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Qui méritera le tableau d’honneur?

Le billet de Philippe Bilger


Qui méritera le tableau d’honneur?
A Toulouse, le candidat socialiste rejoint la liste du candidat islamo-gauchiste François Piquemal, LFI, ici à droite, pour le second tour des élections municipales, 17 mars 2026 © Fred Scheiber/SIPA

Les petits arrangements honteux observés pendant l’entre-deux-tours des élections municipales sont observés avec gourmandise par les spécialistes de la politique, mais dégoutent les citoyens ordinaires.


On n’a jamais connu d’élections municipales aussi passionnantes, sur le plan tactique et en matière d’alliances, entre les deux tours. En effet, il est intéressant de voir combien certains des pronostics les plus pessimistes sur la morale des responsables politiques se sont révélés exacts. Je me souviens d’échanges bien antérieurs où l’on n’osait pas imaginer que la profonde fracture entre les socialistes et les écologistes, d’un côté, et les Insoumis, de l’autre — à cause de l’antisémitisme imputé à Jean-Luc Mélenchon, diaboliquement habile dans sa manière de laisser entendre sans jamais dire vraiment — serait comblée. Cette opposition, de nature éthique, paraissait tellement plus importante que les discordes partisanes et laissait espérer, dans la confrontation à venir, un dissentiment durable. D’autres voix, il est vrai, traitaient ces optimistes de naïfs et, avec une sorte de sagesse résignée, présumaient le pire ainsi que le retour, lors des élections municipales, de reniements quasiment obligatoires. Comme si l’éthique était impossible en politique et comme si les accords nationaux proclamant haut et fort le refus des alliances délétères n’étaient qu’une promesse creuse destinée à couvrir les multiples alliances et complicités du terrain.

Quelle indignité !

Sans l’ombre d’une hésitation, sans même chercher à donner le change, beaucoup de socialistes, stimulés seulement par l’enjeu municipal, ont non seulement voulu sauver leur mise en feignant de ne se livrer qu’à des processus techniques, alors même que ceux-ci constituaient un abandon moral et politique, mais ont parfois accepté, sans frémir, de laisser LFI en première ligne, comme à Toulouse par exemple, ou de la rejoindre sans vergogne comme à Nantes. Face à ce cataclysme qui a indigné beaucoup de citoyens, parce qu’il dépassait les facilités et les contradictions quasiment consubstantielles aux affrontements partisans, on a entendu Olivier Faure, volontiers donneur de leçons… pour les autres, approuver la multitude de ces trahisons et ajouter, à une réalité déjà scandaleuse, l’aval d’une autorité dont on attendait rigueur et constance. Quelle lamentable déconvenue républicaine !

Il faut porter, au crédit de Jean-Luc Mélenchon, une impitoyable et sarcastique lucidité sur les socialistes, « des combinards qu’on pourrait acheter pour pas cher pour le second tour », et dont la fermeté affichée sur un accord national n’était destinée qu’à permettre une multitude de reniements à la base et sur le terrain. Il avait vu juste, dans son discours du 4 mars à Bondy, et avait anticipé, dans le détail, ce que serait la déroute socialiste, à son seul bénéfice, aussi bien sur le plan des conquêtes que pour une restauration symbolique.

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Il est navrant — on a le droit d’observer ailleurs que dans son camp — de ne pas avoir entendu davantage la voix de l’ancien président François Hollande, qui affirme plus volontiers ses principes et ses lignes rouges sur le plan médiatique que concrètement dans le débat public. À ma connaissance, il n’a rien dit pour dénoncer avec force et clarté ces « accords de la honte », selon une expression émanant non seulement des adversaires du Parti socialiste, mais aussi de certains socialistes eux-mêmes, notamment — et avec quelle netteté — Jérôme Guedj. Ce qui démontre qu’il ne faut jamais totalement désespérer.

Au risque de me faire désavouer par tous ceux qui confondent la vie politique avec la guerre civile, il y a eu, chez les socialistes, des personnalités qui ont tenu et qui méritent le tableau d’honneur, aussi bien à Paris et à Marseille que dans d’autres municipalités moins connues. Quelques fidélités à des engagements ont projeté une éclatante lumière dans un monde qui, depuis quelques jours, n’a pas brillé par son intégrité.

Dati traite mal Knafo

Mon appréciation positive du respect de l’éthique par quelques-uns n’a rigoureusement rien à voir avec une quelconque adhésion politique ; mais, pour ma part, dans une démocratie malade, je ne me paierai jamais le luxe de demeurer indifférent à des comportements qui rassurent et battent en brèche un pessimisme qui trouve, par ailleurs, tellement de justifications. On me pardonnera de constater l’effet délétère des dérives socialistes sur les attitudes et les positions de la droite républicaine. Je n’évoquerai pas la manière, à mon sens méprisante, dont on a évoqué Sarah Knafo, son score et les citoyens qui l’ont soutenue. Pour être en opposition politique, on n’est pas obligé de la traiter, elle et ses partisans, comme s’ils étaient le diable.

Je crains cette propension du camp conservateur — depuis le 17 mars à 18 heures, tout est fixé, figé — à s’être tellement persuadé qu’il fallait être irréprochable, contrairement aux socialistes, qu’il a accepté trop facilement, trop paresseusement, le grief d’une prétendue similitude entre LFI et le Rassemblement national, alors qu’elle n’est pas pertinente: une majorité de citoyens, dans les enquêtes d’opinion, ont choisi leur danger, sinon exclusif, du moins largement prioritaire : LFI. Le comportement du RN, dans tous les lieux où la République se déploie, jusqu’à nouvel ordre, n’a rien qui puisse lui être reproché, sauf à confondre la contradiction politique avec l’opprobre moral, ce qui facilite les dénonciations mais ne convainc personne. La conséquence en est que, là où les socialistes ont eu immédiatement le front de s’allier avec LFI pour battre la droite et le centre, ces derniers ont eu des pudeurs de chaisière pour ne pas aller au bout de leur envie de faire perdre la gauche et l’extrême gauche. Cette droite n’est de loin pas la plus bête du monde, mais en tout cas la moins réaliste. Elle n’aurait pas perdu son âme, mais aurait permis à des municipalités de mieux se porter demain !

Le tableau d’honneur n’est pas très rempli. J’ose espérer que dimanche prochain, le 22 mars, ceux qui s’y trouvent seront au moins récompensés.



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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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