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Haydn en majesté

Intégrale des six quatuors op. 76 de Haydn, le 15 janvier à 20h à la Philharmonie de Paris


Haydn en majesté
Le Quatuor Arod. De gauche à droite: Tanguy Parisot, Jordan Victoria, Alexandre Vu et Jérémy Garbarg © Le Philtre - Marc de Pierrefeu

Quatuors op. 76:  en CD (Erato), et en concert à la Philharmonie de Paris,  jeudi, par le Quatuor Arod


En 1790 meurt le prince Esterhazy, âgé de 77 ans : Joseph Haydn, qui en a 65, se voit soudain libéré de ses obligations vis-à-vis de son mécène et protecteur austro-hongrois ; il choisit de partir pour Londres ; il y fera plusieurs séjours, jusqu’en 1795. Contemporain de Die Schöpfung (La Création) en 1798, un de ses célébrissimes oratorios, – avec, trois ans plus tard, Die Jahreszeiten (Les Saisons), partition achevée en 1801 -, les six quatuors op.76 sont la quintessence d’un art dont le compositeur est alors le pionnier : celui du quatuor à cordes, promis à s’épanouir, comme l’on sait, dans l’époque romantique et post-romantique…

Délectable

Il y a beau temps déjà que le goût contemporain revisite sur instruments d’époque la musique de chambre de la période classique, – cf. le Quatuor Mosaïques, interprète, dans les années 1990, de sublimes enregistrements de plusieurs opus des quatuors. C’est ce sillage que creuse à nouveau frais le Quatuor Arod, une phalange de jeunes instrumentistes français. Ceux-ci exploraient jusqu’alors par prédilection les compositeurs du XIXème et XXème siècles –  de Schubert à Ravel, en passant par Mendelsshohn, Schoenberg, Debussy…

Pour cette gravure de l’intégrale des six Quatuors op. 76 de Haydn, double CD qui vient de paraître chez Erato, ils ont conservé leurs instruments modernes, mais en y greffant des copies d’archets du XVIIIème siècle, réalisées à partir d’un modèle circa 1770, attribué à François Xavier et Nicolas Léonard Tourte : ces archets sont, paraît-il, plus fins et plus légers que ceux d’aujourd’hui. Choix hybride, donc, puisque les cordes, elles, sont en acier, et non pas en boyau animal tel que dans le standard originel.

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Résultat ? Une netteté, une transparence de son hautement revendiquée. De fait, à l’écoute, ces quelque deux heures et plus que dure ce must de la maturité de Haydn, gagnent un accent de malice, un pétillement, une fraîcheur particulièrement délectable. Musiciens aguerris de cette formation créée en 2013 – Jordan Victoria et Alexandre Vu aux violons, Jérémy Garbarg au violoncelle et, dernier venu de la troupe, Tanguy Parisot à l’alto -, les jeunes gens, exhibant en photos couleur leurs effigies sur la pochette et les disques de l’album, n’hésitent pas à « casser les codes », comme on dit, de la bonne éducation par force grimaces et fou-rires. Mise à part ces inutiles facéties de marketing, leur interprétation pleine de vitalité donne un vrai coup de fouet à cet opus magnum du plus grand compositeur de ce temps – avec Mozart.

Marathon

Rappelons que dans ce corpus mémorable entre tous figure, mouvement lent du n°3 (plage 10 du premier CD), le morceau qui, après avoir été celui de l’Autriche, reste toujours (joué ici, par bonheur, de façon plus grâcieuse que virilement teutonne) l’hymne national allemand. L’adagio du n°4, baptisé « Lever de soleil » par le compositeur lui-même, demeure une des pages les plus émouvantes du répertoire. Et que dire de l’ouverture allegretto du n°5, et du finale presto, lesquels encadrent les mouvements cantabile e mesto (c’est-à-dire « triste avec chagrin ») puis le menuet allegro : un pur régal de douceur, de fantaisie, d’espièglerie jubilatoire, contrastes que le Quatuor Arod n’hésite pas à rendre par des tempos soumis quelquefois à de téméraires accélérations. Grevé par endroits d’effets archaïsants, voire pastichant… la cornemuse, cet opus 76 mérite d’être redécouvert de bout en bout sous ces auspices.

Dans le cadre de la 12ème Biennale de quatuors à corde, la Philharmonie de Paris accueillera en concert le Quatuor Arod, pour une intégrale de cet opus 76, tel que gravé sur ce double CD. La partition dépasse les deux heures –  un vrai marathon pour les interprètes. A vos agendas : ce sera pour jeudi prochain, 15 janvier.   


2 DC Haydn op. 76 par le Quatuor Arod. Warner classics/Erato, avec le soutien du CNM.

Intégrale des 6 quatuors op. 76 de Haydn, en concert le 15 janvier à 20h à la Philharmonie de Paris. Cité de la Musique, 221 av. Jean Jaurès, 75019 Paris.




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