Gims, le rappeur congolais ancien membre du groupe Sexion d’Assaut, a donné une interview à Paris Match. Le chanteur y parle notamment d’esclavage, de racisme, et donne sa vision de la France d’aujourd’hui. Morceaux choisis…


Gandhi Djuna ne veut plus qu’on l’appelle « Maître », et préfère désormais qu’on le nomme simplement Gims : « A la base, je me suis appelé comme ça par rapport aux mangas, aux arts martiaux. J’aimais bien. C’était un délire de gamin, un petit peu », expliquait-il dans l’émission C à vous le 4 février 2019. Le rappeur, né au Congo, est à l’heure de la maturité. Alors qu’il enchaîne les interviews pour la promotion de son quatrième album « Le Fléau », celui qui n’est plus un “gamin” se permet de donner son avis sur les questions raciales, qui n’ont cessé d’agiter l’Occident ces derniers mois.

À lire aussi, Yannis Ezziadi: Culture: ils s’estiment méprisés par le pouvoir et investis d’une si noble mission…

Heureuse surprise : contrairement à nombre de ses collègues du show-biz, Gims ne tombe pas complètement dans le discours victimaire. À la une de Paris Match le 17 décembre, le chanteur a livré son ressenti sur le racisme, le mouvement Black Lives Matter et l’état de la société française, qui l’a recueilli, après sa fuite du Zaïre où sa famille était menacée de mort. Il assure ne pas éprouver de ressentiment contre une partie de la population: « J’ai rencontré des gens incroyables en France, je ne suis pas dans cette haine de Noir, de Blanc. » Avant de gravement transgresser la doxa antiraciste. D’abord en révélant croire « totalement » à l’ascenseur social promis par la France, puis en expliquant ne pas vouloir prendre part au mouvement Black Lives Matter, dont l’idéologie le froisse: « Le fait de devoir proclamer que la vie d’un Noir compte est une dinguerie absolue. On complique les choses. » Il ajoute même:  « On sait que l’esclavage a été pointé du doigt. Il n’est pas le fait de tous les Blancs. Les Noirs aussi ont fait des choses horribles. »

Une de Paris Match du 17 décembre 2020.© D.R
Une de Paris Match du 17 décembre 2020.© D.R

Colère chez les progressistes

Le rappeur a ainsi provoqué l’ire des obsédés de la race venue de la gauche progressiste sur Twitter. Dan Hastings, journaliste franco-britannique pour le HuffPost UK et British Vogue s’indigne sur le contenu de l’interview de Gims : « Rien ne va dans cette interview », « Un joli discours de droite en somme ».

Même son de cloche pour Charlotte Recoquillon, docteure en géopolitique à Paris VIII spécialisée sur les violences policières, le racisme et le mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis : « On avait bien besoin de terminer 2020 avec Gims qui récupère des symboles du #blackpower pour ensuite expliquer que #BlackLivesMatter est un slogan qui amoindrit les Noirs, et que c’est pcq c’est inadmissible que ça existe qu’il ne manifeste pas. Cette itw est une dinguerie !! »

D’autres sont plus violents encore sur le réseau américain : « Si vous aimez votre couleur de peau vous ne pouvez pas cautionnez (sic) ce que dit ce gims de mes deux! Blacklisted moi cet inculte! Honte à la personne qui a élevé ce tordu! », écrit l’un d’eux.

Rien de bien transgressif pourtant dans le discours de Gims. Ce n’est pas Patrice Quarteron ou Candace Owen non plus ! D’autant qu’il confirme que le racisme contre les noirs serait plus fort aujourd’hui que lors des dernières décennies : « Aujourd’hui en 2020, j’en souffre plus (du racisme) que dans les années 90 ou qu’au début des années 2000. Ce qui s’est passé avec George Floyd, avec cet Américain qui a pris sept balles dans le dos, avec cet entraîneur lors du match PSG-Istanbul, sans parler de Michel Zecler [producteur lynché par des policiers en novembre à Paris, ndlr]… » Il poursuit : « Ce rejet de l’homme noir est probablement lié à plein de choses: tous ces films qu’on a pu voir sur l’esclavage, ces séries, ce qu’on a appris à l’école sur le sujet… » Gims ne va pas rejoindre la fachosphère de sitôt.

Maitre Gims n’a pas toujours eu ce discours mesuré

Les opinions livrées par Gims dans Paris Match cette semaine demeurent moins victimaires que celles qu’il livrait au temps ou il rappait dans le groupe Sexion d’Assaut. En 2012 il dénonçait la spoliation du continent africain dans le titre « Africain » : « Ils nous ont divisés pour mieux nous dominer. Ils nous ont séparés de nos frères les Antillais Africains ». Pire, en 2010, son compère Black M fustigeait la France comme un « pays de kouffars (infidèles) » dans le titre « Désolé » : « J’me sens coupable, quand j’vois ce que vous a fait c’pays de koufars ». Un documentaire Netflix qui lui est consacré a révélé que Maître Gims a même été sous l’influence de l’islamisme: en 2005 il a rejoint le mouvement fondamentaliste des Frères du Tabligh, avant d’en sortir et de dénoncer une secte. Il affirme désormais avoir trouvé une forme de paix intérieure grâce à l’islam. Gims a appris des erreurs de Maître Gims et vient désormais nous livrer la bonne parole. Réjouissons-nous que son discours ne prenne pas la direction voulue par Rokhaya Diallo, Lilian Thuram et consorts.

À lire aussi, Charles Rojzman: À quoi sert la victimisation?

Pour remplir le Zénith ou le Stade de France, il s’agit aussi de ne pas froisser son public, qui n’est probablement pas le même que celui du temps de Sexion d’Assaut.

Lire la suite