans doute pour donner le change. On va certainement apprendre que le tueur de Nice est un identitaire au crâne rasé du nom de Michel. Quand on voit ce qui s’est passé à Nice on a envie de hurler. Quand on entend Mélenchon on a envie de vomir.

Que veulent les terroristes? Nous soumettre!

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Par la violence mais aussi l’influence médiatique, politique, financière, le jihad judiciaire, l’entrisme dans les institutions et la banalisation de leurs exigences, nos ennemis entendent nous imposer l’islam comme référence culturelle et source normative suprêmes.


J’ai rédigé ce texte avant le tragique attentat qui vient de frapper Notre-Dame-de-Nice, et sur lequel je ne me prononcerais pas avant d’en savoir plus, si ce n’est pour exprimer bien évidemment toute ma compassion aux victimes et à leurs proches.

Je gage cependant que les prochains jours ne feront – hélas – que confirmer ce que j’écris ci-après.

Depuis qu’un fou d’Allah a assassiné Samuel Paty, condamné pour blasphème par l’islam théocratique, on voit fleurir les commentaires de certains « spécialistes du terrorisme » et autres « politologues » ou « sociologues » qui étalent plus que jamais leur médiocrité.

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Je vous résume leurs propos en les reformulant : « les terroristes veulent nous diviser, nous devons rester unis en refusant toute stigmatisation, ne désignons donc surtout pas à la colère du peuple l’idéologie qui nous tue » (n’est-ce pas Cédric Mas ?)

Pire : « la publication des caricatures est une agression intolérable envers les pauvres musulmans victimes d’oppression, pour mettre fin à la violence arrêtons de vexer ceux qui ne supportent pas que l’on critique leur religion », autrement dit « pour qu’il n’y ait plus d’attentats, donnons aux terroristes ce qu’ils veulent » (n’est-ce pas, François Burgat ?)

Voilà très exactement le raisonnement qui dans d’autres situations conduit à dire que les femmes violées sont responsables sous prétexte qu’elles étaient « provocantes » : « arrêtez de stigmatiser les violeurs, ce n’est pas leur faute s’ils ne savent pas contrôler leurs pulsions, il suffit que les femmes cessent d’être provocantes ». Discours abjects de collabos.

Face à ces absurdités, il faut rétablir quelques vérités simples

Le terrorisme n’est pas un ennemi, c’est un mode d’action de l’ennemi, comme les embuscades ou les manœuvres d’encerclement. On ne combat pas le terrorisme, tout comme on ne combat pas les embuscades ou les manœuvres d’encerclement : on combat un ennemi qui les utilise.

Quel est l’ennemi ? Les adeptes de l’islam théocratique totalitaire, communément appelés islamistes. Il y a entre eux des divisions, des oppositions, des rivalités, mais si elles ont un intérêt tactique dans la mesure où nous pouvons les exploiter, elles ne changent pas l’essentiel. Bien sûr, tous les terroristes pris individuellement n’ont pas conscience des grandes options stratégiques, de même que chaque soldat d’une armée de volontaires n’a pas forcément conscience de la manoeuvre d’ensemble. Il en est néanmoins un agent.

Nos ennemis réfléchissent, et le terrorisme n’est pas leur seul mode d’action. On connaît la triade hard power, soft power, gold power : nos ennemis la connaissent aussi, et en usent volontiers. Terrorisme donc, mais aussi influence médiatique, politique, financière, jihad judiciaire, entrisme dans les institutions, banalisation progressive de leurs symboles et de leurs exigences, pouvoir des urnes s’ils sont assez nombreux, etc.

Que veut l’ennemi, que veulent les islamistes ? L’islamisation. L’islam imposé à tous comme référence culturelle et source normative suprêmes.

Certains répètent en boucle que nos ennemis voudraient nous diviser, et que la soi-disant « montée aux extrêmes » servirait leurs projets en semant les germes d’une guerre civile. C’est faux. Les islamistes ne veulent pas la guerre civile, ils veulent l’islamisation. Si la guerre civile leur permet de l’obtenir, ainsi soit-il – encore qu’il ne soit absolument pas sûr qu’ils soient si nombreux qu’on le craint à avoir le courage du passage à l’acte, lorsqu’en face d’eux ils n’auront plus des civils apeurés mais le 1er RPIMa ou la Légion Etrangère.

Le véritable but des islamistes n’est pas la guerre

La division et la guerre ne sont pas le but des islamistes : ce sont des moyens, des chemins possibles pour atteindre leur but. Si nous cédons avant même de combattre, si nous accédons aux revendications de nos ennemis pour éviter la guerre, ils auront gagné. Si par peur de la « montée aux extrêmes » nous cherchons à étouffer toute combattivité – à la fois verbale et physique – chez ceux qui veulent défendre la France, la République, la liberté, seuls les islamistes et leurs soutiens resteront combattifs, et ils gagneront. Lisez Ibn Khaldoun, lisez David Galula, lisez Mao.

Rappelons en outre que dans le monde musulman, sauf exception, n’est jugé respectable que celui qui se fait respecter. Dès lors, jamais nos valeurs ne seront prises au sérieux si nous ne montrons pas que nous sommes prêts à nous battre pour les défendre. Seule une fermeté implacable ne reculant pas devant l’emploi de la force, nous permettra d’être respectés, et peut-être ensuite, mais seulement ensuite, d’engager un dialogue.

Nos ennemis, eux, maîtrisent parfaitement la technique bien connue du « gentil flic, méchant flic ». Pendant que l’un, ostensiblement sauvage et agressif, hurle et menace, l’autre vous dit : « aidez-moi à le calmer ! Donner-moi quelque chose pour m’aider à le calmer ! » Ainsi, après chaque attentat c’est le même scénario : il faudrait donner des gages à la communauté musulmane pour lui prouver qu’on ne la stigmatise pas, pour « éviter qu’elle se radicalise », pour « lutter contre la montée aux extrêmes », ou que sais-je. Assez ! N’est-ce pas au contraire la communauté musulmane qui devrait enfin donner des gages au reste de la nation ?

Et la sortie du président du CFCM, Mohammed Moussaoui, déclarant qu’il faudrait renoncer à notre liberté d’expression pour pouvoir fraterniser avec les musulmans, illustre à merveille ce que je dénonce ici : pour calmer les terroristes, renoncez de votre plein gré à ce dont ils veulent vous priver par la force. Odieuse soumission, et ne doutons pas un instant que si nous cédons ce ne sera pas interprété comme un geste de paix mais comme une preuve de faiblesse, et ils exigeront toujours plus.

« Cépaçalislam » ?

Les islamistes veulent notamment instaurer un délit de blasphème. Pourquoi ? Par arrogance, par susceptibilité infantile, mais pas seulement. C’est la première étape vers le contrôle des esprits, l’interdiction de toute critique de leur idéologie, la censure, le contrôle de l’écrit, de la parole puis de la pensée, puisqu’il est impossible de penser convenablement ce que l’on ne peut exprimer, ce dont on ne peut débattre.

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Tout ce que François Burgat et ses pareils ont à dire, c’est que si nous avions renoncé à publier et à montrer les caricatures du prophète de l’islam, Samuel Paty serait encore en vie. Certes. Esprit de Munich : si nous cédons aux exigences du Führer, personne ne mourra à la guerre puisqu’il n’y aura pas de guerre. Nous marcherons tous au pas de l’oie, mais qu’importe ?

Sans doute faut-il ici cesser de parler d’islamisme et désigner clairement l’islam, puisque ce projet de censure mondiale est ouvertement porté par l’université Al Azhar, qui n’est certes pas une autorité stricto sensu mais tout de même une référence majeure pour l’islam sunnite.

Alors dites-moi, Al Azhar, c’est l’islam ou « cépaçalislam » ?

Je stigmatise ? Mais dans ce cas c’est la réalité qui est stigmatisante ! Car il faut le dire et le redire : en France, toutes les religions sont critiquées, moquées, caricaturées, mais une seule tue pour ça ! Une seule tente d’imposer ses caprices pour qu’ils deviennent loi ! Ne réduisons pas les musulmans à l’islam, beaucoup de musulmans valent mieux que leur religion, mais osons dire qu’il y a bel et bien un énorme problème dans et avec l’islam.

Si votre objectif est la paix à tout prix, la solution est simple : interdisez toute critique de l’islam et faites-en la religion d’État. Islam signifie à la fois « paix » et « soumission » : la paix obtenue par la soumission. Encore que. Il y en aura toujours qui trouveront qu’un Etat musulman n’est jamais assez musulman : on parle trop peu des attentats commis au nom d’Allah qui ensanglantent presque quotidiennement le monde musulman. Qu’en disent nos analystes bien-pensants ? Est-ce parce que les pays où l’islam est religion d’Etat seraient islamophobes ? Ou parce que la tentation de surenchère permanente et pathologique est consubstantielle à cette idéologie ?

Il ne faut pas s’y tromper : pour prendre des références historiques connues, nous ne sommes pas en 1913, nous sommes en 1938. Il ne s’agit pas pour nous d’éviter une guerre fratricide absurde, mais de tenir tête à un totalitarisme qui ne s’arrêtera que si on l’arrête par la force.

Vague d’attaques contre la France


La menace terroriste est au plus haut. Les islamistes et les fanatiques entendent faire plier la France sur le droit de blasphémer.


Trois personnes tuées à Nice après l’attaque d’une basilique, assaillant menaçant abattu à Avignon, individu interpellé à Lyon muni d’un long couteau et attaque contre le consulat de France en Arabie saoudite. Retour sur les attentats islamistes qui ont touché la France aujourd’hui.

Nice : trois morts après une attaque au couteau à la Basilique Notre-Dame

Vers 9 heures ce jeudi 29 octobre, à la Basilique Notre-Dame de Nice, un assaillant a tué trois personnes et fait plusieurs blessés. Une femme a été égorgée, comme le professeur Samuel Paty, à l’intérieur de l’Église où est morte une autre victime. La dernière est décédée dans un bar à proximité, après avoir fui. L’auteur de l’attaque a été interpellé et le parquet antiterroriste a ouvert une enquête pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroristes criminelle ». Christian Estrosi, le maire de Nice, assure avoir entendu l’assaillant dire « Allah Akbar », « alors qu’il était médicalisé sur place ». Emmanuel Macron s’est rendu sur le site de l’attaque. 

Avignon : un homme abattu par la police après une attaque à l’arme de poing

Peu de temps après l’attentat à Nice, la peur s’est emparée des habitants d’Avignon. 

Un homme menaçait des personnes dans la rue avec une arme de poing. Il a été signalé vers 10 heures par un passant qui a contacté la police. Lors de l’intervention des policiers, « l’homme a foncé sur eux avec son arme et a été tué par les forces de l’ordre », a expliqué le porte-parole de la police d’Avignon à la presse. Il n’y a fort heureusement pas eu de blessés. Dans un premier temps, Europe 1 affirmait que l’homme muni de son arme aurait également crié « Allah Akbar ». Mais l’information a ensuite été démentie. Selon le procureur « on a plus affaire au geste d’un déséquilibré ». 

Lyon : un individu armé d’un long couteau interpellé

Un individu armé d’un couteau doté d’une lame de 30 centimètres a été interpellé, selon le journal régional Le Progrès. D’après le quotidien, le suspect serait d’origine afghane, et est actuellement entendu en garde à vue. Le maire du 2ème arrondissement de Lyon, Pierre Olivier a confirmé l’information sur Twitter : « Un homme vient d’être interpellé par la police nationale à Perrache armé d’un long couteau. »

Arabie Saoudite: attaque au couteau contre le consulat de France

Le consulat de France à Djeddah a fait l’objet d’une attaque, rapporte la diplomatie française. Un vigile a été visé. Blessé, il a été transféré à l’hôpital, mais ses jours ne sont pas en danger selon l’ambassade de France en Arabie Saoudite. D’après Libération, une note du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin datant du 25 octobre, révélait qu’ « un communiqué de l’agence Thabat proche de l’organisation terroriste Al-Qaeda » incitait à la pratique d’un « jihad individuel » à l’encontre « des cibles liées aux Français, comme les ambassades ou les lieux de villégiature ».

Face à la multiplication de ces attaques, dont tout laisse à penser qu’ils sont une réponse au courage français de ne pas renoncer à la liberté d’expression et au droit de caricaturer ce que l’on veut dans notre pays, Jean Castex a déclaré le niveau « urgence attentat » sur l’ensemble du territoire avec un plan Vigipirate renforcé. Entre reconfinement et menace terroriste, la fin d’année s’annonce difficile pour les Français.

Cryogéniser la vie n’est pas assurer la santé!

 


Reconfinement. Emmanuel Macron dit vouloir faire passer la santé des Français avant toute chose. Or, la santé n’est pas l’absence de maladie mais la puissance d’un individu de pouvoir tomber malade et de s’en relever…


La suppression des libertés individuelles doit être toujours équilibrée et justifiée par la finalité qu’elle poursuit, caractéristique de l’État de droit. Le nouveau confinement qui s’annonce est justifié par les autorités par l’urgence sanitaire. Autrement dit : conserver le maximum de citoyens en bonne santé, c’est-à-dire exempt d’une infection au Covid-19.

Le Covid ne tue pas aléatoirement, mais précisément : les personnes âgées et des adultes déjà malades

Pourtant, la santé n’est pas l’absence de maladie mais la puissance d’un individu de pouvoir tomber malade et de s’en relever. Canguilhem, dans Le normal et le pathologique, inverse notre manière habituelle de concevoir la santé comme une « normalité » de la vie du corps. Nous pensons souvent qu’on est en bonne santé si l’on n’a ni fièvre, ni douleur, ni problème particulier. Or, Canguilhem affirme que la santé n’est pas réductible à n’être que le contraire de la maladie. Sinon, nous pourrions décrire comme étant en bonne santé le maladif, le chétif, l’individu vulnérable physiquement, même s’il n’est pas atteint d’une pathologie précise. Il est en réalité en sursis : la maladie n’est pas un évènement pour son organisme mais presque un état latent. Il est pour ainsi dire diminué, « rétréci » écrit Canguilhem. Nous voyons donc bien que la santé ne peut être décrite comme une simple conservation, une préservation d’un ordre immuable : cela ne se rencontre d’ailleurs jamais dans les individus vivants. C’est la différence que l’on pourrait ainsi noter entre l’objet, dont les possibilités d’état sont restreintes – il peut être cassé ou en bon état – et l’organisme qui est croissance perpétuelle, progrès, obstacle surmonté. Dans une conception de la vie que l’on pourrait qualifier de nietzschéenne, Canguilhem rappelle le phénomène qu’est le vivant comme ce qui établit en permanence de nouvelles normes. On pourrait l’illustrer de manière très concrète ainsi : une fois un virus surmonté, le corps n’est plus le même car il s’est immunisé contre ce dernier. Il est fondamentalement différent dans son ordre interne lequel est renforcé, mais aussi dans son rapport au vivant hors de lui. Les maladies infantiles n’inquiètent jamais pour cette raison : l’enfant a en lui toute la force vitale et les ressources d’un organisme sain pour surmonter des virus qui emporteraient en quelques heures une personne âgée ou adulte plus fragile. La robustesse de l’enfant n’est pas un statut quo, mais la capacité de tout traverser. Si la santé est donc un certain bon ordre du corps, ce n’est pas un ordre immuable que la maladie viendrait amoindrir, affaiblir, perturber. C’est plutôt un ordre que la maladie vient perturber parce qu’il doit être repensé et renforcé. L’homme en bonne santé est celui qui peut risquer de tomber malade, car précisément son organisme a la latitude de se renforcer grâce à la maladie.  

Le Covid ne tue pas aléatoirement

La santé est donc un état actuel du corps qui décrit sa capacité de surmonter la maladie plutôt qu’elle n’en serait le contraire. Elle ne peut être une justification ultime des décisions politiques.

Des contraintes ahurissantes pèsent sur les individus sans distinction dans cette crise « sanitaire ». Mais la santé de qui s’agit-il de « préserver » ? Si en mars, sans connaissances réelles de cette maladie, nous pouvions craindre une hécatombe digne de la grippe espagnole avec laquelle le Covid avait alors été comparé, il en est désormais tout autrement. Le Covid n’est pas non plus la peste bubonique, terrassant tous les individus sur son passage. Nous avons désormais des statistiques solides et éprouvées, du recul et des connaissances sur les victimes du Covid. Le Covid ne tue pas aléatoirement, mais précisément : les personnes âgées et des adultes déjà malades. Des individus qui n’ont déjà plus de santé, nous dit Canguilhem : ils ne peuvent plus risquer de rencontrer ce virus, leur corps n’ayant plus l’aptitude d’instaurer un nouveau système de norme pour s’en relever. Aucune mesure politique prise ne peut restaurer la santé ainsi comprise. Être confiné n’est pas rester en bonne santé, mais chercher à conserver une norme vitale précaire, quitte à cryogéniser le corps social. Le coût politique, économique, social du confinement n’est-il alors pas infiniment trop élevé pour le bénéfice qu’il envisage ? De plus, le choix n’est pas binaire : il ne s’agit pas de choisir entre la survie économique des bien portants et quelques années de vie supplémentaires pour des personnes déjà amoindries, mais de restaurer une authentique responsabilité individuelle. Autrement dit, laisser les individus prendre les risques et les précautions qui les concernent, en assumant que le service public hospitalier n’est pas sans limites.

Une jeunesse sacrifiée?

Car il n’y a pas que la vulnérabilité biologique. Comme le fait remarquer avec beaucoup de justesse Comte-Sponville dans une interview radiophonique récente sur Europe 1, il y a la vulnérabilité sociale, économique, qui est le propre de la jeunesse de 2020. Des jeunes gens sans bac ni examens réels, dont les diplômes seront donc sévèrement dévalués. Qui vivent des conditions d’études bien souvent difficiles ; dans des logements souvent exigus parfois vétustes, suivant leurs cours à distance – quand leur fac ou leur école est équipée suffisamment en termes numériques –  sans accès aux bibliothèques universitaires, sans certitude sur la tenue de leurs examens et encore moins sur leur valeur dans le futur. Que dire, également, des diplômés de juin 2020 sans espoir de trouver leur premier emploi dans la situation actuelle ? Une seule certitude leur est permise : la crise sera forte, et ce sera eux qui en feront les frais alors même que les principaux bénéfices de ces exigences sanitaires ne les concernent pas. Voilà des fragilités que le politique aurait le pouvoir d’amoindrir, alors qu’il est impuissant, de fait, face à ce qui régit le vivant. Il ne suffit pas au président de reconnaître qu’avoir 20 ans est difficile actuellement pour s’arroger le droit de demander à cette jeunesse tous les sacrifices. La crise économique sans précédent qui s’annonce créé des fragilités économiques et sociales évitables au profit de la conservation d’une fragilité biologique actuelle indépassable. 

Il n’y a pas de justice face au virus, certes, et on ne peut juger de la valeur d’une vie. La justice n’est pas qu’une norme idéale : elle doit être l’étalon permettant de mesurer et d’équilibrer les décisions politique au niveau général, en visant non l’égalité mais l’équité. En l’occurrence, n’est-il pas profondément injuste d’aggraver considérablement la situation économique et sociale du pays au profit de personnes qui n’auront pas à le relever ? 

Terrorisme et Covid-19: une atmosphère de fin du monde

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La Basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, hier soir © Daniel Cole/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22507811_000065.

Comme Chantal Delsol, je me pose cette question sans réponse : comment se fait-il qu’en 1969 la grippe de Hong-Kong (plus d’un million de morts dans le monde et plus de trente mille en France) soit passée inaperçue – juste quelques entrefilets dans la presse – alors qu’elle saturait les hôpitaux et remplissait les morgues ? Peut-être avait-on alors des idéaux (religieux, politiques, esthétiques…) et que le reste paraissait secondaire ? Peut-être que l’effet, somme toute mineur, du Covid-19 qui décime essentiellement à l’échelle planétaire des personnes âgées et souffrant déjà de co-morbidités, est-il lié à l’ère numérique et à une focalisation médiatique : tout se passe trop vite, comme dans un film catastrophe, ce qui engendre une forme de panique plus léthale encore que le virus et impossible à gérer rationnellement ? Peut-être n’a-t-on plus foi qu’en une vie nue, strictement biologique, qui éclipserait toute raison de vivre ? Peut-être sommes-nous devenus vieux et lâches, incapables de regarder la mort en face ?

A lire aussi: Vague d’attaques contre la France

Ce qui expliquerait aussi pourquoi nous adoptons face à un islam conquérant l’attitude de vieilles femmes apeurées se réfugiant dans le « pas d’amalgame » et le « surtout pas de vague ». Et que nous supplions les gouvernants de nous soumettre à des confinements de plus en plus sévères. Nous avons voulu éliminer le tragique de nos existences et le voici de retour avec deux cauchemars, le Covid-19 et l’islam radical, que nous plaisons à amplifier comme si le dernier spectacle que nous attendons, calfeutrés devant nos écrans, est celui de la fin de notre civilisation. Peut-être d’ailleurs ne méritons-nous pas mieux : celui qui veut sauver sa peau à tout prix, est sûr de la perdre. Celui qui dépose les armes face à son adversaire appelle inconsciemment de ses vœux une servitude, physique ou spirituelle, celle-là même qui se déroule sous nos yeux comme une lente et inexorable agonie. L’apocalypse aurait pu être joyeuse : elle est sinistre.

CON-TEX-TU-A-LI-SER !

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Coran sur un tapis de prière à Nuremberg le 28 avril.© Dwi Anoraganingrum/Action/SIPA Numéro de reportage : 00958975_000008

Si la nécessité de contextualiser le Coran existe, elle ne doit en aucun cas servir à justifier certains passages.


ASSEZ ! Assez d’hypocrisie, assez de mensonges, assez de déni ! Après chaque attentat, ce sont les mêmes débats, les mêmes échanges, arguments et contre-arguments, comme des passes d’armes ritualisées dans un film de cape et d’épée. Entre le refus d’admettre la responsabilité de l’islam, les mauvaises excuses, et les réponses presque automatiques à toute critique de cette religion.

Certains nous expliquent pompeusement que des fanatiques tuant au nom de l’islam en hurlant « Allahu Akbar » n’auraient rien à voir avec l’islam – mais, étrangement, les mêmes nous expliquent aussi que ces fanatiques ne feraient que réagir aux « provocations contre l’islam », alors qu’on saisit mal comment quelqu’un pourrait réagir à des provocations envers une chose avec laquelle il n’aurait rien à voir.

Ceux qui affirment que pour mettre fin au jihadisme il faudrait arrêter de « provoquer » les musulmans ne valent pas mieux que ceux qui disent d’une femme violée qu’elle l’a « bien cherché » parce que sa jupe, son décolleté ou son attitude était « provocants ». Aux yeux de la bien-pensance, tout comme on ne saurait reprocher à un moustique d’être attiré par la lumière, on ne saurait reprocher à un musulman de répondre par la violence et la haine à un dessin de son prophète. C’est que, comprenez-vous, pour la doxa de gauche les musulmans ne sont pas tout à fait dotés de libre-arbitre, ils ne sont pas tout à fait humains….

Il y a aussi ceux qui affirment que tout ne serait que la résultante de conditions socio-économiques : trop peu de milliards auraient été injectés dans les multiples « plans banlieues », il n’y aurait pas assez de services publics dans ces quartiers où les agents de ces services sont systématiquement agressés et où même les pompiers se font caillasser, et ainsi de suite. Pour eux, ce ne sont pas les musulmans qui seraient dépourvus de libre-arbitre, mais les « classes populaires ». Ou les « minorités » : nouveau critère à la mode pour tout expliquer à partir du double postulat que les Blancs sont méchants par nature mais néanmoins coupables de l’être, alors que les « racisés » sont nécessairement innocents et le restent quoi qu’ils fassent car ils ne sont jamais vraiment responsables de leurs actes. Un peu comme d’éternels enfants, ou des animaux insuffisamment évolués…. Oui, l’indigénisme est un racisme infâme.

Aux adeptes du « tout sociologique », il est bon de rappeler le travail remarquable de Gabriel Martinez-Gros. Historien, spécialiste d’Ibn Khaldoun et d’Al Andalus, voici ce qu’il écrit :

« Ce choix de l’islam, effectué par des millions de militants dans le monde, n’est ni fortuit ni superficiel. Tout étudiant en sciences humaines sait – ou devrait savoir – qu’il est impossible d’analyser un phénomène – ethnologique, sociologique, historique – hors des mots dans lequels il se donne. Imagine-t-on d’analyser le nazisme comme on prétend aujourd’hui analyser le djihadisme, en détachant sa « base sociale » de son « propos idéologique » ? On en conclurait que les nazis furent des ouvriers malchanceux, des petits commerçants ruinés par la crise, des intellectuels au chômage, des ratés du système capitaliste…. La guerre mondiale, la hiérarchie des races, l’extermination des juifs? Simple habillage infantile d’une violence de deshérités…. »

Et il dénonce l’aveuglement de « la gauche en particulier, qui ne veut voir que problèmes sociaux là où éclate l’évidence d’un choix politique » et de ces états qui « ne permettent à personne d’imaginer que les « barbares » de leurs banlieues sont autre chose que des civilisés potentiels, malheureux d’être privés des bénéfices de la civilisation. Un délinquant, surtout s’il est jeune, a dû manquer d’affection, d’école, de soin, de théâtre, d’art, de salle de sport…. de mille autre choses sans doute à condition qu’on les fasse précéder du verbe « manquer ». »

Il y a, enfin, ceux qui utilisent en boucle des réponses devenues rituelles à toute critique de l’islam et de sa doctrine, notamment telle qu’elle est exposée dans le Coran. Vous les connaissez sûrement : il faut contextualiser ; le Coran serait intraduisible ; l’indémodable « cépaçalislam » ; les musulmans seraient l’équivalent moderne de ce qu’étaient les juifs dans les années 30 ; la fameuse « islamophobie d’état française » ; « oui mais les autres religions » souvent accompagné de « oui mais dans la Bible » et « vous ne critiquez que l’islam » ; et enfin l’invocation de la liberté de culte comme vision totalement dévoyée de la laïcité.

A ces sept mensonges, je répondrai par sept rectifications : sept articles. Plus deux. D’abord cette introduction, bien sûr, puis une conclusion qui je l’espère appuiera encore plus fort là où ça fait le plus mal.

Lorsque vous évoquez le caractère moralement inacceptable de certains versets du Coran, vous êtes à peu près sûr que rapidement un défenseur autoproclamé de la religion musulmane s’invitera dans le débat pour sortir de sa manche ce qu’il croit être un joker absolu : il faut CON-TEX-TU-A-LI-SER ! Et il vous le dira sur le ton pontifiant de celui qui s’imagine avoir tout compris. Pensez donc : vous n’avez étudié que quelques milliers de pages de travaux historiques et théologiques, rencontré des dizaines d’imams, de croyants, d’apostats, mais lui, qui a écouté une conférence de Tariq Ramadan et lu au moins trois fils twitter sur le sujet, il sait.

Contextualiser, donc. Est-ce nécessaire ? Oui. Est-ce que ça fonctionne comme le prétendent ceux qui voudraient en faire un argument magique ? Non.

De toute évidence, il faut replacer un texte dans son contexte pour le comprendre. L’auteur, quel qu’il soit, s’adresse à des personnes dont il considère qu’elles ont certaines références, et il s’appuie sur ces références pour faire passer son message. Les quelques lignes qui précèdent en sont un exemple : les traduire d’une manière qui les rendrait intelligibles pour Cicéron supposerait une quantité absolument effarante de notes complémentaires. Non pas parce que le Consul aurait du mal à comprendre le fond de mon propos : au contraire même, j’ai lu assez de ses écrits pour savoir que tout ce que je veux exposer ici lui apparaîtrait comme des évidences. Mais allez donc lui expliquer ce que sont le Coran, l’islam, un joker, un fil twitter ou Tariq Ramadan ! Tiens, essayez déjà d’expliquer à un enfant d’aujourd’hui une blague des Guignols de l’Info du début des années 90, vous allez voir. Si le remarquable Coran des historiens dirigé par Guillaume Dye et Mohammad Ali Amir-Moezzi commence par un tome de 1014 pages intitulé Études sur le contexte et la genèse du Coran, ce n’est pas pour rien.

Les spécialistes du contexte ne sont pas les seuls à pouvoir avoir un avis sur un texte

Pour autant, les spécialistes du contexte sont-ils les seuls à pouvoir avoir un avis sur un texte ? Bien sûr que non ! Quand Cicéron, encore lui, écrit « il y a plus de grandeur à être utile à tous qu’à disposer d’un immense pouvoir », nul besoin de savoir que les Romains toquaient aux portes avec les pieds plutôt qu’avec les mains pour comprendre ce qu’il dit, pour y réfléchir, pour le critiquer. Oui, il est intéressant de savoir que cette phrase se trouve dans le De natura deorum, qu’elle fait référence au Dieu Suprême, et qu’elle est suivie par « ou du moins est-on ainsi davantage digne de respect et d’amour. » Il est même intéressant de connaître les religions et les débats théologiques d’alors pour pleinement l’apprécier. Mais le cœur du sujet n’est pas là, et ni un Égyptien du temps de Ramsès II, ni un Chinois contemporain de Confucius, ni un Français d’aujourd’hui n’ont besoin de la moindre contextualisation pour réfléchir à l’essentiel : la véritable grandeur réside-t-elle dans la puissance que l’on détient ou dans l’usage que l’on en fait ?

De toute évidence aussi, il faut replacer une personne dans le contexte de sa civilisation, de son époque et de son milieu pour la comprendre et éventuellement la juger. Reprenons l’exemple de Cicéron (que je remercie pour son aimable participation à cet article, gratias maximas). Il est évident pour tout le monde, du moins je l’espère, que ceux de nos contemporains qui pratiquent (ou voudraient rétablir) l’esclavage sont des ordures immondes. Et que l’esclavage est ontologiquement mauvais, une monstruosité en soi quel que soit le contexte. Or, Marcus Tullius possédait des esclaves (dont le célèbre Tiron). Est-ce que pour autant je considère le Pater Patriae comme une ordure immonde, ou un monstre ? Certainement pas ! Pourquoi ?

Parce qu’il y a une immense différence entre faire quelque chose de mal dans une société qui la considère comme parfaitement normale, et faire la même chose dans une société qui la considère comme profondément mauvaise. Ne pas réussir à aller contre le consensus pour faire mieux que le consensus est une chose. Mais aller contre le consensus pour faire pire que le consensus en est une autre. C’est pour cette raison que je me refuse à condamner le prophète de l’islam pour son mariage avec Aïcha : quiconque ferait la même chose aujourd’hui m’apparaîtrait comme un abominable criminel, mais dans le contexte où il vivait, il n’a fait que suivre le mouvement. Ce n’est évidemment pas très reluisant, mais ce n’est pas la même chose.

Pour autant, et c’est absolument fondamental, cette contextualisation ne s’applique qu’aux personnes. La moralité des pratiques ne change pas avec le temps. Cicéron n’était pas un monstre, mais l’esclavage en lui-même était déjà une monstruosité de son vivant – tout comme le fait d’épouser une fillette de 6 ans et de la déflorer à 9 ans était déjà en elle-même une monstruosité du temps du Prophète. Il faut contextualiser le jugement que l’on porte sur ces hommes avant de leur reprocher de ne pas avoir pris conscience du fait qu’il s’agissait de crimes, mais aucune contextualisation ne changera le fait que l’esclavage et la pédophilie ont toujours été des abjections, le sont, et le seront toujours.

La contextualisation ne marche pas pour défendre le Coran

Et nous en arrivons à la raison pour laquelle l’argument de la contextualisation ne marche pas lorsqu’il s’agit de défendre le Coran. Prenons par exemple les nombreux versets qui permettent l’utilisation des captives de guerre comme esclaves sexuelles (sourate 4 versets 3, 23 et 24, sourate 26 verset 6, sourate 33 verset 50, etc). C’était, hélas, une pratique courante dans l’Arabie de l’époque. La voir admise et même banalisée dans un texte humain, trop humain, nous choque – heureusement ! – mais ne saurait justifier un rejet en bloc de ce texte : ce serait un cas typique de « cancel culture », et on en connaît l’absurdité.

Par contre, il est absolument inacceptable que, lorsque l’on dénonce l’autorisation de cette pratique monstrueuse par le Coran, certains répondent « oui mais, le contexte. » Que les rédacteurs du Coran n’aient pas compris que cette pratique était abjecte est compréhensible, vu le monde dans lequel ils vivaient, mais leur ignorance ne rend pas la pratique du viol des prisonnières moins abjecte pour autant, et le contexte n’y change rien. Elle est mauvaise aujourd’hui, elle le sera demain, et elle l’était déjà au moment de la vie du prophète comme au moment de la rédaction du Coran.

Et ce qui pour un humain est un aveuglement tragique mais compréhensible devient, de la part d’une divinité, absurde ou monstrueux. Que la capacité des mortels à comprendre une divinité, et à exprimer pour d’autres ce qu’elle leur inspire dans secret de leurs âmes, soit conditionnée par la personnalité de ces mortels, leur culture, leur éducation, leur époque, ce devrait être une évidence. Mais l’islam sunnite (du moins depuis le massacre des mutazilites par les hanbalites) affirme que le Coran serait la parole d’Allah, non pas inspirée et donc imparfaitement retransmise par un intermédiaire humain, mais éternelle et incréée, dictée telle quelle, fidèlement répétée puis retranscrite sans altération.

Tenir cette position, c’est proclamer qu’Allah et donc l’islam cautionnent l’esclavage sexuel, ou au minimum qu’il existe un contexte dans lequel Allah et donc l’islam cautionnent l’esclavage sexuel (ajoutons-y le fait de considérer le « bel exemple » du prophète comme une source normative toujours valable, et c’est encore pire). Politiquement, une telle idéologie n’a pas sa place dans notre société. Théologiquement, un dieu digne de la vénération des humains ne peut pas avoir enseigné qu’il était légitime de capturer les femmes de ses ennemis pour les violer et en faire ses esclaves sexuelles.

Au final, le constat est simple : le Coran encourage la commission de crimes abominables.

Ne nous y trompons pas : la carte de la « contextualisation » n’est pas une relecture critique du texte coranique. Ce n’est pas l’ouverture vers un jugement moral digne de ce nom. C’est une concession du bout des lèvres, qui dit « c’est vrai, aujourd’hui nous trouvons ça mauvais, mais à l’époque c’était bien. » Non pas « les gens pensaient à tort que c’était bien » mais « c’était bien ». Sous-entendu : « et si les conditions de l’époque devaient être à nouveau réunies, cela redeviendra bien ».

Au final, le constat est simple : le Coran encourage la commission de crimes abominables. Ce n’est pas la totalité de son message, mais c’est une partie de son message. L’expliquer est parfaitement légitime, et même nécessaire. En revanche, le nier ou pire, tenter de le justifier y compris par l’argument de la contextualisation, c’est s’en rendre complice. C’est, en conscience, cautionner l’abjection. C’est, en soi, criminel.

La « Putain d’expo » rend hommage à Renaud

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La "Putain d'Expo" en l'honneur de Renaud à la Philarmonie, 15 octobre 2020 © SADAKA EDMOND/SIPA, numéro de reportage : 00986135_000010

Avant l’annonce du confinement saison 2 par notre président, j’ai eu le temps d’aller voir pour vous la « Putain d’expo », l’exposition consacrée à Renaud à la Philharmonie. Elle est à l’affiche jusqu’au 2 mai, si d’ici là on nous accorde un peu de liberté.


« Connard de virus » a bredouillé Renaud récemment dans une vidéo où il apparaît en gaulois bouffi et exsangue, essayant de chanter dans un souffle à travers un masque bandana un texte indigent sur le covid. Oublions cette image d’une absolue tristesse. La Philharmonie consacre à l’ex poulbot à la chetron sauvage une belle exposition. « Un pote m’a dit que ça sentais le sapin, mais moi je m’en fous un peu, j’aime bien cette odeur des doux Noël de mon enfance », écrit-il dans un petit texte de présentation. Justement, Renaud l’amoureux de l’enfance est une des thématiques de l’expo, avec celle du poète portraitiste, et forcément celle du chanteur engagé. Étiquette de laquelle il a réussi à mon sens à se dégager.

En déambulant à travers les photos, les manuscrits, les archives familiales et surtout le plus intéressant, les nombreux documents sonores, je me suis surprise à chantonner sans arrêt sous mon masque. J’avais oublié que je connaissais par cœur tous ses textes. Les larmes me sont aussi souvent montées aux yeux. Je ne vais pas vous refaire le coup de la nostalgie, du c’était mieux avant et du vieux monde qui s’effondre un peu plus de jours en jours, mais Renaud était un des piliers de ce monde-là. Il a bercé nos enfances, notre jeunesse et plus encore. Au-delà de ses engagements politiques plus ou moins hasardeux, il a fait partie de nos vies. Nous l’avons connu papa, morgane de Lolita, amoureux abandonné, il nous a fait toucher du doigt sa blessure que rien ni personne ne semble plus pouvoir consoler maintenant que les mots ne sont plus là. Renaud a besoin de notre regard pour exister et cette exposition sorte d’hommage anthume, comme dirait Alphonse Allais, nous permet de nous regarder avec lui.

Un enfant de 68

L’engagement politique à présent, puisqu’il faut aborder ce sujet là avec Renaud. J’entends d’ici nos lecteurs le traiter de gauchiste. C’est évidemment plus compliqué que ça.

Renaud est un enfant de soixante-huit né avec les révoltes de son temps. Éternel jeune homme naïf, il épousa toutes les causes, et elles les ont toutes trahi. Renaud n’a jamais été meilleur que lorsqu’il fait jaillir sa colère, aussi juste que lorsque son côté anar prend le dessus, comme dans sa meilleure chanson « désengagée « : « Où c’est que j’ai mis mon flingue », « J’vais pas m’laisser emboucaner par les fachos, par les gauchos tous ces pauvres mecs endoctrinés qui foutent ma révolte au tombeau, tous ceux qui m’traitent de démago dans leurs torchons que je lirai jamais, Renaud c’est mort il est récupéré ! ». Non Renaud ne fut pas récupéré si ce n’est par l’alcool et la dépression comme il l’avait pressenti dans cette même chanson « mon avenir est sur le zinc d’un bistrot des plus cradingues…»

À lire aussi, Jonathan Siksou : Exposition pour le bicentenaire de la disparition de Napoléon: aura-t-elle lieu?

Il est allé un peu loin dans son engagement pro-palestinien, car sans tomber dans le sionisme échevelé, on ne peut affirmer que le peuple palestinien fut ou est victime d’un génocide, comme il le fait dans Miss Maggie[tooltips content= »« Palestiniens et arméniens déclarent du fond de leur tombeau qu’un génocide c’est masculin comme un SS un torero » »](1)[/tooltips]. Il s’est rattrapé avec sa dernière belle chanson, qui est un hommage aux victimes de l’Hyper Cacher, une chanson aux mots simples comme il a toujours su les faire, de ces mots qui font jaillir l’émotion pure[tooltips content= »« Qu’ils reposent à Jérusalem, sur la terre de leurs pères, au soleil d’Israël, je veux leur dédier ce poème, leur dire qu’ils nous sont chers » »](2)[/tooltips]Tout est pardonné Renaud.

Charlie justement. Comme le passé a parfois des résonances étranges! Dans une émission de Polac en 1982, Renaud prend la parole au sujet de Charlie Hebdo qui avait cessé de paraître. Très remonté et certainement alcoolisé, il affirme être contre la liberté d’expression, car selon lui la presse de droite ne laissait pas la gauche s’exprimer. C’était au siècle passé…

Un portraitiste talentueux

C’est dans le portrait que Renaud se surpasse. Gérard Lambert, Manu, La mère à Titi, sont autant de figures tendres, drôles et parfois tragiques qui font maintenant partie de notre héritage. Choyons-les.

Son plus beau portrait, enfin, est à mon sens celui qu’il trace dans « Son bleu », l’histoire d’un ouvrier qui vient d’être licencié et qui ne sait plus quoi faire de sa vie et de ses croyances[tooltips content= »« Qu’est ce qu’il va faire de son bleu ? De son drapeau rouge de son Lénine, c’est toute sa vie qui était dans sa machine » »](3)[/tooltips]. Lorsque le public s’est levé pour quitter la salle au son de Déserteur à Moscou en 85, il s’est écrié la voix pleine de rage : « Si j’ai fermé ma gueule, c’est pour la classe ouvrière française, qui y croyait ».

Renaud c’est ça, la sincérité élevée au rang des beaux arts, la pureté dans la révolte, jusqu’à le mener au bord du précipice.

Musée de la musique 221, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris. Suite aux dernières annonces du gouvernement, à compter du vendredi 30 octobre et jusqu’au mardi 1er décembre au minimum, fermé au public.

Faire face à une radicale hostilité

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Emmanuel Macron devant la basilique Notre-Dame de Nice, le 29 octobre, après l'attaque terroriste. © Eric Gaillard/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22507811_000054

Face au terrorisme islamiste, médias et politiques semblent refuser de décrire l’ennemi dans ses ressorts profonds. L’analyse de Philippe-Joseph Salazar, auteur de Paroles armées : Comprendre et combattre la propagande terroriste


Une hostilité nouvelle effraie, mais elle effraie d’abord le langage de notre discours. Il faut en finir avec la rhétorique à sensation des médias et des politiciens de profession, et nommer avec justesse le phénomène. Il y a peu du califat de Daesh, désormais du mouvement de radicale hostilité envers notre monde à nous, une guérilla qui s’étend du Tchad au Mozambique, de Nice à Conflans-Ste-Honorine.

La classe politique et les relais médiatiques résistent devant l’appellation de l’hostilité : même le mot de « haine », si vif à être infligé sur tout ce qui déplaît au consensus européen, n’est pas appliqué à la guérilla islamique. Notre discours hésite, vacille, s’intimide lui-même. La cause en est que la violence est, dans nos sociétés, encadrée par la loi (à chaque violence correspond un délit ou un crime) et réduite à des rhétoriques explicatives (sociologie, psychologie, etc.), en vue de la cantonner dans l’idéologie dominante des groupes humains comme objet de gestion (la prévention et la réinsertion) avec pour arme dérisoire et futile : la dissolution des groupuscules. Comme on dit en américain : technique policière du « wack a mole », « estourbir un mulot », qui ressort plus loin. Les terriers s’étendent en réseaux. Et que fait l’État ? Des discours. On discoure sur le mulot.

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Les guerriers de l’Etat islamique sont devenus les partisans d’une guérilla

Car quand surgit la véritable violence, avec sa bande son et sa bande image, ses sacrificateurs et ses victimes, ses appels et ses harangues, se crée un trouble de langage : pouvoir et médias veulent nous priver de mots exacts pour dire ce qui se passe, et nous voilà réduits à user d’un glossaire dévalué, face au défi insupportable de cette nouvelle violence : « islamo-fascisme ». Seul un ignorant peut dire ça. Le fascisme (ou le stalinisme) serait probablement le seul rempart efficace, et violent, contre la guérilla religieuse islamique.

La propagande djihadiste, encore nourrie et inspirée de l’immense bibliothèque virtuelle du califat de l’Etat islamique est claire : il faut tuer tout représentant de l’État ou de la religion honnie où le djihadiste vit, en attente de la reprise du territoire par la guerre, la démographie et la conversion. Pour le califat la France est occupée par des ennemis – des mécréants et leurs alliés et serviteurs, les « musulmans modérés ». La gendarmerie et la police, et désormais l’armée déployée, sont des forces d’occupation. Du coup le djihadiste doit résister à l’occupant en pratiquant la guérilla et devenir partisan. Les actions de partisans n’ont pas cessé depuis cinq ans. Chez nos voisins, Londres a même été surnommée « la capitale des attaques au couteau ».

Comme l’y incitait voilà cinq ans la propagande califale, il faut faire arme de tout objet. C’est-à-dire que non seulement, jusqu’à l’attaque, le partisan disparaît dans l’anonymat des foules, mais il peut faire disparaître l’arme dans la banalité des ustensiles de tous les jours – couteau, hachette, hachoir. Un partisan « se fond dans le décor » (une expression qui date, justement, de la guerre de partisans). S’habiller « jeune » ou en migrant sur un bateau est un déguisement. Un jour viendra où un partisan s’habillera étudiant Sciences-po pour assassiner un gendarme à Saint-Germain des Prés. « Loup solitaire » dit-on, mais oublie-t-on, à bien réfléchir à cette métaphore, qu’un loup marche en horde ? [tooltips content= »Anonyme, ISIS supporter threatens wave of terror attacks in major Western cities, offer operational advice to one wolves, MEMRI s Jihad and Terrorism Monitor, 22 janvier 2015, memrijttm.org »](1)[/tooltips] Il peut attaquer seul. Mais la horde est aux alentours, réelle sur le terrain ou sur le terrain Internet. Nous n’avons même pas le courage logique de nos métaphores.

C’est donc le combat de l’irrégulier contre le régulier, du soldat sans uniforme, qui se fond dans le paysage urbain, contre le soldat régulier qui devient une cible – les attaques visant des militaires en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada ont été nombreuses ; celles dont on nous parle, et celles dont on ne nous parle pas, et celles dont on maquille la réalité. L’essentiel est ici : tout soldat régulier est cible du partisan. Les médias ont appelé le professeur de collège Samuel Paty un « hussard de la république », vieille expression radical-socialiste du temps de l’école obligatoire : le mot est juste pour les djihadistes un instituteur est un soldat. Un prêtre aussi, milicien du Christ. À égorger.

Les attaques terroristes sont des actes politiques

Une deuxième erreur que commettent volontairement nos faibles politiciens gestionnaires à vue est de ne pas vouloir nommer ces attaques pour ce qu’elles sont  aussi : des actes politiques. L’acte dit de terreur commis par un partisan est en effet un acte politique, un acte qui l’aligne sur un parti. Le parti de dieu à ses yeux. Il ne s’agit pas de terrorisme mais de guerre politique au sens le plus acéré de l’expression – une guerre qui vise la nature même du politique tel que nous le vivons. Le djihadisme hérité du califat d’ISIS et toujours inspiré par lui a ceci de commun avec les organisations révolutionnaires qu’il exige une belligérance totale, une réquisition absolue de ses partisans. Le partisan djihadiste fait intégralement partie d’une mission politique. On peut médicaliser et psychologiser et sociologiser autant qu’on veut pour « expliquer une radicalisation », le fait est que tous ces partisans d’une guérilla islamique sont corps et âme à un idéal qui les rend autres et, à leurs yeux, mieux qu’eux-mêmes. Leur sacrifice n’est pas dans l’ordre du possible mais dans l’ordre du désir.

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Quand surgit face à nous ce retour du partisan politique, et donc d’une guerre politique, nous sommes mentalement désarmés, et nous nous confortons par des explications amorphes face à ce qui fait le fond du phénomène religieux de la croyance transférée ici dans l’acte politique : le sacré ne se distingue pas du profane par une différence de grandeur, un plus ou un moins sur l’échelle de nos codes et valeurs, mais par une différence de nature : une hostilité radicale à tout ce que nous sommes, à tout ce que nous voulons être, à tout ce que ceux et celles dont sommes les descendants furent et voulurent que nous soyons.

Suprémacistes

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La vie nue, la vie nulle

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"Les amants", tabeau de René Magritte (1928).

Dans une tribune d’une exceptionnelle intelligence parue il y a quelques jours dans le Figaro, Chantal Delsol cherche à comprendre comment une société française qui en 1969, avec 50 millions d’habitants, a toléré sans y prendre garde les 30 000 morts de la grippe de Hongkong, s’alarme aujourd’hui pour une épidémie de même force — au point de détruire l’économie, la culture et les relations sociales. Et, à terme, la civilisation.

C’est que, dit-elle, en 1969 on nourrissait encore des idéaux, aussi absurdes qu’ils aient pu être. Le communisme était encore la ligne d’horizon de presque tout ce qui pensait à Gauche, Sartre distribuait la Cause du peuple, et l’amour libre semblait une option non négociable.

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Aujourd’hui, argumente-t-elle, l’hygiénisme a pris le dessus. C’est ce qu’elle appelle « la vie nue » : l’être humain réduit à son existence biologique. C’est aussi que l’Ego a envahi complètement le champ de la conscience. Tout pour ma gueule. Il est bien possible que le matraquage institutionnel sur les « respirateurs » des services d’urgence y soit pour quelque chose. La vie, c’est respirer. Le Covid, c’est la détresse respiratoire. L’horreur à la portée des caniches.

L’épidémie (le mot demanderait à être exactement pesé, « épidémie » en 2020 n’a pas le même sens qu’en 1720, lors de la dernière grande peste vécue en France, ou en 1832, quand le choléra a saisi Paris) a également mis à nu notre « ignorance abyssale et l’ignorance des spécialistes eux-mêmes qui ne cessent de se contredire ». L’animal raisonnable, qui était la première définition qu’Aristote donne de l’homme, déraisonne vite dès qu’on cesse de lui expliquer clairement les causes des effets qu’il constate. Ignorance anxiogène : l’angoisse, en occupant le champ de la conscience collective, détruit le peu de raisonnement froid et lucide qui subsistait en nous.

Confinement, reconfinement, couvre-feu et autres mesures de restriction des libertés élémentaires hachent menu le πολιτικν ζον, l’animal politique qui est la seconde évidence de notre être — pour Aristote toujours.

L’abolition des activités culturelles et sportives et des événements d’interaction sociale est une mutation profonde dont les effets retentiront longtemps.

On a beaucoup critiqué Emmanuel Macron lorsqu’au début de l’épidémie, au mépris des avertissements prodigués déjà par les morticoles qui sentaient venir leur jour de gloire, le président de la République et son épouse se sont rendus au théâtre voir « Par le bout du nez », la dernière pièce de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Pattelière (qui met en scène un président de la République prenant le risque de la psychanalyse). « Sortir malgré le coronavirus », titrait la presse. Ce qui a été interprété a posteriori comme une inconséquence était en fait plein de sens : Macron n’avait pas encore tiré un trait sur ce qui fait l’essentiel de l’humanité, le rapport aux autres, le sourire sans masque, les gestes les plus élémentaires de convivialité. À la mi-mars, il était encore humain.

Les Sables-d'Olonne, 17 juillet 2020 © Sandrine Mulas / Hans Lucas.
Les Sables-d’Olonne, 17 juillet 2020 © Sandrine Mulas / Hans Lucas.

Début septembre, lors de la pré-rentrée, un collègue que jusque-là j’appréciais a refusé de me serrer la main — et on a l’air très bête avec une main tendue que l’autre ne prend pas — et a vivement viré du local des photocopieuses une nouvelle collègue choquée par cette impolitesse rude. Les règles de « distanciation sociale », une belle expression pour dire que désormais nous devons ignorer les autres, étaient passées par là.

Je ne le lui ai pas pardonné — et j’avoue que personne n’est passé aussi près d’un direct au menton. J’ai compris à ce moment-là que les règles monstrueuses imposées par les médicastres allaient faire de nous, très vite, des animaux dénaturés, et que la tendance innée à la violence, contrariée heureusement par quelques millénaires d’un savoir-vivre de plus en plus sophistiqué, reprendrait très vite le dessus.

Vous vous rappelez sans doute Sa Majesté des mouches. William Golding y démontre magistralement que dans une situation exceptionnelle, Cro-magnon reprend très vite le dessus. Le Covid, tel qu’il est géré par des politiques qui ne gèrent rien, marque le grand retour de Néandertal. Et encore, les hommes des cavernes avaient des relations sociales, un art collectif, des rites funéraires. Nous en sommes, nous, à abolir tous les rites qui nous ont construits comme êtres humains. Les enterrements se font à la sauvette, en présence de six personnes maximum (les familles nombreuses se débrouilleront pour suivre le convoi de loin), les mariages de même. Les Diafoirus qui ont pris le pouvoir — un vieux rêve que Molière en son temps a violemment critiqué — aimeraient même entrer dans les chambres à coucher vérifier qu’on y respecte le port du masque et la « distanciation ». Je m’étais amusé, pendant le confinement « première époque », à évoquer « l’amour au temps du coronavirus ». Désormais, les émules de Doisneau photographieront des « amoureux de l’Hôtel de ville » dans la tenue que Magritte a imaginée pour ses Amants, le visage enfoui sous un linge, et le baiser réduit au contact de deux bouts de coton. La sécurité, m’objectera-t-on, y gagnera ce que l’érotisme y perd…

Nous sommes un animal politique, social, culturel. La vie, la vraie vie, n’est pas la stricte conservation de notre intégrité épidermique. Imaginez ce qu’auraient été l’attitude de Léonidas aux Thermopyles, ou celles des Poilus dans la bataille de la Somme, si la stricte conservation de la vie avait été leur souci premier. La Grèce serait perse, et nous serions prussiens.

La vie française est d’abord culturelle. On ne s’en douterait pas, à voir le nombre d’hilotes qui sillonnent les rues, mais c’est un fait. Cette prédilection se manifeste à travers notre langue, via un rapport aux livres qui n’existe dans aucune autre nation — et que notre rapport nouveau aux écrans tend à court-circuiter : peut-être est-ce là l’une des sources du vrai « mal français ». L’apparence l’emporte sur l’essence. Un confinement arrive ? Le gouvernement n’a rien de plus pressé que de fermer les librairies, clore les salles de spectacle, flinguer la Culture. Pour acheter des livres, on passera par les grandes surfaces, qui ont à cœur de promouvoir une littérature de qualité… À croire que les impératifs de ce gouvernement sont l’autorité, la restriction des libertés et la littérature rose…

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Il devrait y prendre garde. À supprimer les occasions de divertissement (même le sport, claquemuré entre les murs nus des stades, ne fait plus recette, et les organisations qui s’étaient engagées à dépenser des sommes folles pour avoir l’exclusivité du foot renâclent à payer l’addition d’un spectacle dégénéré), on amène les Français à se considérer pour ce qu’ils sont : des êtres promis à la mort, à plus ou moins brève échéance. Ils ne vont pas aimer ça.

Je me suis déjà étonné à la mi-avril de notre singulier et nouveau rapport à la mort. Un scandale, apparemment. Mais un scandale inévitable. Alors que « la philosophie, c’est apprendre à mourir », les profs de philo ont mal fait leur travail, à cesser d’expliquer que le but de notre condition humaine est la mort. Nous avons désappris la mort. Les médecins, dont la seule promesse tenable est de soigner, sont sommés de guérir. Toute atteinte à notre intégrité épidermique nous semble une offense majeure. Le rappel journalier par les instances gouvernementales du bilan de l’épidémie vaut les admonestations d’autrefois : « Ô mortels, venez contempler le spectacle des choses mortelles ; ô hommes, venez apprendre ce que c’est que l’homme » — avec Olivier Véran dans le rôle de Bossuet. Les priver de tout, tout en essayant de les culpabiliser (c’est de votre faute, vous ne vous êtes pas lavé les mains, c’est pour ça que vos grands-parents sont morts, pas parce que nous avons supprimé en 20 ans 100 000 lits et que depuis la fin du confinement, les impératifs administratifs ont, dans les hôpitaux, subjugué à nouveau l’intérêt médical) les conduira tout droit dans la rue, comme en Italie. La « vie nue » n’est pas un objectif présentable, à long terme. Surtout quand l’épidémie s’étend, que chacun peu à peu connaît quelqu’un qui en est mort, et qu’à l’angoisse charnelle s’ajoute désormais une angoisse existentielle. Le gouvernement a pensé réduire la violence intrinsèque en faisant peur, mais cette peur risque de revenir en boomerang demander des comptes aux gouvernants qui n’ont pas su gérer la crise autrement que par la peur.

Sa Majesté des Mouches de Golding, William (1983) Poche

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Maurice Radio Libre: « En France, on a permis aux délinquants de faire ce qu’ils veulent »

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Maurice Champvert D.R.

« Allo, qui va là, j’te prie ? » Dans les années 1990, l’animateur de radio Maurice a tenu des multitudes d’adolescents éveillés tard le soir sur Skyrock. Émettant désormais depuis l’autre bord de l’Atlantique, « le sorcier des ondes » n’a rien perdu de sa liberté de ton. Entretien avec une légende bien vivante.


Alexis Brunet. Bonjour Maurice, vous vivez entre La Nouvelle-Orléans et Madagascar. Est-ce que la France vous manque?

Maurice. La France n’a pas beaucoup de raisons de me manquer (Rires). C’est un pays qui est devenu violent, dans lequel on voit des scènes qu’on voyait avant dans les infos, qui se déroulaient à 3000 ou 4000 kilomètres et qui maintenant se déroulent en France: décapitation d’un professeur, mitraillages, on voit des choses effrayantes.

Il y a vingt ans, vous parliez déjà de violence dans vos émissions, vous aviez des mots assez durs sur les banlieues notamment…

Assez durs je ne sais pas. En tous cas, ce sont des réactions face à des choses qui existent vraiment, qui sont des choses qui existent indiscutablement. Ce que je disais il y a 20, 30 ans, c’est que ceux qui avaient abîmé l’endroit dans lequel ils vivaient étaient des gens qui y vivaient, pas des gens venus de l’extérieur pour dégrader des immeubles ou enlever l’herbe autour des immeubles.

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Vous parlez de réaction. En 2016, dans un article intitulé Maurice, le caïd de la libre antenne qui a mal vieilli, le magazine Télérama a écrit: « Maurice pousse des beuglantes légèrement réac’ ». Êtes vous réactionnaire Maurice?

Je ne pense pas, mais je pense que chaque pays correspond à une définition, à une certaine ambiance, à certaines caractéristiques. Quand ces caractéristiques disparaissent, ça me paraît légitime de réagir. Effectivement, il y a des gens qui voient les choses différemment de moi, et qui vont considérer que les transformations de la culture du pays sont positives. Pour certains, il serait bon de faire de notre pays un pays qui ne correspond à aucune définition. Pourtant, moi si je suis à Madagascar en ce moment, c’est bien parce que j’ai envie d’être à Madagascar, où il y a des règles et une façon de vivre. Quand je suis aux États-Unis, c’est pareil. Pour certains en France, il faudrait qu’il n’y ait pas de façon de vivre particulière, qu’on vive en France comme on peut vivre ailleurs, que ce soit juste une sorte de kaléidoscope des cultures de partout? Peu importe que ceux qui ne sont pas d’accord avec moi me considèrent comme un pauvre mec ou un mec qui vieillit mal (Rires).

Vous vivez pourtant aux États-Unis une bonne partie de l’année, un pays multiculturel. Le multiculturalisme n’est-il pas quelque-chose qui vous plaît?

Les États-Unis ne sont pas un pays multiculturel, ce n’est pas vrai. Même les Noirs américains qui disent Black Lives Matter ou autre, se considèrent comme des Américains et vivent à l’américaine. Ils ne vivent pas comme on vit en Afghanistan, en Norvège ou je ne sais où. Ils vivent comme on vit aux États-Unis, et ceci est valable pour tous les gens, quelle que soit leur couleur.

Revenons aux banlieues. Dans un entretien réalisé en 2017, l’écrivain Michel Houellebecq a dit: « à la fin des années 1990, l’animateur de radio le plus populaire en France chez les jeunes, Maurice, faisait assez souvent des émissions sur le problème des banlieues […] on se rend compte qu’il pouvait tenir une heure sur les banlieues sans qu’une seule fois apparaisse le nom islam. Je suis revenu en 2010, et on ne parlait plus que de ça ». A votre avis, qu’est-ce qui a changé?

Ce qui a changé, c’est l’arrivée de ce que j’appelle l’islam prétexte. L’islam existait déjà en France. Il y a longtemps qu’il y avait des musulmans dans le pays, qui pratiquaient leur religion normalement, comme on pratique une religion j’imagine, car je ne suis pas intéressé par le sujet. Aujourd’hui on parle de l’islam car on a créé un islam voyant, un islam prétexte, un islam de revendication dans ce pays qui est un pays catholique.

Certains disent pourtant que la laïcité a permis de rompre avec les racines catholiques que vous évoquez…

Non. La laïcité s’exprime dans l’organisation de la société mais la France reste un pays catholique, c’est un pays dont l’Histoire vient du catholicisme, l’organisation française est quand même appuyée sur le catholicisme; avec la laïcité qui permet à la société française de fonctionner en dehors des dogmes religieux.

La prison et la police ne font plus peur qu’aux gens normaux. Pour tous les délinquants, ça fait partie de l’ordre des choses que de se battre avec la police, d’attaquer les pompiers, les médecins etc…

Une partie des musulmans en France trouve que l’on parle trop de l’islam en mal, ils se sentent pointés du doigt. Vous qui parlez à beaucoup de personnes dans le cadre de votre émission et notamment à certains d’entre-eux, comprenez-vous qu’ils estiment ne pas avoir à se justifier pour les attentats commis en leur nom?

Les musulmans normaux, je vais les appeler comme ça (rires), ce ne sont pas eux qui commettent des attentats. Comme beaucoup de gens, j’aimerais que ceux-là proclament leur séparation d’avec ceux qui commettent des attentats atroces dans notre pays. Mais je comprends en même temps que dans la mesure où ils estiment que ceux qui font ces attentats ne sont pas des musulmans mais des meurtriers, qu’ils n’aient pas de raisons de venir dire qu’ils ne sont pas d’accords avec des meurtriers. La plupart des terroristes ont des casiers judiciaires chargés, beaucoup ont fait de la prison, dont ils n’auraient jamais dû sortir.

On en vient donc au laxisme. Il y a vingt ans, vous disiez en substance que la France était trop laxiste et que les Français n’en pouvaient plus. Aujourd’hui, trouvez-vous que la situation a empiré?

On a un problème. Tout le monde veut plus de prisons en France, mais quand on vous dit qu’il y a une prison qui va se construire à côté de chez vous, on fait du tapage parce qu’on n’en veut pas à côté de chez soi, ça c’est la première chose. La deuxième chose, c’est qu’on a créé des règlements qui font que les gens n’ont pas peur d’aller en prison. La prison et la police ne font plus peur qu’aux gens normaux. Pour tous les délinquants, ça fait partie de l’ordre des choses que de se battre avec la police, d’attaquer les pompiers, les médecins etc. L’impunité dans le pays fait que ceux qui ont peur de la prison, ce sont seulement ceux qui sont en règle. En France, on a permis aux délinquants de faire ce qu’ils veulent. Beaucoup sont mineurs car quand vous êtes mineur vous ne risquez rien. Il faudrait une justice qui fasse réellement peur et qui mette réellement les gens en prison.

Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a parlé d’ensauvagement de la société et semble avoir pris le problème de l’insécurité au sérieux. Pensez-vous qu’il aille dans ce sens?

Le problème c’est qu’on est dans une société très bavarde. On parle, on bavasse mais maintenant, on en est au-delà des discours. Il faudrait enfin faire quelque-chose mais on n’arrive pas à interdire aux gens de casser l’espace public quand il y a des manifestations car aujourd’hui, si un policier poursuit celui qui vous a volé votre sac et que ce dernier tombe et se casse la jambe, on met le policier en prison ! C’est très joli de dire que l’on va donner plus d’argent aux policiers parce qu’ils font un travail harassant, mais encore faut-il leur permettre de faire leur boulot. Actuellement les policiers ne peuvent pas travailler. Tant qu’il en sera ainsi, et que la justice remettra dans le circuit des gens dont plus personne ne veut, pas même leurs parents, ça continuera. Sarkozy aussi a dit vouloir changer cela mais on n’a rien vu. Pendant ce temps-là, le degré de violence et d’ensauvagement de la société continue à grimper. On est dans une société de palabres où on se donne l’impression que quand on a parlé de quelque-chose, c’est comme si on l’avait réglé. Ce problème d’insécurité est d’ailleurs né avec François Mitterrand dans les années 1980, c’est lui qui a mis le pays à sac.

Le comité « Justice pour Adama » estime que la police en France est aussi violente que la police des États-Unis. Qu’en pensez-vous?

Ils ne connaissent pas la police des États-Unis, pour la plupart. Ensuite, si vous allez dans une manifestation vous battre avec des policiers, vous êtes prêt à recevoir des coups. Et si un policier vous met une tarte avec un bâton c’est sûr que vous aurez mal (Rires). Ceux qui parlent de violence sont ceux qui vont se battre avec la police, les autres non. La plupart des vidéos que l’on voit au sujet des violences policières sont des rixes provoquées par des gens qui ont envie d’en découdre avec la police. J’imagine que vos parents n’ont jamais eu à se battre avec des policiers n’est-ce pas?

Mes parents sont blancs. Le comité « Justice pour Adama » dit que la police est raciste en France justement…

Ce comité défend principalement des gens qui sont dans le circuit de la bagarre avec la police. Les gens normaux ne parlent pas de violences policières. Ceux qui parlent de violences policières, ce sont uniquement les délinquants et les gilets jaunes. Pourtant, il y a beaucoup de gens qui ont déjà été arrêtés par les flics sur l’autoroute ou à qui on a demandé de se mettre sur le côté. Ceux-là, ils ne disent pas que la police est violente. Si vous cherchez la confrontation, alors là vous risquez la violence policière. Madame Traoré vient nous expliquer qu’elle défend les Noirs, elle ne défend pas les Noirs, elle défend les délinquants. Les autres Noirs ne lui demandent rien, ils n’ont pas envie qu’on les mélange avec les membres de sa famille, qui ont eu beaucoup d’histoires avec la police et avec la justice.

Les gilets jaunes, comme les voyous en survêtements, sont des entraves à la vie des autres, ils emmerdent les autres

Pensez-vous toujours que les associations comme SOS racisme ne servent à rien, comme vous l’avez dit à une militante dans votre émission il y a quelques années?

Elles ne servent tellement à rien qu’on en est là aujourd’hui. Le Français n’est pas raciste. En revanche, le système de distribution dans les grandes entreprises a pris beaucoup de temps avant de prendre en compte les gens basanés pour accéder aux postes clés. Ceci est en train de changer aujourd’hui. Mais encore une fois, le racisme au quotidien en France existe généralement quand les gens sont des délinquants. Je ne pense pas que Yannick Noah ait souffert de racisme en France, je dis cela même si ce n’est pas mon sportif préféré (Rires). Moi je n’ai jamais souffert de racisme en France, je gagne ma vie normalement et quand un policier me demande de m’arrêter, je m’arrête.

Beaucoup de voix se sont indignées de la répression policière envers les gilets jaunes, qui aurait été forte, contrairement à celle envers les sauvageons de banlieue. Qu’en pensez-vous?

Les gilets jaunes sont des gens qui ont entravé la liberté des autres. Si vous avez décidé avec certains collègues de vous mettre à un rond-point et d’empêcher les gens de circuler, vous entrez dans une violence qui ressemble à celle des voyous dont on a parlé. C’est la loi du plus fort, c’est ceux qui sont les plus nombreux qui prennent la décision d’entraver la liberté des autres. Les gars en survêtement qui sont au pied d’un immeuble et qui décident d’empêcher les filles de se mettre en jupe sont respectés parce qu’ils sont nombreux et qu’ils font peur. Le mec qui est au rond-point avec ses collègues agit de la même manière. Les gilets jaunes, comme les voyous en survêtements, sont des entraves à la vie des autres, ils emmerdent les autres.

Comprenez-vous les revendications qu’ont eu les gilets jaunes au début de leur mouvement?

Ce sont des gens qui sont mécontents de leur sort et qui considèrent qu’ils n’ont pas de responsabilité dans ce qui leur arrive. Ils estiment que c’est la société ou ceux qui gagnent plus d’argent et payent plus d’impôts qu’eux qui doivent leur créer une vie meilleure. Moi je pense qu’on est tous allés à l’école de la République. Il y a ceux qui ont embrayé la première et il y a ceux qui ne l’ont pas fait. Si des gens sont restés sur le parking, ce n’est pas de la faute de ceux qui ont avancé. Est-ce à ceux qui ont réussi de porter ceux qui ne réussissent pas? On le fait déjà un peu mais on ne peut pas demander des augmentations de salaire ou je ne sais quoi simplement parce qu’on aimerait gagner au Loto et qu’on n’a pas gagné.

Les gilets jaunes devraient aller voir les gens qui sont vraiment dans la misère. Les gilets jaunes ont tous un abonnement de téléphone portable, ils ont tous internet à la maison, ils ont tous la télévision, du chauffage ou des vacances. Effectivement ils aimeraient mieux, ce que je comprends, mais ils ne veulent pas que ce soit eux qui s’engagent à avoir mieux, ils aimeraient que ce soit les autres qui le fassent à leur place. Pourquoi ceux qui ont bien travaillé à l’école, qui ont mieux réussi et qui payent plus d’impôts devraient porter ceux qui ont moins réussi? J’ajoute que les gilets jaunes sont des gens très riches pour beaucoup d’autres gens sur la planète. Des gilets jaunes qui débarqueraient à Madagascar pourraient y vivre dans l’opulence.

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Justement, après les attentats de Charlie-Hebdo et de l’Hyper Cacher, vous avez déploré sur votre antenne que la France importe des conflits extérieurs, notamment le conflit israélo-palestinien. À votre avis, pourquoi a-t-on tant besoin en France de se prendre pour le centre du monde?

Parce qu’on a grandi avec cette idée, en s’imaginant par exemple que des Guatémaltèques se levaient le matin en se demandant ce que pensaient les Français, en s’imaginant que les Américains étaient dans une rivalité avec nous, ce qui n’est pas vrai. Ceux qui importent des conflits extérieurs chez nous sont en général des gens qui ne comprennent pas ces conflits. De France, on ne peut pas comprendre le conflit israélo-palestinien. Il faut avoir grandi, avoir vécu à cet endroit-là pour être capable de saisir ce qui se passe réellement, tout en sachant que sur le terrain, beaucoup de gens en Israël comme en Palestine n’en peuvent plus de ce conflit.

Vous n’êtes pas d’accord? Parlez-en à Maurice sur Maurice Radio Libre

Avant que le sang ne sèche

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Nice, le 29 octobre 2020 © LAURENT VU/SIPA Numéro de reportage: 00988176_000001

 


Deux femmes et un homme égorgés à Nice : combien de Samuel Paty faudra-t-il encore? Il y a des loups près de nous. Et les loups tuent.


Ça s’est passé hier matin à Nice dans la basilique Notre-Dame. Le choix du lieu n’est pas indifférent car une église offense la vue des islamistes. Un individu armé d’un couteau a égorgé deux femmes et un homme.

L’assassin blessé par balle a été neutralisé par la police. « La piste terroriste est envisagée » nous apprennent les autorités. Parce qu’il y aurait d’autres pistes ? Un différend familial peut-être ? Une querelle de voisinage ? Une beuverie qui aurait mal tourné ?

Comme à l’habitude on se mobilise au sommet de l’État. Darmanin a convoqué une cellule de crise. Castex a interrompu ses travaux pour la rejoindre. Macron se rend sur place.

La routine quoi. Comme les têtes tranchées des malheureuses et du malheureux. Les prochaines décapitations prévisibles figureront certainement dans la rubrique des chiens écrasés…

Jean-Luc Mélenchon a des idées très précises sur la question. Ce grand visionnaire a déclaré la veille de l’attentat barbare de Nice, que la plupart des agressions terroristes étaient « le fait de l’extrême droite ».

L’assassin a crié à plusieurs reprises « Allah Akbar » mais c’était sans doute pour donner le change. On va certainement apprendre que le tueur de Nice est un identitaire au crâne rasé du nom de Michel. Quand on voit ce qui s’est passé à Nice on a envie de hurler. Quand on entend Mélenchon on a envie de vomir.

Que veulent les terroristes? Nous soumettre!

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La basilique Notre Dame de Nice où a eu lieu une attaque terroriste ce jeudi 29 octobre.©SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 00950048_000036

Par la violence mais aussi l’influence médiatique, politique, financière, le jihad judiciaire, l’entrisme dans les institutions et la banalisation de leurs exigences, nos ennemis entendent nous imposer l’islam comme référence culturelle et source normative suprêmes.


J’ai rédigé ce texte avant le tragique attentat qui vient de frapper Notre-Dame-de-Nice, et sur lequel je ne me prononcerais pas avant d’en savoir plus, si ce n’est pour exprimer bien évidemment toute ma compassion aux victimes et à leurs proches.

Je gage cependant que les prochains jours ne feront – hélas – que confirmer ce que j’écris ci-après.

Depuis qu’un fou d’Allah a assassiné Samuel Paty, condamné pour blasphème par l’islam théocratique, on voit fleurir les commentaires de certains « spécialistes du terrorisme » et autres « politologues » ou « sociologues » qui étalent plus que jamais leur médiocrité.

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Je vous résume leurs propos en les reformulant : « les terroristes veulent nous diviser, nous devons rester unis en refusant toute stigmatisation, ne désignons donc surtout pas à la colère du peuple l’idéologie qui nous tue » (n’est-ce pas Cédric Mas ?)

Pire : « la publication des caricatures est une agression intolérable envers les pauvres musulmans victimes d’oppression, pour mettre fin à la violence arrêtons de vexer ceux qui ne supportent pas que l’on critique leur religion », autrement dit « pour qu’il n’y ait plus d’attentats, donnons aux terroristes ce qu’ils veulent » (n’est-ce pas, François Burgat ?)

Voilà très exactement le raisonnement qui dans d’autres situations conduit à dire que les femmes violées sont responsables sous prétexte qu’elles étaient « provocantes » : « arrêtez de stigmatiser les violeurs, ce n’est pas leur faute s’ils ne savent pas contrôler leurs pulsions, il suffit que les femmes cessent d’être provocantes ». Discours abjects de collabos.

Face à ces absurdités, il faut rétablir quelques vérités simples

Le terrorisme n’est pas un ennemi, c’est un mode d’action de l’ennemi, comme les embuscades ou les manœuvres d’encerclement. On ne combat pas le terrorisme, tout comme on ne combat pas les embuscades ou les manœuvres d’encerclement : on combat un ennemi qui les utilise.

Quel est l’ennemi ? Les adeptes de l’islam théocratique totalitaire, communément appelés islamistes. Il y a entre eux des divisions, des oppositions, des rivalités, mais si elles ont un intérêt tactique dans la mesure où nous pouvons les exploiter, elles ne changent pas l’essentiel. Bien sûr, tous les terroristes pris individuellement n’ont pas conscience des grandes options stratégiques, de même que chaque soldat d’une armée de volontaires n’a pas forcément conscience de la manoeuvre d’ensemble. Il en est néanmoins un agent.

Nos ennemis réfléchissent, et le terrorisme n’est pas leur seul mode d’action. On connaît la triade hard power, soft power, gold power : nos ennemis la connaissent aussi, et en usent volontiers. Terrorisme donc, mais aussi influence médiatique, politique, financière, jihad judiciaire, entrisme dans les institutions, banalisation progressive de leurs symboles et de leurs exigences, pouvoir des urnes s’ils sont assez nombreux, etc.

Que veut l’ennemi, que veulent les islamistes ? L’islamisation. L’islam imposé à tous comme référence culturelle et source normative suprêmes.

Certains répètent en boucle que nos ennemis voudraient nous diviser, et que la soi-disant « montée aux extrêmes » servirait leurs projets en semant les germes d’une guerre civile. C’est faux. Les islamistes ne veulent pas la guerre civile, ils veulent l’islamisation. Si la guerre civile leur permet de l’obtenir, ainsi soit-il – encore qu’il ne soit absolument pas sûr qu’ils soient si nombreux qu’on le craint à avoir le courage du passage à l’acte, lorsqu’en face d’eux ils n’auront plus des civils apeurés mais le 1er RPIMa ou la Légion Etrangère.

Le véritable but des islamistes n’est pas la guerre

La division et la guerre ne sont pas le but des islamistes : ce sont des moyens, des chemins possibles pour atteindre leur but. Si nous cédons avant même de combattre, si nous accédons aux revendications de nos ennemis pour éviter la guerre, ils auront gagné. Si par peur de la « montée aux extrêmes » nous cherchons à étouffer toute combattivité – à la fois verbale et physique – chez ceux qui veulent défendre la France, la République, la liberté, seuls les islamistes et leurs soutiens resteront combattifs, et ils gagneront. Lisez Ibn Khaldoun, lisez David Galula, lisez Mao.

Rappelons en outre que dans le monde musulman, sauf exception, n’est jugé respectable que celui qui se fait respecter. Dès lors, jamais nos valeurs ne seront prises au sérieux si nous ne montrons pas que nous sommes prêts à nous battre pour les défendre. Seule une fermeté implacable ne reculant pas devant l’emploi de la force, nous permettra d’être respectés, et peut-être ensuite, mais seulement ensuite, d’engager un dialogue.

Nos ennemis, eux, maîtrisent parfaitement la technique bien connue du « gentil flic, méchant flic ». Pendant que l’un, ostensiblement sauvage et agressif, hurle et menace, l’autre vous dit : « aidez-moi à le calmer ! Donner-moi quelque chose pour m’aider à le calmer ! » Ainsi, après chaque attentat c’est le même scénario : il faudrait donner des gages à la communauté musulmane pour lui prouver qu’on ne la stigmatise pas, pour « éviter qu’elle se radicalise », pour « lutter contre la montée aux extrêmes », ou que sais-je. Assez ! N’est-ce pas au contraire la communauté musulmane qui devrait enfin donner des gages au reste de la nation ?

Et la sortie du président du CFCM, Mohammed Moussaoui, déclarant qu’il faudrait renoncer à notre liberté d’expression pour pouvoir fraterniser avec les musulmans, illustre à merveille ce que je dénonce ici : pour calmer les terroristes, renoncez de votre plein gré à ce dont ils veulent vous priver par la force. Odieuse soumission, et ne doutons pas un instant que si nous cédons ce ne sera pas interprété comme un geste de paix mais comme une preuve de faiblesse, et ils exigeront toujours plus.

« Cépaçalislam » ?

Les islamistes veulent notamment instaurer un délit de blasphème. Pourquoi ? Par arrogance, par susceptibilité infantile, mais pas seulement. C’est la première étape vers le contrôle des esprits, l’interdiction de toute critique de leur idéologie, la censure, le contrôle de l’écrit, de la parole puis de la pensée, puisqu’il est impossible de penser convenablement ce que l’on ne peut exprimer, ce dont on ne peut débattre.

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Tout ce que François Burgat et ses pareils ont à dire, c’est que si nous avions renoncé à publier et à montrer les caricatures du prophète de l’islam, Samuel Paty serait encore en vie. Certes. Esprit de Munich : si nous cédons aux exigences du Führer, personne ne mourra à la guerre puisqu’il n’y aura pas de guerre. Nous marcherons tous au pas de l’oie, mais qu’importe ?

Sans doute faut-il ici cesser de parler d’islamisme et désigner clairement l’islam, puisque ce projet de censure mondiale est ouvertement porté par l’université Al Azhar, qui n’est certes pas une autorité stricto sensu mais tout de même une référence majeure pour l’islam sunnite.

Alors dites-moi, Al Azhar, c’est l’islam ou « cépaçalislam » ?

Je stigmatise ? Mais dans ce cas c’est la réalité qui est stigmatisante ! Car il faut le dire et le redire : en France, toutes les religions sont critiquées, moquées, caricaturées, mais une seule tue pour ça ! Une seule tente d’imposer ses caprices pour qu’ils deviennent loi ! Ne réduisons pas les musulmans à l’islam, beaucoup de musulmans valent mieux que leur religion, mais osons dire qu’il y a bel et bien un énorme problème dans et avec l’islam.

Si votre objectif est la paix à tout prix, la solution est simple : interdisez toute critique de l’islam et faites-en la religion d’État. Islam signifie à la fois « paix » et « soumission » : la paix obtenue par la soumission. Encore que. Il y en aura toujours qui trouveront qu’un Etat musulman n’est jamais assez musulman : on parle trop peu des attentats commis au nom d’Allah qui ensanglantent presque quotidiennement le monde musulman. Qu’en disent nos analystes bien-pensants ? Est-ce parce que les pays où l’islam est religion d’Etat seraient islamophobes ? Ou parce que la tentation de surenchère permanente et pathologique est consubstantielle à cette idéologie ?

Il ne faut pas s’y tromper : pour prendre des références historiques connues, nous ne sommes pas en 1913, nous sommes en 1938. Il ne s’agit pas pour nous d’éviter une guerre fratricide absurde, mais de tenir tête à un totalitarisme qui ne s’arrêtera que si on l’arrête par la force.

Vague d’attaques contre la France

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Le président Macron sur les lieux de l'attentat de Nice le 29 octobre 2020. Trois personnes y sont décédées © Eric Gaillard/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22507811_000022.

La menace terroriste est au plus haut. Les islamistes et les fanatiques entendent faire plier la France sur le droit de blasphémer.


Trois personnes tuées à Nice après l’attaque d’une basilique, assaillant menaçant abattu à Avignon, individu interpellé à Lyon muni d’un long couteau et attaque contre le consulat de France en Arabie saoudite. Retour sur les attentats islamistes qui ont touché la France aujourd’hui.

Nice : trois morts après une attaque au couteau à la Basilique Notre-Dame

Vers 9 heures ce jeudi 29 octobre, à la Basilique Notre-Dame de Nice, un assaillant a tué trois personnes et fait plusieurs blessés. Une femme a été égorgée, comme le professeur Samuel Paty, à l’intérieur de l’Église où est morte une autre victime. La dernière est décédée dans un bar à proximité, après avoir fui. L’auteur de l’attaque a été interpellé et le parquet antiterroriste a ouvert une enquête pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroristes criminelle ». Christian Estrosi, le maire de Nice, assure avoir entendu l’assaillant dire « Allah Akbar », « alors qu’il était médicalisé sur place ». Emmanuel Macron s’est rendu sur le site de l’attaque. 

Avignon : un homme abattu par la police après une attaque à l’arme de poing

Peu de temps après l’attentat à Nice, la peur s’est emparée des habitants d’Avignon. 

Un homme menaçait des personnes dans la rue avec une arme de poing. Il a été signalé vers 10 heures par un passant qui a contacté la police. Lors de l’intervention des policiers, « l’homme a foncé sur eux avec son arme et a été tué par les forces de l’ordre », a expliqué le porte-parole de la police d’Avignon à la presse. Il n’y a fort heureusement pas eu de blessés. Dans un premier temps, Europe 1 affirmait que l’homme muni de son arme aurait également crié « Allah Akbar ». Mais l’information a ensuite été démentie. Selon le procureur « on a plus affaire au geste d’un déséquilibré ». 

Lyon : un individu armé d’un long couteau interpellé

Un individu armé d’un couteau doté d’une lame de 30 centimètres a été interpellé, selon le journal régional Le Progrès. D’après le quotidien, le suspect serait d’origine afghane, et est actuellement entendu en garde à vue. Le maire du 2ème arrondissement de Lyon, Pierre Olivier a confirmé l’information sur Twitter : « Un homme vient d’être interpellé par la police nationale à Perrache armé d’un long couteau. »

Arabie Saoudite: attaque au couteau contre le consulat de France

Le consulat de France à Djeddah a fait l’objet d’une attaque, rapporte la diplomatie française. Un vigile a été visé. Blessé, il a été transféré à l’hôpital, mais ses jours ne sont pas en danger selon l’ambassade de France en Arabie Saoudite. D’après Libération, une note du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin datant du 25 octobre, révélait qu’ « un communiqué de l’agence Thabat proche de l’organisation terroriste Al-Qaeda » incitait à la pratique d’un « jihad individuel » à l’encontre « des cibles liées aux Français, comme les ambassades ou les lieux de villégiature ».

Face à la multiplication de ces attaques, dont tout laisse à penser qu’ils sont une réponse au courage français de ne pas renoncer à la liberté d’expression et au droit de caricaturer ce que l’on veut dans notre pays, Jean Castex a déclaré le niveau « urgence attentat » sur l’ensemble du territoire avec un plan Vigipirate renforcé. Entre reconfinement et menace terroriste, la fin d’année s’annonce difficile pour les Français.

Cryogéniser la vie n’est pas assurer la santé!

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Le 28 octobre 2020 à la télévision, le président Macron a demandé aux Français de rester chez eux «a minima jusqu'au 1er décembre» pour faire face à la seconde vague de l'épidémie. © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22507372_000006.

 


Reconfinement. Emmanuel Macron dit vouloir faire passer la santé des Français avant toute chose. Or, la santé n’est pas l’absence de maladie mais la puissance d’un individu de pouvoir tomber malade et de s’en relever…


La suppression des libertés individuelles doit être toujours équilibrée et justifiée par la finalité qu’elle poursuit, caractéristique de l’État de droit. Le nouveau confinement qui s’annonce est justifié par les autorités par l’urgence sanitaire. Autrement dit : conserver le maximum de citoyens en bonne santé, c’est-à-dire exempt d’une infection au Covid-19.

Le Covid ne tue pas aléatoirement, mais précisément : les personnes âgées et des adultes déjà malades

Pourtant, la santé n’est pas l’absence de maladie mais la puissance d’un individu de pouvoir tomber malade et de s’en relever. Canguilhem, dans Le normal et le pathologique, inverse notre manière habituelle de concevoir la santé comme une « normalité » de la vie du corps. Nous pensons souvent qu’on est en bonne santé si l’on n’a ni fièvre, ni douleur, ni problème particulier. Or, Canguilhem affirme que la santé n’est pas réductible à n’être que le contraire de la maladie. Sinon, nous pourrions décrire comme étant en bonne santé le maladif, le chétif, l’individu vulnérable physiquement, même s’il n’est pas atteint d’une pathologie précise. Il est en réalité en sursis : la maladie n’est pas un évènement pour son organisme mais presque un état latent. Il est pour ainsi dire diminué, « rétréci » écrit Canguilhem. Nous voyons donc bien que la santé ne peut être décrite comme une simple conservation, une préservation d’un ordre immuable : cela ne se rencontre d’ailleurs jamais dans les individus vivants. C’est la différence que l’on pourrait ainsi noter entre l’objet, dont les possibilités d’état sont restreintes – il peut être cassé ou en bon état – et l’organisme qui est croissance perpétuelle, progrès, obstacle surmonté. Dans une conception de la vie que l’on pourrait qualifier de nietzschéenne, Canguilhem rappelle le phénomène qu’est le vivant comme ce qui établit en permanence de nouvelles normes. On pourrait l’illustrer de manière très concrète ainsi : une fois un virus surmonté, le corps n’est plus le même car il s’est immunisé contre ce dernier. Il est fondamentalement différent dans son ordre interne lequel est renforcé, mais aussi dans son rapport au vivant hors de lui. Les maladies infantiles n’inquiètent jamais pour cette raison : l’enfant a en lui toute la force vitale et les ressources d’un organisme sain pour surmonter des virus qui emporteraient en quelques heures une personne âgée ou adulte plus fragile. La robustesse de l’enfant n’est pas un statut quo, mais la capacité de tout traverser. Si la santé est donc un certain bon ordre du corps, ce n’est pas un ordre immuable que la maladie viendrait amoindrir, affaiblir, perturber. C’est plutôt un ordre que la maladie vient perturber parce qu’il doit être repensé et renforcé. L’homme en bonne santé est celui qui peut risquer de tomber malade, car précisément son organisme a la latitude de se renforcer grâce à la maladie.  

Le Covid ne tue pas aléatoirement

La santé est donc un état actuel du corps qui décrit sa capacité de surmonter la maladie plutôt qu’elle n’en serait le contraire. Elle ne peut être une justification ultime des décisions politiques.

Des contraintes ahurissantes pèsent sur les individus sans distinction dans cette crise « sanitaire ». Mais la santé de qui s’agit-il de « préserver » ? Si en mars, sans connaissances réelles de cette maladie, nous pouvions craindre une hécatombe digne de la grippe espagnole avec laquelle le Covid avait alors été comparé, il en est désormais tout autrement. Le Covid n’est pas non plus la peste bubonique, terrassant tous les individus sur son passage. Nous avons désormais des statistiques solides et éprouvées, du recul et des connaissances sur les victimes du Covid. Le Covid ne tue pas aléatoirement, mais précisément : les personnes âgées et des adultes déjà malades. Des individus qui n’ont déjà plus de santé, nous dit Canguilhem : ils ne peuvent plus risquer de rencontrer ce virus, leur corps n’ayant plus l’aptitude d’instaurer un nouveau système de norme pour s’en relever. Aucune mesure politique prise ne peut restaurer la santé ainsi comprise. Être confiné n’est pas rester en bonne santé, mais chercher à conserver une norme vitale précaire, quitte à cryogéniser le corps social. Le coût politique, économique, social du confinement n’est-il alors pas infiniment trop élevé pour le bénéfice qu’il envisage ? De plus, le choix n’est pas binaire : il ne s’agit pas de choisir entre la survie économique des bien portants et quelques années de vie supplémentaires pour des personnes déjà amoindries, mais de restaurer une authentique responsabilité individuelle. Autrement dit, laisser les individus prendre les risques et les précautions qui les concernent, en assumant que le service public hospitalier n’est pas sans limites.

Une jeunesse sacrifiée?

Car il n’y a pas que la vulnérabilité biologique. Comme le fait remarquer avec beaucoup de justesse Comte-Sponville dans une interview radiophonique récente sur Europe 1, il y a la vulnérabilité sociale, économique, qui est le propre de la jeunesse de 2020. Des jeunes gens sans bac ni examens réels, dont les diplômes seront donc sévèrement dévalués. Qui vivent des conditions d’études bien souvent difficiles ; dans des logements souvent exigus parfois vétustes, suivant leurs cours à distance – quand leur fac ou leur école est équipée suffisamment en termes numériques –  sans accès aux bibliothèques universitaires, sans certitude sur la tenue de leurs examens et encore moins sur leur valeur dans le futur. Que dire, également, des diplômés de juin 2020 sans espoir de trouver leur premier emploi dans la situation actuelle ? Une seule certitude leur est permise : la crise sera forte, et ce sera eux qui en feront les frais alors même que les principaux bénéfices de ces exigences sanitaires ne les concernent pas. Voilà des fragilités que le politique aurait le pouvoir d’amoindrir, alors qu’il est impuissant, de fait, face à ce qui régit le vivant. Il ne suffit pas au président de reconnaître qu’avoir 20 ans est difficile actuellement pour s’arroger le droit de demander à cette jeunesse tous les sacrifices. La crise économique sans précédent qui s’annonce créé des fragilités économiques et sociales évitables au profit de la conservation d’une fragilité biologique actuelle indépassable. 

Il n’y a pas de justice face au virus, certes, et on ne peut juger de la valeur d’une vie. La justice n’est pas qu’une norme idéale : elle doit être l’étalon permettant de mesurer et d’équilibrer les décisions politique au niveau général, en visant non l’égalité mais l’équité. En l’occurrence, n’est-il pas profondément injuste d’aggraver considérablement la situation économique et sociale du pays au profit de personnes qui n’auront pas à le relever ? 

Le normal et le pathologique

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