S’étant donné pour mission de traquer les « fausses informations », Julien Pain a commis, fin novembre, une vidéo sur l’islam et la laïcité. Le journaliste de FranceInfo y prêche la bonne parole. Et si vous n’adhérez pas à l’idéologie multiculti après visionnage, c’est que vous n’avez rien compris.


« L’islam est-il incompatible avec la laïcité ? » C’est la question de l’une des dernières vidéos de Julien Pain, le pape de la traque des « fake news » ou autres « fantasmes » sur les thèmes brûlants, pour son programme « L’instant détox » diffusé sur FranceInfo. Si vous n’adhérez pas à l’idéologie multiculturaliste après visionnage, c’est que vous n’avez rien compris.

« Est-ce que c’est d’accord de se balader avec une croix sur son tee-shirt ? »

Au début de la vidéo, le « reporter », fidèle à son habitude, interpelle les gens dans la rue. Des questions simples sont posées telles que « c’est quoi la laïcité pour vous ? », « afficher un signe religieux comme le voile, c’est normal ? », « quand on est professeur a-t-on le droit de porter un signe religieux ? » Une séquence a priori « neutre » qui dure une minute et dix secondes (sur un total de plus de six minutes).

A FranceInfo on est galant, c’est donc une femme floutée qui débute et endosse le rôle d’ « extrémiste » comme on les aime dans le service public. « La religion, c’est comme les histoires d’amour : c’est personnel et ça se garde pour soi », dit l’intéressée. Un deuxième interlocuteur pense que « normalement » on ne devrait pas se couvrir le visage ou mettre un voile (sous-entendant qu’on n’est pas dans un pays musulman). Par souci de la contradiction, Julien Pain lui demande étonné : « Par contre, est-ce que c’est d’accord de se balader avec une croix sur son tee-shirt ? », comme si c’était la même chose (relativisme quand tu nous tiens…). « Ça c’est pas grave », répond tranquillement l’interrogé. La troisième personne, une interlocutrice va prendre la position inverse lorsqu’on lui demande si un fonctionnaire a le droit de « porter le voile ou d’avoir une énorme croix ». « Oui si on peut porter le voile dans la rue pourquoi on ne pourrait pas le porter dans les institutions qui font la république ? », répond-elle.

Pensez bien, pensez détox

Dans la deuxième partie de la vidéo, le micro de Julien Pain s’apparente beaucoup plus au bâton que tenait saint Paul pour évangéliser l’Empire romain qu’à un instrument d’analyse journalistique. Il s’agit moins de « déconstruire » les idées reçues que de prêcher la bonne parole. Il faut tout d’abord ramener dans le droit chemin l’homme qui ne trouvait pas « normal » de mettre un voile dans la rue. Alors que le reporter lui signifie qu’il n’est pas interdit de porter un voile dans l’espace public, l’intéressé est plus que surpris.

Julien Pain ne s’arrête pas là. Muni d’une grosse pancarte, il montre aux passants les arguments qui devraient faire autorité : la laïcité c’est la « liberté de conscience », la « séparation de l’Etat et du religieux », l’ « égalité de tous devant la loi, quelles que soient ses croyances ». Difficile dans ces conditions de dire que la laïcité n’est pas seulement juridique mais aussi un principe politique. Que le mot « conscience » veut signifier que la religion est d’abord une affaire privée (et qu’un voile est une affirmation en public). Le journaliste ne le rappellera pas non plus quand un homme fustige l’obligation de neutralité des fonctionnaires car « une personne a le droit de s’habiller comme elle veut [que ce soit] dans la vie privée ou le milieu professionnel ». « Je ne pense pas que c’est l’islam qui a un problème avec la laïcité, c’est la laïcité qui a un problème avec l’islam », confiera même la femme favorable au port du voile chez les fonctionnaires.

La fin de la séquence revient vers la femme floutée qui n’arrange pas son cas. Celle-ci confesse sa « peur » que les voiles islamiques « prolifèrent » mais aussi que les musulmans devraient le mettre « dans leur pays ». Elle apparaît comme isolée au milieu de tous les gens raisonnables interrogés.

Parole d’experts 

La scène arrive à point nommé pour deux « experts » invités dénonçant ces propos, à l’écart. Dans le rôle de l’imam éclairé, Mohamed Bajrafil, naguère proche de l’UOIF, rappelle que plus de 80 % des musulmans vivent « à la française ». C’est sûrement sans compter la Seine-Saint-Denis, qu’une équipe de jeunes reporters dirigée par deux journalistes du Monde, décrit comme un territoire perdu pour la France. Mais qu’importe, l’imam Bajrafil ajoute que « les guerres de religion mine le monde musulman » et que « les pays qui sont minés par des conflits religieux auraient intérêt à pratiquer l’esprit de la laïcité à la française. » On imagine la position des oulémas en Arabie saoudite.

Quant au professeur de droit, Patrice Rolland, qui a bien voulu descendre de sa chaire, il livre une « analyse » digne de Joan W. Scott : « La laïcité sert de paravent, de feuille de vigne, d’instrument pour exprimer soit un racisme soit la xénophobie, ou un rejet culturel ». D’une remarquable subtilité ! On notera que le site internet de la chaîne a oublié d’écrire le mot « racisme » en retranscrivant la citation. « Erreur humaine », probablement…

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Julien Pain, décidément à cheval sur les textes, termine sa vidéo en citant une définition du site internet du ministère de l’Intérieur : « La laïcité n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes ». Omettant la fin de celle-ci : « Sous réserve du respect de l’ordre public ». Pourquoi ne l’a-t-il pas rappelé plus tôt quand on lui affirmait que c’est « la laïcité qui a un problème avec l’islam » ?

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