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Les années 30!

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Une rhétorique victimaire tente de faire le lien entre le sort des juifs pendant les années 30 et celui des musulmans en 2020. Mais cette comparaison ne tient pas. 


Il est devenu très à la mode de dire que les musulmans d’aujourd’hui seraient les Juifs des années trente. Victimes d’une islamophobie comparable à ce que fut l’antisémitisme, accusés à tort de former une sorte de grand complot similaire à ce dont on accusa les Juifs dans la lignée du célèbre faux du « Protocole des Sages de Sion. » Bien sûr, cette comparaison ne tient pas et pire : elle empêche de prendre conscience d’une autre comparaison, peut-être plus pertinente. Rappelons donc quelques vérités très simples.

Les juifs étaient visés en tant que peuple, pas pour leurs convictions religieuses

D’abord, l’antisémitisme des années trente s’en prenait majoritairement aux Juifs en raison de leur judéité, et non de leur judaïsme. Sa haine s’étendait à des personnes issues de familles juives, mais elles-mêmes non-juives au sens de la conviction religieuse: athées, agnostiques, ou convertis à d’autres religions. Ainsi, les sinistres lois de Nuremberg qui considéraient comme juive toute personne ayant au moins trois grands-parents juifs, peu importent les convictions religieuses de la personne en question. À l’inverse, l’actuelle critique de l’islam porte sur l’adhésion à un corpus idéologique, et non sur des origines: la meilleure preuve en est que parmi les personnes accusées « d’islamophobie » on trouve massivement des défenseurs des apostats de l’islam, ainsi que des musulmans humanistes et réformateurs de l’islam.

À lire aussi: Causeur: la France face à l’offensive islamiste

Ensuite, contrairement aux juifs frappés par ces lois de Nuremberg ou des variantes de ce que fut la loi Armbruster, les musulmans bénéficient dans tout le monde occidental de l’intégralité des droits civiques du pays dont ils sont citoyens. Les seules situations où l’on pourrait considérer qu’ils en sont privés, c’est lorsqu’ils sont soumis à des tribunaux de la charia. Lorsqu’au nom de la tolérance et de la lutte contre l’islamophobie certains pays ont laissé l’islam empêcher les musulmans, et surtout les musulmanes, de faire valoir certains droits. Notons au passage qu’un grand nombre de pays musulmans, en revanche, limitent les droits civiques des non-musulmans…

Enfin, cette comparaison est on ne peut plus injurieuse envers nos concitoyens juifs. Combien d’attentats tuaient sur notre sol au nom du judaïsme pendant les années trente? Aucun. Combien de Français obligés de vivre sous protection policière permanente, contraints de fuir leur domicile, parce que menacés de mort au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’appels à violer et assassiner des adolescentes accusées de blasphème, au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’institutions juives refusaient de reconnaître l’autorité de la constitution, à l’image de l’actuel CFCM qui refuse la liberté de conscience en refusant le droit à l’apostasie? Aucune. Combien de pays dans le monde condamnaient à mort l’apostasie, l’athéisme, le blasphème ou l’homosexualité au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’organisations juives étaient-elles porteuses d’un projet totalitaire comparable à celui des Frères Musulmans? Aucune: le Protocole des Sages de Sion était un faux, mais les Frères Musulmans et la prédication de Sayyid Qutb sont bien réels. Combien d’équivalents juifs d’Al Qaïda, de l’État Islamique, de Boko Haram, du Milli Gorüs, du Tabligh, de la dictature des Mollahs qui étouffe l’Iran ou de l’islamo-nationalisme d’Erdogan ? Aucun (on ne saurait mettre la Haganah ou l’Irgoun sur le même plan que Boko Haram et ses enlèvements et viols de masse, ou les exactions systématiques des armées d’Erdogan contre les Kurdes). Aucun pendant les années trente, et aucun aujourd’hui.

N’oublions pas en revanche qu’en 1946, Hassan al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans, jamais désavoué depuis par ses héritiers, accueillait en grande pompe Amin al-Husseini, ancien Grand Mufti de Jérusalem et soutien très actif de l’horreur nazie. Et Hassan al-Banna déclarait: « La valeur du mufti est égale à celle d’une nation entière. Ce héros, oui, ce héros qui a défié un empire et combattu le sionisme avec l’aide de Hitler et de l’Allemagne. L’Allemagne et Hitler ne sont plus, mais Amin al-Husseini poursuivra le combat. »

Si l’on veut bien se donner la peine de regarder la réalité en face, c’est une autre comparaison qui devrait peut-être s’imposer

Les musulmans d’aujourd’hui ne sont pas les juifs des années trente. S’il faut absolument faire une comparaison, ce seraient plutôt les Allemands, tous n’étaient pas nazis. La plupart n’étaient pas des monstres. Il y a eu parmi eux des résistants, et des héros. Il y a eu la Rose Blanche, il y a eu Oskar Schindler, il y a eu Claus von Stauffenberg. Et pourtant. Tout comme les élections dans le monde musulman portent régulièrement au pouvoir des partis islamistes, les foules acclamaient le Führer. Tout comme aujourd’hui, le silence de la majorité silencieuse fut, quelles qu’aient été les intentions des individus, quelles qu’aient été leurs raisons pour se taire, un silence complice. Et c’est l’Allemagne en tant que telle, malgré les résistants et les héros, qui fut l’outil d’un totalitarisme immonde. Aux musulmans de choisir si l’islam doit être l’outil de l’islam théocratique, ou non. L’Ordre Noir ou la Rose Blanche.

À nous de choisir entre Chamberlain et Churchill, Laval et Jean Moulin.

Devant ce choix, nos autres désaccords et divisions ne peuvent que s’effacer. Si l’hydre triomphe, elle détruira la République et la France, et tous ceux qui ne deviendront pas ses esclaves.

« Qui donc sait encore ce qu’il fallut d’acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour-de-Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison ; ce qu’il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien préfet radical chassé par Vichy, pour exiger d’accueillir dans le combat commun tel rescapé de la Cagoule ! » rappelait André Malraux, disant l’incroyable travail de Jean Moulin, « ce laïc passionné (qui) avait rétabli sa liaison par radio avec Londres dans le grenier d’un presbytère. » Alors comme aujourd’hui, « attribuer peu d’importance aux opinions dites politiques lorsque la nation est en péril de mort (….) c’était certainement proclamer la survie de la France. »

À lire aussi, Jean-Pascal Caravano: Musulmans français, encore un (gros) effort vers l’assimilation!

Et pas seulement la survie de la France ou d’une certaine idée de la France : la survie d’une certaine idée de l’Homme, et l’espoir que triomphe une certaine idée de sa dignité et de sa liberté.

Le non-dit erre

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Anne Bassi, après avoir été avocate pendant dix ans, dirige désormais une agence de stratégie de communication. Elle publie régulièrement des chroniques littéraires. Le silence des matriochkas est son premier roman. Propos recueillis par Gil Mihaely.


Causeur : Comme son nom l’indique, votre nouveau roman a pour sujet principal la transmission de mère en fille pendant quelques générations d’un silence, de non-dits.

Anne Bassi. C’est un roman sur la mémoire et les empreintes de ce qui a survécu et qui a été transmis. On sait aujourd’hui que ce qu’ont vécu les ascendants influence le comportement des descendants. C’est un aspect assez mystérieux de l’héritage. La transmission mémorielle est un axe de recherche privilégié de nombreux scientifiques qui expliquent qu’une blessure psychologique peut passer d’une génération à l’autre. Des témoignages étonnants ponctuent les avancées menées en neurologie et en épigénétique à ce sujet.

Dans le roman, la transmission se fait sur plusieurs générations, entre femmes d’une même lignée.  L’héroïne devine « elle ne sait quoi » mais n’ose pas provoquer les confidences de sa grand-mère. Elle vit ce silence comme une nécessité de cacher quelque chose. Les deux femmes partagent un secret sans le savoir. Elles sont liées par un double interdit : il est interdit de savoir et de ne pas savoir ; d’en parler et d’oublier. Elles ont tracé un cercle silencieux et une chape de plomb se referme sur elles. Ainsi, les mots jamais dits deviennent une réalité invisible entre elles. Elles deviennent prisonnières et geôlières de ce silence.

On veut bien admettre que nous portons en nous l’histoire de nos ancêtres et pas uniquement leur ADN mais concrètement, comment les récits non racontés passent-ils d’une génération à l’autre ?  Existe-il des façons de communiquer l’essence des vies vécues – manques, traumatismes – sans passer ni par les gènes ni pas les mots ?

Nous sommes tous inscrits dans une lignée familiale et l’origine de nos souffrances date parfois de temps lointains. Les non-dits deviennent des secrets qui deviennent nos fantômes, et d’une certaine manière, nos maîtres silencieux. Il me semble que ce qu’on ignore est tout aussi important que ce que l’on sait.

Les évènements qui constituent des traumatismes non digérés, insurmontables pour ceux qui les ont vécu, ne peuvent pas recevoir d’inscription verbale dans les mémoires familiales. Mais ils n’en sont pas pour autant exclus. Ils sont présents dans la vie psychique et relationnelle sous une forme affective et comportementale. Il en résulte des distorsions qui peuvent provoquer chez les descendants des attitudes émotionnelles ou des conduites dont le sens leur échappe et qui les contraignent à leur insu. Les blessures non écoutées et oubliées se transmettent de génération en génération à travers des comportements, des silences et des dates (décès précoces ou suicides successifs aux mêmes dates par exemple). Cela pose la question de la transmission de la mémoire généalogique. C’est le domaine des professionnels de la psycho-généalogie qui considèrent que la douleur corporelle est parfois la traduction d’une douleur psychologique. Les manifestations physiques de cet héritage mémoriel sont variées. Une question essentielle est posée : l’oubli par la mémoire entraîne-t-il de facto l’oubli par le corps ?

Pourquoi vous concentrez-vous sur les femmes (filles et mères) ? Peut-on trouver les mêmes phénomènes et les mêmes mécanismes chez les hommes ?

Les Matriochkas représentent pour moi une chaîne de femmes. Du ventre d’une femme dont sort une autre femme qui prolongera cette chaîne et toute petite-fille sait très tôt qu’elle deviendra un maillon de cette chaîne-là. Elles sont liées par ce qu’elles ont de plus intimes, l’unité duelle mère-fille. Les mères sont des relais, elles transmettent le passé et sa mémoire. C’est une lignée mystérieuse. Je m’interroge depuis longtemps sur la transmission entre femmes d’une même lignée. Une transmission spécifique existe-t-elle ? Cela reste une question ouverte. Pour ce roman, j’ai souhaité privilégier le thème de la transmission des secrets et des silences entre femmes à partir de personnages qui sont le fruit de mon imagination. Je ne cherche pas à en faire une théorie.

Les hommes transmettent le patronyme, même si la loi a très récemment évolué à ce sujet. C’est un acquis fondamental, de la lignée masculine, dans la construction de l’identité. Quoi de plus intime que les liens qui nous unissent à notre nom ? C’est une transmission si fondamentale, si structurante, qu’elle n’engendre peut-être pas le besoin de recherche complémentaire chez l’homme. On constate à quel point certains hommes sont affectés par la disparition d’un patronyme qu’ils souhaiteraient préserver. Dans cette hypothèse, les hommes sont-ils plus enclins et plus sensibles à une autre forme de transmission ?

Vous êtes à la fois une femme, une mère, une fille et une petite-fille, et votre roman est consacré à la transmission au sein de cette lignée. Aujourd’hui, quand certains exigent que seuls les noirs peuvent parler pour les noirs ou interpréter des noirs, pensez-vous que seule une femme puisse parler de la transmission intergénérationnelle entre femmes ? Faut-il être un mouton pour présenter le concours des bergers ?

C’est une question qui comporte une interrogation justifiée. Je ne crois pas qu’il faille être femme pour parler des femmes ; sinon les relations seraient cloisonnées, sans sentiment de fraternité, sans partage et sans compréhension réelle. Nous savons tous qu’on peut se sentir proche de quelqu’un d’apparemment très différent. Et combien de femmes ne comprennent rien aux femmes ! Ce livre ne s’adresse pas qu’aux femmes mais à tous ceux qui sont animés par un tourment mémoriel.

S’il est impossible d’échapper complètement à son passé, comment ne pas devenir son esclave ?  Dans votre roman, la quête aboutit à une réponse mais ce n’est pas toujours le cas. Peut-on regagner notre liberté sans apprivoiser les passés qui nous ont précédés ?

Sommes-nous moins libres que nous le croyons ? Les professionnels des thérapies basées sur le transgénérationnel et le génosociogramme indiquent que les individus peuvent reconquérir leur liberté en comprenant ce qui s’est passé dans la vie de leurs ascendants afin de vivre leur vie et non pas celle des parents, des grands-parents ou de ceux qu’ils remplacent à leur insu. Étant chacun le maillon d’une chaîne de génération, cela pose la question des « dettes » de nos aïeux et cela implique une réflexion sur nos origines et nos racines. Il faut accepter que notre identité n’a pas commencé avec nos propres parents mais qu’eux aussi sont le fruit d’un monde qui a commencé d’exister bien avant eux. Il convient de se situer dans une perspective transgénérationnelle. Le processus de transmission implique alors d’accepter également des phénomènes tels que les loyautés invisibles, les mythes familiaux, les syndromes d’anniversaire ou encore les enfants de remplacement, ce qui renvoie aussi à la notion d’inconscient familial. La vie d’un individu est donc conditionnée par les règles du système familial.

Pensez-vous que ces traumatismes peuvent être transmis en dehors de la lignée ?  Que des noirs ou des juifs peuvent se sentir porteurs des blessures qui n’ont pas été vécues par leurs propres ancêtres biologiques ?

Il me semble que ce type de transmission est encore source d’interrogations. Cela renvoie aussi à la notion d’inconscient collectif développée par Carl Jung.

Le silence des Matriochkas

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A lire, de grâce!

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Thibault de Montaigu saisi par la foi dans un livre pascalien


L’auteur de La Grâce, Thibault de Montaigu, veut écrire un livre-enquête sur Xavier Dupont de Ligonnès pour tenter de le retrouver et percer ainsi l’étrange énigme de sa disparition. Montaigu se retrouve dans un monastère et est touché par la foi.

Ce sybarite, lecteur de Georges Bataille très jeune, adepte des soirées de baise et de défonce parisiennes sous coke, tripatouilleur de chair, rejoint les grands brûlés du christianisme. La nuit pascalienne, ça fait peur. On se dit qu’il faut un style puissant et inspiré pour en rendre compte. Mais sa plume ne tremble pas. La distance est tenue, la densité ne faiblit pas. Son livre se dévore. Très vite.

Le personnage principal se prénomme Christian. Il est l’oncle de Thibault. Lui aussi a été touché par la grâce, mais il est allé plus loin dans le désir de vivre en harmonie avec sa foi. 

En finir avec l’autodestruction

C’était également un apôtre de la drogue et de la nuit, paumé déambulant sur le bitume de Paris, à la recherche de plaisirs charnels dans les jardins des Tuileries, à la recherche de jeunes corps virils. Montaigu raconte le temps où il ne faisait pas bon être homosexuel. Yves Navarre n’avait pas encore publié Le jardin d’acclimatation, prix Goncourt 1980, révélant que les fils de bourgeois, « tapettes » comme on leur balançait à la figure, allaient se faire lobotomiser sur ordre du père de famille. Christian connaît sa « nuit de l’âme. » Il se fait tabasser, son corps n’est plus que plaies, l’agresseur lui pisse sur le visage. C’est alors qu’il décide d’entrer dans les ordres. 

Il sera prêtre chez les franciscains. Montaigu reconnaît qu’il n’est pas capable de tout lâcher pour endosser la soutane. Il n’est pas l’abbé Donissan, même s’il éprouve les angoissants tourments du personnage de Bernanos. Christian a décidé d’être pauvre et de venir en aide aux plus déshérités. C’est une tâche exaltante, mais parfois le noir l’emporte sur la lumière. « Le plus dur dans la pauvreté, avoue son oncle, c’est la laideur. » 

La fille aînée de l’Église est orpheline

L’auteur brosse un portrait sans concession d’un pays déserté par la foi. Les églises se vident, les monastères sont hantés par des vieillards, les charognes gardent les grands cimetières sous la lune. La France, fille ainée de l’église, est orpheline. L’élan spirituel ne l’habite plus. La mystique s’est transformée en politique, pour reprendre la phrase de Péguy, en politique du renoncement. L’ignorance, le narcissisme et l’insignifiance ont remplacé les trois vertus théologales : la foi, la charité et l’espérance. On marche parmi les décombres, désarmés. « Les vrais croyants ont l’air de fous », notait déjà Julien Green.

Pourra-t-on inverser cette fatale tendance ? Montaigu écrit, à propos de frère Christian : « Et tant pis s’il ne parvient à presque rien, si l’on se fiche d’un pauvre prêtre comme lui qui représente une France du passé, une France qui empeste la soutane et le bœuf-carottes, quand les jeunes du coin claquent tout leur argent de poche dans des Nike et vont bouffer au McDo de la zone commerciale. »

Ce livre vous prend aux tripes, il est passionnant, éclairant oserais-je dire, car il permet de nous extraire du brouhaha consumériste horizontal. Mieux, il nous invite à plonger dans l’inconnu, dans son silence, dans le doute qui étreint. Comme l’a écrit Pascal : « Qu’on est heureux d’avoir cette lumière dans cette obscurité. »

Thibault de Montaigu, La grâce, Plon.

La grâce - Prix de Flore 2020

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De Washington à Bruxelles, l’extinction programmée de la démocratie

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Le cocktail médiacratie-ploutocratie–fraude électorale est en passe d’avoir raison de la démocratie aux États-Unis. Un déni de démocratie que nous subissons également par le biais des initiatives de l’Union européenne…  Une tribune libre de Jérôme Rivière


Au milieu des années 90, Francis Fukuyama ne croyait pas si bien dire lorsqu’il prévoyait « la fin de la démocratie ». Ce qui se déroule actuellement devant nous, tant aux États-Unis que dans les sphères de l’Union européenne, en produit hélas un témoignage des plus convaincants. Comme l’a souligné avec justesse et talent Michel Onfray, il est logique que dans un tel système, ce soient les médias qui aient annoncé « l’élection » de Joe Biden. Alors que les décomptes n’étaient pas terminés et nombre de recours déjà déposés. Les médias, pointe la plus avancée du système car détenus par ceux qui en sont les principaux bénéficiaires et promoteurs, avaient décidé à l’avance de leur candidat.

Des fraudes massives?

Les États-Unis, à l’égal de la France du Second Empire, ont donc ressuscité la notion de candidat officiel. Un groupe de « grands patrons » américains vient même de tomber le masque, sommant Trump de quitter le pouvoir. Passant par pertes et profits les résultats économiques exceptionnels du président sortant, il est vrai, bien plus, au service des salariés et des PME que de Wall Street, qui aura quand même passé quatre bonnes dernières années…

Après l’oligarchie et la médiacratie, la ploutocratie y va également de sa chasse à la démocratie. Parmi ceux-ci, bien sûr, les prédateurs de la finance internationale, à commencer par l’emblématique président de JP Morgan.

À lire aussi, Nicolas Lévine : Marché de dupes

Passons dans un premier temps sur l’inégalité d’accès et l’impartialité avérée et habituelle des médias outre-Atlantique. Mais voir un président des États-Unis coupé en direct par deux chaînes de télévision à l’audience nationale majeure, telle que ABC et NBC, relève du jamais vu. Mais surtout, des fraudes massives, portant notamment sur les votes par correspondance, ont été relevées. Rappelons au passage aux contempteurs médiatiques de Donald Trump en France, que la législation française a mis fin à cette pratique dans notre pays à la fin des années 70 du fait des fraudes et abus qui étaient régulièrement constatés…

Un cocktail médiacratie-ploutocratie-fraude électorale

Comment expliquer la découverte subite d’un seul coup, dans l’État de Pennsylvanie, de 360 000 bulletins au seul nom du candidat démocrate ? Sinon à défier les lois de la probabilité énoncées par Pascal depuis trois siècles…

On notera au passage que l’actuel gouverneur de Pennsylvanie, l’homme d’affaires démocrate Tom Wolf, avait signé en octobre 2019, en prévision du scrutin à venir, une réforme électorale sans précédent, établissant notamment le vote postal généralisé et l’extension du délai d’inscription sur les listes électorales…

Peut-on rappeler qu’un principe démocratique de base doit prévaloir : on ne peut proclamer quiconque définitivement élu lorsqu’un recours au moins est pendant ? Et à plus forte raison lorsqu’il existe une multiplicité de recours, de surcroît dans un contexte de résultats des plus ténus. Peut-on rappeler que l’élection très contestée de George W. Bush, en 2000, n’avait été confirmée que le 13 décembre, soit la veille du vote des grands électeurs ? Le cocktail médiacratie-ploutocratie–fraude électorale est en passe d’avoir raison de la démocratie aux États-Unis, qui nous fut pourtant présentée, à la suite des écrits de Tocqueville, comme un modèle depuis un siècle et demi. Mais ce déni de démocratie, nous le subissons de plein fouet également, par le biais des initiatives de l’Union européenne.

Un Parlement européen absent

En effet, depuis le début de la crise de la Covid-19, le Parlement européen n’existe plus que de façon virtuelle. Et son président, accompagné par la grande majorité des groupes politiques, en a profité pour en réduire les prérogatives de façon significative. Jusqu’au point où on peut parler, ici aussi, d’un véritable déni de démocratie. Les rappels au règlement, souvent indispensables, en début de séance ? Prohibés. Les interpellations des orateurs, sous la forme des fameux « cartons bleus », les questions orales ? Oubliées. Le respect du siège du Parlement européen à Strasbourg, tel que mentionné dans les traités ? Passé par pertes et profits. Le principe élémentaire du vote personnel, physique et présentiel dans l’hémicycle ? Ramené aux calendes grecques.
Pourtant, les thèmes et les débats les plus brûlants ne manquent pas au sein de l’Union européenne à l’heure actuelle : les attaques terroristes islamistes toujours plus dramatiques, la mise en œuvre du très nocif pacte sur les migrations, le bellicisme et les provocations multiples du président turc…

Depuis 1215 et la Magna Carta de Jean Sans Terre, jamais nous n’avons, sur le continent européen assisté à un tel recul des prérogatives parlementaires.

À lire aussi, Jeremy Stubbs : Le trumpisme avait tout de même du bon

Des deux côtés de l’Atlantique, ces faits ne sont nullement autonomes l’un par rapport à l’autre. Ils participent d’une même et unique vision du mondialisme, des intérêts de la « super classe mondiale » (estimée par Samuel Huntington à 10 millions d’individus), d’une volonté avérée d’écrasement de la démocratie et des intérêts vitaux et intrinsèques des peuples et des nations. À Washington et à Bruxelles, une architecture infernale s’est mise en place. Pour meilleure preuve, comment ne pas évoquer les mots ultimes de Jean Monnet dans ses Mémoires, qui établissaient que la Communauté (européenne) n’était qu’une étape dans les « formes d’organisation du monde de demain » ?

Mais intérêts financiers, médiacrates, fraudeurs électoraux professionnels et eurocrates devraient pourtant se méfier des répliques des peuples, qui n’attendront pas que leur démocratie leur soit confisquée. Sous peine que les peuples s’expriment de façon encore plus forte, et plus seulement dans les urnes.

Pascal Bruckner et le mal blanc


Avec Un coupable presque parfait, Pascal Bruckner nous invite dans ce « chaudron de sorcières » du XXIe siècle où on fabrique le monstre absolu : l’homme blanc hétérosexuel. Une cuillère de féminisme identitaire, une cuillère d’indigénisme et un bouc émissaire tout chaud est offert à la vindicte des victimes professionnelles. 


Le titre a des accents hitchcockiens, et l’essai, tout d’une haletante enquête policière. Dans l’ouvrage qu’il fait paraître aujourd’hui, Un coupable presque parfait : la construction du bouc émissaire blanc (Grasset), Pascal Bruckner se fait le fin limier de l’infiltration, en Occident et d’abord en France, de deux idéologies estampillées « made in USA », le féminisme identitaire, non seulement étranger, mais contraire au féminisme universaliste à la française, et l’indigénisme ou le décolonialisme, faisant de la couleur de peau et de l’appartenance raciale la base et le ciment des communautés humaines. Deux idéologies dont les haines et les luttes cristallisent autour d’une seule et même figure : l’homme blanc.  Bruckner veut comprendre. Comprendre comment nous en sommes arrivés là, là c’est-à-dire à « la prédominance du racial sur le social, de l’ethnique sur le politique, du minoritaire sur la norme, de la mémoire [et très exactement des mémoires] sur l’histoire ». Comment l’antiracisme et le féminisme ont pu se fourvoyer et se dévoyer pour ne plus consister que dans un combat mené contre l’homme blanc.

Le mâle blanc, ennemi à abattre

Bruckner nous fait ainsi pénétrer dans le laboratoire de fabrication de cette créature inédite et singulièrement maléfique : le mâle blanc hétérosexuel et plus maléfique encore, si tant est que cela soit possible, s’il a plus de 50 ans et s’il est juif – et c’est ainsi que Polanski a pu devenir l’incarnation même de l’homme à abattre, ou, à l’heure de la « cancel culture », à « annuler », à « effacer » de l’histoire du cinéma et des instances du septième art, comme au temps de Staline, on biffait des photographies officielles les personnalités tombées en disgrâce.

Le mâle blanc hétérosexuel est l’aimant qui attire à lui toute la limaille des idéologies ; il est la clef qui ouvre toutes les serrures. Il est au carrefour, à l’intersection de toutes les luttes, celles des féministes naturellement, des « diversités ethniques », des minorités sexuelles, des mouvements LGBT, mais non moins des écologistes, des végans, des animalistes. Car ces luttes ne racontent jamais qu’une seule et même histoire, celle de la domination masculine, toute la complexité du réel se résolvant dans l’antagonisme d’un bourreau, l’homme blanc, et de ses victimes aux visages multiples et infinis. Qui chasse ? Qui s’obstine à demeurer carnivore et se montre le plus rétif à se convertir au régime végan ? Qui conduit « sa bagnole et roule au diesel » ? Et de Greta Thunberg à Alice Coffin, en passant par Grégory Doucet ou Éric Piolle (les maires EELV respectivement des villes de Lyon et de Grenoble), c’est autour de cette créature infernale qu’est l’homme blanc que se fomentent les petits crimes, crimes symboliques pour le moment, mais jusqu’à quand, car, ainsi que le rappelle Pascal Bruckner, « il n’est pas d’exemples dans l’histoire d’un groupe ethnique ou culturel qui, désigné à la vindicte générale, ne finisse par être malmené ».

Manifestation à l'occasion de la Journée internationale des droits de la femme, Toulouse, 8 mars 2020. ©Frédéric Scheiber/ Hans Lucas/ AFPManifestation à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, Toulouse, 8 mars 2020. ©Frédéric Scheiber/ Hans Lucas/ AFP

L’imprégnation des esprits par la propagande néoféministe

Inspiré par Racine, Bruckner a intitulé un de ses chapitres « Vers l’Occident compliqué, avec des idées simples », mais c’est d’abord vers l’humaine condition dans son entier que ces idéologues s’avancent avec des idées simples. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, de la fine et subtile grammaire du désir féminin, qui ne se résout pas dans la claire alternative du oui et du non, mais où toutefois le oui est un oui, et non, comme le voudraient les néoféministes, un « peut-être » susceptible le lendemain ou des années plus tard d’être requalifié en viol – on saluera le courage de Bruckner de se risquer sur ce terrain éminemment glissant du « consentement ». Sous l’influence du féminisme américain, au pays de Colette, cette romancière dont Philip Roth disait que « pour un Américain, c’est l’acceptation du sexe » et une exaltation du « plaisir pris et donné » inconnue de la littérature américaine, une femme jamais ne se donnerait, toujours elle serait prise et malgré elle.

Ces idéologies sont bêtes et méchantes, on aimerait pouvoir les ignorer, les mépriser, ne pas leur consacrer une seconde de notre vie, mais elles sont prises au sérieux, très au sérieux, et font des adeptes dans les plus hautes sphères de la société. « Il serait présomptueux, écrivait Pascal Bruckner en 1994 dans La Tentation de l’innocence, de se croire immunisés pour toujours de la contagion américaine. » La France semblait en effet, de par son histoire, de par son entente de la vie, de par sa personnalité, mieux armée que toute autre nation pour faire barrage aux activistes du féminisme identitaire, de l’indigénisme et du décolonialisme. Mais en France, il n’est guère que contre Marine Le Pen et le RN qu’il convienne de faire barrage.

Et les citadelles tombent les unes après les autres. La logique identitaire a acquis en France une autorité et un crédit tout à fait exorbitants, dans les médias et jusque dans les universités et les grandes écoles où elle trouve audience et chaire[tooltips content= »Confrontés à cette montée en puissance, combien d’universitaires français se risquent à une réplique à la Coleman Silk, l’éminent professeur de lettres du roman de Philip Roth, La Tache, convoqué par la responsable du département de littérature après avoir été dénoncé par une étudiante et sommé de soumettre Euripide à une lecture identitaire: À de très rares exceptions près, nos étudiants sont d’une ignorance crasse qui donne une idée de l’infini, leur vie est un désert intellectuel. Offrir à ces lecteurs naïfs une optique féministe sur Euripide est l’un des plus sûrs moyens de leur fermer l’esprit.« ](1)[/tooltips]. L’histoire s’est singulièrement accélérée ces trois ou quatre dernières années. « Il ne faut jamais résister aux gens qui sont les plus forts. » De toute évidence, nos élites ont fait leur la devise du comte de Bréville dans Boule de suif. Et les forts aujourd’hui, ce sont les femmes, les Noirs, les musulmans, bref les minorités et la diversité.

Une rupture culturelle et civilisationnelle

Il faut mesurer à quel point parler la langue des identités, s’orienter selon les catégories du « genre », de la « race », de la « sexualité », réclamer la « visibilité » en tant que « femme », « Noir », « gay », « lesbienne », « trans », que sais-je encore, représente une rupture civilisationnelle pour la France. Sans doute tous les pays sont-ils affectés par ces offensives identitaires, mais la question prend un tour singulièrement brutal et cuisant dans un pays comme le nôtre, longtemps fier de son universalisme, c’est-à-dire de son indifférence aux différences, et de sa laïcité, qui est d’abord une exigence sinon d’invisibilité, du moins de discrétion, portée par la conscience vive de ce que les particularités peuvent être des brandons de discorde (leçon des guerres de religion du XVIe siècle). Ces deux idéaux, universalisme et laïcité, sont corrélés et sont ensemble sous-tendus par une certaine idée de l’homme. La France fait, a longtemps fait, en effet, c’est sa singularité et sa noblesse, le pari de la liberté humaine, elle postule en chacun la possibilité de faire un pas de côté par rapport à ses appartenances. La France ne prêche pas l’arrachement, mais elle éperonne la marche du cavalier, comme on dit au jeu d’échecs. Elle n’abandonne pas l’individu au vide identitaire, elle le rattache – et par là même l’agrandit et l’élargit – à cette réalité plus vaste qu’est la patrie, douée d’une personnalité propre, irréductible à la somme des parties. Aux indigénistes et aux décoloniaux, nous rappellerons le mot de l’historien Jacques Bainville : « Le peuple français […], c’est mieux qu’une race. C’est une nation. »

À lire aussi, Lydia Pouga: Les représentations raciales menacent l’idéal national français

 Nous étions fiers de cette exception française, mais aussi loués, admirés, aimés pour cette singularité que nous portions haut. Pascal Bruckner cite Joséphine Baker (qu’il ne dédaignerait pas de voir entrer au Panthéon) et le romancier James Baldwin, rendant l’un et l’autre hommage aux vertus émancipatrices de l’universalisme à la française. Si les jeunes générations se révèlent si poreuses aux idéologies diversitaires, si le féminisme identitaire trouve ses adeptes parmi les moins de 50 ans, c’est que voilà quatre décennies que nous ne cultivons plus cet idéal. Que nous n’en goûtons plus la saveur. Qui conçoit encore qu’il soit possible de vivre dans un monde où l’identité ne joue aucun rôle dans l’espace public et politique ? Les identités particulières séparent, l’identité nationale unit.

Un appel courageux à une prise de conscience de l’Occident

Si l’Occident est « désigné à l’opprobre alors que son rôle décline », c’est que « rien n’excite plus la rage qu’un homme à terre », explique Bruckner ; c’est aussi, doit-on ajouter, que ces mouvements identitaires sentent que le fruit est mûr, qu’il ne demande plus qu’à tomber et qu’ils n’auront plus, bientôt, qu’à le ramasser. Ils ont raison, sans mobilisation collective, il tombera.

Ce livre est un grand coup de pied dans la fourmilière. Un coupable presque parfait ne saurait en effet être lu comme un simple état des lieux désolé et désolant, une énième déploration de la France comme elle ne va pas, mais bien comme un énergique appel à nous réveiller, à recouvrer la raison et les raisons de nous estimer. Les avancées de ces idéologies sont sans doute fulgurantes, mais elles ne sont pas inexorables, veut croire Bruckner, et nous avec lui. Sa confiance procède de sa foi dans les ressources françaises. Si nous aspirons réellement à faire rentrer dans leur lit les identités, à triompher de cette tyrannie dissolvante et potentiellement meurtrière, servons-nous de la France, comme dirait Bernanos, servons-nous en l’occurrence de notre idéal universaliste à la française. Déjà en 2019, Bruckner déclarait dans Le Figaro : « Ce n’est pas le Royaume-Uni multiculturaliste ou l’Allemagne qui gagneront face aux islamistes, la France est seule capable de leur tenir tête en Europe » – et ce n’était pas péché de vanité hexagonale, mais conscience ardente des trésors que nous recelons. Confiance portée également par l’écart que l’essayiste observe entre une partie des élites communiant dans la détestation de l’Occident et manifestement travaillée par un « désir d’extinction », et les peuples – non le peuple, idole à laquelle Bruckner ne sacrifie guère, on a pu le vérifier lors du mouvement de Gilets jaunes – attachés à leur civilisation et mus par « un véhément désir de résurrection ».

Libérons nous du féminisme !

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Karabakh: après la guerre, la paix?

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Après six semaines de combats, un accord de cessez-le-feu a été signé le 9 novembre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. L’analyse de Gil Mihaely


Contrairement aux précédents arrêts des combats, tout porte à croire que la guerre est finie cette fois-ci. La raison est simple : l’armée azerbaïdjanaise l’a remporté sur le champ de bataille. Au moment de la signature, la chute de la capitale de la région séparatiste et donc l’écroulement de la république auto proclamée du Haut Karabakh, n’était qu’une question des jours. Après avoir consulté les responsables militaires de son pays, Nikol Pachinian, le premier ministre arménien, n’avait plus le choix. Il a décidé de s’accrocher à la perche tendue par Vladimir Poutine, le parrain de l’accord, et sauver une partie du Haut Karabakh et sa capitale. Cette signature peut lui couter sa carrière politique voire sa vie. Elle couterait à Karabakh non seulement l’essentiel de son territoire mais aussi le contrôle de la principale route – Goris-Lachin-Stepenkart/Xankandi – la liant à l’Arménie. Autrement dit, désormais Bakou tient solidement l’enclave séparatiste à la gorge. Quelle que soit l’issue des négociations entre les deux belligérants, la République autoproclamée du haut Karabakh est condamnée à une mort politique, économique et sociale lente. Elle aura perdu plus des deux tiers de sa population pendant la guerre et il est difficile d’imaginer que les quelques dizaines de milliers d’Arméniens restés sur place pourraient avoir un quelconque avenir collectif dans ces conditions. Déjà avant la guerre il était très difficile d’empêcher les jeunes de partir. Qu’est ce qui les retiendra sur place dans les années à venir ?

Pachinian a provoqué son adversaire et irrité son allié russe

Nikol Pachinian s’est donc montré courageux et lucide en prenant une décision aussi horriblement douloureuse qu’inévitable : reconnaître la réalité des rapports de forces, arrêter les frais et essayer de sauver ce qui peut encore être sauvé. Malheureusement, Pachinian s’est rarement montré perspicace pendant ses trente mois au pouvoir. Il a mal évalué sa marge de manœuvre face à Moscou. Il a sous-évalué l’armée azerbaïdjanaise et l’élite politique de son adversaire. Il n’a pas compris que la supériorité militaire arménienne de 1994 n’existait plus. Ainsi il n’a pas réalisé qu’une chose seulement empêchait l’Azerbaïdjan de reprendre par la force le Haut Karabakh et les sept régions qui l’entourent : un feu rouge de Poutine. Pachinian pensait que, comme en avril 2016, Moscou allait imposer un arrêt des combats au bout de quelques jours, qu’il avait une police d’assurance vie russe toujours en cours de validité. Pire, il n’a eu de cesse d’irriter celui-là même qui était supposé le défendre. Et pour ne rien arranger, il a poussé les Azerbaïdjanais à bout, notamment avec sa déclaration « le Karabakh est l’Arménie » : qui peut espérer entamer une négociation si l’objet même de la négociation n’est pas négociable ?        

Digérer une défaite est probablement l’une des épreuves les plus difficiles dans la vie d’une nation. Ironie de l’histoire, l’Azerbaïdjan en est le parfait exemple. En 1994, récemment élu, le deuxième président de l’Azerbaïdjan Haydar Aliyev a dû faire face à la défaite militaire, à la perte de 20% du territoire national et à l’arrivée d’un million de personnes déplacées. Sa réponse a été le développement du potentiel économique et humain de son pays. Cependant, dans le cas de l’Arménie on peut craindre non seulement une instabilité intérieure mais aussi des réactions venant des éléments non contrôlés par Erevan.  Car il faut savoir qu’il existe au moins trois Arménies : celle d’Erevan, celle de Haut Karabakh et celle des diasporas, notamment en France et aux États-Unis. Or, si Erevan pourrait devenir un interlocuteur et un partenaire pour un accord définitif avec Bakou, les Arméniens du Karabakh et certains cercles de la diaspora risquent de s’engager dans un combat désespéré et peut-être même, comme jadis les Palestiniens, du terrorisme. Le passé récent démontre que ce scenario n’est pas fantaisiste. 

Le rôle des Français

Géopolitiquement, au-delà des deux belligérants, cette guerre a une grande gagnante – la Russie – et une grande perdante – la France. La Russie a habilement laissé l’Azerbaïdjan résoudre pour elle le problème Pachinian tout en renforçant sa position à Erevan (plus que jamais dépendant d’elle) et à Bakou, reconnaissant pour le feu vert et plus que jamais conscient des rapports de forces dans la région. Quant à la France, elle a choisi d’abandonner son rôle d’arbitre neutre que lui conférait la co-présidence du feu groupe de Minsk et de tourner le dos à ses propres principes. Dans ce conflit, l’Arménie est la puissance occupante selon la loi internationale et l’ONU, deux institutions pourtant chères à nos diplomates qui ne jurent que par le multilatéralisme… Ce que nous avons lu et entendu chez nous ces dernières semaines sur ce « pays musulman qui massacre des chrétiens » est tout simplement hallucinant ! La triste réalité est que nous avons dilapidé en quelques semaines un important capital de sympathie et de bonne volonté. Au pays où Joe Dassin est une star, où la capitale s’enorgueillit d’un quartier inspiré de l’architecture haussmannienne, d’une école et d’une université françaises, il faudra attendre longtemps avant d’entendre un chauffeur chanter à midi ou à minuit, il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Élysées en reconnaissant l’origine de son passager… 

Cependant, justement parce qu’un grand nombre de ses citoyens sont d’origine arménienne, la France pourrait jouer un rôle dans les mois et années à venir: ramener tout le monde à la raison. Car si les armes se sont tues, ce n’est pas encore la paix stable et durable. Soutenir une paix fondée sur la justice et appuyée sur le développement humain et économique du Sud Caucase est le souhait de Bakou et l’intérêt d’Erevan. Cela devrait être la mission de la France.

L’association L214 financée par le lobby de la viande artificielle

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Si l’association L214 publie la répartition de ses ressources via son site internet, les militants radicaux de la cause animale restent cependant bien silencieux sur les objectifs cachés de ses donateurs, et notamment ceux de l’Open Philanthropy Project. 


Lors de la « guerre de la langouste » dans les années 1960 entre la France et le Brésil, le général de Gaulle y voyait le bras long des Américains et déclarait : « Cette guerre de la langouste, c’est encore une histoire d’Américains ». Bis repetita avec la viande cellulaire ?

L’association de défense des animaux L214 est accusée d’être financée par des entreprises travaillant à la création de viande cellulaire. Le sujet n’est pas nouveau, mais une fois n’est pas coutume, France Inter s’est penchée sur cette affaire. Pourtant habituée à multiplier les articles dithyrambiques sur les vaches sacrées de l’époque et à relayer la propagande de l’association, France Inter a, semble-t-il, dérogé aux règles de la bien-pensance.

À lire aussi, Martin Pimentel: Plus de tigres à Fort Boyard, Félindra bientôt au chômage

Ce matin, dans L’enquête de Secrets d’info (chronique diffusée le vendredi 13/11 à 7h15), Maxime Fayolle a pointé du doigt le financement de l’association en rappelant que « plus de 90% proviennent des adhérents via les dons, les cotisations ou encore la boutique en ligne de l’ONG », avant d’ajouter : « 8% de ce budget viennent d’un gros fonds d’une fondation américaine, l’Open Philanthropy Project, qui lui a signé un chèque d’un peu plus d’un million d’euros en 2017 ». À travers ce financement, cette fondation américaine, créée notamment par Dustin Moskovitz, cofondateur de Facebook et généreux donateur de la campagne présidentielle d’Hillary Clinton en 2016, chercherait à déstabiliser notre agriculture et nos éleveurs pour mieux s’emparer du marché de l’alimentation de demain, à savoir celui de la viande artificielle à partir de cellules-souches. Un marché largement financé par les géants technologiques américains et soutenu par la NASA.

À lire aussi, Christian Harbulot : Derrière la défense des animaux, le marché de la viande artificielle

L214, dont les révélations sur la cruauté de certains abattoirs trouvent grâce aux yeux d’Alain Finkielkraut, peut légitimement être considérée comme la marionnette des géants américains. L’enfer est pavé de bonnes intentions…

« Ceux de 14 », un monument littéraire


Maurice Genevoix est entré au Panthéon. Et avec lui, tous «Ceux de 14». Il faut lire ou relire cette œuvre magistrale.


Par ciel clair, on entend vibrer, en haut du Panthéon, les couleurs du drapeau français. Sur le fronton du Panthéon : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». C’est dans ce haut lieu de la mémoire qu’est entré, ce 11 novembre 2020, au pas lent de la garde républicaine, un sous-lieutenant de 24 ans, normalien brillant, parti le 2 août 1914, de Châlons-sur Marne, à la tête du 106 ème régiment d’infanterie, blessé à la Tranchée de Calonne, invalide de guerre, écrivain et Académicien : Maurice Genevoix. Et, avec lui sont entrés « tous ceux de 14 ». Ainsi s’achève le cycle du centenaire de la Grande Guerre qu’Emmanuel Macron a voulu clore « d’une manière digne et marquante » par l’entrée, au Panthéon, d’un « écrivain français, à l’âme française. » On connaissait l’écrivain de la Loire et de la nature, d’Alice et les garçons, de Raboliot et du Chat Rrou. Dans cette nuit transfigurée, on découvre un écrivain d’une ampleur inouïe. Ceux de 14, c’est cinq récits de guerre (dont Sous Verdun et les Eparges) écrits entre 1916 et 1923, retravaillés en 1949. Ce récit épique, écrit d’une écriture minutieuse et lumineuse, à partir de notes prises sur le vif rend compte de la violence inouïe de la guerre sur le front de la Meuse, de la fraternité des hommes, de la tendresse humaine. Grâce à ce livre, on connaît, sur le vif, la vie des tranchées, on entend « miauler les obus » (Apollinaire) mais l’on sent aussi la fraîcheur d’un matin sous le pas des soldats, la chaleur d’un lit dans un village, on sent l’odeur de la terre sous la neige,  on voit éclore les premiers crocus, et ces grands ciels où giclent les obus, ces têtes qui éclaboussent de leur sang les étoiles. C’est un livre énorme, sidérant, foisonnant d’événements, de personnages, impossible à lâcher, une fois ouvert, où le temps se contracte et se dilate au gré des événements. « Ce que nous avons vécu, aucun homme n’aurait pu le vivre. Pourtant, nous l’avons vécu » écrit Genevoix. Et encore : « Il faut qu’on sache, on ignore la vérité brutale. » « Tout dire, et qu’on n’en parle plus » écrira Céline, dans un autre registre, à la fin de Voyage au bout de la nuit, que Genevoix avait lu de très près.

Un livre qui a déplu à Gide

La Muse épique, Calliope, est fille de Mémoire. Qui, plus que Maurice Genevoix, eut cette mémoire, et l’amour qu’elle suppose ? Surtout, ne rien oublier, des événements et des êtres. Ceux de 14, dans la force singulière et plurielle du pronom démonstratif qui les désigne, à nous, vivants, ce sont les Poilus tendrement aimés par le sous-lieutenant qui les arrache à l’oubli. C’est le soldat Sicot dont « les yeux éteints montrent la certitude et la peine de mourir. » C’est ce soldat qui, paralysé, sur le point de mourir, désigne, par un regard, à Genevoix, la mort qui le guette s’il ne se déplace pas. C’est aussi ce cheval blanc qui, « agonisant, soulève lentement la tête et nous regarde passer. »

A lire aussi, Daoud Boughezala: Jünger, héros d’un autre temps

André Gide n’aimait pas « les romans de guerre » : il ne vit pas le génie de Genevoix, trop style ancien combattant. « Orages d’acier » d’Ernst Jünger, en revanche, fut, pour l’auteur des Caves du Vatican, une révélation. Cest donc un lecteur franco-américain, au nom étrange, qui vit le génie de Maurice Genevoix : Jean Norton Cru. Norton Cru qui n’aimait pas les romans cocardiers et menteurs qui commençaient à faire florès, trouva en Genevoix la vérité des faits (lui-même avait participé à la guerre du côté français) ainsi qu’un art du récit singulier. Il vit que ce récit d’un jeune homme de 24 ans, était le monument de notre époque. Par un hasard du sort, Ernst Junger et Genevoix se trouvèrent face à face aux Eparges et furent blessés le même jour. Bernard Maris, le gendre de Genevoix, qui les réunira dans un récit, écrit : « Genevoix aime les hommes même s’il aime parfois la guerre, Jünger aime la guerre même s’il pleure parfois les hommes. »

Une entrée dans la vie d’une violence inouïe

Ce jour de commémoration du 11 novembre 2020, c’est au peintre allemand Anselme Kriefer et au musicien Pascal Dusapin qu’avait été confiée la confection de six grandes vitrines— pour accueillir des vestiges de cette guerre —ainsi que la tâche de « faire chanter les pierres dans un sentiment doux et affectueux pour honorer la mémoire de Ceux de 14 ». Dans la première partie de cette œuvre inspirée, des voix chantent des textes en latin, tirés de l’Ecclésiaste et de Virgile. Dans l’autre partie, sont énumérés les noms des milliers de morts pour la France lus par des comédiens. Musique qui fait écho à la litanie de pierre des monuments aux morts de nos villages. Idée originale, en tout cas, que de faire dialoguer, en ce lieu, l’Histoire et l’imaginaire contemporain.

La président Macron devant le cercueil de Maurice Genevoix au Panthéon, le 11 novembre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22512709_000040.
La président Macron devant le cercueil de Maurice Genevoix au Panthéon, le 11 novembre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22512709_000040.

Que notre mémoire ne soit pas oublieuse, une fois la nouveauté passée. Ce n’est pas tout de faire entrer, au Panthéon, l’auteur de Ceux de 14. Encore faut-il lire cette œuvre magistrale, rééditée chez Flammarion, en 2013, précédée d’une belle préface de l’écrivain Michel Bernard. Le même Michel Bernard  qui a écrit un beau livre « Pour Genevoix » rappelant, si besoin était, que Maurice Genevoix, qui laisse une œuvre romanesque immense, fut un amoureux de la littérature et de notre langue. Elu à l’Académie en 1946, dont il fut le secrétaire perpétuel, il servit la francophonie partout dans le monde.

Pour lui comme pour tous les écrivains — les plus grands, et qu’ils sont nombreux !— la grande guerre fut une entrée dans la vie d’une violence inouïe. Au soir de sa vie, pourtant, Maurice Genevoix qui avait côtoyé la mort de près, revisite son passé déchiré dans un livre magnifique : « La mort de près ». Miracle, là encore, de la mémoire. La « contracture à l’âme » causée par la mort de son ami Porchon, tué aux Eparges, à qui est dédié le chapitre « Sous Verdun » est devenue le regard apaisé de celui qui a vu la mort en face à laquelle est promis tout homme.

Amoureux de la Loire, Maurice Genevoix aimait aussi l’Espagne. Il mourut, le 8 septembre 1980, à Javéa, en lisant un Arsène Lupin.

Ceux de 14: Les Éparges

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Olrik: quand la fiction retrouve le XXe siècle

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Passionné de bande dessinée et notamment de Blake et Mortimer, Hubert Védrine nous conduit, avec son fils Laurent, à la poursuite d’Olrik, le méchant insaisissable des aventures de Jacobs…


Et si Olrik avait réellement existé et entretenu une conversation épistolaire avec Jacobs, sa vie réelle se mêlant aux aventures des deux héros britanniques? Les auteurs Hubert et Laurent Védrine ont remonté les traces laissées par celui-ci pour proposer cette biographie qui est autant une traversée du XXe siècle qu’une découverte de la BD.

Tous les créateurs s’inspirent de faits et de personnages réels et la bande dessinée n’échappe pas à l’affaire. Hergé a des inspirations multiples pour Tintin, tout comme Goscinny et Uderzo avec Astérix. Mais chez le Belge Edgar Jacobs, le mystère demeurait quant aux sources d’inspiration du personnage du colonel Olrik, aventurier sans scrupule que l’on retrouve sans cesse en train de servir la cause des pires dictateurs. Du Secret de l’Espadon au Cri du Moloch, Olrik est partout, pourchassant Blake et Mortimer et échouant toujours dans ses tentatives de domination.

Rencontre entre Olrik et Jacobs

La thèse des deux auteurs est qu’Olrik a réellement existé. Il a rencontré Jacobs par hasard au théâtre royal de la Monnaie en janvier 1938. Les deux hommes ont un peu discuté et ne se sont guère revus par la suite. Mais Olrik n’a cessé d’envoyer des cartes postales à Jacobs : des photos des villes et des pays où il œuvrait, accompagnées d’un mot très bref. La dernière carte date de 1987 et fut envoyée de Roumanie. Olrik est né en Estonie, d’un père déjà âgé, le baron Cristof von Balk. Il a connu les aventures et les peines de l’Europe de l’Est : les guerres, les invasions, les découpages de frontières, les dictatures. C’est un aristocrate apatride qui conjugue les rêves des chevaliers teutoniques à la crapulerie des arsouilles.

A lire aussi, Basile de Koch: Thé et sympathie

L’enquête sur Olrik nous fait traverser le XXe siècle. Les auteurs retrouvent sa trace en pointillés. Il est à Hong Kong, trafiquant avec les mafias, puis agent à la solde des Soviétiques, et même agent double, travaillant aussi pour les Américains. On le retrouve ainsi à Cuba et en Floride puis en Californie, dans le milieu du cinéma, où il laisse une fille. Enfin, il termine sa course en Roumanie, auprès de Ceausescu, avant que sa trace ne se perde sans que l’on sache quand il décède. Il a tenté quelques coups en Suisse, en France et au Luxembourg, trainé avec la pègre, les mafias et les autocrates. C’est une espèce de samouraï qui aurait réussi en évitant de s’enfermer dans le cercle rouge.

De Basam Dandu à Ceausescu

Olrik a beau servir des causes peu défendables, il conserve des côtés attachants. Dans ses échecs, dans ses…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

« Ils ne passeront pas », disaient-ils…

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Il est urgent de revoir notre paradigme sécuritaire, alors qu’aucun service spécialisé ne peut vraiment faire face devant ce « terrorisme du couteau ». 


En 1940, l’armée française disposait de moyens assez comparables à ceux de l’Allemagne. En 1932, dans Le Fil de l’épée, le général de Gaulle avait couché par écrit une doctrine d’emploi des forces blindées. En janvier 1940, il préconisait de combiner l’emploi des chars et de l’aviation. Ces doctrines eussent été précieuses pour ce conflit. Elle le furent, mais pour les Allemands, qui les baptisèrent « blitzkrieg » ; car l’état-major français s’en était désintéressé : depuis 1918, il avait jugé plus utile de préparer une nouvelle guerre de 14 en édifiant la ligne Maginot.

C’est à peu près où en est l’État français aujourd’hui face à la menace terroriste. On a renforcé les services de renseignement intérieurs après janvier 2015, alors que l’islamisme de masse n’était plus surveillé depuis 2008, la seule recherche se faisant sur une base individuelle par le fameux « big data », le même qui prévoyait des centaines de milliers de morts de la Covid-19 en France au printemps dernier. Dans un cas comme dans l’autre, on en a vu le résultat.

Les forces d’intervention françaises sont avant tout des « professionnels »

On a acheté des cagoules et des rangers à la tonne pour équiper des forces d’intervention qui s’entraînent d’arrache-pied pour le jour où on aura besoin d’eux pour casser des portes sur ordre, ou faire tomber un nouvel immeuble à force de rafales et de tirs de 12,7mm. Encore faut-il que quelqu’un trouve ces portes et ces immeubles, et donne à ces braves gens – qui se sont récemment dotés d’un béret fantaisiste pour tenter de lier leur image aux troupes d’assaut spécialisées (ça doit faire hurler de rire les commandos Marine et le 1er RPIMA) – de quoi faire le trajet jusqu’à leur objectif. Quand on part de Bièvre, par exemple, il y a forcément des délais de route.

Les médias se complaisent à appeler tout ce beau monde des « policiers d’élite ». Il semble bien plus prudent de simplement les qualifier de « professionnels ». Ils ont une mission spécialisée qu’ils remplissent, selon l’expression consacrée, « à la pleine satisfaction de leur hiérarchie ». Et il existe d’autres professionnels, bien plus nombreux et bien moins considérés : gendarmes et policiers patrouillent au quotidien sur la voie publique pour protéger le peuple français, intervenant indifféremment sur un différend familial comme sur un vol à main armé, une cible sur la poitrine car porteurs d’un uniforme haï par les voyous comme par les antirépublicains, qu’ils soient de La France insoumise (LFI) ou de Daesh ; intervenant aussi, et ils sont souvent les premiers, sur les actes terroristes.

Un « terrorisme du couteau » largement imprévisible

Et c’est bien pour cela que tout comme il aurait dû le faire en 1940 en matière de doctrine militaire, il faudrait que l’État change d’urgence de paradigme sécuritaire face à la criminalité de droit commun comme pour contrer le nouveau terrorisme. En effet, le renseignement ne peut stratégiquement rien contre le terrorisme tel qu’il s’est régénéré depuis le premier attentat de Nice, lorsqu’un islamiste a fini par être abattu par des policiers non spécialisés, mais eux aussi professionnels, après avoir broyé une foule d’innocents avec le camion qu’il conduisait. Des policiers, dont certains ne dorment toujours pas, hantés par les images de ce carnage, mais qui tous les jours reprennent leur service, tel ce policier municipal niçois qui est intervenu sur le massacre de l’Église de Nice. Un policier pleure aussi, de rage, de chagrin, d’horreur. Puis il revient, lorsqu’il le peut encore.

À lire aussi, Nicolas Lévine : France: plutôt la dhimmitude que la guerre?

Devant ce terrorisme du couteau, ce terrorisme de la brute, aucun service spécialisé ne peut faire vraiment face. Il serait déloyal de le lui demander. Le renseignement fonctionne sur le temps long, et ses membres sont incapables d’interventions opérationnelles d’urgence. Quant aux unités d’intervention dépendant du RAID ou du GIGN, leurs délais de projection, sauf hasard heureux, en font des intervenants sur des situations déjà figées.

La riposte face au terrorisme du « coin de la rue »

Vu la masse de gens potentiellement dangereux, l’étendue du territoire et la nature primitive d’attaques qui ne demandent aucun réseau de soutien, les premiers défenseurs de la population ordinaire – qui, tous les jours, parcourt les rues de France et vaque à ses occupations – sont donc les policiers et les gendarmes en charge de la sécurité sur la voie publique. Rappelons-nous d’ailleurs que ce fut déjà le cas lors des attentats de Paris, au cours desquels les soldats de Vigipirate refusèrent de prêter leurs fusils d’assaut aux policiers primo-intervenants de la BAC, qui durent donner l’assaut avec de simples pistolets de service face à des armes automatiques. Si depuis on a doté d’armes longues une partie (seulement) de ces équipages, on a en revanche pas ou peu augmenté le nombre de policiers qui les composent.

Une patrouille de Police lors de la célébration de la messe de la Toussaint, autour de la Basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice, le 1er novembre 2020. ©SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 00988958_000044
Une patrouille de Police lors de la célébration de la messe de la Toussaint, autour de la Basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, le 1er novembre 2020. ©SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 00988958_000044

Or, ce sont bien eux qui, lors de la plupart des attentats, ont été primo-intervenants, quand ce n’était pas une patrouille de police municipale comme dans l’église de Nice (le RAID n’a fait que venir se greffer à la fin pour avoir son nom sur la photo, et justifier, si l’on peut dire, son existence…). Quand dehors, on porte un uniforme, qu’on a le sens du service et qu’on est requis en urgence, on marche vers le danger, et parfois vers la mort. Il est du devoir de l’État de veiller à ce que ce genre de combat soit gagné aussi souvent que possible. Mais même cet engagement a ses limites. Comme on vient de le voir, le terrorisme du coin de la rue est un phénomène auquel on ne pourra riposter, la plupart du temps, qu’en temps réel, par des unités de voie publique. Mais même eux ont des délais d’intervention qui, sauf lorsque par chance une patrouille est à proximité, ne permettront jamais de limiter les tueries aux premiers instants de leurs commissions.

Chaque seconde, une nouvelle victime peut tomber sous un simple couteau, jusqu’à ce que l’auteur soit abattu. Dans les grandes villes, la concentration urbaine est telle que quelle que soit la rapidité d’intervention de la Police, les victimes s’enchaîneront. En zone rurale, les personnes les plus éloignées des brigades territoriales de Gendarmerie seront assassinées sans espoir de secours.

Un changement de paradigme sécuritaire nécessaire

Le paradigme sécuritaire doit changer. Il faut repenser l’armement défensif de la population, en imaginant un contingent de supplétifs formés, comme cela se fait en Israël, où les vigiles devant les écoles sont armés pour se préparer aux plus atroces attaques terroristes possibles, en particulier celles visant des enfants. Tout policier ou gendarme à la retraite doit pouvoir conserver son arme sous conditions d’entraînement (ou mieux, utiliser une arme régulièrement autorisée pour le tir sportif, ce qui coûterait moins cher à l’État). Tout militaire d’active (d’unités de combat et validé par leur hiérarchie) doit pouvoir être armé hors cantonnement. Cela ferait déjà des dizaines de milliers de personnes supplémentaires, servant ou ayant servi le pays, entraînées, et disposant des connaissances juridiques nécessaires sur la légitime défense, qui pourraient assurer la défense immédiate contre les actions individuelles engageant juste un armement primitif, qui promettent d’être les plus terrorisantes pour la population dans les années qui viennent.

À lire aussi, Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Et au-delà, il faut se rappeler que l’armement du peuple français fut une conquête de la révolution qui s’est perpétuée jusqu’à l’entre-deux-guerres, non seulement par la chasse, mais aussi par la nécessité de défense de la population isolée : tout paysan avait, jusque dans les années 30, un pistolet chargé dans sa table de nuit, acheté chez Manufrance, pour se protéger des « chauffeurs ».

Certes, on peut hésiter devant les risques à armer la population. Je ne le préconise d’ailleurs pas forcément. Mais les « oui mais » doivent changer de camp : le premier « oui mais » à prendre en compte est celui-ci « oui mais on ne peut pas laisser mourir des innocents sans rien faire, sachant que les mesures actuelles ne suffisent pas. »

Ne poussons pas le Peuple à décider, un jour, de se défendre lui-même. La tache sur l’Histoire du pays serait sanglante.

Le fil de l'épée

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Les années 30!

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Berlin, 1945, un banc public mentionnant 'Nicht fur Juden', relique du régime nazi 1933-1945 © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage : 51099123_000001.

Une rhétorique victimaire tente de faire le lien entre le sort des juifs pendant les années 30 et celui des musulmans en 2020. Mais cette comparaison ne tient pas. 


Il est devenu très à la mode de dire que les musulmans d’aujourd’hui seraient les Juifs des années trente. Victimes d’une islamophobie comparable à ce que fut l’antisémitisme, accusés à tort de former une sorte de grand complot similaire à ce dont on accusa les Juifs dans la lignée du célèbre faux du « Protocole des Sages de Sion. » Bien sûr, cette comparaison ne tient pas et pire : elle empêche de prendre conscience d’une autre comparaison, peut-être plus pertinente. Rappelons donc quelques vérités très simples.

Les juifs étaient visés en tant que peuple, pas pour leurs convictions religieuses

D’abord, l’antisémitisme des années trente s’en prenait majoritairement aux Juifs en raison de leur judéité, et non de leur judaïsme. Sa haine s’étendait à des personnes issues de familles juives, mais elles-mêmes non-juives au sens de la conviction religieuse: athées, agnostiques, ou convertis à d’autres religions. Ainsi, les sinistres lois de Nuremberg qui considéraient comme juive toute personne ayant au moins trois grands-parents juifs, peu importent les convictions religieuses de la personne en question. À l’inverse, l’actuelle critique de l’islam porte sur l’adhésion à un corpus idéologique, et non sur des origines: la meilleure preuve en est que parmi les personnes accusées « d’islamophobie » on trouve massivement des défenseurs des apostats de l’islam, ainsi que des musulmans humanistes et réformateurs de l’islam.

À lire aussi: Causeur: la France face à l’offensive islamiste

Ensuite, contrairement aux juifs frappés par ces lois de Nuremberg ou des variantes de ce que fut la loi Armbruster, les musulmans bénéficient dans tout le monde occidental de l’intégralité des droits civiques du pays dont ils sont citoyens. Les seules situations où l’on pourrait considérer qu’ils en sont privés, c’est lorsqu’ils sont soumis à des tribunaux de la charia. Lorsqu’au nom de la tolérance et de la lutte contre l’islamophobie certains pays ont laissé l’islam empêcher les musulmans, et surtout les musulmanes, de faire valoir certains droits. Notons au passage qu’un grand nombre de pays musulmans, en revanche, limitent les droits civiques des non-musulmans…

Enfin, cette comparaison est on ne peut plus injurieuse envers nos concitoyens juifs. Combien d’attentats tuaient sur notre sol au nom du judaïsme pendant les années trente? Aucun. Combien de Français obligés de vivre sous protection policière permanente, contraints de fuir leur domicile, parce que menacés de mort au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’appels à violer et assassiner des adolescentes accusées de blasphème, au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’institutions juives refusaient de reconnaître l’autorité de la constitution, à l’image de l’actuel CFCM qui refuse la liberté de conscience en refusant le droit à l’apostasie? Aucune. Combien de pays dans le monde condamnaient à mort l’apostasie, l’athéisme, le blasphème ou l’homosexualité au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’organisations juives étaient-elles porteuses d’un projet totalitaire comparable à celui des Frères Musulmans? Aucune: le Protocole des Sages de Sion était un faux, mais les Frères Musulmans et la prédication de Sayyid Qutb sont bien réels. Combien d’équivalents juifs d’Al Qaïda, de l’État Islamique, de Boko Haram, du Milli Gorüs, du Tabligh, de la dictature des Mollahs qui étouffe l’Iran ou de l’islamo-nationalisme d’Erdogan ? Aucun (on ne saurait mettre la Haganah ou l’Irgoun sur le même plan que Boko Haram et ses enlèvements et viols de masse, ou les exactions systématiques des armées d’Erdogan contre les Kurdes). Aucun pendant les années trente, et aucun aujourd’hui.

N’oublions pas en revanche qu’en 1946, Hassan al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans, jamais désavoué depuis par ses héritiers, accueillait en grande pompe Amin al-Husseini, ancien Grand Mufti de Jérusalem et soutien très actif de l’horreur nazie. Et Hassan al-Banna déclarait: « La valeur du mufti est égale à celle d’une nation entière. Ce héros, oui, ce héros qui a défié un empire et combattu le sionisme avec l’aide de Hitler et de l’Allemagne. L’Allemagne et Hitler ne sont plus, mais Amin al-Husseini poursuivra le combat. »

Si l’on veut bien se donner la peine de regarder la réalité en face, c’est une autre comparaison qui devrait peut-être s’imposer

Les musulmans d’aujourd’hui ne sont pas les juifs des années trente. S’il faut absolument faire une comparaison, ce seraient plutôt les Allemands, tous n’étaient pas nazis. La plupart n’étaient pas des monstres. Il y a eu parmi eux des résistants, et des héros. Il y a eu la Rose Blanche, il y a eu Oskar Schindler, il y a eu Claus von Stauffenberg. Et pourtant. Tout comme les élections dans le monde musulman portent régulièrement au pouvoir des partis islamistes, les foules acclamaient le Führer. Tout comme aujourd’hui, le silence de la majorité silencieuse fut, quelles qu’aient été les intentions des individus, quelles qu’aient été leurs raisons pour se taire, un silence complice. Et c’est l’Allemagne en tant que telle, malgré les résistants et les héros, qui fut l’outil d’un totalitarisme immonde. Aux musulmans de choisir si l’islam doit être l’outil de l’islam théocratique, ou non. L’Ordre Noir ou la Rose Blanche.

À nous de choisir entre Chamberlain et Churchill, Laval et Jean Moulin.

Devant ce choix, nos autres désaccords et divisions ne peuvent que s’effacer. Si l’hydre triomphe, elle détruira la République et la France, et tous ceux qui ne deviendront pas ses esclaves.

« Qui donc sait encore ce qu’il fallut d’acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour-de-Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison ; ce qu’il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien préfet radical chassé par Vichy, pour exiger d’accueillir dans le combat commun tel rescapé de la Cagoule ! » rappelait André Malraux, disant l’incroyable travail de Jean Moulin, « ce laïc passionné (qui) avait rétabli sa liaison par radio avec Londres dans le grenier d’un presbytère. » Alors comme aujourd’hui, « attribuer peu d’importance aux opinions dites politiques lorsque la nation est en péril de mort (….) c’était certainement proclamer la survie de la France. »

À lire aussi, Jean-Pascal Caravano: Musulmans français, encore un (gros) effort vers l’assimilation!

Et pas seulement la survie de la France ou d’une certaine idée de la France : la survie d’une certaine idée de l’Homme, et l’espoir que triomphe une certaine idée de sa dignité et de sa liberté.

Le non-dit erre

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Anne Bassi. © D.R.

Anne Bassi, après avoir été avocate pendant dix ans, dirige désormais une agence de stratégie de communication. Elle publie régulièrement des chroniques littéraires. Le silence des matriochkas est son premier roman. Propos recueillis par Gil Mihaely.


Causeur : Comme son nom l’indique, votre nouveau roman a pour sujet principal la transmission de mère en fille pendant quelques générations d’un silence, de non-dits.

Anne Bassi. C’est un roman sur la mémoire et les empreintes de ce qui a survécu et qui a été transmis. On sait aujourd’hui que ce qu’ont vécu les ascendants influence le comportement des descendants. C’est un aspect assez mystérieux de l’héritage. La transmission mémorielle est un axe de recherche privilégié de nombreux scientifiques qui expliquent qu’une blessure psychologique peut passer d’une génération à l’autre. Des témoignages étonnants ponctuent les avancées menées en neurologie et en épigénétique à ce sujet.

Dans le roman, la transmission se fait sur plusieurs générations, entre femmes d’une même lignée.  L’héroïne devine « elle ne sait quoi » mais n’ose pas provoquer les confidences de sa grand-mère. Elle vit ce silence comme une nécessité de cacher quelque chose. Les deux femmes partagent un secret sans le savoir. Elles sont liées par un double interdit : il est interdit de savoir et de ne pas savoir ; d’en parler et d’oublier. Elles ont tracé un cercle silencieux et une chape de plomb se referme sur elles. Ainsi, les mots jamais dits deviennent une réalité invisible entre elles. Elles deviennent prisonnières et geôlières de ce silence.

On veut bien admettre que nous portons en nous l’histoire de nos ancêtres et pas uniquement leur ADN mais concrètement, comment les récits non racontés passent-ils d’une génération à l’autre ?  Existe-il des façons de communiquer l’essence des vies vécues – manques, traumatismes – sans passer ni par les gènes ni pas les mots ?

Nous sommes tous inscrits dans une lignée familiale et l’origine de nos souffrances date parfois de temps lointains. Les non-dits deviennent des secrets qui deviennent nos fantômes, et d’une certaine manière, nos maîtres silencieux. Il me semble que ce qu’on ignore est tout aussi important que ce que l’on sait.

Les évènements qui constituent des traumatismes non digérés, insurmontables pour ceux qui les ont vécu, ne peuvent pas recevoir d’inscription verbale dans les mémoires familiales. Mais ils n’en sont pas pour autant exclus. Ils sont présents dans la vie psychique et relationnelle sous une forme affective et comportementale. Il en résulte des distorsions qui peuvent provoquer chez les descendants des attitudes émotionnelles ou des conduites dont le sens leur échappe et qui les contraignent à leur insu. Les blessures non écoutées et oubliées se transmettent de génération en génération à travers des comportements, des silences et des dates (décès précoces ou suicides successifs aux mêmes dates par exemple). Cela pose la question de la transmission de la mémoire généalogique. C’est le domaine des professionnels de la psycho-généalogie qui considèrent que la douleur corporelle est parfois la traduction d’une douleur psychologique. Les manifestations physiques de cet héritage mémoriel sont variées. Une question essentielle est posée : l’oubli par la mémoire entraîne-t-il de facto l’oubli par le corps ?

Pourquoi vous concentrez-vous sur les femmes (filles et mères) ? Peut-on trouver les mêmes phénomènes et les mêmes mécanismes chez les hommes ?

Les Matriochkas représentent pour moi une chaîne de femmes. Du ventre d’une femme dont sort une autre femme qui prolongera cette chaîne et toute petite-fille sait très tôt qu’elle deviendra un maillon de cette chaîne-là. Elles sont liées par ce qu’elles ont de plus intimes, l’unité duelle mère-fille. Les mères sont des relais, elles transmettent le passé et sa mémoire. C’est une lignée mystérieuse. Je m’interroge depuis longtemps sur la transmission entre femmes d’une même lignée. Une transmission spécifique existe-t-elle ? Cela reste une question ouverte. Pour ce roman, j’ai souhaité privilégier le thème de la transmission des secrets et des silences entre femmes à partir de personnages qui sont le fruit de mon imagination. Je ne cherche pas à en faire une théorie.

Les hommes transmettent le patronyme, même si la loi a très récemment évolué à ce sujet. C’est un acquis fondamental, de la lignée masculine, dans la construction de l’identité. Quoi de plus intime que les liens qui nous unissent à notre nom ? C’est une transmission si fondamentale, si structurante, qu’elle n’engendre peut-être pas le besoin de recherche complémentaire chez l’homme. On constate à quel point certains hommes sont affectés par la disparition d’un patronyme qu’ils souhaiteraient préserver. Dans cette hypothèse, les hommes sont-ils plus enclins et plus sensibles à une autre forme de transmission ?

Vous êtes à la fois une femme, une mère, une fille et une petite-fille, et votre roman est consacré à la transmission au sein de cette lignée. Aujourd’hui, quand certains exigent que seuls les noirs peuvent parler pour les noirs ou interpréter des noirs, pensez-vous que seule une femme puisse parler de la transmission intergénérationnelle entre femmes ? Faut-il être un mouton pour présenter le concours des bergers ?

C’est une question qui comporte une interrogation justifiée. Je ne crois pas qu’il faille être femme pour parler des femmes ; sinon les relations seraient cloisonnées, sans sentiment de fraternité, sans partage et sans compréhension réelle. Nous savons tous qu’on peut se sentir proche de quelqu’un d’apparemment très différent. Et combien de femmes ne comprennent rien aux femmes ! Ce livre ne s’adresse pas qu’aux femmes mais à tous ceux qui sont animés par un tourment mémoriel.

S’il est impossible d’échapper complètement à son passé, comment ne pas devenir son esclave ?  Dans votre roman, la quête aboutit à une réponse mais ce n’est pas toujours le cas. Peut-on regagner notre liberté sans apprivoiser les passés qui nous ont précédés ?

Sommes-nous moins libres que nous le croyons ? Les professionnels des thérapies basées sur le transgénérationnel et le génosociogramme indiquent que les individus peuvent reconquérir leur liberté en comprenant ce qui s’est passé dans la vie de leurs ascendants afin de vivre leur vie et non pas celle des parents, des grands-parents ou de ceux qu’ils remplacent à leur insu. Étant chacun le maillon d’une chaîne de génération, cela pose la question des « dettes » de nos aïeux et cela implique une réflexion sur nos origines et nos racines. Il faut accepter que notre identité n’a pas commencé avec nos propres parents mais qu’eux aussi sont le fruit d’un monde qui a commencé d’exister bien avant eux. Il convient de se situer dans une perspective transgénérationnelle. Le processus de transmission implique alors d’accepter également des phénomènes tels que les loyautés invisibles, les mythes familiaux, les syndromes d’anniversaire ou encore les enfants de remplacement, ce qui renvoie aussi à la notion d’inconscient familial. La vie d’un individu est donc conditionnée par les règles du système familial.

Pensez-vous que ces traumatismes peuvent être transmis en dehors de la lignée ?  Que des noirs ou des juifs peuvent se sentir porteurs des blessures qui n’ont pas été vécues par leurs propres ancêtres biologiques ?

Il me semble que ce type de transmission est encore source d’interrogations. Cela renvoie aussi à la notion d’inconscient collectif développée par Carl Jung.

Le silence des Matriochkas

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A lire, de grâce!

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Thibault de Montaigu photographié en 2010 © BALTEL/SIPA

Thibault de Montaigu saisi par la foi dans un livre pascalien


L’auteur de La Grâce, Thibault de Montaigu, veut écrire un livre-enquête sur Xavier Dupont de Ligonnès pour tenter de le retrouver et percer ainsi l’étrange énigme de sa disparition. Montaigu se retrouve dans un monastère et est touché par la foi.

Ce sybarite, lecteur de Georges Bataille très jeune, adepte des soirées de baise et de défonce parisiennes sous coke, tripatouilleur de chair, rejoint les grands brûlés du christianisme. La nuit pascalienne, ça fait peur. On se dit qu’il faut un style puissant et inspiré pour en rendre compte. Mais sa plume ne tremble pas. La distance est tenue, la densité ne faiblit pas. Son livre se dévore. Très vite.

Le personnage principal se prénomme Christian. Il est l’oncle de Thibault. Lui aussi a été touché par la grâce, mais il est allé plus loin dans le désir de vivre en harmonie avec sa foi. 

En finir avec l’autodestruction

C’était également un apôtre de la drogue et de la nuit, paumé déambulant sur le bitume de Paris, à la recherche de plaisirs charnels dans les jardins des Tuileries, à la recherche de jeunes corps virils. Montaigu raconte le temps où il ne faisait pas bon être homosexuel. Yves Navarre n’avait pas encore publié Le jardin d’acclimatation, prix Goncourt 1980, révélant que les fils de bourgeois, « tapettes » comme on leur balançait à la figure, allaient se faire lobotomiser sur ordre du père de famille. Christian connaît sa « nuit de l’âme. » Il se fait tabasser, son corps n’est plus que plaies, l’agresseur lui pisse sur le visage. C’est alors qu’il décide d’entrer dans les ordres. 

Il sera prêtre chez les franciscains. Montaigu reconnaît qu’il n’est pas capable de tout lâcher pour endosser la soutane. Il n’est pas l’abbé Donissan, même s’il éprouve les angoissants tourments du personnage de Bernanos. Christian a décidé d’être pauvre et de venir en aide aux plus déshérités. C’est une tâche exaltante, mais parfois le noir l’emporte sur la lumière. « Le plus dur dans la pauvreté, avoue son oncle, c’est la laideur. » 

La fille aînée de l’Église est orpheline

L’auteur brosse un portrait sans concession d’un pays déserté par la foi. Les églises se vident, les monastères sont hantés par des vieillards, les charognes gardent les grands cimetières sous la lune. La France, fille ainée de l’église, est orpheline. L’élan spirituel ne l’habite plus. La mystique s’est transformée en politique, pour reprendre la phrase de Péguy, en politique du renoncement. L’ignorance, le narcissisme et l’insignifiance ont remplacé les trois vertus théologales : la foi, la charité et l’espérance. On marche parmi les décombres, désarmés. « Les vrais croyants ont l’air de fous », notait déjà Julien Green.

Pourra-t-on inverser cette fatale tendance ? Montaigu écrit, à propos de frère Christian : « Et tant pis s’il ne parvient à presque rien, si l’on se fiche d’un pauvre prêtre comme lui qui représente une France du passé, une France qui empeste la soutane et le bœuf-carottes, quand les jeunes du coin claquent tout leur argent de poche dans des Nike et vont bouffer au McDo de la zone commerciale. »

Ce livre vous prend aux tripes, il est passionnant, éclairant oserais-je dire, car il permet de nous extraire du brouhaha consumériste horizontal. Mieux, il nous invite à plonger dans l’inconnu, dans son silence, dans le doute qui étreint. Comme l’a écrit Pascal : « Qu’on est heureux d’avoir cette lumière dans cette obscurité. »

Thibault de Montaigu, La grâce, Plon.

La grâce - Prix de Flore 2020

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De Washington à Bruxelles, l’extinction programmée de la démocratie

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Une femme pro-Trump brandissant une pancarte sur laquelle il est écrit : "Stoppez Biden, voleur d'élection!", en Californie, le 9 novembre 2020. ©Paul Bersebach/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22512303_000002

Le cocktail médiacratie-ploutocratie–fraude électorale est en passe d’avoir raison de la démocratie aux États-Unis. Un déni de démocratie que nous subissons également par le biais des initiatives de l’Union européenne…  Une tribune libre de Jérôme Rivière


Au milieu des années 90, Francis Fukuyama ne croyait pas si bien dire lorsqu’il prévoyait « la fin de la démocratie ». Ce qui se déroule actuellement devant nous, tant aux États-Unis que dans les sphères de l’Union européenne, en produit hélas un témoignage des plus convaincants. Comme l’a souligné avec justesse et talent Michel Onfray, il est logique que dans un tel système, ce soient les médias qui aient annoncé « l’élection » de Joe Biden. Alors que les décomptes n’étaient pas terminés et nombre de recours déjà déposés. Les médias, pointe la plus avancée du système car détenus par ceux qui en sont les principaux bénéficiaires et promoteurs, avaient décidé à l’avance de leur candidat.

Des fraudes massives?

Les États-Unis, à l’égal de la France du Second Empire, ont donc ressuscité la notion de candidat officiel. Un groupe de « grands patrons » américains vient même de tomber le masque, sommant Trump de quitter le pouvoir. Passant par pertes et profits les résultats économiques exceptionnels du président sortant, il est vrai, bien plus, au service des salariés et des PME que de Wall Street, qui aura quand même passé quatre bonnes dernières années…

Après l’oligarchie et la médiacratie, la ploutocratie y va également de sa chasse à la démocratie. Parmi ceux-ci, bien sûr, les prédateurs de la finance internationale, à commencer par l’emblématique président de JP Morgan.

À lire aussi, Nicolas Lévine : Marché de dupes

Passons dans un premier temps sur l’inégalité d’accès et l’impartialité avérée et habituelle des médias outre-Atlantique. Mais voir un président des États-Unis coupé en direct par deux chaînes de télévision à l’audience nationale majeure, telle que ABC et NBC, relève du jamais vu. Mais surtout, des fraudes massives, portant notamment sur les votes par correspondance, ont été relevées. Rappelons au passage aux contempteurs médiatiques de Donald Trump en France, que la législation française a mis fin à cette pratique dans notre pays à la fin des années 70 du fait des fraudes et abus qui étaient régulièrement constatés…

Un cocktail médiacratie-ploutocratie-fraude électorale

Comment expliquer la découverte subite d’un seul coup, dans l’État de Pennsylvanie, de 360 000 bulletins au seul nom du candidat démocrate ? Sinon à défier les lois de la probabilité énoncées par Pascal depuis trois siècles…

On notera au passage que l’actuel gouverneur de Pennsylvanie, l’homme d’affaires démocrate Tom Wolf, avait signé en octobre 2019, en prévision du scrutin à venir, une réforme électorale sans précédent, établissant notamment le vote postal généralisé et l’extension du délai d’inscription sur les listes électorales…

Peut-on rappeler qu’un principe démocratique de base doit prévaloir : on ne peut proclamer quiconque définitivement élu lorsqu’un recours au moins est pendant ? Et à plus forte raison lorsqu’il existe une multiplicité de recours, de surcroît dans un contexte de résultats des plus ténus. Peut-on rappeler que l’élection très contestée de George W. Bush, en 2000, n’avait été confirmée que le 13 décembre, soit la veille du vote des grands électeurs ? Le cocktail médiacratie-ploutocratie–fraude électorale est en passe d’avoir raison de la démocratie aux États-Unis, qui nous fut pourtant présentée, à la suite des écrits de Tocqueville, comme un modèle depuis un siècle et demi. Mais ce déni de démocratie, nous le subissons de plein fouet également, par le biais des initiatives de l’Union européenne.

Un Parlement européen absent

En effet, depuis le début de la crise de la Covid-19, le Parlement européen n’existe plus que de façon virtuelle. Et son président, accompagné par la grande majorité des groupes politiques, en a profité pour en réduire les prérogatives de façon significative. Jusqu’au point où on peut parler, ici aussi, d’un véritable déni de démocratie. Les rappels au règlement, souvent indispensables, en début de séance ? Prohibés. Les interpellations des orateurs, sous la forme des fameux « cartons bleus », les questions orales ? Oubliées. Le respect du siège du Parlement européen à Strasbourg, tel que mentionné dans les traités ? Passé par pertes et profits. Le principe élémentaire du vote personnel, physique et présentiel dans l’hémicycle ? Ramené aux calendes grecques.
Pourtant, les thèmes et les débats les plus brûlants ne manquent pas au sein de l’Union européenne à l’heure actuelle : les attaques terroristes islamistes toujours plus dramatiques, la mise en œuvre du très nocif pacte sur les migrations, le bellicisme et les provocations multiples du président turc…

Depuis 1215 et la Magna Carta de Jean Sans Terre, jamais nous n’avons, sur le continent européen assisté à un tel recul des prérogatives parlementaires.

À lire aussi, Jeremy Stubbs : Le trumpisme avait tout de même du bon

Des deux côtés de l’Atlantique, ces faits ne sont nullement autonomes l’un par rapport à l’autre. Ils participent d’une même et unique vision du mondialisme, des intérêts de la « super classe mondiale » (estimée par Samuel Huntington à 10 millions d’individus), d’une volonté avérée d’écrasement de la démocratie et des intérêts vitaux et intrinsèques des peuples et des nations. À Washington et à Bruxelles, une architecture infernale s’est mise en place. Pour meilleure preuve, comment ne pas évoquer les mots ultimes de Jean Monnet dans ses Mémoires, qui établissaient que la Communauté (européenne) n’était qu’une étape dans les « formes d’organisation du monde de demain » ?

Mais intérêts financiers, médiacrates, fraudeurs électoraux professionnels et eurocrates devraient pourtant se méfier des répliques des peuples, qui n’attendront pas que leur démocratie leur soit confisquée. Sous peine que les peuples s’expriment de façon encore plus forte, et plus seulement dans les urnes.

Pascal Bruckner et le mal blanc

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Pascal Bruckner. © HANNAH ASSOULINE

Avec Un coupable presque parfait, Pascal Bruckner nous invite dans ce « chaudron de sorcières » du XXIe siècle où on fabrique le monstre absolu : l’homme blanc hétérosexuel. Une cuillère de féminisme identitaire, une cuillère d’indigénisme et un bouc émissaire tout chaud est offert à la vindicte des victimes professionnelles. 


Le titre a des accents hitchcockiens, et l’essai, tout d’une haletante enquête policière. Dans l’ouvrage qu’il fait paraître aujourd’hui, Un coupable presque parfait : la construction du bouc émissaire blanc (Grasset), Pascal Bruckner se fait le fin limier de l’infiltration, en Occident et d’abord en France, de deux idéologies estampillées « made in USA », le féminisme identitaire, non seulement étranger, mais contraire au féminisme universaliste à la française, et l’indigénisme ou le décolonialisme, faisant de la couleur de peau et de l’appartenance raciale la base et le ciment des communautés humaines. Deux idéologies dont les haines et les luttes cristallisent autour d’une seule et même figure : l’homme blanc.  Bruckner veut comprendre. Comprendre comment nous en sommes arrivés là, là c’est-à-dire à « la prédominance du racial sur le social, de l’ethnique sur le politique, du minoritaire sur la norme, de la mémoire [et très exactement des mémoires] sur l’histoire ». Comment l’antiracisme et le féminisme ont pu se fourvoyer et se dévoyer pour ne plus consister que dans un combat mené contre l’homme blanc.

Le mâle blanc, ennemi à abattre

Bruckner nous fait ainsi pénétrer dans le laboratoire de fabrication de cette créature inédite et singulièrement maléfique : le mâle blanc hétérosexuel et plus maléfique encore, si tant est que cela soit possible, s’il a plus de 50 ans et s’il est juif – et c’est ainsi que Polanski a pu devenir l’incarnation même de l’homme à abattre, ou, à l’heure de la « cancel culture », à « annuler », à « effacer » de l’histoire du cinéma et des instances du septième art, comme au temps de Staline, on biffait des photographies officielles les personnalités tombées en disgrâce.

Le mâle blanc hétérosexuel est l’aimant qui attire à lui toute la limaille des idéologies ; il est la clef qui ouvre toutes les serrures. Il est au carrefour, à l’intersection de toutes les luttes, celles des féministes naturellement, des « diversités ethniques », des minorités sexuelles, des mouvements LGBT, mais non moins des écologistes, des végans, des animalistes. Car ces luttes ne racontent jamais qu’une seule et même histoire, celle de la domination masculine, toute la complexité du réel se résolvant dans l’antagonisme d’un bourreau, l’homme blanc, et de ses victimes aux visages multiples et infinis. Qui chasse ? Qui s’obstine à demeurer carnivore et se montre le plus rétif à se convertir au régime végan ? Qui conduit « sa bagnole et roule au diesel » ? Et de Greta Thunberg à Alice Coffin, en passant par Grégory Doucet ou Éric Piolle (les maires EELV respectivement des villes de Lyon et de Grenoble), c’est autour de cette créature infernale qu’est l’homme blanc que se fomentent les petits crimes, crimes symboliques pour le moment, mais jusqu’à quand, car, ainsi que le rappelle Pascal Bruckner, « il n’est pas d’exemples dans l’histoire d’un groupe ethnique ou culturel qui, désigné à la vindicte générale, ne finisse par être malmené ».

Manifestation à l'occasion de la Journée internationale des droits de la femme, Toulouse, 8 mars 2020. ©Frédéric Scheiber/ Hans Lucas/ AFPManifestation à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, Toulouse, 8 mars 2020. ©Frédéric Scheiber/ Hans Lucas/ AFP

L’imprégnation des esprits par la propagande néoféministe

Inspiré par Racine, Bruckner a intitulé un de ses chapitres « Vers l’Occident compliqué, avec des idées simples », mais c’est d’abord vers l’humaine condition dans son entier que ces idéologues s’avancent avec des idées simples. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, de la fine et subtile grammaire du désir féminin, qui ne se résout pas dans la claire alternative du oui et du non, mais où toutefois le oui est un oui, et non, comme le voudraient les néoféministes, un « peut-être » susceptible le lendemain ou des années plus tard d’être requalifié en viol – on saluera le courage de Bruckner de se risquer sur ce terrain éminemment glissant du « consentement ». Sous l’influence du féminisme américain, au pays de Colette, cette romancière dont Philip Roth disait que « pour un Américain, c’est l’acceptation du sexe » et une exaltation du « plaisir pris et donné » inconnue de la littérature américaine, une femme jamais ne se donnerait, toujours elle serait prise et malgré elle.

Ces idéologies sont bêtes et méchantes, on aimerait pouvoir les ignorer, les mépriser, ne pas leur consacrer une seconde de notre vie, mais elles sont prises au sérieux, très au sérieux, et font des adeptes dans les plus hautes sphères de la société. « Il serait présomptueux, écrivait Pascal Bruckner en 1994 dans La Tentation de l’innocence, de se croire immunisés pour toujours de la contagion américaine. » La France semblait en effet, de par son histoire, de par son entente de la vie, de par sa personnalité, mieux armée que toute autre nation pour faire barrage aux activistes du féminisme identitaire, de l’indigénisme et du décolonialisme. Mais en France, il n’est guère que contre Marine Le Pen et le RN qu’il convienne de faire barrage.

Et les citadelles tombent les unes après les autres. La logique identitaire a acquis en France une autorité et un crédit tout à fait exorbitants, dans les médias et jusque dans les universités et les grandes écoles où elle trouve audience et chaire[tooltips content= »Confrontés à cette montée en puissance, combien d’universitaires français se risquent à une réplique à la Coleman Silk, l’éminent professeur de lettres du roman de Philip Roth, La Tache, convoqué par la responsable du département de littérature après avoir été dénoncé par une étudiante et sommé de soumettre Euripide à une lecture identitaire: À de très rares exceptions près, nos étudiants sont d’une ignorance crasse qui donne une idée de l’infini, leur vie est un désert intellectuel. Offrir à ces lecteurs naïfs une optique féministe sur Euripide est l’un des plus sûrs moyens de leur fermer l’esprit.« ](1)[/tooltips]. L’histoire s’est singulièrement accélérée ces trois ou quatre dernières années. « Il ne faut jamais résister aux gens qui sont les plus forts. » De toute évidence, nos élites ont fait leur la devise du comte de Bréville dans Boule de suif. Et les forts aujourd’hui, ce sont les femmes, les Noirs, les musulmans, bref les minorités et la diversité.

Une rupture culturelle et civilisationnelle

Il faut mesurer à quel point parler la langue des identités, s’orienter selon les catégories du « genre », de la « race », de la « sexualité », réclamer la « visibilité » en tant que « femme », « Noir », « gay », « lesbienne », « trans », que sais-je encore, représente une rupture civilisationnelle pour la France. Sans doute tous les pays sont-ils affectés par ces offensives identitaires, mais la question prend un tour singulièrement brutal et cuisant dans un pays comme le nôtre, longtemps fier de son universalisme, c’est-à-dire de son indifférence aux différences, et de sa laïcité, qui est d’abord une exigence sinon d’invisibilité, du moins de discrétion, portée par la conscience vive de ce que les particularités peuvent être des brandons de discorde (leçon des guerres de religion du XVIe siècle). Ces deux idéaux, universalisme et laïcité, sont corrélés et sont ensemble sous-tendus par une certaine idée de l’homme. La France fait, a longtemps fait, en effet, c’est sa singularité et sa noblesse, le pari de la liberté humaine, elle postule en chacun la possibilité de faire un pas de côté par rapport à ses appartenances. La France ne prêche pas l’arrachement, mais elle éperonne la marche du cavalier, comme on dit au jeu d’échecs. Elle n’abandonne pas l’individu au vide identitaire, elle le rattache – et par là même l’agrandit et l’élargit – à cette réalité plus vaste qu’est la patrie, douée d’une personnalité propre, irréductible à la somme des parties. Aux indigénistes et aux décoloniaux, nous rappellerons le mot de l’historien Jacques Bainville : « Le peuple français […], c’est mieux qu’une race. C’est une nation. »

À lire aussi, Lydia Pouga: Les représentations raciales menacent l’idéal national français

 Nous étions fiers de cette exception française, mais aussi loués, admirés, aimés pour cette singularité que nous portions haut. Pascal Bruckner cite Joséphine Baker (qu’il ne dédaignerait pas de voir entrer au Panthéon) et le romancier James Baldwin, rendant l’un et l’autre hommage aux vertus émancipatrices de l’universalisme à la française. Si les jeunes générations se révèlent si poreuses aux idéologies diversitaires, si le féminisme identitaire trouve ses adeptes parmi les moins de 50 ans, c’est que voilà quatre décennies que nous ne cultivons plus cet idéal. Que nous n’en goûtons plus la saveur. Qui conçoit encore qu’il soit possible de vivre dans un monde où l’identité ne joue aucun rôle dans l’espace public et politique ? Les identités particulières séparent, l’identité nationale unit.

Un appel courageux à une prise de conscience de l’Occident

Si l’Occident est « désigné à l’opprobre alors que son rôle décline », c’est que « rien n’excite plus la rage qu’un homme à terre », explique Bruckner ; c’est aussi, doit-on ajouter, que ces mouvements identitaires sentent que le fruit est mûr, qu’il ne demande plus qu’à tomber et qu’ils n’auront plus, bientôt, qu’à le ramasser. Ils ont raison, sans mobilisation collective, il tombera.

Ce livre est un grand coup de pied dans la fourmilière. Un coupable presque parfait ne saurait en effet être lu comme un simple état des lieux désolé et désolant, une énième déploration de la France comme elle ne va pas, mais bien comme un énergique appel à nous réveiller, à recouvrer la raison et les raisons de nous estimer. Les avancées de ces idéologies sont sans doute fulgurantes, mais elles ne sont pas inexorables, veut croire Bruckner, et nous avec lui. Sa confiance procède de sa foi dans les ressources françaises. Si nous aspirons réellement à faire rentrer dans leur lit les identités, à triompher de cette tyrannie dissolvante et potentiellement meurtrière, servons-nous de la France, comme dirait Bernanos, servons-nous en l’occurrence de notre idéal universaliste à la française. Déjà en 2019, Bruckner déclarait dans Le Figaro : « Ce n’est pas le Royaume-Uni multiculturaliste ou l’Allemagne qui gagneront face aux islamistes, la France est seule capable de leur tenir tête en Europe » – et ce n’était pas péché de vanité hexagonale, mais conscience ardente des trésors que nous recelons. Confiance portée également par l’écart que l’essayiste observe entre une partie des élites communiant dans la détestation de l’Occident et manifestement travaillée par un « désir d’extinction », et les peuples – non le peuple, idole à laquelle Bruckner ne sacrifie guère, on a pu le vérifier lors du mouvement de Gilets jaunes – attachés à leur civilisation et mus par « un véhément désir de résurrection ».

Libérons nous du féminisme !

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Karabakh: après la guerre, la paix?

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Des Arméniens manifestent contre l'accord signé par leur Premier ministre Nikol Pachinian à Erevan le 12 novembre 2020 © Maksim Blinov/SPUTNIK/SIPA Numéro de reportage: 00990687_000028.

 


Après six semaines de combats, un accord de cessez-le-feu a été signé le 9 novembre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. L’analyse de Gil Mihaely


Contrairement aux précédents arrêts des combats, tout porte à croire que la guerre est finie cette fois-ci. La raison est simple : l’armée azerbaïdjanaise l’a remporté sur le champ de bataille. Au moment de la signature, la chute de la capitale de la région séparatiste et donc l’écroulement de la république auto proclamée du Haut Karabakh, n’était qu’une question des jours. Après avoir consulté les responsables militaires de son pays, Nikol Pachinian, le premier ministre arménien, n’avait plus le choix. Il a décidé de s’accrocher à la perche tendue par Vladimir Poutine, le parrain de l’accord, et sauver une partie du Haut Karabakh et sa capitale. Cette signature peut lui couter sa carrière politique voire sa vie. Elle couterait à Karabakh non seulement l’essentiel de son territoire mais aussi le contrôle de la principale route – Goris-Lachin-Stepenkart/Xankandi – la liant à l’Arménie. Autrement dit, désormais Bakou tient solidement l’enclave séparatiste à la gorge. Quelle que soit l’issue des négociations entre les deux belligérants, la République autoproclamée du haut Karabakh est condamnée à une mort politique, économique et sociale lente. Elle aura perdu plus des deux tiers de sa population pendant la guerre et il est difficile d’imaginer que les quelques dizaines de milliers d’Arméniens restés sur place pourraient avoir un quelconque avenir collectif dans ces conditions. Déjà avant la guerre il était très difficile d’empêcher les jeunes de partir. Qu’est ce qui les retiendra sur place dans les années à venir ?

Pachinian a provoqué son adversaire et irrité son allié russe

Nikol Pachinian s’est donc montré courageux et lucide en prenant une décision aussi horriblement douloureuse qu’inévitable : reconnaître la réalité des rapports de forces, arrêter les frais et essayer de sauver ce qui peut encore être sauvé. Malheureusement, Pachinian s’est rarement montré perspicace pendant ses trente mois au pouvoir. Il a mal évalué sa marge de manœuvre face à Moscou. Il a sous-évalué l’armée azerbaïdjanaise et l’élite politique de son adversaire. Il n’a pas compris que la supériorité militaire arménienne de 1994 n’existait plus. Ainsi il n’a pas réalisé qu’une chose seulement empêchait l’Azerbaïdjan de reprendre par la force le Haut Karabakh et les sept régions qui l’entourent : un feu rouge de Poutine. Pachinian pensait que, comme en avril 2016, Moscou allait imposer un arrêt des combats au bout de quelques jours, qu’il avait une police d’assurance vie russe toujours en cours de validité. Pire, il n’a eu de cesse d’irriter celui-là même qui était supposé le défendre. Et pour ne rien arranger, il a poussé les Azerbaïdjanais à bout, notamment avec sa déclaration « le Karabakh est l’Arménie » : qui peut espérer entamer une négociation si l’objet même de la négociation n’est pas négociable ?        

Digérer une défaite est probablement l’une des épreuves les plus difficiles dans la vie d’une nation. Ironie de l’histoire, l’Azerbaïdjan en est le parfait exemple. En 1994, récemment élu, le deuxième président de l’Azerbaïdjan Haydar Aliyev a dû faire face à la défaite militaire, à la perte de 20% du territoire national et à l’arrivée d’un million de personnes déplacées. Sa réponse a été le développement du potentiel économique et humain de son pays. Cependant, dans le cas de l’Arménie on peut craindre non seulement une instabilité intérieure mais aussi des réactions venant des éléments non contrôlés par Erevan.  Car il faut savoir qu’il existe au moins trois Arménies : celle d’Erevan, celle de Haut Karabakh et celle des diasporas, notamment en France et aux États-Unis. Or, si Erevan pourrait devenir un interlocuteur et un partenaire pour un accord définitif avec Bakou, les Arméniens du Karabakh et certains cercles de la diaspora risquent de s’engager dans un combat désespéré et peut-être même, comme jadis les Palestiniens, du terrorisme. Le passé récent démontre que ce scenario n’est pas fantaisiste. 

Le rôle des Français

Géopolitiquement, au-delà des deux belligérants, cette guerre a une grande gagnante – la Russie – et une grande perdante – la France. La Russie a habilement laissé l’Azerbaïdjan résoudre pour elle le problème Pachinian tout en renforçant sa position à Erevan (plus que jamais dépendant d’elle) et à Bakou, reconnaissant pour le feu vert et plus que jamais conscient des rapports de forces dans la région. Quant à la France, elle a choisi d’abandonner son rôle d’arbitre neutre que lui conférait la co-présidence du feu groupe de Minsk et de tourner le dos à ses propres principes. Dans ce conflit, l’Arménie est la puissance occupante selon la loi internationale et l’ONU, deux institutions pourtant chères à nos diplomates qui ne jurent que par le multilatéralisme… Ce que nous avons lu et entendu chez nous ces dernières semaines sur ce « pays musulman qui massacre des chrétiens » est tout simplement hallucinant ! La triste réalité est que nous avons dilapidé en quelques semaines un important capital de sympathie et de bonne volonté. Au pays où Joe Dassin est une star, où la capitale s’enorgueillit d’un quartier inspiré de l’architecture haussmannienne, d’une école et d’une université françaises, il faudra attendre longtemps avant d’entendre un chauffeur chanter à midi ou à minuit, il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Élysées en reconnaissant l’origine de son passager… 

Cependant, justement parce qu’un grand nombre de ses citoyens sont d’origine arménienne, la France pourrait jouer un rôle dans les mois et années à venir: ramener tout le monde à la raison. Car si les armes se sont tues, ce n’est pas encore la paix stable et durable. Soutenir une paix fondée sur la justice et appuyée sur le développement humain et économique du Sud Caucase est le souhait de Bakou et l’intérêt d’Erevan. Cela devrait être la mission de la France.

L’association L214 financée par le lobby de la viande artificielle

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Un burger B12 à base de viande artificielle, vendu par l'entreprise britannique Moving Mountains. ©Stewart News/Shuttersto/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40618704_000002

Si l’association L214 publie la répartition de ses ressources via son site internet, les militants radicaux de la cause animale restent cependant bien silencieux sur les objectifs cachés de ses donateurs, et notamment ceux de l’Open Philanthropy Project. 


Lors de la « guerre de la langouste » dans les années 1960 entre la France et le Brésil, le général de Gaulle y voyait le bras long des Américains et déclarait : « Cette guerre de la langouste, c’est encore une histoire d’Américains ». Bis repetita avec la viande cellulaire ?

L’association de défense des animaux L214 est accusée d’être financée par des entreprises travaillant à la création de viande cellulaire. Le sujet n’est pas nouveau, mais une fois n’est pas coutume, France Inter s’est penchée sur cette affaire. Pourtant habituée à multiplier les articles dithyrambiques sur les vaches sacrées de l’époque et à relayer la propagande de l’association, France Inter a, semble-t-il, dérogé aux règles de la bien-pensance.

À lire aussi, Martin Pimentel: Plus de tigres à Fort Boyard, Félindra bientôt au chômage

Ce matin, dans L’enquête de Secrets d’info (chronique diffusée le vendredi 13/11 à 7h15), Maxime Fayolle a pointé du doigt le financement de l’association en rappelant que « plus de 90% proviennent des adhérents via les dons, les cotisations ou encore la boutique en ligne de l’ONG », avant d’ajouter : « 8% de ce budget viennent d’un gros fonds d’une fondation américaine, l’Open Philanthropy Project, qui lui a signé un chèque d’un peu plus d’un million d’euros en 2017 ». À travers ce financement, cette fondation américaine, créée notamment par Dustin Moskovitz, cofondateur de Facebook et généreux donateur de la campagne présidentielle d’Hillary Clinton en 2016, chercherait à déstabiliser notre agriculture et nos éleveurs pour mieux s’emparer du marché de l’alimentation de demain, à savoir celui de la viande artificielle à partir de cellules-souches. Un marché largement financé par les géants technologiques américains et soutenu par la NASA.

À lire aussi, Christian Harbulot : Derrière la défense des animaux, le marché de la viande artificielle

L214, dont les révélations sur la cruauté de certains abattoirs trouvent grâce aux yeux d’Alain Finkielkraut, peut légitimement être considérée comme la marionnette des géants américains. L’enfer est pavé de bonnes intentions…

« Ceux de 14 », un monument littéraire

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L'écrivain Maurice Genevoix (1890-1980) © Photo ANDERSEN ULF/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30061904_000001.

Maurice Genevoix est entré au Panthéon. Et avec lui, tous «Ceux de 14». Il faut lire ou relire cette œuvre magistrale.


Par ciel clair, on entend vibrer, en haut du Panthéon, les couleurs du drapeau français. Sur le fronton du Panthéon : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». C’est dans ce haut lieu de la mémoire qu’est entré, ce 11 novembre 2020, au pas lent de la garde républicaine, un sous-lieutenant de 24 ans, normalien brillant, parti le 2 août 1914, de Châlons-sur Marne, à la tête du 106 ème régiment d’infanterie, blessé à la Tranchée de Calonne, invalide de guerre, écrivain et Académicien : Maurice Genevoix. Et, avec lui sont entrés « tous ceux de 14 ». Ainsi s’achève le cycle du centenaire de la Grande Guerre qu’Emmanuel Macron a voulu clore « d’une manière digne et marquante » par l’entrée, au Panthéon, d’un « écrivain français, à l’âme française. » On connaissait l’écrivain de la Loire et de la nature, d’Alice et les garçons, de Raboliot et du Chat Rrou. Dans cette nuit transfigurée, on découvre un écrivain d’une ampleur inouïe. Ceux de 14, c’est cinq récits de guerre (dont Sous Verdun et les Eparges) écrits entre 1916 et 1923, retravaillés en 1949. Ce récit épique, écrit d’une écriture minutieuse et lumineuse, à partir de notes prises sur le vif rend compte de la violence inouïe de la guerre sur le front de la Meuse, de la fraternité des hommes, de la tendresse humaine. Grâce à ce livre, on connaît, sur le vif, la vie des tranchées, on entend « miauler les obus » (Apollinaire) mais l’on sent aussi la fraîcheur d’un matin sous le pas des soldats, la chaleur d’un lit dans un village, on sent l’odeur de la terre sous la neige,  on voit éclore les premiers crocus, et ces grands ciels où giclent les obus, ces têtes qui éclaboussent de leur sang les étoiles. C’est un livre énorme, sidérant, foisonnant d’événements, de personnages, impossible à lâcher, une fois ouvert, où le temps se contracte et se dilate au gré des événements. « Ce que nous avons vécu, aucun homme n’aurait pu le vivre. Pourtant, nous l’avons vécu » écrit Genevoix. Et encore : « Il faut qu’on sache, on ignore la vérité brutale. » « Tout dire, et qu’on n’en parle plus » écrira Céline, dans un autre registre, à la fin de Voyage au bout de la nuit, que Genevoix avait lu de très près.

Un livre qui a déplu à Gide

La Muse épique, Calliope, est fille de Mémoire. Qui, plus que Maurice Genevoix, eut cette mémoire, et l’amour qu’elle suppose ? Surtout, ne rien oublier, des événements et des êtres. Ceux de 14, dans la force singulière et plurielle du pronom démonstratif qui les désigne, à nous, vivants, ce sont les Poilus tendrement aimés par le sous-lieutenant qui les arrache à l’oubli. C’est le soldat Sicot dont « les yeux éteints montrent la certitude et la peine de mourir. » C’est ce soldat qui, paralysé, sur le point de mourir, désigne, par un regard, à Genevoix, la mort qui le guette s’il ne se déplace pas. C’est aussi ce cheval blanc qui, « agonisant, soulève lentement la tête et nous regarde passer. »

A lire aussi, Daoud Boughezala: Jünger, héros d’un autre temps

André Gide n’aimait pas « les romans de guerre » : il ne vit pas le génie de Genevoix, trop style ancien combattant. « Orages d’acier » d’Ernst Jünger, en revanche, fut, pour l’auteur des Caves du Vatican, une révélation. Cest donc un lecteur franco-américain, au nom étrange, qui vit le génie de Maurice Genevoix : Jean Norton Cru. Norton Cru qui n’aimait pas les romans cocardiers et menteurs qui commençaient à faire florès, trouva en Genevoix la vérité des faits (lui-même avait participé à la guerre du côté français) ainsi qu’un art du récit singulier. Il vit que ce récit d’un jeune homme de 24 ans, était le monument de notre époque. Par un hasard du sort, Ernst Junger et Genevoix se trouvèrent face à face aux Eparges et furent blessés le même jour. Bernard Maris, le gendre de Genevoix, qui les réunira dans un récit, écrit : « Genevoix aime les hommes même s’il aime parfois la guerre, Jünger aime la guerre même s’il pleure parfois les hommes. »

Une entrée dans la vie d’une violence inouïe

Ce jour de commémoration du 11 novembre 2020, c’est au peintre allemand Anselme Kriefer et au musicien Pascal Dusapin qu’avait été confiée la confection de six grandes vitrines— pour accueillir des vestiges de cette guerre —ainsi que la tâche de « faire chanter les pierres dans un sentiment doux et affectueux pour honorer la mémoire de Ceux de 14 ». Dans la première partie de cette œuvre inspirée, des voix chantent des textes en latin, tirés de l’Ecclésiaste et de Virgile. Dans l’autre partie, sont énumérés les noms des milliers de morts pour la France lus par des comédiens. Musique qui fait écho à la litanie de pierre des monuments aux morts de nos villages. Idée originale, en tout cas, que de faire dialoguer, en ce lieu, l’Histoire et l’imaginaire contemporain.

La président Macron devant le cercueil de Maurice Genevoix au Panthéon, le 11 novembre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22512709_000040.
La président Macron devant le cercueil de Maurice Genevoix au Panthéon, le 11 novembre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22512709_000040.

Que notre mémoire ne soit pas oublieuse, une fois la nouveauté passée. Ce n’est pas tout de faire entrer, au Panthéon, l’auteur de Ceux de 14. Encore faut-il lire cette œuvre magistrale, rééditée chez Flammarion, en 2013, précédée d’une belle préface de l’écrivain Michel Bernard. Le même Michel Bernard  qui a écrit un beau livre « Pour Genevoix » rappelant, si besoin était, que Maurice Genevoix, qui laisse une œuvre romanesque immense, fut un amoureux de la littérature et de notre langue. Elu à l’Académie en 1946, dont il fut le secrétaire perpétuel, il servit la francophonie partout dans le monde.

Pour lui comme pour tous les écrivains — les plus grands, et qu’ils sont nombreux !— la grande guerre fut une entrée dans la vie d’une violence inouïe. Au soir de sa vie, pourtant, Maurice Genevoix qui avait côtoyé la mort de près, revisite son passé déchiré dans un livre magnifique : « La mort de près ». Miracle, là encore, de la mémoire. La « contracture à l’âme » causée par la mort de son ami Porchon, tué aux Eparges, à qui est dédié le chapitre « Sous Verdun » est devenue le regard apaisé de celui qui a vu la mort en face à laquelle est promis tout homme.

Amoureux de la Loire, Maurice Genevoix aimait aussi l’Espagne. Il mourut, le 8 septembre 1980, à Javéa, en lisant un Arsène Lupin.

Ceux de 14: Les Éparges

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Olrik: quand la fiction retrouve le XXe siècle

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Image Conflits

Passionné de bande dessinée et notamment de Blake et Mortimer, Hubert Védrine nous conduit, avec son fils Laurent, à la poursuite d’Olrik, le méchant insaisissable des aventures de Jacobs…


Et si Olrik avait réellement existé et entretenu une conversation épistolaire avec Jacobs, sa vie réelle se mêlant aux aventures des deux héros britanniques? Les auteurs Hubert et Laurent Védrine ont remonté les traces laissées par celui-ci pour proposer cette biographie qui est autant une traversée du XXe siècle qu’une découverte de la BD.

Tous les créateurs s’inspirent de faits et de personnages réels et la bande dessinée n’échappe pas à l’affaire. Hergé a des inspirations multiples pour Tintin, tout comme Goscinny et Uderzo avec Astérix. Mais chez le Belge Edgar Jacobs, le mystère demeurait quant aux sources d’inspiration du personnage du colonel Olrik, aventurier sans scrupule que l’on retrouve sans cesse en train de servir la cause des pires dictateurs. Du Secret de l’Espadon au Cri du Moloch, Olrik est partout, pourchassant Blake et Mortimer et échouant toujours dans ses tentatives de domination.

Rencontre entre Olrik et Jacobs

La thèse des deux auteurs est qu’Olrik a réellement existé. Il a rencontré Jacobs par hasard au théâtre royal de la Monnaie en janvier 1938. Les deux hommes ont un peu discuté et ne se sont guère revus par la suite. Mais Olrik n’a cessé d’envoyer des cartes postales à Jacobs : des photos des villes et des pays où il œuvrait, accompagnées d’un mot très bref. La dernière carte date de 1987 et fut envoyée de Roumanie. Olrik est né en Estonie, d’un père déjà âgé, le baron Cristof von Balk. Il a connu les aventures et les peines de l’Europe de l’Est : les guerres, les invasions, les découpages de frontières, les dictatures. C’est un aristocrate apatride qui conjugue les rêves des chevaliers teutoniques à la crapulerie des arsouilles.

A lire aussi, Basile de Koch: Thé et sympathie

L’enquête sur Olrik nous fait traverser le XXe siècle. Les auteurs retrouvent sa trace en pointillés. Il est à Hong Kong, trafiquant avec les mafias, puis agent à la solde des Soviétiques, et même agent double, travaillant aussi pour les Américains. On le retrouve ainsi à Cuba et en Floride puis en Californie, dans le milieu du cinéma, où il laisse une fille. Enfin, il termine sa course en Roumanie, auprès de Ceausescu, avant que sa trace ne se perde sans que l’on sache quand il décède. Il a tenté quelques coups en Suisse, en France et au Luxembourg, trainé avec la pègre, les mafias et les autocrates. C’est une espèce de samouraï qui aurait réussi en évitant de s’enfermer dans le cercle rouge.

De Basam Dandu à Ceausescu

Olrik a beau servir des causes peu défendables, il conserve des côtés attachants. Dans ses échecs, dans ses…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Olrik, la biographie non autorisée

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« Ils ne passeront pas », disaient-ils…

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Dispositif de sécurité devant la basilique Notre-Dame de l'Assomption de Nice pour la messe de la Toussaint, le 1er novembre 2020. ©SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 00988958_000047

Il est urgent de revoir notre paradigme sécuritaire, alors qu’aucun service spécialisé ne peut vraiment faire face devant ce « terrorisme du couteau ». 


En 1940, l’armée française disposait de moyens assez comparables à ceux de l’Allemagne. En 1932, dans Le Fil de l’épée, le général de Gaulle avait couché par écrit une doctrine d’emploi des forces blindées. En janvier 1940, il préconisait de combiner l’emploi des chars et de l’aviation. Ces doctrines eussent été précieuses pour ce conflit. Elle le furent, mais pour les Allemands, qui les baptisèrent « blitzkrieg » ; car l’état-major français s’en était désintéressé : depuis 1918, il avait jugé plus utile de préparer une nouvelle guerre de 14 en édifiant la ligne Maginot.

C’est à peu près où en est l’État français aujourd’hui face à la menace terroriste. On a renforcé les services de renseignement intérieurs après janvier 2015, alors que l’islamisme de masse n’était plus surveillé depuis 2008, la seule recherche se faisant sur une base individuelle par le fameux « big data », le même qui prévoyait des centaines de milliers de morts de la Covid-19 en France au printemps dernier. Dans un cas comme dans l’autre, on en a vu le résultat.

Les forces d’intervention françaises sont avant tout des « professionnels »

On a acheté des cagoules et des rangers à la tonne pour équiper des forces d’intervention qui s’entraînent d’arrache-pied pour le jour où on aura besoin d’eux pour casser des portes sur ordre, ou faire tomber un nouvel immeuble à force de rafales et de tirs de 12,7mm. Encore faut-il que quelqu’un trouve ces portes et ces immeubles, et donne à ces braves gens – qui se sont récemment dotés d’un béret fantaisiste pour tenter de lier leur image aux troupes d’assaut spécialisées (ça doit faire hurler de rire les commandos Marine et le 1er RPIMA) – de quoi faire le trajet jusqu’à leur objectif. Quand on part de Bièvre, par exemple, il y a forcément des délais de route.

Les médias se complaisent à appeler tout ce beau monde des « policiers d’élite ». Il semble bien plus prudent de simplement les qualifier de « professionnels ». Ils ont une mission spécialisée qu’ils remplissent, selon l’expression consacrée, « à la pleine satisfaction de leur hiérarchie ». Et il existe d’autres professionnels, bien plus nombreux et bien moins considérés : gendarmes et policiers patrouillent au quotidien sur la voie publique pour protéger le peuple français, intervenant indifféremment sur un différend familial comme sur un vol à main armé, une cible sur la poitrine car porteurs d’un uniforme haï par les voyous comme par les antirépublicains, qu’ils soient de La France insoumise (LFI) ou de Daesh ; intervenant aussi, et ils sont souvent les premiers, sur les actes terroristes.

Un « terrorisme du couteau » largement imprévisible

Et c’est bien pour cela que tout comme il aurait dû le faire en 1940 en matière de doctrine militaire, il faudrait que l’État change d’urgence de paradigme sécuritaire face à la criminalité de droit commun comme pour contrer le nouveau terrorisme. En effet, le renseignement ne peut stratégiquement rien contre le terrorisme tel qu’il s’est régénéré depuis le premier attentat de Nice, lorsqu’un islamiste a fini par être abattu par des policiers non spécialisés, mais eux aussi professionnels, après avoir broyé une foule d’innocents avec le camion qu’il conduisait. Des policiers, dont certains ne dorment toujours pas, hantés par les images de ce carnage, mais qui tous les jours reprennent leur service, tel ce policier municipal niçois qui est intervenu sur le massacre de l’Église de Nice. Un policier pleure aussi, de rage, de chagrin, d’horreur. Puis il revient, lorsqu’il le peut encore.

À lire aussi, Nicolas Lévine : France: plutôt la dhimmitude que la guerre?

Devant ce terrorisme du couteau, ce terrorisme de la brute, aucun service spécialisé ne peut faire vraiment face. Il serait déloyal de le lui demander. Le renseignement fonctionne sur le temps long, et ses membres sont incapables d’interventions opérationnelles d’urgence. Quant aux unités d’intervention dépendant du RAID ou du GIGN, leurs délais de projection, sauf hasard heureux, en font des intervenants sur des situations déjà figées.

La riposte face au terrorisme du « coin de la rue »

Vu la masse de gens potentiellement dangereux, l’étendue du territoire et la nature primitive d’attaques qui ne demandent aucun réseau de soutien, les premiers défenseurs de la population ordinaire – qui, tous les jours, parcourt les rues de France et vaque à ses occupations – sont donc les policiers et les gendarmes en charge de la sécurité sur la voie publique. Rappelons-nous d’ailleurs que ce fut déjà le cas lors des attentats de Paris, au cours desquels les soldats de Vigipirate refusèrent de prêter leurs fusils d’assaut aux policiers primo-intervenants de la BAC, qui durent donner l’assaut avec de simples pistolets de service face à des armes automatiques. Si depuis on a doté d’armes longues une partie (seulement) de ces équipages, on a en revanche pas ou peu augmenté le nombre de policiers qui les composent.

Une patrouille de Police lors de la célébration de la messe de la Toussaint, autour de la Basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice, le 1er novembre 2020. ©SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 00988958_000044
Une patrouille de Police lors de la célébration de la messe de la Toussaint, autour de la Basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, le 1er novembre 2020. ©SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 00988958_000044

Or, ce sont bien eux qui, lors de la plupart des attentats, ont été primo-intervenants, quand ce n’était pas une patrouille de police municipale comme dans l’église de Nice (le RAID n’a fait que venir se greffer à la fin pour avoir son nom sur la photo, et justifier, si l’on peut dire, son existence…). Quand dehors, on porte un uniforme, qu’on a le sens du service et qu’on est requis en urgence, on marche vers le danger, et parfois vers la mort. Il est du devoir de l’État de veiller à ce que ce genre de combat soit gagné aussi souvent que possible. Mais même cet engagement a ses limites. Comme on vient de le voir, le terrorisme du coin de la rue est un phénomène auquel on ne pourra riposter, la plupart du temps, qu’en temps réel, par des unités de voie publique. Mais même eux ont des délais d’intervention qui, sauf lorsque par chance une patrouille est à proximité, ne permettront jamais de limiter les tueries aux premiers instants de leurs commissions.

Chaque seconde, une nouvelle victime peut tomber sous un simple couteau, jusqu’à ce que l’auteur soit abattu. Dans les grandes villes, la concentration urbaine est telle que quelle que soit la rapidité d’intervention de la Police, les victimes s’enchaîneront. En zone rurale, les personnes les plus éloignées des brigades territoriales de Gendarmerie seront assassinées sans espoir de secours.

Un changement de paradigme sécuritaire nécessaire

Le paradigme sécuritaire doit changer. Il faut repenser l’armement défensif de la population, en imaginant un contingent de supplétifs formés, comme cela se fait en Israël, où les vigiles devant les écoles sont armés pour se préparer aux plus atroces attaques terroristes possibles, en particulier celles visant des enfants. Tout policier ou gendarme à la retraite doit pouvoir conserver son arme sous conditions d’entraînement (ou mieux, utiliser une arme régulièrement autorisée pour le tir sportif, ce qui coûterait moins cher à l’État). Tout militaire d’active (d’unités de combat et validé par leur hiérarchie) doit pouvoir être armé hors cantonnement. Cela ferait déjà des dizaines de milliers de personnes supplémentaires, servant ou ayant servi le pays, entraînées, et disposant des connaissances juridiques nécessaires sur la légitime défense, qui pourraient assurer la défense immédiate contre les actions individuelles engageant juste un armement primitif, qui promettent d’être les plus terrorisantes pour la population dans les années qui viennent.

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Et au-delà, il faut se rappeler que l’armement du peuple français fut une conquête de la révolution qui s’est perpétuée jusqu’à l’entre-deux-guerres, non seulement par la chasse, mais aussi par la nécessité de défense de la population isolée : tout paysan avait, jusque dans les années 30, un pistolet chargé dans sa table de nuit, acheté chez Manufrance, pour se protéger des « chauffeurs ».

Certes, on peut hésiter devant les risques à armer la population. Je ne le préconise d’ailleurs pas forcément. Mais les « oui mais » doivent changer de camp : le premier « oui mais » à prendre en compte est celui-ci « oui mais on ne peut pas laisser mourir des innocents sans rien faire, sachant que les mesures actuelles ne suffisent pas. »

Ne poussons pas le Peuple à décider, un jour, de se défendre lui-même. La tache sur l’Histoire du pays serait sanglante.

Le fil de l'épée

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