L’académicien Marc Lambron sort le quatrième volume de son Carnet de bal. Un régal. 


 

Marc Lambron ne publie plus de roman depuis 2014. C’est bien regrettable, car c’est un véritable romancier. Il n’y a qu’à relire L’œil du silence, Prix Femina 1993, pour s’en convaincre. Voici Carnet de bal, quatrième opus de sa série lancée en 1992, comme le temps passe. Et ce temps qui passe, Lambron sait en tirer le sel. L’actualité est permanente, chaque événement est traité de la même façon par les chaines d’info en continu. Tout est historique, paraît-il. C’est la société du spectacle. Les caméras tournent, les satellites surveillent. À la fin, c’est un gigantesque magma qui coule dans nos cerveaux. Tout se vaut. Heureusement, Lambron a l’œil. Il sélectionne l’événement, portraitise celles et ceux qui créent réellement l’événement, qui bousculent les mentalités, qui font danser notre quotidien bavard. Lambron se transforme en Victor Hugo, et nous offre des « choses vues » d’une grande acuité, servies par un style flamboyant. C’est un aigle, il saisit sa proie dans le bleu du ciel. Parfois, il la laisse vivre, quand elle le mérite. C’est un sensible, Lambron. Il ne tue que lorsque la beauté est en danger, toujours avec élégance, on ne voit pas le sang couler. On est dans une tragédie de Racine.

Voici donc les chroniques, les rencontres, les billets d’humeur de notre académicien. Aucun thème n’est exclu. Littérature, politique, peinture, photographie, mode, musique virevoltent sur la piste de danse. Mais attention, on n’est pas dans une guinguette sur les bords de Marne, on transpire sous les lambris des beaux quartiers, comme eût dit Aragon. On peut ouvrir le livre au hasard. On tombe sur un nom, on lit, on se régale.

Page 297, Sarkozy, campagne de 2016 : « Les sondages le disent, les augures le prédisent : le sixième président de la Ve République, primo-sexagénaire à turbines, boxeur dont les trophées platinés ornent une cheminée à hotte aspirante, est peut-être en train de mener le combat de trop. » Exact, Lambron.

Page 304, évocation de Brigitte Macron, née Trogneux. Le chroniqueur prévient : ne pas focaliser sur son âge, mais fouiller son passé. Prof de lettres, elle a « construit » son bel arriviste. Autrement dit, pour comprendre Macron, comprenez Brigitte.

Page 137, c’est la silhouette massive de Marlon Brando qui apparaît. « À Paris, note Lambron, proche de Nadine et Christian Marquand, Brando fréquente le milieu gay de Jean Cocteau et Hervé Mille. À Hollywood, il creuse son sillon de womaniser effréné. » Le secret du plus grand acteur du monde se tient là, en effet. Un jour, il lâche, en pleine interview : « Je suis trisexuel. »

Lambron a la formule choc. Karl Lagerfeld pose sur une « stèle de satin » ; Baroin, dont on parle beaucoup en ce moment, tant Macron déçoit, est « vieux à force d’être jeune » ; Tom Wolfe, génial écrivain, faussement destroy, est « un sculpteur de mythologies », qui a compris que « le journaliste ne doit pas être un pasteur mais un rockeur » ; Johnny, puisqu’on parle de rockeur, « celui que les musiciens de studio appelaient avec respect ‘’l’Homme’’ aura tracé son sillon de lumière et de nuit », etc. On pourrait continuer à citer ce diamant minutieusement ciselé pendant des heures, en attendant sur un quai de gare un TGV qui ne viendra pas, avec dans les oreilles les plus beaux succès de bob Dylan, « Fernando Pessoa du rock. »

Marc Lambron, Carnet de bal (4), Grasset.

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