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La taxe GAFA est-elle utile à la France ?

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Depuis bientôt trois quinquennats, nos dirigeants proclament « à la ville et au monde » leur volonté farouche d’imposer l’économie du numérique et les profits de ses grandes entreprises. Moins que « l’économie du numérique », ce sont surtout les grandes plateformes numériques étrangères qui sont visées – de manière générique les « GAFA » (pour Google, Apple, Facebook, Amazon) ; elles restent dans cette nouvelle économie la pierre d’achoppement du déclenchement d’une obligation fiscale.


Fidèle à sa tradition séculaire de créativité, le Parlement français a adopté, en juillet 2019, une loi créant une « taxe sur certains services fournis par les grandes entreprises du secteur numérique », dite taxe GAFA. Formellement à l’initiative de l’Union européenne en 2018 – mais véritablement soufflée par Bercy –, les pays de l’Union ont suspendu le projet en mars 2019 en raison de l’opposition, par ailleurs prévisible, de l’Irlande notamment. La France a alors décidé de faire cavalier seul, ce qui lui a permis de collecter quelque 350 millions d’euros la même année 2019. Ceci avant une « trêve » conditionnant la non-perception de ces ressources à la réussite des négociations visant à une réforme globale de la fiscalité internationale dans le cadre de l’OCDE : Paris gelait le recouvrement de sa taxe et Washington s’abstenait de sanctions. Mais cette négociation ayant échoué en octobre 2020, la version française de la taxe GAFA a donc été recouvrée, en partie, en décembre dernier.

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Techniquement, cette taxe est un prélèvement, au taux de 3 %, sur la somme des produits (le chiffre d’affaires) perçus en contrepartie de la fourniture des services, effectués en France, de ventes de données à des fins publicitaires, de mise en ligne de publicités ciblées, ainsi que de l’activité de plate-forme d’intermédiation, principalement de Marketplace. Seules les grandes entreprises du numérique sont concernées, celles réalisant 750 millions d’euros de services numériques taxables au niveau mondial et 25 millions d’euros de services numériques taxables au niveau français. Soit une trentaine d’entreprises, dont environ la moitié est américaine et une seule française.

Un système fiscal inadapté

Ce projet parait, a priori, séduisant : l’imposition des bénéfices des entreprises visées reste bien inférieure à celle des entreprises ne relevant pas de ce marché. Pour les économistes les plus pessimistes, il suffit de leur rappeler que les acteurs du numérique supportent 14 points d’impôts de moins sur leurs bénéfices que les entreprises ayant « un modèle d’affaires traditionnel européen » : 9,5% contre 23,2% d’après Pierre Moscovici alors commissaire européenOn rappellera aussi, selon un rapport du Sénat, que la société Google a supporté une imposition de 6,7 millions d’euros d’impôt sur les sociétés en France en 2015 et 17 millions d’euros en 2018. La société Airbnb, dont Paris est la première destination mondiale, a quant à elle payé 92 944 euros d’impôt sur les sociétés en France en 2016 ; la modicité de ces sommes évoque plutôt le montant d’impôt sur les sociétés d’une PME. La raison de cette situation est simple, face à l’économie du numérique, l’ordonnancement fiscal montre sa désuétude : l’impôt sur les sociétés et les autres « grands » impôts sont inadaptés à ces nouveaux modèles d’affaires. Le décalage entre, d’une part, le modèle économique des facteurs de productions de richesses ayant un caractère immatériel et, d’autre part, les critères juridiques de qualification de l’obligation fiscale qui nécessitent une tangibilité, crée une volatilité de l’assiette taxable. Les critères juridiques de qualification, tant internes qu’internationaux, ne sont donc pas adaptés à ces « passagers clandestins » du monde fiscal.

Site d'Amazon à Saran, près d'Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020
Site d’Amazon à Saran, près d’Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020

La France a donc décidé de les modifier. Puisqu’elle ne pouvait intervenir unilatéralement que sur ses critères juridiques nationaux, elle a cru bon de créer une nouvelle taxe, palliative du défaut des impôts préexistants. Cette nouvelle taxe est astucieuse puisqu’elle ne tombe pas sous les fourches caudines des plus de 120 conventions bilatérales signées par la France, susceptible d’y faire échec, les taxes sur le chiffre d’affaires se trouvant hors de leurs champs d’application. Là est la plus grande ingéniosité, elle permet d’assujettir des entreprises étrangères, réalisant un chiffre d’affaires en France (grâce au marché français), sans l’accord des États concernés.

En réalité, tout cela est un trompe-l’œil… Qui ne trompe personne.

La taxe est supportée par les consommateurs, pas par les entreprises

Il s’agit là d’un cas d’école de la théorie économique de l’incidence fiscale.

L’analyse de la répartition de la charge effective de l’impôt entre les différents agents économiques montre que les assujettis pourront répercuter le coût de la taxe directement ou indirectement sur les consommateurs, compte tenu de leur position de marché. Les entreprises concernées l’ont d’ailleurs annoncé : elles feront supporter la taxe sur les consommateurs français. Amazon France a, par exemple, décidé d’augmenter de 3% les frais de vente sur son site ; Apple et Google ont également annoncé une hausse des prix de leurs services.

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L’analyse économique montre aussi que cette mesure introduira des distorsions de marchés. Il est à craindre que ce nouveau prélèvement pénalise in fine les entreprises françaises du numérique, la société Criteo par exemple. Le facteur exogène étant une charge supplémentaire défavorisant les acteurs français payant déjà lourdement de l’impôt en France, quand les autres n’en paient pas ou peu… La taxe GAFA est donc une épine dans le pied des sociétés françaises, elle restreint leur…

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Université de la Réunion: pas d’historienne blanche pour la traite des Noirs


Virginie Chaillou-Atrous, historienne de France métropolitaine, a été élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion en 2016. C’était sans compter sur les militants racialistes locaux qui ont empêché sa nomination…


Faut-il être innocent dans sa chair(e) pour en occuper une ? En juin 2016, Virginie Chaillou-Atrous était élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion. L’élection de l’enseignante-chercheuse, issue de la faculté de Nantes, a provoqué la colère d’associations et de médias locaux. « Ce n’est pas de n’importe quelle ville, mais de Nantes, port négrier, que l’on veut réécrire l’histoire de l’esclavage, à La Réunion ! » écrivait un journaliste insulaire. Un metteur en scène dénonçait « un outrage, un crachat à la figure » visant à « priver un peuple du droit d’écrire sa propre histoire ». Sur les réseaux sociaux, on parle très tranquillement de « zorey » (« métropolitain »), c’est-à-dire de « Blanche. » Saisi, le tribunal administratif avait finalement relevé quelques irrégularités (pourtant très courantes) dans la procédure de recrutement pour l’annuler. La justice pratique-t-elle une forme endimanchée de la vengeance mémorielle ? Elle aurait peine à trouver dans les statuts de l’Université française – métropolitaine ou ultramarine – une quelconque notion de préférence régionale justifiant sa décision.

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L’universitaire se défend de tout lien avec la traite négrière…

À défaut de son poste, l’universitaire a voulu défendre son honneur et a porté plainte au pénal pour les diffamations, injures et provocations à la discrimination qui ont marqué la campagne menée contre elle. Elle se défend de tout lien – y compris familiaux – avec la traite négrière. « On l’a appelée “la Nantaise” alors qu’elle est Vendéenne », précisait son avocate. Qu’elle vienne d’une région martyre n’a pas éveillé de compassion ou de solidarité sur l’île. Le 3 septembre, le tribunal a prononcé une relaxe générale à l’endroit de ceux qui l’avaient insultée.

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Quand j’étais giscardien


Un seul jour à retenir ce moi-ci : le 2 décembre, date de la mort de VGE. Toute une époque ! Mes premiers souvenirs de nègre, avant Pasqua. Chez les giscardiens, j’ai côtoyé des poids lourds comme Barre, Ponia, Simone Veil… et même Chuck Berry ; mais ça, peu de gens le savent.


Premiers pas dans la négritude

En 94 ans, je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer personnellement le président Valéry Giscard d’Estaing, et aux dernières nouvelles ça ne risque pas de s’arranger.

Pourtant, sans qu’il le sache, j’ai puissamment contribué aux dernières années de son règne, jusqu’à la chute finale de mai 81.

Tout a commencé à la rentrée 1977, lorsque j’ai été embauché comme nègre à l’« Association pour la démocratie ». Sous ce nom ridicule se cachait plus modestement une officine giscardienne chargée d’alimenter les candidats UDF aux législatives de 1978 en discours types, argumentaires et autres « idées ».

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Outre ce travail quotidien, voire répétitif, voire chiant, mes fonctions m’ont heureusement permis de vivre quelques épisodes autrement plus glimougnants. Je fus ainsi chargé, parfois, figurez-vous, d’écrire personnellement des projets de discours personnalisés pour des vedettes du mouvement. À commencer par Simone Veil, mais bon, qu’est-ce que tu veux que je te raconte ? Je l’ai à peine entrevue, et je ne suis pas romancier. Seule certitude : son discours n’avait aucun rapport avec mon projet, sauf erreur ou omission.

Chuck & Ray alive in Paris!

Mon meilleur souvenir, sans hésiter : Raymond Barre. Pas seulement parce qu’il était Premier ministre, et à ce titre leader naturel de la campagne, mais surtout parce que j’ai bien ri. Rien que le thème du meeting m’avait ravi : « Raymond Barre s’adresse aux jeunes ».

Il m’est échu, sans doute parce que j’avais les cheveux longs, de préparer cette adresse à la jeunesse. Restait le plus difficile : trouver des vrais jeunes disposés à venir écouter Raymond Barre.

Heureusement, les communicants de Matignon avaient tout prévu. Ils s’en doutaient, pour remplir le Palais des sports entre deux « Holiday on Ice », les jeunes giscardiens du Triangle d’or ne suffiraient pas. Dans toutes les grandes villes de France, des cars gratuits furent donc mis à disposition des volontaires, auxquels on promettait en outre deux repas chauds et une visite de la capitale.

Mais surtout les Séguéla de l’autre rive, conscients qu’on n’attrape pas les jeunes avec du Raymond, eurent la bonne idée d’ajouter à l’affiche… Chuck Berry en personne. Résultat : plus de 5 000 réservations ! Un triomphe – légèrement salopé, hélas, par les caprices du Premier ministre, qui exigea de faire son numéro après Chuck « Crazy Legs » Berry.

Basile de Koch Photo: Hannah Assouline
Basile de Koch Photo: Hannah Assouline

La fête à Raymond

Ce qui devait arriver arriva. Dès la fin du concert, la salle se vida aux deux tiers. Ne restaient plus, pour entendre Barre, que des militants à T-shirt, des sympathisants en loden et quelques curieux.

Encore l’orateur trouva-t-il le moyen de se faire huer copieusement en improvisant un panégyrique du service militaire, avec des arguments du genre : « Ça fera de vous des hommes ! »

Face au hourvari, au lieu de changer de sujet, le bonhomme s’entêta jusqu’à conclure sous les lazzis par l’incontournable : « Ça restera le meilleur souvenir de votre vie ! »

Entre-temps, j’étais allé discrètement toucher ma petite prime en liquide. Dans les coulisses m’attendait un bar VIP encore désert où, durant la catastrophe, j’ai pu glisser dans un ample cache-poussière prévu à cet effet un assortiment d’alcools de qualité.

Bref, une soirée réussie pour Chuck et moi.

Ponia, son chien, son œuvre

C’est grâce à mes amis les Associés pour la démocratie que j’ai été recruté par Michel Poniatowski pour un projet de livre intitulé L’avenir n’est écrit nulle part.

En guise d’entretien d’embauche, j’ai droit à un déjeuner en tête-à-tête avec le ministre à son domicile neuilléen.

« J’ai prévu un repas froid pour plus de tranquillité, si vous n’y voyez pas d’inconvénient… » me dit en rosissant le redoutable Ponia, plus intimidé que moi… Quand soudain, en plein apéro, d’étranges bruits parviennent d’une pièce attenante.

« C’est vous, Ulysse ? » interroge mon hôte. Sans réponse, il rosit de plus belle et me prie de bien vouloir l’excuser un instant. J’imagine déjà un Nestor en gilet rayé s’affairant en cuisine – quand j’entends Ponia s’exclamer : « Mais enfin Ulysse, vous savez bien que ce poisson n’est pas pour vous ! »

Quoi ! Le maître d’hôtel mangerait dans les plats ?? Mais non ! Revoilà mon hôte, accompagné d’un gros chien dont j’ai oublié la marque. Le prince voussoie son chien ! Va falloir s’adapter.

À part ça, excellent déjeuner. Le bar entier poché sauce gribiche, ou genre, est succulent, sans arêtes ni poils. Quant au programme, il est copieux. Le ministre, tout juste libéré de ses fonctions, souhaite asseoir sa réputation intellectuelle avec une somme dessinant, à la lumière des sciences, de l’histoire et de la géopolitique, les contours du « monde nouveau » qui s’annonce. Rien de moins.

L’ensemble devrait comporter une trentaine de chapitres, dont trois ou quatre particulièrement délicats qu’il se réserve, me prévient-il. Pas de problème ! 25 chapitres, ça me suffit amplement.

D’emblée, Ponia tient à me rassurer : pour chacun d’entre eux, sa secrétaire me fournira un feuillet de directives renvoyant à cinq ou six livres joints. Bref, toute la documentation nécessaire. À parution, je n’en goûterai que plus l’ironie de ses remerciements « à M. Bruno Tellenne, documentaliste ».

Mais bon, il aurait très bien pu ne pas me citer du tout. Et moi, je suis fier quand même d’avoir participé à l’écriture de l’avenir, même « nulle part ».

La défaite en bâfrant

Après les législatives, dissolution de l’AD. Dans la perspective de la présidentielle de 1981, me voilà muté au Parti républicain, aile giscardienne pur porc de l’UDF.

Peu d’anecdotes heuristiques sur cette période. À vrai dire, le souvenir le plus saillant reste le dernier : le 10 mai. En cette soirée de deuil électoral, comme prévu, les somptueux buffets dressés au QG de campagne giscardien, à l’UDF et même au PR, sont quasiment déserts. Quant aux Jeunes giscardiens présents, la gorge serrée, ils n’ont guère le goût de ripailler. On se réconforte, les filles sanglotent, les garçons pleurent tout bas. Certains songent même tout haut à quitter le pays ; d’autres parlent déjà d’organiser la « résistance ».

À lire aussi: Basile de Koch: « Sénèque était un jean-foutre! » 

Du coup, les videurs se montrent moins regardants sur les badges. La presse est là ! Il faut faire nombre, et si possible bonne figure. Dans ce contexte, la bande à Jalons est la bienvenue.

À nous donc verrines et chiffonnades, langoustines et Saint-Jacques petits fours et mignardises, le tout arrosé de champagne et de bons crus. Et tout ça, trois fois de suite…

Après quoi, repus et convenablement éméchés, les meilleurs d’entre nous décident de prendre un peu l’air en improvisant, au hasard des rues, une manif aux cris de « On a perdu ! » en brandissant des posters de VGE.

Mini-manif, gros succès en matière d’insultes de tous bords. Un régal de nonsense ! Comme pot de départ de chez les giscardiens, je ne pouvais rêver mieux.

Après, je suis devenu pasquiste.

L'Avenir n'est écrit nulle part

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De parfaits seconds


L’adaptation de Cécile est morte de Maurice Tourneur mérite le détour, surtout pour l’indéniable qualité de sa distribution.


D’accord, Albert Préjean n’est pas le meilleur des Maigret de Simenon à l’écran, Gabin l’emportant largement sur tous les autres. Cette adaptation de Cécile est morte mérite cependant le détour. Produit par la Continentale, écrit par Jean-Paul Le Chanois et sorti sur les écrans en 1944, le film vaut surtout par l’indéniable qualité de sa distribution. On y profite de la fine fleur des seconds rôles du cinéma français de l’époque : Gabriello, Jean Brochard, Yves Deniaud, Charles Blavette, sans oublier Germaine Kerjean et Lucie Fabiole, la concierge qui termine chacune de ses phrases ou presque par un savoureux « Sauf votre respect ». On se fiche un peu de l’intrigue, ici maltraitée, pour s’en tenir à l’impayable galerie de portraits, allant d’une tante abominable à un joli trio de souteneurs adeptes de la bonne gestion de leurs affaires, en passant par un notaire de province plus vrai que nature. On nous promet pour la fin d’année un Maigret incarné (enfin ?…) par Depardieu, le film de Tourneur en serait alors un amuse-bouche parfait.

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"Cécile est morte" en Blu-ray.©Gaumont
« Cécile est morte » en Blu-ray.©Gaumont

À lire aussi, Jean Chauvet: Au revoir les jeunes

La France se dote d’un ronflant Conseil national de l’hydrogène

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Le gouvernement vient de créer un Conseil national de l’hydrogène qui illustre son revirement spectaculaire sur cette forme d’énergie. Ce Conseil est parrainé par pas moins de quatre ministères et le Conseil national de l’industrie. Il associe également Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Même s’il a toutes les apparences d’un énième comité Théodule dont nos administrations ont le secret, il faut espérer que ce Conseil contribue utilement à créer une filière d’hydrogène vert ou décarboné. Il s’agit aujourd’hui du seul carburant de substitution à l’essence, au gaz naturel et au diesel dans de nombreux domaines d’activité.


Avec le zèle du nouveau converti, le gouvernement français affiche aujourd’hui ses grandes ambitions dans l’hydrogène. Il vient ainsi le 11 janvier de doter le pays d’un Conseil national de l’hydrogène. Quel virage! Jusqu’au début de l’année, les pouvoirs publics étaient hostiles ou au mieux indifférents à l’hydrogène. La PPE, la fameuse Programmation pluriannuelle de l’énergie, rendue publique en avril dernier pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, fait à peine allusion à l’hydrogène. Au début de l’année 2020, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France (RTE) avait même commis un rapport qui était un enterrement de première classe de l’hydrogène. Ce rapport a aujourd’hui, quelle surprise, disparu du site de RTE…

À lire aussi, Nicolas Granié: Les éoliennes nous pompent l’air

Le modèle allemand

Car quand l’Allemagne a décidé en juin 2020 d’investir 9 milliards d’euros dans l’hydrogène vert et a affirmé vouloir devenir le numéro un mondial de cette énergie, la France a soudain changé d’avis. Deux mois plus tard, le gouvernement annonçait mettre 7 milliards d’argent public pour développer cette forme d’énergie. L’Union Européenne est aussi tombée sous le charme. Ainsi, 23 États-membres ont signé le 17 décembre 2020 un manifeste pour le développement d’une chaîne de valeur de l’hydrogène.

On ne peut sur le principe que se féliciter de la création d’un Conseil de l’hydrogène. Même si son rôle est loin d’être clair et si de nombreuses questions techniques et économiques sont loin d’être résolues sur cette forme d’énergie. Mais l’hydrogène décarboné est aujourd’hui le meilleur moyen de stocker de l’électricité renouvelable et le seul vrai carburant de substitution à l’essence, au diesel et au gaz naturel dans de nombreux domaines d’activité. Cela est tout particulièrement le cas dans les transports sur longue distance, les transports lourds, la production de chaleur et l’industrie.

Cela dit, le Conseil national de l’hydrogène, présenté conjointement lundi 11 janvier par les ministères de l’Economie, de la Transition écologique, de la Recherche et de l’industrie, a toutes les apparences d’une machinerie administrative à la française. Il se réunira dans les prochaines semaines dans le cadre du Conseil national de l’industrie et associera Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Sa mission, explique le gouvernement, sera de «structurer les échanges entre l’Etat et les parties prenantes, en particulier les filières industrielles, et mesurer le bon déroulement des actions prévues pour identifier, le cas échéant, les éventuels freins». Mais de quel pouvoir disposera-t-il pour lever «les éventuels freins»?

Objectifs politiques contradictoires et rivalités industrielles

Il va aussi devoir concilier les objectifs souvent contradictoires et les rivalités des quatre ministères impliqués et les intérêts franchement divergents de groupes industriels concurrents y figurant, d’EDF à Engie en passant par l’Air Liquide, Total ou le CEA. Si le Conseil parvient à prendre des décisions et à obtenir qu’elles soient appliquées, cela tiendra du miracle.

À lire aussi, Gérard Petit: Quand Aquilon en appelle à Jupiter

On voit d’ores et déjà apparaître les conflits potentiels. Le ministère de la Transition écologique vient juste il y a quelques jours d’ouvrir une consultation sur son projet d’ordonnance relative à l’hydrogène. L’article 52 de la loi énergie-climat de 2019 prévoyait que le Gouvernement définisse les règles du soutien accordé à cette forme d’énergie via une traçabilité de l’hydrogène. Il s’agit de bien distinguer l’hydrogène issu des renouvelables, l’hydrogène bas-carbone et l’hydrogène provenant des énergies fossiles. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a pourtant mis en garde le ministère de la Transition écologique sur la mise en place d’un processus administratif d’une grande complexité avant même qu’une filière d’hydrogène vert ait commencé à exister…

La France a l’intention d’investir 7 milliards d’euros d’ici 2030 (dont 2 milliards d’ici 2022 dans le cadre du plan de relance) pour créer de toutes pièces cette…

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Pour en finir avec les partageux et le revenu universel


Si le revenu universel est une bonne idée, il est absolument impossible de le mettre en place aujourd’hui dans une France surendettée. À moins de mettre en place des impôts délirants et spoliateurs…


Le revenu universel n’a jamais été autant à la mode depuis l’échec de Benoît Hamon aux présidentielles. Avant d’aller plus loin, je précise que je n’ai rien contre le revenu universel, que verser à chaque Français un filet de sécurité mensuel serait une excellente idée si ce dispositif était économiquement soutenable. Malheureusement, en 2020, comme je vais m’efforcer de le démontrer, le revenu universel est impossible à financer, sauf à spolier les retraités ou à instaurer une dictature économique de type socialiste. Donnons d’abord quelques chiffres. Le montant des recettes du budget de la France est de 300 milliards d’euros et ses dépenses, en 2021, seront de 434 milliards. Nous ne couvrons donc que 70% de nos dépenses et comme les drogués sont prisonniers de leur accoutumance délétère, nous sommes dépendants des emprunts. Notre dette dépassant 114 % de notre PIB, il est miraculeux que des investisseurs prêtent encore à un État en faillite. Nous devons cette faveur à la politique ultra accommodante de la Banque européenne, mais celle-ci ne va pas durer éternellement et bientôt la fin de la récréation sera sifflée. Si la transition ne se passe pas bien, ce qui est probable, nous serons alors obligés de présenter un budget dégageant un solde primaire (positif avant remboursement des emprunts). La France sera alors contrainte de couper une centaine de milliards dans ses dépenses. Devrons-nous comme la Grèce diminuer de 30% les retraites ? Ou sabrer en partie ou en totalité le RSA et la prime d’activité? Sans doute. En tout cas, il serait impossible en 2021 d’instaurer le revenu universel sans augmenter les impôts. L’argent magique n’existe malheureusement pas comme certains ont tendance à le croire depuis le début de l’année 2020.

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Il faudrait ruiner le pays pour assurer le revenu universel

Dans sa forme la plus généreuse, les partisans du revenu universel proposent que le minimum mensuel soit situé autour de 1000€, seuil de pauvreté. C’est ce que suggèrent entre autres les présidents socialistes des conseils généraux. Les détails de leur projet manquent et on ne peut chiffrer précisément la mesure proposée, mais donner 435€ de plus par mois aux 2 millions de personnes au RSA, 1000€ aux jeunes entre 18 et 25 ans et verser en moyenne 300€ aux 6 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté reviendrait au minimum à dépenser 80 milliards d’euros de plus. Il faudrait soit doubler l’impôt sur le revenu, soit confisquer les retraites au-dessus de 1500€ par mois, comme le proposaient certains économistes proches de Benoît Hamon.

Toutes ces solutions sont évidemment impossibles politiquement et même si le président socialiste de la Gironde exige qu’on la mette en place, aucune réforme fiscale cohérente ne pourra ramener 80 milliards dans les caisses de l’État. Bien sûr, on peut alléger la facture, ne donner que 500€ mensuels aux jeunes, ne verser qu’un minimum de 750€ par mois. Avec ces allégements, on devrait encore trouver 40 milliards. Ce qui est impossible sauf à ruiner le pays.

Benoît Hamon. © Daniel Pier / NurPhoto/AFP
Benoît Hamon © Daniel Pier / NurPhoto/AFP

La version light du revenu universel consiste à étendre le RSA aux 4 millions de jeunes de 18 ans à 25 ans qui ne travaillent pas. Or cette mesure coûterait 27 milliards d’euros, le tiers de l’impôt sur le revenu. Des députés ont mis au point un embryon de projet ; ils proposent de verser à tous les contribuables le RSA et en échange de taxer en moyenne à 32% les revenus de tous les Français sans exception et cela dès le premier euro.

Actuellement, 90 % des Français payent moins de 9% de leurs revenus au titre de l’IR et le taux maximum de prélèvement est de 21%. Nous sommes ainsi très loin des 32%. Encore une fois, les détails manquent, mais en effectuant des simulations prudentes on s’aperçoit qu’au-delà de 2000€ par mois, le contribuable paiera entre 30% et 40% de plus d’IR avec cette réforme radicale. Or cette dernière ne changera qu’à la marge la situation actuelle, le minimum social restera à 565€ par mois: seule nouveauté le RSA serait étendu à tous les jeunes.

Confisquer les biens des riches pour en faire des HLM ?

Sur Facebook, beaucoup d’économistes du café de commerce exigent qu’on confisque les biens des « riches ». Mais si on saisissait la moitié des patrimoines au-dessus d’un million d’euros, l’État se retrouverait avec des maisons, des actions, des assurances-vie constituées d’actions, d’emprunt d’États ou de SCPI. Ces biens ne seraient pas liquides puisque plus personne n’aurait les moyens de les acheter. Si un « ultra riche » possède un appartement parisien et une villa sur la Côte d’Azur et que l’État confisque la villa, qu’en fera-t-il? La maison sera invendable, puisque tous les « riches » seront dépouillés. Va-t-on la transformer en HLM, comme l’on fait les Bolcheviques avec les palais russes? Totalement absurde! Il est de même pour les actions saisies, personne ne pourra les acquérir sauf les étrangers.

En fait, on ne peut confisquer le capital qu’à la marge comme le faisait l’ISF et on ne peut agir que sur les revenus. Malheureusement, l’ensemble des revenus des Français ne se montent qu’à 927 milliards d’euros. Augmenter les impôts de 24, 40 ou 80 milliards d’euros paraît donc très difficile. Si dans un délire socialiste on saisissait l’ensemble des revenus de Français pour le redistribuer équitablement, chacun ne récupérerait que 1485 € par mois,   un gros smig!

Aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale

Bien sûr, on nous ressort souvent qu’il suffirait de lutter contre la fraude fiscale pour combler les trous du budget. Mais qui a la recette pour lutter contre ce fléau ? L’État fait déjà beaucoup et je vois mal quelles autres mesures il pourrait adopter. Le montant de la fraude fiscale est souvent estimé à 80 milliards d’euros, mais ce chiffre est donné au doigt mouillé; il n’y a aucune étude sérieuse qui le justifie puisque la fraude fiscale est par nature dissimulée. En outre, on confond souvent fraude fiscale et évitement fiscal. Le second est parfaitement légal du moment qu’on est transparent vis-à-vis du fisc français: il s’agit de placer ses biens dans des États à la fiscalité plus légère. On ne pourra jamais empêcher l’évitement fiscal, sauf à fermer ses frontières et à instaurer un contrôle des capitaux. Ce dernier ne serait hermétique qu’avec une économie entièrement socialiste. Il n’y a donc aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale.

À lire aussi, Sami Biasoni: La « Grande Réinitialisation »: le monde d’avant en pire

Dernière illusion, on propose de réinstaurer l’ISF (ce qui ne rapporterait que 3 milliards si on retrouve le niveau de 2016) et d’augmenter l’impôt sur les successions (actuellement il amène 14,6 milliards d’euros au budget de l’État). Bien sûr, on pourrait, en chargeant la barque, tirer de ces deux impôts une vingtaine de milliards, mais à quel prix? Notre impôt sur la succession est le plus lourd de l’OCDE si on excepte la Corée du Sud. Déjà des Français fortunés s’exilent en Belgique, en Suisse ou en Italie pour laisser le maximum à leurs enfants. Si on augmente encore l’impôt sur la succession, le nombre de « riches » exilés augmentera en flèche au point de diminuer drastiquement le revenu de ce prélèvement. Le jeu en vaudra-t-il la chandelle? Je ne crois pas.

Le revenu universel est une bonne idée. Il finira par être instauré en France, mais dans une cinquantaine d’années. Actuellement, il n’est pas finançable et prétendre le contraire est à mon avis faire preuve de naïveté.

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Courbevoie, l’attentat inconnu


L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort.


L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort. Le 5 décembre 2018, John Dowling sort du pôle universitaire Léonard-de-Vinci à Courbevoie. Il est environ midi, et ce professeur d’anglais s’en va déjeuner. L’enseignant d’origine irlandaise passe devant les étudiants dispersés sur la dalle de la place Mona-Lisa. Les uns fument une cigarette, d’autres attaquent leur sandwich. Ils observent ce professeur proche de la retraite se diriger vers Ali Hassan Rajput, un ancien élève que beaucoup préfèrent éviter.

L’irresponsabilité pénale bientôt confirmée?

Cet homme de 35 ans un peu dérangé les inquiète : arrivé en France en septembre 2016, le Pakistanais n’est jamais parvenu à s’intégrer à l’école. Il se comporte mal avec les femmes, ne parle pas bien français et est très religieux. Lors d’un stage en entreprise, il aurait exigé une voiture de fonction. Comme elle lui est refusée, il crie au racisme. Finalement, son premier semestre n’est pas validé, et l’université l’exclut. Fait rare, l’exclusion est assortie d’une interdiction de se présenter dans les locaux. Les vigiles ont pour consigne de ne plus le laisser entrer, car il nourrit une haine tenace contre son ancien établissement. Alors que son titre de séjour n’est pas renouvelé, il se fait de plus en plus menaçant. Reste que ce mercredi midi, il discute calmement avec John Dowling.

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Soudain, il sort un couteau de sa poche, saisit son ancien professeur par le bras et lui assène 15 coups au cou, au thorax et à la tête. La victime de 66 ans s’effondre, la barbe blanche qu’elle porte en collier recouverte de sang. La placette s’est transformée en une scène d’horreur. L’irresponsabilité pénale du meurtrier devrait être confirmée en mars 2021 par la justice. Deux collèges d’experts ont estimé qu’il souffre d’une psychose paranoïaque. Et que sa place est à l’asile.

John Dowling. Photo: D.R.
John Dowling. Photo: D.R.

Un dessin diffusé en cours?

On n’a que très peu parlé de ce fait divers sanglant. Le lecteur de Causeur sait que la presse parle de ce qui l’arrange et arrange ce dont elle parle. Pour défendre notre noble corporation, rappelons que nous étions alors tous fort occupés à commenter le saccage de l’Arc de Triomphe, et que cinq jours après le drame, l’attentat perpétré au marché de Noël de Strasbourg par Chérif Chekatt nous replongeait dans l’effroi islamiste. Enfin, le parquet national antiterroriste ne s’est jamais saisi du dossier.

Et puis Ali Hassan Rajput ne reprochait quand même pas à John Dowling d’avoir montré un dessin insultant à l’endroit de Mahomet, n’est-ce pas ? Non ? Si. En 2018, la procureure de Nanterre indiquait que selon les dires de l’assassin en garde à vue, l’enseignant « avait fait un dessin, diffusé en cours, insultant pour le prophète ». Lors de l’enquête, cet épisode n’a toutefois été attesté par aucun étudiant.

Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.
Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.

En soutien à Alain Finkielkraut: du danger de l’absolu en morale

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“Tout homme a un dieu ou une idole” : génial épigraphe de La Voie Royale d’André Malraux emprunté au philosophe Max Scheler. En Occident, l’effacement du Dieu chrétien a déplacé le besoin d’absolu de la religion à la morale et a fait de celle-ci une idole. Le meilleur exemple de ce transfert est tout récent, c’est le mouvement woke aux États-Unis dont le professeur américain Joseph Bottum a expliqué qu’il était avant tout une résurgence du puritanisme protestant profondément lié à la culture de ce pays. On chassait les sorcières à Salem, on chasse désormais les incorrects dans tout le pays[tooltips content= »Voir le livre de l’universitaire américain An Anxious Age et son interview par Laure Mandeville dans le Figaro le 24 septembre 2020. »](1)[/tooltips].

Méfions-nous des idées claires

Il faut accepter ce postulat de départ : tout être humain a besoin d’une certaine dose de certitude absolue, même s’il ne le sait pas ou refuse de l’admettre. C’est l’idée de Max Scheler, qui se trouve déjà chez Tocqueville et dont Paul Veyne, le grand historien de la Rome antique, donne l’explication psychologique : “Morale maximaliste, morale de championnat, morale de sincérité ne font qu’une : ce sont des morales d’unification, de simplification du moi”[tooltips content= »Une introduction à l œuvre de
Sénèque »](2)[/tooltips]
. On croit absolument à un dieu ou à une règle morale pour se sentir mieux dans sa tête, pour se réveiller le matin avec des idées claires. Idées claires c’est-à-dire simplistes, le réel ayant la sale manie d’être épouvantablement embrouillé.

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Or mettre son besoin d’absolu dans une religion, à condition qu’elle soit de paix et d’amour, c’est un placement sûr, dont nous toucherons peut-être les intérêts après la mort. Mettre son besoin d’absolu dans une règle morale peut se révéler dangereux, voire catastrophique. Surtout s’il s’agit de morale sexuelle. Le Dieu révélé par le Christ n’a pas changé depuis deux mille ans, la morale sexuelle a beaucoup ondoyé. Par exemple sur les rapports sexuels entre adultes et enfants, et les joyeux dépucelages des fils par les mères dont Libé tenait la chronique dans les années 70  sont devenus d’infâmes attentats, passibles de l’enfer médiatique. L’antiracisme, le féminisme et la désexualisation de l’enfance (enfance au sens très large puisqu’elle englobe désormais les adolescents, comme si on avait décrété que la puberté,  changement essentiel dans le statut sexuel de la personne, n’existait plus) sont devenus des religions. Non pas des religions du pardon comme celle du Dieu chrétien qui pardonne 7 fois 77 fois, mais des religions sanguinaires, des cultes effrayants de Moloch où l’on jette dans la fournée ardente les mal-pensants et même ceux qui essaient simplement de faire des distinguos.

La raison et la morale sexuelle

Dans cet absolu moral qu’est devenu la désexualisation de l’enfance et de l’adolescence, Alain Finkielkraut a voulu, dans sa chronique sur LCI, introduire une nuance. C’est-à-dire arracher cette question à son statut de vérité religieuse intangible et la remettre dans le cadre humain d’une discussion, d’une approche critique. Nietzsche nous a appris que le théâtre et la démocratie étaient nés ensemble dans la Grèce antique comme deux expressions du débat libre et critique, fondateur de l’Occident. La violente prise de bec entre Antigone et Créon n’est concevable dans aucune autre civilisation. En parlant du consentement éventuel de la victime, Alain Finkielkraut a fait pleinement œuvre de philosophe, il a arraché à l’obscurité terrifiante d’un tabou primitif une question qui doit venir dans la lumière d’un débat humain, rationnel et contradictoire. Mieux, conformément au caractère courageux que nous connaissons et admirons, il a élevé la voix contre la meute impitoyable lancée aux trousses d’Olivier Duhamel, et dont le peu glorieux représentant ce jour-là fut David Pujadas. Il s’est fait le héros de la raison contre les fanatismes de la morale sexuelle d’aujourd’hui.

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“Un enfant de quatorze ans !” s’est indigné le porte-parole de la morale-devenue-religion-impitoyable. Les adolescents n’ont-ils aucune curiosité sexuelle ? Jean-Jacques Rousseau appelait Maman sa protectrice d’Annecy, Madame de Warens. A-t-il protesté lorsque Maman l’a rendu homme à seize ans ? Vanessa Springora ne s’est-elle jamais intéressée à ce que lui proposait Gabriel Matzneff ? “Fascinus” désigne à l’origine le sexe masculin, et l’adolescent de quatorze ans dont Camille Kouchner raconte l’histoire, n’a-t-il pas senti son cœur battre d’émotion autant que de crainte quand craquait le bois du couloir devant sa porte ?

“ Un enfant de quatorze ans !”

Chaque époque a besoin de son puritanisme fanatique, de son catéchisme d’idées reçues qui permet aux esprits simples d’accabler les esprits supérieurs. Ceux-ci essaient de concevoir la complexité du réel, ceux-là leur rabattent le caquet avec les formules toutes cuites de la doxa de l’époque. “Un enfant de quatorze ans !” “Mais enfin, ils s’assimileront comme les Italiens-Polonais-Espagnols-Portugais avant eux !” “La France de Dunkerque à Tamanrasset !” “L’Empire, c’est la paix !” 

L’histoire est un cimetière d’idées stupides, et les nôtres feront bien rire nos descendants. Surtout si règnent Allah le miséricordieux et son prophète, qui ne dédaigna pas de mettre une adolescente au nombre de ses épouses.

Antivax et complotistes: une violence rhétorique nourrie par l’inculture

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Prendre position pour une vaccination obligatoire des soignants expose à des attaques violentes sur les réseaux sociaux. Notre chroniqueuse Céline Pina vient d’en faire l’expérience. Elle analyse ici l’argumentation des antivax et des complotistes.


« Saloperie»,  « pute », « nazie », « connasse », « collabo », « fasciste », « pétainiste », « paranoïaque », « raclure », « quand je l’écoute, j’ai la machette qui me démange », « une balle et c’est réglé », « un véto pour la piquer » et j’en oublie des dizaines et des dizaines du même acabit, voilà ce que m’a valu le fait de prendre une position ferme sur la question de la vaccination des soignants.

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Je ne m’attendais pas à une telle vague de violences et d’insultes, ni à avoir affaire sur les questions de vaccination à des réseaux structurés qui fonctionnent de la même manière que fonctionnent les réseaux islamistes : on met sur des sites militants un extrait d’intervention et des éléments de langage et une meute hystérique les relaie et vient vous attaquer sur les réseaux en mode harcèlement. Le niveau de haine et de violence verbale est d’ailleurs très proche mais il faut reconnaître une différence notable avec les islamistes, pour le moment les antivax ne nous font pas patauger dans le sang.

Je ne demande pas ici à ce que l’on me plaigne et ne cherche pas à me victimiser. Quand on a un peu de notoriété il faut savoir accepter la violence, l’aigreur, la jalousie et l’insulte, surtout quand elles ne se déversent que sur les réseaux sociaux, ne mettent pas votre intégrité physique en danger et ne s’en prennent pas à votre famille. Ce qui m’a intéressé dans cette histoire, c’est ce que cela dit de notre temps et des recompositions politiques des extrêmes.

L’obligation vaccinale à la source des problèmes

Ce qui me vaut d’être traitée de nazie, de suppôt de Big Brother ou de vendue à Big Pharma est le fait qu’à la question : « Faut-il rendre le vaccin obligatoire pour les soignants ? » et devant le tollé que le fait même de la poser suscitait, j’ai osé expliquer que l’on ne faisait pas société en refusant toute contrainte parce que l’on ressent toute obligation comme une atteinte à ses droits et à sa liberté. Que non seulement la question était légitime mais qu’elle se justifiait eu égard à la position des soignants : ils sont les plus exposés et au contact des plus faibles. Dans leur cas l’obligation vaccinale est liée à leurs responsabilités et à leurs obligations vis-à-vis des malades qui leur sont confiées. C’est ce qui justifie l’obligation qu’ont par exemple les soignants de se faire vacciner contre l’hépatite B. Ces obligations étant liées à la nature de la profession et aux responsabilités qui lui sont liées, j’ai donc conclu en précisant qu’un soignant, qui refuserait de se faire vacciner, devrait s’interroger sur son rapport à son métier. J’ai précisé ensuite que lorsque les personnes n’acceptent pas les règles inhérentes à leur fonction, je n’étais pas sûre qu’il faille les garder.

Cette position n’est pas celle choisie par le gouvernement et qu’elle puisse heurter, je le comprends.  D’autant plus que la technologie de l’ARN messager n’est pas connue du grand public et que nombre de documentaires complotistes ont introduit l’idée que toutes les précautions n’avaient pas été prises sur le développement des vaccins ou que les études scientifiques n’avaient pas été publiées. Que certains soignants y soient favorables et d’autres opposées auraient pu mener à un débat constructif, sur les bénéfices-risques du vaccin, sur l’immunité attendue d’une vaccination massive…

Pierre Barnerias, realisateur du film "HOLD UP" © AUDEBERT DIDIER/SIPA Numéro de reportage : 00991347_000001
Pierre Barnerias, realisateur du film « HOLD UP » © AUDEBERT DIDIER/SIPA Numéro de reportage : 00991347_000001

Le souci est que sous ce terme de soignant, popularisé pour rendre hommage à tous ceux qui se dévouent au sein de nos hôpitaux, ont été rangées des personnes ayant une véritable formation scientifique, comme les médecins et les biologistes, mais aussi un personnel dont les compétences scientifiques sont bien moindres, les aides-soignants et les infirmiers. Certes ces personnels sont aussi souvent l’âme et l’humanité de l’hôpital, mais ils ne maîtrisent pas forcément les sujets dont ils s’emparent et se réclament parfois d’une expertise qu’ils ne possèdent pas. Ceux-ci auraient été néanmoins légitimes à exposer leurs craintes et leurs réticences mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

Chasse à l’homme organisée

Cette réponse n’a suscité aucun débat, mais plutôt une chasse à l’homme organisée, dont les messages reçus donnent une idée du niveau. L’extrait de l’émission dans lequel j’expose mon point de vue a été partagé sur nombre de sites d’extrême-droite et sur les réseaux QAnon et antivax. Ainsi la vidéo a tourné sur « Riposte Laïque », « Le Libre penseur » (site complotiste lié à l’extrême-droite animé par un musulman radicalisé qui fait la synthèse entre islamisme, antivax et conspirationnisme), « La vraie démocratie » ou « le réveil citoyen », sites ouvertement conspirationnistes,  « Balance ton média »… On retrouve sur certains de ces sites tous les éléments de langage que je vais lire plus tard sur Twitter et Facebook, insultes comprises parfois.

Ces réactions sont à la fois intéressantes et inquiétantes. Elles témoignent d’une société qui n’a plus de rapports à ses devoirs et réclame des droits comme un dû sans se rendre compte que ce sont les devoirs acceptés qui font les droits partagés. Elle parle aussi non pas du peuple mais d’une certaine populace, poche d’aigreur et de frustration en formation qui se prend pour le peuple et n’en est que la décomposition.

La populace réclame des têtes

C’est en son sein, que je distingue du véritable peuple, que tous les fascismes ont fait leur marché, qu’ils soient verts, rouges ou bruns. Car là où un peuple éclairé essaie de se construire un destin, la populace elle se contente de réclamer des têtes. Le premier est exigeant, la deuxième n’est que pulsion. C’est ce type de personne qui a marché sur le Capitole aux États-Unis, qui nourrit le complotisme, qui fait les choux gras des racialistes et que travaillent au corps les islamistes. Ce sont eux qui nourrissent les extrêmes qu’ils soient de gauche ou de droite et qui constituent la chair à canon de l’emprise totalitaire par leur simplisme et leur violence.

Chez les antivax, elle se nourrit d’un discours où Big Pharma et Big Brother marchent main dans la main pour esclavagiser les citoyens. Ceux-ci n’ont aucune culture scientifique et racontent n’importe quoi, mais leur simplisme les rend efficaces et crée une solidarité forte: ils sont menacés par la dictature des élites. La question de la vaccination est détournée pour délivrer un discours où des gouvernements criminels auraient infecté leur population dans le but de faire réaliser des bénéfices fabuleux à Big Pharma car ce sont tous des mafieux et des vendus.

Certes les réseaux sociaux sont des miroirs déformants mais fut un temps les délires QAnon paraissaient marginaux et ridicules. Ce sont pourtant ceux qui se réclament de ce mouvement qui a réussi aux États-Unis à envahir le Capitole. Ce que les réseaux sociaux font émerger à la conscience de tous, c’est ce que devient le peuple quand il n’est pas éclairé. Là où un peuple éclairé et conscient de lui-même, de ses idéaux, de ses principes, de ses devoirs et de ses responsabilités est le garant de la démocratie ; la populace, pulsionnelle et dépourvue de limites, en est le liquidateur.

Ce qui est frappant dans ces attaques, c’est aussi le niveau d’immaturité de ces adultes. Leur rapport à la liberté est celui d’un ado de 13 ans qui ne veut faire que ce qu’il veut. Il n’y a aucune conscience des responsabilités liées à la liberté. Ils vivent toute limite comme une violence, toute prise en compte d’autrui comme une entrave.

Refus des opinions contraires

Ces personnes qui traitent tout le monde de fasciste ont un fonctionnement pour le coup réellement totalitaire: ils n’acceptent aucune opinion contraire aux leurs, déshumanisent ceux qui les expriment et appellent à la violence de façon totalement décomplexée. Le plus drôle est leur absence totale de rapport à la réalité. Je ne suis pas décideur ni élue. Mon opinion sur les vaccins n’est qu’une opinion et je n’ai pas les moyens ni la légitimité pour l’imposer à quiconque. On peut donc être d’accord ou non avec une opinion mais qu’elle suscite une haine aussi délirante pour quelqu’un dénué de pouvoir est juste stupéfiant.

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Nombre de personnes qui ont basculé dans le complotisme se revendiquent anciens Gilets jaunes et se déclarent constituer le peuple. Elles se vivent comme l’armée de réserve de la contestation sociale que va générer la crise. Le problème c’est que celles-ci n’ont rien à voir avec un prolétariat politisé et syndiqué, luttant rationnellement pour améliorer ses conditions de vie et faire progresser ce qui lui apparait comme la justice sociale. Là on a plutôt affaire à un regroupement d’aigreur et de frustration peu éclairées que la crise pourrait faire basculer dans la violence politique et qui trouvera des mouvements pour à terme récupérer et manipuler cette violence. Avec la crise économique qui va succéder à la crise sanitaire, ces profils d’extrême-droite complotistes, radicalisés et chauffés à blanc, n’appartenant pas directement à un parti et parfaitement incontrôlables vont investir la rue. Rejoignant de fait une extrême-gauche déchainée, des islamistes et des racialistes excités par la faiblesse du gouvernement et le discrédit qui touche les élites. 2021 devrait être une année de décompensation. Pas sûre qu’elle ouvre vers des lendemains qui chantent.

Silence coupable

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Emmanuel Macron, président de la République, 2017-2027

Un ami quelque peu souverainiste et plein de bonnes intentions — les pires — m’a récemment envoyé une liste d’une cinquantaine de noms de personnalités qu’il verrait bien s’associer dans un futur gouvernement de salut public. Barbara Lefebvre y côtoie Bruno Retailleau et Julien Aubert, Didier Raoult copine avec François Asselineau, Eric Ciotti est censé y parler avec Jacques Sapir, etc. Régis de Castelnau siégerait place Vendôme (au ministère de la Justice, pas au Ritz !), et Florian Philippot dialoguerait à nouveau avec Marine Le Pen. Comme dit quelque part Cyrano : « Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau ! »

Passons sur l’incongruité d’une telle liste, où de grandes intelligences comme Régis Debray sont mises sur la touche. Le plus significatif, c’est l’incapacité d’éliminer des gens qui sont évidemment dépassés. Marine Le Pen, entre les deux tours de 2017, a définitivement prouvé qu’elle était incapable de comprendre les vrais enjeux, de se hisser à la hauteur des événements et de s’exprimer de façon claire et convaincante : personne n’aurait su, comme elle, bousiller une main gagnante, elle peut remercier ses conseillers de la onzième heure, ceux mêmes qui sont toujours là. Nicolas Dupont-Aignan, pour lequel j’ai eu un temps de la sympathie, s’est noyé dans son nombril : en témoigne l’hémorragie de ses militants. Toute équation électorale qui comprendrait l’un ou l’autre de ces perdants naturels est vouée à l’échec.

Marion Maréchal est aux abonnés absents — mais aussi bien cherche-t-elle à se faire oublier, en attendant la chute prochaine de la maison Tatie. Sans doute se réserve-t-elle pour 2027. Mais en 2027, y aura-t-il encore une France ?

A lire ensuite, Louis Hausalter: « Marion Maréchal candidate, ce n’est pas pour 2022! »

Quand je pense que certains voudraient pousser Eric Zemmour à se présenter… L’un des hommes les plus haïs de France…

Il n’y a guère pour le moment qu’Arnaud Montebourg qui offre un peu de visibilité, sinon de crédibilité. Mais ses anciens petits camarades du PS s’occupent déjà à lui savonner la planche de la bascule à Charlot. Il s’est intelligemment fait oublier pendant quatre ans. À part la promotion du slip made in France, qu’a-t-il de nouveau à proposer ?

D’ailleurs, je vous entends protester déjà. Untel ? Impensable. Une telle ? Allons donc ! Ou tel autre ? Un peu de sérieux s’il vous plaît.

Il y a bien trop de gens intelligents, chez les souverainistes. Ils sont prêts à s’entretuer pour laisser toutes ses chances à Macron II.

Quant aux candidats professionnels… Mélenchon n’a apparemment pas compris dans quels abîmes l’avaient entraîné les militants indigénistes dont il s’est entouré. S’il dépasse 8% à la prochaine présidentielle, je mange mon chapeau. La Gauche croule sous les petites pointures : quelqu’un peut-il sérieusement soutenir la candidature de Christiane Taubira (2,32% des voix en 2002, juste assez pour empêcher Jospin d’être au second tour) ou d’Anne Hidalgo, la préférée des bobos ? Les indigénistes auront le leur, chaque sous-groupe désignera le sien, reflet de l’éclatement en « communautés » de ce qui fut jadis une unité nationale.

Tout cela offre un boulevard à Emmanuel Macron. Pas à son parti, usé jusqu’à la corde avant même de s’être réellement fortifié, miné par les défections, ramassis de godillots éculés, ridiculisés par une attitude de béni-oui-oui durant tout le quinquennat. Mais Macron a toutes les chances de réussir au second tour, face à une opposition désorganisée où personne n’atteindra 20% des voix : Chirac ne les avait pas atteints en 2002 au premier tour, ça ne l’a pas empêché de faire plus de 80% au second. Et si ce n’est lui (il a laissé planer un doute dans son interview à Brut, histoire de se faire désirer), ce sera Bruno Le Maire, fort des subsides alloués à des entreprises mises en faillite par l’habile politique sanitaire du gouvernement. Il ne restera plus alors au président élu qu’à proposer des postes à ses adversaires d’hier — on a vu en 2017 comment certains, de bords fort différents, et après avoir enfoncé Macron avant le premier tour, se précipitaient pour bénéficier d’une gamelle, d’un maroquin et d’un chauffeur —, jouer sur les anathèmes des uns et des autres, et ressusciter la Quatrième République.

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP
Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP

Pendant ce temps, les grandes compagnies internationales, qui régissent déjà notre pays et quelques autres, continueront à se partager le gâteau.

Qu’une personnalité unique soit incapable de faire consensus dans l’opposition est une évidence. Les noms ingénument mis en avant plus haut sont ceux de gens qui ne s’aiment guère, et se disputent sur des différences byzantines — les pires.

C’est d’autant plus sidérant que le souverainisme, le républicanisme, sont largement majoritaires dans ce pays. Macron, vous pouvez en être sûr, entonnera la Marseillaise et se drapera dans les couleurs de la République. Il est très fort pour emprunter les mots de ses adversaires. Les idées peuvent attendre. Quant aux réalisations, elles sont déjà écrites : faut-il rappeler que le président de la République a appliqué exactement le programme pour lequel il a été élu ? Il lui reste peu de temps pour achever les réformes promises, et compromises par un virus contrariant…

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Jeanne d’Arc, Napoléon, Clemenceau ou De Gaulle ont instillé en nous l’attente d’un génie providentiel. Mais ce sont des vêtements un peu amples pour les petites pointures et les demi-intelligences qui grenouillent sous le feu des médias. Ne rêvez pas : aucun prétendant sérieux ne viendra, dans les quinze mois qui nous séparent de la prochaine présidentielle, se construire une stature de sauveur de la patrie.

Et quand bien même… Il lui manquerait les quinze ou vingt millions d’euros nécessaires aujourd’hui à une campagne médiatique. C’est ce que la dernière a coûté à Macron : le bon retour sur investissement incitera sans doute les mêmes bâilleurs de fonds à réitérer l’opération. Face au quadrillage des consciences opéré par les médias et l’establishment, aucune issue. Après tout, on est si bien parvenu à vous faire croire que la politique sanitaire du gouvernement était adéquate que nombre de nos concitoyens, poussant le masochisme jusqu’à des profondeurs insoupçonnées, en redemandent. La France, ou De la trouille considérée comme l’un des beaux-arts.

En définitive, la réélection de Macron conviendra admirablement à ce que l’on a fait de la France : une équipe de seconde division. Il faudrait que la situation s’aggrave considérablement pour qu’émerge une personnalité crédible, et forte du soutien de la rue. Il n’y a pas de 18 juin sans déroute préalable. Mais qui le souhaiterait ? Les peuples sont intelligemment anesthésiés par un virus qui est au fond une splendide opportunité pour les gens au pouvoir — et qui y resteront.

La taxe GAFA est-elle utile à la France ?

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Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des finances, lors de la conférence de presse à propos de la taxe GAFA. © Sipa 00897914_000028

Depuis bientôt trois quinquennats, nos dirigeants proclament « à la ville et au monde » leur volonté farouche d’imposer l’économie du numérique et les profits de ses grandes entreprises. Moins que « l’économie du numérique », ce sont surtout les grandes plateformes numériques étrangères qui sont visées – de manière générique les « GAFA » (pour Google, Apple, Facebook, Amazon) ; elles restent dans cette nouvelle économie la pierre d’achoppement du déclenchement d’une obligation fiscale.


Fidèle à sa tradition séculaire de créativité, le Parlement français a adopté, en juillet 2019, une loi créant une « taxe sur certains services fournis par les grandes entreprises du secteur numérique », dite taxe GAFA. Formellement à l’initiative de l’Union européenne en 2018 – mais véritablement soufflée par Bercy –, les pays de l’Union ont suspendu le projet en mars 2019 en raison de l’opposition, par ailleurs prévisible, de l’Irlande notamment. La France a alors décidé de faire cavalier seul, ce qui lui a permis de collecter quelque 350 millions d’euros la même année 2019. Ceci avant une « trêve » conditionnant la non-perception de ces ressources à la réussite des négociations visant à une réforme globale de la fiscalité internationale dans le cadre de l’OCDE : Paris gelait le recouvrement de sa taxe et Washington s’abstenait de sanctions. Mais cette négociation ayant échoué en octobre 2020, la version française de la taxe GAFA a donc été recouvrée, en partie, en décembre dernier.

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Techniquement, cette taxe est un prélèvement, au taux de 3 %, sur la somme des produits (le chiffre d’affaires) perçus en contrepartie de la fourniture des services, effectués en France, de ventes de données à des fins publicitaires, de mise en ligne de publicités ciblées, ainsi que de l’activité de plate-forme d’intermédiation, principalement de Marketplace. Seules les grandes entreprises du numérique sont concernées, celles réalisant 750 millions d’euros de services numériques taxables au niveau mondial et 25 millions d’euros de services numériques taxables au niveau français. Soit une trentaine d’entreprises, dont environ la moitié est américaine et une seule française.

Un système fiscal inadapté

Ce projet parait, a priori, séduisant : l’imposition des bénéfices des entreprises visées reste bien inférieure à celle des entreprises ne relevant pas de ce marché. Pour les économistes les plus pessimistes, il suffit de leur rappeler que les acteurs du numérique supportent 14 points d’impôts de moins sur leurs bénéfices que les entreprises ayant « un modèle d’affaires traditionnel européen » : 9,5% contre 23,2% d’après Pierre Moscovici alors commissaire européenOn rappellera aussi, selon un rapport du Sénat, que la société Google a supporté une imposition de 6,7 millions d’euros d’impôt sur les sociétés en France en 2015 et 17 millions d’euros en 2018. La société Airbnb, dont Paris est la première destination mondiale, a quant à elle payé 92 944 euros d’impôt sur les sociétés en France en 2016 ; la modicité de ces sommes évoque plutôt le montant d’impôt sur les sociétés d’une PME. La raison de cette situation est simple, face à l’économie du numérique, l’ordonnancement fiscal montre sa désuétude : l’impôt sur les sociétés et les autres « grands » impôts sont inadaptés à ces nouveaux modèles d’affaires. Le décalage entre, d’une part, le modèle économique des facteurs de productions de richesses ayant un caractère immatériel et, d’autre part, les critères juridiques de qualification de l’obligation fiscale qui nécessitent une tangibilité, crée une volatilité de l’assiette taxable. Les critères juridiques de qualification, tant internes qu’internationaux, ne sont donc pas adaptés à ces « passagers clandestins » du monde fiscal.

Site d'Amazon à Saran, près d'Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020
Site d’Amazon à Saran, près d’Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020

La France a donc décidé de les modifier. Puisqu’elle ne pouvait intervenir unilatéralement que sur ses critères juridiques nationaux, elle a cru bon de créer une nouvelle taxe, palliative du défaut des impôts préexistants. Cette nouvelle taxe est astucieuse puisqu’elle ne tombe pas sous les fourches caudines des plus de 120 conventions bilatérales signées par la France, susceptible d’y faire échec, les taxes sur le chiffre d’affaires se trouvant hors de leurs champs d’application. Là est la plus grande ingéniosité, elle permet d’assujettir des entreprises étrangères, réalisant un chiffre d’affaires en France (grâce au marché français), sans l’accord des États concernés.

En réalité, tout cela est un trompe-l’œil… Qui ne trompe personne.

La taxe est supportée par les consommateurs, pas par les entreprises

Il s’agit là d’un cas d’école de la théorie économique de l’incidence fiscale.

L’analyse de la répartition de la charge effective de l’impôt entre les différents agents économiques montre que les assujettis pourront répercuter le coût de la taxe directement ou indirectement sur les consommateurs, compte tenu de leur position de marché. Les entreprises concernées l’ont d’ailleurs annoncé : elles feront supporter la taxe sur les consommateurs français. Amazon France a, par exemple, décidé d’augmenter de 3% les frais de vente sur son site ; Apple et Google ont également annoncé une hausse des prix de leurs services.

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L’analyse économique montre aussi que cette mesure introduira des distorsions de marchés. Il est à craindre que ce nouveau prélèvement pénalise in fine les entreprises françaises du numérique, la société Criteo par exemple. Le facteur exogène étant une charge supplémentaire défavorisant les acteurs français payant déjà lourdement de l’impôt en France, quand les autres n’en paient pas ou peu… La taxe GAFA est donc une épine dans le pied des sociétés françaises, elle restreint leur…

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Université de la Réunion: pas d’historienne blanche pour la traite des Noirs

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Virginie Chaillou-Atrous. © D.R

Virginie Chaillou-Atrous, historienne de France métropolitaine, a été élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion en 2016. C’était sans compter sur les militants racialistes locaux qui ont empêché sa nomination…


Faut-il être innocent dans sa chair(e) pour en occuper une ? En juin 2016, Virginie Chaillou-Atrous était élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion. L’élection de l’enseignante-chercheuse, issue de la faculté de Nantes, a provoqué la colère d’associations et de médias locaux. « Ce n’est pas de n’importe quelle ville, mais de Nantes, port négrier, que l’on veut réécrire l’histoire de l’esclavage, à La Réunion ! » écrivait un journaliste insulaire. Un metteur en scène dénonçait « un outrage, un crachat à la figure » visant à « priver un peuple du droit d’écrire sa propre histoire ». Sur les réseaux sociaux, on parle très tranquillement de « zorey » (« métropolitain »), c’est-à-dire de « Blanche. » Saisi, le tribunal administratif avait finalement relevé quelques irrégularités (pourtant très courantes) dans la procédure de recrutement pour l’annuler. La justice pratique-t-elle une forme endimanchée de la vengeance mémorielle ? Elle aurait peine à trouver dans les statuts de l’Université française – métropolitaine ou ultramarine – une quelconque notion de préférence régionale justifiant sa décision.

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L’universitaire se défend de tout lien avec la traite négrière…

À défaut de son poste, l’universitaire a voulu défendre son honneur et a porté plainte au pénal pour les diffamations, injures et provocations à la discrimination qui ont marqué la campagne menée contre elle. Elle se défend de tout lien – y compris familiaux – avec la traite négrière. « On l’a appelée “la Nantaise” alors qu’elle est Vendéenne », précisait son avocate. Qu’elle vienne d’une région martyre n’a pas éveillé de compassion ou de solidarité sur l’île. Le 3 septembre, le tribunal a prononcé une relaxe générale à l’endroit de ceux qui l’avaient insultée.

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Quand j’étais giscardien

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« Roll over Raymond Barre ! », Chuck Berry avec Raymond Barre. © Maral Binh/AFP

Un seul jour à retenir ce moi-ci : le 2 décembre, date de la mort de VGE. Toute une époque ! Mes premiers souvenirs de nègre, avant Pasqua. Chez les giscardiens, j’ai côtoyé des poids lourds comme Barre, Ponia, Simone Veil… et même Chuck Berry ; mais ça, peu de gens le savent.


Premiers pas dans la négritude

En 94 ans, je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer personnellement le président Valéry Giscard d’Estaing, et aux dernières nouvelles ça ne risque pas de s’arranger.

Pourtant, sans qu’il le sache, j’ai puissamment contribué aux dernières années de son règne, jusqu’à la chute finale de mai 81.

Tout a commencé à la rentrée 1977, lorsque j’ai été embauché comme nègre à l’« Association pour la démocratie ». Sous ce nom ridicule se cachait plus modestement une officine giscardienne chargée d’alimenter les candidats UDF aux législatives de 1978 en discours types, argumentaires et autres « idées ».

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Outre ce travail quotidien, voire répétitif, voire chiant, mes fonctions m’ont heureusement permis de vivre quelques épisodes autrement plus glimougnants. Je fus ainsi chargé, parfois, figurez-vous, d’écrire personnellement des projets de discours personnalisés pour des vedettes du mouvement. À commencer par Simone Veil, mais bon, qu’est-ce que tu veux que je te raconte ? Je l’ai à peine entrevue, et je ne suis pas romancier. Seule certitude : son discours n’avait aucun rapport avec mon projet, sauf erreur ou omission.

Chuck & Ray alive in Paris!

Mon meilleur souvenir, sans hésiter : Raymond Barre. Pas seulement parce qu’il était Premier ministre, et à ce titre leader naturel de la campagne, mais surtout parce que j’ai bien ri. Rien que le thème du meeting m’avait ravi : « Raymond Barre s’adresse aux jeunes ».

Il m’est échu, sans doute parce que j’avais les cheveux longs, de préparer cette adresse à la jeunesse. Restait le plus difficile : trouver des vrais jeunes disposés à venir écouter Raymond Barre.

Heureusement, les communicants de Matignon avaient tout prévu. Ils s’en doutaient, pour remplir le Palais des sports entre deux « Holiday on Ice », les jeunes giscardiens du Triangle d’or ne suffiraient pas. Dans toutes les grandes villes de France, des cars gratuits furent donc mis à disposition des volontaires, auxquels on promettait en outre deux repas chauds et une visite de la capitale.

Mais surtout les Séguéla de l’autre rive, conscients qu’on n’attrape pas les jeunes avec du Raymond, eurent la bonne idée d’ajouter à l’affiche… Chuck Berry en personne. Résultat : plus de 5 000 réservations ! Un triomphe – légèrement salopé, hélas, par les caprices du Premier ministre, qui exigea de faire son numéro après Chuck « Crazy Legs » Berry.

Basile de Koch Photo: Hannah Assouline
Basile de Koch Photo: Hannah Assouline

La fête à Raymond

Ce qui devait arriver arriva. Dès la fin du concert, la salle se vida aux deux tiers. Ne restaient plus, pour entendre Barre, que des militants à T-shirt, des sympathisants en loden et quelques curieux.

Encore l’orateur trouva-t-il le moyen de se faire huer copieusement en improvisant un panégyrique du service militaire, avec des arguments du genre : « Ça fera de vous des hommes ! »

Face au hourvari, au lieu de changer de sujet, le bonhomme s’entêta jusqu’à conclure sous les lazzis par l’incontournable : « Ça restera le meilleur souvenir de votre vie ! »

Entre-temps, j’étais allé discrètement toucher ma petite prime en liquide. Dans les coulisses m’attendait un bar VIP encore désert où, durant la catastrophe, j’ai pu glisser dans un ample cache-poussière prévu à cet effet un assortiment d’alcools de qualité.

Bref, une soirée réussie pour Chuck et moi.

Ponia, son chien, son œuvre

C’est grâce à mes amis les Associés pour la démocratie que j’ai été recruté par Michel Poniatowski pour un projet de livre intitulé L’avenir n’est écrit nulle part.

En guise d’entretien d’embauche, j’ai droit à un déjeuner en tête-à-tête avec le ministre à son domicile neuilléen.

« J’ai prévu un repas froid pour plus de tranquillité, si vous n’y voyez pas d’inconvénient… » me dit en rosissant le redoutable Ponia, plus intimidé que moi… Quand soudain, en plein apéro, d’étranges bruits parviennent d’une pièce attenante.

« C’est vous, Ulysse ? » interroge mon hôte. Sans réponse, il rosit de plus belle et me prie de bien vouloir l’excuser un instant. J’imagine déjà un Nestor en gilet rayé s’affairant en cuisine – quand j’entends Ponia s’exclamer : « Mais enfin Ulysse, vous savez bien que ce poisson n’est pas pour vous ! »

Quoi ! Le maître d’hôtel mangerait dans les plats ?? Mais non ! Revoilà mon hôte, accompagné d’un gros chien dont j’ai oublié la marque. Le prince voussoie son chien ! Va falloir s’adapter.

À part ça, excellent déjeuner. Le bar entier poché sauce gribiche, ou genre, est succulent, sans arêtes ni poils. Quant au programme, il est copieux. Le ministre, tout juste libéré de ses fonctions, souhaite asseoir sa réputation intellectuelle avec une somme dessinant, à la lumière des sciences, de l’histoire et de la géopolitique, les contours du « monde nouveau » qui s’annonce. Rien de moins.

L’ensemble devrait comporter une trentaine de chapitres, dont trois ou quatre particulièrement délicats qu’il se réserve, me prévient-il. Pas de problème ! 25 chapitres, ça me suffit amplement.

D’emblée, Ponia tient à me rassurer : pour chacun d’entre eux, sa secrétaire me fournira un feuillet de directives renvoyant à cinq ou six livres joints. Bref, toute la documentation nécessaire. À parution, je n’en goûterai que plus l’ironie de ses remerciements « à M. Bruno Tellenne, documentaliste ».

Mais bon, il aurait très bien pu ne pas me citer du tout. Et moi, je suis fier quand même d’avoir participé à l’écriture de l’avenir, même « nulle part ».

La défaite en bâfrant

Après les législatives, dissolution de l’AD. Dans la perspective de la présidentielle de 1981, me voilà muté au Parti républicain, aile giscardienne pur porc de l’UDF.

Peu d’anecdotes heuristiques sur cette période. À vrai dire, le souvenir le plus saillant reste le dernier : le 10 mai. En cette soirée de deuil électoral, comme prévu, les somptueux buffets dressés au QG de campagne giscardien, à l’UDF et même au PR, sont quasiment déserts. Quant aux Jeunes giscardiens présents, la gorge serrée, ils n’ont guère le goût de ripailler. On se réconforte, les filles sanglotent, les garçons pleurent tout bas. Certains songent même tout haut à quitter le pays ; d’autres parlent déjà d’organiser la « résistance ».

À lire aussi: Basile de Koch: « Sénèque était un jean-foutre! » 

Du coup, les videurs se montrent moins regardants sur les badges. La presse est là ! Il faut faire nombre, et si possible bonne figure. Dans ce contexte, la bande à Jalons est la bienvenue.

À nous donc verrines et chiffonnades, langoustines et Saint-Jacques petits fours et mignardises, le tout arrosé de champagne et de bons crus. Et tout ça, trois fois de suite…

Après quoi, repus et convenablement éméchés, les meilleurs d’entre nous décident de prendre un peu l’air en improvisant, au hasard des rues, une manif aux cris de « On a perdu ! » en brandissant des posters de VGE.

Mini-manif, gros succès en matière d’insultes de tous bords. Un régal de nonsense ! Comme pot de départ de chez les giscardiens, je ne pouvais rêver mieux.

Après, je suis devenu pasquiste.

L'Avenir n'est écrit nulle part

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De parfaits seconds

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Image du film "Cécile est morte" de Maurice Tourneur.© Gaumont

L’adaptation de Cécile est morte de Maurice Tourneur mérite le détour, surtout pour l’indéniable qualité de sa distribution.


D’accord, Albert Préjean n’est pas le meilleur des Maigret de Simenon à l’écran, Gabin l’emportant largement sur tous les autres. Cette adaptation de Cécile est morte mérite cependant le détour. Produit par la Continentale, écrit par Jean-Paul Le Chanois et sorti sur les écrans en 1944, le film vaut surtout par l’indéniable qualité de sa distribution. On y profite de la fine fleur des seconds rôles du cinéma français de l’époque : Gabriello, Jean Brochard, Yves Deniaud, Charles Blavette, sans oublier Germaine Kerjean et Lucie Fabiole, la concierge qui termine chacune de ses phrases ou presque par un savoureux « Sauf votre respect ». On se fiche un peu de l’intrigue, ici maltraitée, pour s’en tenir à l’impayable galerie de portraits, allant d’une tante abominable à un joli trio de souteneurs adeptes de la bonne gestion de leurs affaires, en passant par un notaire de province plus vrai que nature. On nous promet pour la fin d’année un Maigret incarné (enfin ?…) par Depardieu, le film de Tourneur en serait alors un amuse-bouche parfait.

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"Cécile est morte" en Blu-ray.©Gaumont
« Cécile est morte » en Blu-ray.©Gaumont

À lire aussi, Jean Chauvet: Au revoir les jeunes

La France se dote d’un ronflant Conseil national de l’hydrogène

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Bruno Le Maire, ministre de l'économie, présente la stratégie nationale sur l'hydrogène devant l'Association Francaise pour l'hydrogène et les piles a combustible (AFHYPAC), le 8 septembre 2020 à Paris. © MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 00980332_000026

Le gouvernement vient de créer un Conseil national de l’hydrogène qui illustre son revirement spectaculaire sur cette forme d’énergie. Ce Conseil est parrainé par pas moins de quatre ministères et le Conseil national de l’industrie. Il associe également Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Même s’il a toutes les apparences d’un énième comité Théodule dont nos administrations ont le secret, il faut espérer que ce Conseil contribue utilement à créer une filière d’hydrogène vert ou décarboné. Il s’agit aujourd’hui du seul carburant de substitution à l’essence, au gaz naturel et au diesel dans de nombreux domaines d’activité.


Avec le zèle du nouveau converti, le gouvernement français affiche aujourd’hui ses grandes ambitions dans l’hydrogène. Il vient ainsi le 11 janvier de doter le pays d’un Conseil national de l’hydrogène. Quel virage! Jusqu’au début de l’année, les pouvoirs publics étaient hostiles ou au mieux indifférents à l’hydrogène. La PPE, la fameuse Programmation pluriannuelle de l’énergie, rendue publique en avril dernier pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, fait à peine allusion à l’hydrogène. Au début de l’année 2020, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France (RTE) avait même commis un rapport qui était un enterrement de première classe de l’hydrogène. Ce rapport a aujourd’hui, quelle surprise, disparu du site de RTE…

À lire aussi, Nicolas Granié: Les éoliennes nous pompent l’air

Le modèle allemand

Car quand l’Allemagne a décidé en juin 2020 d’investir 9 milliards d’euros dans l’hydrogène vert et a affirmé vouloir devenir le numéro un mondial de cette énergie, la France a soudain changé d’avis. Deux mois plus tard, le gouvernement annonçait mettre 7 milliards d’argent public pour développer cette forme d’énergie. L’Union Européenne est aussi tombée sous le charme. Ainsi, 23 États-membres ont signé le 17 décembre 2020 un manifeste pour le développement d’une chaîne de valeur de l’hydrogène.

On ne peut sur le principe que se féliciter de la création d’un Conseil de l’hydrogène. Même si son rôle est loin d’être clair et si de nombreuses questions techniques et économiques sont loin d’être résolues sur cette forme d’énergie. Mais l’hydrogène décarboné est aujourd’hui le meilleur moyen de stocker de l’électricité renouvelable et le seul vrai carburant de substitution à l’essence, au diesel et au gaz naturel dans de nombreux domaines d’activité. Cela est tout particulièrement le cas dans les transports sur longue distance, les transports lourds, la production de chaleur et l’industrie.

Cela dit, le Conseil national de l’hydrogène, présenté conjointement lundi 11 janvier par les ministères de l’Economie, de la Transition écologique, de la Recherche et de l’industrie, a toutes les apparences d’une machinerie administrative à la française. Il se réunira dans les prochaines semaines dans le cadre du Conseil national de l’industrie et associera Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Sa mission, explique le gouvernement, sera de «structurer les échanges entre l’Etat et les parties prenantes, en particulier les filières industrielles, et mesurer le bon déroulement des actions prévues pour identifier, le cas échéant, les éventuels freins». Mais de quel pouvoir disposera-t-il pour lever «les éventuels freins»?

Objectifs politiques contradictoires et rivalités industrielles

Il va aussi devoir concilier les objectifs souvent contradictoires et les rivalités des quatre ministères impliqués et les intérêts franchement divergents de groupes industriels concurrents y figurant, d’EDF à Engie en passant par l’Air Liquide, Total ou le CEA. Si le Conseil parvient à prendre des décisions et à obtenir qu’elles soient appliquées, cela tiendra du miracle.

À lire aussi, Gérard Petit: Quand Aquilon en appelle à Jupiter

On voit d’ores et déjà apparaître les conflits potentiels. Le ministère de la Transition écologique vient juste il y a quelques jours d’ouvrir une consultation sur son projet d’ordonnance relative à l’hydrogène. L’article 52 de la loi énergie-climat de 2019 prévoyait que le Gouvernement définisse les règles du soutien accordé à cette forme d’énergie via une traçabilité de l’hydrogène. Il s’agit de bien distinguer l’hydrogène issu des renouvelables, l’hydrogène bas-carbone et l’hydrogène provenant des énergies fossiles. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a pourtant mis en garde le ministère de la Transition écologique sur la mise en place d’un processus administratif d’une grande complexité avant même qu’une filière d’hydrogène vert ait commencé à exister…

La France a l’intention d’investir 7 milliards d’euros d’ici 2030 (dont 2 milliards d’ici 2022 dans le cadre du plan de relance) pour créer de toutes pièces cette…

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Pour en finir avec les partageux et le revenu universel

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Pour Aurélien Pradié (LR), le "cerveau gauche de la droite" selon l'hebdomadaire l'Obs, le revenu universel "mérite d’être regardé, y compris par la droite", et "si la grande famille gaulliste à laquelle j’appartiens devient un Tea Party à 10%, je me casse !" © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00966480_000031 

Si le revenu universel est une bonne idée, il est absolument impossible de le mettre en place aujourd’hui dans une France surendettée. À moins de mettre en place des impôts délirants et spoliateurs…


Le revenu universel n’a jamais été autant à la mode depuis l’échec de Benoît Hamon aux présidentielles. Avant d’aller plus loin, je précise que je n’ai rien contre le revenu universel, que verser à chaque Français un filet de sécurité mensuel serait une excellente idée si ce dispositif était économiquement soutenable. Malheureusement, en 2020, comme je vais m’efforcer de le démontrer, le revenu universel est impossible à financer, sauf à spolier les retraités ou à instaurer une dictature économique de type socialiste. Donnons d’abord quelques chiffres. Le montant des recettes du budget de la France est de 300 milliards d’euros et ses dépenses, en 2021, seront de 434 milliards. Nous ne couvrons donc que 70% de nos dépenses et comme les drogués sont prisonniers de leur accoutumance délétère, nous sommes dépendants des emprunts. Notre dette dépassant 114 % de notre PIB, il est miraculeux que des investisseurs prêtent encore à un État en faillite. Nous devons cette faveur à la politique ultra accommodante de la Banque européenne, mais celle-ci ne va pas durer éternellement et bientôt la fin de la récréation sera sifflée. Si la transition ne se passe pas bien, ce qui est probable, nous serons alors obligés de présenter un budget dégageant un solde primaire (positif avant remboursement des emprunts). La France sera alors contrainte de couper une centaine de milliards dans ses dépenses. Devrons-nous comme la Grèce diminuer de 30% les retraites ? Ou sabrer en partie ou en totalité le RSA et la prime d’activité? Sans doute. En tout cas, il serait impossible en 2021 d’instaurer le revenu universel sans augmenter les impôts. L’argent magique n’existe malheureusement pas comme certains ont tendance à le croire depuis le début de l’année 2020.

À lire aussi: La France se dote d’un ronflant Conseil national de l’hydrogène

Il faudrait ruiner le pays pour assurer le revenu universel

Dans sa forme la plus généreuse, les partisans du revenu universel proposent que le minimum mensuel soit situé autour de 1000€, seuil de pauvreté. C’est ce que suggèrent entre autres les présidents socialistes des conseils généraux. Les détails de leur projet manquent et on ne peut chiffrer précisément la mesure proposée, mais donner 435€ de plus par mois aux 2 millions de personnes au RSA, 1000€ aux jeunes entre 18 et 25 ans et verser en moyenne 300€ aux 6 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté reviendrait au minimum à dépenser 80 milliards d’euros de plus. Il faudrait soit doubler l’impôt sur le revenu, soit confisquer les retraites au-dessus de 1500€ par mois, comme le proposaient certains économistes proches de Benoît Hamon.

Toutes ces solutions sont évidemment impossibles politiquement et même si le président socialiste de la Gironde exige qu’on la mette en place, aucune réforme fiscale cohérente ne pourra ramener 80 milliards dans les caisses de l’État. Bien sûr, on peut alléger la facture, ne donner que 500€ mensuels aux jeunes, ne verser qu’un minimum de 750€ par mois. Avec ces allégements, on devrait encore trouver 40 milliards. Ce qui est impossible sauf à ruiner le pays.

Benoît Hamon. © Daniel Pier / NurPhoto/AFP
Benoît Hamon © Daniel Pier / NurPhoto/AFP

La version light du revenu universel consiste à étendre le RSA aux 4 millions de jeunes de 18 ans à 25 ans qui ne travaillent pas. Or cette mesure coûterait 27 milliards d’euros, le tiers de l’impôt sur le revenu. Des députés ont mis au point un embryon de projet ; ils proposent de verser à tous les contribuables le RSA et en échange de taxer en moyenne à 32% les revenus de tous les Français sans exception et cela dès le premier euro.

Actuellement, 90 % des Français payent moins de 9% de leurs revenus au titre de l’IR et le taux maximum de prélèvement est de 21%. Nous sommes ainsi très loin des 32%. Encore une fois, les détails manquent, mais en effectuant des simulations prudentes on s’aperçoit qu’au-delà de 2000€ par mois, le contribuable paiera entre 30% et 40% de plus d’IR avec cette réforme radicale. Or cette dernière ne changera qu’à la marge la situation actuelle, le minimum social restera à 565€ par mois: seule nouveauté le RSA serait étendu à tous les jeunes.

Confisquer les biens des riches pour en faire des HLM ?

Sur Facebook, beaucoup d’économistes du café de commerce exigent qu’on confisque les biens des « riches ». Mais si on saisissait la moitié des patrimoines au-dessus d’un million d’euros, l’État se retrouverait avec des maisons, des actions, des assurances-vie constituées d’actions, d’emprunt d’États ou de SCPI. Ces biens ne seraient pas liquides puisque plus personne n’aurait les moyens de les acheter. Si un « ultra riche » possède un appartement parisien et une villa sur la Côte d’Azur et que l’État confisque la villa, qu’en fera-t-il? La maison sera invendable, puisque tous les « riches » seront dépouillés. Va-t-on la transformer en HLM, comme l’on fait les Bolcheviques avec les palais russes? Totalement absurde! Il est de même pour les actions saisies, personne ne pourra les acquérir sauf les étrangers.

En fait, on ne peut confisquer le capital qu’à la marge comme le faisait l’ISF et on ne peut agir que sur les revenus. Malheureusement, l’ensemble des revenus des Français ne se montent qu’à 927 milliards d’euros. Augmenter les impôts de 24, 40 ou 80 milliards d’euros paraît donc très difficile. Si dans un délire socialiste on saisissait l’ensemble des revenus de Français pour le redistribuer équitablement, chacun ne récupérerait que 1485 € par mois,   un gros smig!

Aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale

Bien sûr, on nous ressort souvent qu’il suffirait de lutter contre la fraude fiscale pour combler les trous du budget. Mais qui a la recette pour lutter contre ce fléau ? L’État fait déjà beaucoup et je vois mal quelles autres mesures il pourrait adopter. Le montant de la fraude fiscale est souvent estimé à 80 milliards d’euros, mais ce chiffre est donné au doigt mouillé; il n’y a aucune étude sérieuse qui le justifie puisque la fraude fiscale est par nature dissimulée. En outre, on confond souvent fraude fiscale et évitement fiscal. Le second est parfaitement légal du moment qu’on est transparent vis-à-vis du fisc français: il s’agit de placer ses biens dans des États à la fiscalité plus légère. On ne pourra jamais empêcher l’évitement fiscal, sauf à fermer ses frontières et à instaurer un contrôle des capitaux. Ce dernier ne serait hermétique qu’avec une économie entièrement socialiste. Il n’y a donc aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale.

À lire aussi, Sami Biasoni: La « Grande Réinitialisation »: le monde d’avant en pire

Dernière illusion, on propose de réinstaurer l’ISF (ce qui ne rapporterait que 3 milliards si on retrouve le niveau de 2016) et d’augmenter l’impôt sur les successions (actuellement il amène 14,6 milliards d’euros au budget de l’État). Bien sûr, on pourrait, en chargeant la barque, tirer de ces deux impôts une vingtaine de milliards, mais à quel prix? Notre impôt sur la succession est le plus lourd de l’OCDE si on excepte la Corée du Sud. Déjà des Français fortunés s’exilent en Belgique, en Suisse ou en Italie pour laisser le maximum à leurs enfants. Si on augmente encore l’impôt sur la succession, le nombre de « riches » exilés augmentera en flèche au point de diminuer drastiquement le revenu de ce prélèvement. Le jeu en vaudra-t-il la chandelle? Je ne crois pas.

Le revenu universel est une bonne idée. Il finira par être instauré en France, mais dans une cinquantaine d’années. Actuellement, il n’est pas finançable et prétendre le contraire est à mon avis faire preuve de naïveté.

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Courbevoie, l’attentat inconnu

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Courbevoie, le 5 décembre 2018. Photo: D.R.

L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort.


L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort. Le 5 décembre 2018, John Dowling sort du pôle universitaire Léonard-de-Vinci à Courbevoie. Il est environ midi, et ce professeur d’anglais s’en va déjeuner. L’enseignant d’origine irlandaise passe devant les étudiants dispersés sur la dalle de la place Mona-Lisa. Les uns fument une cigarette, d’autres attaquent leur sandwich. Ils observent ce professeur proche de la retraite se diriger vers Ali Hassan Rajput, un ancien élève que beaucoup préfèrent éviter.

L’irresponsabilité pénale bientôt confirmée?

Cet homme de 35 ans un peu dérangé les inquiète : arrivé en France en septembre 2016, le Pakistanais n’est jamais parvenu à s’intégrer à l’école. Il se comporte mal avec les femmes, ne parle pas bien français et est très religieux. Lors d’un stage en entreprise, il aurait exigé une voiture de fonction. Comme elle lui est refusée, il crie au racisme. Finalement, son premier semestre n’est pas validé, et l’université l’exclut. Fait rare, l’exclusion est assortie d’une interdiction de se présenter dans les locaux. Les vigiles ont pour consigne de ne plus le laisser entrer, car il nourrit une haine tenace contre son ancien établissement. Alors que son titre de séjour n’est pas renouvelé, il se fait de plus en plus menaçant. Reste que ce mercredi midi, il discute calmement avec John Dowling.

A lire aussi: Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Soudain, il sort un couteau de sa poche, saisit son ancien professeur par le bras et lui assène 15 coups au cou, au thorax et à la tête. La victime de 66 ans s’effondre, la barbe blanche qu’elle porte en collier recouverte de sang. La placette s’est transformée en une scène d’horreur. L’irresponsabilité pénale du meurtrier devrait être confirmée en mars 2021 par la justice. Deux collèges d’experts ont estimé qu’il souffre d’une psychose paranoïaque. Et que sa place est à l’asile.

John Dowling. Photo: D.R.
John Dowling. Photo: D.R.

Un dessin diffusé en cours?

On n’a que très peu parlé de ce fait divers sanglant. Le lecteur de Causeur sait que la presse parle de ce qui l’arrange et arrange ce dont elle parle. Pour défendre notre noble corporation, rappelons que nous étions alors tous fort occupés à commenter le saccage de l’Arc de Triomphe, et que cinq jours après le drame, l’attentat perpétré au marché de Noël de Strasbourg par Chérif Chekatt nous replongeait dans l’effroi islamiste. Enfin, le parquet national antiterroriste ne s’est jamais saisi du dossier.

Et puis Ali Hassan Rajput ne reprochait quand même pas à John Dowling d’avoir montré un dessin insultant à l’endroit de Mahomet, n’est-ce pas ? Non ? Si. En 2018, la procureure de Nanterre indiquait que selon les dires de l’assassin en garde à vue, l’enseignant « avait fait un dessin, diffusé en cours, insultant pour le prophète ». Lors de l’enquête, cet épisode n’a toutefois été attesté par aucun étudiant.

Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.
Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.

En soutien à Alain Finkielkraut: du danger de l’absolu en morale

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Photo: Hannah Assouline

“Tout homme a un dieu ou une idole” : génial épigraphe de La Voie Royale d’André Malraux emprunté au philosophe Max Scheler. En Occident, l’effacement du Dieu chrétien a déplacé le besoin d’absolu de la religion à la morale et a fait de celle-ci une idole. Le meilleur exemple de ce transfert est tout récent, c’est le mouvement woke aux États-Unis dont le professeur américain Joseph Bottum a expliqué qu’il était avant tout une résurgence du puritanisme protestant profondément lié à la culture de ce pays. On chassait les sorcières à Salem, on chasse désormais les incorrects dans tout le pays[tooltips content= »Voir le livre de l’universitaire américain An Anxious Age et son interview par Laure Mandeville dans le Figaro le 24 septembre 2020. »](1)[/tooltips].

Méfions-nous des idées claires

Il faut accepter ce postulat de départ : tout être humain a besoin d’une certaine dose de certitude absolue, même s’il ne le sait pas ou refuse de l’admettre. C’est l’idée de Max Scheler, qui se trouve déjà chez Tocqueville et dont Paul Veyne, le grand historien de la Rome antique, donne l’explication psychologique : “Morale maximaliste, morale de championnat, morale de sincérité ne font qu’une : ce sont des morales d’unification, de simplification du moi”[tooltips content= »Une introduction à l œuvre de
Sénèque »](2)[/tooltips]
. On croit absolument à un dieu ou à une règle morale pour se sentir mieux dans sa tête, pour se réveiller le matin avec des idées claires. Idées claires c’est-à-dire simplistes, le réel ayant la sale manie d’être épouvantablement embrouillé.

A lire ensuite: Lectures pour une fin de civilisation

Or mettre son besoin d’absolu dans une religion, à condition qu’elle soit de paix et d’amour, c’est un placement sûr, dont nous toucherons peut-être les intérêts après la mort. Mettre son besoin d’absolu dans une règle morale peut se révéler dangereux, voire catastrophique. Surtout s’il s’agit de morale sexuelle. Le Dieu révélé par le Christ n’a pas changé depuis deux mille ans, la morale sexuelle a beaucoup ondoyé. Par exemple sur les rapports sexuels entre adultes et enfants, et les joyeux dépucelages des fils par les mères dont Libé tenait la chronique dans les années 70  sont devenus d’infâmes attentats, passibles de l’enfer médiatique. L’antiracisme, le féminisme et la désexualisation de l’enfance (enfance au sens très large puisqu’elle englobe désormais les adolescents, comme si on avait décrété que la puberté,  changement essentiel dans le statut sexuel de la personne, n’existait plus) sont devenus des religions. Non pas des religions du pardon comme celle du Dieu chrétien qui pardonne 7 fois 77 fois, mais des religions sanguinaires, des cultes effrayants de Moloch où l’on jette dans la fournée ardente les mal-pensants et même ceux qui essaient simplement de faire des distinguos.

La raison et la morale sexuelle

Dans cet absolu moral qu’est devenu la désexualisation de l’enfance et de l’adolescence, Alain Finkielkraut a voulu, dans sa chronique sur LCI, introduire une nuance. C’est-à-dire arracher cette question à son statut de vérité religieuse intangible et la remettre dans le cadre humain d’une discussion, d’une approche critique. Nietzsche nous a appris que le théâtre et la démocratie étaient nés ensemble dans la Grèce antique comme deux expressions du débat libre et critique, fondateur de l’Occident. La violente prise de bec entre Antigone et Créon n’est concevable dans aucune autre civilisation. En parlant du consentement éventuel de la victime, Alain Finkielkraut a fait pleinement œuvre de philosophe, il a arraché à l’obscurité terrifiante d’un tabou primitif une question qui doit venir dans la lumière d’un débat humain, rationnel et contradictoire. Mieux, conformément au caractère courageux que nous connaissons et admirons, il a élevé la voix contre la meute impitoyable lancée aux trousses d’Olivier Duhamel, et dont le peu glorieux représentant ce jour-là fut David Pujadas. Il s’est fait le héros de la raison contre les fanatismes de la morale sexuelle d’aujourd’hui.

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“Un enfant de quatorze ans !” s’est indigné le porte-parole de la morale-devenue-religion-impitoyable. Les adolescents n’ont-ils aucune curiosité sexuelle ? Jean-Jacques Rousseau appelait Maman sa protectrice d’Annecy, Madame de Warens. A-t-il protesté lorsque Maman l’a rendu homme à seize ans ? Vanessa Springora ne s’est-elle jamais intéressée à ce que lui proposait Gabriel Matzneff ? “Fascinus” désigne à l’origine le sexe masculin, et l’adolescent de quatorze ans dont Camille Kouchner raconte l’histoire, n’a-t-il pas senti son cœur battre d’émotion autant que de crainte quand craquait le bois du couloir devant sa porte ?

“ Un enfant de quatorze ans !”

Chaque époque a besoin de son puritanisme fanatique, de son catéchisme d’idées reçues qui permet aux esprits simples d’accabler les esprits supérieurs. Ceux-ci essaient de concevoir la complexité du réel, ceux-là leur rabattent le caquet avec les formules toutes cuites de la doxa de l’époque. “Un enfant de quatorze ans !” “Mais enfin, ils s’assimileront comme les Italiens-Polonais-Espagnols-Portugais avant eux !” “La France de Dunkerque à Tamanrasset !” “L’Empire, c’est la paix !” 

L’histoire est un cimetière d’idées stupides, et les nôtres feront bien rire nos descendants. Surtout si règnent Allah le miséricordieux et son prophète, qui ne dédaigna pas de mettre une adolescente au nombre de ses épouses.

Antivax et complotistes: une violence rhétorique nourrie par l’inculture

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Slogan anti-vaccin obligatoire sur la poitrine d'une femme, le 15 octobre à Lyon lors d'une manifestation. © KONRAD K./SIPA Numéro de reportage: 00827640_000008

Prendre position pour une vaccination obligatoire des soignants expose à des attaques violentes sur les réseaux sociaux. Notre chroniqueuse Céline Pina vient d’en faire l’expérience. Elle analyse ici l’argumentation des antivax et des complotistes.


« Saloperie»,  « pute », « nazie », « connasse », « collabo », « fasciste », « pétainiste », « paranoïaque », « raclure », « quand je l’écoute, j’ai la machette qui me démange », « une balle et c’est réglé », « un véto pour la piquer » et j’en oublie des dizaines et des dizaines du même acabit, voilà ce que m’a valu le fait de prendre une position ferme sur la question de la vaccination des soignants.

À lire aussi, Ana Pouvreau: Covid-19: en 2021, le cauchemar continue 

Je ne m’attendais pas à une telle vague de violences et d’insultes, ni à avoir affaire sur les questions de vaccination à des réseaux structurés qui fonctionnent de la même manière que fonctionnent les réseaux islamistes : on met sur des sites militants un extrait d’intervention et des éléments de langage et une meute hystérique les relaie et vient vous attaquer sur les réseaux en mode harcèlement. Le niveau de haine et de violence verbale est d’ailleurs très proche mais il faut reconnaître une différence notable avec les islamistes, pour le moment les antivax ne nous font pas patauger dans le sang.

Je ne demande pas ici à ce que l’on me plaigne et ne cherche pas à me victimiser. Quand on a un peu de notoriété il faut savoir accepter la violence, l’aigreur, la jalousie et l’insulte, surtout quand elles ne se déversent que sur les réseaux sociaux, ne mettent pas votre intégrité physique en danger et ne s’en prennent pas à votre famille. Ce qui m’a intéressé dans cette histoire, c’est ce que cela dit de notre temps et des recompositions politiques des extrêmes.

L’obligation vaccinale à la source des problèmes

Ce qui me vaut d’être traitée de nazie, de suppôt de Big Brother ou de vendue à Big Pharma est le fait qu’à la question : « Faut-il rendre le vaccin obligatoire pour les soignants ? » et devant le tollé que le fait même de la poser suscitait, j’ai osé expliquer que l’on ne faisait pas société en refusant toute contrainte parce que l’on ressent toute obligation comme une atteinte à ses droits et à sa liberté. Que non seulement la question était légitime mais qu’elle se justifiait eu égard à la position des soignants : ils sont les plus exposés et au contact des plus faibles. Dans leur cas l’obligation vaccinale est liée à leurs responsabilités et à leurs obligations vis-à-vis des malades qui leur sont confiées. C’est ce qui justifie l’obligation qu’ont par exemple les soignants de se faire vacciner contre l’hépatite B. Ces obligations étant liées à la nature de la profession et aux responsabilités qui lui sont liées, j’ai donc conclu en précisant qu’un soignant, qui refuserait de se faire vacciner, devrait s’interroger sur son rapport à son métier. J’ai précisé ensuite que lorsque les personnes n’acceptent pas les règles inhérentes à leur fonction, je n’étais pas sûre qu’il faille les garder.

Cette position n’est pas celle choisie par le gouvernement et qu’elle puisse heurter, je le comprends.  D’autant plus que la technologie de l’ARN messager n’est pas connue du grand public et que nombre de documentaires complotistes ont introduit l’idée que toutes les précautions n’avaient pas été prises sur le développement des vaccins ou que les études scientifiques n’avaient pas été publiées. Que certains soignants y soient favorables et d’autres opposées auraient pu mener à un débat constructif, sur les bénéfices-risques du vaccin, sur l’immunité attendue d’une vaccination massive…

Pierre Barnerias, realisateur du film "HOLD UP" © AUDEBERT DIDIER/SIPA Numéro de reportage : 00991347_000001
Pierre Barnerias, realisateur du film « HOLD UP » © AUDEBERT DIDIER/SIPA Numéro de reportage : 00991347_000001

Le souci est que sous ce terme de soignant, popularisé pour rendre hommage à tous ceux qui se dévouent au sein de nos hôpitaux, ont été rangées des personnes ayant une véritable formation scientifique, comme les médecins et les biologistes, mais aussi un personnel dont les compétences scientifiques sont bien moindres, les aides-soignants et les infirmiers. Certes ces personnels sont aussi souvent l’âme et l’humanité de l’hôpital, mais ils ne maîtrisent pas forcément les sujets dont ils s’emparent et se réclament parfois d’une expertise qu’ils ne possèdent pas. Ceux-ci auraient été néanmoins légitimes à exposer leurs craintes et leurs réticences mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

Chasse à l’homme organisée

Cette réponse n’a suscité aucun débat, mais plutôt une chasse à l’homme organisée, dont les messages reçus donnent une idée du niveau. L’extrait de l’émission dans lequel j’expose mon point de vue a été partagé sur nombre de sites d’extrême-droite et sur les réseaux QAnon et antivax. Ainsi la vidéo a tourné sur « Riposte Laïque », « Le Libre penseur » (site complotiste lié à l’extrême-droite animé par un musulman radicalisé qui fait la synthèse entre islamisme, antivax et conspirationnisme), « La vraie démocratie » ou « le réveil citoyen », sites ouvertement conspirationnistes,  « Balance ton média »… On retrouve sur certains de ces sites tous les éléments de langage que je vais lire plus tard sur Twitter et Facebook, insultes comprises parfois.

Ces réactions sont à la fois intéressantes et inquiétantes. Elles témoignent d’une société qui n’a plus de rapports à ses devoirs et réclame des droits comme un dû sans se rendre compte que ce sont les devoirs acceptés qui font les droits partagés. Elle parle aussi non pas du peuple mais d’une certaine populace, poche d’aigreur et de frustration en formation qui se prend pour le peuple et n’en est que la décomposition.

La populace réclame des têtes

C’est en son sein, que je distingue du véritable peuple, que tous les fascismes ont fait leur marché, qu’ils soient verts, rouges ou bruns. Car là où un peuple éclairé essaie de se construire un destin, la populace elle se contente de réclamer des têtes. Le premier est exigeant, la deuxième n’est que pulsion. C’est ce type de personne qui a marché sur le Capitole aux États-Unis, qui nourrit le complotisme, qui fait les choux gras des racialistes et que travaillent au corps les islamistes. Ce sont eux qui nourrissent les extrêmes qu’ils soient de gauche ou de droite et qui constituent la chair à canon de l’emprise totalitaire par leur simplisme et leur violence.

Chez les antivax, elle se nourrit d’un discours où Big Pharma et Big Brother marchent main dans la main pour esclavagiser les citoyens. Ceux-ci n’ont aucune culture scientifique et racontent n’importe quoi, mais leur simplisme les rend efficaces et crée une solidarité forte: ils sont menacés par la dictature des élites. La question de la vaccination est détournée pour délivrer un discours où des gouvernements criminels auraient infecté leur population dans le but de faire réaliser des bénéfices fabuleux à Big Pharma car ce sont tous des mafieux et des vendus.

Certes les réseaux sociaux sont des miroirs déformants mais fut un temps les délires QAnon paraissaient marginaux et ridicules. Ce sont pourtant ceux qui se réclament de ce mouvement qui a réussi aux États-Unis à envahir le Capitole. Ce que les réseaux sociaux font émerger à la conscience de tous, c’est ce que devient le peuple quand il n’est pas éclairé. Là où un peuple éclairé et conscient de lui-même, de ses idéaux, de ses principes, de ses devoirs et de ses responsabilités est le garant de la démocratie ; la populace, pulsionnelle et dépourvue de limites, en est le liquidateur.

Ce qui est frappant dans ces attaques, c’est aussi le niveau d’immaturité de ces adultes. Leur rapport à la liberté est celui d’un ado de 13 ans qui ne veut faire que ce qu’il veut. Il n’y a aucune conscience des responsabilités liées à la liberté. Ils vivent toute limite comme une violence, toute prise en compte d’autrui comme une entrave.

Refus des opinions contraires

Ces personnes qui traitent tout le monde de fasciste ont un fonctionnement pour le coup réellement totalitaire: ils n’acceptent aucune opinion contraire aux leurs, déshumanisent ceux qui les expriment et appellent à la violence de façon totalement décomplexée. Le plus drôle est leur absence totale de rapport à la réalité. Je ne suis pas décideur ni élue. Mon opinion sur les vaccins n’est qu’une opinion et je n’ai pas les moyens ni la légitimité pour l’imposer à quiconque. On peut donc être d’accord ou non avec une opinion mais qu’elle suscite une haine aussi délirante pour quelqu’un dénué de pouvoir est juste stupéfiant.

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Nombre de personnes qui ont basculé dans le complotisme se revendiquent anciens Gilets jaunes et se déclarent constituer le peuple. Elles se vivent comme l’armée de réserve de la contestation sociale que va générer la crise. Le problème c’est que celles-ci n’ont rien à voir avec un prolétariat politisé et syndiqué, luttant rationnellement pour améliorer ses conditions de vie et faire progresser ce qui lui apparait comme la justice sociale. Là on a plutôt affaire à un regroupement d’aigreur et de frustration peu éclairées que la crise pourrait faire basculer dans la violence politique et qui trouvera des mouvements pour à terme récupérer et manipuler cette violence. Avec la crise économique qui va succéder à la crise sanitaire, ces profils d’extrême-droite complotistes, radicalisés et chauffés à blanc, n’appartenant pas directement à un parti et parfaitement incontrôlables vont investir la rue. Rejoignant de fait une extrême-gauche déchainée, des islamistes et des racialistes excités par la faiblesse du gouvernement et le discrédit qui touche les élites. 2021 devrait être une année de décompensation. Pas sûre qu’elle ouvre vers des lendemains qui chantent.

Silence coupable

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Emmanuel Macron, président de la République, 2017-2027

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Le président Macron en déplacement dans l'Eure le 12 janvier 2021 © Christophe Ena/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22529537_000023

Un ami quelque peu souverainiste et plein de bonnes intentions — les pires — m’a récemment envoyé une liste d’une cinquantaine de noms de personnalités qu’il verrait bien s’associer dans un futur gouvernement de salut public. Barbara Lefebvre y côtoie Bruno Retailleau et Julien Aubert, Didier Raoult copine avec François Asselineau, Eric Ciotti est censé y parler avec Jacques Sapir, etc. Régis de Castelnau siégerait place Vendôme (au ministère de la Justice, pas au Ritz !), et Florian Philippot dialoguerait à nouveau avec Marine Le Pen. Comme dit quelque part Cyrano : « Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau ! »

Passons sur l’incongruité d’une telle liste, où de grandes intelligences comme Régis Debray sont mises sur la touche. Le plus significatif, c’est l’incapacité d’éliminer des gens qui sont évidemment dépassés. Marine Le Pen, entre les deux tours de 2017, a définitivement prouvé qu’elle était incapable de comprendre les vrais enjeux, de se hisser à la hauteur des événements et de s’exprimer de façon claire et convaincante : personne n’aurait su, comme elle, bousiller une main gagnante, elle peut remercier ses conseillers de la onzième heure, ceux mêmes qui sont toujours là. Nicolas Dupont-Aignan, pour lequel j’ai eu un temps de la sympathie, s’est noyé dans son nombril : en témoigne l’hémorragie de ses militants. Toute équation électorale qui comprendrait l’un ou l’autre de ces perdants naturels est vouée à l’échec.

Marion Maréchal est aux abonnés absents — mais aussi bien cherche-t-elle à se faire oublier, en attendant la chute prochaine de la maison Tatie. Sans doute se réserve-t-elle pour 2027. Mais en 2027, y aura-t-il encore une France ?

A lire ensuite, Louis Hausalter: « Marion Maréchal candidate, ce n’est pas pour 2022! »

Quand je pense que certains voudraient pousser Eric Zemmour à se présenter… L’un des hommes les plus haïs de France…

Il n’y a guère pour le moment qu’Arnaud Montebourg qui offre un peu de visibilité, sinon de crédibilité. Mais ses anciens petits camarades du PS s’occupent déjà à lui savonner la planche de la bascule à Charlot. Il s’est intelligemment fait oublier pendant quatre ans. À part la promotion du slip made in France, qu’a-t-il de nouveau à proposer ?

D’ailleurs, je vous entends protester déjà. Untel ? Impensable. Une telle ? Allons donc ! Ou tel autre ? Un peu de sérieux s’il vous plaît.

Il y a bien trop de gens intelligents, chez les souverainistes. Ils sont prêts à s’entretuer pour laisser toutes ses chances à Macron II.

Quant aux candidats professionnels… Mélenchon n’a apparemment pas compris dans quels abîmes l’avaient entraîné les militants indigénistes dont il s’est entouré. S’il dépasse 8% à la prochaine présidentielle, je mange mon chapeau. La Gauche croule sous les petites pointures : quelqu’un peut-il sérieusement soutenir la candidature de Christiane Taubira (2,32% des voix en 2002, juste assez pour empêcher Jospin d’être au second tour) ou d’Anne Hidalgo, la préférée des bobos ? Les indigénistes auront le leur, chaque sous-groupe désignera le sien, reflet de l’éclatement en « communautés » de ce qui fut jadis une unité nationale.

Tout cela offre un boulevard à Emmanuel Macron. Pas à son parti, usé jusqu’à la corde avant même de s’être réellement fortifié, miné par les défections, ramassis de godillots éculés, ridiculisés par une attitude de béni-oui-oui durant tout le quinquennat. Mais Macron a toutes les chances de réussir au second tour, face à une opposition désorganisée où personne n’atteindra 20% des voix : Chirac ne les avait pas atteints en 2002 au premier tour, ça ne l’a pas empêché de faire plus de 80% au second. Et si ce n’est lui (il a laissé planer un doute dans son interview à Brut, histoire de se faire désirer), ce sera Bruno Le Maire, fort des subsides alloués à des entreprises mises en faillite par l’habile politique sanitaire du gouvernement. Il ne restera plus alors au président élu qu’à proposer des postes à ses adversaires d’hier — on a vu en 2017 comment certains, de bords fort différents, et après avoir enfoncé Macron avant le premier tour, se précipitaient pour bénéficier d’une gamelle, d’un maroquin et d’un chauffeur —, jouer sur les anathèmes des uns et des autres, et ressusciter la Quatrième République.

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP
Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP

Pendant ce temps, les grandes compagnies internationales, qui régissent déjà notre pays et quelques autres, continueront à se partager le gâteau.

Qu’une personnalité unique soit incapable de faire consensus dans l’opposition est une évidence. Les noms ingénument mis en avant plus haut sont ceux de gens qui ne s’aiment guère, et se disputent sur des différences byzantines — les pires.

C’est d’autant plus sidérant que le souverainisme, le républicanisme, sont largement majoritaires dans ce pays. Macron, vous pouvez en être sûr, entonnera la Marseillaise et se drapera dans les couleurs de la République. Il est très fort pour emprunter les mots de ses adversaires. Les idées peuvent attendre. Quant aux réalisations, elles sont déjà écrites : faut-il rappeler que le président de la République a appliqué exactement le programme pour lequel il a été élu ? Il lui reste peu de temps pour achever les réformes promises, et compromises par un virus contrariant…

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Jeanne d’Arc, Napoléon, Clemenceau ou De Gaulle ont instillé en nous l’attente d’un génie providentiel. Mais ce sont des vêtements un peu amples pour les petites pointures et les demi-intelligences qui grenouillent sous le feu des médias. Ne rêvez pas : aucun prétendant sérieux ne viendra, dans les quinze mois qui nous séparent de la prochaine présidentielle, se construire une stature de sauveur de la patrie.

Et quand bien même… Il lui manquerait les quinze ou vingt millions d’euros nécessaires aujourd’hui à une campagne médiatique. C’est ce que la dernière a coûté à Macron : le bon retour sur investissement incitera sans doute les mêmes bâilleurs de fonds à réitérer l’opération. Face au quadrillage des consciences opéré par les médias et l’establishment, aucune issue. Après tout, on est si bien parvenu à vous faire croire que la politique sanitaire du gouvernement était adéquate que nombre de nos concitoyens, poussant le masochisme jusqu’à des profondeurs insoupçonnées, en redemandent. La France, ou De la trouille considérée comme l’un des beaux-arts.

En définitive, la réélection de Macron conviendra admirablement à ce que l’on a fait de la France : une équipe de seconde division. Il faudrait que la situation s’aggrave considérablement pour qu’émerge une personnalité crédible, et forte du soutien de la rue. Il n’y a pas de 18 juin sans déroute préalable. Mais qui le souhaiterait ? Les peuples sont intelligemment anesthésiés par un virus qui est au fond une splendide opportunité pour les gens au pouvoir — et qui y resteront.