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États-Unis: les femmes transgenres vont-elles être autorisées à concourir dans les compétitions féminines?

États-Unis: les femmes transgenres vont-elles être autorisées à concourir dans les compétitions féminines?
Les Démocrates Susie Lee et Andy Levin quittent le Capitole le 25 février, date de présentation du Equality Act au Sénat, un texte promettant de nouveaux droits et protections aux LGBT © Amanda Andrade-Rhoades/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30255480_000001

Sous Joe Biden, il est à craindre qu’un décret et des votes permettent à des hommes transgenres de concourir dans les compétitions sportives féminines… ce qui serait déloyal pour les femmes nées femmes.


Systématiquement, lorsque les meilleures équipes mondiales de football féminin affrontent des équipes masculines de moins de 15 ans pour s’entraîner, elles sont largement battues. Le silence général des médias à ce sujet ne peut changer une réalité biologique. Le droit le pourrait-il? Alors que la proposition de loi en faveur de l’égalité LGBTQ (Equality Act) a été soumise au Sénat américain, le sport féminin redoute de voir des transsexuels et transgenres femmes confisquer les podiums, et qu’il devienne illégal de critiquer une telle injustice. 

En mai 2020, le ministère fédéral de l’Éducation a averti l’État du Connecticut qu’autoriser les transgenres féminins à défier des filles lors de rencontres sportives scolaires constituait une violation des droits civils de ces dernières et du Titre IX de 1972[tooltips content=”Le titre IX des Amendements pour l’Éducation de 1972 autorise l’existence des équipes sportives féminines à l’école et l’université, et leur garantit les mêmes moyens que les équipes masculines, afin d’avoir les mêmes chances professionnelles et universitaires que les garçons.”](1)[/tooltips]. Deux athlètes se définissant comme femmes confisquaient les premières places dans les épreuves de sprint. Le Connecticut a été menacé de ne plus se voir accorder de fonds fédéraux. 

Les sportives menacées d’une concurrence déloyale

Depuis 2015, les démocrates ont présenté quatre propositions d’Equality Act concernant les LGBTQ, et seules deux ont été adoptées par la Chambre des représentants, la plus récente le 25 février. Un projet de loi complémentaire a été déposé au Sénat le 23 février. L’intention des congressmen démocrates est d’amender le Civil Rights Act de 1964 en y introduisant l’interdiction de toute discrimination fondée sur le sexe, l’orientation et l’identité sexuelles. Dans son arrêt Bostock v. Clayton County, Georgia en juin 2020, la Cour suprême a interprété la loi de 1964 comme interdisant le licenciement d’une personne en raison de ses orientations sexuelles ou du genre qu’elle s’attribue. Cependant, les démocrates entendent désormais dépasser cette juste interdiction de la discrimination. Au risque de désavantager les femmes et les filles dans le domaine sportif?

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En mars 2019, la journaliste du Wall Street Journal Abigail Shrier, connue pour son opposition à ces revendications, a rédigé un article d’opinion intitulé « La guerre transgenre contre les femmes ». Si elle déclare que les femmes supportent mieux la douleur et vivent plus longtemps que les hommes, elle rappelle que ces derniers sont plus puissants et plus rapides, et qu’il y a un risque que les garçons et les hommes se définissant comme des femmes n’écrasent les compétitions féminines. Shrier craint également que, sous prétexte d’égalité, il ne soit interdit de critiquer ces participations. 

Une indifférenciation déjà inscrite dans le décret de Joe Biden sur l’égalité

L’article du Wall Street Journal rappelle que les tribunaux ont tendance à interpréter le Titre IX sur l’enseignement conformément à la Civil Rights Act, et que modifier cette dernière reviendrait à autoriser les garçons à exiger d’entrer dans les équipes scolaires de filles. Ce qui inclurait les toilettes, douches et vestiaires. Par ailleurs, des filles pourraient ne plus obtenir de bourses d’études si des garçons les battaient, alors qu’ils seraient incapables de remporter des trophées dans les catégories masculines.

Dans un article favorable à cette évolution, le New York Times a mentionné les propos du représentant Sean Patrick Maloney qui a présidé le vote du texte et qui est un militant gay. L’élu démocrate se moque des opposants en les accusant de mentir: « Pourquoi se cacher derrière des arguments ridicules, gênants et facilement réfutables, des faussetés, des épouvantails quant aux vestiaires et sports féminins ? » Certes, le texte législatif ne mentionne pas les compétitions sportives, mais le pouvoir du juge est prépondérant pour interpréter la loi, et Maloney ne le sait que trop bien. De plus, le vote rejoint le décret du président Biden visant à « empêcher et combattre les discriminations fondées sur l’identité de genre ou l’orientation sexuelle ». Ce texte édicté le jour de son investiture dispose que « les enfants devraient pouvoir étudier sans s’inquiéter d’être ou non refusés dans les toilettes, les vestiaires ou lors des activités sportives scolaires ». Dans son article, Abigail Shrier met en garde contre l’enfermement dans un « coffre-fort de droits civils » des discussions sur la légitimité d’une telle législation, et estime que les femmes « ont hésité à contester ces incursions dans leurs droits âprement acquis [en raison] de la gêne à reconnaître les différences biologiques, longtemps niées par des féministes en vue ».

Ces rencontres mixtes où même des garçons dominent les femmes

Et en effet, les diverses rencontres sportives où des hommes transgenres (sans changement de sexe) ou transsexuels femmes, voire des garçons, ont affronté des femmes ont vu une domination aisée de ces derniers, sauf incident. En 2014, un match d’arts martiaux mixtes vit combattre Tamikka Brents, une femme, et Fox Fallon, un transsexuel femme. Fallon cassa sept os orbitaux à sa rivale et lui causa une commotion cérébrale. Brents déclara: « J’ai combattu beaucoup de femmes et je n’ai jamais rencontré la force que j’ai sentie cette nuit. Je ne saurais dire si c’est parce qu’elle est née homme ou non, car je ne suis pas médecin. Je peux simplement dire que je ne me suis jamais sentie si accablée, et je suis pourtant une femme extraordinairement forte […] Quand il s’agit de sport de combat, ce n’est pas juste! » En 2012, Fox avait déjà mis un terme à la carrière d’Erika Newsome en 39 secondes: imperturbable sous les coups de sa rivale, Fox l’avait laissée cogner avant de l’assommer d’un seul coup. Récemment, le magazine Outsport a déclaré que Fallon Fox était « l’athlète le plus courageux de l’histoire ». 

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Alors que le football féminin est de plus en plus médiatisé, il y a une certaine réticence des grands médias à mentionner les matches au cours desquels des garçons de moins de 15 ans défont les meilleures équipes de femmes. Ainsi, lors d’une rencontre entre la meilleure équipe nationale américaine féminine et celle masculine du FC Dallas des moins de 15 ans en avril 2017, ces derniers avaient battu les multiples championnes du monde 5 à 2. Il n’y a là aucun souci éthique, puisque les équipes féminines ne sont pas en compétition avec les garçons et veulent simplement s’entraîner plus durement. Mais cela permet de constater les écarts de performances, lesquels seraient bien plus grands encore à âge égal, et sont problématiques lors des compétitions impliquant des transsexuels ou des transgenres.

Des gouverneurs et législatures d’États fédérés prennent des dispositions pour s’opposer à une telle loi et au décret présidentiel. Actuellement, 25 États prépareraient des lois en ce sens, et le gouverneur du Mississipi a signé ce 11 mars la Mississipi Fairness Act (loi sur l’équité). Les conflits entre ces lois et celle de l’Union ou le décret présidentiel pourraient être tranchés par la Cour suprême. Le texte défendu par M. Maloney aura cependant du mal à être adopté par le Sénat, car il faudra que dix républicains y votent en sa faveur. Mais que le Civil Rights Act soit ou non modifié n’empêchera pas le gouvernement Biden d’octroyer des fonds aux écoles et universités ignorant la loi de 1972. 18 États permettent déjà aux transgenres et transsexuels de concourir en fonction de l’identité sexuelles qu’ils s’attribuent.


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Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique

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