Nathalie Sarraute, Georges Perec, Angelo Rinaldi, Thomas Bernhard, Witold Gombrowicz, et même Michel Houellebecq, en qui d’aucuns croient voir un grand écrivain… Tant d’autres encore, tous furent découverts, encouragés par le patron des éditeurs (patron laïque mais tout de même saint !) de l’après-guerre (Seconde), Maurice Nadeau, qui vient de mourir à l’âge de cent-deux ans. Il faudra revenir sur cet homme vraiment peu ordinaire, tout en gouaille et en rébellion vraie, amusé et sincère, qui eut des amours, des amis et une passion : la littérature. Son enfant de papier, La Quinzaine littéraire, menacé depuis sa naissance de disparition, a connu récemment un épisode dramatique. On a bien cru que c’en était fini de cette revue entièrement vouée aux livres, aux écrivains et à l’édition, de cette « feuille » à l’ancienne, ultime représentante de trois siècles d’intérêt français pour les choses de l’esprit et de la plume. Mais Maurice Nadeau avait de la ressource et toute sa tête ; il a réagi comme il convenait, il a créé une société par actions (valeur : 100 € l’action) ouverte aux lecteurs, dans le but de réunir un capital de 80 000 € (http://www.quinzaine-litteraire.presse.fr/quinzaineenperil.php). La chose était près de réussir, Nadeau, trotskiste amusé, empruntait les méthodes du capitalisme ! Il ne verra pas ici-bas le succès de son entreprise, mais, là où il se trouve à présent, il s’en divertira. On pense que la somme sera atteinte, car il y eut une belle réaction de la part des lecteurs, des libraires, des « gens » comme disent les animateurs de télévision. Même si vous ne vous sentez pas la vocation d’un petit porteur, vous pouvez encore apporter votre obole et devenir actionnaire de cette superbe entreprise d’intelligence et de plaisir !