La chanteuse rock Julia Palombe est enceinte. On finira par le savoir! Son spectacle comique « En attendant l’accouchement » brocarde crûment les discours convenus sur la grossesse. Non contente d’énumérer les joyeusetés physiologiques de ces neuf mois de nausée, l’artiste fustige la pudibonderie des médecins au temps de #Metoo. Entretien.


Daoud Boughezala. L’idée d’un spectacle sur la grossesse a germé dans votre esprit après un décollement de placenta. Que s’est-il passé ? 

Julia Palombe. Après une nuit aux urgences, pour la survie de mon bébé, j’ai été mise au repos avec interdiction formelle de rapport sexuels… je me suis vengée sur ma page blanche ! Toutes les émotions que j’avais encaissées pendant ma 1ère grossesse il y a dix ans, accumulées à ce départ chaotique de 2ème round, me sont réapparues en bloc. Impossible de nier le constat : on prend les mamans pour des quiches !

Le second degré a été inventé pour les sujets les plus graves! L’humour est la chose qui manque le plus au mouvement féministe

Mais à bien y réfléchir, c’est peut-être ma fille qui me dicte ce spectacle depuis son cocon intra-utérin…

Le début de votre one-woman-show est très cru. Vous n’épargnez au spectateur aucun des tourments physiologiques de la grossesse. Habituellement, on nous raconte que ces neuf mois sont un enchantement pour une femme. Nous aurait-on menti ? 

Personne ne nous prépare à une telle avalanche hormonale. Personne ne nous dit rien et on se retrouve avec l’anus en chou-fleur, à gerber ses tripes sur la moquette, l’odorat tellement développé que la moindre odeur corporelle nous fout un mal de crâne à vouloir disparaître définitivement de la surface de la terre! Sans compter l’apparition des varices, des vergetures, le tout couronné par un cul comme la porte d’Aix et ça ça fout les boules après tous les abdos fessiers qu’on s’est bouffé! Et le pharmacien qui te regarde avec un air de merlan frit : « Je ne peux rien pour vous madame, aucun médicament n’est possible »… Tu parles d’un enchantement!

Vous vous répandez longuement (si j’ose dire…) sur la sexualité des femmes enceintes. Dans un couple, est-ce un tue l’amour ou une période propice au désir?

Depuis que je suis enceinte, il y a beaucoup de monde dans mon lit la nuit… dans mes rêves ! L’explosion hormonale favorisant grandement la fantasmagorie nocturne. Pourtant selon les sondages, 50% des couples s’abstiennent de rapports sexuels pendant la grossesse, qu’est-ce qu’ils perdent ! Il y a la crainte pour les papas qu’une petite main les attrape ! Et pour les mamans, se joue la culpabilité de ne pas être une bonne mère (la maman ou la putain il faut choisir, on en est toujours là…). Pourtant, la grossesse est un moment propice à l’exploration du désir. Le Kama-sutra de la femme enceinte regorge de positions toutes aussi rocambolesques les unes que les autres… Pour une fois qu’on peut baiser sous contrôle médical !

Vous moquez la tendance des médecins à ne pas vouloir déshabiller ou toucher à l’excès leurs patientes enceintes. Est-ce de la pudeur mal placée ? 

Quand je me déshabille devant la sage-femme et qu’elle prend mes bas coutures pour des bas de contention, j’avoue que je suis à deux doigts de lui faire un cours de séduction ! Et quand elle refuse de me faire un toucher vaginal pour vérifier l’état du col de l’utérus, acte médical tout à fait justifié dans le cadre du contrôle de la grossesse, c’est de la pudeur mal placée imposée par une société pudibonde, qui peut avoir des conséquences malheureuses. Je préfère les sages-femmes, plus femmes que sages !

Puisque vous dénoncez la pudibonderie, à l’heure de #Metoo, la peur de la plainte pour harcèlement a-t-elle envahi toutes les sphères de l’existence ?

Sous la pression de la morale, la société d’aujourd’hui nous impose un puritanisme à tous les étages. À mon grand regret, la peur de la plainte pour harcèlement a pris le pas sur l’éducation. #MeeToo était une occasion en or de revoir en profondeur notre éducation, notre connaissance du corps, notre intelligence émotionnelle et érotique. Au lieu de cela, dans toutes les sphères de l’existence on retrouve cette angoisse d’être dénoncé souvent liée à une inculture de ce qui se joue dans la relation, qu’elle soit intime ou professionnelle. Si je ne peux plus me déshabiller chez le docteur pour me faire ausculter, ça veut dire quoi ? Que je devrais avoir honte de mon corps et de ses tourments ? Quel est le message que l’on veut faire passer ?

A propos de message, vous chantez « J’aime mon vagin et mes poils pubiens » et participez tous les jeudis à l’émission de Brigitte Lahaie sur Sud Radio.  Quel est le dénominateur commun de vos différentes activités ?

L’expression libre d’un désir en mouvement, c’est la base de mon travail. Que j’écrive, joue, chante ou danse, je communique ma rage de vivre. Je n’ai aucune limite dans la recherche de la joie profonde, au sens global du terme, jouir de la vie. Là où la porte se referme sur nos libertés, on peut être sûr que je vais passer par la fenêtre pour hurler mon désir de vivre !

Dernièrement, vous avez pris la défense d’Alain Finkielkraut après sa fameuse sortie sur le viol. Caroline de Haas et d’autres féministes ont réclamé sa censure. Féminisme et second degré sont-ils incompatibles ?

Le second degré a été inventé pour les sujets les plus graves! L’humour est la chose qui manque le plus au mouvement féministe. Je défendrai toujours le débat d’idées, y compris armé d’ironie, contre la censure de la bien pensance, l’hystérie et la mauvaise foi intellectuelle. Que ce soit Alain Finkielkraut, Brigitte Lahaie ou plus récemment Marie s’infiltre, ils ne font que mettre en lumière une façon différente de voir la situation. Et je crois à la pluralité des points de vue pour enrichir le débat d’idées. Il est aberrant que moi, petite auteur, je sois obligée de rappeler un fondement même de la démocratie. Ou alors, allons-y gaiement: réinstaurons les bûchers, avec les bourreaux masqués, les tambours… Miam! Comme disait Jacques Brel, il faut fuir la gravité des imbéciles. De toutes ses forces.

« En attendant l’accouchement », tous les vendredis au café-théâtre La Cible, rue Jean-Baptiste Pigalle, Paris 9e. Billets en vente ici.

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