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Tocqueville et nous

La publication des derniers tomes des œuvres complètes de Tocqueville est l’occasion de se replonger dans son œuvre toujours de circonstance en 2021. Analyse de Philippe Bilger.


Alexis de Tocqueville, dont le moindre mérite n’était pas d’avoir ignoré les dangers qu’une démocratie pouvait se causer à elle-même si elle se laissait abuser par des « meneurs d’opinion », semble par sa réflexion totalement accordé avec notre monde d’aujourd’hui. Il comparait l’influence de ces « meneurs » à celle de l’ancienne Inquisition, quoique de nature différente mais avec des résultats similaires, et les dénonçait avec cette admirable formule: « Vous resterez parmi les hommes mais vous perdrez vos droits à l’humanité ». Quand j’ai lu cette profonde pensée, je n’ai cessé de la méditer, percevant que derrière son apparente simplicité elle ouvrait des perspectives aussi bien sur le plan politique que judiciaire par exemple.

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J’aime que, pour demeurer dans le domaine des « meneurs d’opinion » – et on devine bien ceux qui de nos jours pourraient être concernés par cette analyse – Tocqueville ne songe pas à les sortir de notre condition humaine mais leur dénie de se prévaloir précisément des dignités, de l’honneur attachés à l’humain, de ce qu’être homme vous crédite, de ce qu’être homme vous assure comme légitimité et reconnaissance. Ce n’est donc pas tout d’être un homme, encore faut-il mériter de l’être et si on n’en est pas digne, on reste homme formellement, physiquement, mais on perd l’essentiel : la lumière pour soi et pour les autres, l’exemple d’une humanité qui vaut la peine.

Derrière ces « meneurs d’opinion », comment ne pas identifier aujourd’hui tous ceux, intellectuels, journalistes, débatteurs, essayistes, humoristes, artistes, bateleurs, qui seraient, si on examinait lucidement certains d’entre eux, leur comportement, leurs propos et leur influence discutable, régis par cette terrible observation de Tocqueville : ils seraient des nôtres certes mais ne nous honoreraient pas et ne s’honoreraient pas par leur présence, leur langage, leur contentement d’eux-mêmes.

Dans le domaine judiciaire, cette assertion est encore plus pertinente et me semble régler une fois pour toutes ce qu’il convient de dire de ces crimes tellement horribles qu’ils paraissent faire sortir leurs auteurs de notre humaine condition. Et avoir pu justifier donc, dans des temps révolus, la peine de mort puisqu’à proprement parler on ne s’imaginait pas tuer un homme comme nous mais une existence dont le mal était explicable par une sorte de sortilège exotique voire de sorcellerie. J’ai entendu requérir ainsi et c’était se faciliter honteusement la tâche : comme on ne pouvait pas admettre qu’un homme ait agi sur un mode aussi insensé, hors de l’ordinaire, il fallait bien qu’il ne fût pas humain et qu’il soit traité comme s’il était un mystère criminel absolu.

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Alors que Tocqueville nous donne la clé de l’énigme. Le criminel « reste parmi les hommes » mais il n’a plus rien qui le rattache à ce à quoi son humanité lui aurait donné droit s’il avait été à la hauteur de celle-ci. Un homme donc mais séparé de nous. Non par son apparence mais à cause du gouffre effroyable qui le rend indigne de se revendiquer un homme avec l’aura, l’allure et la fierté qui s’y rattachent. Le criminel est parmi nous, avec nous mais il a « perdu ses droits à l’humanité ». Privé donc de l’essentiel.

Je mesure ce que cette fulgurante approche permet comme généralisation. Je n’en ai évidemment pas épuisé la richesse. Il me plaît de rendre hommage à Tocqueville, cet immense esprit. Pas seulement, comme souvent, pour ses intuitions historiques et sa vision de l’avenir mais pour cette singulière et mélancolique perception de nous-mêmes : on ne mérite pas toujours de se dire un homme.

L'Ancien Régime et la Révolution

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Emmanuelle Ménard: « La PMA crée une situation dégradée pour l’enfant dès sa naissance ! »

Pour le député de la 6ème circonscription de l’Hérault, la PMA promeut un mensonge, car elle fait croire aux enfants qu’ils peuvent naître de deux femmes.


Emmanuelle Ménard déplore la terrible décadence éthique de cette prétendue « loi d’amour » portée par les députés de la majorité.

La loi bioéthique, qui doit être adoptée définitivement le 29 juin, permettra dès septembre aux femmes célibataires ou lesbiennes d’avoir recours à la PMA. Cette loi traite également de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, l’embryon humain et la création d’embryons chimériques animal-homme. Entretien.


Causeur. Les opposants au projet de loi « PMA pour toutes », comme ses défenseurs l’appellent, affirment qu’il porte atteinte à la famille. De quelle façon ?

Emmanuelle Ménard. Avec cette loi, la famille perd sa réalité et sa vraisemblance biologiques ! En septembre 2019, quand la journaliste Myriam Encaoua demande à Agnès Buzyn « Un père, c’est une fonction symbolique. Cela peut-il être une femme ? », la ministre de la Santé répond : « Cela peut être une femme, évidemment. Cela peut être une altérité qui est trouvée ailleurs dans la famille, on le voit, cela peut être des oncles ou une grand-mère. Je crois que les enfants ont besoin d’amour, tout nous démontre aujourd’hui que ce qui compte, c’est la sérénité autour de l’enfant et cela, toutes les familles peuvent le garantir. »

Pour les progressistes, le père n’est donc pas indispensable dans la famille. C’est l’altérité qui l’est, et pas au sens sexué du terme. Contre tout principe de réalité… Dans le cas des femmes célibataires qui souhaitent avoir des enfants, n’importe qui dans l’entourage pourrait donc être la deuxième personne. « Ces femmes ont mûri leur projet parental » [1] diront les législateurs en faveur de la « PMA pour toutes ». On est donc loin du but premier de la PMA qui avait pour seul objet de « remédier à l’infertilité d’un couple ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité ; ce couple doit être composé d’un homme et d’une femme en âge de procréer » selon la loi de 1994. [2]

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On sait pourtant à quel point les familles monoparentales peuvent être victimes de la précarité. La loi « PMA pour toutes » va en créer encore plus alors que, depuis longtemps, le législateur met en place des mesures exceptionnelles pour protéger ces familles. Même si une « femme seule » a une belle situation, elle peut, à tout moment, perdre son travail ou tomber malade. Sa situation est alors bien plus fragile puisqu’elle n’aura personne pour l’aider à s’occuper de ses enfants, contrairement aux familles avec deux parents. Cette loi crée une situation dégradée pour l’enfant dès sa naissance.

C’est intéressant de souligner que la mention « il n’existe pas de droit à l’enfant », que le Sénat avait ajoutée dans le texte, a été supprimée par les députés…

Coralie Dubost, député LREM et rapporteur du Projet de loi, a parlé de « la liberté de devenir parent » le 11 juin 2021, alors qu’elle était invitée de l’émission « Parlement Hebdo »

Oui ! C’est leur volonté de mettre en avant le parent d’intention qui remplace le parent biologique. D’ailleurs, en juin dernier, lors de l’examen du texte en troisième lecture par la Commission spéciale, Coralie Dubost affirmait aussi le « droit à l’amour » pour justifier la finalité de cette loi. Les députés LREM ne semblent pas se rendre compte de ce qu’ils votent ; ils prétendent que les femmes qui souhaitent la PMA « ont le droit d’être heureuses », mais personne ne dit le contraire ! Je leur réponds « vous allez priver l’enfant de père », mais c’est un dialogue de sourds car les référentiels sont trop opposés. Nous ne sommes pas là pour répondre à un besoin d’amour : les législateurs ne légifèrent pas sur l’amour ! La mission des parlementaires est justement de dépassionner les débats. La douleur des femmes (due à une infertilité ou à une stérilité…), c’est malheureux, mais ce n’est pas ce qui est en jeu. C’est à la recherche médicale de s’occuper de ces problèmes, pas au Parlement !

Selon vous, faudra-t-il un jour revenir sur ce projet de loi bioéthique ?

Oui. Il y a déjà un projet de recours devant le Conseil Constitutionnel. À cause de cette loi, il y aura demain des enfants « avec père » et des enfants « sans père ». Au nom de l’égalité entre les différents couples (hétérosexuels et homosexuels) et les « femmes seules » (et demain, vous verrez que ça sera au nom de l’égalité entre couples d’hommes et couples de femmes), ce sont les enfants qui sont discriminés. Même si, avec cette loi, lorsqu’il atteindra ses 18 ans, l’enfant pourra accéder à l’identité de son « géniteur » – puisque nous n’avons plus le droit de parler de père –, il n’aura pas la possibilité de faire établir le lien de filiation entre ce dernier et lui. La loi l’interdit, même en cas d’accord entre les deux parties ! Un enfant né d’adultère, lui, a ce droit aujourd’hui. D’ailleurs, c’est la Cour européenne qui le rappelle puisque le droit au respect de la vie privée, protégé par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, « comprend non seulement le droit de chacun de connaître son ascendance, mais aussi le droit à la reconnaissance juridique de sa filiation ». La Cour n’hésite pas à affirmer que l’intérêt de l’enfant est « avant tout de connaître la vérité́ sur ses origines » et dans « l’établissement de sa filiation réelle ». Je vous garantis que, dans 18 ans, lorsque cette loi produira ses premiers effets, les enfants nés de PMA se retourneront contre l’État – qui aura permis une telle injustice, une telle discrimination et de telles souffrances – pour faire établir leur filiation réelle.

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Au-delà de la question de l’ouverture de la PMA « pour toutes », j’aimerais également revenir sur des points trop peu médiatisés et qui mettent en danger notre modèle bioéthique. Je pense notamment à l’autorisation de chimères animal-homme, à l’extension de la recherche sur l’embryon in vitro jusqu’à 14 jours, à l’autorisation de création de gamètes ou la création de modèle embryonnaire in vitro pour la recherche alors même que la création d’embryons pour la recherche est formellement interdite par l’article 18 de la Convention d’Oviedo et donc contraire aux engagements internationaux de la France…

La procédure de la « question préalable » permet d’éviter un nouvel examen du projet de loi par les sénateurs. Qu’est-ce que cela implique ?

C’est regrettable car si le texte n’est pas modifié au Sénat, cela signifie que les députés ne pourront pas déposer d’amendements lors du retour du texte devant l’Assemblée. Il est donc en passe d’être adopté définitivement « tel quel ». Mais je vous avoue que je comprends la position du Sénat : le gouvernement et sa majorité ont balayé quasiment toutes les modifications apportées par les sénateurs. Il y a donc un ras-le-bol de leur côté. Ce n’est pas que le Sénat ne veut plus débattre ; déposer une question préalable est en fait un moyen de montrer leur opposition, c’est une procédure protestataire. Cela fait deux fois que le gouvernement revient au texte initial. Ce serait donc une perte de temps de le réexaminer une fois encore. Résultat : le texte va revenir à l’Assemblée nationale très rapidement et les députés ne pourront plus rien faire pour défendre les droits de l’enfant.

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Aujourd’hui, ce ne sont plus les droits de l’enfant qui comptent, mais bien le droit à l’enfant. Les législateurs se placent du côté des adultes et de leur désir d’enfant. L’enfant devient un objet de consommation. C’est intéressant de souligner que la mention « il n’existe pas de droit à l’enfant », que le Sénat avait ajoutée dans le texte, a été supprimée par les députés…

En vertu de ce « droit à l’enfant », il est à craindre que, demain, au nom de l’égalité entre couples de femmes et couples d’hommes, et cela même sans repasser devant le législateur, la Gestation pour autrui (GPA) soit autorisée par le juge. D’ailleurs cette loi fait déjà un pas vers la légalisation de la GPA puisqu’elle autorise la transcription dans l’état civil d’un acte ou d’un jugement étranger qui reconnaît un enfant né d’une gestation pour autrui, et qui mentionne comme mère une « femme autre que celle qui a accouché » ou « deux pères » … En clair, elle reconnaît et légalise les conséquences d’une GPA pratiquée à l’étranger…

C’est toujours quand les Français sont en vacances, l’été et de nuit, que de tels projets sont votés ! Cette fois, pour la troisième lecture à l’Assemblée, l’actualité était accaparée par la gifle de Macron. Ce sont pourtant des sujets anthropologiques cruciaux…

En 2020, lors de la deuxième lecture du projet de loi, les débats s’étaient terminés le 31 juillet, à 3h du matin dans la nuit du vendredi au samedi. Cette fois-ci, la gifle de Macron a occupé l’espace médiatique et les sujets bioéthiques n’ont quasiment pas été abordés dans les médias. C’est pourtant le futur de toute une génération qui se joue !

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Nous sommes en période électorale et le projet de loi bioéthique n’est pas une priorité dans le débat public. Ajoutez à cela une volonté de faire taire les députés qui s’y opposent, par le biais d’une procédure spécifique qui réduit terriblement les temps de parole des parlementaires ! Sur ma page Facebook, j’avais partagé un montage où l’on voit avec quelle rapidité les amendements proposés étaient rejetés. À peine examinés ! Les glissements bioéthiques sont sans fin. Lors de l’adoption de la loi sur le « mariage homosexuel », on nous avait certifié, la main sur le cœur, que la PMA n’en serait pas sa conséquence logique. Aujourd’hui, on nous fait la même promesse avec la GPA. On voit bien ce que valent ces engagements ! D’ailleurs, un des rapporteurs de cette loi l’a bien dit en introduction : ce n’est qu’une étape. Demain, nous aurons la PMA post-mortem et la GPA, bien sûr ! Quand donc va s’arrêter ce « progrès » ? Quand nous occuperons-nous enfin de l’intérêt supérieur de l’enfant ?


[1] L’article 1 du chapitre 1 du titre 1 du projet de loi relatif à la bioéthique a modifié le code de la santé publique : « Art. L. 2141-2. – L’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à un projet parental. Tout couple formé d’un homme et d’une femme ou de deux femmes ou toute femme non mariée ont accès à l’assistance médicale à la procréation après les entretiens particuliers des demandeurs avec les membres de l’équipe médicale clinicobiologique pluridisciplinaire effectués selon les modalités prévues à l’article L. 2141-10.

[2] Depuis la loi de bioéthique du 29 juillet 1994 “relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) et au diagnostic prénatal”, confirmée lors des révisions de 2004 et 2011, la France avait choisi d’inscrire l’AMP dans le seul champ médical : “L’AMP a pour objet de remédier à l’infertilité d’un couple ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité ; ce couple doit être composé d’un homme et d’une femme en âge de procréer”.

[Vidéo] La semaine de Causeur

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La semaine de Causeur revient sur les cinq articles les plus consultés sur le site Causeur.fr durant la semaine écoulée. Notre Directeur adjoint de la rédaction Jeremy Stubbs commente et analyse.


Cette semaine :

#1 Charline Vanhoenacker a envoyé sa lettre de motivation à CNews!

#2 Raphaël Enthoven, un curieux mea culpa

#3 Fake history

#4 Comment l’Amérique se suicide

#5 Stéphane Ravier: « À Marseille, il faut aussi craindre l’islamo-droitisme! »

Bertrand Burgalat, les mélodies du bonheur

Son dernier album, Rêve capital est une invitation à la fois charnelle et abstraite aux joies de l’été.


Musicien, compositeur, interprète, producteur, patron de label, chroniqueur chez Rock&Folk, président du SNEP (Syndicat National de l’Édition Phonographique) et même fondateur de l’association Diabète et méchant qu’il évoque avec une pudeur presbytérienne, Bertrand Burgalat s’est imposé comme une personnalité dans le petit monde de la pop française.

Un artiste qui compte, toujours là, sans l’être trop. Alors que la pandémie nous avait éloignés les uns des autres, enfermés même, il en a profité pour mettre un nouvel album en boîte qu’il a décidé d’appeler, non sans ironie, Rêve Capital. Est-ce la part du rêve qui nous reste quand on nous prend l’essentiel, la liberté ? Est-ce une méditation sur le nouveau monde des insiders et le néolibéralisme ? Peu importe au fond.

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Disons-le d’emblée, à travers ses 15 chansons, Burgalat rompt avec la spirale du défaitisme, de l’effondrement, du déclin. Son album est un hymne à la joie ! Un vaccin contre tous ces maux, et croyez-le, vous l’accepterez ! Tout commence d’abord par un message bienveillant : « Flash ». Au début on pense logiquement au jingle d’une émission radio (« flash radio » entonne-t-il) puis on se prend à imaginer Burgalat en stewart. Comme s’il nous préparait au décollage, à l’envol !  « Retrouvailles » qui lui emboîte le pas, porte bien son nom. On avait laissé le compositeur en 2017 avec « Les choses qu’on ne peut dire à personne ». Cinq ans avant, c’était « Toutes directions ». Burgalat est un artiste rare et comme toute chose rare, il nous est précieux.  « Plus le temps nous sépare, plus il nous rapproche » a-t-il raison de préciser. Mais c’est avec « Du haut du 33ème étage » que sa musique prend tout son sens.

Prométhéen et fragile

Rêve Capital est l’anti-Blade Runner. Et Blade Runner, c’est plusieurs éléments caractéristiques : une ville tentaculaire, plongée dans l’obscurité permanente et nacrée d’une mousson perpétuelle. Des robots, les replicants, êtres de câbles et de sang voués à la mort, se prenant logiquement pour des humains. Enfin, le film propose une réflexion profonde sur l’existence au travers de la mémoire. Ici, les replicants ne sont pas des coquilles vides mais des créatures emplies de souvenirs. Rêve Capital c’est tout cela mais à l’envers. De la ville il est question dans plusieurs chansons, pardonnez-moi, hautement symboliques : « Parallèles », « Du haut du 33ème étage », « Vous êtes ici » ou encore « Spectacle du monde ».

Dans la seconde des chansons citées, Burgalat, tel un personnage prométhéen fragile, annonce « Du haut du 33e étage je me suis précipité » et sa voix de se transformer de manière saisissante – transe-humanisme quand tu nous tiens – en un son crissant, métallique, robotique. Merci à Yuksek, le producteur électro bien connu, ici aux manettes. Vous l’aurez compris, le robotisme de Ridley Scott se mue en synthétisme chez Burgalat. Constante esthétique depuis son tout premier album, The Sssound of Mmmusic. Cependant, la vision de Burgalat procède de l’optimisme, de l’insouciance. Quand la musique se veut sérieuse (« Spectacle du monde », « La chanson européenne » où il est question de « terrasses badigeonnées de sang », « Vous êtes ici » qui en jouant l’ubiquité, le clonage, rappelle La possibilité d’une île de Houellebecq), elle retrouve bien vite sa lumière, celle qui rase les toits des buildings avant d’aller se coucher. Les synthés du musicien producteur sont liquides, onctueux, de miel. Ainsi en est-il de la chanson « L’attente » glissant dans un langoureux ralenti mélodique. Mieux, ils ne font jamais la nique à une instrumentation plus classiquement pop, cordes et cuivres dehors, déconfinés ! Dans « Retrouvailles », Les demoiselles de Rochefort semblent retrouver Giorgio Moroder. Loin de la nuit Blade Runnerienne, l’auditeur nage dans un bonheur solaire, limpide. Enfin, nous l’avons dit, il y a aussi l’idée de mémoire. Sujet ô combien inflammable qui, dans les mains de Bertrand Burgalat et sous les plumes si poétiques de Blandine Rinkel, Pierre Jouan, Yatta-Noël Yansané ou Laurent Chalumeau, renoue avec l’essentiel : les souvenirs chipés dans le coffre de l’enfance, des impressions lointaines, ces images légères, merveilleusement résumées dans « Sans accolades ».

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L’onirisme de Blade Runner

L’homme idéal n’est ni un Replicant ni le Blade-Runner qui le poursuit mais bien le chanteur. Dans ses multiples incarnations et autres téléportations. Dans une église (« La chanson européenne »), un TGV lancé à pleine vitesse (« È Pericolo Sporgersi »), sur Google Earth (« Vous êtes ici »). À la façon d’un GPS monocorde, mélancolique, la voix nous guide d’une scène à l’autre, dans l’espace et le temps. On pense à la fin hors ton de Blade Runner où Rachel et Rick Deckard s’enfuient au volant d’une voiture, en plein jour. Tout cela est dans Rêve capital. « J’ai adoré cette journée » chante Bertrand Burgalat dans ce disque complexe et direct, moderne et ancien, presque humanoïde. Une invitation charnelle et abstraite, onirique et tactile, à retrouver le plaisir très sensoriel d’un été sur une plage méditerranéenne ou d’une Conf’ Call sur un rooftop, entre Paris 13 et, pourquoi pas un jour prochain, Bangkok.  

Rêve capital de Bertrand Burgalat (1 CD ou un double vinyle Tricatel)

Elle périra, car elle est espagnole

Outre-Pyrénées, les spectacles taurins sont sous le feu des critiques. La gauche radicale veut les interdire, les antispécistes veulent les éradiquer et les régions séparatistes qui voient en eux le symbole du pouvoir madrilène veulent les proscrire.


Des temps difficiles pour la tauromachie

Arènes de Las Ventas, Madrid, 2 mai 2021. À l’occasion de la fête régionale madrilène, qui commémore le soulèvement de la population locale contre la Grande Armée et le début de la « guerre d’indépendance » espagnole contre Napoléon Bonaparte, une corrida regroupant de grands noms de la lidia[1](El Juli, Paco Ureña, José Maria Manzanares) est organisée dans ce haut lieu des traditions taurines. Depuis plus d’un an, ces dernières souffrent, comme la quasi-totalité des manifestations publiques, de l’annulation partielle ou totale des spectacles, que ce soit dans des espaces clos ou à l’air libre. Même dans la Communauté de Madrid (où bars, restaurants, salles de sport, musées et autres établissements accueillant des visiteurs sont restés ouverts depuis juin 2020, grâce à la volonté de la présidente régionale, Isabel Díaz Ayuso), il s’agit d’un petit événement contraint par des restrictions particulières – notamment une jauge de remplissage.

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La pandémie a porté un coup économique rude à un secteur vaste, qui comporte non seulement les arènes mais aussi l’élevage de taureaux de combat et bien d’autres activités annexes. Il faut dire que le prix de vente des bêtes n’est pas le même selon que les professionnels les confient à l’abattoir (500 euros par tête) ou aux organisateurs de jeux tauromachiques (jusqu’à 10 000 euros par taureau lors des grandes représentations aux arènes de Las Ventas, les plus prestigieuses d’Espagne). Sur l’ensemble du pays, 94 % des recettes ont été perdues en 2020. En Andalousie, par exemple, on les estime à 31 millions d’euros dans le domaine de l’élevage (campo bravo).

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Au cours de la dernière année avant l’épidémie, près de 20 000 manifestations taurines (dont 8 % de corridas à proprement parler) avaient été organisées. Les communautés autonomes ayant accueilli le plus de combats de ce type en 2019 sont, dans l’ordre décroissant, la Communauté de Madrid, l’Andalousie, la Castille-La Manche et la Castille-et-León. Avec la Navarre et l’Estrémadure, il s’agit des régions où cette tradition est la plus ancrée. Les exécutifs régionaux de Madrid, Valladolid, Pampelune, Tolède et Murcie lui ont octroyé des protections légales spécifiques. Et, en la matière, les différences politiques s’effacent parfois puisque des présidents socialistes comme Emiliano García-Page (Castille-La Manche) et Guillermo Fernández Vara (Estrémadure), eux-mêmes aficionados, en sont d’ardents défenseurs. L’année 2021 s’annonce incertaine, avec des lidias prévues entre les mois de mai et octobre, principalement aux arènes de Vistalegre (Madrid) et dans la banlieue de la capitale, ainsi qu’en Andalousie et en Castille-La Manche.

Une critique pluriséculaire

L’opposition à la tauromachie est ancienne outre-Pyrénées, bien que les raisons alléguées aient évolué au fil du temps. C’est d’abord le catholicisme qui a voulu faire interdire le spectacle à la Renaissance, avant que les Lumières s’en mêlent. Les considérations sur le bien-être animal et le respect de la vie sauvage n’apparaissent que vers la fin du xixe siècle. À la même époque, certains membres des classes dirigeantes estiment que les arènes sont, comme les cafés-concerts de flamenco, des lieux de débauche où les malfrats et les petites gens viennent dilapider tout leur salaire.

Aujourd’hui, si le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est traversé par divers courants à ce sujet, la gauche « radicale » est favorable dans son ensemble à une interdiction (c’est le cas des postcommunistes de la Gauche unie) ou à de fortes limitations (comme Unidas Podemos). Bien qu’il n’existe pas de formation antispéciste vraiment forte en Espagne, la principale d’entre elles, à savoir le PACMA (Parti animaliste contre la maltraitance animale), organise des actions coup de poing aux abords des arènes : manifestations, mises en scène avec du faux sang pour interpeller les passants et l’opinion publique, etc.

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Des artistes, écrivains ou intellectuels espagnols s’y sont également opposés à de nombreuses reprises, à l’image de Francisco Umbral (1932-2007) ou Eduardo Punset (1936-2019). Néanmoins, le PACMA n’a encore jamais obtenu d’élus au niveau national et la mobilisation reste, pour l’essentiel, associative. L’on ne compte ainsi pas de grande figure individuelle et médiatique qui, comme en France, pourrait porter la voix du mouvement antitaurin.

Le roi d’Espagne Felipe VI préside la « Corrida de la Beneficencia » aux arènes de Las Ventas à Madrid, 16 juillet 2017 © Casa real

D’autre part, les exigences des militants sont diverses : prohibition pure et simple ; arrêt des subventions publiques (elles se montaient à 65 000 euros en 2019 pour le gouvernement central) ; interdiction de tuer le taureau devant les spectateurs, etc.

Un débat politique

En réalité, l’estocade vient surtout des mouvements séparatistes régionaux, moins concernés par le respect de l’animal que par une volonté de chasser de leur territoire toute manifestation jugée (à tort ou à raison) trop liée à l’image de l’Espagne. Il existe ainsi des réseaux de communes antitaurines en Galice et à Majorque. Certaines dispositions légales abolissant de fait la tauromachie ont été prises dans des régions où la tradition était quasi inexistante. C’est le cas depuis 1991 aux îles Canaries…qui maintiennent les combats de coqs.

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En Catalogne, le débat sur la souffrance des bêtes qui débute fin 2009 ne trompe personne, puisque la région continue d’organiser par ailleurs des fêtes taurines considérées typiquement catalanes. L’abolition de la corrida en 2010 visait essentiellement à marquer un rejet de la « chose espagnole » dans une région où les jeux taurins sont pourtant très anciens. Une loi a d’ailleurs été votée par le parlement de Barcelone en septembre 2010 pour protéger officiellement les correbous. Ces fêtes populaires ne s’achèvent certes pas sur la mort du taureau, mais supposent notamment de placer des matières inflammables sur ses cornes. Le PACMA a souligné, à juste titre, l’hypocrisie des élus régionalistes qui avaient célébré quelques mois auparavant la fermeture des arènes.

Six ans plus tard, la Cour constitutionnelle espagnole abroge les décisions régionales catalanes en matière de corrida, sans se prononcer sur le fond. Huit des douze membres du tribunal estiment en effet qu’une telle prohibition empiète sur les compétences dévolues au ministère espagnol de la Culture. Toutefois, depuis, aucune corrida n’a été organisée en Catalogne.


[1] Le combat taurin.

Paris, 1959

Film de La Patellière avec Gabin à la manœuvre et Audiard aux dialogues, Rue des Prairies est la chronique d’un monde disparu où un homme seul élève une famille dans un Paris populaire, loin des cartes postales.


« La nostalgie camarade », notre époque se shoote à la nostalgie. Les boomers ne veulent pas quitter le XXᵉ siècle et surtout les Trente Glorieuses. Quoi de plus normal, me direz-vous, il nous faut bien supporter nos temps déraisonnables. Il y a sur Facebook, un groupe dédié aux Trente Glorieuses, justement. Chacun y va de sa photo souvenir : le mariage des parents en 1953, la photo de classe des années 70 avec le fameux sous pull en acrylique orange, l’embouteillage de départ en vacances sur la Nationale 7, où l’on sent les internautes émus jusqu’aux larmes en évoquant le pique nique au bord de la route avec la glacière.  Moi même en l’écrivant, j’ai la larme à l’œil.

Rendez-vous Rue des Prairies

Comme souvent, rendez-vous sur Arte pour un shoot supplémentaire de « c’était mieux avant », et précipitez-vous sur Rue des Prairies unfilmde1959 de Denys de La Patellière, ce réalisateur  qui  symbolisait «  le cinéma de papa » honni par la Nouvelle Vague. Celui-ci confiait au Figaro en 2002 : « J’étais un metteur en scène commercial et ça n’est pas pour moi un mot péjoratif. Je n’avais pas l’ambition de faire une œuvre, mais de réaliser des spectacles et d’intéresser les spectateurs. » Voilà précisément ce qui manque cruellement au cinéma français depuis plusieurs années : des artisans du cinéma respectueux du public.

En 1959 est sorti également le merveilleux film de Truffaut : Les 400 coups. Le plan final, le regard défiant le monde de Jean-Pierre Léaud, est certainement un des plus beaux regards caméra du cinéma mondial. Rue des Prairies versus Les 400 coups : « Jean Gabin règle ses comptes à la Nouvelle Vague », telle était l’accroche commerciale de Rue des prairies à sa sortie, avec la formule bien connue d’Audiard, dialoguiste du film : « La Nouvelle Vague est plus vague que nouvelle ». Bon mot et merveilleuse mauvaise foi.

Le monde de 1959

Film considéré comme mineur dans la somptueuse filmographie de Gabin, Rue des Prairies, paraît, avec le recul, délicieux et rafraîchissant.

Henri Neveu, en rentrant de la guerre en 42, apprend que sa femme est morte en couche en mettant au monde un enfant qui n’est forcément pas de lui. Il l’accepte et le voilà seul avec trois enfants à charge. Nous retrouvons tout ce beau monde en 1959, dans un Paris pas encore saccagé, entre Ménilmontant, les beaux quartiers et L’Isle-Adam, qui ressemblait encore à un tableau de Renoir. Gabin est fier de ses deux aînés, dont l’un est coureur cycliste et l’autre cover girl (respectivement le jeune Claude Brasseur et la jeune Marie-José Nat). Et désarmé par son fils préféré, celui qui n’est pas de lui, qu’il ne sait comment aimer. Le tout est plaisant même si la réalisation est sans relief. Gabin fait son Gabin au risque d’éclipser les autres acteurs, et les dialogues d’Audiard sont « audiardesques » comme jamais. « Se laver le train dans un hôtel de passe tu appelles ça le progrès ! » dit-il à a fille lorsqu’il apprend qu’elle a un amant.

Un film « féministe » ?

Mais le plus intéressant dans ce film, le plus moderne aussi, c’est Gabin en « papa solo ». Sa figure diffère de celle habituelle des veufs au cinéma, qui en général se remarient. L’éducation de ses enfants semble être primordiale pour lui. Il est à la fois dépassé, forcément colérique mais aussi compréhensif et étonnamment moderne. En effet, il trouve normal que sa fille fasse des photos de mode et quitte la maison. Il est comme une âme en peine lorsqu’il se retrouve seul, et confie à son pote de bistrot, qu’entre les oreillons de l’un et la varicelle de l’autre, il n’a jamais eu le temps d’avoir de relation amoureuse.

On se croirait dans une chanson de Goldman : Il a fait un bébé tout seul. Le génie de Gabin fait que cela n’est jamais caricatural, on pourrait même affirmer que dans ce film Gabin est féministe. Le symbole du mâle blanc à l’ancienne se révèle finalement plus féministe que toutes les Caroline de Haas de la terre. La modernité est intemporelle, contrairement au progrès. Et puis, pour résister aux vérités progressistes, demeurons  avec Gabin, sa sagesse et ses doutes. « Maintenant je sais que l’on ne sait jamais ».

Rue des Prairies sur Arte.TV

A-t-on encore le droit d’être de droite aux LR?

Chez LR, alors que le second tour n’est même pas passé, Aurélien Pradié part à la chasse aux sorcières. Dans son viseur, les militants qui osent dire qu’ils ne veulent pas d’alliance avec les macronistes…


La Une outrancière de Libération sur Europe 1 et Cnews nous l’a rappelé cette semaine : pour les journalistes du microcosme parisien, un journaliste n’a pas le droit d’être de droite. Cet adage est-il en train de devenir également vrai aux Républicains ? A-t-on encore le droit d’être de droite aux LR ? 

La question se posait déjà avant ces régionales, les représentants de l’aile conservatrice des LR ayant été exclus des listes aux régionales et départementales en Île-de-France, dans les Pays de la Loire et dans de nombreuses régions. La question revient aujourd’hui, car la direction des Républicains, toute regonflée par les bons scores de la droite au premier tour des régionales (si on fait abstraction de l’abstention record), n’a pas attendu les résultats du second pour lancer la chasse aux sorcières contre ceux qui avaient osé contester la mollesse de la réaction de Christian Jacob face aux alliances en PACA de Renaud Muselier avec La République en Marche.

Une pétition qui fait jaser

Romain Bonnet, 34 ans, ancien président de la fédération LR de la Vienne, a ainsi reçu le 24 juin une demande d’exclusion émanant d’Aurélien Pradié, secrétaire général des Républicains. Le tort du conseiller communautaire et municipal de Loudun ? Avoir été l’un des premiers signataires de notre lettre ouverte adressée par le collectif « Droite pour la France » (www.droitepourlafrance.fr) à Christian Jacob pour dénoncer ces alliances avec LREM en PACA. Lettre ouverte qui a recueilli plus de 6000 signataires parmi les adhérents et sympathisants LR, uniquement par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux. Dans cette lettre, le collectif se disait « attaché aux valeurs authentiques de la droite » qui « ne sont pas solubles dans le macronisme », assumait « ne pas se reconnaître dans la ligne confuse actuelle [du] parti » et assurait qu’« un soutien à Emmanuel Macron n’est pas une option pour 2022 ». En résumé : en tant que militants LR nous souhaitions tout simplement… être de droite.

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N’écoutant que son courage, la direction des LR ne s’en prend évidemment pas aux figures nationales qui ont dénoncé ces alliances, comme François-Xavier Bellamy ou Nadine Morano qui ont voté contre l’investiture de Muselier en CNI. Elle préfère attaquer le cadre local, pour tenter de faire taire la révolte qui gronde à la base. La lettre d’exclusion envoyée par Aurélien Pradié à Romain Bonnet avance que « lors des élections régionales, [ce dernier] n’aurait cessé d’agir contre les cadres et les élus [du] mouvement » et « déplore de tels comportements, alors que la ligne du parti a toujours été de refuser la moindre alliance ». La réaction de Romain Bonnet ne s’est toutefois pas fait attendre, l’élu dénonçant dans un communiqué de presse « le mépris » d’Aurélien Pradié pour « la demande légitime d’écoute de la part de nos militants. » L’ancien président des Républicains de la Vienne affirme que si son exclusion était prononcée, il faudrait de facto exclure tout élu ou adhérent qui refuse publiquement toute alliance avec LREM et le président Macron !

L’instransigence de Pradié fait le lit du RN

L’élu LR anti-macroniste s’interroge « sur le timing politique du lancement de cette procédure, alors que notre famille politique des Républicains devrait être toute entière mobilisée pour le succès au second tour de nos candidats qui battent la campagne dans toute la France, y compris en Occitanie où Aurélien Pradié est candidat dans un combat difficile. » Avec seulement 12% des voix, le plus faible score de notre famille politique sur toute la France, Aurélien Pradié a effectivement du pain sur la planche en Occitanie. Sans doute trop occupé par sa campagne, Aurélien Pradié faisait la sourde oreille aux demandes d’explication du signataire de notre lettre ouverte.

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Malheureusement, ceci n’a pas échappé à l’un de ses concurrents aux régionales, Jean-Paul Garraud, tête de liste RN face à Aurélien Pradié, qui reprenait hier soir sur Twitter le communiqué de Romain Bonnet.

Pourtant, à la veille du second tour, nous avons besoin d’unir toutes les composantes des Républicains pour battre la gauche. Pour paraphraser la célèbre phrase du regretté Patrick Devedjian : « nous sommes pour une droite ouverte, y compris jusqu’aux anti-macronistes, c’est dire !».

Pécresse contre les Khmers

Voici donc Valérie Pécresse soutenue par ses anciens adversaires d’hier… Les temps ne sont plus à la rigolade, prévient notre professeur préféré Jean-Paul Brighelli. Il y a un risque mesuré que l’alliance baroque entre Julien Bayou des Verts, Audrey Pulvar du PS et des Insoumis l’emporte.


Jean-Paul Huchon, quand il présidait aux destinées de l’Île-de-France, avait la main légère avec les subventions de moins de 50 000 euros, dont il arrosait nombre d’associations parfois fantaisistes. Et Valérie Pécresse, alors dans l’opposition, le lui reprocha vertement. Il s’en souvient sans doute, mais il ne lui en veut pas : il vient de lui apporter son soutien face à la liste conjointe d’Audrey Pulvar / Julien Bayou / Clémentine Autain.

Manuel Valls a certainement des défauts, ses allers-retours entre Barcelone et Paris ont fait jaser, mais il est un laïcard convaincu, comme le soulignait jadis le Comité Laïcité République. Et il soutient Valérie Pécresse dans l’élection de dimanche prochain — parce qu’il a remarqué que LFI et Jean-Luc Mélenchon se sont soumis aux islamistes, sous prétexte de lutter contre les discriminations.

Voici donc Valérie Pécresse soutenue par ses anciens adversaires d’hier. Elle n’a pourtant pas changé, elle ne s’est alliée ni à Macron, grand débaucheur de Républicains, ni à ses premiers ministres, issus pourtant de son propre parti.

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Je sais deux ou trois choses sur Pécresse, pour avoir co-écrit un livre avec elle, du temps où elle était ministre de l’Enseignement Supérieur — avec un tout petit peu plus de classe que Frédérique Vidal… Je sais par exemple qu’elle n’est pas de gauche. Comment donc se fait-il que des hommes de gauche — Huchon a été la doublure de Rocard, Valls n’a jamais transigé avec les principes laïques, ce qui n’a pas été le cas de tous les élus de son parti — soutiennent une libérale pur jus ?

C’est que le monde a tourné, et que la gauche d’hier — une partie d’entre elle au moins — campe aujourd’hui sur les terres marécageuses du communautarisme, de l’intersectionnalité, de l’islamo-gauchisme et de l’idéologie verte, qui n’a rien à voir avec les réalités de l’environnement.

Sur le terrain de la laïcité, Pécresse n’a jamais dévié du principe républicain : la République ne reconnaît et ne subventionne aucun culte. Surtout ceux qui flinguent des journalistes, assassinent des prêtres, massacrent des foules, et égorgent des enseignants. Alors que la gauche, pour séduire ce nouveau prolétariat, après avoir sacrifié l’ancien, selon le plan mirobolant de Terra Nova, fait cause commune avec des organisations sectaires, et pour séduire des jeunes qu’elle a largement contribué à décerveler, se rapproche des écologistes déclinistes. Marx, reviens, ils sont devenus fous !

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D’où les déclarations des plus sincères des ex-socialistes. Constatant le tournant mortifère que prend leur parti, ils préfèrent encore franchir le Rubicon que donner la main à des gens qui font des risettes aux complices des égorgeurs.

Ils ne sont pas les seuls. Raphaël Enthoven, évoquant l’hypothèse improbable d’un match final Mélenchon / Le Pen, a avoué qu’à la onzième heure, il irait furtivement voter pour la présidente du RN. Tollé chez les sociologues du Quartier Latin, les meilleurs de France, comme chacun sait. Ils n’ont pas compris que le philosophe avait vu avant eux le monde tourner dans le mauvais sens. Rester fidèle à ses convictions, ces temps-ci, revient à se faire rattraper sur sa droite. Tant pis. Je sais que Pécresse ne rouvrira jamais de goulags — elle a voyagé ado en URSS, elle sait ce que c’est que le paradis brejnévien.

Tout comme elle sait ce qu’est le monde dont rêve Clémentine Autain ou Julien Bayou (étant entendu qu’Audrey Pulvar n’est là que comme complément de boboïtude). Les municipalités dont des citoyens mal informés ont confié les clefs aux écolos voient déjà ce qu’il en est. J’en ai fait il y a deux mois un petit billet qui se voulait humoristique.

Mais les temps ne sont plus à la rigolade. Il y a un risque mesuré de révolution dans la région la plus peuplée de France. À vous de voir ce que vous voulez : des améliorations mesurées à la hauteur d’un budget raisonnable, ou des improvisations folles au gré d’alliances nauséeuses.

Élections régionales: le marteau et la faucille recyclés

Une tribune libre de Laurence Trochu, présidente du Mouvement Conservateur


Depuis 2017, nous assistons à l’agonie de la gauche républicaine. Abandonnée par le peuple, puis par ses militants, la gauche a vendu Solférino en même temps qu’elle a assisté, impuissante, à la déstructuration du « Parti » : plus de cartes, plus de congrès, plus de figure emblématique. Depuis, à chaque élection, elle se cache derrière l’étiquette « Divers gauche » et la rose s’est fanée. Abandonnant ses idéaux de progrès, de laïcité, d’égalité sociale, dont la seule évocation des noms suffisait à décliner son identité heureuse, c’est elle qui a déserté le peuple, lequel l’a vécu comme une trahison.

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Certains de ses représentants appellent à un sursaut pour ne pas « basculer dans un autre monde » comme le déclare Carole Delga, Présidente sortante de la Région Occitanie à propos de Jean-Luc Mélenchon. En Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de la Loire et Ile-de-France, se nouent en effet de scandaleuses alliances pour ressusciter la gauche plurielle, faisant disparaître le cordon sanitaire qui tenait à distance l’extrême-gauche. Ensemble, elles imposent déjà depuis longtemps un climat de révolution permanente en absolutisant la race, la religion, le genre, l’ethnie. L’armée des Social Justice Warriors est sur tous les fronts des réunions en non-mixité, tour à tour interdites aux hommes, aux blancs et surtout aux hommes blancs ! « Cela nous mène tout droit au fascisme », affirmait le Ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. En réalité, cela n’est pas très éloigné d’un totalitarisme intrinsèque au communisme. Les « illusionnistes illusionnés qui ont bâti le mirage du communisme » et dont François Furet analyse la passion révolutionnaire ont pourtant du sang sur les mains : « Fils de la guerre, bolchevisme et fascisme tiennent d’elle ce qu’ils ont d’élémentaire. Ils transportent dans la politique l’apprentissage reçu dans les tranchées : l’habitude de la violence, la simplicité des passions extrêmes, la soumission de l’individu au collectif, enfin l’amertume des sacrifices inutiles ou trahis ».

Qu’importe les 80 millions de morts des crimes commis par les régimes communistes ! Pour gagner une région, la gauche n’a pas les états d’âme de la droite face au Rassemblement National : la France Insoumise lui tend la faucille et les Verts plantent le drapeau de la bonne conscience écologiste, se recyclant ainsi à peu de frais. En Ile-de-France, ils font tout sauter et ils le disent – avec violence évidemment – en image, une image indécemment récupérée d’un attentat meurtrier en Syrie. Le poids des maux, le choc d’une photo.

Trois régions à conserver pour les protéger du saccage de l’extrême gauche 

Durant ces semaines d’une campagne inhabituelle dans ses modalités, le Mouvement Conservateur, avec son organisation structurée, ses troupes et une indéniable constance dans ses positions, a fédéré la droite conservatrice pour soutenir activement les candidats qui ont su tenir à distance la majorité présidentielle et intégrer les dynamiques conservateurs de leur région. 

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Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de Loire, Ile-de-France, les contextes sont différents, les stratégies tout autant et la représentation des conservateurs également. Dans le match qui oppose aujourd’hui trois présidents sortants à de dangereuses alliances autour de l’extrême gauche, les abstentionnistes ont un rôle capital. Quand deux électeurs sur trois ne votent pas, ce n’est pas le fruit du hasard, la faute des beaux jours ou du cours d’aquaponey. L’abstention ne traduit pas un désintérêt mais une colère. Elle est devenue le vote sanction de ceux qui ne se sentent pas représentés et ne supportent pas le jeu trouble des accords de coulisses.  

Dimanche, 31 millions d’abstentionnistes doivent revenir dans l’isoloir. Ils ont la capacité de tout changer. Parmi eux, des conservateurs responsables qui ne veulent pas voir leur pays sombrer dans le totalitarisme rouge et vert. Mais aussi, des conservateurs qui interrogent : de quoi la droite de demain voudra-t-elle être le nom ? Cette dernière question sonne comme un avertissement et un appel urgent au réveil d’une droite qui ne se contente pas d’être une non-gauche.  

États-Unis: une armée d’un autre genre?

C’est l’une des premières mesures prises par Joe Biden : annuler l’interdiction édictée par Donald Trump de s’engager dans l’armée sous une « identité de genre », celle que les transgenres peuvent faire reconnaître à l’état-civil. Les soldats qui n’auraient pas passé le cap peuvent aussi, désormais, se faire opérer aux frais de l’institution.


À peine finie la cérémonie de son investiture, qui a nécessité le déploiement de 25 000 soldats de la garde nationale le 20 janvier 2021, Joe Biden, le nouveau président américain et commandant en chef des armées, a pris une décision : celle d’annuler l’interdiction pour les personnes transgenres de s’engager sous leur « identité de genre » (celle qu’ils ont choisie). Cet interdit édicté par Donald Trump dès 2017 avait été validé par la Cour suprême en 2019.

Joe Biden s’inscrit en cela dans la continuité de Barack Obama qui, en 2016, avait autorisé les personnes transgenres à servir ouvertement au sein des forces armées et à avoir accès à des traitements hormonaux combinés à un suivi psychologique pendant la durée de leur service. C’est ainsi qu’en 2016, selon un rapport de la RAND Corporation, les forces américaines comptaient quelque 2 450 militaires d’active transgenres (sur 1,3 million de soldats) et 1 510 réservistes transgenres (1), tandis que la célèbre animatrice de télé transgenre Caitlyn Jenner et la chanteuse Barbra Streisand avançaient, pour leur part, le chiffre de 15 000 personnes. Parmi les militaires transgenres figure Chelsea Manning (née Bradley Manning), qui a été à l’origine du scandale Assange-WikiLeaks en 2010.

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Trump voulait purement et simplement bannir les transgenres des forces armées. Les difficultés logistiques qu’aurait impliquées cette mesure étaient telles qu’il a dû renoncer. Les soldats déjà sous contrat, diagnostiqués avec une « dysphorie de genre » – sentiment de détresse né de l’inadéquation entre le sexe assigné et leur « identité de genre » – ont pu continuer à servir sous les drapeaux sous l’identité sexuelle de leur choix. En prime, toujours contre l’avis du président, ils ont obtenu le droit d’être opérés aux frais de l’institution militaire. En novembre 2017, la Defense Health Agency a approuvé pour la première fois la prise en charge d’une opération de chirurgie de changement de sexe (sex reassignment surgery) pour un militaire américain en service actif (2).

En revanche, Donald Trump a gagné pour les nouvelles recrues : celles-ci étaient obligées de conserver leur identité sexuelle d’origine, excluant toute velléité de suivre un traitement hormonal pendant leurs années de service (3).

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Les élus démocrates font pression sur les associations et sur le ministère chargé des vétérans pour que l’armée finance ces interventions dont le coût, avec celui des traitements associés, représenterait à peine quelques millions de dollars sur un budget de près de 50 milliards de dollars alloués aux dépenses de santé du département de la Défense (4). Mais ce sujet très sensible n’a pas manqué de soulever de vives polémiques sur l’utilisation des ressources de l’armée, attendu qu’un grand nombre de militaires blessés sur des théâtres de guerre attendent de subir des opérations chirurgicales. Pour rappel, 4 489 militaires américains ont été tués et 32 242 blessés en Irak. En Afghanistan, depuis 2001, on compte 2 357 tués et 20 068 blessés. Le suivi psychologique des soldats victimes de stress post-traumatique sur des théâtres de guerre nécessite également des ressources financières.

La décision de Biden est évidemment une bonne manière à ses soutiens démocrates, minoritaires dans l’armée. Sans surprise, les militaires d’active votent majoritairement pour les républicains, comme le reconnaît d’ailleurs le Washington Post.On peut donc s’attendre à ce que les droits des transgenres soient un sujet important du mandat, comme ceux des nombreuses minorités ethniques et sexuelles qui ont voté pour Biden. L’un de ses premiers coups d’éclat a été de nommer la pédiatre transgenre Rachel Levine (anciennement Richard Levine), au poste de ministre adjoint de la Santé, nomination confirmée par le Sénat le 25 mars (5). La nouvelle ministre est notamment spécialiste de médecine LGBT. Le président a par ailleurs récemment signé un décret permettant aux athlètes transgenres masculins de concourir chez les femmes. Le déploiement planétaire de la cause transgenre qui est à prévoir a déjà des allures de foire d’empoigne.

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(1). « Assessing the Implications of Allowing Transgender Personnel to Serve Openly », RAND Corporation, 2016.
(2).« Pentagon to Pay for Surgery for Transgender Soldier », nbcnews.com, 14 novembre 2017.
(3). « Navy Allows Transgender Sailors to Dress According to Gender Identity While Off Duty », strips.com, 15 avril 2019.
(4). « D’après Trump, les soldats transgenres représentent un “coût énorme” pour l’armée. C’est absolument faux », huffingtonpost.fr, 27 juillet 2017.
(5). « LGBT History Month – October 22: Rachel Levine », goqnotes.com, 22 octobre 2018.

Tocqueville et nous

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Alexis de Tocqueville © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage : 51016497_000001

La publication des derniers tomes des œuvres complètes de Tocqueville est l’occasion de se replonger dans son œuvre toujours de circonstance en 2021. Analyse de Philippe Bilger.


Alexis de Tocqueville, dont le moindre mérite n’était pas d’avoir ignoré les dangers qu’une démocratie pouvait se causer à elle-même si elle se laissait abuser par des « meneurs d’opinion », semble par sa réflexion totalement accordé avec notre monde d’aujourd’hui. Il comparait l’influence de ces « meneurs » à celle de l’ancienne Inquisition, quoique de nature différente mais avec des résultats similaires, et les dénonçait avec cette admirable formule: « Vous resterez parmi les hommes mais vous perdrez vos droits à l’humanité ». Quand j’ai lu cette profonde pensée, je n’ai cessé de la méditer, percevant que derrière son apparente simplicité elle ouvrait des perspectives aussi bien sur le plan politique que judiciaire par exemple.

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J’aime que, pour demeurer dans le domaine des « meneurs d’opinion » – et on devine bien ceux qui de nos jours pourraient être concernés par cette analyse – Tocqueville ne songe pas à les sortir de notre condition humaine mais leur dénie de se prévaloir précisément des dignités, de l’honneur attachés à l’humain, de ce qu’être homme vous crédite, de ce qu’être homme vous assure comme légitimité et reconnaissance. Ce n’est donc pas tout d’être un homme, encore faut-il mériter de l’être et si on n’en est pas digne, on reste homme formellement, physiquement, mais on perd l’essentiel : la lumière pour soi et pour les autres, l’exemple d’une humanité qui vaut la peine.

Derrière ces « meneurs d’opinion », comment ne pas identifier aujourd’hui tous ceux, intellectuels, journalistes, débatteurs, essayistes, humoristes, artistes, bateleurs, qui seraient, si on examinait lucidement certains d’entre eux, leur comportement, leurs propos et leur influence discutable, régis par cette terrible observation de Tocqueville : ils seraient des nôtres certes mais ne nous honoreraient pas et ne s’honoreraient pas par leur présence, leur langage, leur contentement d’eux-mêmes.

Dans le domaine judiciaire, cette assertion est encore plus pertinente et me semble régler une fois pour toutes ce qu’il convient de dire de ces crimes tellement horribles qu’ils paraissent faire sortir leurs auteurs de notre humaine condition. Et avoir pu justifier donc, dans des temps révolus, la peine de mort puisqu’à proprement parler on ne s’imaginait pas tuer un homme comme nous mais une existence dont le mal était explicable par une sorte de sortilège exotique voire de sorcellerie. J’ai entendu requérir ainsi et c’était se faciliter honteusement la tâche : comme on ne pouvait pas admettre qu’un homme ait agi sur un mode aussi insensé, hors de l’ordinaire, il fallait bien qu’il ne fût pas humain et qu’il soit traité comme s’il était un mystère criminel absolu.

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Alors que Tocqueville nous donne la clé de l’énigme. Le criminel « reste parmi les hommes » mais il n’a plus rien qui le rattache à ce à quoi son humanité lui aurait donné droit s’il avait été à la hauteur de celle-ci. Un homme donc mais séparé de nous. Non par son apparence mais à cause du gouffre effroyable qui le rend indigne de se revendiquer un homme avec l’aura, l’allure et la fierté qui s’y rattachent. Le criminel est parmi nous, avec nous mais il a « perdu ses droits à l’humanité ». Privé donc de l’essentiel.

Je mesure ce que cette fulgurante approche permet comme généralisation. Je n’en ai évidemment pas épuisé la richesse. Il me plaît de rendre hommage à Tocqueville, cet immense esprit. Pas seulement, comme souvent, pour ses intuitions historiques et sa vision de l’avenir mais pour cette singulière et mélancolique perception de nous-mêmes : on ne mérite pas toujours de se dire un homme.

L'Ancien Régime et la Révolution

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Emmanuelle Ménard: « La PMA crée une situation dégradée pour l’enfant dès sa naissance ! »

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Emmanuelle Ménard, députée de l'Hérault, dans l'hémicycle, février 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Pour le député de la 6ème circonscription de l’Hérault, la PMA promeut un mensonge, car elle fait croire aux enfants qu’ils peuvent naître de deux femmes.


Emmanuelle Ménard déplore la terrible décadence éthique de cette prétendue « loi d’amour » portée par les députés de la majorité.

La loi bioéthique, qui doit être adoptée définitivement le 29 juin, permettra dès septembre aux femmes célibataires ou lesbiennes d’avoir recours à la PMA. Cette loi traite également de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, l’embryon humain et la création d’embryons chimériques animal-homme. Entretien.


Causeur. Les opposants au projet de loi « PMA pour toutes », comme ses défenseurs l’appellent, affirment qu’il porte atteinte à la famille. De quelle façon ?

Emmanuelle Ménard. Avec cette loi, la famille perd sa réalité et sa vraisemblance biologiques ! En septembre 2019, quand la journaliste Myriam Encaoua demande à Agnès Buzyn « Un père, c’est une fonction symbolique. Cela peut-il être une femme ? », la ministre de la Santé répond : « Cela peut être une femme, évidemment. Cela peut être une altérité qui est trouvée ailleurs dans la famille, on le voit, cela peut être des oncles ou une grand-mère. Je crois que les enfants ont besoin d’amour, tout nous démontre aujourd’hui que ce qui compte, c’est la sérénité autour de l’enfant et cela, toutes les familles peuvent le garantir. »

Pour les progressistes, le père n’est donc pas indispensable dans la famille. C’est l’altérité qui l’est, et pas au sens sexué du terme. Contre tout principe de réalité… Dans le cas des femmes célibataires qui souhaitent avoir des enfants, n’importe qui dans l’entourage pourrait donc être la deuxième personne. « Ces femmes ont mûri leur projet parental » [1] diront les législateurs en faveur de la « PMA pour toutes ». On est donc loin du but premier de la PMA qui avait pour seul objet de « remédier à l’infertilité d’un couple ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité ; ce couple doit être composé d’un homme et d’une femme en âge de procréer » selon la loi de 1994. [2]

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On sait pourtant à quel point les familles monoparentales peuvent être victimes de la précarité. La loi « PMA pour toutes » va en créer encore plus alors que, depuis longtemps, le législateur met en place des mesures exceptionnelles pour protéger ces familles. Même si une « femme seule » a une belle situation, elle peut, à tout moment, perdre son travail ou tomber malade. Sa situation est alors bien plus fragile puisqu’elle n’aura personne pour l’aider à s’occuper de ses enfants, contrairement aux familles avec deux parents. Cette loi crée une situation dégradée pour l’enfant dès sa naissance.

C’est intéressant de souligner que la mention « il n’existe pas de droit à l’enfant », que le Sénat avait ajoutée dans le texte, a été supprimée par les députés…

Coralie Dubost, député LREM et rapporteur du Projet de loi, a parlé de « la liberté de devenir parent » le 11 juin 2021, alors qu’elle était invitée de l’émission « Parlement Hebdo »

Oui ! C’est leur volonté de mettre en avant le parent d’intention qui remplace le parent biologique. D’ailleurs, en juin dernier, lors de l’examen du texte en troisième lecture par la Commission spéciale, Coralie Dubost affirmait aussi le « droit à l’amour » pour justifier la finalité de cette loi. Les députés LREM ne semblent pas se rendre compte de ce qu’ils votent ; ils prétendent que les femmes qui souhaitent la PMA « ont le droit d’être heureuses », mais personne ne dit le contraire ! Je leur réponds « vous allez priver l’enfant de père », mais c’est un dialogue de sourds car les référentiels sont trop opposés. Nous ne sommes pas là pour répondre à un besoin d’amour : les législateurs ne légifèrent pas sur l’amour ! La mission des parlementaires est justement de dépassionner les débats. La douleur des femmes (due à une infertilité ou à une stérilité…), c’est malheureux, mais ce n’est pas ce qui est en jeu. C’est à la recherche médicale de s’occuper de ces problèmes, pas au Parlement !

Selon vous, faudra-t-il un jour revenir sur ce projet de loi bioéthique ?

Oui. Il y a déjà un projet de recours devant le Conseil Constitutionnel. À cause de cette loi, il y aura demain des enfants « avec père » et des enfants « sans père ». Au nom de l’égalité entre les différents couples (hétérosexuels et homosexuels) et les « femmes seules » (et demain, vous verrez que ça sera au nom de l’égalité entre couples d’hommes et couples de femmes), ce sont les enfants qui sont discriminés. Même si, avec cette loi, lorsqu’il atteindra ses 18 ans, l’enfant pourra accéder à l’identité de son « géniteur » – puisque nous n’avons plus le droit de parler de père –, il n’aura pas la possibilité de faire établir le lien de filiation entre ce dernier et lui. La loi l’interdit, même en cas d’accord entre les deux parties ! Un enfant né d’adultère, lui, a ce droit aujourd’hui. D’ailleurs, c’est la Cour européenne qui le rappelle puisque le droit au respect de la vie privée, protégé par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, « comprend non seulement le droit de chacun de connaître son ascendance, mais aussi le droit à la reconnaissance juridique de sa filiation ». La Cour n’hésite pas à affirmer que l’intérêt de l’enfant est « avant tout de connaître la vérité́ sur ses origines » et dans « l’établissement de sa filiation réelle ». Je vous garantis que, dans 18 ans, lorsque cette loi produira ses premiers effets, les enfants nés de PMA se retourneront contre l’État – qui aura permis une telle injustice, une telle discrimination et de telles souffrances – pour faire établir leur filiation réelle.

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Au-delà de la question de l’ouverture de la PMA « pour toutes », j’aimerais également revenir sur des points trop peu médiatisés et qui mettent en danger notre modèle bioéthique. Je pense notamment à l’autorisation de chimères animal-homme, à l’extension de la recherche sur l’embryon in vitro jusqu’à 14 jours, à l’autorisation de création de gamètes ou la création de modèle embryonnaire in vitro pour la recherche alors même que la création d’embryons pour la recherche est formellement interdite par l’article 18 de la Convention d’Oviedo et donc contraire aux engagements internationaux de la France…

La procédure de la « question préalable » permet d’éviter un nouvel examen du projet de loi par les sénateurs. Qu’est-ce que cela implique ?

C’est regrettable car si le texte n’est pas modifié au Sénat, cela signifie que les députés ne pourront pas déposer d’amendements lors du retour du texte devant l’Assemblée. Il est donc en passe d’être adopté définitivement « tel quel ». Mais je vous avoue que je comprends la position du Sénat : le gouvernement et sa majorité ont balayé quasiment toutes les modifications apportées par les sénateurs. Il y a donc un ras-le-bol de leur côté. Ce n’est pas que le Sénat ne veut plus débattre ; déposer une question préalable est en fait un moyen de montrer leur opposition, c’est une procédure protestataire. Cela fait deux fois que le gouvernement revient au texte initial. Ce serait donc une perte de temps de le réexaminer une fois encore. Résultat : le texte va revenir à l’Assemblée nationale très rapidement et les députés ne pourront plus rien faire pour défendre les droits de l’enfant.

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Aujourd’hui, ce ne sont plus les droits de l’enfant qui comptent, mais bien le droit à l’enfant. Les législateurs se placent du côté des adultes et de leur désir d’enfant. L’enfant devient un objet de consommation. C’est intéressant de souligner que la mention « il n’existe pas de droit à l’enfant », que le Sénat avait ajoutée dans le texte, a été supprimée par les députés…

En vertu de ce « droit à l’enfant », il est à craindre que, demain, au nom de l’égalité entre couples de femmes et couples d’hommes, et cela même sans repasser devant le législateur, la Gestation pour autrui (GPA) soit autorisée par le juge. D’ailleurs cette loi fait déjà un pas vers la légalisation de la GPA puisqu’elle autorise la transcription dans l’état civil d’un acte ou d’un jugement étranger qui reconnaît un enfant né d’une gestation pour autrui, et qui mentionne comme mère une « femme autre que celle qui a accouché » ou « deux pères » … En clair, elle reconnaît et légalise les conséquences d’une GPA pratiquée à l’étranger…

C’est toujours quand les Français sont en vacances, l’été et de nuit, que de tels projets sont votés ! Cette fois, pour la troisième lecture à l’Assemblée, l’actualité était accaparée par la gifle de Macron. Ce sont pourtant des sujets anthropologiques cruciaux…

En 2020, lors de la deuxième lecture du projet de loi, les débats s’étaient terminés le 31 juillet, à 3h du matin dans la nuit du vendredi au samedi. Cette fois-ci, la gifle de Macron a occupé l’espace médiatique et les sujets bioéthiques n’ont quasiment pas été abordés dans les médias. C’est pourtant le futur de toute une génération qui se joue !

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Nous sommes en période électorale et le projet de loi bioéthique n’est pas une priorité dans le débat public. Ajoutez à cela une volonté de faire taire les députés qui s’y opposent, par le biais d’une procédure spécifique qui réduit terriblement les temps de parole des parlementaires ! Sur ma page Facebook, j’avais partagé un montage où l’on voit avec quelle rapidité les amendements proposés étaient rejetés. À peine examinés ! Les glissements bioéthiques sont sans fin. Lors de l’adoption de la loi sur le « mariage homosexuel », on nous avait certifié, la main sur le cœur, que la PMA n’en serait pas sa conséquence logique. Aujourd’hui, on nous fait la même promesse avec la GPA. On voit bien ce que valent ces engagements ! D’ailleurs, un des rapporteurs de cette loi l’a bien dit en introduction : ce n’est qu’une étape. Demain, nous aurons la PMA post-mortem et la GPA, bien sûr ! Quand donc va s’arrêter ce « progrès » ? Quand nous occuperons-nous enfin de l’intérêt supérieur de l’enfant ?


[1] L’article 1 du chapitre 1 du titre 1 du projet de loi relatif à la bioéthique a modifié le code de la santé publique : « Art. L. 2141-2. – L’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à un projet parental. Tout couple formé d’un homme et d’une femme ou de deux femmes ou toute femme non mariée ont accès à l’assistance médicale à la procréation après les entretiens particuliers des demandeurs avec les membres de l’équipe médicale clinicobiologique pluridisciplinaire effectués selon les modalités prévues à l’article L. 2141-10.

[2] Depuis la loi de bioéthique du 29 juillet 1994 “relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) et au diagnostic prénatal”, confirmée lors des révisions de 2004 et 2011, la France avait choisi d’inscrire l’AMP dans le seul champ médical : “L’AMP a pour objet de remédier à l’infertilité d’un couple ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité ; ce couple doit être composé d’un homme et d’une femme en âge de procréer”.

[Vidéo] La semaine de Causeur

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La semaine de Causeur revient sur les cinq articles les plus consultés sur le site Causeur.fr durant la semaine écoulée. Notre Directeur adjoint de la rédaction Jeremy Stubbs commente et analyse.


Cette semaine :

#1 Charline Vanhoenacker a envoyé sa lettre de motivation à CNews!

#2 Raphaël Enthoven, un curieux mea culpa

#3 Fake history

#4 Comment l’Amérique se suicide

#5 Stéphane Ravier: « À Marseille, il faut aussi craindre l’islamo-droitisme! »

Bertrand Burgalat, les mélodies du bonheur

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Son dernier album, Rêve capital est une invitation à la fois charnelle et abstraite aux joies de l’été.


Musicien, compositeur, interprète, producteur, patron de label, chroniqueur chez Rock&Folk, président du SNEP (Syndicat National de l’Édition Phonographique) et même fondateur de l’association Diabète et méchant qu’il évoque avec une pudeur presbytérienne, Bertrand Burgalat s’est imposé comme une personnalité dans le petit monde de la pop française.

Un artiste qui compte, toujours là, sans l’être trop. Alors que la pandémie nous avait éloignés les uns des autres, enfermés même, il en a profité pour mettre un nouvel album en boîte qu’il a décidé d’appeler, non sans ironie, Rêve Capital. Est-ce la part du rêve qui nous reste quand on nous prend l’essentiel, la liberté ? Est-ce une méditation sur le nouveau monde des insiders et le néolibéralisme ? Peu importe au fond.

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Disons-le d’emblée, à travers ses 15 chansons, Burgalat rompt avec la spirale du défaitisme, de l’effondrement, du déclin. Son album est un hymne à la joie ! Un vaccin contre tous ces maux, et croyez-le, vous l’accepterez ! Tout commence d’abord par un message bienveillant : « Flash ». Au début on pense logiquement au jingle d’une émission radio (« flash radio » entonne-t-il) puis on se prend à imaginer Burgalat en stewart. Comme s’il nous préparait au décollage, à l’envol !  « Retrouvailles » qui lui emboîte le pas, porte bien son nom. On avait laissé le compositeur en 2017 avec « Les choses qu’on ne peut dire à personne ». Cinq ans avant, c’était « Toutes directions ». Burgalat est un artiste rare et comme toute chose rare, il nous est précieux.  « Plus le temps nous sépare, plus il nous rapproche » a-t-il raison de préciser. Mais c’est avec « Du haut du 33ème étage » que sa musique prend tout son sens.

Prométhéen et fragile

Rêve Capital est l’anti-Blade Runner. Et Blade Runner, c’est plusieurs éléments caractéristiques : une ville tentaculaire, plongée dans l’obscurité permanente et nacrée d’une mousson perpétuelle. Des robots, les replicants, êtres de câbles et de sang voués à la mort, se prenant logiquement pour des humains. Enfin, le film propose une réflexion profonde sur l’existence au travers de la mémoire. Ici, les replicants ne sont pas des coquilles vides mais des créatures emplies de souvenirs. Rêve Capital c’est tout cela mais à l’envers. De la ville il est question dans plusieurs chansons, pardonnez-moi, hautement symboliques : « Parallèles », « Du haut du 33ème étage », « Vous êtes ici » ou encore « Spectacle du monde ».

Dans la seconde des chansons citées, Burgalat, tel un personnage prométhéen fragile, annonce « Du haut du 33e étage je me suis précipité » et sa voix de se transformer de manière saisissante – transe-humanisme quand tu nous tiens – en un son crissant, métallique, robotique. Merci à Yuksek, le producteur électro bien connu, ici aux manettes. Vous l’aurez compris, le robotisme de Ridley Scott se mue en synthétisme chez Burgalat. Constante esthétique depuis son tout premier album, The Sssound of Mmmusic. Cependant, la vision de Burgalat procède de l’optimisme, de l’insouciance. Quand la musique se veut sérieuse (« Spectacle du monde », « La chanson européenne » où il est question de « terrasses badigeonnées de sang », « Vous êtes ici » qui en jouant l’ubiquité, le clonage, rappelle La possibilité d’une île de Houellebecq), elle retrouve bien vite sa lumière, celle qui rase les toits des buildings avant d’aller se coucher. Les synthés du musicien producteur sont liquides, onctueux, de miel. Ainsi en est-il de la chanson « L’attente » glissant dans un langoureux ralenti mélodique. Mieux, ils ne font jamais la nique à une instrumentation plus classiquement pop, cordes et cuivres dehors, déconfinés ! Dans « Retrouvailles », Les demoiselles de Rochefort semblent retrouver Giorgio Moroder. Loin de la nuit Blade Runnerienne, l’auditeur nage dans un bonheur solaire, limpide. Enfin, nous l’avons dit, il y a aussi l’idée de mémoire. Sujet ô combien inflammable qui, dans les mains de Bertrand Burgalat et sous les plumes si poétiques de Blandine Rinkel, Pierre Jouan, Yatta-Noël Yansané ou Laurent Chalumeau, renoue avec l’essentiel : les souvenirs chipés dans le coffre de l’enfance, des impressions lointaines, ces images légères, merveilleusement résumées dans « Sans accolades ».

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L’onirisme de Blade Runner

L’homme idéal n’est ni un Replicant ni le Blade-Runner qui le poursuit mais bien le chanteur. Dans ses multiples incarnations et autres téléportations. Dans une église (« La chanson européenne »), un TGV lancé à pleine vitesse (« È Pericolo Sporgersi »), sur Google Earth (« Vous êtes ici »). À la façon d’un GPS monocorde, mélancolique, la voix nous guide d’une scène à l’autre, dans l’espace et le temps. On pense à la fin hors ton de Blade Runner où Rachel et Rick Deckard s’enfuient au volant d’une voiture, en plein jour. Tout cela est dans Rêve capital. « J’ai adoré cette journée » chante Bertrand Burgalat dans ce disque complexe et direct, moderne et ancien, presque humanoïde. Une invitation charnelle et abstraite, onirique et tactile, à retrouver le plaisir très sensoriel d’un été sur une plage méditerranéenne ou d’une Conf’ Call sur un rooftop, entre Paris 13 et, pourquoi pas un jour prochain, Bangkok.  

Rêve capital de Bertrand Burgalat (1 CD ou un double vinyle Tricatel)

Elle périra, car elle est espagnole

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Le roi d'Espagne Felipe VI préside la "Corrida de la Beneficencia" aux arènes de Las Ventas à Madrid, 16 juillet 2017 © Casa real

Outre-Pyrénées, les spectacles taurins sont sous le feu des critiques. La gauche radicale veut les interdire, les antispécistes veulent les éradiquer et les régions séparatistes qui voient en eux le symbole du pouvoir madrilène veulent les proscrire.


Des temps difficiles pour la tauromachie

Arènes de Las Ventas, Madrid, 2 mai 2021. À l’occasion de la fête régionale madrilène, qui commémore le soulèvement de la population locale contre la Grande Armée et le début de la « guerre d’indépendance » espagnole contre Napoléon Bonaparte, une corrida regroupant de grands noms de la lidia[1](El Juli, Paco Ureña, José Maria Manzanares) est organisée dans ce haut lieu des traditions taurines. Depuis plus d’un an, ces dernières souffrent, comme la quasi-totalité des manifestations publiques, de l’annulation partielle ou totale des spectacles, que ce soit dans des espaces clos ou à l’air libre. Même dans la Communauté de Madrid (où bars, restaurants, salles de sport, musées et autres établissements accueillant des visiteurs sont restés ouverts depuis juin 2020, grâce à la volonté de la présidente régionale, Isabel Díaz Ayuso), il s’agit d’un petit événement contraint par des restrictions particulières – notamment une jauge de remplissage.

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La pandémie a porté un coup économique rude à un secteur vaste, qui comporte non seulement les arènes mais aussi l’élevage de taureaux de combat et bien d’autres activités annexes. Il faut dire que le prix de vente des bêtes n’est pas le même selon que les professionnels les confient à l’abattoir (500 euros par tête) ou aux organisateurs de jeux tauromachiques (jusqu’à 10 000 euros par taureau lors des grandes représentations aux arènes de Las Ventas, les plus prestigieuses d’Espagne). Sur l’ensemble du pays, 94 % des recettes ont été perdues en 2020. En Andalousie, par exemple, on les estime à 31 millions d’euros dans le domaine de l’élevage (campo bravo).

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Au cours de la dernière année avant l’épidémie, près de 20 000 manifestations taurines (dont 8 % de corridas à proprement parler) avaient été organisées. Les communautés autonomes ayant accueilli le plus de combats de ce type en 2019 sont, dans l’ordre décroissant, la Communauté de Madrid, l’Andalousie, la Castille-La Manche et la Castille-et-León. Avec la Navarre et l’Estrémadure, il s’agit des régions où cette tradition est la plus ancrée. Les exécutifs régionaux de Madrid, Valladolid, Pampelune, Tolède et Murcie lui ont octroyé des protections légales spécifiques. Et, en la matière, les différences politiques s’effacent parfois puisque des présidents socialistes comme Emiliano García-Page (Castille-La Manche) et Guillermo Fernández Vara (Estrémadure), eux-mêmes aficionados, en sont d’ardents défenseurs. L’année 2021 s’annonce incertaine, avec des lidias prévues entre les mois de mai et octobre, principalement aux arènes de Vistalegre (Madrid) et dans la banlieue de la capitale, ainsi qu’en Andalousie et en Castille-La Manche.

Une critique pluriséculaire

L’opposition à la tauromachie est ancienne outre-Pyrénées, bien que les raisons alléguées aient évolué au fil du temps. C’est d’abord le catholicisme qui a voulu faire interdire le spectacle à la Renaissance, avant que les Lumières s’en mêlent. Les considérations sur le bien-être animal et le respect de la vie sauvage n’apparaissent que vers la fin du xixe siècle. À la même époque, certains membres des classes dirigeantes estiment que les arènes sont, comme les cafés-concerts de flamenco, des lieux de débauche où les malfrats et les petites gens viennent dilapider tout leur salaire.

Aujourd’hui, si le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est traversé par divers courants à ce sujet, la gauche « radicale » est favorable dans son ensemble à une interdiction (c’est le cas des postcommunistes de la Gauche unie) ou à de fortes limitations (comme Unidas Podemos). Bien qu’il n’existe pas de formation antispéciste vraiment forte en Espagne, la principale d’entre elles, à savoir le PACMA (Parti animaliste contre la maltraitance animale), organise des actions coup de poing aux abords des arènes : manifestations, mises en scène avec du faux sang pour interpeller les passants et l’opinion publique, etc.

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Des artistes, écrivains ou intellectuels espagnols s’y sont également opposés à de nombreuses reprises, à l’image de Francisco Umbral (1932-2007) ou Eduardo Punset (1936-2019). Néanmoins, le PACMA n’a encore jamais obtenu d’élus au niveau national et la mobilisation reste, pour l’essentiel, associative. L’on ne compte ainsi pas de grande figure individuelle et médiatique qui, comme en France, pourrait porter la voix du mouvement antitaurin.

Le roi d’Espagne Felipe VI préside la « Corrida de la Beneficencia » aux arènes de Las Ventas à Madrid, 16 juillet 2017 © Casa real

D’autre part, les exigences des militants sont diverses : prohibition pure et simple ; arrêt des subventions publiques (elles se montaient à 65 000 euros en 2019 pour le gouvernement central) ; interdiction de tuer le taureau devant les spectateurs, etc.

Un débat politique

En réalité, l’estocade vient surtout des mouvements séparatistes régionaux, moins concernés par le respect de l’animal que par une volonté de chasser de leur territoire toute manifestation jugée (à tort ou à raison) trop liée à l’image de l’Espagne. Il existe ainsi des réseaux de communes antitaurines en Galice et à Majorque. Certaines dispositions légales abolissant de fait la tauromachie ont été prises dans des régions où la tradition était quasi inexistante. C’est le cas depuis 1991 aux îles Canaries…qui maintiennent les combats de coqs.

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En Catalogne, le débat sur la souffrance des bêtes qui débute fin 2009 ne trompe personne, puisque la région continue d’organiser par ailleurs des fêtes taurines considérées typiquement catalanes. L’abolition de la corrida en 2010 visait essentiellement à marquer un rejet de la « chose espagnole » dans une région où les jeux taurins sont pourtant très anciens. Une loi a d’ailleurs été votée par le parlement de Barcelone en septembre 2010 pour protéger officiellement les correbous. Ces fêtes populaires ne s’achèvent certes pas sur la mort du taureau, mais supposent notamment de placer des matières inflammables sur ses cornes. Le PACMA a souligné, à juste titre, l’hypocrisie des élus régionalistes qui avaient célébré quelques mois auparavant la fermeture des arènes.

Six ans plus tard, la Cour constitutionnelle espagnole abroge les décisions régionales catalanes en matière de corrida, sans se prononcer sur le fond. Huit des douze membres du tribunal estiment en effet qu’une telle prohibition empiète sur les compétences dévolues au ministère espagnol de la Culture. Toutefois, depuis, aucune corrida n’a été organisée en Catalogne.


[1] Le combat taurin.

Paris, 1959

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Film de La Patellière avec Gabin à la manœuvre et Audiard aux dialogues, Rue des Prairies est la chronique d’un monde disparu où un homme seul élève une famille dans un Paris populaire, loin des cartes postales.


« La nostalgie camarade », notre époque se shoote à la nostalgie. Les boomers ne veulent pas quitter le XXᵉ siècle et surtout les Trente Glorieuses. Quoi de plus normal, me direz-vous, il nous faut bien supporter nos temps déraisonnables. Il y a sur Facebook, un groupe dédié aux Trente Glorieuses, justement. Chacun y va de sa photo souvenir : le mariage des parents en 1953, la photo de classe des années 70 avec le fameux sous pull en acrylique orange, l’embouteillage de départ en vacances sur la Nationale 7, où l’on sent les internautes émus jusqu’aux larmes en évoquant le pique nique au bord de la route avec la glacière.  Moi même en l’écrivant, j’ai la larme à l’œil.

Rendez-vous Rue des Prairies

Comme souvent, rendez-vous sur Arte pour un shoot supplémentaire de « c’était mieux avant », et précipitez-vous sur Rue des Prairies unfilmde1959 de Denys de La Patellière, ce réalisateur  qui  symbolisait «  le cinéma de papa » honni par la Nouvelle Vague. Celui-ci confiait au Figaro en 2002 : « J’étais un metteur en scène commercial et ça n’est pas pour moi un mot péjoratif. Je n’avais pas l’ambition de faire une œuvre, mais de réaliser des spectacles et d’intéresser les spectateurs. » Voilà précisément ce qui manque cruellement au cinéma français depuis plusieurs années : des artisans du cinéma respectueux du public.

En 1959 est sorti également le merveilleux film de Truffaut : Les 400 coups. Le plan final, le regard défiant le monde de Jean-Pierre Léaud, est certainement un des plus beaux regards caméra du cinéma mondial. Rue des Prairies versus Les 400 coups : « Jean Gabin règle ses comptes à la Nouvelle Vague », telle était l’accroche commerciale de Rue des prairies à sa sortie, avec la formule bien connue d’Audiard, dialoguiste du film : « La Nouvelle Vague est plus vague que nouvelle ». Bon mot et merveilleuse mauvaise foi.

Le monde de 1959

Film considéré comme mineur dans la somptueuse filmographie de Gabin, Rue des Prairies, paraît, avec le recul, délicieux et rafraîchissant.

Henri Neveu, en rentrant de la guerre en 42, apprend que sa femme est morte en couche en mettant au monde un enfant qui n’est forcément pas de lui. Il l’accepte et le voilà seul avec trois enfants à charge. Nous retrouvons tout ce beau monde en 1959, dans un Paris pas encore saccagé, entre Ménilmontant, les beaux quartiers et L’Isle-Adam, qui ressemblait encore à un tableau de Renoir. Gabin est fier de ses deux aînés, dont l’un est coureur cycliste et l’autre cover girl (respectivement le jeune Claude Brasseur et la jeune Marie-José Nat). Et désarmé par son fils préféré, celui qui n’est pas de lui, qu’il ne sait comment aimer. Le tout est plaisant même si la réalisation est sans relief. Gabin fait son Gabin au risque d’éclipser les autres acteurs, et les dialogues d’Audiard sont « audiardesques » comme jamais. « Se laver le train dans un hôtel de passe tu appelles ça le progrès ! » dit-il à a fille lorsqu’il apprend qu’elle a un amant.

Un film « féministe » ?

Mais le plus intéressant dans ce film, le plus moderne aussi, c’est Gabin en « papa solo ». Sa figure diffère de celle habituelle des veufs au cinéma, qui en général se remarient. L’éducation de ses enfants semble être primordiale pour lui. Il est à la fois dépassé, forcément colérique mais aussi compréhensif et étonnamment moderne. En effet, il trouve normal que sa fille fasse des photos de mode et quitte la maison. Il est comme une âme en peine lorsqu’il se retrouve seul, et confie à son pote de bistrot, qu’entre les oreillons de l’un et la varicelle de l’autre, il n’a jamais eu le temps d’avoir de relation amoureuse.

On se croirait dans une chanson de Goldman : Il a fait un bébé tout seul. Le génie de Gabin fait que cela n’est jamais caricatural, on pourrait même affirmer que dans ce film Gabin est féministe. Le symbole du mâle blanc à l’ancienne se révèle finalement plus féministe que toutes les Caroline de Haas de la terre. La modernité est intemporelle, contrairement au progrès. Et puis, pour résister aux vérités progressistes, demeurons  avec Gabin, sa sagesse et ses doutes. « Maintenant je sais que l’on ne sait jamais ».

Rue des Prairies sur Arte.TV

A-t-on encore le droit d’être de droite aux LR?

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Aurélien Pradié (LR) en campagne à Toulouse, le 10 juin 2021 © FRED SCHEIBER/SIPA Numéro de reportage : 01023447_000005

Chez LR, alors que le second tour n’est même pas passé, Aurélien Pradié part à la chasse aux sorcières. Dans son viseur, les militants qui osent dire qu’ils ne veulent pas d’alliance avec les macronistes…


La Une outrancière de Libération sur Europe 1 et Cnews nous l’a rappelé cette semaine : pour les journalistes du microcosme parisien, un journaliste n’a pas le droit d’être de droite. Cet adage est-il en train de devenir également vrai aux Républicains ? A-t-on encore le droit d’être de droite aux LR ? 

La question se posait déjà avant ces régionales, les représentants de l’aile conservatrice des LR ayant été exclus des listes aux régionales et départementales en Île-de-France, dans les Pays de la Loire et dans de nombreuses régions. La question revient aujourd’hui, car la direction des Républicains, toute regonflée par les bons scores de la droite au premier tour des régionales (si on fait abstraction de l’abstention record), n’a pas attendu les résultats du second pour lancer la chasse aux sorcières contre ceux qui avaient osé contester la mollesse de la réaction de Christian Jacob face aux alliances en PACA de Renaud Muselier avec La République en Marche.

Une pétition qui fait jaser

Romain Bonnet, 34 ans, ancien président de la fédération LR de la Vienne, a ainsi reçu le 24 juin une demande d’exclusion émanant d’Aurélien Pradié, secrétaire général des Républicains. Le tort du conseiller communautaire et municipal de Loudun ? Avoir été l’un des premiers signataires de notre lettre ouverte adressée par le collectif « Droite pour la France » (www.droitepourlafrance.fr) à Christian Jacob pour dénoncer ces alliances avec LREM en PACA. Lettre ouverte qui a recueilli plus de 6000 signataires parmi les adhérents et sympathisants LR, uniquement par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux. Dans cette lettre, le collectif se disait « attaché aux valeurs authentiques de la droite » qui « ne sont pas solubles dans le macronisme », assumait « ne pas se reconnaître dans la ligne confuse actuelle [du] parti » et assurait qu’« un soutien à Emmanuel Macron n’est pas une option pour 2022 ». En résumé : en tant que militants LR nous souhaitions tout simplement… être de droite.

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N’écoutant que son courage, la direction des LR ne s’en prend évidemment pas aux figures nationales qui ont dénoncé ces alliances, comme François-Xavier Bellamy ou Nadine Morano qui ont voté contre l’investiture de Muselier en CNI. Elle préfère attaquer le cadre local, pour tenter de faire taire la révolte qui gronde à la base. La lettre d’exclusion envoyée par Aurélien Pradié à Romain Bonnet avance que « lors des élections régionales, [ce dernier] n’aurait cessé d’agir contre les cadres et les élus [du] mouvement » et « déplore de tels comportements, alors que la ligne du parti a toujours été de refuser la moindre alliance ». La réaction de Romain Bonnet ne s’est toutefois pas fait attendre, l’élu dénonçant dans un communiqué de presse « le mépris » d’Aurélien Pradié pour « la demande légitime d’écoute de la part de nos militants. » L’ancien président des Républicains de la Vienne affirme que si son exclusion était prononcée, il faudrait de facto exclure tout élu ou adhérent qui refuse publiquement toute alliance avec LREM et le président Macron !

L’instransigence de Pradié fait le lit du RN

L’élu LR anti-macroniste s’interroge « sur le timing politique du lancement de cette procédure, alors que notre famille politique des Républicains devrait être toute entière mobilisée pour le succès au second tour de nos candidats qui battent la campagne dans toute la France, y compris en Occitanie où Aurélien Pradié est candidat dans un combat difficile. » Avec seulement 12% des voix, le plus faible score de notre famille politique sur toute la France, Aurélien Pradié a effectivement du pain sur la planche en Occitanie. Sans doute trop occupé par sa campagne, Aurélien Pradié faisait la sourde oreille aux demandes d’explication du signataire de notre lettre ouverte.

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Malheureusement, ceci n’a pas échappé à l’un de ses concurrents aux régionales, Jean-Paul Garraud, tête de liste RN face à Aurélien Pradié, qui reprenait hier soir sur Twitter le communiqué de Romain Bonnet.

Pourtant, à la veille du second tour, nous avons besoin d’unir toutes les composantes des Républicains pour battre la gauche. Pour paraphraser la célèbre phrase du regretté Patrick Devedjian : « nous sommes pour une droite ouverte, y compris jusqu’aux anti-macronistes, c’est dire !».

Pécresse contre les Khmers

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Voici donc Valérie Pécresse soutenue par ses anciens adversaires d’hier… Les temps ne sont plus à la rigolade, prévient notre professeur préféré Jean-Paul Brighelli. Il y a un risque mesuré que l’alliance baroque entre Julien Bayou des Verts, Audrey Pulvar du PS et des Insoumis l’emporte.


Jean-Paul Huchon, quand il présidait aux destinées de l’Île-de-France, avait la main légère avec les subventions de moins de 50 000 euros, dont il arrosait nombre d’associations parfois fantaisistes. Et Valérie Pécresse, alors dans l’opposition, le lui reprocha vertement. Il s’en souvient sans doute, mais il ne lui en veut pas : il vient de lui apporter son soutien face à la liste conjointe d’Audrey Pulvar / Julien Bayou / Clémentine Autain.

Manuel Valls a certainement des défauts, ses allers-retours entre Barcelone et Paris ont fait jaser, mais il est un laïcard convaincu, comme le soulignait jadis le Comité Laïcité République. Et il soutient Valérie Pécresse dans l’élection de dimanche prochain — parce qu’il a remarqué que LFI et Jean-Luc Mélenchon se sont soumis aux islamistes, sous prétexte de lutter contre les discriminations.

Voici donc Valérie Pécresse soutenue par ses anciens adversaires d’hier. Elle n’a pourtant pas changé, elle ne s’est alliée ni à Macron, grand débaucheur de Républicains, ni à ses premiers ministres, issus pourtant de son propre parti.

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Je sais deux ou trois choses sur Pécresse, pour avoir co-écrit un livre avec elle, du temps où elle était ministre de l’Enseignement Supérieur — avec un tout petit peu plus de classe que Frédérique Vidal… Je sais par exemple qu’elle n’est pas de gauche. Comment donc se fait-il que des hommes de gauche — Huchon a été la doublure de Rocard, Valls n’a jamais transigé avec les principes laïques, ce qui n’a pas été le cas de tous les élus de son parti — soutiennent une libérale pur jus ?

C’est que le monde a tourné, et que la gauche d’hier — une partie d’entre elle au moins — campe aujourd’hui sur les terres marécageuses du communautarisme, de l’intersectionnalité, de l’islamo-gauchisme et de l’idéologie verte, qui n’a rien à voir avec les réalités de l’environnement.

Sur le terrain de la laïcité, Pécresse n’a jamais dévié du principe républicain : la République ne reconnaît et ne subventionne aucun culte. Surtout ceux qui flinguent des journalistes, assassinent des prêtres, massacrent des foules, et égorgent des enseignants. Alors que la gauche, pour séduire ce nouveau prolétariat, après avoir sacrifié l’ancien, selon le plan mirobolant de Terra Nova, fait cause commune avec des organisations sectaires, et pour séduire des jeunes qu’elle a largement contribué à décerveler, se rapproche des écologistes déclinistes. Marx, reviens, ils sont devenus fous !

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D’où les déclarations des plus sincères des ex-socialistes. Constatant le tournant mortifère que prend leur parti, ils préfèrent encore franchir le Rubicon que donner la main à des gens qui font des risettes aux complices des égorgeurs.

Ils ne sont pas les seuls. Raphaël Enthoven, évoquant l’hypothèse improbable d’un match final Mélenchon / Le Pen, a avoué qu’à la onzième heure, il irait furtivement voter pour la présidente du RN. Tollé chez les sociologues du Quartier Latin, les meilleurs de France, comme chacun sait. Ils n’ont pas compris que le philosophe avait vu avant eux le monde tourner dans le mauvais sens. Rester fidèle à ses convictions, ces temps-ci, revient à se faire rattraper sur sa droite. Tant pis. Je sais que Pécresse ne rouvrira jamais de goulags — elle a voyagé ado en URSS, elle sait ce que c’est que le paradis brejnévien.

Tout comme elle sait ce qu’est le monde dont rêve Clémentine Autain ou Julien Bayou (étant entendu qu’Audrey Pulvar n’est là que comme complément de boboïtude). Les municipalités dont des citoyens mal informés ont confié les clefs aux écolos voient déjà ce qu’il en est. J’en ai fait il y a deux mois un petit billet qui se voulait humoristique.

Mais les temps ne sont plus à la rigolade. Il y a un risque mesuré de révolution dans la région la plus peuplée de France. À vous de voir ce que vous voulez : des améliorations mesurées à la hauteur d’un budget raisonnable, ou des improvisations folles au gré d’alliances nauséeuses.

Élections régionales: le marteau et la faucille recyclés

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Une tribune libre de Laurence Trochu, présidente du Mouvement Conservateur


Depuis 2017, nous assistons à l’agonie de la gauche républicaine. Abandonnée par le peuple, puis par ses militants, la gauche a vendu Solférino en même temps qu’elle a assisté, impuissante, à la déstructuration du « Parti » : plus de cartes, plus de congrès, plus de figure emblématique. Depuis, à chaque élection, elle se cache derrière l’étiquette « Divers gauche » et la rose s’est fanée. Abandonnant ses idéaux de progrès, de laïcité, d’égalité sociale, dont la seule évocation des noms suffisait à décliner son identité heureuse, c’est elle qui a déserté le peuple, lequel l’a vécu comme une trahison.

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Certains de ses représentants appellent à un sursaut pour ne pas « basculer dans un autre monde » comme le déclare Carole Delga, Présidente sortante de la Région Occitanie à propos de Jean-Luc Mélenchon. En Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de la Loire et Ile-de-France, se nouent en effet de scandaleuses alliances pour ressusciter la gauche plurielle, faisant disparaître le cordon sanitaire qui tenait à distance l’extrême-gauche. Ensemble, elles imposent déjà depuis longtemps un climat de révolution permanente en absolutisant la race, la religion, le genre, l’ethnie. L’armée des Social Justice Warriors est sur tous les fronts des réunions en non-mixité, tour à tour interdites aux hommes, aux blancs et surtout aux hommes blancs ! « Cela nous mène tout droit au fascisme », affirmait le Ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. En réalité, cela n’est pas très éloigné d’un totalitarisme intrinsèque au communisme. Les « illusionnistes illusionnés qui ont bâti le mirage du communisme » et dont François Furet analyse la passion révolutionnaire ont pourtant du sang sur les mains : « Fils de la guerre, bolchevisme et fascisme tiennent d’elle ce qu’ils ont d’élémentaire. Ils transportent dans la politique l’apprentissage reçu dans les tranchées : l’habitude de la violence, la simplicité des passions extrêmes, la soumission de l’individu au collectif, enfin l’amertume des sacrifices inutiles ou trahis ».

Qu’importe les 80 millions de morts des crimes commis par les régimes communistes ! Pour gagner une région, la gauche n’a pas les états d’âme de la droite face au Rassemblement National : la France Insoumise lui tend la faucille et les Verts plantent le drapeau de la bonne conscience écologiste, se recyclant ainsi à peu de frais. En Ile-de-France, ils font tout sauter et ils le disent – avec violence évidemment – en image, une image indécemment récupérée d’un attentat meurtrier en Syrie. Le poids des maux, le choc d’une photo.

Trois régions à conserver pour les protéger du saccage de l’extrême gauche 

Durant ces semaines d’une campagne inhabituelle dans ses modalités, le Mouvement Conservateur, avec son organisation structurée, ses troupes et une indéniable constance dans ses positions, a fédéré la droite conservatrice pour soutenir activement les candidats qui ont su tenir à distance la majorité présidentielle et intégrer les dynamiques conservateurs de leur région. 

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Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de Loire, Ile-de-France, les contextes sont différents, les stratégies tout autant et la représentation des conservateurs également. Dans le match qui oppose aujourd’hui trois présidents sortants à de dangereuses alliances autour de l’extrême gauche, les abstentionnistes ont un rôle capital. Quand deux électeurs sur trois ne votent pas, ce n’est pas le fruit du hasard, la faute des beaux jours ou du cours d’aquaponey. L’abstention ne traduit pas un désintérêt mais une colère. Elle est devenue le vote sanction de ceux qui ne se sentent pas représentés et ne supportent pas le jeu trouble des accords de coulisses.  

Dimanche, 31 millions d’abstentionnistes doivent revenir dans l’isoloir. Ils ont la capacité de tout changer. Parmi eux, des conservateurs responsables qui ne veulent pas voir leur pays sombrer dans le totalitarisme rouge et vert. Mais aussi, des conservateurs qui interrogent : de quoi la droite de demain voudra-t-elle être le nom ? Cette dernière question sonne comme un avertissement et un appel urgent au réveil d’une droite qui ne se contente pas d’être une non-gauche.  

États-Unis: une armée d’un autre genre?

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Patricia King, sergent-chef transgenre dans l'armée de terre américaine, auditionnée par le Sous-Comité des services armés de la Chambre des représentants sur le personnel militaire, Washington, 27 février 2019 © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

C’est l’une des premières mesures prises par Joe Biden : annuler l’interdiction édictée par Donald Trump de s’engager dans l’armée sous une « identité de genre », celle que les transgenres peuvent faire reconnaître à l’état-civil. Les soldats qui n’auraient pas passé le cap peuvent aussi, désormais, se faire opérer aux frais de l’institution.


À peine finie la cérémonie de son investiture, qui a nécessité le déploiement de 25 000 soldats de la garde nationale le 20 janvier 2021, Joe Biden, le nouveau président américain et commandant en chef des armées, a pris une décision : celle d’annuler l’interdiction pour les personnes transgenres de s’engager sous leur « identité de genre » (celle qu’ils ont choisie). Cet interdit édicté par Donald Trump dès 2017 avait été validé par la Cour suprême en 2019.

Joe Biden s’inscrit en cela dans la continuité de Barack Obama qui, en 2016, avait autorisé les personnes transgenres à servir ouvertement au sein des forces armées et à avoir accès à des traitements hormonaux combinés à un suivi psychologique pendant la durée de leur service. C’est ainsi qu’en 2016, selon un rapport de la RAND Corporation, les forces américaines comptaient quelque 2 450 militaires d’active transgenres (sur 1,3 million de soldats) et 1 510 réservistes transgenres (1), tandis que la célèbre animatrice de télé transgenre Caitlyn Jenner et la chanteuse Barbra Streisand avançaient, pour leur part, le chiffre de 15 000 personnes. Parmi les militaires transgenres figure Chelsea Manning (née Bradley Manning), qui a été à l’origine du scandale Assange-WikiLeaks en 2010.

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Trump voulait purement et simplement bannir les transgenres des forces armées. Les difficultés logistiques qu’aurait impliquées cette mesure étaient telles qu’il a dû renoncer. Les soldats déjà sous contrat, diagnostiqués avec une « dysphorie de genre » – sentiment de détresse né de l’inadéquation entre le sexe assigné et leur « identité de genre » – ont pu continuer à servir sous les drapeaux sous l’identité sexuelle de leur choix. En prime, toujours contre l’avis du président, ils ont obtenu le droit d’être opérés aux frais de l’institution militaire. En novembre 2017, la Defense Health Agency a approuvé pour la première fois la prise en charge d’une opération de chirurgie de changement de sexe (sex reassignment surgery) pour un militaire américain en service actif (2).

En revanche, Donald Trump a gagné pour les nouvelles recrues : celles-ci étaient obligées de conserver leur identité sexuelle d’origine, excluant toute velléité de suivre un traitement hormonal pendant leurs années de service (3).

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Les élus démocrates font pression sur les associations et sur le ministère chargé des vétérans pour que l’armée finance ces interventions dont le coût, avec celui des traitements associés, représenterait à peine quelques millions de dollars sur un budget de près de 50 milliards de dollars alloués aux dépenses de santé du département de la Défense (4). Mais ce sujet très sensible n’a pas manqué de soulever de vives polémiques sur l’utilisation des ressources de l’armée, attendu qu’un grand nombre de militaires blessés sur des théâtres de guerre attendent de subir des opérations chirurgicales. Pour rappel, 4 489 militaires américains ont été tués et 32 242 blessés en Irak. En Afghanistan, depuis 2001, on compte 2 357 tués et 20 068 blessés. Le suivi psychologique des soldats victimes de stress post-traumatique sur des théâtres de guerre nécessite également des ressources financières.

La décision de Biden est évidemment une bonne manière à ses soutiens démocrates, minoritaires dans l’armée. Sans surprise, les militaires d’active votent majoritairement pour les républicains, comme le reconnaît d’ailleurs le Washington Post.On peut donc s’attendre à ce que les droits des transgenres soient un sujet important du mandat, comme ceux des nombreuses minorités ethniques et sexuelles qui ont voté pour Biden. L’un de ses premiers coups d’éclat a été de nommer la pédiatre transgenre Rachel Levine (anciennement Richard Levine), au poste de ministre adjoint de la Santé, nomination confirmée par le Sénat le 25 mars (5). La nouvelle ministre est notamment spécialiste de médecine LGBT. Le président a par ailleurs récemment signé un décret permettant aux athlètes transgenres masculins de concourir chez les femmes. Le déploiement planétaire de la cause transgenre qui est à prévoir a déjà des allures de foire d’empoigne.

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(1). « Assessing the Implications of Allowing Transgender Personnel to Serve Openly », RAND Corporation, 2016.
(2).« Pentagon to Pay for Surgery for Transgender Soldier », nbcnews.com, 14 novembre 2017.
(3). « Navy Allows Transgender Sailors to Dress According to Gender Identity While Off Duty », strips.com, 15 avril 2019.
(4). « D’après Trump, les soldats transgenres représentent un “coût énorme” pour l’armée. C’est absolument faux », huffingtonpost.fr, 27 juillet 2017.
(5). « LGBT History Month – October 22: Rachel Levine », goqnotes.com, 22 octobre 2018.