Fin juin, les militants UMP voteront. Pas pour désigner leur nouveau président. Non. Ils voteront pour dire si oui ou non, il faut annuler le vote pour le Président de leur parti, prévu cet automne. Vous suivez toujours ? Ainsi sera mis en œuvre le dernier accord en date entre les duettistes umpistes de l’hiver dernier, François Fillon et Jean-François Copé. Cet accord annule donc celui qu’ils avaient scellé il y a quelques mois et qui prévoyait de repasser par les urnes, faute de légitimité du président proclamé par lui-même et par la COCOE.
Copé, puisqu’il s’agit de lui, peut pavoiser. Cet accord, qui lui permet de rester président du premier parti d’opposition jusqu’en 2015, soit deux ans avant l’élection présidentielle, constitue une bénédiction. Si les militants, comme on peut le prévoir, entérinent l’accord, il sera cette fois doté de la légitimité qui lui manquait. Et il pourra  se concentrer sur l’opération de reconquête de l’opinion qui doit l’obséder tant son niveau dans les études semble plus proche de celle de Nicolas Anelka après la coupe du monde 2010 que de celle d’un présidentiable lambda. Il avait intérêt à cet accord et il l’a obtenu. Chapeau !
Ce qu’on a davantage de mal à comprendre, c’est que François Fillon ait pu signer un tel pacte. Offrir cette légitimité à son adversaire après l’avoir désigné devant toute la France comme un putschiste, après que le livre documenté de Carole Barjon et Bruno Jeudy (Le coup monté, Plon), lui ait donné raison, c’est de la folie furieuse. La raison invoquée serait que les militants ne veulent pas d’une autre élection potentiellement aussi sanglante que la précédente. Valérie Pécresse, qui aurait été nommée secrétaire générale si Fillon avait été proclamé vainqueur par la COCOE – c’est-à-dire en n’oubliant pas de comptabiliser  les votes des trois départements d’outre-mer-  me le confiait en mars dernier : « Les militants ne sont pas très chauds pour revoter. » L’accord était-il donc déjà en germe il y a trois mois ? Ou Valérie Pécresse fait-elle partie des proches qui ont conseillé à Fillon de le sceller ? La position de la députée des Yvelines est d’autant plus mystérieuse qu’on lui prête, en cas de victoire aux régionales de 2015, la tentation d’être candidate à la fameuse primaire présidentielle. François Fillon s’est, lui, montré résolu à affronter Nicolas Sarkozy « quoi qu’il arrive ». Comment peut-il donc croire qu’il y parviendra sans contrôler le parti, qui était pourtant à sa portée ?
Et s’il juge la bataille interne trop difficile face à Copé, comment peut-il penser qu’une primaire face à l’ogre Sarko le serait davantage ? On comprend la stratégie qui consiste à prendre de la hauteur et à considérer qu’une élection à la tête d’un parti n’est pas de son niveau, privilégiant le dialogue avec l’ensemble des Français. Mais cette attitude gaullienne n’exclut pas qu’il faille contrôler au moins indirectement le parti afin que celui-ci ne devienne pas une arme contre soi. Ainsi François Mitterrand face à Rocard et Chirac face à Séguin, n’ont jamais négligé cet aspect. S’ils ont parfois vu le PS (1993) ou le RPR (1997) leur échapper, ce fut après des défaites cuisantes aux législatives, à leur corps défendant. Ils ont ensuite mené bataille pour neutraliser leur adversaire, les poussant à la démission, au bout d’un an pour le premier, et de deux ans pour le second.
Dès lors, on comprend très bien la réaction de Laurent Wauquiez, proche de Fillon, qui a publiquement regretté cet accord, fustigeant « la poussière mise sous le tapis ». Il faut dire que le député de Haute-Loire se voyait bien être candidat pour le compte de Fillon. Au lieu de cela, c’est Copé qui va tenir la boutique, préparant sa propre candidature pour l’Elysée, ou pour Matignon dans la roue de l’ex-président. Si Wauquiez fulmine, on comprend d’autant moins la sortie de François Baroin, autre filloniste, dimanche sur France 2. Il a rappelé la « faute inexcusable » de Copé qui s’était autoproclamé président en novembre. Pour Baroin, Copé, c’est un putschiste. Moralité, il faut donc lui laisser le parti. Comprenne qui pourra ! On se demande même si ce genre d’attitude ne risque pas de heurter militants et sympathisants. Si Copé n’est pas digne de diriger l’UMP, il faut la lui prendre ; si on signe un accord lui concédant cette légitimité, il faut le respecter.
Jean-François Copé, qu’on disait perdu pour 2017, sera donc remis officiellement en selle le 28 juin prochain. Certes, son habileté y est pour quelque chose. Mais elle pèse bien peu en comparaison de la folle stratégie de son meilleur ennemi.

*Photo: capture d’écran France24

Lire la suite