Le nouveau chef de gouvernement socialiste Pedro Sanchez a une drôle de conception de la réconciliation: pour réunir les Espagnols, il veut réveiller les morts.


Après avoir généreusement accueilli le bateau de passeurs humanitaires de l’ONG « SOS Méditerranée » dans le port de Valence, le nouveau gouvernement socialiste multiplie les gestes « disruptifs ». Dès sa prise de fonction, le nouveau Premier ministre a été le premier à ne pas prêter serment sur la Bible. A deux-tiers composée de femmes (record mondial), l’équipe de Pedro Sanchez a ensuite annoncé vouloir déterrer la dépouille du caudillo de son monumental mausolée d’El Valle de los Caidos, lequel regroupe les corps de nombreux anonymes morts pendant la guerre civile (républicains comme nationalistes). « L’Espagne ne peut pas se permettre des symboles qui divisent les Espagnols », a assuré le nouveau chef du gouvernement. Le but est d’en faire « un lieu de réconciliation« , et sans doute de faire passer l’Espagne de l’ombre à la lumière…

A lire aussi: Accueil de l’Aquarius: les portes sont ouvertes

La mesure ne coûte pas grand-chose mais elle pourrait rapporter gros politiquement. Elle ferait oublier la réforme du droit du travail et le budget 2018, votés par le parti populaire de Mariano Rajoy. Deux mesures « austéritaires » que la coalition de gauche, soutenue par Podemos, n’a pas souhaité remettre en cause. La nouvelle ministre de l’Economie, Nadia Calviño, était d’ailleurs directrice générale des budgets de la Commission à Bruxelles avant de revenir à Madrid.

Régner pour mieux diviser

Petit problème cependant, les descendants du général Franco sont opposés à cette manœuvre. Et l’église où repose l’ancien dictateur est sous la responsabilité de l’évêché. Lequel voudrait d’abord avoir le consentement de la famille avant d’obtempérer. Parmi les descendants, on trouve, comble de malchance, un certain Louis de Bourbon, cousin du roi d’Espagne, prétendant au trône de France, et farouche défenseur de la mémoire de son aïeul. Une querelle d’outre-tombe dont la monarchie espagnole se passerait bien puisqu’elle a été définitivement restaurée dans les années 1970 par un certain… Francisco Franco.

L’exhumation du dirigeant espagnol réveille les mauvais souvenirs de la guerre civile, en particulier dans une Catalogne aux traditions républicaines et qui entend bien profiter de sa position clé dans la coalition parlementaire de Pedro Sanchez pour larguer les amarres avec Madrid. De quoi faire se retourner Franco dans sa tombe…

Lire la suite