« Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Credit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée… Ce n’est pas le cas : la note de la République française est inchangée à AAA, assortie d’une perspective stable, et cet incident n’est pas lié à une quelconque activité de surveillance de la note. » C’est en ces termes que l’agence de notation Standard et Poor’s vient de rectifier son tir.

Aucune excuse, aucun regret. Faudrait pas trop en demander. Chez ces gens-là, Monsieur, on ne commet pas de faute, on fait des « erreurs techniques », comme si la notation d’un pays ne résultait pas d’une appréciation elle-même technique. La techné a bon dos, comme ne le disait pas Heidegger.

Laissons libre court à l’imagination. Comment cette « erreur » a-t-elle pu se produire ? Cherchons le technicien, puisque, nous dit-on, elle est technique. C’est soit un technicien informatique, soit un technicien de surface.

Pour le second, le procès est clair : il avait son balai en main, il passait la serpillère dans un bureau de S&P Global Credit quand son téléphone se met à sonner. C’est un SMS de sa femme. Elle lui dit qu’elle le quitte. Lui prend ses dix doigts et se met à taper comme un malade en sanglotant. Il sanglote tellement que ses larmes inondent le clavier : « Si tu reviens, j’annule tout. » Trois secondes plus tard : « Mon chéri, je reviens. D’ailleurs, le SMS que je t’ai envoyé n’était qu’une erreur technique. » Lui ne tient plus, il annule tout, pour lever les bras au ciel et maudire cette foutue technique. « Fucking technik », s’exclame-t-il dans un américain approximatif qui ne fera oublier à personne ses origines du Kentucky. Submergé d’émotion telle une moule que les remous océans viennent décrocher de son rocher, il lâche son balai dont le manche vient malencontreusement cogner le premier clavier à sa proximité.

Et là, Dieu seul sait comment ça se passe, un mail est envoyé à « certains abonnés de S&P Global Credit » pour leur indiquer « que la note de crédit de la France avait été changée ». Ça tient à quoi, la note de crédit de la France ? À pas grand-chose ! Enfin, pas grand-chose si on se place du point de vue des marchés et des Etats. Mais ça tient à beaucoup si l’on prend en considération l’amour éperdu qu’un technicien de surface originaire du Kentucky porte à sa demi-salope de femme.

Ce ne sont là, bien entendu, que conjectures. L’erreur technique peut être aussi d’origine informaticienne. Chez Standard and Poor’s, on est humain. Trop humain ? On n’a pas assez de temps de cerveau disponible pour lire Nietzsche, donc on boit du Coca Cola. Et quand on en a assez bu, on se met à embaucher des informaticiens légèrement débiles. Comme on veut être extrêmement bien noté par la Cotorep, parce que la notation il n’y a que ça de vrai, on leur confie des postes à responsabilité. Et là, que voulez-vous, ils commettent des « erreurs techniques », les mongolitos. Le dernier s’appelait John Doe. Oh, il n’était pas bien méchant, juste ce qu’il faut pour faire quota Cotorep chez Standard and Poor’s. Or, l’autre soir, son chef de bureau avait une date avec l’une des rares filles de New York que DSK ne s’était pas tapée. Allah est grand : une quasi vierge ! Il y va, abandonnant John Doe à la surveillance des computers qui étaient face à lui. Et l’autre grand dadet, que fit-il ? Il a dégradé la note de la France, en croyant moucher la morve qui lui coulait du nez avec un clavier.

Ce sont là les deux explications les plus rationnelles qui me viennent à l’esprit sur le communiqué lâché dans la nature par Standard & Poor’s. Il y en a peut-être d’autres. Très certainement d’ailleurs.

Les esprits les plus malveillants pourraient croire que ce mail d’information est parti trop tôt, mais qu’il était déjà rédigé au vu du différentiel franco-allemand sur les taux d’obligation à dix ans. L’un et l’autre pays connaissent, ces jours-ci, un écart jamais atteint sur le marché de la dette, malgré la notation identique du triple A.

Ce qu’en revanche, l’on pourra dire à ces Messieurs de Standard & Poor’s, c’est qu’une certaine élégance française appelle, en cas de faute, à l’excuse sinon aux regrets. Peut-être n’ont-ils pas vu Clovis briser le vase de Soissons. Peut-être ne savent-ils comment Richelieu met un siège à La Rochelle. Peut-être ignorent-ils ce que le mot France veut dire. Mais un jour, il faudra bien leur ficher, au nom de l’esprit français, un coup de boule de ma part.

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