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Renationalisation d’EDF: la décision souverainiste “surprise” de Macron et Borne

En partenariat avec la revue «Transitions & Energies»

Renationalisation d’EDF: la décision souverainiste “surprise” de Macron et Borne
Le Premier ministre Elisabeth Borne prononce son discours de politique générale à l'Assemblée nationale, 6 juillet 2022 © Christophe Ena/AP/SIPA

Ce projet devrait faire l’objet d’un assez large consensus à l’Assemblée nationale. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le même jour, le Parlement européen a accordé le label «vert» au nucléaire ! Analyses.


Le mercredi 6 juillet 2022 aura été une journée à marquer d’une pierre blanche dans la relance du système énergétique français. Elle lui apporte une partie des moyens indispensables pour faire face à la fois aux nécessités de la décarbonation, de la souveraineté et de la fourniture au pays d’une énergie abondante à des coûts acceptables. D’une part, l’Etat va renationaliser EDF, pour lui donner les moyens financiers et humains qui lui manquent cruellement, et d’autre part les députés européens ont accordé à la majorité le label «vert» à l’énergie nucléaire, ce qui devrait faciliter la relance en France d’un programme ambitieux de construction de nouveaux réacteurs.

Deux étapes majeures pour la transition énergétique française ont été franchies coup sur coup mercredi 6 juillet. Elles donnent du crédit à la stratégie présentée par Emmanuel Macron au début de l’année qui consiste à relancer un programme nucléaire d’ampleur. Il s’agit de produire en grande quantité et à des coûts maîtrisés de l’électricité décarbonée qui ne soit pas uniquement intermittente, comme les renouvelables éolien et solaire. Cela pour permettre de tenir les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui passent par une électrification des usages dans les transports, la chaleur et l’industrie.

Une situation financière et technique critique

Mais pour cela, il faut donner les moyens financiers et humains qui manquent terriblement à EDF, une entreprise qui se trouve en faillite virtuelle. Sa situation financière est critique et ses performances techniques désastreuses. Il suffit de constater les retards et surcoûts permanents de la construction du réacteur EPR de nouvelle génération de Flamanville ou, tout aussi préoccupant, les difficultés d’entretiens du parc existant de 56 réacteurs nucléaires dont 27 sont aujourd’hui à l’arrêt après notamment la découverte de problèmes de corrosion sur certains d’entre eux.

Or, il va falloir qu’EDF prolonge leur vie de plusieurs dizaines d’années et soit capable dans le même temps fabriquer d’ici 2050 de six à 14 réacteurs de nouvelle génération (EPR II). Et sans doute plus. Il faut aussi que les investissements estimés à plus de 200 milliards d’euros sur quinze ans puissent en partie être financés par des capitaux privés, ce que la décision de qualifier de «durable» l’énergie nucléaire par les institutions européennes va faciliter.

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L’État français s’est fixé pour objectif « de détenir 100% du capital d’EDF» a annoncé la Première ministre, Elisabeth Borne, lors de son discours de politique générale prononcé à l’Assemblée nationale mercredi 6 juillet. Cela revient à renationaliser l’énergéticien dont l’État détient aujourd’hui 83,9%. «L’urgence climatique impose des décisions fortes, radicales. Nous devons avoir la pleine maîtrise de notre production d’électricité et de sa performance», a-t-elle expliqué aux députés.  «Nous devons assurer notre souveraineté face aux conséquences de la guerre et face aux défis colossaux à venir. Cette évolution permettra à EDF de renforcer sa capacité à mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensables pour notre avenir énergétique», a ajouté la Première ministre.

La renationalisation est devenue la seule solution

En fait, la situation financière d’EDF est tellement dégradée que la renationalisation est devenue la seule solution. Les marchés financiers ne s’y sont pas trompés. L’action EDF gagnait 8% quelques minutes après les déclarations d’Elisabeth Borne. L’État et l’électricien redoutent de voir sa note de risque de crédit de nouveau dégradée par Standard & Poor’s, alors que l’agence de notation l’a placé, fin mai, sous surveillance négative. L’agence s’inquiète de l’augmentation de l’endettement et de l’indisponibilité historique du parc nucléaire. Si un tel scénario se produisait, le risque pour EDF serait de ne plus être en mesure de refinancer sa dette auprès des investisseurs privés. Fin 2021, la dette comptable de l’entreprise publique s’élevait à 43 milliards d’euros. Mais sa dette économique, qui comprend des engagements hors bilan importants (retraites, maintenance du parc nucléaire…), pourrait, selon les calculs de Standard & Poor’s, atteindre 96 milliards d’euros à la fin de l’année…

Une fois la nationalisation effectuée, EDF ne sera pas encore tirée d’affaires. Il faudra restructurer la dette, améliorer la maintenance du nucléaire existant et financer le nouveau nucléaireDes chantiers considérables tout en gérant les contreparties forcément exigées par la Commission européenne au nom de la concurrence. La direction d’EDF devrait aussi changer. L’État va lancer rapidement le processus de succession à la tête de l’entreprise, pour remplacer Jean-Bernard Lévy, l’actuel PDG du groupe dont le mandat arrive à échéance en mars 2023. EDF devrait donc sortir de l’ornière dans laquelle l’ont plongé depuis 20 ans les gouvernements successifs en ne lui donnant pas les moyens d’assurer ses missions et en ayant des exigences souvent contradictoires.

Les eurodéputés ont résisté aux pressions des écologistes antinucléaires

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule. Quelques heures avant l’annonce de la Première ministre, le parcours du combattant européen de l’énergie nucléaire est arrivé à son terme. Cette source d’énergie qui produit l’électricité la moins carbonée, mais présente évidemment d’autres inconvénients et fait l’objet d’un rejet idéologique et viscéral de la plupart des mouvements écologistes, a franchi tous les obstacles pour bénéficier pendant plusieurs décennies en Europe (jusqu’en 2045) de financements favorables liés à son qualificatif de «durable». On retrouve dans le même sac, le gaz naturel, une énergie fossile qui n’a rien de décarbonée, mais il fallait cela pour vaincre les réticences de nombreux pays dont l’Allemagne. Et le gaz est considéré comme «durable» s’il remplace le charbon qui émet presque deux fois plus de CO2. Les députés européens ont en tout cas bien approuvé mercredi 6 juillet le label «vert» accordé par la Commission européenne au gaz et au nucléaire, deux sources d’énergie maintenant reconnues comme…

>> Lire la fin de l’analyse sur le site de la revue Transitions & Énergies <<


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