Au terme de trois jours de show à l’Américaine (Donald Trump a aussi été un professionnel du spectacle) quel bénéfice pour les Français, l’Europe et l’ordre du monde de la visite à Washington d’Emmanuel Macron au président américain ?

En termes d’image c’est gagnant-gagnant. Les deux hommes voulaient démontrer qu’ils étaient les vrais leaders du monde occidental et même, de ce fait, du monde tout court : les deux présidents, c’est un euphémisme, ne sont pas dépourvus d’ego. Mais bien que préparés par les services présidentiels respectifs, leurs entretiens n’ont débouché sur rien. Si ce n’est la pâle constatation du dernier jour sur « la faculté de s’écouter l’un l’autre » (Emmanuel Macron).

On ne pouvait guère faire moins. On ne reviendra pas sur le concours de mises en scène et de glamour des deux côtés. Donald Trump a réussi son plan com’ intérieur : montrer à son opposition qu’il est bien vu à l’international et que Melania lui donne encore la main. Emmanuel Macron voulait prouver qu’en Europe il est le leader et que les retraités, l’éducation, la justice et la SNCF ne sont que des points grisâtres et subalternes. Mais si on compare les bilans politiques, Donald Trump, lui, a tout réussi : réforme de la santé, baisse de la fiscalité, reprise de l’emploi et de l’investissement, hausse des salaires et des revenus, dégagement militaire annoncé en Syrie, maîtrise de l’immigration, protection des secteurs industriels menacés, plan de grands travaux civils et de modernisation de l’armée… Au fond, un reflet inversé d’Emmanuel Macron.

Macron pose et la caravane passe

Derrière ce théâtre des apparences, il n’y a donc eu aucune avancée sur le plan international. Ni sur la Russie, ni sur la Syrie, le libre-échange, le climat ou la Chine. En termes d’enjeux internationaux et de guerre commerciale, il y avait pourtant de quoi discuter : dans le Washington Post, l’ancien patron de l’OMC, Pascal Lamy, estime que « certaines critiques du système actuel font sens », aussi bien concernant les pratiques chinoises qu’américaines. « Il y a ainsi un vaste champ de négociations possibles pour améliorer les règles de l’OMC – si c’est là l’intention de Trump. » Mais Donald Trump peut justement vouloir « aller vers le bilatéral en lieu et place du multilatéral ». Ce qui représenterait « un défi dangereux au système d’échange mondial ». Les Etats-Unis « pourraient cibler le système de l’OMC pour le faire exploser, pour faire du bilatéralisme la nouvelle norme ». Or, ajoute Pascal Lamy, « l’UE y résisterait, comme probablement, mais pas certainement, la Chine ». 

A lire aussi: Guerre commerciale: quand le monde s’éveillera, la Chine tremblera

En ce qui concerne l’Iran, les deux présidents se sont simplement engagés à réfléchir à un éventuel « nouvel accord nucléaire ». En gros, ce que Donald Trump désire. On peut néanmoins penser que cette fumeuses éventualité ne calmera pas, en France, les chômeurs, les agriculteurs, les étudiants, policiers, corps de justice, personnels des prisons, retraités, militaires et ceux qui s’inquiètent du terrorisme, des troubles à la paix civile, de l’immigration de masse et de l’étrécissement de la démocratie.

Le brise-glace Trump avance imperturbable. L’esquif Macron va devoir pagayer et revenir à terre.

Lire la suite