Problématique et contestable, la viande artificielle prétend se substituer à la viande. En attendant le grand soir vegan, ses fabricants appuient le lobby animaliste.


Manger de la viande qui n’en est pas, consommer des produits dérivés des animaux sans tuer : la promesse végane relève du pari faustien. Ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « viande propre » – « clean meat » en anglais – masque, par les mots, des procédés que les associations telles que L214, CIWF, 269 LIFE se gardent bien de révéler.

Abattre une vache enceinte

Commençons en préambule par la préparation de « viande » artificielle. Censée un jour, dans l’imaginaire vegan, se substituer à la viande naturelle, sa fabrication implique des procédés qu’aucun discours ne peut décemment justifier. Elle repose sur l’emploi de sérum fœtal bovin, dont l’extraction soulève une problématique double, à la fois éthique et scientifique. Venons-en directement aux faits : le processus d’extraction de sérum implique l’abattage d’une vache enceinte d’au moins trois mois. Une fois la mère abattue, le fœtus est prélevé vivant par éviscération. Afin d’éviter la contamination du sérum récolté, le cœur du fœtus est directement ponctionné, sans anesthésie, exposant possiblement le veau ainsi avorté à la douleur, la souffrance. Le liquide prélevé, dépouillé des cellules rouges, plaquettes et agents coagulants, est ensuite placé dans des incubateurs de cellules souches. Ces dernières sont la base de la fabrication de la viande moléculaire.

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Pourtant, à en croire la dernière étude de la Fondation pour l’innovation politique sur le sujet, le discours vegan séduit une part croissante de la jeunesse française. Il a habilement placé le sujet de la consommation de viande et tout ce qui y est supposé lié – réchauffement climatique, exploitation économique – sur le plan moral. Selon les mots de l’activiste George Monbiot, le véganisme n’est-il pas « la seule réponse éthique à ce qui est probablement le problème de justice sociale le plus urgent au monde » ? Bien que leur auteur se soit rétracté par la suite, les mots ont été lâchés et font florès auprès des cellules militantes actives pour justifier les actes les plus choquants. Boucheries aspergées de sang, intimidations verbales et physiques allant jusqu’aux destructions par des incendies criminels, la nouvelle morale végane cherche à interdire tout débat intellectuel libre par la violence organisée.

La guerre cognitive est déclarée

Tous les moyens sont bons : mobilisation d’études scientifiques contestables, et contestées, sur la dangerosité sanitaire de la consommation viande, chiffres farfelus sur l’empreinte carbone de la production carnée, avantages supposés pour l’industrie céréalière de suppression de la filière viande…  A l’heure de la post-vérité, la guerre cognitive actuellement menée ne recule devant aucun mensonge ni approximation. Il faut dire que les enjeux économiques et financiers sont colossaux, et l’audace de fanatiques dont font preuve L214 et consorts n’est pas gratuite.

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En 2018 en effet, l’association L214 a reçu la modique somme d’un million d’euros de la part de l’organisation américaine Open Philanthropy Project. Qu’avons-nous à y redire ? Il n’y a a priori rien d’anormal, en démocratie, à ce que l’argent soit employé pour la défense de nobles causes. Mais, là encore, la séduction par le discours s’opère par une manœuvre purement sémantique. L’agenda « innocent » que laisse supposer le nom d’ « Open Philanthropy » compte, en réalité, parmi ses initiateurs, le nom de Dustin Moskovitz, co-fondateur de Facebook. L’association est, de plus, loin d’être la seule actrice de la partie qui se joue. Une myriade de start-ups et entreprises agroalimentaires se préparent aujourd’hui à la conquête du marché alimentaire français : Menphis meats, Impossible foods, Beyond meat, Tyson foods… Toutes ces start-ups sont soutenues à différents niveaux par les Bill Gates, les Warren Buffet, les Michael Bloomberg.

Défendre une viande française de qualité

Pour les personnes conscientes des guerres économiques et financières à l’œuvre dans le cadre de la mondialisation, ces informations ne sont pas une surprise. La conquête des esprits précède celle des portefeuilles. Et ce sont aujourd’hui notre secteur agroalimentaire et un certain art de vivre à la française qui sont dans le viseur des acteurs de la Sillicon Valley.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’opposer, de manière manichéenne et simpliste, l’insensibilité à la souffrance animale à la destruction planifiée de la filière viande par des forces économiques aux intérêts bien calculés. Nombre d’actions doivent être menées pour défendre une production française de qualité respectueuse de la vie animale. Renforcement des contrôles dans les abattoirs, lutte contre les « fermes des mille vaches » : la France, pays à forte tradition agricole, a les ressources pour défendre son modèle de production particulier, ses savoir-faire pluriséculaires aujourd’hui attaqués. Chaque Français doit prendre conscience que le patrimoine animalier et territorial de la France est un trésor à chérir, préserver et défendre. Une autre morale est opposable à celle du fanatisme allié aux grands intérêts : celle de la décence commune, appuyée sur des considérations raisonnables qui permettent de chercher les solutions viables aux grands problèmes de notre temps. Pour reprendre les mots d’Emmanuel Levinas, il nous appartient de faire du monde un séjour humain. Il y a aujourd’hui urgence à répondre coup sur coup à l’assaut mené contre nos traditions culinaires, notre économie et notre patrimoine agricole. Il est grand temps de nous réveiller !

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