Si le prénom d’une personne ne détermine pas son degré de patriotisme, la diversification de l’origine des prénoms donnés à leurs enfants par les Français est au moins un indicateur de leur volonté de faire France. Une tribune du député Louis Aliot (RN).


La France emprunte un sillon dangereux. Nos libertés individuelles se restreignent sous la pression d’activistes médiatiques peu sensibles aux bienfaits du pluralisme. Avant la censure, il y a l’autocensure, ce sentiment pesant qui vous fait vous questionner perpétuellement : qui vais-je froisser en tenant un langage de vérité, en exprimant mes idées ? Eric Zemmour, quoi qu’on puisse penser de lui, n’est pas homme à s’autocensurer, à réduire sa pensée et sa façon de l’exprimer pour s’attirer les bonnes grâces des clercs de la bien-pensance politico-médiatique. C’est d’ailleurs ce qui fait une bonne part de son succès. Même ceux qui ne le supportent pas conviendront qu’il manque au débat public auquel il a longtemps participé, dans l’émission On N’est Pas Couché.

La France ne fait plus France

Je suis donc inquiet qu’on veuille le faire taire par tous les moyens. Car, si je comprends que Madame Hapsatou Sy ait pu être heurtée par son échange avec Eric Zemmour, je crois sa réaction totalement disproportionnée. Se battre pour la liberté d’expression revient d’abord à lutter pour que les gens avec qui nous sommes en désaccord puissent s’exprimer. Car, oui, la liberté d’expression de l’autre peut nous heurter, peut nous choquer, voire nous attrister. Mais c’est le prix à payer pour vivre dans une démocratie. Autrefois, Bernard Pivot ou Michel Polac présentaient des émissions de très haut niveau où les invités avaient plus que des divergences ! Parfois, ils se détestaient même cordialement, s’envoyaient anathèmes, voire injures, à la figure, sans que quiconque ne pensa sérieusement à interdire ou raboter le contenu de ces débats d’une extrême virulence. Nous vivions alors, c’est tout le paradoxe, dans une société apaisée.

C’est parce que la France ne fait plus France que plus personne n’est en mesure d’écouter, d’entendre et de dialoguer avec l’autre. Les débats médiatiques tournent au pugilat hystérique, au dialogue de sourds ou, c’est pire, à l’entre soi stérile duquel sont exclus les « Français, bérets, baguettes », comme disait Pierre Desproges. La restriction du domaine de la pensée conduira immanquablement à une restriction du domaine de l’intelligence. Puisque plus rien ne sera dicible, on se contentera de programmes et de livres distrayants, uniquement destinés à « libérer du temps de cerveau disponible ».

Le prénom, un indicateur de l’assimilation

Si je suis, du reste, évidemment attaché au principe d’assimilation, et que je crois que les personnes issues de l’immigration doivent adopter les mœurs de la majorité des Français, je sais pourtant bien qu’un prénom ne fait pas tout et que de grands patriotes ont porté des prénoms aux accents d’ailleurs, chargés d’une autre histoire. De nos jours, les Français choisissent d’ailleurs des prénoms de plus en plus originaux pour leurs enfants. C’est ainsi. Peut-être qu’une culture plus individualiste a supplanté une culture nationale du consensus. Je le regrette mais je dis aux Français qui portent sur leur carte nationale d’identité les traces d’une origine étrangère qu’il ne tient qu’à eux de transmettre à leurs descendants la culture française, pays qui les a accueillis et qui leur a fait une place.

Fils de Français rapatrié de culture extra-européenne, Eric Zemmour s’est parfaitement assimilé à la France, à son histoire, parce que ses parents ont accompli une démarche positive en ce sens. Les premières vagues d’immigration venues d’Europe du sud, comme les Italiens ou les Espagnols, ou de l’Est, comme les Polonais, ont su parfaitement se fondre dans notre pays. Combien de descendants d’Italiens ou d’Espagnols portent aujourd’hui des prénoms de ces pays ? Très peu. Comme les parents d’Eric Zemmour, leurs parents savaient qu’on s’intègre mieux en adoptant un prénom de son pays d’accueil. Le prénom est le premier marqueur de l’identité. De nos jours, les enfants portent tant leur origine ethnique que leur classe sociale sur leur carte nationale d’identité dès la naissance. Songez qu’en 2017, les cinq prénoms masculins les plus donnés en Seine-Saint-Denis étaient Mohamed, Adam, Ibrahim, Rayan et Ismaël. Et, en 2059, pour la France prise dans sa globalité ?

Comment ne pas comprendre que le prénom est la première inégalité de naissance ? À trop chercher l’originalité, ou à flatter une identité étrangère, certains parents oblitèrent les chances de réussite de leurs enfants. C’est probablement en ce sens qu’il fallait entendre Eric Zemmour, parfois vif mais sincère. Veut-on vraiment l’empêcher d’intervenir à la télévision pour si peu ?

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