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La vie de château

Le confinement berrichon de Thomas Morales

La vie de château
Stéphane Bern passant une journée formidable à France Miniature, son parc de loisirs favori © LAURENT BENHAMOU/SIPA Numéro de reportage: 00854084_000041

Et si ce confinement vous poussait à voir la vie en plus grand ? Faites un investissement enfin raisonnable dans la pierre, et rejoignez nos “territoires”.


Cette crise sanitaire aura mis en lumière l’exiguïté des appartements parisiens. Notre habitat urbain est aussi indigne que le traitement infligé aux personnes âgées. Nos vieux parqués dans d’immondes bâtiments médico-sociaux et nos jeunes, dans des clapiers mal isolés, les retraites et les revenus de tous, pompés par cet immobilier ogresque qui grève, chaque année un peu plus, le budget des ménages. J’ai toujours fait un autre lien entre la faillite du système éducatif français et la construction, dès la fin des années 1960, de dizaines de collèges et lycées à l’architecture douteuse. Déjà la technostructure pensait rationalisation, adaptation, circulation des flux et mise à l’écart. La ségrégation a commencé là, sur l’argument fallacieux de la démocratisation. Les enfants d’ouvriers pourront passer le bachot, mais en dehors des murs solides, ils ne connaitront de la pierre que les cloisons fragiles et le placo inhospitalier. Seuls les grands établissements publics et privés, de prestige, les filières d’élite, ont échappé au cauchemar Pailleron. On en revient toujours aux fondations. Des écoles qui ressemblent à des hôpitaux psychiatriques en périphérie des villes n’incitent guère à l’effort. Le préfabriqué n’est pas compatible avec l’élévation de l’esprit. 

L’appel de la ruralité

Ce confinement nous amène à réfléchir ensemble sur notre avenir, comme continuer à payer à crédit un deux-pièces au prix d’une maison médiévale fortifiée du XVème siècle dans l’Oise, par exemple. Combien sommes-nous à nous interroger, chaque week-end, en regardant les pages « Propriétés » du Figaro Magazine ? Un jardin de 1 800 m2 à 100 km de Paris ou une chambre de bonne sous les toits haussmanniens ? Ce moulin à blé du XVIIème, classé Monuments Historiques, son bief et ses dépendances à la place d’un studio dans un arrondissement bruyant où le commerce de stupéfiants fait florès en pleine journée ? 12 hectares en Bourgogne et son château d’influence italienne de 475 m2 en échange d’un appartement familial à une Porte de la capitale avec vue sur des tramways et des bouchons, aux heures de pointe ? Dans un pays où l’emploi s’est concentré sur quelques métropoles régionales, où l’appareil d’état enjambe les deux rives de la Seine et où l’ensemble des sièges sociaux s’est agglutiné dans un quartier d’affaires aux façades alpestres, le retour en province a quelque chose d’irréel comme la blondeur de Catherine Deneuve dans « La vie de château », film de Jean-Paul Rappeneau en 1966. 

A lire aussi, du même auteur: Et si le Covid-19 nous immunisait contre le politiquement correct?

La ruralité n’est pas un long fleuve tranquille, elle se mérite, les trains n’y passent presque plus, munissez-vous d’un permis de conduire et investissez dans un tout-terrain, l’état de la chaussée laisse à désirer. Comptez également trente bonnes minutes avant d’atteindre les Urgences, quant à un rendez-vous chez un spécialiste, tablez plutôt sur 14 mois d’attente. Et sur place, vous vivrez de quoi ? La maison d’hôtes ou la location de salles pour les mariages vont connaître des saisons bien austères après le passage du Covid-19. Tant pis, Stéphane Bern a beau nous alerter depuis des années à la télé sur la charge d’un tel bien, les toitures fuyantes par essence, les factures d’électricité monstrueuses, le chauffage inexistant, la plomberie tracassière, l’État tatillon sur les rénovations, le voisinage jaloux, les hivers forcément rigoureux, rien n’y fait, les Français rêvent d’un château en France, d’une propriété de famille près de Grignan, d’un mas du côté d’Uzès, d’une grande ferme dans la Vallée de Chamonix, d’une belle demeure où ils pourront poser leurs soucis et faire prospérer leurs racines. 

Depardieu et Jagger vous montrent le chemin

« Notre mythologie à nous, c’était le château. Le château jouait un rôle énorme dans notre vie de chaque jour. On aurait pu dire, peut-être, qu’il était l’incarnation du nom. Le même sacré les baignait. C’était le nom pétrifié » écrivait Jean d’Ormesson dans Au plaisir de dieu. Sans une particule, un héritage, un oncle d’Amérique, une grille de loto, chacun a droit de s’inventer une lignée. Cette crise nous prouve que la santé et le logement sont des valeurs d’avenir. Si nous n’avons pas brillé dans la gestion des masques, nos châteaux résistent, ils sont une part de notre identité qu’elle soit fantasmée ou non, ils sont notre « graal » et notre fierté nationale. Nous avons hâte de les revoir. Depardieu s’est réfugié dans le sien en Anjou et Mick Jagger en Touraine, c’est bien le signe que notre Histoire n’est pas morte.

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Journaliste et écrivain. Dernier ouvrage paru : "Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo", Pierre-Guillaume de Roux Editions, 2021

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