Connaissez-vous le SNUIPP? Derrière ce sigle se drape le Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (professeurs d’enseignement général de collège), syndicat majoritaire dans le premier degré. Partisan de règles sanitaires à la soviétique, le syndicat est toujours enclin à s’indigner du moindre assouplissement du « protocole sanitaire » dans les salles de classe, pas assez drastique à son goût. En revanche, il est bien plus accommodant sur la laïcité. Pour preuve, les pistes de lecture recommandées sur son site pour “enseigner après les attentats”.


À la fin du mois de septembre, en compagnie de ses camarades du FSU et de la CGT, le SNUIPP se fendit d’un communiqué volant au secours de ses camarades musulmans suite au projet de loi sur le séparatisme : « Personne n’est dupe : ce sont nos concitoyennes et concitoyens de confession musulmane qui sont visés par ce projet de loi […] Hérité du racisme colonial, ce projet est une nouvelle expression d’un débat public saturé de fantasmes xénophobes ». 

Depuis la décapitation du professeur Samuel Paty, le syndicat propose sur son site « quelques pistes pédagogiques pour aider les enseignantes et les enseignants » des écoles primaires à « enseigner après les attentats ». 

Après des vidéos à destination de nos bambins expliquant avec des dessins la notion de laïcité, l’utilisation d’un entretien de la revue Les cahiers pédagogiques avec un didacticien dénommé Michel Tozzi – lequel est présenté comme « professeur émérite en sciences de l’éducation »- est suggérée. Fort de ce statut de didacticien, l’intéressé nous y priait, juste après la tuerie de Charlie-Hebdo en 2015, de « ne pas réduire, à cause des événements, la question de la liberté d’expression à la question religieuse » et soutenait sans frémir que « 50% des procès aux dessinateurs français sont le fait des multinationales ». Peut-être, mais il n’est pas certain que les familles des victimes d’attentats apprécient ce relativisme. 

Sus aux « convertis » laïcards! 

« Pour se mettre au point » sur le concept de laïcité, il est également proposé un manifeste de la Ligue de l’enseignement. Dans une savoureuse introduction, la Ligue nous met en garde : « Des prières dans la rue à la viande halal, en passant par la non-mixité des piscines ou le port de signes religieux, tout est bon pour interpeller nos concitoyens sur les risques que ferait courir à nos traditions républicaines l’expression publique des convictions religieuses. Les fraîchement convertis à l’idée laïque apparaissent comme les plus virulents dans sa défense, non sans arrière pensée car évidemment ils considèrent que toutes les religions ne présentent pas les mêmes dangers : c’est bien l’islam qui est stigmatisé comme portant atteinte à une conception particulière de « l’identité française » »

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Et un peu plus loin : « Il faut courageusement faire l’examen critique des prétentions hégémoniques d’une culture dont l’universalité proclamée cache souvent des tentations uniformisantes ». Vous pensez encore que les Zineb El Rhazoui, Hassen Chalghoumi ou autres soldats de la laïcité traqués par les islamistes sont bien méritants ? Détrompez-vous ! En comparaison des coups encaissés par les courageux militants de la Ligue de l’enseignement, ils vivent une promenade de santé.  

La « laïcité interculturelle » de Rokhaya Diallo…

Venons-en à Comment parler de la laïcité aux enfants, livre rédigé par Jean Baubérot suggéré par le SNUIPP à ses adhérents pour “aider à préparer la classe”. Baubérot est présenté comme le fondateur de la « sociologie de la laïcité » – il est interdit de sourire – et il cosigne son ouvrage avec Rokhaya Diallo. La militante afro-féministe, qui a déploré il y a peu l’interdiction du voile intégral en France auprès des Qataris d’Al Jazeera regrette que « le paradoxe de la loi de 2004 qui interdit les signes religieux à l’école, réside dans le fait que, mis à part quelques sikhs, seules les filles musulmanes ont été exclues de l’école ». A quand des curés en soutane armés d’énormes croix à l’assaut des cours de récré pour changer la donne ? Un chapitre intitulé Une laïcité interculturelle interpelle le lecteur avec ce sous-titre : Le Québec, avenir de la France ? Nos deux gâte-papiers s’en frottent déjà les mains : « La laïcité interculturelle signifie que les Québécois peuvent s’apprécier et former un groupe, quels que soient les parcours les croyances (la virgule a été omise dans le livre) et les idées des uns et des autres ». Dans les colonnes de Libération, Régis Debray a soutenu il y a peu que « le mot de laïcité n’existe dans aucune autre langue, mis à part le turc […] où il n’a pas du tout le même sens ». L’intellectuel se tromperait-il ? « L’idée que la laïcité est une exception française est fausse, et sa répétition ne la rend pas exacte pour autant », assurent sans rire Jean Baubérot et Rokhaya Diallo.

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L’embrigadement des futurs citoyens se poursuit sur le site du SNUIPP avec un Petit manuel pour une laïcité apaisée, une publication du même Jean Baubérot et du « cercle des enseignant.e.s laïques ». Cette prose est parvenue à écœurer Laurent Joffrin – qu’on peut difficilement soupçonner de zemmourophilie : « les auteurs se lancent à plusieurs reprises dans un réquisitoire vibrant contre la loi de 2004 qui interdit les signes religieux ostentatoires dans les salles de classe. Étrange croisade », écrit-il dans Libé. Dans leur lutte autoproclamée laïque, ils soutiennent en effet que les musulmans sont victimes d’une « traque des vêtements censément religieux, d’une surveillance accrue des élèves supposé.e.s musulman.e.s , d’une injonction insistante à l’adhésion aux valeurs républicaines ». Halte à l’islamo-phobie des CPE ! « Pendant qu’on nous fait croire qu’il est féministe de renvoyer une jeune femme car elle porte une jupe au-dessus de son pantalon, on laisse le sexisme institutionnel forger le destin scolaire des élèves, par exemple dans l’orientation, par exemple dans la représentation des femmes dans les manuels », s’offusquaient deux co-auteurs de l’ouvrage dans un entretien il y a quatre ans.  

Générations offensées

Le SNUIPP propose enfin de lire à vos enfants En finir avec les idées fausses sur la laïcité de Nicolas Cadène, secrétaire général de l’Observatoire de la laïcité. Dans une vidéo postée sur sa chaîne Youtube, le géopolitologue Pascal Boniface vient de se réjouir que l’auteur ait été soutenu « par les meilleurs universitaires […], par la Ligue des Droits de l’homme et par la Ligue de l’enseignement », et affirme qu’« Emmanuel Macron n’a pas à céder à la pression pour décapiter l’Observatoire de la laïcité ». Une métaphore qui devrait ravir la famille de Samuel Paty. 

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À la décharge du SNUIPP, Histoire de la laïcité, genèse d’un idéal par Henri Pena-Ruiz, est tout de même cité en fin de liste. À quoi le syndicat n’a pas jugé utile d’ajouter le Dictionnaire amoureux de la laïcité du même auteur, vivement conseillé par Jean-Paul Brighelli. S’il n’était pas aveuglé par son idéologie tiers-mondiste, le SNUIPP aurait aussi recommandé de parcourir Penser la laïcité de Catherine Kintzler, Génie de la laïcité par Caroline Fourest ou Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école de Jean-Pierre Obin. 

Craignant de froisser les musulmans, il ne l’a pas fait. Au pays de Voltaire, il prêche donc une laïcité « apaisée », « repensée », « interculturelle », « inclusive » – à quand une laïcité « intersectionnelle » ? -, une laïcité dévoyée qui n’a d’égal que la soumission aux jeunes âmes outrées à la vue d’une caricature de Charlie. Soyez fin prêts pour le meilleur des mondes, la croissance des générations offensées ne fait que commencer. 

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