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Emmanuel Macron, président de la République, 2017-2027

Opposé au président, le souverainisme a la cote mais trop de prétendants

Emmanuel Macron, président de la République, 2017-2027
Le président Macron en déplacement dans l'Eure le 12 janvier 2021 © Christophe Ena/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22529537_000023

Un ami quelque peu souverainiste et plein de bonnes intentions — les pires — m’a récemment envoyé une liste d’une cinquantaine de noms de personnalités qu’il verrait bien s’associer dans un futur gouvernement de salut public. Barbara Lefebvre y côtoie Bruno Retailleau et Julien Aubert, Didier Raoult copine avec François Asselineau, Eric Ciotti est censé y parler avec Jacques Sapir, etc. Régis de Castelnau siégerait place Vendôme (au ministère de la Justice, pas au Ritz !), et Florian Philippot dialoguerait à nouveau avec Marine Le Pen. Comme dit quelque part Cyrano : « Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau ! »

Passons sur l’incongruité d’une telle liste, où de grandes intelligences comme Régis Debray sont mises sur la touche. Le plus significatif, c’est l’incapacité d’éliminer des gens qui sont évidemment dépassés. Marine Le Pen, entre les deux tours de 2017, a définitivement prouvé qu’elle était incapable de comprendre les vrais enjeux, de se hisser à la hauteur des événements et de s’exprimer de façon claire et convaincante : personne n’aurait su, comme elle, bousiller une main gagnante, elle peut remercier ses conseillers de la onzième heure, ceux mêmes qui sont toujours là. Nicolas Dupont-Aignan, pour lequel j’ai eu un temps de la sympathie, s’est noyé dans son nombril : en témoigne l’hémorragie de ses militants. Toute équation électorale qui comprendrait l’un ou l’autre de ces perdants naturels est vouée à l’échec.

Marion Maréchal est aux abonnés absents — mais aussi bien cherche-t-elle à se faire oublier, en attendant la chute prochaine de la maison Tatie. Sans doute se réserve-t-elle pour 2027. Mais en 2027, y aura-t-il encore une France ?

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Quand je pense que certains voudraient pousser Eric Zemmour à se présenter… L’un des hommes les plus haïs de France…

Il n’y a guère pour le moment qu’Arnaud Montebourg qui offre un peu de visibilité, sinon de crédibilité. Mais ses anciens petits camarades du PS s’occupent déjà à lui savonner la planche de la bascule à Charlot. Il s’est intelligemment fait oublier pendant quatre ans. À part la promotion du slip made in France, qu’a-t-il de nouveau à proposer ?

D’ailleurs, je vous entends protester déjà. Untel ? Impensable. Une telle ? Allons donc ! Ou tel autre ? Un peu de sérieux s’il vous plaît.

Il y a bien trop de gens intelligents, chez les souverainistes. Ils sont prêts à s’entretuer pour laisser toutes ses chances à Macron II.

Quant aux candidats professionnels… Mélenchon n’a apparemment pas compris dans quels abîmes l’avaient entraîné les militants indigénistes dont il s’est entouré. S’il dépasse 8% à la prochaine présidentielle, je mange mon chapeau. La Gauche croule sous les petites pointures : quelqu’un peut-il sérieusement soutenir la candidature de Christiane Taubira (2,32% des voix en 2002, juste assez pour empêcher Jospin d’être au second tour) ou d’Anne Hidalgo, la préférée des bobos ? Les indigénistes auront le leur, chaque sous-groupe désignera le sien, reflet de l’éclatement en « communautés » de ce qui fut jadis une unité nationale.

Tout cela offre un boulevard à Emmanuel Macron. Pas à son parti, usé jusqu’à la corde avant même de s’être réellement fortifié, miné par les défections, ramassis de godillots éculés, ridiculisés par une attitude de béni-oui-oui durant tout le quinquennat. Mais Macron a toutes les chances de réussir au second tour, face à une opposition désorganisée où personne n’atteindra 20% des voix : Chirac ne les avait pas atteints en 2002 au premier tour, ça ne l’a pas empêché de faire plus de 80% au second. Et si ce n’est lui (il a laissé planer un doute dans son interview à Brut, histoire de se faire désirer), ce sera Bruno Le Maire, fort des subsides alloués à des entreprises mises en faillite par l’habile politique sanitaire du gouvernement. Il ne restera plus alors au président élu qu’à proposer des postes à ses adversaires d’hier — on a vu en 2017 comment certains, de bords fort différents, et après avoir enfoncé Macron avant le premier tour, se précipitaient pour bénéficier d’une gamelle, d’un maroquin et d’un chauffeur —, jouer sur les anathèmes des uns et des autres, et ressusciter la Quatrième République.

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP
Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP

Pendant ce temps, les grandes compagnies internationales, qui régissent déjà notre pays et quelques autres, continueront à se partager le gâteau.

Qu’une personnalité unique soit incapable de faire consensus dans l’opposition est une évidence. Les noms ingénument mis en avant plus haut sont ceux de gens qui ne s’aiment guère, et se disputent sur des différences byzantines — les pires.

C’est d’autant plus sidérant que le souverainisme, le républicanisme, sont largement majoritaires dans ce pays. Macron, vous pouvez en être sûr, entonnera la Marseillaise et se drapera dans les couleurs de la République. Il est très fort pour emprunter les mots de ses adversaires. Les idées peuvent attendre. Quant aux réalisations, elles sont déjà écrites : faut-il rappeler que le président de la République a appliqué exactement le programme pour lequel il a été élu ? Il lui reste peu de temps pour achever les réformes promises, et compromises par un virus contrariant…

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Jeanne d’Arc, Napoléon, Clemenceau ou De Gaulle ont instillé en nous l’attente d’un génie providentiel. Mais ce sont des vêtements un peu amples pour les petites pointures et les demi-intelligences qui grenouillent sous le feu des médias. Ne rêvez pas : aucun prétendant sérieux ne viendra, dans les quinze mois qui nous séparent de la prochaine présidentielle, se construire une stature de sauveur de la patrie.

Et quand bien même… Il lui manquerait les quinze ou vingt millions d’euros nécessaires aujourd’hui à une campagne médiatique. C’est ce que la dernière a coûté à Macron : le bon retour sur investissement incitera sans doute les mêmes bâilleurs de fonds à réitérer l’opération. Face au quadrillage des consciences opéré par les médias et l’establishment, aucune issue. Après tout, on est si bien parvenu à vous faire croire que la politique sanitaire du gouvernement était adéquate que nombre de nos concitoyens, poussant le masochisme jusqu’à des profondeurs insoupçonnées, en redemandent. La France, ou De la trouille considérée comme l’un des beaux-arts.

En définitive, la réélection de Macron conviendra admirablement à ce que l’on a fait de la France : une équipe de seconde division. Il faudrait que la situation s’aggrave considérablement pour qu’émerge une personnalité crédible, et forte du soutien de la rue. Il n’y a pas de 18 juin sans déroute préalable. Mais qui le souhaiterait ? Les peuples sont intelligemment anesthésiés par un virus qui est au fond une splendide opportunité pour les gens au pouvoir — et qui y resteront.


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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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