Le centre d’art de Saint-Pierre-de-Varengeville (Seine-Maritime) propose une rétrospective Françoise Pétrovitch. L’occasion de découvrir l’œuvre de cette aquarelliste quinquagénaire inspirée par les adolescents. Ses aquarelles monumentales laissent une forte impression de simplicité, d’inquiétude et de décence.


Sports de nature le jour, tartiflette entre amis le soir, c’est dans un milieu de fans de montagne que naît Françoise Pétrovitch, à Chambéry, en 1964. Cependant, elle n’est pas sportive. Elle veut faire du dessin. Elle annonce son intention de s’engager dans cette voie dès l’âge de six ans. La fillette est têtue et ce sera l’idée de sa vie.

« Dessiner », c’est le mot important. En effet, ce n’est nullement la situation « d’être artiste » qui l’attire, contrairement au héros de la chanson Le Blues du businessman (1978). Son plaisir consiste simplement et modestement à représenter des choses et à raconter des histoires avec ses crayons ou ses pinceaux.

À l’écart de l’art contemporain

Françoise Pétrovitch tient depuis longtemps des petits carnets de dessins (de la taille d’un agenda) ayant valeur de journal intime. Elle y croque, jour après jour, ses observations, ses émotions et ses idées. Quand on a ce genre de pratique, on le fait pour soi, avec sincérité et sans le souci de l’effet. Les grandes œuvres sur papier qui font sa célébrité aujourd’hui gardent indiscutablement quelque chose de la fraîcheur des croquis dont ils sont issus. Elle évolue complètement à l’écart de l’art moderne et contemporain. Ce sont plutôt ses abondantes lectures de romans qui accompagnent et renforcent le développement de sa sensibilité. Elle est une élève des filières techniques. Elle acquiert d’abord un brevet technique d’art, puis elle intègre l’école normale supérieure de Cachan dans la section arts appliqués. Elle est nommée dès sa sortie à l’école Estienne où elle exerce toujours.

Sa maturation artistique est longue et tranquille, à l’abri des influences et des avis extérieurs. Elle fait partie de ces créateurs qui, au début, n’auraient sans doute pas retenu l’attention, mais qui, à force de persévérer, deviennent hautement singuliers.

Des Étendus particulièrement émouvants

Parmi ses thèmes favoris figure en bonne place l’évocation des ados. Tout est possible et rien ne semble possible durant cette étape de la vie. La série des Étendus reflète cette situation d’indétermination où se mêlent angoisse et liberté. On y voit de jeunes filles et de jeunes garçons allongés comme s’ils flottaient dans un rêve. On les sent vaguement habités par une sorte de vocation embryonnaire qui cherche à prendre forme, mais qui peut, tout aussi bien, s’évaporer.

Ses paysages ont valeur de paysages intérieurs. C’est manifeste, par exemple, pour ses Îles, reprenant le thème de la célèbre série des Îles aux morts d’Arnold Böcklin (1827-1901). Dans le cas de Françoise Pétrovitch, il s’agit plutôt d’îlots où quelques arbres aux personnalités contrastées se serrent les uns contre les autres, au milieu d’une immensité liquide.

Figuration minimaliste

Certains pourront être surpris qu’une peinture apparemment aussi simple suscite tant d’engouement. Françoise Pétrovitch n’est pourtant pas un cas isolé. En effet, on voit fleurir ici et là en Europe des artistes développant une figuration étonnamment sobre. Ils font penser à ces convalescents qui éprouvent une joie intense à retrouver la saveur des choses simples. On sort d’une longue période où l’abstraction et le conceptualisme faisaient peser de lourds préjugés sur la figuration. En outre, les figurations pratiquées malgré tout durant cette période sont souvent artificialisées, lestées de références politiques ou psychanalytiques, chargées de matières, saturées de couleurs. Cette manière artificielle est un peu comme une cuisine où il y aurait trop de produits chimiques. À la longue, c’est lassant. Françoise Pétrovitch et les artistes de cette sensibilité semblent réinitialiser la peinture figurative sur un mode mineur. Ils prennent parfois le risque de l’insignifiance, mais ils livrent très souvent de magnifiques œuvres, fluides et sincères.

À voir absolument : Françoise Pétrovitch, centre d’art de la Matmut, Saint-Pierre-de-Varengeville (76), jusqu’au 7 avril.

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