Christophe Girard est maire du IVe arrondissement de Paris et conseiller régional d’Ile-de-France.

Causeur. Permettez-nous d’abord, Monsieur le Maire, de vous présenter tous nos vœux puisque votre mariage a été célébré il y a peu dans cette mairie. Il s’agit certes d’une affaire privée, mais pas seulement puisque le droit, pour vous, d’épouser votre compagnon est l’aboutissement d’un combat politique. Comment expliquez-vous l’ampleur et la durée de la protestation ?
Christophe Girard. La première raison, c’est que le débat a trop duré. Dans les treize autres démocraties qui ont instauré le mariage et l’adoption pour tous, cela s’est passé beaucoup plus vite et avec moins de résistance. Résultat, en France, on a assisté à la formation d’un front de la peur, aussi large qu’hétérogène. Les Manifs pour tous ont coalisé ceux qui n’ont pas digéré la défaite de Nicolas Sarkozy, l’Église catholique − qui s’est montrée assez organisée −, la sympathique et intelligente Frigide Barjot qui a su en faire un sujet médiatique, Christine Boutin − une femme politique assez adroite, sans jeu de mots − et quelques autres conservateurs comme Philippe de Villiers. L’extrême droite en a aussi profité pour remobiliser ses troupes.

En somme, il n’y aurait là qu’une expression classique de la droite, voire de l’extrême droite ?
Tout dépend de quelle droite et de quelle extrême droite on parle. Marine Le Pen a eu une stratégie habile, peut-être parce que le FN compte beaucoup de jeunes et d’homos.

Ah bon, à entendre certains militants, on pensait qu’être homo, c’était forcément être de gauche…
GayLib n’est pas de gauche ! Il y a des homosexuels dans tous les partis politiques. Quant à l’UMP, elle s’est embarquée dans cette affaire pour remédier à la crise profonde dont elle souffre. Une certaine droite modérée et républicaine, qui se retrouve dans les valeurs portées par Fillon, n’expose pas sa richesse et ne se remarie pas avec des mannequins ou des chanteuses. Cette droite-là, qui a en partie voté pour François Hollande par rejet de Nicolas Sarkozy, n’était pas hostile à la loi Taubira.

*Photo : DR.

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