À en croire ses partisans comme ses opposants, le mariage homosexuel serait devenu l’un des principaux marqueurs du clivage droite/gauche. En d’autres termes, comme l’a dit un responsable socialiste, « la gauche sociale serait inséparable de la gauche sociétale ». On peut au contraire penser que cette nouvelle orientation s’inscrit dans la fuite en avant d’une gauche qui ne sait plus comment être sociale.
Au lendemain de l’élection de François Hollande, l’instauration du mariage homosexuel semblait aller de soi. C’était en quelque sorte une évolution naturelle et personne ne s’attendait à l’ampleur et à l’obstination de la protestation. Cela montre à quel point un certain milieu politico-médiatique est coupé d’une bonne partie de la société et de ses préoccupations. Certes, le débat a eu lieu mais, dès le début, il était clair que le gouvernement – qui n’en est pourtant pas à une promesse non tenue près – n’avait pas la moindre intention de céder d’un iota. C’est que la gauche en a fait une question de principe : la reconnaissance du mariage gay et de l’homoparentalité s’inscrirait dans un grand mouvement historique défini comme la marche vers l’égalité. Carlo Rosselli, militant socialiste antifasciste italien, disait que « le socialisme, c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres ». Désormais, un seuil a été franchi : l’égalité investit le champ anthropologique pour s’appliquer à la conception de la vie et de la filiation. La gauche ne mesure pas les effets de ce changement de registre.

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