Le 24 décembre 1982, Louis Aragon mourait à Paris, à son domicile de la rue de Varenne, un peu après minuit. L’hommage fut national, ou presque. Le Parti communiste accrocha sa photo, accompagnée d’un drapeau tricolore, à l’entrée de l’immeuble de la place du Colonel-Fabien. Les journaux y allèrent de leurs abondantes nécrologies, parfois surprenantes. Le Figaro le couvrait ainsi d’éloges tandis que Libération n’hésitait pas à railler la vieille folle stalinienne. Finalement, Aragon était un écrivain aimé par la droite (François Nourissier, Jean d’Ormesson), vénéré par les communistes, qui enterraient avec lui leur place prépondérante dans le monde intellectuel, et moqué par les gauchistes. Il faut dire qu’en 1982, Mai-68 n’était pas si loin, qui avait vu l’amoureux d’Elsa tenter de parler aux étudiants et se faire rabrouer par Cohn-Bendit.

Paradoxe ? Front renversé ? Les choses sont évidemment plus compliquées. C’est que la vie d’Aragon, elle-même, fut un paradoxe. Imaginez plutôt : vous naissez en 1897, et vous êtes le bâtard d’un ambassadeur de France qui a fait un enfant à une employée du Bon Marché. Aussitôt, pour reprendre un de ses titres, c’est un dispositif de Mentir-vrai qui se met en place autour de votre personne. Votre grand-mère sera votre mère adoptive, votre mère sera votre grande sœur et votre père votre parrain.

À lire :

Œuvres romanesques complètes, tome 5, d’Aragon (Pléiade, Gallimard).

L’Homme communiste, d’Aragon (Le Temps des cerises).

Aragon, un destin français (1897-1939), de Pierre Juquin (La Martinière).

Aragon, la confusion des genres, de Daniel Bougnoux (Gallimard, collection L’un et l’autre).

*Photo : Droits réservés.

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernier roman publié: Un peu tard dans la saison (La Table Ronde, 2017). Prix Rive Gauche