En la traitant d’homophobe et en la caricaturant en catho bigote, ils ont essayé de la faire taire. Ils l’ont ensuite exclue de la République en marche. Certains songent à présent à pétitionner pour qu’elle ne puisse pas retrouver son travail de directrice d’école, une fois son mandat terminé. La médiatique mésentente d’Agnès Thill avec la majorité présidentielle ne s’est pas passée comme on vous l’a raconté. Dans Tu n’es pas des nôtres, son témoignage publié chez l’Artilleur, la députée de l’Oise livre sa version des faits. Suite et fin de son entretien avec Causeur.


>>> Suite d’hier <<<

Martin Pimentel. Dans le livre vous écrivez que votre mère était assez dure avec vous et votre père très aimant. Sans faire de la psychologie de bazar, est-ce que vous diriez que votre histoire personnelle peut expliquer votre engagement contre la PMA sans père? 

Agnès Thill. Cela en fait partie, sûrement, dans le sens où j’ai connu un père extraordinaire. Tout le monde n’a sûrement pas un père comme ça. J’avais un père d’une bonté extraordinaire, alors que ma mère n’était pas tellement gentille. Mon père n’a jamais élevé la voix sur moi. Cette loi fait qu’on ne donnera même pas la chance à un enfant de connaître cela. Or je ne serai pas là aujourd’hui si je n’avais pas eu la chance d’avoir un père comme le mien.

Est-ce que vos convictions religieuses personnelles peuvent aussi expliquer votre combat contre la PMA sans père ?

Pas du tout ! Les députés de la majorité m’ont mise dans la case « catho » sciemment. Mais ce n’est pas du tout cela qui m’a conduite à penser cela. Le problème, c’est qu’ils ont tellement échoué à réduire la fracture sociale qu’ils mettent à présent les gens dans des cases. Religion, race, homme, femme, orientation sexuelle… Ils créent des luttes inédites. En revanche, la religion m’a peut-être donné cette infinie liberté. Mais s’ils me disent qu’ils sont contre l’avortement, je m’en fiche: je suis pour l’avortement.

Que pensez-vous de l’amendement voté en catimini pendant l’été sur l’interruption possible d’une grossesse pour détresse psycho-sociale jusqu’à la fin de la grossesse ?

La loi de bioéthique a été votée du 27 juillet au 31 août, et cet amendement précis a été voté la nuit du 31 juillet au 1er août à 3 heures du matin. Plus personne n’en pouvait plus, tout le monde était fatigué, et l’amendement est passé. Le rapporteur a dit non, le ministre a dit « sagesse », et résultat, les députés ont voté pour. C’est scandaleux ! L’IMG il faut savoir que ça existe déjà. Elle est valable pour deux raisons: soit la grossesse met en péril grave la vie de la mère, soit l’enfant présente une pathologie si grave qu’elle est incurable. On peut faire l’IMG jusqu’au bout du fait de ces deux raisons. Mais les députés ont passé un amendement où ils ajoutent la « détresse psycho-sociale » comme péril grave. C’est quelque chose que personne ne peut définir clairement. Au 8e mois c’est un infanticide. C’est tuer l’enfant dans le ventre de sa mère.

Il y a vraiment un problème de liberté d’expression (…) Il suffit qu’il y ait trois parents pour dire « une directrice homophobe, ce n’est pas possible » et ce sera fini pour moi!

Les mêmes qui ne veulent pas qu’on aille rechercher le renardeau au fond du trou, veulent bien qu’on aille chercher l’enfant dans le ventre de sa mère à huit mois de grossesse ! Je ferai tout pour être présente sur ce dossier, ça va repartir au Sénat, heureusement. Il faut être conscient qu’en 2022, ce seront ce genre de choses qui passeront avec un deuxième mandat de Macron.

Pensez-vous qu’il faudrait revenir sur cette loi de la PMA sans père ou bien prenez-vous acte de cette évolution ? Même si on peut le déplorer, après tout, il y a eu un vote démocratique…

Je n’ai pas du tout envie de prendre acte, comme vous dites. Si on pouvait revenir dessus, ce serait avec plaisir! Je me dis aussi que rien n’est acquis. On ne sait pas, tant que ce n’est pas voté. Tout peut encore arriver. Regardez, LREM se casse la figure depuis deux jours. Qui l’aurait dit?

Selon vous, on n’aura même plus besoin d’une loi pour la GPA. Vous écrivez « la jurisprudence suffira, elle s’imposera au nom de l’égalité ». Que voulez-vous dire par là ?

Le 29 septembre 2018, le Conseil d’État a jugé qu’en matière de procréation, les situations sont différentes et qu’elles justifient donc des décisions différentes. Un couple hétérosexuel est différent d’un couple homosexuel, et donc cette différence justifie une décision différente. Quand les militants nous chantent qu’il y a une rupture d’égalité, c’est faux. C’est du mensonge.
C’est maintenant qu’il faut dire non, car si cette loi passe, il y aura effectivement discrimination et inégalité [pour les hommes seuls et les couples d’hommes NDLR].
Cette loi est prévue pour les femmes en couple et les femmes seules. N’oublions pas les femmes seules, je me suis fait lyncher parce que j’ai pris l’exemple d’une fille de 20 ans au RSA et on a tout de suite crié à la discrimination financière ! Mes réserves n’ont rien à voir avec l’orientation sexuelle, je n’ai rien du tout contre les femmes lesbiennes. Qu’elles adoptent.

Vous avez reçu des mots durs. Le député du Nord Christian Hutin vous a qualifiée de « psychorigide ». Dans l’hémicycle, la députée de Paris Anne-Christine Lang vous a traitée de « tache »…

Par la récurrence, j’ai compris que je vivais l’expérience du harcèlement. Mais cela ne m’a jamais vraiment atteinte. Je n’ai pas fait de dépression. Je n’ai rien

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