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La gauche du bluff

Avec des si, on mettrait Mélenchon en bouteille ou à Matignon...

La gauche du bluff
Plusieurs députés insoumis, dont Louis Boyard, organisent devant l’Assemblée Nationale un faux mariage d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen avec un cercueil. Capture d'écran Twitter.

La Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes), sous le feu des projecteurs, est omniprésente médiatiquement et bruyante dans et aux abords de l’Assemblée nationale. Mais, en réalité, elle brille surtout par sa faiblesse et son impuissance.


La capacité de bluff de la gauche est… bluffante. Ce mardi encore, Jean-Luc Mélenchon expliquait avec son aplomb habituel : « Avec 1,5% des voix en plus (aux législatives) la Nupes avait la majorité absolue. Mélenchon Premier ministre, c’était possible. » 1,5%, c’est environ 300 000 voix. C’est déjà bien plus que les 16 000 voix que le fanfaron de LFI jugeait manquantes au lendemain du scrutin. Mais il est encore (très) loin du compte !

Toutes nuances confondues (la Nupes plus le PRG et les dissidents), la gauche obtient au premier tour, le 12 juin 2022, un total de 6 676 550 suffrages, soit 29,36% des exprimés. Moins d’un électeur sur trois a mis un bulletin de gauche dans l’urne. Moins d’un sur sept, si l’on tient compte de l’électorat inscrit ! Dans toute l’histoire de la gauche, ce n’est arrivé qu’à trois reprises : en 1993 (26,7% des exprimés), à l’agonie de second mandat de François Mitterrand, en 2017 lors de l’irruption du jeune président Macron, et donc, en cette année 2022. Encore faut-il remarquer que le total des voix de gauche en 1993 (7 440 729) était supérieur de près de 800 000 à celui de cette année !

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Dans les années soixante-dix et quatre-vingts, avec beaucoup moins d’inscrits qu’aujourd’hui, la gauche PS-PC-PSU-MRG recueillait systématiquement plus de 10 millions de voix (13 millions en 1978 et même 13,7 millions en 1981 !). Elle en est à la… moitié. En pourcentage, son influence a même été divisée par près de trois : en 1981 elle représentait 37,64% des inscrits. Cette année, le chiffre est descendu à 13,74%.

Retour vers 2002

Certes, il n’est pas nécessaire d’obtenir 50% des voix pour avoir la majorité absolue des sièges, mais avec 26%, le score de la Nupes, c’est strictement impossible. La perte de la majorité absolue par la coalition « Ensemble » d’Emmanuel Macron, qui réalise exactement le même score, le prouve.

Julien Bayou, Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Ajoutez à cette faiblesse en suffrages une géographie mitée du vote Nupes, qui aggrave le mauvais score global, et vous aurez une « gauche unie » en retard de cent sièges sur « Ensemble », plus homogènement réparti sur le territoire. Les troupes de Jean-Luc Mélenchon et de ses affidés Faure, Roussel et Bayou ont été littéralement chassées des zones rurales et de la vieille France désindustrialisée, car elles n’ont parlé qu’aux électeurs des métropoles et des banlieues. Si bien qu’avec un total de 163 fauteuils sur 577 au Palais Bourbon, la gauche de 2022 fait pâle figure face à celle de 2007, pourtant année de défaite électorale. Aux législatives qui avaient suivi l’élection de Nicolas Sarkozy, elle avait obtenu 227 élus. La gauche d’aujourd’hui se trouve à égalité avec celle de 2002, année de l’élimination de Jospin et de la qualification de Le Pen père au 2e tour de la présidentielle…

La gauche rêve d’une campagne électorale permanente

Il faut rendre justice à Jean-Luc Mélenchon : avec si peu de munitions, il arrive à faire beaucoup de bruit, et pas seulement en transformant l’hémicycle du Palais Bourbon en amphithéâtre de fac occupée par les gauchistes. Il a accaparé la campagne des législatives avec son slogan : « élisez-moi Premier ministre », et il a parasité en partie la déclaration de politique générale d’Elisabeth Borne avec une motion de censure vouée à l’échec. Deux coups médiatiques qui plaisent aux journalistes qui n’ont d’yeux que pour lui, mais ce sont des coups d’épée dans l’eau. Peu importe : l’essentiel est de monopoliser l’attention. Et de rester en vedette sur la scène, en attendant une possible dissolution de l’Assemblée pour retourner aux urnes.

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Jean-Luc Mélenchon ne le cache pas. Après son échec au premier tour de la présidentielle, puis celui de la Nupes aux législatives, il vise un 5e tour. Puis un 6e… et pourquoi pas plus ! Il a de la persévérance, mais c’est justement ce qui peut le condamner à rester indéfiniment dans une opposition stérile. S’il persiste dans sa politique flattant les bobos des centres-villes et le communautarisme des banlieues, il n’a aucune chance de se rapprocher des électeurs de la France profonde qui le boudent et qui lui seraient indispensables pour arriver, enfin, aux responsabilités du pays…


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