Après s’être rendue en Amérique à bord du catamaran « Malizia II », la petite prêtresse d’un monde dé-carboné Greta Thunberg se dirige vers Madrid à bord de « La Vagabonde ». En avion, ça n’irait pas plus vite? Notre chroniqueuse détaille les solutions existantes contre l’aérodromophobie.


Le skipper et le propriétaire du Malizia II, catamaran ayant conduit Greta Thunberg à New York, sont revenus en avion. Et deux autres navigateurs ont aussi pris l’avion dans l’autre sens, pour aller rechercher le bateau. Pourquoi ceux qui l’ont piloté à l’aller ne l’ont-ils pas ramené à bon port ? Mystère et boule de gomme. Cela ne nous regarde pas, mais c’est quand même bizarre. Cela fait au moins deux allers-retours en avion (six d’après le Die Tageszeitung, quotidien berlinois)  pour la petite incartade étasunienne de Greta et de son papa. A bilan carbone équivalent ou moindre, ils auraient pu emprunter les airs comme tout le monde…

Ils auraient moins pollué. Ils seraient allés beaucoup plus vite, pour beaucoup, beaucoup moins cher. Et en plus, peinards. Le mystère s’épaissit.

Le Père Noël et l’elfe suédoise

Le Père Noël et Greta ont deux points communs. Ils viennent tous les deux du grand Nord. Ils sont tous les deux des personnages mythiques. Ils développent notre pensée magique, notre sens de l’émerveillement et stimulent notre imagination.

Cependant, à partir d’un certain âge, la logique de l’enfant commence à le faire douter de l’existence du vieux barbu. C’est la période où il acquiert la possibilité de comprendre la distinction entre le réel et l’imaginaire, au niveau conatif (du point de vue de la connaissance), et cognitif (du point de vue du raisonnement). Après un temps de frontière floue (qui d’après les psychologues ne doit pas s’éterniser), l’enfant passe le cap. On ne la lui fait plus.

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Pour Greta, le bateau commence à gîter un peu. Allons-nous vers une sorte de décillement?

Peut-être! Les éléments de langage véhiculés ont évolué. Greta est désormais une militante et non plus une activiste. Qui voyage plutôt en bateau. Elle préfère, c’est plus « amusant ». En plus, elle va pouvoir donner son avis sur les océans, (pourquoi pas sur les pôles) aidée en cela par les propriétaires de La Vagabonde dont l’activité est de raconter leurs aventures sur les réseaux sociaux.  On n’est plus dans le flygskam (honte de l’avion) pur et dur.

Combattre l’aérodromophobie

Et si avec ce glissement sémantique,  nous cheminions doucement vers la découverte du pot aux roses. Bon Dieu, mais c’est bien sûr: comme 17% des Occidentaux, Greta a peut-être juste peur de prendre l’avion ! Ou même, elle fait partie des 6% pour qui l’idée même de voler est inenvisageable, tellement ils paniquent.

En France, toute une panoplie de remèdes s’offre à l’aérodromophobique.

Tout d’abord, des stages. Ils sont tous conçus sur le même modèle: intervention d’un psychologue, puis du personnel de vol (hôtesses, steward, pilote) et enfin simulation de vol. C’est la mise en œuvre qui varie un peu et aussi la sophistication du simulateur.

Aviasim propose ainsi « Contre la peur en avion » 389 € pour 3 x 2h, en individuel.

Le CTPA, Centre de Traitement de la Peur en Avion : « Prêt à Décoller »  430 € (530 CHF)  pour une journée de 10h à 19h, par groupe de 8 personnes.

Et enfin,  Air France : « Apprivoiser l’avion » 680 € pour 7h30 en groupe de 3. C’est plus cher, mais c’est Air France quand même et le livre Comment ne plus avoir peur en avion vous sera remis (en français uniquement). Il se vend aussi tout seul 7,90 € neuf.

Des cours en ligne sont proposés par Easyjet: 16 modules interactifs d’apprentissage vidéo et 2,5h d’entraînement pour 47 €.

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Une application Skyguru sur smartphone est aussi disponible. Fonctionnant hors ligne pendant le vol, elle récupère avant votre décollage toutes les données météorologiques du trajet, le parcours de l’avion, son modèle …  Puis, pendant le vol, les capteurs du smartphone détectent les bruits et les secousses…  et le passager anxieux reçoit les informations en temps réel. Apparemment la version avec fonction limitée est gratuite, sinon 4,49 € pour un vol et 19,99 € par mois. Cela me semble toutefois moins rôdé que les stages ou les cours.

N’oublions pas enfin la pair-aidance. De nombreux témoignages de phobiques guéris sont disponibles sur le net. Il n’est pas possible de les citer tous mais certains sont vraiment convaincants.

Des programmes pour autistes

Les réseaux sociaux fourmillent d’histoires plus lamentables les unes que les autres sur l’ostracisme des compagnies aériennes à l’égard des passagers autistes, en particulier des enfants.

Aux USA, l’association « The Arc » a développé le programme « Wings for autism ».  Celui-ci permet aux enfants et aux adultes  autistes de se familiariser avec les aéroports, les procédures aéroportuaires, de voyager sereinement et même pour d’aucuns de voyager tout court. Depuis 2011, 44 aéroports ont participé au programme, avec la coopération de nombreuses compagnies aériennes. A quand la même chose en Europe? Je devine un débouché non exploité en Suède.

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Greta 2, le retour

Cette fois, le voyage vers l’Espagne pourrait durer trois semaines au lieu de deux. Un aller simple, un retour compliqué. Ni la période, ni les vents ne sont favorables. Mais, rassurons-nous, la célèbre navigatrice britannique Nikki Henderson a rejoint l’équipage.

Bon voyage Greta. Prends soin de toi. Profite de la vie terrestre et maritime. On reparle de tout ça quand tu reviens.

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