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A lire, de grâce!

A lire, de grâce!
Thibault de Montaigu photographié en 2010 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage : 00604884_000032.

Thibault de Montaigu saisi par la foi dans un livre pascalien


L’auteur de La Grâce, Thibault de Montaigu, veut écrire un livre-enquête sur Xavier Dupont de Ligonnès pour tenter de le retrouver et percer ainsi l’étrange énigme de sa disparition. Montaigu se retrouve dans un monastère et est touché par la foi.

Ce sybarite, lecteur de Georges Bataille très jeune, adepte des soirées de baise et de défonce parisiennes sous coke, tripatouilleur de chair, rejoint les grands brûlés du christianisme. La nuit pascalienne, ça fait peur. On se dit qu’il faut un style puissant et inspiré pour en rendre compte. Mais sa plume ne tremble pas. La distance est tenue, la densité ne faiblit pas. Son livre se dévore. Très vite.

Le personnage principal se prénomme Christian. Il est l’oncle de Thibault. Lui aussi a été touché par la grâce, mais il est allé plus loin dans le désir de vivre en harmonie avec sa foi. 

En finir avec l’autodestruction

C’était également un apôtre de la drogue et de la nuit, paumé déambulant sur le bitume de Paris, à la recherche de plaisirs charnels dans les jardins des Tuileries, à la recherche de jeunes corps virils. Montaigu raconte le temps où il ne faisait pas bon être homosexuel. Yves Navarre n’avait pas encore publié Le jardin d’acclimatation, prix Goncourt 1980, révélant que les fils de bourgeois, « tapettes » comme on leur balançait à la figure, allaient se faire lobotomiser sur ordre du père de famille. Christian connaît sa « nuit de l’âme. » Il se fait tabasser, son corps n’est plus que plaies, l’agresseur lui pisse sur le visage. C’est alors qu’il décide d’entrer dans les ordres. 

Il sera prêtre chez les franciscains. Montaigu reconnaît qu’il n’est pas capable de tout lâcher pour endosser la soutane. Il n’est pas l’abbé Donissan, même s’il éprouve les angoissants tourments du personnage de Bernanos. Christian a décidé d’être pauvre et de venir en aide aux plus déshérités. C’est une tâche exaltante, mais parfois le noir l’emporte sur la lumière. « Le plus dur dans la pauvreté, avoue son oncle, c’est la laideur. » 

La fille aînée de l’Église est orpheline

L’auteur brosse un portrait sans concession d’un pays déserté par la foi. Les églises se vident, les monastères sont hantés par des vieillards, les charognes gardent les grands cimetières sous la lune. La France, fille ainée de l’église, est orpheline. L’élan spirituel ne l’habite plus. La mystique s’est transformée en politique, pour reprendre la phrase de Péguy, en politique du renoncement. L’ignorance, le narcissisme et l’insignifiance ont remplacé les trois vertus théologales : la foi, la charité et l’espérance. On marche parmi les décombres, désarmés. « Les vrais croyants ont l’air de fous », notait déjà Julien Green.

Pourra-t-on inverser cette fatale tendance ? Montaigu écrit, à propos de frère Christian : « Et tant pis s’il ne parvient à presque rien, si l’on se fiche d’un pauvre prêtre comme lui qui représente une France du passé, une France qui empeste la soutane et le bœuf-carottes, quand les jeunes du coin claquent tout leur argent de poche dans des Nike et vont bouffer au McDo de la zone commerciale. »

Ce livre vous prend aux tripes, il est passionnant, éclairant oserais-je dire, car il permet de nous extraire du brouhaha consumériste horizontal. Mieux, il nous invite à plonger dans l’inconnu, dans son silence, dans le doute qui étreint. Comme l’a écrit Pascal : « Qu’on est heureux d’avoir cette lumière dans cette obscurité. »

Thibault de Montaigu, La grâce, Plon.

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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