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Les années 30!

Non les musulmans de 2020 ne sont pas les juifs des années 30

Les années 30!
Berlin, 1945, un banc public mentionnant 'Nicht fur Juden', relique du régime nazi 1933-1945 © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage : 51099123_000001.

Une rhétorique victimaire tente de faire le lien entre le sort des juifs pendant les années 30 et celui des musulmans en 2020. Mais cette comparaison ne tient pas. 


Il est devenu très à la mode de dire que les musulmans d’aujourd’hui seraient les Juifs des années trente. Victimes d’une islamophobie comparable à ce que fut l’antisémitisme, accusés à tort de former une sorte de grand complot similaire à ce dont on accusa les Juifs dans la lignée du célèbre faux du « Protocole des Sages de Sion. » Bien sûr, cette comparaison ne tient pas et pire : elle empêche de prendre conscience d’une autre comparaison, peut-être plus pertinente. Rappelons donc quelques vérités très simples.

Les juifs étaient visés en tant que peuple, pas pour leurs convictions religieuses

D’abord, l’antisémitisme des années trente s’en prenait majoritairement aux Juifs en raison de leur judéité, et non de leur judaïsme. Sa haine s’étendait à des personnes issues de familles juives, mais elles-mêmes non-juives au sens de la conviction religieuse: athées, agnostiques, ou convertis à d’autres religions. Ainsi, les sinistres lois de Nuremberg qui considéraient comme juive toute personne ayant au moins trois grands-parents juifs, peu importent les convictions religieuses de la personne en question. À l’inverse, l’actuelle critique de l’islam porte sur l’adhésion à un corpus idéologique, et non sur des origines: la meilleure preuve en est que parmi les personnes accusées « d’islamophobie » on trouve massivement des défenseurs des apostats de l’islam, ainsi que des musulmans humanistes et réformateurs de l’islam.

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Ensuite, contrairement aux juifs frappés par ces lois de Nuremberg ou des variantes de ce que fut la loi Armbruster, les musulmans bénéficient dans tout le monde occidental de l’intégralité des droits civiques du pays dont ils sont citoyens. Les seules situations où l’on pourrait considérer qu’ils en sont privés, c’est lorsqu’ils sont soumis à des tribunaux de la charia. Lorsqu’au nom de la tolérance et de la lutte contre l’islamophobie certains pays ont laissé l’islam empêcher les musulmans, et surtout les musulmanes, de faire valoir certains droits. Notons au passage qu’un grand nombre de pays musulmans, en revanche, limitent les droits civiques des non-musulmans…

Enfin, cette comparaison est on ne peut plus injurieuse envers nos concitoyens juifs. Combien d’attentats tuaient sur notre sol au nom du judaïsme pendant les années trente? Aucun. Combien de Français obligés de vivre sous protection policière permanente, contraints de fuir leur domicile, parce que menacés de mort au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’appels à violer et assassiner des adolescentes accusées de blasphème, au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’institutions juives refusaient de reconnaître l’autorité de la constitution, à l’image de l’actuel CFCM qui refuse la liberté de conscience en refusant le droit à l’apostasie? Aucune. Combien de pays dans le monde condamnaient à mort l’apostasie, l’athéisme, le blasphème ou l’homosexualité au nom du judaïsme? Aucun. Combien d’organisations juives étaient-elles porteuses d’un projet totalitaire comparable à celui des Frères Musulmans? Aucune: le Protocole des Sages de Sion était un faux, mais les Frères Musulmans et la prédication de Sayyid Qutb sont bien réels. Combien d’équivalents juifs d’Al Qaïda, de l’État Islamique, de Boko Haram, du Milli Gorüs, du Tabligh, de la dictature des Mollahs qui étouffe l’Iran ou de l’islamo-nationalisme d’Erdogan ? Aucun (on ne saurait mettre la Haganah ou l’Irgoun sur le même plan que Boko Haram et ses enlèvements et viols de masse, ou les exactions systématiques des armées d’Erdogan contre les Kurdes). Aucun pendant les années trente, et aucun aujourd’hui.

N’oublions pas en revanche qu’en 1946, Hassan al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans, jamais désavoué depuis par ses héritiers, accueillait en grande pompe Amin al-Husseini, ancien Grand Mufti de Jérusalem et soutien très actif de l’horreur nazie. Et Hassan al-Banna déclarait: « La valeur du mufti est égale à celle d’une nation entière. Ce héros, oui, ce héros qui a défié un empire et combattu le sionisme avec l’aide de Hitler et de l’Allemagne. L’Allemagne et Hitler ne sont plus, mais Amin al-Husseini poursuivra le combat. »

Si l’on veut bien se donner la peine de regarder la réalité en face, c’est une autre comparaison qui devrait peut-être s’imposer

Les musulmans d’aujourd’hui ne sont pas les juifs des années trente. S’il faut absolument faire une comparaison, ce seraient plutôt les Allemands, tous n’étaient pas nazis. La plupart n’étaient pas des monstres. Il y a eu parmi eux des résistants, et des héros. Il y a eu la Rose Blanche, il y a eu Oskar Schindler, il y a eu Claus von Stauffenberg. Et pourtant. Tout comme les élections dans le monde musulman portent régulièrement au pouvoir des partis islamistes, les foules acclamaient le Führer. Tout comme aujourd’hui, le silence de la majorité silencieuse fut, quelles qu’aient été les intentions des individus, quelles qu’aient été leurs raisons pour se taire, un silence complice. Et c’est l’Allemagne en tant que telle, malgré les résistants et les héros, qui fut l’outil d’un totalitarisme immonde. Aux musulmans de choisir si l’islam doit être l’outil de l’islam théocratique, ou non. L’Ordre Noir ou la Rose Blanche.

À nous de choisir entre Chamberlain et Churchill, Laval et Jean Moulin.

Devant ce choix, nos autres désaccords et divisions ne peuvent que s’effacer. Si l’hydre triomphe, elle détruira la République et la France, et tous ceux qui ne deviendront pas ses esclaves.

« Qui donc sait encore ce qu’il fallut d’acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour-de-Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison ; ce qu’il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien préfet radical chassé par Vichy, pour exiger d’accueillir dans le combat commun tel rescapé de la Cagoule ! » rappelait André Malraux, disant l’incroyable travail de Jean Moulin, « ce laïc passionné (qui) avait rétabli sa liaison par radio avec Londres dans le grenier d’un presbytère. » Alors comme aujourd’hui, « attribuer peu d’importance aux opinions dites politiques lorsque la nation est en péril de mort (….) c’était certainement proclamer la survie de la France. »

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Et pas seulement la survie de la France ou d’une certaine idée de la France : la survie d’une certaine idée de l’Homme, et l’espoir que triomphe une certaine idée de sa dignité et de sa liberté.


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