Quelle mouche a piqué le candidat de la droite et du centre lorsque, assailli par des révélations de faits anciens qu’il n’avait manifestement pas anticipées (on se pince sur son impréparation…), il a renoncé à prendre la main. Ce n’est pas tant le retard apporté à sa communication voire les hésitations, les incohérences des explications laborieuses de tous ses lieutenants, sinon une erreur magistrale d’analyse.


La défense calamiteuse de Valérie Boyer à… par LeLab_E1

La question n’était pas de savoir si le fait de salarier des proches comme attachés parlementaires était légal ou pas mais si c’était perçu comme moral ou non – surtout après avoir axé sa campagne de la primaire sur l’exemplarité… Le choix du terrain judiciaire pour mener la bataille s’est donc logiquement avéré catastrophique.

Il évoque son éventuelle mise en examen…

Comment accepter sans rechigner que le Parquet national financier prenne immédiatement la décision d’ouvrir une enquête à la simple lecture d’un article de presse ? Qui est le vrai Procureur : Le Canard Enchainé ou  Mediapart ? Et voilà la Justice transformée en petit télégraphiste du tribunal médiatique qui dicte l’opportunité des poursuites et le tempo judiciaire.

Comme si cela ne suffisait pas, François Fillon a cru devoir lier son sort personnel, et celui de son camp, à l’enquête et, mieux, à son éventuelle mise en examen… en laissant entendre qu’il pourrait l’être ! Voilà la machine infernale lancée, les magistrats priés en majesté d’intervenir dans le processus électoral en activant les investigations policières et en devenant les juges de paix de la campagne du candidat de la droite. Le tout sur la base d’un acte judiciaire, la mise en examen, qui n’est nullement une déclaration de culpabilité et qui, normalement, n’en déplaise aux procureurs des réseaux sociaux, devrait bénéficier de la présomption d’innocence.

Sans compter que l’Institution judiciaire est de plus priée de se presser par… François Fillon lui-même. La dinguerie absolue.

…et se trompe d’interlocuteur

Cela suppose une confiance aveugle en la Justice de son pays, sentiment personnel et fragile que l’on n’est pas obligé de partager aussi naïvement et surtout une confusion sur la nature du temps qui court… Le temps judiciaire n’est fort heureusement pas le temps médiatique. On peut objecter qu’il est long mais c’est le gage d’une forme de sérénité. Gros mot pour la horde des  commentateurs de tous poils qui attend, exige quotidiennement une décision. Certes, si François Fillon est élu les éventuelles poursuites seraient reportées à la fin de son Mandat. Mais que tous les Savonarole de salon se rassurent : la Justice finit toujours par passer tôt ou tard. Pas d’angoisse à ce sujet.

Il faudrait enfin considérer comme normal qu’un processus électoral soit investi et perturbé par le pouvoir judiciaire. La trêve républicaine, usage qui veut que les investigations soient suspendues durant la campagne serait  devenue obsolète.

Puisque tout le débat juridique caricaturé porterait sur la fictivité (sans relever l’ancienneté des faits qui pourraient entraîner une juste prescription), il ne faut pas être grand clerc pour savoir que l’on pourra jamais établir des prestations intangibles et qu’il est à craindre que les poursuites soient in fine engagées ! Tout ça pour ça…

La réponse était ailleurs dans la prise en compte de l’émoi public, de l’émotion de l’opinion publique qui ne voit que petits arrangements entre puissants et népotisme à tous les étages. Cela l’enquête judiciaire, même si elle se termine heureusement pour François Fillon, l’écartera-t-elle ? La solution n’eût-elle pas été de prendre la parole pour contester le caractère illégal de la situation et reconnaître que les mœurs avaient changé et que cela n’était plus dorénavant acceptable ? Quitte à proposer de rembourser les sommes ?

Oui mais voilà François Fillon a préféré donner des gages immédiats à une justification nécessaire mais mal dirigée. Ce n’est pas Madame Houlette qu’il fallait immédiatement  convaincre mais Madame Michu.