« Tu m’appelles Monsieur le président ». Emmanuel Macron s’adresse-t-il de la sorte à Bourdin et Plenel ? Non. A cette habitante de l’île de Saint-Martin dévastée par l’ouragan Irma qui refusait de l’appeler « Monsieur le président » ? Toujours pas. Emmanuel Macron recadre avec véhémence un collégien qui a osé l’appeler par le diminutif de son prénom. Le jeune outrecuidant eût beau s’excuser aussitôt, il reçut, malgré tout, une volée de bois vert. Il est plus facile de faire la leçon à un collégien qu’à deux journalistes chevronnés et une femme en colère. Les leçons de politesse sont à géométrie variable.

Tu pourras m’appeler Manu quand t’auras monté ta start-up

Trop jeune encore pour porter un costard, le garçon avait pourtant fait honneur à notre président en arborant une chemise, pas un T-shirt, histoire de ne pas lui faire peur. Emmanuel Macron aurait pu se rendre compte que le collégien n’était pas un « fainéant » puisqu’il avait déjà son diplôme en poche, grâce au contrôle continu, et que son intention n’était pas de « foutre le bordel ». On a connu discours plus révolutionnaire que le sien sur le brevet des collèges. Mais il était trop tard. Le mal était fait. Il était désormais impossible de susciter la compassion du chef de l’État, qui montra une réelle agressivité et enfonça le clou en administrant au garçon une leçon sur la manière de mener sa vie, avant de le crucifier définitivement en postant la vidéo de son échange sur son compte Twitter, conférant à cette altercation mineure une dimension internationale. Notre président aurait sans aucun doute été plus amène avec ce jeune trublion si ce dernier avait fait part de son ambition de créer sa start-up et de faire du pognon.

« Ça va Manu ? » est cependant assez proche du « Emmanuel what’s up ? » de Donald Trump, auquel Emmanuel Macron ne répond pas « Call me Mister President ». Proximité ou familiarité ? Lors de sa dernière visite aux États-Unis, Emmanuel Macron se donna en spectacle avec Donald Trump qui le prit par la main, une fois lâchée par Brigitte. Dans cette posture de l’éternel petit garçon, comment retrouver de l’ascendant et un semblant d’autorité pour un président qui se revendique jupitérien ? En faisant gronder la foudre de temps en temps. Aussi, quand les circonstances le permettent, Jupiter réaffirme à qui veut encore l’entendre qu’il est le chef. Et lorsqu’on se prétend être un Dieu vivant, il arrive que la foule scande votre prénom.

A lire aussi: Cours, « Manu », le nouveau monde est derrière toi

Cette banale histoire aurait pu en rester là. Un simple rappel à l’ordre aurait suffi. Savoir se montrer ferme, sans vouloir bousculer. Mais Emmanuel Macron a mis de l’huile sur le feu, encore à vif après ses rodomontades envers le gouvernement italien quant à sa gestion de l’Aquarius. A impertinent, impertinent et demi. Il est certes nécessaire de rappeler le respect à avoir à l’égard des institutions et de ceux qui représentent la nation. Ce qui fait tache, c’est de donner des leçons de morale aux autres quand on est soi-même, en la matière, loin d’être le premier de cordée.

Lire la suite